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 « Famous for nothing »

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Solan Runnarth

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MessageFeuille de route
MessageSujet: « Famous for nothing »   Mer 04 Avr 2012, 09:54

Solan jura. Pourquoi diable toutes ces routes de campagnes étaient jonchées de cailloux et autres obstacles ? Il n'avait pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures maintenant, et quelque chose le dérangeait à chaque fois qu'il commençait à trouver le sommeil: si ce n'était pas le sursaut de la charrette qui butait sur une pierre quelconque, c'était le charretier qui se sentait contraint de briser le silence en lâchant quelques banalités dont le paria n'avait que faire. Abandonnant tout à fait l'idée de dormir, Solan se redressa un peu. Tearmainn était une belle région. Bien plus que Dorcha Duil en tout cas. Il regardait défiler les paysages qui s'étendaient à perte de vue autour d'eux: partout il voyait des arbres aux fruits bien plus attrayants que tous ceux vendus sur les marchés de Cathairfal, des cours d'eaux qui ruisselaient ici et là, arrosant abondamment les prairies verdoyantes. Avait-il découvert le paradis terrestre ? Il le crut sur le moment, se demandant bien pourquoi il y avait encore des paysans qui mouraient de faim aux portes de la Cité royale alors que tout ici appelait à l’abondance et à la prospérité. Que disait la légende déjà ? Que la Bénédiction qu'Eydis avait faite à ces terres ne pouvait supporter la charge d'un trop grand nombre d'âmes ? Quelle blague. Pour Solan, c'était là encore le moyen pour une caste de privilégiés de se garantir un niveau de vie plus que confortable au détriment des indigents: certes ceux-là se faisaient appeler prêtres plutôt que seigneurs, mais le résultat final était bien le même. La vie semblait paisible ici, presque trop au goût du voleur. À vrai dire, c'était quand il quittait Cathairfal qu'il se rendait compte à quel point il en aimait l'effervescence permanente qui y régnait. Ici, tout est trop calme, trop ... endormi. Il ne voyageait à travers Lanriel que depuis peu, mais il avait déjà visité Dorcha Duil, Loch Eydis, et il revenait de Tuamarbh où il s'était rendu en repérage pour de futures expéditions. Tearmainn n'était donc qu'une courte étape sur le chemin qui le ramenait à Cathairfal.

« - La nuit va bientôt tomber et nous voyageons depuis longtemps, le cheval doit se reposer. » lâcha soudainement l'homme qui conduisait le voyage. « - Il y a une auberge à moins d'un kilomètre, très fameuse. Vous pourrez y dormir pour pas cher, et puis la nourriture y est bonne. Entre autres choses. » dit-il pour finir, non sans un large sourire qui laissa circonspect Solan.

Le paria considéra l'idée: un bon lit, un repas chaud et peut-être plus. Il n'en fallut pas davantage pour le convaincre de faire cet arrêt, d'autant qu'il craignait que la nuit ne leur amène quelques mauvaises rencontres qu'il tenait à éviter: il avait suffisamment maraudé le long des routes pour ne pas souhaiter se retrouver à la place de la victime. Ainsi, le charretier les mena encore pendant quelques minutes le long de la route, jusqu'à ce qu'il annonce qu'ils étaient arrivés. Solan sauta de la charrette et entra dans l'établissement que lui avait vanté son guide. Il était écrit "Auberge de la Colombe" et, à peine eut-il franchi la porte, Solan se sentit bien plus dans son élément. C'était un endroit chaleureux, ou qui en avait l'air du moins. L'endroit était presque rempli malgré son isolement, comme si tous les habitants de la région s'étaient réfugiés ici. Déjà effluves et fumets venaient s'emparer de son odorat, lui donnant, il le crut, plus faim que jamais. Il s'assit à une table et demanda à manger et à boire. Il prit son repas sans dire un mot. L'ambiance ici était différente des tavernes qu'il fréquentait d'habitude à Cathairfal: elle était ... mieux fréquentée. À vrai dire, la région était principalement visitée par des pèlerins en quête de quiétude et de tranquillité, si bien que même généreusement arrosé par le patron, on était loin d'y voir trois bagarres par heure comme c'était le cas dans les tavernes de la capitale. Dans un coin, un ménestrel chantait quelque chose à propos d'un mariage, ou de quelque chose comme ça. Qu'importe, au fond. Solan avait repéré une table où plusieurs hommes jouaient aux cartes et, songeant que ce serait toujours meilleure distraction que ce barde qui braillait, il s'invita à leur table. Était-ce la bénédiction d'Eydis qui le touchait ou bien ses adversaires qui n'étaient pas doués ? Ou bien peut-être trichait-il ... En tout cas, il enchaînait victoire sur victoire et raflait peu à peu un véritable petit pactole. La soirée passa et, bientôt il fit totalement nuit. Certains, dégoûtés, quittèrent la table, tandis que d'autres s'apprêtaient à laisser leurs derniers sous dans la bataille. Bientôt, il n'y eut plus personne à côté de lui. Comment osaient-ils mettre un terme à la chance insolente dans laquelle il se trouvait ce soir ? Il devait en profiter, pousser encore sa bonne fortune, rien qu'un peu, juste pour quelques sous de plus ! Agacé, il scrutait la taverne, désireux de trouver une proie un peu naïve qu'il lui serait aisé de déposséder entièrement. Peu à peu, les joueurs potentiels s'étaient éloignés de la table et, si l'endroit était toujours plein de monde, il lui restait peu de possibilités. Au final, son attention fut retenue par quelqu'un qui occupait une table voisine à la sienne.

« - Hey vous, une partie ça vous dit ? » questionna Solan, dans l'espoir d'une réponse favorable. « - Comme vous le voyez, tout le monde m'a abandonné. Je vous paye à boire. »

Il affichait un sourire aimable, après tout il ne s'agissait pas de faire fuir la proie, pas vraie ? Évidemment, l'idée que tout ça puisse tourner en sa défaveur ne lui traversa même pas l'esprit: sa cupidité l'en empêchait catégoriquement. Non, à cet instant, il ne pensait qu'à la satisfaction qu'il trouverait à gagner quelques pièces de plus.
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Jezabel Lochlainn

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: « Famous for nothing »   Mer 04 Avr 2012, 10:41

    Le paysage qui se dressait devant la laissait plutôt perplexe. Debout sur le haut d’une colline, Jezabel regardait les vertes prairies, les arbres fruitiers aux couleurs lumineuses, quelque rivière qui passait au travers d’un petit bois, quelques maisonnettes traditionnelles. Tout respirait le calme, et la joie de vivre, vivre simplement en profitant de ce que la nature nous offrait. Ayant grandi à Cathairfàl, le dépaysement était total. Elle ne savait si elle appréciait ou non, ses sentiments étaient partagés. D’un côté, elle aimait le changement et prendre un peu de repos dans un endroit comme celui-ci la réjouissait. De l’autre, se sentir aussi loin de chez elle lui nouait l’estomac. La jeune femme était partie sur un coup de tête, laissant derrière son père et ses missions en cours. La cité l’épuisait et, comme toute travailleuse, elle avait besoin de vacances de temps à autres. Sortir de la ville semblait impossible au premier abord ; elle se souvenait avec amertume de son premier essai. Seulement, elle avait grandit et se jugeait assez mature pour se prendre en charge et pour vaincre les monstres qui oseraient lui faire obstacle. La singulière avait payé pour pouvoir sortir. Une petite somme donnée à un indigent qui lui rendait des services de temps en temps. Il apparaissait évident qu’elle n’était pas la première à vouloir s’échapper de sa prison et un passage, non loin de chez elle, lui permit de passer de l’autre côté des murs. Ce fut comme une délivrance. Une angoisse s’empara d’elle alors qu’elle pénétra dans la forêt, une bonne semaine auparavant. Les souvenirs revenaient et elle les chassait le plus rapidement possible, afin de ne pas s’attarder sur des éléments trop pénibles. Dans sa besace, une bourse relativement bien remplie, une carte qu’elle avait appris à déchiffrer grâce à l’apothicaire du quartier, qu’elle connaissait bien, de quoi se nourrir pendant deux ou trois jours et, bien sûr, son fameux poignard. Le voyage fut long. Elle n’avait pour seul moyen de transport que ses jambes, même si elle put gagner 2 jours de marche grâce à un paysan qui passait sur son chemin et qui allait dans la même direction. Le fait de pouvoir côtoyer des gens qui vivait loin de l’agitation de Cathairfàl lui faisait grand plaisir. Tout semblait si simple : pas besoin de se cacher, pas besoin de faux semblants. Il suffisait d’être qui l’on était et tout fonctionnait à merveille. Les gens ne posaient pas de questions, il s’intéressait seulement à votre destination, comme si un accord tacite avait été passé. Fourbue, les jambes en coton, elle venait tout juste d’arriver en haut de la colline d’où elle regardait sa destination : Tearmainn. Réputée pour sa tranquillité et son caractère paradisiaque, Jezabel n’avait pu résister. Elle espérait pouvoir y rester une semaine, peut-être plus si son argent lui permettait. Au pire, elle pouvait compter sur sa volonté : elle trouverait bien du travail par-ci par-là. Le soleil commençait à descendre lentement et elle se dit qu’elle ferait mieux d’atteindre l’Auberge avant que la nuit ne tombe complètement. L’apothicaire lui avait conseillé le lieu, manifestant une joie étonnante pour un homme aussi renfermé d’ordinaire. Dévalant la pente en courant, elle atteignit rapidement le bas de son perchoir et, remontant le long d’une route cahoteuse et caillouteuse, elle se trouva en plein milieu d’un charmant petit village.

    Les petites habitations lui paraissaient aussi accueillantes et chaleureuses que quelques minutes plus tôt. Elle rêvait de draps frais, d’un bon repas arrosé de bière et de quelques minutes de repos. Alors que la singulière avançait, elle releva son capuchon. On est jamais trop prudent. Elle portait toujours ces vêtements trop grands, empruntés — ou plutôt piqués — à des hommes. Le panneau annonçait qu’elle se trouvait au bon endroit : L’Auberge de la Colombe. Elle se demandait pourquoi cet établissement était aussi célèbre en Lanriel. Lorsqu’elle y pénétra, elle comprit immédiatement. Ce n’était pas tellement un lieu de débauche, mais c’en était pas loin. La boisson coulait à flots, ce qui semblait être le patron était un homme d’église et les serveuses étaient toutes plus ou moins habillées — plutôt moins. Un instant étonnée par tant de vie, Jezabel se ressaisit rapidement et alla s’installer près d’une des fenêtres, dans un coin. Derrière elle venait d’entrer un groupe de personnes, qui semblait déjà bien éméché. Une serveuse s’approcha, aguicheuse, et lui demanda d’une voix provocante ce qu’elle désirait. La jeune femme releva la tête, regardant droit dans les yeux son interlocutrice et commanda des pommes de terre avec un morceau de bœuf et beaucoup de pain. Déçue de ne pouvoir exercer ses charmes sur la nouvelle arrivante, la serveuse repartit en claquant les talons et lui apporta son plat en le déposant le moins délicatement possible sur la table en bois. Le bruit devenait assourdissant et Jezabel, qui avait espéré un peu de repos, fut bien vite dérangée par les chansons grivoises hurlées dans l’auberge. D’ordinaire, ça l’aurait amusé. Mais un voyage aussi long l’avait épuisée.

    Alors que la chasseuse de primes avalait un morceau de pomme de terre, un nouveau venu fit son entrée. En bonne forme quoiqu’ayant l’air un peu fatigué lui aussi, il s’installa non loin. Bien vite, il se joignit aux hommes qui jouaient aux cartes et Jezabel l’observa avec attention. Son visage lui disait quelque chose. Elle était sûre de l’avoir déjà vu quelque part. Mais où ? Elle s’aperçut bien vite que sa façon de jouer était disons ... Particulière. La chance semblait lui sourire. Un peu trop. Le « truc » fut repérée par la singulière une dizaine de minutes plus tard, alors que les hommes quittaient un à un la table, exaspérés de perdre tout leur argent face à quelqu’un de plus jeune qu’eux. Cela ne l’informait toujours pas sur l’identité de l’étranger. Perdue dans ses pensées, elle ne réalisa que quelques secondes plus tard qu’il s’adressait à elle. Son capuchon lui cachant toujours le visage, elle hésita à répondre. Comment répondre ? Jouer ne lui disait absolument rien. Surtout contre un tricheur invétéré. Mais ce visage ...

    « Je ne joue que lorsque je suis sûre de l’honnêteté des autres joueurs. Pas vous ? ». Elle ne grimait pas sa voix, préférant mettre tout de suite les choses au clair. Après tout, combien y avait-il de chance qu’il sache qui elle était ou qu’il la revoit un jour ? Aucune. Elle préférait le taquiner gentiment tout en lui montrant qu’elle n’était pas née de la dernière pluie. Finissant son assiette, elle se leva et s’attabla face à lui. Elle défit sa cape et laissa ses cheveux blonds retomber sur ses épaules. « Si vous vous sentez capable de ne pas tricher, je veux bien faire un essai. Mais bien sûr, pas d’argent au centre de la table. Celui qui gagne offre simplement un verre à l’autre, marché conclu ? ». Un sourire étira ses lèvres. Pourquoi se sentait-elle aussi détendue loin de Cathairfàl ? Moins de pression certainement. Elle n’avait rien à prouver ici et puis ... Puis ces gens se fichaient totalement de savoir ce qu’elle faisait dans la vie et d’où elle venait. Cet homme-là lui était familier — peut-être était pour ça qu’elle était à l’aise ? Où avait-elle bien pu le rencontrer ? À Cathairfàl, bien sûr, vu que c’était la première fois qu’elle en sortait. Pas dans son quartier. Près du château certainement. Il semblait bien bâti. La garde royale ? Non, on les reconnaissait de loin ceux-là. Puis il n’avait pas une tête à être au service du roi. Et pourtant, l’image était très précise dans sa tête. Un visage sans nom. Rien ne sert de se torturer les méninges, peu importait après. Si ça se trouve, elle se montait toute une histoire. Elle ne l’avait probablement jamais vu. Diantre, quel comble pour une chasseuse de primes de ne pas se souvenir d’une chose comme celle-ci !

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Solan Runnarth

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: « Famous for nothing »   Jeu 05 Avr 2012, 12:12

Était-il sourd ce type ? Solan ne comprit pas, pensant d'abord que la personne qu'il venait d'interpeller ne l'avait pas entendu. Pourtant, il avait bien vu, malgré la capuche qui lui dissimulait le visage, qu'il était parvenu à attirer son attention. Alors pourquoi gardait-il le silence ? Après tout, ce n'était pas si difficile de savoir si oui ou non il souhaitait faire une partie. Le paria se dit qu'il valait mieux abandonner, surement était-il tomber sur un de ces types louches que l'on trouvait toujours dans le coin des tavernes, le genre qui ne disait jamais un mot, cultivant un certain mystère qui, au fond, n'intéressait personne. Aussi fut-il doublement surpris quand enfin l'inconnu daigna prendre la parole. Est-ce qu'il avait un seul instant soupçonner que ce soit une femme qui se dissimulait sous cette grande cape ? Non, et cela le surpris d'abord, sans en être bouleversé pour autant. À vrai dire, il avait croisé peu de femmes sur les routes de Cathairfal, ou alors elles étaient toujours bien accompagnées: il était dangereux pour un homme de se balader seul, alors les femmes étaient encore plus exposées. Qu'importe au final, ce qui comptait à ses yeux c'était qu'elle ne semblait pas être la proie idéale qu'il recherchait, puisqu'elle semblait déjà avoir repéré ses petits ... arrangements avec les règles. Pas gêné pour un sou, Solan lui sourit franchement, et lâcha:

« - Pourquoi voudrais-je jouer qu'avec des gens honnêtes ? » dit-il, avant de reprendre: « - Il suffit d'être toujours plus malhonnête qu'eux. »

Pouvait-elle lui donner tort, après tout ? Il n'avait pas à craindre les tricheurs, il suffisait de tricher mieux qu'eux, voilà tout. L'argent, qu'il soit volé à des voleurs ou à des honnêtes gens, restait de l'argent. D'ailleurs, il était plus difficile pour un tricheur de vous accuser de triche. Ça limitait les risques. Quand l'inconnue eut terminé son repas, Solan l'invita à rejoindre sa table. Une fois installée, elle retira le tissu qui la dissimulait presque entièrement jusque-là, dévoilant une longue chevelure blonde et des traits fins. Solan songea qu'à défaut d'être la victime idéale qu'il serait aisé de déposséder de tout son or, elle serait au moins d'une compagnie nettement plus agréable que les ivrognes qu'il côtoyait l'instant d'avant. De toute façon, il n'était plus question pour lui de tricher de quelque manière que ce soit: après tout, il ne s'agissait pas d'être percé à jour et de subir la vindicte des nouveaux pauvres qu'il avait arnaqués, puis d'être forcé de dormir dehors. Non, il se contenterait de la battre à la loyale. Enfin, si elle lui en laissait l'occasion, car déjà elle lui proposait une vision tout à fait différente de ce qu'il imaginait.

« - Jouer pour rien ? Quel intérêt ? » Il lui sourit. « - L'argent c'est ce qui rend les cartes amusantes. Sans ça, c'est ennuyeux. » Il marqua une pause, avant de reprendre: « - Et puis, si vous gagnez, je serais seul à boire. Je déteste ça. »

Sans vraiment lui laisser le temps de répondre, il fit signe à une serveuse qui passait par là et demanda à ce qu'on leur apporte à boire. Puis, il se mit à battre les cartes. Bien sûr, il ne pourrait la forcer à jouer pour de l'argent, mais il espérait qu'en faisant mine de ne pas vraiment lui laisser le choix, elle se laisserait tenter. Après tout, quel intérêt de jouer pour rien ou presque ? De la même manière que voler un objet sans aucune valeur ou exécuter un contrat par pure philanthropie n'avait que peu d'intérêt, jouer n'était pas si amusant que cela si on retirait les gains. Au final, qu'est-ce que perdre ou gagner, si cela n'a aucun impact ? Il avait hérité cette façon de pensée de toutes ces années qu'il avait passées dans les tavernes sans beaucoup d'argent, et où chaque partie revenait à jouer gros: s'il gagnait il doublait sa maigre fortune, s'il perdait il n'avait plus de quoi manger. Bien sûr le concept était absurde: la chance finit toujours pas tourner et les fois où il avait tout perdu étaient bien plus nombreuses que celles où il s'était enrichi. Pourtant, il avait pris goût à cette adrénaline qui rendait le jeu bien plus excitant. Soudain, la serveuse vint poser lourdement leur commande avant de disparaître aussi vite qu'elle n'était venue. Solan termina de distribuer les cartes, puis il tira quelques sous de sa bourse qu'il déposa sur la table. La somme n'était pas très importante, à peine de quoi se payer un verre, mais il avait suffisamment connu d'escroc et d'arnaqueurs pour savoir que c'était les plus petits appâts qui menaient aux plus grosses prises. Sans même attendre qu'elle fasse signe de se résigner, il joua son premier coup. Puis, il ramena finalement son regard vers la jeune femme.

« - Alors ... » Il se rendit compte qu'il ne connaissait pas son nom. « - Quel est votre nom ? Moi c'est Solan. » Puis, il reprit sa phrase: « - Qu'est-ce qui vous amène par ici ? Les temples ? »

Après tout, quoi d'autre ? Il n'y avait bien que ça qui pouvait attirer une jeune femme, pas vrai ? Surement était-elle là pour rendre grâce à Eydis, ou quelque chose comme ça. En tout cas, Solan remarqua bien la manière qu'elle avait de le regarder, de le fixer. Bien sûr, il lui était impossible de deviner qu'est-ce qui la rendait si préoccupée ? Solan hésita: parmi ses plus grandes craintes, celle de recroiser la route d'une de ses victimes et, à ce moment, il craignit que ce fût ce qui la poussait à le regarder de cette façon, comme si elle cherchait à se le rappeler peut-être. Las de se torturer, il demanda:

« - Vous allez bien ? »

Au moins, il serait fixé.
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Jezabel Lochlainn

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: « Famous for nothing »   Sam 07 Avr 2012, 01:54

    Le bruit s’atténuait peu à peu et L’Auberge de la Colombe se vidait de quelques-uns de ses occupants. Des hommes trop ivres pour tenir debout se soutenaient les uns les autres vers la sortie, tandis que certains s’étaient apparemment donné pour objectif de vider les caves de la taverne. Jezabel fit attention à ces petits détails lorsqu’elle mangeait, mais bien vite, elle dut se consacrer à un type de problème différent. Elle ne tenait pas particulièrement à jouer aux cartes avec un tricheur, surtout pour de l’argent. Elle avait déjà eu du mal à récolter ce petit pécule pour partir, alors si en plus elle le gaspillait en une soirée ... De plus, elle sentait qu’elle n’aurait pas du être amicale avec cet inconnu. Pourtant, il présentait assez bien, il apparaissait aimable, assez sympathique — mis à part son goût pour la malhonnêteté. Lorsqu’elle lui fit remarquer qu’elle n’appréciait pas sa façon de faire, sa réponse fut des plus surprenantes. « Être toujours plus malhonnête qu’eux ». Les sourcils de la jeune femme se froncèrent instantanément. On peut dire qu’il savait ce qu’il voulait, celui-là. Cela ne l’empêcha toutefois pas de s’installer à la table et de révéler sa véritable identité, du moins physique. Elle lut la surprise sur le visage de l’étranger et esquissa un sourire. Elle adorait ce petit effet, elle adorait voir l’étonnement des personnes qui découvraient qu’elle était une femme et pas un troll, comme un idiot l’avait déjà suggéré. Elle lui proposa donc de nouvelles règles, à savoir jouer pour rien. Après tout, ils ne semblaient pas rouler sur l’or et avaient peut-être mieux à faire que de s’affronter de la sorte. Surtout que la singulière n’avait pas de don particulier pour les cartes et qu’elle savait qu’elle pourrait tout perdre en quelques minutes. Parier pour un verre semblait idéal ... Pas pour lui. Il vouait un véritable culte à l’argent. Un jeu de cartes est censé être amusant sans pari. Mettre l’argent au milieu de tout ça, c’est rendre la chose détestable ; on ne joue plus pour s’amuser, on joue pour gagner par tous les moyens. Malheureusement, elle n’eut pas le temps de lui faire une leçon de morale. Il héla une serveuse et passa commande ; alors qu’il battait les cartes, le plateau fut posé de manière assez peu délicate sur la table en bois et il commença à distribuer ... Et à poser quelques pièces devant lui. Il ne manquait pas de culot, il avait de la suite dans les idées. Jezabel semblait peu disposée à le suivre, elle n’aimait pas la contrainte et préférait toujours faire l’inverse de ce que l’on attendait d’elle, histoire de montrer qu’elle ne se soumettait à personne sinon à elle-même.

    La jeune femme l’observa poser une carte et reporta instantanément son regard sur son visage, tentant d’enregistrer précisément chaque trait et de sonder son esprit. Elle l’avait sur le bout de la langue, vraiment, mais ça ne venait pas. Quelle frustration ! Lorsqu’elle sentit qu’elle approchait du but, il se mit à parler. Elle apprit qu’il s’appelait Solan. Elle hésitait à lui donner son véritable prénom. Qui sait comment il pourrait s’en servir par la suite ? Pourtant, elle doutait qu’il puisse lui nuire d’une façon ou d’une autre, bizarrement. Il ne semblait pas faire partie de la garde royale ou d’un quelconque corps d’armée ; il avait plutôt l’air d’un vagabond relativement inoffensif. Elle se demandait en combien de temps elle pourrait le mettre. Quand elle était jeune, elle s’entraînait sur les garçons du quartier, jusqu’à ce qu’ils ne veuillent plus se battre avec elle, trop honteux de perdre quasiment à chaque fois. Depuis, elle n’avait d’autre choix que de combattre des sacs de sable. Pas beaucoup de répondant. Finalement, elle se décida à ouvrir la bouche et à dire la vérité, car s’il y avait une chose qu’elle ne supportait pas, c’était bien le mensonge. Le fait qu’il ait été assez honnête pour ne pas nier le fait qu’il trichait la poussait à l’être aussi.

    « Jezabel », dit-elle d’une petite voix, pour ne pas qu’on l’entende alentour. « Je ne voue aucune passion particulière aux temples, bien au contraire : je me fiche complètement de savoir ce que l’on y fait. Disons que je suis en vacances », et c’était vrai. Mais s’il comptait en savoir plus sur son métier, il pouvait toujours attendre.

    Voyant qu’il attendait que le jeu continue, elle posa une carte à son tour, après avoir réfléchi quelques instants et posa une pièce sur la table. Une très petite mise d’ailleurs, plus petite que celle de Solan, pour lui montrer que son piège ne fonctionnerait pas : elle n’était pas née de la dernière pluie ! Les petits trucs comme ça, elle connaissait bien. Elle-même était maîtresse dans l’art de l’appât. Instinctivement, elle releva la tête vers lui et continua son examen attentif de sa personne. Peut-être sa coupe de cheveux avait changé, sa barbe poussé, mais ceci mis à part, elle le connaissait, elle en était désormais certaine. Cathairfàl, Chateau, ... Pourquoi se rendait-elle dans ce quartier ? En tant que chasseuse de primes en général. Peut-être l’avait-elle croisé là-bas. « Vous allez bien ? ». Cette question lui parut lointaine et la força à revenir à la réalité. Elle cherchait comment formuler une phrase qui ait du sens et qui n’en révèle pas trop.

    « J’ai l’impression de vous avoir déjà vu. À Cathairfàl il me semble, non loin du château ». La singulière avait la sensation d’être totalement folle. « Votre visage ... Mais peut-être que je dis des bêtises ».

    Elle-même n’était pas convaincue de sa dernière phrase. Elle se trompait rarement, elle avait l’œil. Puis un flash. Prononcer ces mots à haute voix avait du créer une connexion entre certains de ses neurones. En tous les cas, tout lui apparut on ne peut plus clairement : une affiche, près du château, sur un panneau. Voleur d’une babiole de la princesse. Visage connu, nom inconnu, jusqu’à maintenant. Heureuse de sa découverte, Jezabel réprima un sourire et chercha comment elle pourrait l’amener à se confier tout en gardant un minimum de discrétion.

    - « Ça me revient maintenant. Oui, oui, à Cathairfàl. N’avons-nous pas travaillé sur une affaire ensemble ? Peut-être que ça concernait un bijou ou une babiole du genre, non ? ». Jezabel se montrait amicale, souriante et jouait son rôle à la perfection. À dire vrai, personne n’aurait pu dire qu’elle jouait, justement, qu’elle feignait la surprise. Son air candide et naïf lui seyait. Après tout, d’une façon ou d’une autre, ne travaillaient-ils pas dans le même domaine ? Elle aussi devait retrouver certains bijoux. Même s’il ne finissait pas nécessairement dans sa propre poche. Elle avala une gorgée du précieux breuvage et, comme pour faire penser que ça n’avait aucune importance, changea de sujet. « Et vous, pourquoi êtes-vous ici ? » : tant qu’à mieux le connaître, autant aller au bout des choses.

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Solan Runnarth

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: « Famous for nothing »   Dim 08 Avr 2012, 13:03

Solan lui sourit légèrement lorsqu'elle lui dit son prénom. Jezabel. Une rapide tentative pour se rappeler ce nom lui confirma qu'il ne l'avait jamais entendu, ou au moins qu'il ne l'avait pas marqué. Néanmoins, il nota le ton qu'elle avait employé, lui susurrant son nom comme s'il eut s'agit d'une confession ou du plus grand des secrets. Manifestement, elle essayait d'être discrète, quant à savoir pourquoi, c'était une autre histoire. En tout cas, cela lui fit songer qu'il valait mieux garder ce nom dans un coin de la tête. Qui sait ? Peut-être était-elle recherchée, ou quelque chose dans le genre. Lanriel n'était pas un monde sûr, encore moins pour une femme seule, quand bien même elle se dissimulait sous des capes et des étoffes. Aussi ne doutait-il pas qu'elle cachait des choses, mais pour l'instant ça ne l'intéressait pas. Après tout, qu'elle soit une frêle jeune femme ou la pire des criminelles, l'or qu'il cherchait à lui dérober n'en avait pas moins de valeur à ses yeux. Elle lui confia alors son désamour pour les temples, et il ne put s'empêcher de rétorquer:

« - Eh bien, ça nous fait quelque chose en commun alors. Les temples sont ennuyeux. » confessa-t-il pour aller dans son sens.

Il ne releva pas la raison de sa présence ici. Elle était en vacances ? Cette information lui permettrait d’extrapoler un peu plus encore sur les véritables raisons de sa présence ici. Les voyages étaient des gouffres financiers, il était bien passé pour le savoir: que ce soit pour accompagner Una jusqu'à Loch Eydis que pour faire le chemin jusqu'à Tuamarbh, toutes ses économies y étaient passés. Sans compter la satisfaction de besoins vitaux comme se nourrir ou bien dormir, il fallait pouvoir voyager vite, s'équiper, se renseigner. Autant de dépenses qu'il était difficile de rentabiliser au final, pourtant Solan lui était depuis quelque temps irrésistiblement attiré par le voyage. Pourquoi ? Il n'en savait rien: c'était peut-être son escapade avec Una qui l'y avait poussé, ou bien simplement le besoin de s'éloigner un peu de Cathairfal. À vrai dire, il s'en fichait pas mal: ce qui l'intéressait pour le moment, c'était pourquoi elle était vraiment ici, ou du moins pour quoi elle se faisait si discrète. Il aurait voulu la questionner, pourtant elle le devança, reprenant la parole.

« - Oh ? Eh bien, c'est possible ... » Il sembla réfléchir à son tour sur l'endroit où ils auraient pu se croiser. « - Enfin, je n'ai pas vraiment l'habitude de me balader près du château. »

Il lui souriait poliment, pourtant il s'inquiétait maintenant de la voir mettre tant d'insistance à se souvenir de lui: il craignait qu'ils se soient effectivement déjà croisés par le passé, et que cela soit dans des circonstances peu réjouissantes. Après tout, n'était-ce pas pour ça qu'il avait voulu savoir si elle allait bien ? L'hypothèse qu'elle eut été sa victime par le passé était peu probable, après tout celles à qui il avait laissé la possibilité de voir son visage se souvenaient certainement de lui avec précision tant il était rare que ce genre de souvenirs soient simples pour quelqu'un à oublier. Néanmoins, elle avait peut être assisté à un de ses délits, ou qui sait quelles situations compromettantes ? Solan n'aimait pas ça et cela poussait son imagination à tourner à plein régime. Il tentait de se rassurer. Au final, ils s'étaient peut-être déjà croisés dans les rues ou dans une taverne, rien de plus ? C'était probable, pourtant les mots qui suivirent suffirent à mettre un terme à toutes spéculations: comme si elle eut été touchée par un éclair de génie, Jezabel lui confirma qu'elle l'avait déjà vu. Une histoire de bijou. Solan fronça les sourcils. Était-il stupide ? Il avait oublié ce maudit portrait de lui qui avait été affiché aux quatre coins de la ville, juste après qu'il ait réussi à subtiliser un collier à la Princesse Izhelindë tandis qu'il faisait mine de lui porter secours. Bien sûr, il avait fait le nécessaire pour que ces avis de recherches soient rapidement arrachés par quelques gosses attirés par un ou deux sous facilement gagnés, pourtant il était certain que nombre de gens avaient pu les voir avant que les efforts de la garde pour le retrouver ne finissent par s'essouffler, jusqu'à être totalement abandonnés. Tâchant de rester maître de lui-même, le paria afficha à nouveau un grand sourire:

« - De bijou vous dites ? » Il fit mine de réfléchir. « - Je ne suis pas bijoutier, ni même joailler, aussi je ne crois pas que cela soit possible. »

Qu'espérait-il avec cette réponse plus que naïve ? Solan ne savait pas réellement, il était seulement déterminé à ne rien laisser transparaître, d'autant qu'il craignait que c'était là un tour de sa propre paranoïa et qu'en vérité cette Jezabel ne sache strictement rien. Au fond, elle le confondait peut-être avec un autre. Il fallait qu'il en sache plus à son sujet: si elle était une menace potentielle, il fallait qu'il soit certain qu'elle soit ou bien inoffensive, ou bien hors d'état de nuire. Il garda le silence quelque peu, considérant le jeu sur la table. Faisant d'abord mine d'hésiter, il joua de sorte qu'elle remporte la main avec un faux air de résignation. Il fit alors glisser la mise vers elle, avant de sortir a nouveau quelques sous, un peu plus qu'avant cette fois. Prendre la victime au jeu était une autre technique des escrocs notoires: perdre volontairement pour lui faire croire en ses chances de remporter le pactole et la pousser à miser plus. C'était la base. Malgré ça, Solan se souciait moins de lui faire les poches que d'évaluer qui elle était vraiment. Il releva les yeux, et l'air de rien, il dit:

« - Et donc, c'est quoi cette affaire sur laquelle on aurait été susceptible de travailler ensemble ? » Il marqua une pause, puis reprit la parole, répondant par la même occasion à la dernière qu'elle lui avait posée. « - Pas pour des bijoux, en tout cas. » dit-il en riant légèrement, jouant lui aussi son rôle avec le plus d'aplomb possible. « - Ni pour les temples, vous l'aurez compris. Disons que j'ai récemment pris goût aux voyages: la nature, l'aventure, tout ça, vous voyez. »

Il lui sourit encore, comme pour rendre plus crédible son rôle de voyageur sympa. D'un autre côté, il ne lui avait pas tellement menti, puisqu'il n'y avait vraiment rien de précis qui l'avait amené par ici, si ce n'est que c'était une étape comme une autre sur le chemin qui le ramenait à Cathairfal. À ce moment, il songeait qu'encore une fois son manque de prudence risquait de lui coûter cher. Jusque-là, quand ses coups tournaient mal, il avait toujours croisé de bonnes âmes pour lui sauver la mise. Est-ce que ce serait le cas de Jezabel si elle avait effectivement conscience de qui il était ? Il en doutait.
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MessageSujet: Re: « Famous for nothing »   Mer 30 Mai 2012, 07:15

    L'Auberge de la Colombe se vidait peu à peu, à mesure que la nuit emplissait le ciel, chassant les derniers instants de clarté. Quelques ivrognes restaient, faisaient beaucoup de bruits mais n'avaient pas l'air bien méchants. Jezabel tâchait de se concentrer sur la partie de cartes qui se déroulait devant ses yeux, mais il lui semblait bien difficile d'y entrer. Trop préoccupée par la personne face à elle, elle ne posa aucune pièce de monnaie sur la table, ne jugeant pas nécessaire de se ruiner dès le premier jour de ses véritables vacances. Elle tentait de mettre de l'ordre dans ses pensées et les transmettait à Solan à haute voix. Celui-ci adoptait un comportement relativement neutre, mais la jeune femme commençait à percevoir son trouble. C'est lorsqu'elle mentionna le château et les bijoux qu'elle aperçut une ride se dessiner au creux de son front. Le voleur de bijou ne savait plus sur quel pied danser, apparemment : en savait-elle plus qu'elle ne le montrait ou n'était-elle que cette innocente femme qui souhaitait passer une soirée tranquille ? Elle en profita pour tenter une approche. Ses questions se faisaient plus insistantes, mais elle gardait un air à n'y pas toucher. Il lui répondit, montrant quelque incertitude, mais gardant de l'aplomb dans la voix. Évidemment qu'il n'était pas bijoutier ou joaillier ; le petit jeu risquait de s'éterniser et bien qu'elle eut envie de lui lancer une petite pique, elle s'abstint, préférant garder le mystère un peu plus longtemps. Elle essayait de se l'imaginer, travaillant dans une boutique, forgeant des pièces somptueuses qui iraient aux cous des aristocrates les plus raffinées … À voir ses vêtements, sa manière de se comporter et son amour pour l'argent, il lui semblait peu probable qu'il exerça un métier, disons, convenable. Elle-même n'était pas comme la plupart des femmes et se laissait rarement avoir par les beaux parleurs et les individus dans son genre. Il posa de nouveau quelque sous entre eux deux, mais Jezabel prit le parti de l'ignorer. Elle tritura ses cartes entre ses mains, se fichant totalement du jeu qu'elle pouvait avoir. Un sourire s'étira sur son visage et elle acheva de boire sa pinte d'une traite. Pas le moment d'être raffinée. De l'extérieur, leur discussion semblait tout ce qu'il y avait de plus normal : deux jeunes gens qui font connaissance, un peu gênés de se trouver ici, mais plutôt heureux. Ils rêvaient tous deux de voyages et d'aventures, détestaient les temples, qui étaient dépourvus de tout intérêt, et vouaient une passion pour les bijoux, quoique pas pour les mêmes raisons. Jezabel serrait sa bourse contre elle, vérifiant si elle était toujours bien là. On ne savait jamais, peut-être était-il doué, peut-être réussirait-il à l'approcher sans que son radar à hommes se déclenche. Elle en doutait, mais elle n'aimait pas se faire surprendre et préférait prendre en compte toutes les possibilités.

    « Oublions cette affaire, cela n'a que peu d'importance », elle sourit, mais on pouvait sentir que son regard se faisait plus insistant. Elle savait, bien sûr qu'elle savait. Ce n'était pas un des voleurs les plus recherchés de Cathairfàl, mais s'il pouvait lui rapporter un peu d'argent et rajouter une proie à son palmarès, elle ne laisserait probablement pas passer l'occasion. D'un geste de la main, elle fit signe à la serveuse et lui demanda deux nouvelles pintes. Autant boire un peu avant d'aborder les choses sérieuses, pour éviter les débordements de violence. « Alors comme ça, vous voyagez ? Lanriel est si vaste ... ». Elle attrapa une pièce et commença à la faire tourner entre ses doigts pensivement. « N'aimez-vous pas les bijoux ? Vous semblez si réticent à en parler. Pourtant, il y a de si belles pièces. Des colliers sublimes en pierres précieuses, par exemple … ». Un autre sourire.

    L'exemple n'avait pas été pris au hasard. Jezabel observait Solan très attentivement, à la recherche de la moindre expression qui pourrait le trahir. Alors qu'elle continuait à jouer avec la pièce qui était entre ses doigts et avec le mental du jeune homme, elle se demanda comment elle pourrait le ramener à Cathairfàl sans qu'il s'échappe. L'attacher ? Hm, non, trop facile de s'enfuir, surtout pour un garçon comme lui. L'assommer et répéter l'opération pendant les quelques jours du voyage ? Il risquait d'arriver avec une sérieuse déficience mentale et elle voulait le livrer en bonne santé. Elle pourrait sûrement trouver un apothicaire, ici, qui lui vendrait une quelconque potion pour l'endormir. Le mieux serait encore qu'il vienne de son plein gré … Qui viendrait se faire emprisonner sans se débattre ? Un suicidaire. Il semblait plutôt heureux de vivre, donc cette solution n'était pas la bonne. Elle reposa la pièce de monnaie au milieu des autres.

    « Vous pouvez récupérer votre quincaillerie, je ne joue pas aux cartes pour de l'argent, je vous l'ai déjà dit ». Son ton était un peu plus ferme, mais toujours aimable. « Quel homme oserait détrousser une pauvre femme sans défense ? Je suis sûre que ce n'est pas votre genre, n'est-ce pas ? Alors arrêtons ce petit jeu ». La phrase était ambiguë : il s'agissait bien sûr du jeu de cartes, mais ne s'agissait-il pas aussi d'un autre jeu, celui de se cacher la vérité ? Jezabel retira les cartes des mains de Solan et mit sa main sur la sienne. Elle serra suffisamment fort. Ça n'avait rien d'un geste tendre, c'était plus un avertissement. Tout aussi rapidement, elle la lâcha et rajusta sa cape sur ses épaules, finit sa pinte et se leva. La jeune serveuse s'approcha et elle lui donna ce qu'elle lui devait, et même un peu plus. Celle qui tout à l'heure leur lançait des regards noirs s’adoucît ; Jezabel demanda une chambre pour la nuit et la jeune fille répondit avec amabilité.

    « Vous devriez vous aussi sortir prendre l'air. Il me semble que tout cet alcool va bientôt vous monter à la tête ». Elle ne lui demandait pas vraiment son avis, elle souhaitait qu'il la suive. Si les choses devaient dégénérer en une dispute ou pire, autant faire ça dehors. Jezabel n'avait pas l'intention de se battre, en vérité, elle voulait simplement que tout soit clair et surtout que personne ne découvre son identité. Elle prit alors la porte et l'air frais du dehors lui fit le plus grand bien. En face, les lumières s'éteignaient peu à peu et un croissant de lune brillait haut dans le ciel. La fatigue la prenait, mais il fallait qu'elle résiste à l'appel de Morphée ; elle étouffa un bâillement et se dirigea vers un petit bois, non loin de là. Elle s'assit sur le tronc d'un arbre et attendit quelques instants. Elle ne lui courrait certainement pas après, le jeu n'en valait pas la chandelle, mais sa curiosité était piquée. Solan, ce jeune homme rêvant d'aventures et d'apparence inoffensif, avait-il vraiment réussi à tromper la famille royale ? Un rire s'échappa de sa gorge. Dieu qu'elle aimerait, elle aussi, leur jouer un sale tour ...

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MessageSujet: Re: « Famous for nothing »   Jeu 09 Aoû 2012, 15:14

Jezabel continuait de le harceler de questions et Solan s'en agaçait passablement. A quoi jouait-elle, à la fin ? Plus les minutes passaient, plus il était persuadé qu'elle n'était pas qu'une simple voyageuse. Elle ne cessait de lui parler de bijoux, sans qu'il ne sache vraiment où elle voulait en venir ... Enfin, c'était plutôt qu'il ne voulait pas se rendre à l'évidence: il était évident maintenant qu'elle était au courant de ce vol qu'il a commis il y a plusieurs semaines de cela, quand il avait discrètement arraché son collier à la princesse Izhelindë alors à moitié ensevelie sous des gravats. Il observait maintenant Jezabel qui faisait mine de considérer son jeu avant de descendre sa pinte d'une traite. Il était clair que cette rencontre n'était pas anodine, et il ne s'agissait pas de faire l'erreur de mal considérer la voyageuse. Le paria afficha un léger sourire alors que son opposante repartait à l'assaut, ses questions insidieuses pour armes et ses soupçons pour casus belli. Elle était décidément aussi discrète qu'un troll dans une boutique de porcelaine, si bien que Solan ne put que conclure qu'elle cherchait à lui faire comprendre qu'elle savait. Solan considéra à nouveau Jezabel, laissant de longues secondes s'écouler avant de se résigner à lui répondre:

« - C'est que, à quoi bon parler de bijoux alors qu'on a le plus beau de tous Lanriel devant soi ? » lâcha Solan, se fendant d'un sourire, plus ironique que charmeur.

Une pirouette qui, il l'espérait, exaspérerait suffisamment son interlocutrice pour qu'elle se lasse de ce petit jeu avant lui. Ou peut-être serait-elle sensible à ses charmes, et cesserait de l'importuner pour mieux se lancer dans ses filets. Solan s'amusa lui-même de son trop plein d'optimisme. Il était clair que cela ne se produirait pas. Dommage, ça n'aurait pas été pour lui déplaire. Qu'importe ! Jezabel avait maintenant repoussé l'argent que Solan lui avait concédé dans sa tentative de l'attirer dans son piège. Le paria soupira, avant de récupérer les quelques sous qui traînaient sur la table. Vraisemblablement, elle ne lui ferait pas le plaisir de céder, et il avait de toutes façons d'autres sources d'inquiétudes, maintenant. La chasseuse de primes s'amusa maintenant à jouer sur les mots, l'intimant d'arrêter "ce petit jeu". Solan la regardait d'un air légèrement désabusé ... que voulait-elle, pour finir ? Vraisemblablement agacé, Solan reprit la parole:

« - Il me semblait pourtant que le jeu n'avait jamais commencé ... » dit-il en faisant référence au refus de la dame de jouer selon les règles du paria. « - C'est vous qui vous perdez en questions inutiles. Venez en aux faits, plutôt ... »

Sans s'énerver vraiment, Solan était visiblement pressé d'en finir avec ça car, si quelqu'un ici faisait volontairement durer le petit jeu auxquels ils se livraient tous deux à demis mots, c'était bien Jezabel qui, depuis le début, aurait pu en venir à l'essentiel: elle savait qu'il avait dérobé ce bijou, il y a plusieurs semaines. Et quoi ensuite ? Espérait-elle le faire chanter, le dénoncer ? Ou peut-être tenait-elle simplement à lui faire savoir qu'elle savait, ce qui était tout bonnement ridicule. Si, au contraire, elle cherchait à lui nuire, Solan ne se laisserait pas faire, bien qu'il doutait que quelqu'un à Cathairfal soit prêt à ne donner ne serait-ce qu'un sou pour un voleur qui avait sévit il y a si longtemps déjà ... Solan voulut mettre carte sur tables, pourtant son interlocutrice ne lui en laissa pas le loisir car déjà elle réglait ses dettes auprès de l'Auberge, demandant à ce qu'on lui prépare une chambre. L'instant d'après, elle se levait et, s'éloignant de la table du paria, elle lui recommanda d'un air qui tenait plus de l'ordre que du conseil de sortir lui aussi. Elle ne voulait pas lui laisser le choix, et pourtant il l'avait: qu'avait-il à y gagner, à la suivre ? Si elle cherchait à lui nuire de quelque manière que ce soit, il pouvait très bien rester sagement dans l'auberge, ce qui calmerait peut-être les ardeurs de la belle. Néanmoins ... il était curieux. A cet instant, il craignait que cela ne soit qu'une autre forme de la bêtise, pourtant il voulait savoir comment tout ça allait se terminer. Et puis, s'il décidait de gagner sa chambre, rien n'empêchait Jezabel de venir le trouver pendant son sommeil, ce qui ne lui plaisait guère. Solan garda le silence, laissant la chasseuse de primes s'éloigner avant de se lever lui-même. Alors qu'il slalomait entre les tables qui se vidaient peu à peu, le paria songea une dernière fois à ce qui pourrait bien lui arriver s'il s'avérait que suivre cette femme était le mauvais choix, avant qu'un souffle ne vienne disperser ses doutes. Un vent frais passait par là; il était déjà dehors. A quelques mètres de là, le paria retrouva Jezabel qui s'était assise sur une souche d'arbre qui traînait là.

« - Alors, Jezabel ... que me voulez-vous, au juste ? » demanda Solan alors qu'il se rapprochait d'elle. « - J'imagine que toutes ces questions sur les bijoux n'étaient innocentes, pas vrai ? » Il marqua une pause. « - En tout cas, je suis certain de ne pas vous connaître. Il est clair que je me serais souvenu d'un si joli visage. Et de la finesse de vos questions. » Il se tut un peu, avant de finir: « - Alors, dites-moi tout ! Quelle sont les conclusions de votre petit interrogatoire ? »

Solan ne prendrait de toute façon pas le risque de tout lui avouer sans qu'elle n'explicite clairement ses soupçons d'abord. Après tout il était encore possible qu'elle ne sache rien, au final. Solan aimait croire aux utopies, parfois. Dans la sienne, les voleurs volaient sans jamais être inquiété, et ne subissait jamais les interrogatoires d'une inconnue, aussi plaisante soit elle à regarder.
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