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 Innocent Blood | pv Gregor | RP Flashback.

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MessageSujet: Innocent Blood | pv Gregor | RP Flashback.   Ven 25 Mai 2012, 15:44

Cinq ans plus tôt
Assise au fond d’une ruelle obscure, Lilith rongeait un bout de pain moisi en attendant son heure, son regard fiévreux posé avidement sur une fenêtre au premier étage d’une maison bourgeoise de Port-aux-Princes. Bientôt, très bientôt, elle se glisserait dans le bâtiment, Pythie aux allures de spectre hâve pour piller la demeure frappée par le destin, vidée de tous ses occupants par un propriétaire qui avait voulu profiter du calme pour travailler et que la Mort ne tarderait pas à faucher. Son cœur, cet organe palpitant allait le trahir dans peu de temps. Si peu de temps. Il le sentirait s’emballer, cogner dans sa prison de chair de manière douloureuse, puis exploser dans une douleur affreuse. Et sa vie se dissoudrait. Alors elle pourrait s’arracher à la boue, cette boue froide et puante qui s’infiltrait à travers ses haillons dépenaillés et pénétrer dans la maison. Elle dépouillerait le mort d’un peu de nourriture, de quelques pièces d’or. Juste le strict nécessaire. De quoi assurer sa survie quelque temps dans ce monde impitoyable. Elle n’aurait peut-être même pas à quitter le mausolée qu’elle occupait au fond du cimetière pendant quelques jours si son plan marchait correctement… Elle se ferait oublier de la garde suffisamment longtemps pour qu’ils trouvent un autre gibier à pourchasser.

Lilith vivait depuis deux ans au sein de la grande cité portuaire de Lanriel en fille perdue. Elle avait évité par sa nature de Devin, les habituels écueils dont étaient d’ordinaire victimes les femmes faute de trouver une place digne de ce nom. Pourtant, elle ne vivait pas dans la légalité. Elle officiait en charognard à la limite de la société. Six mois après son arrivée, elle avait compris que plus que sa moralité ou sa fierté personnelle c’était sa survie qui importait. Grâce à son pouvoir, elle avait pris l’habitude de piller les maisons des décédés dont son pouvoir lui révélait la fin. Le manège avait duré plusieurs mois avant que les gens ne finissent par réaliser qu’il y avait une personne, ou un groupe de personnes, qui rendait visite aux demeures où la Faucheuse venait d’officier pour y accomplir quelques menus larcins. Dès lors, la jeune fille avait du se montrer plus prudente. Circonspecte même. Elle s'était contentée d'un peu de nourriture, avait évité les demeures les plus riches, celles où les familles des disparus étaient susceptibles de laisser des gardes pour se contenter de déchets. Un mausolée isolé au fin fond du cimetière de la ville était devenu son domaine. Elle avait du délaisser le pillage des maisons des défunts pour se contenter de fouiller les poubelles. Les malades ne constituaient plus une cible de choix puisque leur mort prochaine les désignaient comme susceptibles d'être les prochains dont la maison serait cambriolée. Elle avait connu la fin, la maladie et avait bien cru que son heure était venue. Puis à travers les brumes de la fièvre, une vision était venue. Celle d'un homme, un marchand de tissu de petite envergure, la quarantaine, une carrure athlétique et une santé de fer qui connaîtrait une fin brutale et imprévue en faisant ses comptes. Elle savait que ce jour-là sa maison serait vide. Elle savait qu'il aurait congédié pour l'après-midi ses gens de maison, envoyé sa femme et ses enfants vaquer à leurs propres occupations pour profiter du calme absolu d'un bâtiment où il serait seul. Bientôt, très bientôt, elle entendrait le livre choir et elle pourrait se glisser par cette porte de derrière qu'elle avait remarqué.

Le bruit du livre qui heurtait le sol l'arracha à ses réflexions. Il était temps. Elle se glissa par l'ouverture laissée sans surveillance en silence, ombre vêtue de haillons en lambeaux , les pieds nus et boueux à l'instar des dizaines de mendiants qui hantaient les rues de Port-aux-princes pour se diriger droit vers la cuisine. Que lui importait les finances de cet homme quand elle savait qu'à quelques mètres de sa position actuelle se trouvait un garde-manger plein ? Un ventre vide faisait peu de cas du scintillement des pièces d'or... Sans réfléchir, sans se soucier des conséquences de son acte ou même de la sensation de malaise qui la poursuivait depuis qu'elle avait eu cette vision, Lilith fit bombance. Elle se gava de nourriture, emplit son escarcelle du mieux qu'elle le put et entama le chemin du retour. Ce ne fut que lorsqu'elle fut dehors qu'elle prit conscience du fait qu'elle n'était pas seule. Quelqu'un l'avait suivie... Quelqu'un qu'elle n'avait vu qu'à deux reprises. Le fils d'une Indigente qu'elle avait dépouillé le jour-même où elle avait fini d'agoniser, vaincue par les séquelles d'un accident stupide. Au souvenir du repas qu'elle avait pris dans ses cuisines, l'estomac de la jeune fille grogna de contentement. Mais ce n'avait pas été la seule chose qu'elle avait retiré de ce cambriolage. Elle s'était également emparée de quelques babioles qu'elle avait revendues. Elle comprit indistinctement que c'était cela qui l'avait trahie. Quelqu'un avait du parler. Quelqu'un dont le silence pouvait être acheté. Quelqu'un comme le receleur à qui elle avait vendue son butin. L'homme tenait un gorudin entre ses mains..."Petite catin..."

Le premier coup l'atteignit à la tête, la projetant dans cette boue froide et puante dont elle s'était extraite un moment plus tôt. La volée suivante l'y maintint. Entre chaque série d'insultes et une nouvelle raclée, l'homme s'arrêtait pour sangloter sur sa mère disparue. Pathétique. La jeune fille ricana entre ses dents, crachant du sang par ses lèvres meurtries. "Ta pauvre maman était d'jà froide comme une pierre quand je lui ai arraché son joli collier." La violence à son encontre redoubla et la devineresse comprit qu'elle allait probablement mourir là dans cette ruelle sordide de la main d'un Singulier répugnant. Eydis ne l'avait choisie que pour l'humilier mais bientôt ses souffrances cesseraient. Se laissant aller dans la fange immonde, Lilith renonça. Et un instant plus tard, les coups avaient cessé. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, ce fut pour découvrir l'impossible.
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MessageSujet: Re: Innocent Blood | pv Gregor | RP Flashback.   Sam 26 Mai 2012, 08:00

La Providence offre parfois des journées où tout est beau, tout semble aller bien et les plans ne subissent pas les affres de l’imprévu. Ce n’était pas l’imprévu qui l’avait amené à Port-Au-Prince. D’ailleurs, chose étonnante, ce n’était pas la cause des Héritiers non plus. Le voyage dans cette ville grouillante qu’il n’appréciait pas vraiment concernait son activité d’usurier et de spéculateur. Ce métier maintenait l’intelligence en éveil, il fallait prendre en considération tous les facteurs, étudier chaque opportunité, calculer, sans cesse. Le déluge des chiffres de compte occupait le quotidien des avares dont Grégor faisait partie. Beaucoup d’homme pensaient que la vie n’offrait que trois plaisirs : l’argent, la nourriture et le sexe. Grégor était absolument d’accord avec cette vision de la vie, seulement de tous ces plaisirs, l’argent restait le meilleur, le plus jouissif et surtout le plus utile. Oui, l’argent avait le mérite de ne pas regarder à qui il se donnait et, il ne mettait pas en péril l’aspect svelte et sportif du corps de Grégor. Dans la chambre mise à sa disposition par la Guilde des marchands de Port-Au-Prince, il se contentait de lire. Le petit opuscule relié de cuir entre ses mains était un recueil de vieilles fables écrites par un auteur anonyme, Jeanne du Puits ou Jean de la Fontaine, il ne savait plus. Il adorait ce genre d’historiette toujours très drôle et spirituelle. Entre deux débiteurs à faire frapper pour non remboursement de leurs dettes, cela lui permettait de s’évader quelque peu de la tension du pouvoir, des Héritiers et de ses sombres plans. Toutes ces absurdités occupaient son esprit, l’empêchaient d’être oisif. L’oisiveté, disait son père, était l’égout qui récupérait l’ensemble des tares qu’un homme pouvait posséder : Orgueil, mesquinerie, lubricité, gourmandise, légèreté de la pensée et surtout, surtout la fainéantise.

Du coup, Grégor était tombé de Charybde en Sylla, choisissant une absurdité pour une autre. Son métier principal consistait ni plus ni moins à vendre de l’argent à des gens qui en avaient plus ou moins, et à les voler corps et âmes lorsqu’ils ne pouvaient pas rembourser. Dans une espèce de logique froide de profit absolument démoniaque, Grégor avait sans état d’âme réduit en esclavage et vendu des enfants pour permettre à leurs parents de se rembourser. Il avait mis des filles sur le trottoir pour qu’elles payent. Toute la vie se résumait à ce verbe : payer, payer sans cesse des escrocs comme Grégor afin qu’en plus ils aient les moyens de comploter dans l’ombre. En d’autre termes, ceux qui s’endettaient auprès de Grégor lui fournissait les fonds nécessaires pour préparer la ruine de ceux qui lui échappaient encore. Ce cercle vicieux de l’argent avait une sorte d’écho métaphysique. Au final, l’univers fonctionnait sur le même principe, il donnait tout à certain et rien à d’autres.

Pourtant, tout le monde dans ce monde finit par payer ou, par être payé lorsqu’il a souffert. Certains appelaient ça la ruine, le destin, la Providence (comme Grégor.) ou la damnation dans un cas ou l’élévation sociale, une bonne affaire et le paradis dans l’autre. On avait formé Grégor pour être un homme d’Etat, toute sa vie, il apprit à servir des intérêts au mieux, à écouter la raison et voir froidement les choses. Ce genre de formation donnait des financiers redoutables, vifs et surtout très prompts à ne pas se laisser faire lorsque des intérêts vitaux étaient mis en jeux. Ces Fables, remplis de personnages comme Grégor, faisaient l’éloge de l’intelligence. Il fallait être malin. Grégor s’efforçait de l’être et la masse d’or dans ses coffres, qui croissait chaque jours montrait que Grégor ne s’en sortait pas trop mal. Ses yeux bougeait de gauche à droite, d’un mot à l’autre, d’un vers à l’autre. Au final, il avala le livre en quelques heures. Il soupira. Les rues de Port-Au-Prince n’étaient pas les plus sures. Pourtant, son envie de marcher dépassait de très loin son envie de vivre vieux…Plus vieux. Il se leva et s’étira longuement en respirant profondément. Les discussions avec les marchands n’auraient lieu que le lendemain. D’ici là, il pouvait aller un peu voir comment le menu peuple vivait ou survivait pour lui permettre d’avoir une chambre spacieuse et luxueuse. Il mit son épée au côté et enfila une légère cape. En descendant les marches du parvis du bâtiment de la Guilde des marchands, il se rappela pourquoi il était agoraphobe. Les villes commerciale pullulait de la vermine humaine à tous les coins de rues. Des masures grotesques de bois pourri le cernaient, ne lui laissant comme seul couloir que la rue sale ou la paille, les mendiants et les confrères usuriers discutaient, déféquaient avec plus ou moins de discrétion faute de meilleur endroit, déversaient leurs eaux sales, vivaient les uns sur les autres et tachaient de se divertir. Quel spectacle que les villes ! Il était possible d’établir mathématiquement l’ordre des bâtiments, généralement il n’était que le reflet de la profonde bassesse de cette contrée. Une Taverne, un taudis, une impasse pour brigand, un lupanar, une Taverne, un taudis… Malgré toute la noblesse de son roi, il semblait que la lumière n’arrivait pas à dépasser les murs de sa chambre. Toute cette énergie à vouloir sans cesse n’être que le bon souverain pour qu’au final cette énergie à gouverner, à gesticuler sans cesse pour croire à un semblant d’importance donne un peuple comme…ça ? Quelle pitoyable farce, quelle pantomime ridicule et quel brassage d’air nauséabond inutile. Le pouvoir, existait-il chose plus illusoire et vaine ? A l’échelle humaine, non.

Dans la cohue des ruelles, Grégor entendit des mots plutôt durs. Il était question de catin. Le cri n’était pourtant pas celui d’un homme qui soupire de contentement après avoir permis à une professionnelle de lui dispenser ses bons offices et qui, dans une sorte d’éructation animale aurait insulté sa bienfaitrice dans une sorte de perversion dévoilée après dix-quinze minute de très relatif soulagement. Il s’agissait d’un cri de rage, de haine et de ressenti. Grégor tourna la tête et vit une splendide allégorie. L’humanité se trouvait dans cette scène à un point que Grégor n’imaginait pas. Dans la boue immonde et puante d’une impasse souillée de crasses diverses se trouvait une jeune fille dont l’indigence ne faisait aucun doute face à un homme armé d’un gourdin. Manifestement il allait la battre à mort. Il ne manquait plus que cela au tableau splendide de l’homo sapiens : un homme prouvant sa virilité en tabassant une souillon à coup de matraque. Quelque chose de sauvage dans cette scène maintint le regard de Grégor sur la scène. Il resta là, en spectateur. Elle ne gémissait pas beaucoup, surement une grâce qu’elle se faisait à elle-même de mourir en silence. Grégor serait resté là, à observer l’éternelle loi de la jungle s’appliquer jusqu’à voir le sang de cette pauvre femelle impuissante se mêler à la boue noirâtre et miasmatique si elle n’avait pas rompu le silence pour prononcer des paroles intéressante. Visiblement, c’était une vulgaire larcineuse. Pourtant, son histoire révélait un élément intéressant, sa victime était une défunte. Plusieurs marchands lui parlèrent à son arrivé d’une série de vols dans certains domaines de la ville dont les propriétaires étaient tous mort brusquement. Grégor en avait conclu que quelque magie se trouvait là-dessous d’une façon ou d’une autre. Peut-être s’agissait-il d’un réseau de sorcier ? Ou d’un devin qui faisait des siennes en indiquant aux voleurs où aller. Manifestement, il tenait ici un élément de ce potentiel réseau qui était en train de se faire massacrer par un Singulier. Grégor avança dans l’impasse. Alors qu’un autre coup de matraque allait tomber, le sorcier tendit la main. Le corps de l’agresseur semblait ne plus lui répondre et se soulever dans les airs. Grégor fit un geste de la main et le corps de l’homme se tourna vers lui.


-Ecraser le corps d’une femme dans la boue n’est pas exactement un modèle de galanterie.

Il fit s’approcher le corps paralysé du matraqueur plus près. Il le toisa afin d’en détailler l’apparence. Vil, l’homme était animé par la vengeance, le ressenti et la douleur. Cela pouvait se comprendre, devenir une marionnette au moment où l’on s’apprêtait à défoncer la trogne de la petite saleté qui venait de dépouiller le cadavre de sa mère pouvait frustrer. Ainsi était la vie, les petits plaisirs que l’on s’offre par colère ne durent jamais très longtemps, un prédateur plus gros venant toujours voler la proie des misérables charognards. Grégor se concentra et la main qui tenait la matraque s’ouvrit contre la volonté de l’homme. Le bâton noir et souple vola jusqu’à la main de Grégor. Il l’examina.

-Bois de bambou, vingt-cinq centimètres, souple afin de bien coller au corps. C’est une vraie matraque de brute que vous avez là mon ami ! Une chance que votre victime soit encore vivante. La pauvreté rend coriace dit-on !

D’un geste sec de la main droite, le corps de l’assaillant se propulsa contre un mur, il y était collé, toujours sous l’emprise du sorcier. Il porta son attention sur l’espèce de larve qui bougeait pitoyablement dans la boue pour tenter d’en sortir. Il s’approcha d’elle et se mit accroupi en lui proposant sa main valide pour l’aider à se relever et dégrafant sa cape de sa main gauche estropiée afin d’envelopper le corps froid et mouillé de Lilith dedans.

-Veuillez me pardonner jeune demoiselle. Je discutais un peu avec notre ami commun.

Après avoir relevé la jeune femme, il tourna la tête vers sa future victime.


-la matraque pour un gros bras c’est dépassé. Lorsque je dois faire payer un manant récalcitrant, je trouve le poignard beaucoup plus efficace. Bien utilisé, il garde en vie tout en rappelant à chacun où est sa place.



Grégor sorti de sa tunique un poignard. Une belle pièce à la lame claire et blanche, parfaitement équilibrée. Le poignard, l’arme parfaite des intrigants et des paranoïaques. D’un mouvement de main, il le prit par la lame avec délicatesse et proposa le manche à Lilith.

-Je vous en prie, faites-vous plaisir, je le tiens bien. Mais gardez le en vie, cela ferait désordre de rajouter un cadavre imprévu sur mon agenda. Mademoiselle ?
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MessageSujet: Re: Innocent Blood | pv Gregor | RP Flashback.   Ven 01 Juin 2012, 14:55

Les coups avaient cessé comme cesse une averse de printemps, avec la même brutalité désarmante. Alors Lilith, timidement, son intense hésitation perceptible dans le moindre de ses gestes, sortit son visage du cénacle boueux de ses bras blessés pour découvrir un spectacle à nul autre pareil. Comme tout enfant de Lanriel, la jeune fille avait entendu toutes sortes d'histoires sur les sorciers. Elle pouvait désormais témoigner qu'elles étaient toutes très en-dessous de la réalité. Entendre parler de personnes dotées de toutes sortes de pouvoirs occultes était une chose. Voire un homme suspendu au-dessus du sol dans une toile de magie qui le privait du contrôle de son propre corps en était une autre. A le voir là, sans défense, pris au piège tel un insecte à la merci d'une élégante araignée qui le surpassait en tout point, la Pythie sentit un plaisir cruel envahir tout son être. Maintenant il savait, il partageait avec elle la sensation insupportable d'être dépossédé de tout. C'était ce que la pauvreté lui avait fait. C'était ce qu'elle faisait à tous ceux, qui comme elle, vivaient dans les rues. Elle vidait votre ventre, vous laissait exsangue et gelée dans la boue des rues de cités anonymes, cadavres oubliés dans les fossés. Elle vous poussait à des actes insensés, immoraux. Comme celui d'entrer dans des maisons où la mort venait de frapper pour piller les possessions des cadavres encore chauds. Eut-elle la force de se lever, de s'extraire de cette boue gluante qui poissait ses haillons et la moindre parcelle de sa peau, qu'elle se serait hissé sur ses pieds pour pouvoir river ses yeux dans celui de cet homme qui la haïssait sans la connaître et le railler à l'envi... Mais son corps transi de froid et de douleur ne semblait plus lui répondre mais prouvant qu'il était encore capable de bouger lorsque de brutales crises de tremblements la saisissaient pour la secouer et la laisser sans forces. Elle tourna la tête vers son sauveur afin de pouvoir l'observer. Là encore elle pouvait constater qu'aucune histoire ne pouvait véritablement rendre justice à un sorcier du premier ordre. Ou était-ce cet homme particulier ? La question effleura la surface de son esprit alors qu'il s'avançait, son aura, son charisme la noyant dans un sentiment d'admiration qui confinait à l'adoration aveugle. Celle-ci laissa place à l'incrédulité la plus complète lorsqu'elle le vit se tourner vers elle, la relever puis l'envelopper dans cette cape hors de prix qu'elle ne manquerait pas de salir de manière définitive avec son corps couvert de glaise.

Les premières questions, les premiers doutes s'immiscèrent dans son esprit comme une marée malsaine. Que lui voulait-il ? Pourquoi était-il venu à son secours ? Cherchait-il lui aussi à assouvir son besoin de revanche ? N'avait-il écarté son agresseur que pour abattre une vengeance plus sournoise et plus cruelle sur sa personne, en lui insufflant un sentiment de sécurité fugace ? Elle envisagea un instant de se départir de la cape pour le priver d'un quelconque ascendant qu'il aurait pu prendre sur elle mais son corps trouvant enfin quelque confort dans ce pan de tissu hors de prix qui la réchauffait ne la laissa pas faire. Et l'inconnu, cet étranger bien plus vieux qu'elle à la prestance incomparable dont la présence semblait éclipser l'éclat du pâle soleil de Port-aux-Princes, la captivait complètement. Elle observa fascinée, chacun de ses gestes de prédateurs, frémissant lorsque sa voix s'élever, essayant de percer l'étrange attraction qu'il exerçait sur elle. Elle ne la comprit que lorsque finalement, il se tourna vers elle pour lui tendre la dague qu'elle prit sans rechigner, la faisant tourner entre ses mains couvertes d'immondices qui ne ressemblaient plus à celles d'un humain mais auraient pu sans mal appartenir à un antique golem. Ses yeux regardèrent l'arme, son ouvrage, la maîtrise qui avait précédé à sa fabrication. Un objet qui n'avait été forgé que dans le but de distribuer la mort et la douleur. Sans fioritures, ni futilités d'aucune sorte. Elle ressemblait à son propriétaire. Lilith sentit que son esprit touchait au but de son raisonnement. Sans un mot, fixant ses yeux couleurs de mer dans ceux dorés, du Sorcier du Premier Ordre, la jeune fille s'avança vers le Singulier pris au piège. Dans son regard à lui, elle lisait la terreur, une peur animale et primale, celle qui envahissait l'être à l'approche de la Mort comme elle l'avait tant et tant de fois dans chacune de ses visions. Cette fois-ci, elle l'infligeait. Elle leva le poignard, le posant contre la peau du torse de sa victime pour tracer une ligne vermeille où le sang perla. Alors que le premier sang jaillissait, la jeune fille sentit monter en elle une expérience inédite. Ses yeux se colorèrent d'une teinte de bronze. Une vision se déclencha, un ordre en ligne directe, qui ne s'exprimait pas par des images mais par sous la forme d'une impulsion. Elle n'avait pas l'autorisation d'ôter cette vie ou d'abîmer cet être... Elle n'avait pas l'autorisation d'ôter cette vie ou d'abîmer cet être... Peut-être était-ce un ordre divin ou peut-être était-ce sa propre répulsion qui s'exprimait. Toujours est-il que secouée par cet expérience elle s'écarta de l'homme impuissant et tendit sa lame à son mystérieux interlocuteur. Consciente qu'elle n'avait toujours pas remercié l'inconnu pour son intervention, elle accompagna son geste de ce qui passait chez elle pour une révérence.

"Je v'remercie, sire. De m'avoir sauvée. Et d'avoir sacrifié vot' cape pour moi." Son phrasé manquait de subtilités, elle le savait. Elle n'ignorait pas non plus son accent vulgaire d'indigente. Pourtant l'expression de sa reconnaissance était sincère. Elle tenait réellement à lui faire savoir que son refus de blesser ce misérable qui l'avait attaquée n'était pas un manque de politesse de sa part. Elle le regarda avec timidité et crainte, réalisant qu'il pourrait balayer sa vie d'un simple battement de paupières. Alors elle comprit. Lui aussi était proche de la mort. A sa façon il se tenait sur la frontière qui séparait le monde des vivants de cet au-delà hypothétique... Mais si elle-même se contentait de rester dans son sillage, lui pouvait l'infliger à n'importe quel être qui provoquait sa colère. "J'espère que vous pourrez m'comprendre, m'sire. C'est pas d'l'impolitesse... Juste. Je tue personne et je blesse personne. Mes visions me montrent qui va mourir... Je vois le futur, m’sire." Elle espéra qu’il comprendrait, qu’il ne s’offenserait pas de son refus, qu’il ne ferait pas tomber sur elle son juste courroux ou qu’il ne relâcherait pas sur elle cet homme qu’elle avait décidé de laisser en vie et qui ne ferait pas preuve à son égard de la même complaisance. Attendant la sentence qui ne tarderait pas à tomber, elle baissa la tête évitant de faire preuve de la moindre audace en présence de celui qui était de toute évidence un Blasonné. Deux années de vie dans la fange parmi les pauvres l’avaient plus que brisée. Elles avaient détruit la totalité de ses rêves, de ses espoirs. Sa personnalité avait été réduite à une ruine branlante que la folie menaçait… Lilith n’était plus que l’ombre de l’adolescente qui avait franchi les portes de la ville après avoir été chassée de sa communauté. Aujourd’hui elle n’était qu’une devineresse qui s’efforçait de survivre dans un monde impitoyable et qui par un hasard du Destin avait croisé le chemin d’un Sorcier du Premier Ordre.

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MessageSujet: Re: Innocent Blood | pv Gregor | RP Flashback.   Mar 05 Juin 2012, 10:02

Elle venait de voir sa vie épargnée par la Providence. Grégor n’avait jamais cru au hasard, il fréquentait les forces occultes les plus noires de ce monde depuis trop longtemps pour croire que chaque évènement était indépendant l’un de l’autre. Il s’agissait bien d’une volonté, d’une intelligence et d’un plan qui se déroulait dans chaque grain de poussière dans l’indifférence généra le. La magie était l’étude des forces de la nature sous toutes ses formes. L’esprit, les éléments et bien d’autres choses concourraient à faire des magiciens et surtout des sorciers les analystes de ses forces afin de servir leurs causes. Pourtant, ce sauvetage ne semblait pas avoir tant que cela rassuré la jeune fille. Elle ne livrait toujours pas son nom. Le sorcier ne possédait pas le don d’empathie mais il excellait dans l’analyse des attitudes et du comportement des gens. Dans cette jeune fille il décelait tous les signes de l’angoisse, de l’anxiété et de la fascination. Lanrie devait compter environ une dizaine de sorcier du Premier Ordre en activité. Certains passaient leurs vies sans voir aucune de ces légendes de la magie. Il pouvait donc aisément comprendre sa stupeur et son désarroi. L’armure de boue et de crasse qui la recouvrait n’inspirait aucune pitié à Grégor.

En fait, il ne faisait qu’attendre de voir la réaction de la jeune fille lorsqu’il lui confia son poignard. Une sorte de lueur passa dans ses yeux. Elle prit la lame et s’approcha de sa future victime. Elle hésitait, de toute évidence elle allait torturer quelqu’un pour la première fois. La pauvreté n’avait pas encore affaissée toutes ses barrières morales. Un miracle si l’on considérait que même parmi les pauvres cette jeune fille faisait figure de déshérité. Le nombre de situations inextricables où elle avait dû se trouver ne pouvait que forcer l’admiration. En effet, Grégor avait utilisé de nombreux pauvres comme cobaye pour ses expériences de magie noire. Souvent en achetant des enfants aux parents trop contents de se débarrasser de bouches à nourrir ou inaptes au travail. Derrière ce masque de boue et la maigreur synonyme du manque de nourriture, il devinait un corps plutôt saint et bien fait. Un atout indéniable pour une femme, même pauvre. Encore que, chez cette frange de la population, la beauté pouvait devenir une véritable plaie du fait des tentatives de viol répétées de quelques soudards ou brigands que les prostitués ne contentaient plus. Voleuse, pilleuse de cimetière ou catin, un avenir splendide s’offrait aux jeunes filles indigentes de Lanriel. Cela n’offusquait pas Grégor non, plus. L’univers devait bien suivre un ordre dans lequel il fallait des dominants et des dominés. Pour qu’il y est des petites Blasonnées apprenant la lecture, la danse et le chant dans le but de séduire l’un des leurs afin de perpétuer une maison de noble, il fallait cent voire deux cents indigente qui perdaient leurs dents à treize ans et vendait leur corps à quatorze. C’était une rencontre marquée sous le signe du contraste. La jeune fille n’avait rien et de toute évidence n’allait jamais rien posséder sauf coup de chance formidable. Sans aucune naissance, elle ne pouvait même pas espérer vendre un nom, du coup n’importe quelle brute pouvait la matraquer dans la rue dans l’indifférence de toute une ville. Grégor en revanche était issu de l’une des plus anciennes et puissantes famille de Blasonnés de Lanriel, de fidèles serviteurs du Roi depuis la fondation de la monarchie. Ses coffres regorgeaient d’or et en plus de cela il appartenait à l’élite des sorciers. Tout cela paraissait trop étrange pour Grégor. Son père lui avait enseigné que l’on reconnaissait un bon roi car il avait de l’humilité vers l’inférieur. En d’autres termes le bon roi faisait valoir son autorité mais ne mettait pas en avant sa force sur les plus faibles, seulement le fait qu’il était à sa place et que chacun devait en tenir compte. Il se sentait réellement comme un Roi face à cette déshéritée. Que faire ? L’écraser de sa force ? Ou être humble ? Manifestement, la jeune fille s’était écrasée toute seule face à la présence de Grégor. Une force lui cousait les lèvres et la rapetissait à mesure que la rencontre poursuivait son cours. Elle commença à tracer avec la lame une ligne sur le torse de son bourreau.

Grégor se fichait pas mal qu’elle le fasse ou non. Il n’avait proposé cette petite séance de jeu que pour rembourser la jeune fille des coups reçus. En soi, il espérait qu’elle refuse afin de ne pas perdre davantage de temps avec ce sous-homme. Il voulait surtout en savoir plus sur la jeune fille et s’il pouvait l’exploiter. Après tout, si elle faisait partie d’un réseau de voleur, il pourrait être intéressant de disposer d’un informateur dans ce réseau. Dans le cas contraire, elle devait bien avoir un talent particulier qui la rendrait indispensable à Grégor d’une façon ou d’une autre. Alors qu’une perle de sang naissait sur le torse de l’autre crétin, elle se figea d’un seul coup. Grégor sentait la magie affluer en elle. Il resta stoïque et leva un sourcil. La Providence n’avait peut-être pas encore tout révélé à Grégor sur cette étonnante jeune fille. Elle se tourna ensuite vers lui. Sa voix chevrotante chariait un flot de paroles inarticulé que Grégor, plus habitué aux mondanités n’avait pas l’habitude d’entendre. Il comprenait ce qu’elle racontait grâce à son oreille fine mais en se demandant comment ils pouvaient parler entre eux ainsi toute la journée sans devenir fous. Cet accent de pauvre lui écorchait les oreilles mais il n’en laissa rien paraître. Visiblement elle le remerciait, il n’y avait pas de quoi.


-Ne vous en faites pas jeune fille. Je ne vous ai pas sauvé uniquement par charité. Et si je n’avais pas sacrifié cette cape, vous seriez probablement morte de froid ou d’un rhume d’ici trois jours. Or, un pion mort est un pion inutile.

Ce qui vint ensuite fut bien plus intéressant. L’explication tant attendue vint aux lèvres de la jeune fille. Toujours dans cette espèce de sabir insupportable qui masquait l’intérêt de la nouvelle. Le futur, cet d’horizon que les hommes cherchent à prévoir par tous les moyens possibles et imaginables. Certains usaient de leur raison, utilisant des données objectives pour conjecturer sur des probabilités et des évènements. Grégor était de ceux-là, son intelligence politique fine et son sens très aigue des catastrophes à venir en faisait un illustre représentant de sa caste de stratège. D’autres utilisaient des devins de toute sorte, ceux qui pouvaient effectivement avoir une porte sur le futur comme les misérables escrocs. Ils passaient leurs journées à payer des fortunes pour se faire tirer les cartes ou amenaient les entrailles d’un animal en espérant que le devin trouve de bonnes nouvelles. La troisième catégorie recouvrait celle des réels devins eux même. Des maudits ou des bénis selon ce que leur don avait apporté. Ils voyaient le futur sous différents angles. Souvent, ils vivaient deux types de destins : rejeté et marginalisé par leurs semblables ou riches et protégé par un Blasonné soucieux de réussir dans les intrigues de palais des différentes cours de Lanriel. De plus, elle affirmait qu’elle voyait les gens qui allaient mourir. Ce genre d’informations pouvait se payer très cher, les mauvaises nouvelles valant toujours bien plus que les bonnes. De toute évidence, il s’agissait d’une opportunité pour Grégor. Lui qui pensait simplement se balader pour exciter sa haine du genre humain, il tombait sur une charmante jeune pauvresse capable de dialoguer avec la mort. Dans une courbe de pertes et profits, il était très largement bénéficiaire. Les Héritiers pouvaient gagner un membre très important et Grégor une sorte de prophétesse à la fidélité sans faille. Il fallait agir avec subtilité afin de l’attirer dans ses filets.

-Soyez tranquille. Je ne souhaite pas spécialement vous voir torturer cet imbécile. Je vous proposais simplement une petite vengeance au cas où vous l’auriez voulue.

Il relâcha la pression sur sa cible qui détala comme un lièvre en courant. Pitoyable jusque dans la fuite, Grégor soupira de désespoir devant la couardise de cet illuminé. Il suffisait d’une paire d’yeux dorés pour qu’il oublie l’emplacement de ses organes génitaux. Dans tous les cas il demeurait sans intérêt pour le Blasonné, à l’inverse de cette prometteuse jeune fille. Il sorti un mouchoir en soi de l’une de ses manches et s’approcha d’elle, il passa délicatement le tissu sur la peau de son visage afin d’enlever la boue qui la rendait méconnaissable.

-Voir la mort est un talent dangereux jeune fille. Le fait que vous ayez survécu à cela montre que vous avez du talent.

Il ne fallait pas trop la brusquer. Après tout, il ne savait pas si elle avait confiance en lui ou pas. Il se rendit compte qu’elle lui rendait le poignard et qu’il avait oublié de le prendre. Il fit un geste de la main et sa lame vola doucement jusqu’à lui. Il le rangea et entreprit de sortir de la ruelle. Le monde grouillait encore à cette heure-ci. Des marchands, des mendiants et quelques femmes occupées à négocier quelques marchandises sur les échoppes. Cette petite escapade fructueuse devait toucher à sa fin. De plus, il commençait à avoir faim. Il prit trente seconde pour réfléchir à la marche à suivre. Il ne pouvait pas la laisser dans cet état, la chose était claire. Elle passerait sans doute la nuit là où il logeait. Elle ne pouvait refuser un lit, un repas chaud et un baquet rempli d’eau chaude. Sans compter de nouveau vêtement un peu plus solides que les misérables haillons qui masquait sa nudité ou essayait de le faire et qui après un tel traitement ne tiendrait plus très longtemps.

-Il est évident que si vous restez dans les rues, maintenant que vous êtes découvertes, vous ne survivrez pas longtemps ce soir. Je vous propose de loger chez moi, j’ai une chambre mise à ma disposition par la Guilde des Marchands. J’ai plus de place que nécessaire. Vous aurez un lit confortable, un bain chaud et un repas complet avec du pain blanc et de la viande. Dans votre situation, je pense qu’une telle offre ne se refuse pas.
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MessageSujet: Re: Innocent Blood | pv Gregor | RP Flashback.   Mer 06 Juin 2012, 04:50

Au cours des années qui avaient suivi la découverte de son don, Lilith n’avait jamais rencontré chez les gens qu’une intense incompréhension généralement suivie d’une hostilité sans bornes. Mis face à l’éventualité de leur propre trépas ou de celui, parfois imminent, de leurs proches, les humains refusaient d’abord de voir l’évidence, puis blâmaient le messager. La jeune fille se souvenait sans mal de ses premiers mois dans la cité au cours desquels elle avait essayé de transmettre la bonne parole. La chose avait failli lui coûter la vie et elle avait arboré une collection des plus voyantes d’hématomes divers avant de réaliser que malgré leur vie citadine, les habitants de Port-aux-Princes n’étaient pas plus raisonnables que le troupeau effrayé qui l’avait chassée de sa maison natale. Elle avait alors essayé d’entrer au service de la déesse mais les prêtres l’avaient regardé de haut avant de décider que son pouvoir n’était certainement pas une manifestation d’Eydis mais une malédiction quelconque. Lilith en avait finalement déduit que personne n’aimait les mauvaises nouvelles et qu’il valait mieux qu’elle prenne à son avantage les visions macabres qui troublaient son sommeil. Ainsi avait-elle commencé à piller les maisons des récents décédés. Carrière qui lui réussissait plutôt bien jusqu’à ce qu’elle finisse par attirer une attention déplaisante de la garde et des proches des défunts. Pourtant, dans l’ombre de cette rue, face à cet homme inquiétant, la jeune fille ne pouvait que remercier la Destinée de l’avoir conduit là… Il parlait de pions, d’utilité et transie de froid, la Pythie ne faisait que l’écouter. Ces mots-là sonnaient bien. Ils sonnaient comme si soudain les nuages s’étaient écartés pour lui laisser avoir un peu de soleil. Et ils ne ressemblaient définitivement pas à la façon dont les maquereaux essayaient d’appâter les gamines pauvres qui devenaient ensuite filles à marins dans toutes les tavernes du port. Lilith comme toutes les femmes qui voulaient s’en sortir autrement qu’en vendant leurs corps avait appris à voir les mensonges qui se cachaient sous les promesses de chaleur, de nourriture et de sécurité. Elle regarda la cape, resserrant un peu plus ses pans autour de son corps maigre pour profiter de la chaleur bienvenue avant de répondre à son interlocuteur pour être sûre qu’il ne la précipiterait pas dans une maison de passe dès qu’elle aurait le dos tourné.

« Je peux être utile, m’sire. Je peux travailler. Je suis solide. Mais je tapine pas. Je suis pas mauvaise quand il s’agit de voler quelque chose et je passe inaperçue presque partout. » C’était vrai. Lorsqu’elle croisait dans les rues de Port-aux-Princes, animal chétif et négligeable, personne ne la voyait. Personne ne prenait la peine de la regarder. Les gens l’oubliaient tout simplement. Et qui s’en serait soucié ? Pour eux tous, pour tous ses Singuliers méprisants qui la regardaient à peine, qui ne prenaient conscience de sa présence que pour lui décocher une taloche afin de la faire déguerpir, elle n’était qu’un cadavre en sursis. Quelque chose, cependant, un mystérieux instinct ou un regain d’espoir utopique, lui disait cependant que le Sorcier ne souhaitait pas la voir se vendre contre quelques piécettes. Il était un homme pragmatique, sa remarque sur la volonté de ne pas perdre de temps en torturant son bourreau le montrait. « Si j’voulais me venger de tous ceux qui m’ont fait du mal, m’sire, ce s’rait une sacrée perte de temps. » A la vérité, Lilith noierait probablement la totalité de la côte et de la ville dans des flots de sang et de douleur. Elle n’éprouvait aucune affection pour les habitants de la cité dans laquelle elle s’était réfugiée et savait qu’ils en avaient autant à son sujet. Les mendiants évitaient la zone du port car les marins n’avaient aucun scrupule à les jeter dans la rade par pure méchanceté. Certains y étaient morts. Elle se poussait quand elle voyait une charrette ou un carrosse car elle était consciente qu’ils n’auraient pas de remords à lui rouler dessus.

Elle observa son agresseur s’enfuir avec une expression neutre. Elle ne lui souhaitait pas de bien. Pas plus qu’elle n’eut changé d’avis sur le fait de s’emparer du couteau pour finalement le torturer. Tôt ou tard, la Mort finirait par le rattraper. Elle ne le saurait probablement jamais mais la Mort, elle, obtiendrait son dû. C’était une vengeance suffisante. La voix de l’homme qui l’avait sauvée la ramena à la réalité et amena un léger sourire désabusé sur son visage encore juvénile. « Je survis comme je peux, m’sire. J’vais où mes visions me disent d’aller. Je pille les garde-mangers des morts et je dors dans un mausolée du cimetière. Des fois ça marche, des fois non. » La rossée qu’elle venait de prendre prouvait que la Fortune n’était pas toujours en sa faveur.
Le soudain geste de l’homme en avant la fit sursauter et entamer un geste de fuite qu’elle ne retint qu’à grand peine lorsqu’elle s’aperçut qu’il n’avait aucune intention belliqueuse. Voilà bien longtemps que personne n’avait eu de geste de sollicitude à son égard. Cette notion lui était devenue si étrangère qu’elle semblait tout bonnement appartenir à un autre monde. Elle l’écouta parler de son talent pour voir la mort et pour y survivre avec scepticisme… Elle ne savait pas s’il s’agissait d’une capacité particulière qui lui était propre à en réchapper quel que soient les circonstances ou si elle n’avait fait que bénéficier d’heureux hasards. Aussi s’abstint-elle de répondre se contentant d’un sourire neutre qui exprimait à la fois son impossibilité à déclarer quoi que ce soit et sa reconnaissance.

Puis l’entretien tomba encore plus dans le surréalisme. Après lui avoir sauvé la vie et avoir sacrifié sa cape, l’homme lui proposait maintenant de lui offrir un toit et de la nourriture. L’idée de manger de la viande qui n’eut pas passé depuis quelques jours l’état de consommation recommandé et qui n’ait pas séjourné au milieu des détritus la faisait saliver. La perspective d’un bain en outre était totalement Lilith ne se baignait que l’été lorsqu’elle osait s’aventurer hors de la ville pour aller baguenauder sur les plages où elle volait habituellement les frusques qui lui servaient à se vêtir le restant de l’année. L’hiver il était bien trop risquer de tremper son corps dans l’eau salée et glacée au risque d’attraper une pneumonie qui ne manquait pas d’être fatale. Aussi la jeune mendiante se décrassait-elle tant bien que mal, vivant l’essentiel de la mauvaise saison en compagnie de sa propre vermine. Et elle avait horreur de ça. Horreur de la façon dont des parasites passaient leur temps à grouiller sur elle. Sur elle et sur les légions d’autres pauvres qu’abritaient la cité… Et elle ne voulait même pas évoquer en pensée les souvenirs des épidémies ponctuelles qui se déchaînaient à la mauvaise saison dans les taudis où se groupaient les moins fortunés. A ces mouroirs qu’on qualifiait de maisons, Lilith préférait la compagnie de véritables cadavres en vivant dans la nécropole. Au moins ces voisins-là ne risquaient-ils pas de se relever pendant la nuit pour vous trancher la gorge et voler vos quelques possessions. La proposition que lui faisait le sorcier était plus que généreuse. Elle était aussi totalement inespérée. Elle le regarda un instant, persuadée de se réveiller à tout moment et d’émerger une fois de plus dans la lumière chiche de la tombe où elle avait trouvé refuge, avant de répondre. « Merci m’sire. Je comprends pas pourquoi mais merci. Je vous suis. Je ferai presque…» Elle insista légèrement sur le presque. « n’importe quoi pour vous payer cette dette. » Elle lui fit signe d’ouvrir la marche en s’inclinant respectueusement. Elle réalisa à ce moment-là qu’elle ne s’était pas présentée et qu’elle ne connaissait pas son nom. Posant une main sur sa poitrine dans une imitation pathétique d’un geste qui se voulait élégant sinon doté d’une certaine solennité, elle annonça soudain. « Je suis Lilith, m’sire. Lilith Dagan pour vous servir… »
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