Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 A providential encounter

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Rayner Renfor

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▬ Contributions à l'histoire : 56

MessageSujet: A providential encounter   Mar 15 Nov 2011, 21:39

    Loin de ma maison, les couleurs de ce monde s'épaississent et se mêlent en un sang noir d'une encre que je ne sais pas lire. Et montent au ciel, et tâchent de leur venin anoxique la clarté très pure des étoiles de cette ville étrangère, de cette ville d'étrangers. Je marche sous l'ombre de la cité, d'un pas glacé, en-dedans comme un enfant perdu, et contre mon cœur serré le sac d'étoffe bleue qui contient ma vie. Je suis content que le bateau ait débarqué à la mort du jour. Sous l'étreinte de la nuit, mes habits bleus sont gris, et mon visage n'est qu'une mare aux ombres sans intérêt. J'ai juste eu peur. Peur que qu'on ne me laisse pas me glisser entre les portes de la cité, qui déjà se fermaient par-devant la nuit. Les gardes m'ont fait une bien étrange impression. Cherchant, du bout du regard et du fond du cœur, quelque chose au fond de l'horizon dont je n'avais pas idée.

    J'ai marché plus vite que la peur, glissant mes pas dans le bruit des grelots de mon habit bleu. Plus vite que les monstres de la nuit qui mangent le cœur des hommes et chatouillent les orteils des femmes. Et ce n'est qu'une fois passée la lourde porte de cette taverne lovée au creux de la nuit, que j'ai senti mon cœur palpiter dans ma poitrine à la façon qu'on ces oiseaux qui meurent dans le filet de l'oiseleur.

    Dans cette maison de bière, il parait comme un jour qui ne peut pas mourir. Mon regard passe et se perd, insecte affolé autour d'une bougie de suif. Il y a des hommes, et des femmes, tous ensemble sous les langues de lumières d'un feu crépitant, et qu'ils parlent, et qu'ils chantent et boivent, ignorant de la froideur du monde et de la noirceur du cœur des pirates, quelque part, sur une île lointaine, dans un autre passé. Une fille de petite vie papillonne pieds nus devant moi, ses mollets ronds et dorés fendent ses jupons chamarrés, et ses cheveux de louve rousse, et son rire en grappes de raisin ! Je baisse les yeux, pique du nez, et me fond dans la foule, ayant trop faim, ayant trop soif, pour ne pas braver ma timidité d'étranger.

    J'en ressors avec de quoi me contenter, une écuelle pleine d'une viande trop forte, un pichet de quelque chose qui n'est certainement pas de l'eau, et le rose aux joues. Je sais parler leur langue de barbare. Mais là, devant cette femme, et sous leurs regards curieux, je n'ai pu que bredouiller en poussant devant moi les trois pièces d'or qui me restent de mon pays. Je ne connais pas leur monnaie. Mais le métal parle pour lui-même. J'espère que personne ne pensera à fouiller mon sac pour en trouver plus. C'était tout ce que j'avais.

    Trempant le bout de mes lèvres dans le breuvage épicé, j'ose regarder, rien qu'une fois de plus. Je suis terrifié. Mais la présence d'êtres de chair chaude me change des planches humides de mes dernières nuits. Le mur qui me sépare d'eux, je l'oublie presque, et m'attarde, curieux, sur leurs étranges faciès, leurs manières uniques, leurs drôles de couleur.

    Je sens qu'on me regarde. Je sais, qu'on me regarde. Alors je garde les yeux fixés sur mes mains désormais inertes, trop dégoutté par la viande trop forte – moi qui n'ai jamais mangé que du poisson et les fruits de ma terre – pour continuer à manger. L'alcool que j'ai bu, je ne m'y attendais pas. Il est plus fort que celui que nos brasseurs produisent. Je me sens doucement partir, la nuque appesantie de nuages mous, la bouche pâteuse, le front bas. Je crois qu'un homme rit de moi, rit de son grand rire gras d'homme saoul mais habitué à l'être. Mes doigts s'agitent. Seuls. Je n'y peux rien, moi. Je frémis, sentant les pointes glacées de la peur percer à nouveau, malgré la touffeur de mon ivresse bénie. Je tire mon nécessaire à calligraphie de ma besace, m'éparpillant de gestes désordonnés. Ma plume trempée d'encre s'écrase sur le papier, et bave comme un crapaud. J'ai un hoquet. Je ne devrais pas dessiner. Pas après ce qu'il s'est passé. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas faire autrement. C'est l'alcool qui poisse mes veines, et l'urgence excitante qui s'étale sur la blancheur de ma feuille, et déjà me montre les dessins que je suis du pinceau.

    Un homme hurle. Mais rien ne change. Les autres savent qu'il est saoul, pensent qu'il divaguent. Mais moi, je l'entends bafouiller, les mains sur la tête, la lippe tremblante : « dans l'ombre, l'espace d'un instant, un homme mort, décapité, et sa tête sous le bras ! »

    L'esprit vaseux, je regarde le coin qu'il montre. Rien que de l'ombre. Il divague. C'est l'alcool. C'est ce que je pense. Ce que je pensais. Mais quand ma regard tombe à nouveau sur ma feuille, je m'aperçois que mon dessin, ce que j'ai fait, ce que j'ai proféré, est déjà terminé. Un gel de terreur mord mon être vertèbre après vertèbre, quand je croise le regard délavé d'une tête coupée, sur la blancheur baveuse de ma feuille. Je tremble. Mes mains tremblent. Je crois entendre au creux de mon oreille le glas macabre de la magie noire. Sorcellerie ! Je veux cacher le crime, faire disparaître la tête, mais ne parvient qu'à renverser ma fiole d'encre noire et me tacher les doigts. Je me lève, je veux fuir, mais dans mon ivresse heurte un homme taillé comme un chêne, qui pour faire bonne mesure lance son poing, me rate, mais sonne mon voisin le plus proche.

    Je déteste les bagarres de taverne, surtout quand je les provoque sans même m'en rendre compte.
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Arshan Mahvir

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▬ Contributions à l'histoire : 217

MessageSujet: Re: A providential encounter   Mer 30 Nov 2011, 23:59

  • Les rues se succèdent et ne se ressemblent pas. La seule lumière qui éclairait ses pas provenait de l’intérieur des maisons et son ombre dansait sur les façades monotones. Le druide aux accents du désert appréciait le silence des rues et l’absence de badaud. Il menait son cheval par les rênes et marchait à ses côtés, lui permettant ainsi de se reposer. Il était d’ailleurs inquiet, car sa monture avait montré des signes de nervosité qui étaient rares chez lui. Craignant que la selle ne l’ait blessé pendant ses voyages, il avait fait des vérifications et découvert qu’en effet, le cheval était sensible au niveau de la sangle. Il a alors détendu les attaches et l’avait délesté de quelques bagages qu’il avait alors mis sur son dos. Le tout à présent était de trouver un refuge pour son compagnon et lui. Il avait entendu parler d’une auberge dont l’écurie accueillait les chevaux des voyageurs et en prenait soin. En quête de ce havre de paix pour son ami, le grand exotique scrutait les enseignes des échoppes et auberges pour repérer sa cible.

    Il se passa presqu’une heure avant que se yeux d’ébène ne tombent enfin sur l’image de la sirène aux charmes envoutants. Se dirigeant instantanément vers l’écurie qui se situait toute proche de la taverne, il chercha des yeux un palefrenier qui lui paraîtrait digne de confiance. Jetant son dévolu sur un jeune garçon qui bouchonnait un cheval avec complicité et savoir-faire. Après avoir parlé quelques minutes avec lui, il lui donna quelques pièces (plus que ce que ce service coûtait), ce qui eut pour effet de faire briller les yeux bleus de l’enfant. Il n’aimait pas faire travailler des enfants, mais dans ce monde où il y avait trop de misère, certains étaient obligés de se démener pour vivre. Alors il était généreux. Un peu trop même parfois. Mais c’était dans son caractère et il voulait faire honneur à la bienveillance de la grande Déesse. Prenant ses sacoches qu’il posa en travers de son épaule, il se dirigea ensuite vers l’entrée de la Taverne.

    A un mètre de la porte, il s’arrêta. Du bruit, beaucoup de bruit. Ce qui signifiait qu’il y avait beaucoup de monde. Et vu le nombre de verres cassés, il y avait de la bagarre dans l’air. S’il y avait bien une chose dont il avait l’horreur, c’était les violences entre êtres humains. Il savait que parfois c’était nécessaire, mais le plaisir pervers que cela procurait à certains hommes le dégoutait. Il soupira et avança jusqu’à l’antre du verre et des mâchoires brisés. Sa silhouette tout en hauteur et en finesse se présenta à l’intérieur, évitant par instinct un homme saoul qui se faisait éjecter à l’extérieur. Quelques soiffards s’arrêtèrent pour le dévisager, ressentant cette aura si spéciale qui entourait tout druide digne de ce nom. Enfin, presque digne de ce nom, puisqu’en réalité il n’avait pas fini sa formation. Il n’avait pas l’habitude d’user de sa condition pour faire des reproches ou pour punir des infidèles, mais lorsqu’il s’agissait de sauver des vies, il était prêt à tout. Regardant droit dans les yeux ces pêcheurs, il leur insuffla tout son mécontentement, ce qui eut pour effet de refroidir les ardeurs de la plupart d’entre eux. Peu à peu le silence s’installa dans la taverne, jusqu’à ce que seul le doux chant de la sirène n’atteigne ses oreilles. Même les filles de joie, qui s’étaient réfugiées derrière le bar, s’étaient tu.

    Considérant un homme qui s’était récolté deux yeux au beurre noir et qui tentait d’étrangler un homme à main nue, il se planta juste devant lui et lui ordonna de libérer sa victime avant de lui demander d’une voix profonde :

    « Qui a commencé ? »

    Cette voix si sévère glaça les sangs de son interlocuteur qui désigna du doigt un homme qui essayait de se planquer derrière une table renversée.

    « C’t’un monstre ! Il a rendu fou l’bon Flynn ! »

    Le dénommé Flynn, le regard hagard, était recroquevillé dans un coin et marmonnait des phrases incompréhensibles à propos d’un homme soit disant décapité. Intrigué, Arshan haussa un sourcil. Quel homme pouvait infliger cette torture à son prochain ? Décidé à punir le responsable de cette bagarre, il s’avança vers la table renversée…pour y découvrir un drôle de petit bonhomme bleu. Son œil fut attiré par un morceau de papier tombé à terre. Le ramassant, il y jeta un coup d’œil avant de soupirer. Le puzzle n’avait pas mis longtemps à se reconstituer dans sa tête d’homme du désert.

    Un dessinateur. Qui ne connaissait pas ses limites apparemment. S’accroupissant à côté du drôle d’oiseau, il posa une main sur son épaule et lui parla avec douceur et fermeté.

    « Dis-moi, étrange ami, tu ne vas pas rester là à terre? Tu vas venir avec moi, et si tu ne veux pas plus d’ennui, je te conseille de marcher dans mon sillage. Je n’ai pas envie de lever la main sur un homme aujourd’hui. »

    Se levant, il attendit que l’homme bleu le suive et se dirigea ensuite vers le gérant pour lui prendre une chambre. Après quoi, il prit son nouveau compagnon par la manche et le traîna dans les escaliers jusqu’à la petite chambre qui lui servira de demeure pendant quelques temps. Lâchant enfin son acolyte, il déposa ses sacoches sur le lit et se tourna enfin vers l’objet de sa curiosité.

    « Une dessinateur. Et est-ce que ce drôle d’oiseau a un nom ? Pour ma part, ce sera Arshan Mahvir. »

_________________

J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence...
[Antoine de St Exupéry]

Elu Meilleur Druide aux Echo Awards 2011
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Rayner Renfor

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▬ Contributions à l'histoire : 56

MessageSujet: Re: A providential encounter   Mer 14 Mar 2012, 02:02

    Cet homme.
    Il est immense. Il me fait peur. C’est un monstre, ou un géant, de ces êtres de roc et de sable, dont les regards sont autant de pointes de flèche, sont autant de glas et de promesses acides. Je ne suis déjà pas bien grand, alors j’espère qu’avec un peu, beaucoup d’efforts et de prières, il ne me verra pas. Faire corps avec la table. Faire corps avec la poussière. Avec le sol. Je me fais l’amère réflexion que je ne suis décidemment plus qu’un chien, pas même une feuille morte sous le vent : rien qu’une larve aveugle et molle, sous la froide stupeur de l’hiver.
    J’ai tellement peur.

    Il a vu le dessin. Il a vu l’horreur. Et puis il m’a vu, moi. Je voudrais disparaître. Baisser sur mes yeux pâles les bords de mon chapeau bleu, et prétendre n’être qu’un grain de poussière très peu concerné par l’affaire. Cette lueur d’intelligence, qui brille dans le regard de l’homme du désert, c’est le froid lampion de la mort qui luit sereinement au bout des bois oubliés. Il a compris ce que je suis. Il a compris que je suis la peste, l’incendie, et le parasite. Sa grande main tiède sur mon épaule me fait l’effet d’une pesanteur démultipliée. C’est le ciel qui tombe, et me tape la tête en cymbale de terreur. Il me parle. J’ai tellement peur que je ferme les yeux, et que je plaque mes mains sur les yeux. Ses mots se veulent rassurants. Mais le feu aussi, est rassurant, quand il ne décide pas de brûler votre village. Je ne réponds que par un gémissement effrayé.

    C’est la fin.
    Il me tire à sa suite, cet homme des plaines liquides, ce marcheur de sable aux grands yeux sombres comme les gens de mon pays. Incapable de résister et à sa force, et à son assurance, je trottine à sa suite, le regard fixé sur mes délicates chaussures bleues. Je sens que les gens de l’auberge me regardent. J’ai l’impression de traverser un nid de vipère. Seulement pour me jeter dans la bouche béante du roi des serpents. Il a fermé la porte. Il a fermé la porte. Mon regard scanne la pièce, fuse, fuit, oiseau sauvage mourant d’émotion. J’ose enfin le regarder, mais très vite, honteux de mes grands yeux d’eau maudits, reviens à la contemplation très concentrée de mes bottes. Plaqué à la porte de bois comme si je voulais m’y fondre, je bégaie d’une voix aigue :

    « Ne me faites pas de mal ! Ne me faites pas de mal ! »

    Pitié d’un presque homme, encore un peu garçon, privé de son sol et de son ciel, tour à tour paria, forçat, étranger, inconnu, victime. J’ose encore un regard. Cette fois, j’ai sorti ma dague. Ou plutôt mon couteau. Sa ligne ornée de pierre, entre mes mains fines d’intellectuel, ne tromperait que les oisillons d’étourneau. Pourtant, je m’entête, et vocifère :

    « Je ne suis pas un sorcier. Il était saoul, il n’a pas compris, pas compris que je ne dessinais pas, ce n’est pas moi, et les sorciers, les sorciers sont le mauvais côté, la nature n’est pas d’accord, je n’ai rien fait, je n’ai rien fait ! »

    Je vois la lame trembler. Je ne suis pas sûr de comprendre moi-même ce que je dis. Cet espace clos, sans ciel ni neige, m’oppresse terriblement. Honte suprême, je sens deux grosses larmes, lourdes, brûlantes, perler à la frontière de mes cils.

    « Wotataketake Thiaki ! Wotataketake Thiaki ! » Je répète, comme pour m’en assurer moi-même, comme un talisman contre un mal que j’ignore. « Wotataketake Thiaki. » Fais-je un peu plus doucement, et ajoute d’une voix fatiguée : « Fils de personne, danseur bleu sur une île dont je ne puis plus dire le nom. » L’alcool cogne ma tête, délie ma langue, affaiblit encore un peu ma prise sur mon arme. Le couteau m’échappe, et heurte le sol avec un bruit mat qui me fait sursauter. Vaincu, je me laisse glisser au sol, le chapeau piteux, les mains flasques, fredonnant pour moi seul un air familier. « Arshan… Voilà bien un nom de golem. Si Arshan veut supprimer le danseur bleu, le danseur bleu demande à ce que cela soit rapide. Et soutient qu’il n’est pas un sorcier, et qu’il en fait pas de ces choses magiques que la nature réprouve. »

    J’achève ma diatribe d’un petit hoquet.


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