AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
 

 On est l'esclave que des rêves que l'on fait.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 2354


Solan Runnarth

▬ Contributions à l'histoire : 2354

MessageFeuille de route
MessageSujet: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Mer 25 Avr 2012, 11:15

Que l'horizon lui semble grand. À ses pieds, les vagues qui s'avancent, puis reculent, à l'infini. Comme lui au fond. Il n'avait fait que ça: reculer, sans cesse. Depuis combien de temps l'idée de venir ici, de voir la mer et peut-être même de la prendre, lui avait-elle caressé l'esprit ? Des semaines, au moins. Des mois peut-être. Il avait cru pouvoir retarder ce moment, donner tord à Una qui se plaisait à vouloir le ramener toujours un peu plus vers ce qu'elle disait être chez lui. Elle avait été le déclencheur de tout ça et si, entêté comme il peut l'être, il s'était refusé à l'écouter d'abord, la tentation était maintenant trop forte. Cela faisait des semaines qu'il y songeait, toujours un peu plus longtemps, toujours un peu plus sérieusement. Il avait fait le tour de Lanriel avant d'accepter ce qui lui semblait maintenant la plus grande des fatalités: il voulait, non, il devait voir cet océan qui l'avait vu naître, lui et tous ses ancêtres. Jusque-là, n'avoir plus aucun rattachement ni au sable de ces îles ni même au seul de ces eaux ne lui avait jamais manqué. Aujourd'hui, toutes ses pensées se dirigeaient vers ce qu'il trouverait une fois qu'il aurait franchi ce dernier obstacle. Il ne désirait pas que la vie de marin lui plaise ou lui déplaise particulièrement, et il se souciait bien peu d'être déçu une fois qu'il poserait pied à terre, là-bas, de l'autre côté, une fois à Darya. Il n'attendait rien de tout ça, juste de savoir, une bonne fois pour toutes, s'il appartenait encore à cet endroit qui l'avait vu naître, si en lui coulait le sang des siens, ou bien si tout ça n'était, comme il le craignait, que foutaises: si tel était le cas, alors il regagnerait Cathairfal sans peine ni amertume, simplement soulagé d'être définitivement sûr de là où était sa place.

Il était arrivé à Port-aux-Princes la veille, un peu par hasard, un peu par volonté. Il n'avait été motivé par rien d'autre que la simple envie de revoir la mer. La dernière fois qu'il l'avait vu, c'était quand on l'avait arraché à sa mère pour le vendre à un fermier de Lanriel. Ce souvenir ne le hantait plus vraiment, plus comme avant du moins. C'était beaucoup moins douloureux. À son arrivée dans la cité portuaire, Solan s'était d'abord baladé sur les marchés où il découvrit des marchandises que jamais il n'avait vues sur les étals de Cathairfal. Toutes ces richesses venaient de par delà l'océan, semblait-il. Il vagabonda comme ça toute la première journée, discutant avec les marchands sur ce que l'on trouvait à Darya. Il n'apprenait pas grand-chose de passionnant, mais cela contribuait à faire grossir sa curiosité en même temps que ça la rassasiait. Le soir venu, il s'était payé une chambre dans une auberge proche des quais et il passa la soirée dans la salle, dans l'espoir de croiser des marins. Il ne fut pas déçu, loin de là. Il but beaucoup, écouta beaucoup d'histoires. Il sympathisa avec un homme qui, au bout de plusieurs heures à discuter lui proposa une place sur le navire à bord duquel il naviguait en tant que second, qu'ils avaient besoin d'un homme supplémentaire le temps qu'un autre se rétablisse d'une ignoble maladie dont Solan ne retient pas le nom mais qui semblait sévir parmi les marins. En échange de ses services, le capitaine accepterait de le transporter jusqu'à Darya. Hésitant d'abord, Solan avait accepté, ses appréhensions largement amoindries par le fort alcool qu'on lui avait servi toute la soirée. Le lendemain matin, il regretta un peu mais, au final, il s'en accommoda: le soir venu, il gagnerait le bateau sur lequel il servirait les prochaines semaines.

Et le soir vint comme prévu. Solan était là, au bord de la grève, à observer les vagues qui refluaient maintenant. Une voix masculine, grave, hurla son nom au loin. C'était son nouvel ami, Leif, qui l'appelait de l'autre bout des quais: le moment était venu pour lui d'embarquer car le capitaine ne tolérait pas que ses hommes passent les nuits précédant le départ en mer dans les tavernes ou dans les bordels. Le voleur, devenu pirate pour l'espace de quelque temps, s’exécuta prestement. Il grimpa à bord, écouta les conseils de Leif, et se mit à charger en compagnie des autres matelots les provisions pour les longues journées qu'ils passeraient à voguer sur les flots. Il connaissait déjà certains de ses futurs compagnons, et il était certain qu'il apprendrait connaître les autres davantage. On lui avait souvent vanté la fraternité qui s'établissait entre les marins d'un même bateau, au même titre que celle qui unissait les soldats d'un même régiment. Non, ce qui intriguait Solan, c'était cette jeune femme qu'il vit à plusieurs reprises, au fur et à mesure de ses allées et venues. Une femme sur un bateau ? Il n'en avait aucune certitude mais, quand même, il s'étonnait de voir que sa présence était tolérée par les hommes: il ne savait plus vraiment à quelle occasion, mais il était certain d'avoir entendu qu'il était communément admis que le malheur s'abattait presque systématiquement sur les équipages qui prenaient la mer avec une femme en leur sein. D'ailleurs, son impression se confirma assez vite: les hommes passaient à côté d'elle sans jamais ne lui adresser rien de mieux qu'un regard agacé voir méchant. Elle était jeune, c'était certain. Ses cheveux d'un blond presque blanc tranchaient avec le reste du paysage. Que pouvait-elle bien faire là ? Assise sur l'escalier qui menait à la poupe du navire, elle se contentait de regarder distraitement le ballet de l'équipage qui s'affairait devant elle. À côté d'elle était assis un petit garçon qui s'amusait à descendre les marches sur les fesses. Distrait par ces deux étranges passagers, Solan manqua de faire tomber la cage qu'il transportait et à l'intérieur de laquelle était enfermée une poule. Réprimandé par le matelot qui le suivait, lui-même encombré par son propre fardeau, il se concentra sur sa tâche et ne fit plus attention ni à la femme, ni au garçon.

La nuit tomba. Il était tard maintenant, et le bateau était fin prêt pour le départ. Une grande partie de l'équipage dormait déjà, les autres étaient dans la cale en train de jouer aux dés ou aux cartes. Solan, qui avait passé les dernières semaines à voyager à travers les grands espaces de Lanriel, avait du mal à s’accommoder à l'étouffante atmosphère qui régnait sous les planches du bateau, dans la cale où il était censé dormir: il y faisait chaud, humide, et déjà les mauvaises odeurs lui donnaient la nausée. En remarquant la face dégoûtée que Solan arborait, Leif lui conseilla d'aller prendre l'air sur le pont, ce qu'il fit de bon coeur. Le paria devenu pirate était maintenant accoudé au bastingage, se gonflant de la brise emplie d'air salin, contemplant les vagues qui se brisaient doucement contre la coque du navire, admirant la lumière de la lune qui se reflétait à l'infini sur l'eau. Un merveilleux spectacle qui tranchait violemment avec ce qu'il avait vu à fond de cale. Demain, pourtant, il n'aurait plus le loisir de connaître autre chose que ça. Avait-il fait le bon choix ? Il se le demandait sincèrement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 33


Vigdis Luderik

▬ Contributions à l'histoire : 33

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Jeu 26 Avr 2012, 11:40

Il était des jours ainsi, des jours où l’on n’avait rien d’autre à faire qu’attendre. Attendre que le temps passe et qu’il vous mène vers d’autres choses, plus intéressantes, beaucoup plus passionnantes. Ce n’était pourtant pas le manque de vie qui venait entacher cette journée, partout c’était l’effervescence, l’annonce du départ prochain, après près d’une semaine d’amarrage dû à une énorme tempête qui avait déchainée les flots marins, avait réveillé l’amour de la mer des pirates. Ceux-ci avec une ferveur certaine ne cessaient d’accumuler les allers retours entre les pavés salis et le pont plus beaucoup plus propre, entassant toute sortes de caisse contenant des vivres, des cordes ou encore des animaux bel et bien vivants dont le destin s’avèrerait bien funestes. En somme, il n’y avait rien de spectaculaire, c’était toujours le même va et vient de populaces depuis bientôt dix ans… Seulement au milieu de tous ces rituels habituels, émergeait deux choses sortant du commun, la première semblait être le chat que le capitaine avait ramené, surement trouvé dans les rues, dont l’utilité s’avérait certaines depuis que les rats avaient pris possession du fond de calles. La seconde s’était cet homme, un inconnu parmi tellement de visages connus. Elle l’avait observé du coin de l’œil à son arrivée, alors qu’elle était assise dans les escaliers menant au navire, à s’occuper du seul enfant autorisé à monter sur le navire. Un cas aussi particulier que celui de Vigdis, et cela n’avait pas manqué d’interloquer cet étranger qui, semblait-il, en avait perdu tous ses moyens avant de se faire houspiller par un mousse. Cela n’avait pas manqué d’arraché un sourire à la jeune fille, elle n’avait jamais vu autant de maladresse chez une personne souhaitant être marin, après tout, la moindre maladresse sur un navire pouvait être particulièrement compromettante.
Puis son attention était retourné vers le petit garçon qui s’amusait en jouant avec quelques morceaux de bois qu’on avait taillé pour leur donner la forme de quelques animaux ou encore de bonhomme grossier. Elle se souvenait avoir eu ce genre de jouets, c’était un peu une sorte de classique quand on n’avait pas les moyens d’acheter des poupées de porcelaines, ou encore de minuscules petits chevaux ouvragés… Et même si les pirates n’était pas un exemple en matière de pauvreté les frais afin de garder un navire à flot engloutissait la plupart du temps les quelques piécettes que pouvait amasser l’équipage sans se battre pour les partager ou encore pour les jouer immédiatement aux tripots qui fleurissaient aux abords des ports. Quant à elle, les histoires d’argent, ne la regardait pas, elle se contentait de garder un œil sur la marmaille… Qu’aurait-elle d’ailleurs put faire d’autre ?! Pour la plupart des hommes qui se trouvait sur ce bateau, elle était l’élément à éliminer. En étant femme, elle était soupçonnée de porter malheur au navire ainsi qu’à l’équipage qu’il portait. Et pour le gamin, on l’ignorait tout simplement parce qu’il servait absolument à rien, il n’était rien d’autre qu’une bouche de plus à nourrir.

Le temps passant, le soleil vint se coucher, pour laisser place à des centaines de nouvelles étoiles, étincelantes dans un ciel d’encre. Les membres de l’équipage avaient fini par rejoindre le navire, abandonnant par là même leurs occupations toutes aussi malsaines les unes que les autres, pour se mettre à occuper les cales, ou encore à jouer aux dominos sur des tables improvisés au niveau du pont. Il régnait une sorte de bonne humeur à bord, et au milieu de tous ces rires ou encore de ces beuglantes au sujet d’une tricherie par forcement imaginaire, elle se sentait un peu étrangère. Seule. Cela faisait bien des années qu’elle l’était, et même si elle s’était résignée et ainsi faite à sa situation, il n’en restait pas moins des moments où cet étrange sentiment de rejet venait titiller sa joie de vivre. Assise sur les escaliers menant au pont supérieur, elle gardait un œil sur tout ce qui se déroulait à ses pieds, perdue dans sa contemplation elle tentait, tant bien que mal, de chasser sa morosité. Alors, comme pour égailler cette soirée qui commençait à peine, et non sans peine, vint à émerger cet homme inconnu, qui comme elle ne semblait pas vouloir ni pouvoir prendre part aux festivités qui avaient cours sur le bateau.
Le menton posé sur la paume de ses mains, elle l’observait de loin, un peu surprise par de tels agissements semblant rappeler celui des quelques voyageurs occasionnels qu’avaient porté le navire et qui n’avaient que très mal supporté les mouvements houleux du bateau. Elle les avait tous vu se rapprocher du bord, s’il arrivait à l’atteindre, et libérer à la mer le contenu de leur estomac. Ca façon de faire avait intriguée la jeune femme, si bien que presque dans un bond, elle s’était mis sur ses pieds et avait prit le parti de se rapprocher de cet étrange bonhomme. C’était un peu étrange de sa part que de se rapprocher de quelqu’un, elle qui avait plutôt tendance à se terrer dans son coin et n’adresser la parole aux autres que pour annoncer les mauvaises nouvelles…. Mais les choses inattendues avaient tendance à se faire commune ces derniers temps, et elle avait commencé à y prendre goût. Abandonnant sa réserve naturelle dans un dernier souffle, elle vint se planter derrière la nouvelle recrue.

« Si vous vous sentez mal maintenant, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de partir en mer.»

Pas d’hésitations, mais sa voix restée néanmoins fluette, presque enfantine, la gêne y restant prisonnière, elle ne s’attendait pas vraiment à une réaction, les hommes d’équipages ayant l’habitude de l’ignorer même quand elle se donnait la peine de leur adresser la parole, néanmoins elle fouillait déjà dans les poches de son capuchon pour en sortir des bulbes à la forme hasardeuse. Rien d’autre que du gingembre, de petits tubercules qui avait le don de calmer les maux d’estomac, même s’il fallait l’avouer le goût et la texture était particulière. Enfin, il fit un pas de plus, et tenant la chose entre ses mains, elle la lui tendit, pensant assurément qu’elle faisait là un acte de pure gentillesse… Même si elle avait de sacré doute sur la réaction de cet étranger.

«Mâchez ça, ça vous évitera de vomir vos tripes par-dessus bords, et les autres ne s’amuseront pas de votre situation ! »

_________________
tumblr
tumblr
"Tu peux voir l'avenir au travers de bien des choses, imaginer que tu tiens le destin au creux de tes paumes de mains, mais il y a toujours quelqu'un ou quelque chose pour te remettre sur le droit chemin. Certes je vois l'avenir. Oui, je vois une possibilité parmi tant d'autres, et dans notre monde, si ce n'est la volonté de notre Déesse, rien n'est immuable. Pas même les rêves des devins."

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://off-with-their-heads.forumactif.com/
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 2354


Solan Runnarth

▬ Contributions à l'histoire : 2354

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Dim 29 Avr 2012, 15:14

Pris dans ses pensées, Solan se risquait à imaginer ce qui avait été la vie des siens durant des décennies, et ce qui serait bientôt la sienne pour quelques semaines au moins. S'il gardait un vague souvenir de qui avait pu être sa mère, son esprit avait perdu toutes traces de son père, l'effaçant tout à fait, qui sait pour quelles raisons: peut-être ne l'avait-il jamais connu, ou bien celui-ci n'avait été que trop absent. Inconsciemment pourtant, il se l'était toujours représenté sous les traits d'un marin semblable ou presque à ceux qu'il avait rencontrés à Port-aux-Princes et sur le navire qu'il occupait maintenant. Après tout, ce n'était pas invraisemblable puisqu'il avait appris que, par delà la mer, la plupart des hommes vivaient ou bien de la pêche ou bien de la flibuste. Ainsi, peut-être que s'il ne se souvenait pas de lui c'était parce que, à l'instar des hommes qui dès le jour levé partiraient en mer, il passait la plupart de l'année à voguer sur les flots ... Une idée qui, à cet instant, suffisait à le rassurer un peu: si son géniteur avait été marin, peut-être avait-il hérité d'un peu de lui. C'était en tout cas son vœu le plus cher maintenant que, les yeux plongés dans le lointain, il craignait de ne pas tenir le coup. C'est à ce moment qu'une voix féminine qu'il crut d'abord être celle d'un enfant vint le sortir de ses songes, reléguant ses craintes au second plan. Toujours accoudé au bord du vaisseau, Solan considéra celle qui, dans son dos, venait à sa rencontre d'un air si gêné.

C'était la jeune femme qu'il avait aperçue tout à l'heure: s'il n'avait pas vraiment eu le loisir d'observer son visage, ses longs cheveux d'un blond qu'il était difficile d'oublier lui assuraient qu'il ne se trompait pas. Il se retourna alors pour lui faire face. Comme il avait cru le deviner plus tôt alors qu'il chargeait les vivres à l'intérieur du bateau, elle était jeune, vingt ans, peut-être un peu plus, il ne saurait dire. Sa peau était légèrement hâlée, aussi Solan devinait qu'elle était dans la région depuis un moment. Ici et à Darya, la chaleur d'Eydis semblait plus présente, elle marquait les corps. Si la jeune femme semblait déterminée, il voyait qu'elle n'était pas le plus à l'aise qui soit. Était-ce parce qu'il était nouveau ? Depuis qu'il était à bord, il n'avait pas vu un seul des hommes lui adresser la parole, mis à part le capitaine. Peut-être que, comme lui, elle ne se sentait pas totalement à l'aise en compagnie des matelots, ou bien l'inverse. Elle lui lâcha quelques mots, arguant qu'il était peut-être malavisé de prendre la mer s'il se sentait mal alors que le bateau était encore fermement ancré aux quais. Il lui sourit, tout à fait instinctivement. Elle touchait juste.

« - Ah ... à vrai dire, je songeais à la même chose. C'est plus ou moins la première fois que je vois la mer, et je m'apprête à naviguer dessus. Ça fait bizarre. » dit-il sur le ton de l'aveu.

Intrigué, il l'observa qui fouillait dans ses poches, se demandant ce qu'elle pourrait bien en sortir. L'instant d'après, elle lui présentait des petits bouts de choses verdâtres qu'il n'avait jamais vu auparavant. Hésitant d'abord, il finit par s'en saisir lorsqu'elle lui affirma que ça calmerait son mal et, par extension, lui éviterait de se couvrir de ridicule. Solan considéra encore un peu ce "médicament" en le faisant rouler au creux de sa main, puis il le porta à sa bouche, le mastiquant un peu comme elle le lui conseilla. Ça avait une texture déplaisante et un goût horrible, si bien que son visage se fendit d'un air un peu dégoûté, pourtant il continua de mâcher. Après tout, si ça lui faisait du bien ... Bientôt, la petite boule disparut totalement, ne laissant qu'un goût atroce dans la bouche du paria. Il espérait que cela suffise à calmer le mal dont était pris son cœur, conscient que ça ne le débarrasserait pas de ses angoisses.

« - Je risque de vite devenir accro si ça fonctionne ! » dit-il, amusé. Il reprit aussitôt: « - Enfin merci ... quel est votre nom ? Moi c'est Solan. »

Il y eut un court silence, et on entendait plus que le bruit des vagues qui se jetaient sur la rive à l'infini. Parfois, le rire gras des quelques marins qui jouaient aux dominos à l'autre bout du pont venait s'ajouter à ce léger vacarme. Solan les regardait d'un air distrait, se demandant au bout de combien de temps il serait capable de se comporter comme eux, de faire abstraction des légers tangages qui faisaient vibrer le bateau, de ne plus voir les dangers aussi ... Soudain, un autre homme surgit de la cale. Il s'empressa de rejoindre la table où ses compagnons semblaient l'attendre, pourtant il ne put s'empêcher d'adresser un regard étrange à Solan et à son interlocutrice au moment où il passa devant eux. Le voleur se contenta d'abord de le suivre du regard jusqu'à ce que son attention se rapporte sur Vigdis. Le matelot, lui, s'en était allé rejoindre ses camarades.

« - Qu'est-ce qu'il a, celui-là ? » demanda Solan, assez discrètement pour que seule Vigdis l'entende. « - J'ai bien le droit de vous parler, pas vrai ? Je vous ai vu tout à l'heure, mais personne ne m'a rien dit ... »

Après tout, si personne ne lui parlait, il serait peut-être mal vu que lui débarque et sympathise avec elle ? Il doutait maintenant de l'attitude à adopter: est-ce qu'il devait l'ignorer alors qu'elle avait manifestement cherché à l'aider ? À vrai dire, il ne tenait pas tellement à passer plusieurs semaines en mer en compagnie de types qui se méfiaient de lui, ou pire. D'un autre côté, il était généralement reconnaissant envers ceux qui savaient être aimables avec lui. Il se rendait maintenant compte qu'il lui était impossible de savoir sur quel pied danser tant qu'il n'aurait pas posé cette question qui lui brûlait les lèvres:

« - Qu'est-ce que vous faites sur ce navire ? »

Il n'avait pas l'air pressé ni même paniqué, au contraire. Il tenait simplement à savoir dans quoi il s'engageait en continuant à lui parler ou pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 33


Vigdis Luderik

▬ Contributions à l'histoire : 33

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Dim 29 Avr 2012, 18:13

Avoir du gingembre ou d’autres plantes médicinales dans les poches de son capuchon était devenu une habitude, après tout ce n’était pas parce que vous viviez depuis un peu plus d’une décennie sur un navire qu’il ne vous arrivait pas d’avoir, parfois, le cœur chaviré. Et si le sien était particulièrement bien accroché restait encore des hommes qui ne supportait que trop mal le mouvement perpétuel des vagues et le mouvement toujours désordonné du bateau. Sans nul doute, il y avait aussi, et toujours, le plaisir de voir se peindre sur les traits des alités, cette grimage si particulière qu’exprimait le dégout. Il n’y avait pas vraiment de plaisir à les voir se plaindre, tout recracher ou plus rarement à se faire à l’idée que ça n’était pas bon mais utile ; mais ce qui était amusant, malgré tout, c’était leur réaction. Lui, faisait partit, non sans la surprendre de la dernière catégorie. A peine un rictus de dégout. Réaction quelque peu surprenante qui put se traduire chez elle par un haussement des sourcils avant même de sourire à l’idée qu’il était peut être meilleur que la plupart des voyageurs qui avaient foulé le pont de son navire. Même l’aveu peu reluisant qu’il venait de lui faire, faisait de lui un être tout ce qu’il y avait de plus intrigant. Peu d’hommes, tout du moins peu de ceux à qui elle avait parlé, et qui n’avaient pas eu l’indécence de lui proposer des immondices, se seraient abaissés à avouer qu’ils avaient une crainte certaine à l’idée de se sentir mal en mer. La plupart aimait à se vanter de leur pied marin, qui d’ailleurs après quelques heures finissait par s’estomper, remplacé par un teint livide ou verdâtre.
Finies les craintes. Elles furent comme balayées d’un coup d’un seul alors que la discussion venait de s’enclencher, elle se sentait dès lors un peu plus libre, et ne craignait plus ce silence particulièrement désagréable que lui imposait l’équipage. Libérée de sa gêne, elle vint réduire de quelques centimètres la distance qui les séparait encore, appuyant ses reins contre le parapet massif qui entourait le bateau. Elle pouvait ainsi voir tout ce qui se passait sur le pont, ne quittant pas des yeux un groupe de quelques marins qui avaient l’air de s’amuser… Vigdis n’appréciait pas vraiment l’idée de leur tourner le dos quand elle s’approchait autant du bord du navire, et ce en pleine nuit. Elle avait toujours eut peur qu’on ne vienne la pousser... Elle avait vécu la chose lors d’une de ses visions, et depuis ne cesser de se méfier de cet équipage qui pouvait se montrer traître.

« Il ne faut jamais sous-estimée la mer, on ne lui résiste que rarement… Mais si ça peut vous rassurer, les marins qui se trouvent ici se targueront de ne jamais avoir été malade en mer, mais je ne vous cacherez pas que l’abus de rhum, ainsi que parfois la nourriture légèrement rance font qu’ils en viennent à vomir tripes et boyaux par-dessus bord. »

Elle nota quelque part dans son esprit le nom de l’homme naguère inconnu, détournant le regard de la zone d’activité du pont pour fixer le visage du dénommé Solan, gravant ainsi, sous l’éclat de la lune et des quelques torches allumées non loin d’eux, son visage. Elle n’était pourtant pas très physionomiste, mais il avait néanmoins le privilège d’une certaine beauté que l’on pouvait deviner sous une barbe qui se faisait épaisse et une tignasse qui ne l’était pas moins. En outre, il n’avait rien d’un homme de la mer, il ne portait pas tellement de haillons, et sa tenue était beaucoup trop lourdes ainsi que trop chaleureuse pour pouvoir être supporter sur le long terme par un marin. Il semblait plus tenir de l’explorateur, ou peut-être même d’un marchand itinérant, mais Vigdis ne connaissait que trop peu les hommes des terres pour pouvoir réellement deviner ce qu’il pouvait faire de ses journées quand il ne convoitait par la carrière de marin.
Laissant ses interrogations au placard, elle eut le déplaisir de se rendre compte que les marins n’avaient pas l’air d’avoir plus de sympathie pour elle après cette escale qu’elle leur avait quelque peu imposé. Et le regard mauvais de cet homme ne laissa en rien indifférent celui qui lui servirait de compagnon le temps de quelques mots. La jeune devineresse ne souhaitant pas le moins du monde qu’il vienne à se fâcher contre la moitié de l’équipage, elle prit à cœur de lui expliquer après un soupir qui semblait en dire long.

« Ce n’est pas tellement vous qu’il regarde… Enfin… Pendant quelque temps ils seront distants avec vous, ils vont vous jauger. Si vous êtes bons travailleurs, et que vous êtes bien ce que vous semblez être. Entendez par là, un homme. Ils devraient bientôt vous intégrer. .. Sinon, on m’appelle Vigdis, mais vous ne l’entendrez pas souvent, il n’y que le capitaine pour m’appeler ainsi. En parlant du capitaine…» Elle stoppa net sa tirade le temps que le vieux marin ne s’installe à la table de jeux, avant de reprendre de ce ton toujours égale. « Vous savez surement ce que l’on dit sur les femmes en mer… Qu’elles portent malheur, dans mon cas c’est un peu différent, je dirais que je suis là pour éviter qu’il ne leur arrive malheur. Je suis devin, les pirates semblent raffoler de nos dons, surtout quand il s’agit de leur prédire l’issu d’une bataille ou encore le temps qu’il fera demain.»

Quittant la scène des yeux, ses yeux se retournèrent de nouveau vers lui, le sourire refaisant son apparition. Elle avait l’habitude des marins, de leur façon d’être et finalement de la voir elle, de n’accepter que très moyennement sa présence, et leur façon de la considérer tout simplement comme une sorte de meuble vivant. Elle n’avait aucune importance pour eux, elle resterait à jamais l’esclave, la femme, et jamais ne serait vu comme celle qui pouvait leur sauver la vie à tout moment.

« Et vous ? Que venez-vous faire sur ce bateau ? Vous n’avez pas grand-chose d’un marin, et vous n’avez pas non plus l’air d’avoir souvent prit la mer… Je parierais même sur le fait que c’est votre première fois. Non ?! »

La curiosité l’avait une nouvelle fois emporté, elle semblait si faible face à sa soif de savoir… Elle avait, avec le temps, prit l’habitude de toujours être au courant de tout, et elle se sentait incomplète quand quelques détails venaient à lui manquer. Il s’agissait là d’un des désagréments inhérent à la fonction de devin, elle avait quelque peu passé sous silence sa condition d’esclave... Ça n'était, après tout, pas quelque chose qu'on aimait dire à qui que ce soit, ça n'était pas quelque chose de très glorieux. Elle aimait d'ailleurs penser que tout ça n'était pas très voyant, où alors qu'on pouvait avoir assez de tact pour éviter de lui faire la remarque.
Vigdis allait embrayer sur une question au sujet de sa destination, quand soudain à l'autre coté du pont, les hommes qui étaient en train de jouer aux dominos, se mirent à hurler de plus belle, envoyant valser la planche qui leur servait de plateau de tables avec les dominos qui se trouvaient dessus. Ils hurlaient en se donnant des oiseaux, et se menaçait d'en venir aux mains à propos d'une histoire de tricherie. En somme il s'agissait de quelque chose de tout à fait anodin dans la vie d'un équipage pirate, qui cependant, elle pouvait le concevoir, avait le don de venir troubler les non-initiés. Et déjà, on pouvait voir quelques têtes sortir des cales, ceux ci venaient s’enquérir des nouvelles, se tenir au courant de ceux qui pouvaient bien venir troubler le sommeil des uns ou le jeu des autres.

"Ne faites pas attention, ils vont se calmer, ça arrive très souvent."


_________________
tumblr
tumblr
"Tu peux voir l'avenir au travers de bien des choses, imaginer que tu tiens le destin au creux de tes paumes de mains, mais il y a toujours quelqu'un ou quelque chose pour te remettre sur le droit chemin. Certes je vois l'avenir. Oui, je vois une possibilité parmi tant d'autres, et dans notre monde, si ce n'est la volonté de notre Déesse, rien n'est immuable. Pas même les rêves des devins."

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://off-with-their-heads.forumactif.com/
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 2354


Solan Runnarth

▬ Contributions à l'histoire : 2354

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Jeu 10 Mai 2012, 03:50

Solan écouta avec attention les explications de la jeune femme. Ainsi, comme il s'y attendait, les choses ne seraient pas si simples pour se faire accepter comme membre à part entière de cet équipage. Est-ce qu'il avait espéré, à un moment ou à un autre, que cela se fasse sans peine ni difficulté ? Non, pas vraiment. Au mieux, il s'était dit que les affinités qu'il partageait avec le lieutenant du capitaine l'auraient aidé à s'intégrer plus facilement, mais c'est tout. Encore une fois, il se rendait compte de sa bêtise: il n'avait même pas vraiment idée de ce qu'il aurait à faire ou à prouver pour qu'il puisse se considérer comme un véritable pirate et, si la moitié de l'équipage ressemblait plus à des gueux que leur fort penchant pour l'alcool rendait semblables à de simples ivrognes, il devinait que beaucoup avait fait plus que voler ou escroquer. Enfin, il verrait bien cela au moment voulu. En attendant, il continuait d'écouter la jeune femme qui lui dit bientôt son nom. Vigdis. Comme il l'avait deviné, elle n'était pas très aimée à bord du navire, aussi ne fut-il par surpris quand elle lui confessa qu'il était rare qu'on prenne la peine de l'appeler par son prénom. Non, la surprise vint quelques secondes plus tard, quand, l'air de rien, elle lui confia sa nature de devineresse. À ce moment, Solan rabattit son regard sur elle, ses yeux se plongeant brusquement dans ceux de la jeune femme. Ainsi donc, ces deux prunelles étaient à même de voir l'avenir ? Ce pouvoir, parmi tous ceux dont il savait l'existence en Lanriel, lui semblait le plus primordial. Connaître l'avenir ... combien de fois en avait-il seulement rêvé ? Des dizaines de fois, au moins. Il ne comprit pas tout de suite l'utilité d'un tel don, confiné sur un navire, pourtant cela lui apparut clairement quand lui expliqua qu'elle pouvait leur éviter bien des problèmes. Vigdis lui sourit, pourtant il devine que quelque chose la tourmente ...

« - Je suis content que vous soyez à bord alors ... » dit-il dans un bref sourire. « - Je ne suis pas un marin, vous l'avez compris. Je ne suis pas superstitieux. »

Était-ce vrai ? Pas tout à fait. En général, il se refusait à quelque croyance que ce soit. D'autres fois, il priait Eydis. Juste au cas où. Autant dire qu'il n'était pas quelqu'un de très honnête avec lui-même sur ce plan là, mais il le savait. Néanmoins, il n'accordait pas beaucoup d'importance à ça: le discours religieux voulait qu'Eydis, dans sa toute-puissance, puisse être injuste même avec ses plus fervents adorateurs. Au fond, il ne risquait guère plus en ayant foi en elle qu'une fois de temps en temps. Soudain, Vigdis reprit la parole, lui posant une question qui fit naître, une fois de plus, un sourire sur le visage du paria. Décidément, elle visait juste.

« - Je suis à la recherche de quelque chose, je crois, et on m'a dit que c'est sur le pont d'un navire que je pourrais trouver ça. » Solan restait volontairement discret sur ce qui le motivait vraiment à prendre la mer, il ne tenait pas à se confier à la première inconnue venue. « - Ce n'est pas la première fois que je mets les pieds sur un bateau, non. J'ai déjà navigué dans mon enfance. »

Et ce n'était pas un très bon souvenir, c'était le moins que l'on puisse dire. L'idée que c'était peut-être les quelques bribes qui lui restait de ces jours passés, à fond de cale, prisonnier, qui le rendaient si mal à l'aise parmi ses nouveaux compagnons, en bas ? Après tout, il n'était pas impossible que ceux qui l'avaient ainsi arraché à son île natale pour le vendre en tant qu'esclave à ce fermier de Lanriel eussent été eux-mêmes des pirates comme lui prétendait à le devenir. Il fut dégoûté: il était prêt à voler, à tuer même, mais asservir quelqu'un et le priver de sa liberté le rendait malade. Il n'y avait aucune logique à ça, il en était conscient et il concevait même qu'il était préférable d'être privé de liberté que de perdre la vie. Malgré ça, ça lui semblait encore l'un des seuls crimes qu'il n'était pas prêt à commettre pour de l'argent. Soudain, son attention fut à nouveau attirée par les éclats de voix des matelots qui jouaient aux dominos. Ils se menaçaient maintenant, l'un jurant que l'autre avait triché, tandis qu'un troisième échauffait les esprits des deux autres en les encourageant à se battre. Solan regardait ce spectacle, un peu dépité. Ses yeux revinrent bientôt sur Vigdis qui lui assurait que c'était normal.

« - Si j'avais su que je m'étais monté bord d'une taverne flottante ... » dit-il, moqueur. « - Comment faites-vous pour supporter pareille compagnie ? Je veux dire ... être la seule femme qu'ils voient pendant des semaines ne doit pas être simple tous les jours. »

Bien sûr, Solan savait qu'elle ne serait pas dupe sur le véritable sens de sa question. S'il savait quelle était l'utilité de Vigdis sur ce navire, il ne comprenait toujours pas la place qu'elle occupait au sein de son équipage. De son propre aveu, elle lui avait confié que les marins pensaient qu'elle portait malheur, aussi il devinait qu'ils ne la portaient pas dans leur cœur, malgré ce don qui leur évitait sans doute bien des problèmes. À nouveau, Solan croisa le regard des pirates qui, visiblement remis de leurs petites disputes, semblait s'interroger maintenant sur ce qui pouvait bien faire que Solan et Vigdis passent autant de temps à discuter. Le paria affrontait leur regard, ne sachant pas vraiment quelle attitude adopter. L'air de rien, il prit à la parole à nouveau:

« - Ils n'ont pas l'air content de nous voir discuter. » Il dit ça sans inquiétude apparente. Après quelques instants de silence, il reprit: « - Pourquoi vous leur prêtez votre don, s'ils pensent que vous êtes symbole de malheur ? L'argent, peut-être ? »

Manifestement, il n'avait toujours pas compris qu'elle n'était pas libre de choisir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 33


Vigdis Luderik

▬ Contributions à l'histoire : 33

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Lun 14 Mai 2012, 14:23

Les cordages mal rangés, et les voilages que l’on avait enroulé à la va vite, ne cessaient de claquer à chaque rafale de vent qui venaient s’engouffrer dans leurs tissus. La tempête qui avait, naguère, touché cotes et ports, avait laissé derrière elle un vent à décorner des bœufs, ce même vent qui ne semblait absolument pas vouloir tomber. En lui-même, s’il restait fort désagréable pour les hommes du commun qui le maudissaient pour coucher leurs cultures, le vent, en revanche pour les pirates ou autre détenteurs de navires à voiles était un atout majeur. Un gage de rapidité, de mouvements, et pour l’équipage, il restait préférable d’avoir du vent, aussi terrible soit-il, que de devoir se transformer l’histoire de quelques heures en galérien en sortant les rames.
Mais ce soit là, le vent faisait danser le feu des torches, donnant aux ombres qui habitaient le bateau des formes sinistres. Gage de mauvais présages, peut être… Elle n’avait dernièrement rien vu d’autre que la tempête au travers de ces songes, et la tempête s’était désormais envolée en ne laissant sur son passage qu’un port souillé d’algues, et quelques tuiles ou ardoises envolées. Cependant, elle aurait aimé savoir ce qu’il adviendrait de cet étranger, elle aurait aimé pouvoir venir à bout des doutes qu’il devait avoir, et surtout elle aurait apprécié pouvoir l’aider pour son périple. Mais rien de tout cela n’était de son domaine de compétences, elle n’était qu’une petite devineresse, qui plus est esclaves, et la seule chose qu’elle pouvait faire c’était calmer son mal de la houle. Ca n’était finalement, déjà pas si mal, car sans cela le début puis la suite du voyage allaient lui sembler terriblement difficile, et encore plus douloureux.
« Les superstitions ont souvent un fond de vérité messire Solan. Vous feriez bien de inquiéter, je suis peut-être la pire calamité de ce navire, la preuve en est que je vous empêche par mes babillages de chercher cette chose que vous souhaitez trouver. » Elle marqua un tant d’arrêt, levant de yeux pétillant vers l’homme qui se trouvait devant elle. « Mais je crois que je pourrais bien vous aider à trouver cette chose si vous veniez à me relever ce dont il s’agit ! ». La proposition avait été faite non pas sans une certaine curiosité, à dire vrai, elle ne voyait rien de bien intéressant au niveau du pont supérieur, qui plus est le capitaine ne se trouvait pas non plus dans les environs, il s’était retiré dans ses appartements afin d’y étudier avec attention les cartes et évaluer qu’elle serait les prochaines destinations du navire. Tache somme toute fastidieuse, et qui, malheureusement ne pouvait être soutenu par une quelconque vision de Vigdis, elle ne contrôlait rien…

Comme elle ne pouvait contrôler les hommes qui faisaient des allés retours entre le pont et les cales, certains ivres morts, d’autres bien plus lucide. Elle n’aimait pas leur ivresse, c’était dans ces moments-là, qu’ils avaient tendance à oublier tout le dégout qu’ils avaient pour elle, et aussi à faire fi des consignes du capitaine qui consistaient à l’interdiction la plus totale d’un quelconque contact déplacé avec la devineresse. Elle comprenait d’ailleurs totalement les interrogations du nouveau venu, il n’était pas rare que les pirates prennent à leur bord le temps d’un voyage quelques filles de joies, elle payait le voyage en utilisant leur corps. Vidgis était devenue coutumière de la chose, mais elle n’était pas de ce genre, elle ne connaissait rien à tout ça, et y avait échappé grâce à son don de divination, cependant elle restait une esclave.
Elle ravala un petit rire en l’écoutant se moquer de l’équipage totalement ivre mort, et préféra se détourner de la vision vaseuse de certains. Elle se trouvait dès lors face à la mer, une mer d’encre sur laquelle se reflétait les quelques torches et parfois, lors d’une éclaircie, la lune…. « S’ils n’ont pas l’air content de me voir vous parler c’est surtout parce qu’en général le capitaine est contre le fait qu’on m’approche… Enfin quand eux veulent m’approcher c’est généralement accompagné d’arrière-pensées assez malsaines. ». Elle coula vers lui un regard un peu désolé, puis fini par hausser les épaules, car de toutes façons elle ne pouvait strictement rien n’y faire, elle devait juste faire avec et se féliciter d’avoir toujours réussit à résister aux assiduités de quelques marins qui ne voyaient pas de mal au fait qu’elle soit une femme sur un bateau. « Et je ne leur prête pas vraiment mon don, et si ça ne tenait qu’à moi je partirais battre la campagne sans hésiter au lieu de toutes ces étendues d’eau ! ». Elle souligna ses propos en montrant le paysage maritime qui s’étendait devant eux. « Je suis une esclave… Enfin, c’est toujours mieux que d’être ici en tant que devin, que d’avoir été vendue à un bordel. ».
Mais il y avait toujours mieux que d’être esclave, il y aurait toujours mieux que de vivre sur quatre planches en bois qui flottaient au grès du vent… Mieux que de passer sa vie comme un oiseau enfermé dans une jolie cage en bois sculpté. Elle n’aspirait qu’à plus de liberté, pouvoir fouler l’herbe de ses pieds nus, pouvoir voir une véritable forêt et non plus une simple gravure dans un livre. En somme, elle souhaitait vivre sa vie, pleinement, et pouvoir apprendre de toutes les situations qu’elle pourrait croiser sur son chemin. Oh bien sûr, elle avait pu voir, sentir, et rêver, que la vie était loin d’être aussi merveilleuse qu’elle l’aurait voulu, cependant elle en avait envie, plus que tout, plus que jamais.

« Néanmoins, je suis contente de vous avoir rencontré, je doute que vous ayez le temps de me reparler quand nous aurons pris la mer, et… Le capitaine ne me quittera plus. ». Elle poussa un soupir rien qu’en pensant à ce quotidien invariable qui avait le don de l’ennuyer, elle avait envie d’un peu d’action, tout du moins d’actions où elle prendrait un plus part. La vie n’avait rien de plan-plan quand on était un pirate, mais elle n’était pas de ceux-là, et il n’avait pas du tout l’intention de le faire.
Puis, un cri. Non, un braillement, vint rompre cette impression de calme qui s’était installés, Vigdis en avait sursauté avant de se retourner vivement, croisant ainsi le regard du capitaine qu’un ivrogne avait annoncé assez bruyamment. Il s’agissait là de la dernière sortie de l’homme, une dernière inspection… Ce n’était en général pas le moment que les marins préféraient, il y en avait toujours qui se faisaient remonter les bretelles, l’alcool les poussant à l’insubordination. Elle avait même put voir le capitaine couper la langue d’un irrespectueux, et le jeter à la mer sans aucunes sommations, juste pour montrer qui il était et couper l’envie à qui que ce soit de jouer à ce jeu. Elle ressentit en frisson en croisant son regard sur elle, si elle pouvait avoir beaucoup de respect pour cet homme, elle ne pouvait pas ravaler la peur qu’elle en avait, mais ce qu’elle craignait plus que tout, c’était l’implication directe de ces décisions sur sa vie à elle. Instinctivement elle avait baissé la tête, comme l’aurait fait un chien face au regard de son maître, et ses doigts s’était mis à jouer avec les tissus de sa robe.
« C’est le capitaine, gardez-vous de le regarder dans les yeux, il pourrait prendre ça pour de l’impertinence. ». Elle avait chuchoté ça à l’intention de son nouvel ami, si elle pouvait le considérer ainsi. Elle n’avait pas tellement envie de voir du sang, pas ce soir, ni à un autre moment, elle n’avait pas non plus envie qu’il arrive malheur à cet apprenti marin qui lui semblait si sympathique.

_________________
tumblr
tumblr
"Tu peux voir l'avenir au travers de bien des choses, imaginer que tu tiens le destin au creux de tes paumes de mains, mais il y a toujours quelqu'un ou quelque chose pour te remettre sur le droit chemin. Certes je vois l'avenir. Oui, je vois une possibilité parmi tant d'autres, et dans notre monde, si ce n'est la volonté de notre Déesse, rien n'est immuable. Pas même les rêves des devins."

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://off-with-their-heads.forumactif.com/
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 2354


Solan Runnarth

▬ Contributions à l'histoire : 2354

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Dim 05 Aoû 2012, 17:37

Solan prêtait une oreille attentive aux propos de Vigdis. Il ne put s'empêcher de sourire quand il eut à subir les insidieuses tentatives de cette dernière pour en apprendre plus sur la raison de sa venue ici. Est-ce qu'il était obligé de ne rien lui dire ? Sans doute pas, non. Néanmoins, il rechignait à se laisser aller aux confidences à la première femme venue, bien qu'elle lui paraisse fort sympathique et, à première vue, digne de confiance. Ou peut-être sa curiosité devait-elle le faire se méfier ? Il n'aimait pas vraiment quand, par paranoïa, il se mettait à cogiter sur les potentielles mauvaises intentions des gens qu'il rencontrait. Cela faisait partie, sans doute, de l'influence de sa condition de paria sur sa manière d'agir. Après tout, les bas-fonds dans lesquels il avait l'habitude d'évoluer n'étaient pas reconnus pour la chaleur humaine qui s'en dégageait, pas plus qu'ils ne représentaient les valeurs d'honnêteté et de bonté. Qu'importe ! En attendant d'en apprendre plus sur Vigdis, il se contenterait de lui dire le minimum:

« - Mmh ... Disons que je suis à la recherche d'une âme de pirate. La mienne. » dit-il, l'air satisfait de sa formule. « - Je l'ai perdu il y a longtemps sur ce même océan, et on m'a dit que c'est là que je la retrouverai. Alors me voilà. »

Solan faisait bien entendu allusion à ce qui lui avait dit Una à plusieurs reprises; qu'il appartenait toujours aux îles pirates et à l'océan dans lequel elles baignaient, qu'importe s'il avait été élevé loin des rivages de ces îles dont il n'avait pas depuis longtemps été aussi proche. Enfin ! Il ne lui restait plus maintenant qu'à passer les quelques semaines en mer qui le conduirait sur les rivages de Darya, et il aurait les réponses qu'il était venu chercher. Éloignant tous les scénarios et toutes les conjectures sur ce qu'il trouverait une fois débarqué, Solan reporta son attention sur la jeune Devineresse. Elle faisait maintenant face à la mer, lui avouant les raisons de la défiance des marins à son égard. Solan ne réalisa pas immédiatement ce qu'impliquait les mots qu'il venait pourtant d'entendre, et il fallut qu'elle prononce le mot qui, à chaque fois qu'il l'entendait, provoquait comme un choc en lui: esclave. Elle était esclave. Si les yeux de la Devineresse venaient croiser ceux du paria à ce moment, la jeune femme se rendrait compte de l'air atterré qui déformait maintenant son visage. Comment avait-il pu être si naïf ? Comment avait-il pu croire qu'il échapperait à l'esclavage, ce crime qu'il abhorrait par-dessus tout pour en avoir été victime, ici, parmi les pirates ? Il était prêt à faire bien et avait fait bien des choses pour de l'argent: il s'était battu, avait volé, pillé. Il avait tué, aussi. Pourtant, il était dégoûté par l'idée même de priver quelqu'un de sa liberté, de réduire une personne à l'état de simple outil ... Ce bout de moral qu'il avait encore et qui se tenait là, intact, malgré les années et son appât du gain toujours plus important, n'était que le résultat de sa propre histoire, et il le savait. Néanmoins, ça lui importait peu, c'était comme ça, voilà tout.

« - Vous êtes une esclave ... » dit-il à demi-mots, comme si cela le frappait comme une évidence.

L'espace d'un instant, il songea que, peut-être, c'était là la première d'une longue séries d'étapes sur la voie qui le mènerait jusqu'à ses racines, jusqu'à devenir un pirate. Un vrai. S'il parvenait à faire fi de ça, à abandonner cette dernière limite qu'il imposait à sa cupidité, peut-être alors pourrait-il espérer rattraper le temps, non, le remonter, devenir ce qu'avait sans doute été tous les hommes de sa famille avant lui, des marins qui vivaient de la mer, de la flibuste, de pillage. D'esclavage, aussi. Il soupirait. Malgré son désir de renouer avec ce qu'il aurait dû être si ce marchand d'esclaves ne l'avait pas amené sur le continent, Solan ne pouvait se résigner à tolérer la situation de Vigdis, ni aider de quelque manière que ce soit à la prolonger ou à l'étendre à d'autres personnes. Et quoi ? Qu'est-ce qui viendrait ensuite, s'il décidait de passer outre ? Peut-être alors lui demanderait-on de violer des femmes lors d'un raid sur un village côtier, comme on disait que beaucoup de pirates le faisaient ! Et peut-être accepterait-il, et peut-être deviendrait-il comme eux ... Le regard de Solan s'égara alors sur les marins qui continuaient à boire, à jouer et à s'insulter. Pathétique. Soudain, la douce voix de Vigdis le ramena à elle. Elle semblait comme apeurée, et elle chuchota quelques mots visant à le mettre en garde au sujet du Capitaine et de sa discipline de fer. Solan pourtant ne put résister à l'envie de défier le vieil homme du regard et, quand ce dernier le remarqua, il se stoppa net. Que faire ? La tentation d'aller régler ses comptes au Capitaine était forte, mais déjà l'éventualité de subir le courroux de tout l'équipage après ça l'en dissuadait. Solan détourna les yeux, son regard venant se poser à nouveau sur Vigids. Elle, elle avait même baissé la tête. Il eut de la peine pour elle.

« - Relève la tête. » dit-il, doucement mais d'une voix ferme. « - Tu veux battre la campagne, ne plus croupir sur ce foutu navire ? Je peux t'y aider. » Il laissa le temps à ses mots d'atteindre leur destinatrice. « - Je peux t'aider à t'enfuir. Ça ne tiens qu'à toi. » insista-t-il. « - Sur le pont, dans trois heures, quand l'alcool les aura tous assommés. Tu as le choix de m'y rejoindre ou pas. Réfléchis bien. »

Sans un mot de plus, Solan s'écarta de Vigdis. Il sentait bien que les regards du Capitaine se faisait plus insistant à mesure qu'il restait près d'elle. Il regagna la cale, et s'installa auprès de Leif. Sans envie mais déterminé à faire comme si de rien était, il se remit à jouer avec les marins. Ses pensées pourtant se dirigeaient toutes vers la jeune femme qu'il venait de quitter. Il savait que l'aider reviendrait à abandonner, pour un moment du moins, son rêve de piraterie: si elle acceptait de le suivre, leurs têtes seraient mises à prix et on les rechercherait partout dans Port-aux-Princes et ses alentours. Pourtant, il était déterminé à lui offrir l'opportunité de briser ses chaînes.

Trois heures plus tard, tous les marins de la cale s'étaient endormis. Discrètement, Solan s'extirpa à nouveau des entrailles du navire. Le calme était revenu sur le pont; même si quelques marins ronflaient maintenant bruyamment ici et là, le poids de l'alcool sur leur clairvoyance ne leur ayant pas permis de regagner la cale. Sans un bruit, Solan s'approcha des appartements, deux pièces à dire vrai, situé à la poupe du navire. Celle qu'il savait occupée par le Capitaine semblait calme, et aucune lumière ne s'en dégageait plus maintenant. Celle qui lui faisait face était occupée par Vigdis. Solan le savait car Leif lui avait expliqué que, en tant que second, c'était lui qui aurait dû occuper ce lit, mais " que le vieux traitait son esclave comme une vraie princesse ", ce qui fit penser à Solan qu'être privé de sa liberté méritait bien un lit en compensation. Maintenant, il attendait de voir: que préférerait Vigdis ? Les bons traitements de celui qui resterait malgré tout son maître, ou la promesse d'une vie vécu comme elle l'entendait ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
▬ Contributions à l'histoire : 33


Vigdis Luderik

▬ Contributions à l'histoire : 33

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   Mer 29 Aoû 2012, 09:39

Il n’est pas toujours question de choisir son destin, à dire vrai, la plupart du temps il vient à vous au moment où vous vous y attendez le moins. Il vous regarde évoluer de loin, ne se présente pas comme tel, jusqu’à ce que les mots salvateurs se fassent entendre. On fait mine de ne pas avoir compris, parce que ce genre de chose ne peuvent décemment pas arriver, et pendant quelque secondes, peut-être même plusieurs minutes c’est une mine interloquée que l’on présente à son sauveur. « Cela ne se peut ! ». Oui, cela ne lui semble pas possible, et elle continuera à la croire jusqu’à la fin. Mais comment peut-on survivre sans espoir ? Comment aller de l’avant s’il faut éternellement garder un fil à la patte ? Le monde est une notion qu’elle ne connait pas, elle est effrayée.
Tellement effrayée qu’elle peut sentir ces jambes faillir sous son poids, à moins que ce ne soit l’excitation du moment. Elle se rattrape de justesse, reste debout, et le regarde s’éloigner. Il se confond désormais avec les marins, la laissant penser qu’il ne s’agissait que d’une image trompeuse de son esprit. Un simple mirage… Et elle continue à se répéter que c’est impossible. Mais quand bien même il ne serait qu’un produit de son imagination, elle se laisse entrainer dans les douces rêveries, elle s’éprend de l’idée de pouvoir laisser ses mains caresser les hautes herbes des pâturages, sentir autre chose que les embruns marins sur son visage.

Une vie. C’est tout ce qu’elle demande. Une véritable vie où elle n’aura pas à subir les regards malvenus des autres, où elle n’aura pas besoin de se sentir chaque jour que la déesse fait comme une paria ; mais juste comme quelqu’un de libre. Seulement la peur est intestine, et elle se fraie un chemin au travers de vous sans que vous ne puissiez l’arrêter. Elle est le pire des torrents qui soient. Que pensera-t-on d’elle ?! Le capitaine la pourchassera, il est certain qu’il en voudra à sa vie, qu’elle sera recherchée et qu’il lui faudra abandonner l’océan. La poussant un peu plus vers l’inconnu.
Et le temps s’écoule dans une aura de fête, les hommes sont heureux à l’idée de reprendre la mer, et c’est avec un pincement au cœur qu’elle les regarde s’enivrer tout en s’esclaffant. Ces hommes, elle ne les aime pas plus qu’il ne l’aime, mais ils ont pour certains toujours fait partie de sa vie. La contradiction la fait douter, et elle peut sentir son cœur balancer tantôt pour la liberté, tantôt pour les habitudes. Mais une vie d’habitudes est morne, sans saveur. Mais qu’importe les minutes qui passent, on lui fait comprendre qu’il est temps qu’elle rejoigne son coin, qu’il est l’heure pour elle de quitter la fête et de rejoindre son lieu de travail. Le monde des songes.

Mais comment pourrait-elle dormir alors que l’excitation du moment à venir s’empare d’elle, elle se sent comme les enfants à la veille de leurs anniversaires, elle ne peut fermer l’œil. De peur de ne pas se réveiller à temps, ou de peur de ne pas se réveiller du tout avant d’avoir gouter à la liberté, allez savoir. Alors elle tourne, et roule sur sa couche, fixant les poutres de bois qui lui servent de ciel de lit. Se laissant aller à imaginer ce à quoi ressemblera son nouveau quotidien, ne doutant pas un seul instant de la réussite de ce plan totalement improvisé. Tout comme elle ne doute pas de cet homme qui lui a proposé son aide. Est-ce de la naïveté ? Pas vraiment, elle se fie tout simplement à son instinct, prenant la peine de se dire que si ses rêves l’on menait à faire accoster ce n’est pas tant pour sauver le navire des affres de la tempête mais pour la mettre sur le chemin de cet homme.
Elle vire et revire, mais rien n’y fait. Le sommeil s’échappe, et le bruit de botte sur le plancher, lui laisse deviner l’approche du capitaine qui comme chaque nuit inspecte le moindre recoin de son navire. Elle fait mine de dormir alors qu’il vérifie que sa devineresse est belle et bien endormie, puis s’éloigne. Bientôt. Oui, bientôt, tout redeviendra silencieux, ne restera pas même les bruits des tavernes ou des ivrognes, tout le port se laissera bercer par le bruit des vagues qui se brisent contre les digues.

Et c’est ce moment-là, qu’elle choisit pour sortir de sa cachette. Elle n’a que peu de chose à emporter, juste ce long capuchon usé et même râpé à certains endroits qui la protégé des vents froids. Elle n’est après tout qu’une esclave que pourrait-elle prendre d’autre ?! Elle n’a ni dignité, ni orgueil, juste une soif de liberté qui lui donnerait presque des ailes. Mais pour l’instant, elle se contente de marcher pied nu sur les planches, évitant à tout prix de les faire craquer. Cela semble si facile d’ordinaire et pourtant si compliqué quand l’empressement ainsi que la folie de l’instant s’en mêle. La main sur la poignée, elle jeta un dernier regard derrière elle, tentant de se faire à l’idée qu’elle ne reviendrait plus jamais en ces lieux, où alors se serait à l’état de cadavre parce que sa tête aura été mise à prix. Mais qu’importe, déjà elle fait glisser le bois de la cliche entre ses doigts fins et passe le pas de la porte.
Surprise. C’est ce qu’elle est, et ce n’est qu’en plaquant les mains contre sa bouche qu’elle peut s’empêcher de pousser un petit cri. Elle peut sentir un frisson lui parcourir la peau alors qu’elle jette un regard apeuré aux alentours, comme pour s’assurer que personne ne s’est réveillé par sa bêtise. Puis ses mains se rabaissent, cherchant un appui pour retenir ses jambes qui menacent encore de se dérober sous elle. Vigdis n’est décidemment que peu habituée à toute cette pression qui l’assaille. « Je suis là. ». Chose que l’on ne peut manquer, mais qu’elle ne peut s’empêcher de faire remarquer à son sauveur dans un murmure plein d’effrois. « Que dois-je faire ?! ». Se fait aussi entendre cette question timide, comme si ce qu’elle pourrait faire ou non allait vraiment avoir de l’importance… Elle se révèle à la hauteur de son inexpérience et de sa candeur, laissant reposer ses espoirs tout comme sa vie entre les mains de cet homme dont elle ne connait que trop peu de choses.


_________________
tumblr
tumblr
"Tu peux voir l'avenir au travers de bien des choses, imaginer que tu tiens le destin au creux de tes paumes de mains, mais il y a toujours quelqu'un ou quelque chose pour te remettre sur le droit chemin. Certes je vois l'avenir. Oui, je vois une possibilité parmi tant d'autres, et dans notre monde, si ce n'est la volonté de notre Déesse, rien n'est immuable. Pas même les rêves des devins."

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://off-with-their-heads.forumactif.com/

Contenu sponsorisé

MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: On est l'esclave que des rêves que l'on fait.   

Revenir en haut Aller en bas
 

On est l'esclave que des rêves que l'on fait.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» [Les Royaumes Elfiques] Modélisme
» Fer à repasser
» Women's Tournament
» On engraisse bien les cochons...
» Les differents gangs de Martissant auraient fait la paix

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir :: HORS JEU :: Vous serez
tous pendus !
 :: Miroir aux souvenirs
-