Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 Solan ; “L'alcool purifie tout, comme le feu.

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MessageSujet: Solan ; “L'alcool purifie tout, comme le feu.    Mer 09 Mai 2012, 17:43



CZESLAW & SOLAN
« L'alcool purifie tout, comme le feu. » de Roger Fournier.




Mon cœur s'alourdit, ma respiration se suspend. Ma vie s'arrête un instant, une seconde de trop, & je revois défiler en une minute les derniers mois, en touchant mon ventre redevenu désespérément plat & vide. Eydis m'avait de nouveau enlevé le fruit de mes entrailles, elle m'avait de nouveau prise pour une putain naïve & sans cervelle, qui tombe amoureuse & qu'on rejette d'un battement de cil. Elle usait & abusait de moi, faisant de ma vie ce qui lui plaisait. Et j'étais lasse de n'être que le pantin de ses farces & de ses messes basses. J'étais lasse de son rire cristallin qui jouait dans le creux de mon oreille, lasse d'être l'objet de sa plaisanterie, lasse d'elle & de ses charmes fanées. Eydis se plaisait à jouer avec moi, comme je jouais avec boyaux, langue, veine, gorge, trachée & sang. Je me plaisais dans mon jeu, dans mon art, Eydis, elle, ne fait que réduire en miette ce qu'elle touche. Eydis ne fait pas un p'tit jeu innocent, elle, elle blesse, vraiment. Elle vous arrache les ailes comme un moucheron & comme, une mioche, elle vous écrase parce que c'est drôle, pas compliqué & que vous êtes une poussière dans l'univers.

Qu'est-ce qu'on en a à foutre d'une poussière? Quand on est grand, on s'en fout. Quand on est le Roi également, on en a rien à taper du petit singulier, du petit peuple en générale. Arsenios n'échappe pas à la règle, comme tout ceux d'en haut, comme tous ceux qui nous oublient: On est rien. Et dans son palais d'argent, il ne voit rien, il ne pense pas à nous. Il pense que nous offrir du mariage royale nous calmera, mais que peut calmer une foule? Qui peut faire oublier la faim quand un crieur public hurle les fiançailles de cette fille à papa pourrie gâté? Rien.

Et la Capitale de Lanriel me donne envie de vomir, encore plus quand je pense à la misère qui me tient le cœur en traversant d'autres endroits de Lanriel, d'autres villages ou les enfants sont bien maigres ou des femmes peinent à retourner la terre pour faire pousser quelques misérables victuailles pour repas. Cathairfál, la blanche colombe, me rendait malade. Ses murs blancs, sa beauté ne cachait que la puanteur & les vices de ceux qui la dirigeait, comme ils dirigeaient Lanriel dans son entier. Un rictus s'arrache à mes lèvres quand mes yeux se posent sur les Blasonnés qui errent à Dinas Uchel. Un regard venimeux qui crache une bile sur leurs parures, leurs beautés, alors que cela fait des jours que je n'ai pu me laver, alors que mes vêtements sentent la paille, le sang séché, le cheval, l'herbe, la mer. Des odeurs vraies, pures, simples qui condamnent mon statut de voyageur, qui condamnent mes souvenirs remplies d'autres images, d'autres terres, d'autres gens. C'est ma seule richesse mes souvenirs, après Edren, bien sûre.

Et le but de ce voyage n'est pas différent des autres : le meurtre ou des informations concernant mon fils. Mais pas seulement. Après tout, ce sont autant de souvenirs qui viennent s'ajouter aux images de ses contrées étrangères qui me font frisonner d'extase & de plaisir. Ce sont autant de curiosité qui m'anime que de joie, car c'est un pas de plus vers la chaire de ma chaire, le sang de mon sang. Chaque pas en avant, chaque missions, chaque information semble le rapprocher de mes bras & de mes instincts de mère. Et mon cœur palpite doucement à l'idée de sa peau contre la mienne, à l'idée de la chaleur de son souffle contre mon cou, & de ses prunelles au creux des miennes. Et je sens un feu m'étreindre le corps, le sang, les veines, je sens un désir brulant de le retrouver, & ma volonté endurcir ma raison, ma foi envers cette quête de fou, cette quête de mère à la recherche de son fils. Je sais que je me jette dans la gueule du loup, mais pouvez-vous rester de marbre quand on vous arrache votre progéniture? Pouvez-vous vous taire quand c'est votre enfant que vous réclamez chaque nuit depuis deux mois, alors que vous l'avez sentie en vous pendant 9 mois, que vous avez vécu ses coups contre votre ventre, que vous l'avez entendu pleurer pour la première fois, que vous avez subi mille douleurs pour le mettre au monde? Moi, je ne peux pas. Je n'en ai pas le droit, c'est mon fils. Et je n'ai pas su le protéger. Je n'ai pas compris quand on me l'a enlevé. Je n'ai toujours pas bien compris.

Suis-je cinglée de vouloir protéger ce qui est à moi?
Suis-je folle de vouloir regagner mon fils?
Me pardonnerez-vous les meurtres que je dois accomplir pour lui?
Je ne sais pas. Mais qu'importe, je suis prête à vivre mille mort pour lui. Je suis prête à assumer pour cet enfant. C'est le mien. Et point.

Alors quand, en fin de soirée, je me suis posée en face d'un homme couvert d'une cape couleur terre & que j'ai allongée mes jambes sur l'autre tabouret, j'ai su que j'avais affaire à mon client, j'ai su également que son besoin d’anonymat n'était pas un hasard. Le silence s'était rapidement installé entre nous tandis que la chaleur de la taverne m'étouffait, les rires des clients me donnaient la nausée, le chant de cette Sirène de pacotille me donne mal au crâne & je pousse un grognement, en articulant à voix basse : « Vous payez combien? ». Une entrée en matière directe, fugitive & qui annonce déjà la couleur de l'entretient. Je l'observe lentement, il relève les yeux. Des yeux bleus électriques, je sens sa voix chaude & son haleine mentholé dans une bouffée d'air, «  Combien te faut-il? ». Un demi-sourire éclot sur mes lèvres.Les dés sont jetés.

Une vie sera prise contre or ou bien informations.A lui de choisir.
Ma lame ne fait que le servir. Je ne suis qu'un instrument de ses désirs. Comme, je ne suis que l'instrument des désirs de ceux que je sers. Je sers, point.

Et quand l'homme se lève de sa place, il glisse un morceau de papier sur la table. Je ne me presse pas, je scrute mon verre durant quelques instants, oubliant l’atmosphère qui m'entoure durant quelques minutes, oubliant mon mal de tête, ma nausée & le reste. Je récupère le morceau de papier que je glisse dans ma ceinture. Et je change de place, prenant celle qui était occupé par l'homme. Un coin d'ombre discret qui me cache & qui me permet d'observer ceux qui m'entourent. Un endroit pour chasser.

Des ivrognes pour la plupart qui noie leur désespoir ou leur quotidien dans de l'hydromel. Des bardes qui enchantent ou donnent des maux de tête, à vous de choisir. Le patron qui observe & les serveuses qui tournent, légère, frivole, blonde ou brune comme des flocons de neige dans le ciel. Un sourire accroché aux lèvres, je recommande un verre qu'une d'entre elles m'apportent avec son grand sourire. Grande, niaise, élancée, elle me donne envie de lui mettre des baffes. Je marmonne un merci & elle s'en va vers d'autres tables. Et puis mes yeux se posent sur lui, sur ses joues qui fourmillent d'une barbe brune qui lui bouffe la moitié du visage ainsi que sa moustache, je me tends alors comme un arc prêt à tirer son ultime flèche. Ses cheveux longs lui tombent sur les épaules, ses yeux ne m'ont pas vus, mais je peux deviner leur couleur océan, leur bleu orageux & qui dessinent l'esquisse d'une tempête. Je peux me souvenir de ses même yeux qui m'ont déjà scrutés, dans un autre lieu, à une autre époque, qui m'ont défendus.

Et le passé me revient en pleine face.

Ce n'était pas si éloigné de ce jour-là, mais je garde de lui un souvenir reconnaissant, appréciée & protecteur. Et mon regard se voile quand je pense à ses yeux qui n'ont pas hésité à prendre les armes pour moi alors qu'Edren jouait de lui en moi en des contractions douloureuses & qui désirait me libérer de sa présence. Il est vrai qu'en cette période, Edren était attendu, mais pas avant un ou deux jours, néanmoins, je me suis retrouvée dans la mauvaise position, au mauvaise endroit & ses yeux à lui étaient là. Il m'a aidé & ce genre d'aide vous ne l'oubliez jamais. Vous en êtes reconnaissants & vous ne savez pas quand remboursez la dette que vous avez contracté pour un si grand service. Tout ce que j'avais pu offrir à cet homme, c'est mon or & aujourd'hui, encore, je ne sais comment lui redonner son aide.

Surtout que l'absence d'Edren rend cette dette plus forte, plus sérieuse & que j'ai l'impression que je ne pourrais que lui rendre avec le temps. C'est pour cela, que j'attrape une serveuse & que je lui glisse à l'oreille d'une voix qui ne laisse pas de place à la moindre objection : «  Tu vois cet homme là-bas? Moustachu, une barbe de plusieurs semaines au visage des yeux aussi bleu que l'océan, hm? Offre lui un verre de ma part. Compris? ». Elle hoche la tête, court vers le comptoir & fait son travail sous mes yeux inquisiteurs. Elle s'exécute & je souris doucement, ressentant encore la morsure de mes souvenirs, je passe ma main sur mon ventre définitivement plat. Je grimace.


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