Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 All magic comes with a price

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Tanith Ruane

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MessageSujet: All magic comes with a price   Jeu 24 Nov 2011, 17:14



Don't think i don't understand loyalty
just because i've got no one left
to be loyal to

image © LIVE JOURNAL & TUMBLR


◮◮◮

Elle n'atteignit la forteresse qu'à la nuit noire, et Tanith se surpris même à se demander s'il s'agissait bien de son refuge tant adoré. Il y avait plusieurs lunes déjà qu'elle s'était promis d'y retourner, certains évènements, cependant, l'avait contraint à prolonger son retour. Un sourire soulagé lorsqu'elle franchi le seuil des décombres. Tandis que les riches septuaires urbains possédaient des statues d'Eydis, chacune honorée de son propre autel, ici, à Mogaròr, ne se voyaient que grossiers dessins au charbon. Mynkor avait pourtant possédé bien des temples, cette forteresse étant son dernier encore sur pied, l'unique statu le représentant avait été endommagée par le temps. Après avoir fiché la torche dans une applique près de la porte, Tanith relâcha doucement les reines de son animal. Le pauvre, il bavait énormément le voyage avait été difficile depuis les fêtes de la Beltane. Elle en revenait tout juste, à demi-épuisée, à demi-exaspérée. Car, bien qu'elle se soit efforcée à gâcher la célébration, les rires et les chants avaient coupé l'air toute la nuit. Elle n'était pas parvenue à grand-chose, sauf peut-être à éveiller les soupçons de dame de Vinter. Et cette douloureuse lacération qui ne cessait de lui déchirer le ventre, comme une lame bien affutée qui la découpait au couteau. Maudit soit ce chevalier qui avait osé la défier. Depuis cette altercation, elle s'était dangereusement affaiblie, sa magie s'était comme à demi-évanouie. Elle n'en était plus réduite qu'à des sortilèges d'une rare inefficacité... Tanith examina avec anxiétés le visage lourd de son dieu. Cette statu de bronze n'avait, certes, pas la même prestance de l'or massif d'Eydis, mais elle était tout aussi intimidante. Qu'était-il ? ... Il n'était ni mâle, ni femelle, mais androgyne, l'éternel proscrit, l'errant venu de contrées lointaines, plus ou moins humain, créature inconnue et inconnaissable. Ici réduite à un ovale noir, sa face ténébreuse avait pour tous yeux des étoiles. La Sorcière en éprouva un sentiment de malaise peu comparable avec le réconfort escompté des lieux.

Elle s'agenouilla devant son maître et dieu : « Daigne poser sur ceux qui te serve, ô mon Dieu, un regard de pitié. Tous sont tes fils, tes serviteurs qui veilleront à ta prospérité. Épargne-les, si te le peux, et sauve mon âme errante. Guide-la vers ton règne, ô dieu de la colère... » Hormis cela, muette était la nuit. Il n'y avait pas même un chant de grillon, pas de crapaud, aucune chauves-souris. Peut-être étaient-ils devenus tous muet au son de la prière tremblante de l'Héritière. Elle avait négligé Mynkor et Vorlun par la même occasion. Pourtant son unique volonté ayant toujours été de satisfaire leur parole. Les autres héritiers ne méritaient pas son amour ou sa protection. Était-elle la seule à vivre en son nom ? Était-elle la seule héritière de tout Lanriel a avoir assez de foie pour s'opposer à l'autorité de la Déesse mère ? Allait-elle être la seule présente au combat ?
Les flammes de la torche animaient les murs d'ombres dansantes qui, tordant et modifiant les traits, donnaient à cette face mystérieuse un air à demi-vivant. Et si ce visage ne lui invoquait aucun autre trait jamais croisé au cours de ses voyages, elle parvenait facilement à s'imaginer cette divinité. Ce seigneur de guerre, qui ruisselant d'écailles noires, brandirait son épée de flammes avec fierté et honneur. Elle croyait même, un instant, reconnaître l'expression farouche de quelques soldats. Avant que, se ruant par la porte, une bouffée de vent ne fasse crépiter la torche et ne disperse la ressemblance et ne l'efface en une explosion de lumière orange. La fumée lui brûlait les yeux. Du dos de ses mains couturées de cicatrices, elle se les frotta. Et quand elle reporta son regard contre la statu, quel ne fut pas son soulagement d'y voir son naja, confortablement enroulé. Un sourire accueillant lui déforme les traits du village et elle se relève, tirant la main vers la peau agréablement douce de son compagnon : « Mon mignon, le voyage fut horriblement long sans toi » Et la créature vint accueillir sa maîtresse d'un sifflement joyeux, soulevant son immense tête jusqu'à son cou où il vint s'y loger : « Il ne sera plus jamais question de te priver d'un autre périple »

Les ombres décrivaient, tanguaient, des bêtes furtives galopaient sur la blancheur craquelée des murs. La tête lui tournait, la forteresse valsait autour d'elle ; elle n'avait pas mangé de la journée et les maigres collations qu'elle avait emmagasinées depuis quelques jours ne suffisaient plus à coloré l'éclat pâle de ses joues. Maintenant revenue à terre, en territoire connu, elle pourrait plus facilement se nourrir d'aliments qu'elle connaissait déjà. S'éloignait prudemment de sa forteresse, elle revint auprès de son animal pour lui demander une dernière faveur. Ils leur fallait arpentés les bois voisins pour trouver un petit animal qui la nourrirait convenablement. Accompagnée de son immense naja, cependant, elle chevaucha en silence. Malgré l'épais brouillard blanc à découper au couteau, et la totalement obscurité dans laquelle elle était plongée, la Sorcière parvenait à discerner, des landes à demi boisées dont les arbres penchaient comme des ivrognes en se détournant de la mer. Hennissement nerveux, cliquetis d'acier sourd étaient les seuls sons qu'ils échangeaient avec la forêt hantée de la région. Tanith savait que ses bois regorgeaient d'animaux et de bêtes antiques aux services de son dieu et qu'elles n'avaient pas toutes un excellent caractère. Si elle se savait en sécurité, néanmoins, elle ne voulait pas risquer de les provoquer.
[…] Elle rangea la lame nue sous son vêtement après avoir lavé soigneusement tout le sang de la pauvre créature. Un maigre petit lapin, un jeune adulte probablement, qui avait cependant eu la malchance de passer près d'elle. Peu de chair sous le pelage, cependant peut-être pourrait-elle s'en faire un petit ragoût. Alors qu'elle reprenait la route en direction de la forteresse, un bruissement de feuilles fit lever la tête et elle observa. Elle devenait de plus en plus paranoïaque à l'idée d'être surprise ou découverte par un ennemi. Mais comme le silence se prolongea de manière intolérable, que plus aucune feuille ne fut secouée, elle acquiesça un sourire penaud, comme pour nier l'angoisse qui l'avait étreint. Silencieuse comme une ombre, elle fut soulagée de revoir les remparts effondrés et les ruines de sa demeure. Elle ne put s'empêcher, à cette vue, de promettre de remettre cet endroit sur pied un jour. Engager des hommes de main, grâce à la fortune cachée de son dieu, pour qu'ils entretiennent un pareil endroit.

Glissant presque trop gracieusement – pour une Sorcière toutefois – de son cheval, elle lui accorda congé et le laissa s'aventurer sur le territoire marécageux de sa demeure avant d'entrer à nouveau, son serpent rampant à ses pieds, dans la forteresse de Mogaròr. Ses doigts se refermaient fermement autour des oreilles de la carcasse pendouillant de l'animal. Silencieuse comme une ombre, elle passa le seuil de l'entrée. Au même instant la pétrifia d'horreur une ombre qu'elle vit s'élancer; elle relâcha son dîné avant de lever la main. La magie s'y engouffra et une détonation inquiétante retentit. Puis, plus un bruit. Furieuse, elle s'avança davantage dans la pénombre. Elle n'avait pas entendu ce son si caractéristique d'une chute et d'os fracassés comme elle l'aurait espéré. Cependant, elle y trouva un morceau de tissu et, la voix secouée de colère, elle lança à son animal : « Retrouve moi cet intrus et ramène-le moi ; je ne tolérai plus d'outrage contre le maître ! » Observant son énorme serpent s'élancer à sa recherche, Tanith grimaça douloureusement, ce même tiraillement, à nouveau, au niveau des côtes. Elle du prendre appuie contre la porte pour ne pas s'effondrer, bien qu'une nausée lui serait la gorge.

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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Mer 07 Déc 2011, 23:33

Foutu marécage ! N'y avait-il donc que cela, dans cette région maudite ? De l'eau et de la boue partout, à perte de vue, si bien qu'il ne fallait même pas compter pouvoir garder les pieds au sec plus de trois mètres d'affilés. Et cette humidité, horrible, une odeur de moisie à vous saturer la moindre pensée jusqu'à vous rendre tout à fait malade ... On lui avait bien expliquer qu'il valait mieux s'assurer la compagnie d'un rôdeur pour s'aventurer ici, qu'il n'y avait qu'eux d'assez puants en Lanriel pour n'être dérangés ni par l'odeur de l'eau croupie ni par les moustiques en tout genre qui y proliféraient dans le bonheur le plus grand. Bien sûr, Solan n'avait pas vraiment tenu compte de ces avertissements et, persuadé de pouvoir s'en sortir sans trop de peine, s'était mis en tête de voyager seul jusqu'à la forteresse de Mogaror. Si la première partie de son périple c'était bien passé, les alentours de Cathairfal n'étant pas réputé pour leur hostilité, les choses s'étaient corsées à l'entrée de ces foutus marécages ou, évidemment, aucun charretier n'avait souhaité pénétrer, que ce soit à cause de l'impraticabilité du terrain ou bien par peur des légendes peu réjouissantes qui courent au sujet de la région. Ainsi, c'était à pied qu'il avait dû continuer sa route et, à cet instant, cela lui paraissait être la pire idée qu'il n'avait jamais eue, si désagréable même que cela en venait presque à effacer l'objet de sa venue en pareil lieu. Pourtant, Eydis seule sait que ce qui le menait là valait bien quelques heures passées à patauger dans l'eau boueuse, et il lui suffisait de se concentrer sur cela pour que son calvaire lui soit déjà un peu moins pénible. Bientôt se découpait à l’horizon l'ombre de la Forteresse de Mogaror, imposante, exactement à l'endroit où on la lui avait indiquée. Il lui restait encore trois bons quarts d'heure de marche avant d'y arriver, alors il laissait son esprit vagabonder:

De l'or, partout. Était-ce qui l'attendait à l'intérieur ? Il se plaisait à l'imaginer, bien qu'il savait d'avance que les choses ne seraient pas si faciles. Après tout, il n'était pas le premier à s'aventurer en ces terres à la recherche de richesse et ces ruines avaient surement déjà été pillées plusieurs fois déjà, si bien qu'il fallait sans doute s'avancer de plus en plus loin à chaque fois pour espérer tomber sur quelque chose d'intéressant. Néanmoins, il gardait à l'esprit la principale raison de son périple: une statuette en ivoire venue de par de là Oir Gaiste et qui était à l'effigie d'un roi ou d'un prince oublié, il ne savait plus bien. En tout cas, on lui avait promis qu'il la reconnaîtrait sans trop de difficulté et qu'il n'aurait pas beaucoup à chercher. Son commanditaire, un antiquaire loufoque du centre de Cathairfal, lui avait garanti, s'il parvenait à lui ramener l'objet de sa convoitise, une très belle somme d'argent sonnant et trébuchant, ainsi que le rachat à bon prix de tout objet de valeurs que le paria pourrait bien lui ramener. Bref, autant dire que cette belle opportunité l'avait convaincu de revenir sur son choix de ne pas travailler en dehors de la cité royale, d'autant qu'il avait appris d'un contact au sein de la garde de la ville que l'ordre avait été donné qu'il soit recherché et traîné jusque devant la justice de ce bon Roi Arsenios pour un malheureux vol de collier appartenant à Izhelindë Ardansson. Autant dire que quelques jours passés loin des tumultes de la ville ne lui ferait pas de mal, ou plutôt qu'il préférait de loin les piqures de moustiques aux coups de fouet.

Enfin. La forteresse de Mogaror. Ou plutôt ce qu'il en reste. Il soupira: pouvait-il vraiment espérer quelque chose de ce tas de ruines qui n'attendait qu'un coup de vent pour s'écrouler tout à fait ? Il ne pourrait le savoir qu'en rentrant à l'intérieur. Contournant la statue de celui qu'il devinait être Mynkor, ce dieu occulte dont tout le monde parlait en ce moment à Cathairfal, et pénétra dans l'enceinte de l'édifice, une torche à la main. Il faisait sombre et froid. Il resserra bien sa cape et rabattit sa capuche sur sa tête, aussi bien pour se protéger du froid que de l'eau qui suintait du plafond et tombait en un fracas régulier qui, combiné au bruit du vent qui s'engouffrait dans les couloirs, ajoutait à l'ambiance morbide qui se dégageait du lieu. L'espace d'un instant, Solan crut être redevenu l'enfant sauvage qu'il avait été et qui, abandonné seul à la nature, ne pouvait s'empêcher de craindre l'obscurité plus que tout au monde. S'efforçant d'ignorer les bruits suspects et les mouvements imaginaires que son esprit croyait deviner, le paria se mit à progresser dans ces ténèbres à la recherche de cette antiquité pour laquelle il était venu. Bientôt le temps défila et, avec lui, la patience de Solan qui, las de tâtonner dans le noir, eut très tôt le sentiment de convoiter une aiguille perdue au milieu d'une botte de foin. Néanmoins, après deux bonnes heures à pester contre cette maudite forteresse et à tourner en rond, il finit par tomber sur une salle, pas si éloignée de l'entrée du bâtiment, qui ressemblait à un ancien salon. Il y pénétra et remarqua aussitôt, au milieu de la pièce, sur une table, la statuette tant désirée. Elle ne paraissait pas de grande valeur, c'était surement ce qui l'avait sauvé de précédent pillage. Il crut pleurer de joie tellement cela lui parut inespéré. Se précipitant sur l'objet, il s'en empara, l'enfournant dans sa besace en même temps que quelques autres babioles, probablement de moindres valeurs. Puis, trop heureux d'en avoir terminé avec cet endroit de malheur, il se rua vers la sortie.

« Merde ! » lâcha Solan brusquement alors que, au détour d'une porte, il vit une silhouette apparaître devant lui.

Partant sans réfléchir en sens inverse, Solan s'élança à travers les couloirs de Mogaror sans même prendre le temps de regarder dans quelle direction il allait. À vrai dire, il était bien trop occupé à tenter de reprendre un peu ces esprits, comme s'il avait pris un mauvais coup sur la tête: qui était-ce, d'abord ? L'endroit était censé être abandonné, on lui avait promis ! Il avait failli se prendre un sort en pleine face, merde ! Aucun doute là dessus, il avait échappé de peu à une explosion. Jamais il n'avait eu à affronter un sorcier, et encore moins perdu dans un labyrinthe de couloirs en ruine. Au bout de plusieurs minutes, l'aventurier infortuné se rendit finalement compte de son erreur et, comprenant qu'il risquait de se perdre à courir sans savoir où il allait, il s'arrêta alors. Reprenant son souffle, il essaya de se repérer puis, voyant que cela était peine perdue, il pénétra dans une pièce, fermant la porte derrière lui et commençant à se barricader comme il le put, bloquant l'entrée avec un meuble qui traînait là. Il était en sécurité. Pour l'instant. Son cerveau était en ébullition, tout tournait dans sa tête comme une tempête, si bien qu'il lui était difficile de mener une pensée un tant soit peu cohérente. Et maintenant, quoi ? Son regard balaya la pièce: rien ici ne lui permettrait de rester terré ici très longtemps. Il pouvait sortir, espérer ne pas recroiser l'inconnu et s'enfuir. Ou alors le combattre ? Non, il ne faisait pas le poids: il n'avait pas d'armure et était seulement armé de sa spatha qui, malgré sa relative longueur, ne lui éviterait pas d'être écrabouillé par un flot de magie et ce avant même que la lame n'effleure le bout du nez de ce sorcier. Peut-être allait-il simplement rebrousser chemin et le laisser tranquille ? Ce n'était peut-être qu'un malentendu, une erreur stupide provoquée par la surprise. Après tout, on est vite à cran une fois pénétré en ce lieu ... Perdu dans ces pensées, Solan mit du temps à se rendre compte du sifflement sourd qui résonnait dans son dos depuis quelques secondes maintenant et, quand ce fut le cas, il eut à peine le temps de se retourner que déjà un serpent s'apprêtait à lui ramper le long de la jambe. Pris de panique, il s'en débarrassa d'un geste brusque puis dégainant son épée afin de tenir l'animal en respect, il se précipita alors vers la porte, enlevant les barricades de fortune qu'il avait posée là du mieux qu'il put, et sortit rapidement de la pièce. Avançant à reculons dans le couloir obscur afin de garder à l’œil le reptile qui le suivait toujours, il ne se rendit compte de sa bêtise que trop tard: il était pris au piège.
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Tanith Ruane

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Ven 09 Déc 2011, 15:16

◮◮◮

Beaucoup plus loyal et dévoué que certains hommes de main, le Naja de la terrible Sorcière claqua l'air de sa langue impatiemment avant de s'élancer dans la pénombre. Depuis vingt ans déjà, il partageait étroitement la vie de Tanith, et jamais n'avait-il failli à sa tâche. Chaque ordre que lui avait donné l'Héritière avait toujours été accomplie avec succès et d'une rapidité si étonnante que, bientôt, elle lui confierait des missions davantage élaborées. C'est à croire que Vorlun l'avait doté d'une intelligence quasi humaine et d'une malice digne des meilleurs voleurs de la région... Et comme l'immense masse scintillante disparaissait dans l'ombre, la jeune femme dû prendre appuie contre un mur. Si douloureuse était sa blessure, voilà qu'à présent elle l'accommodait plus gravement. Elle était incapable de produire même le plus mineur sortilège sans avoir une déglutition difficile, sans avoir ce goût si amer - et brûlant - en bouche. Que diable lui avait-il fait, cet horrible chevalier ? Elle n'avait jamais eu autant de difficultés à contrôler sa magie, à maitriser sa puissance. Elle dormait si mal, elle était effrayée par tant de cauchemars que sa patiente était mise à rude épreuve, et que dire de cette faim impitoyable qui l'accablait sans cesse. Ainsi appuyée contre le mur, elle tenta de se donner un peu de courage en massant douloureusement les paupières closes de ses yeux d'or. Un intrus s'était introduit en Mogaròr, ce geste ne pouvait pas être impuni. Elle se rappelait trop douloureusement quel désastre avait causé les précédents voyageurs ayant foulés irrespectueusement le sol de sa forteresse. Cette forteresse... qui avait l'éclat vert de la pierre lui donnait l'impression de vivre dans une grotte, une caverne humide et nauséabonde.

Se concentrant davantage sur la situation et tentant de délaisser l'horrible déchirement qui lancinait ses côtes, elle prêta une oreille attentive. Son naja devait avoir trouvé l'intrus désormais, il fallait maintenant qu'il lui indique où le rejoindre. Des bruits de pas précipités et le claquement furieux de la langue de son serpent la soulagèrent ; tandis qu'un sourire malicieux se dessinait sur le coin de ses lèvres, elle prenait le chemin - à pas lent cependant - de l'étage. Il va s'en dire que cette ascension, si brève fut-elle, lui arracha quelques plaintes lascives, la douleur n'avait fait que s'accentuer sous les mouvements faibles de son bassin. Sa main droite s'efforçait de presser la blessure en une veine espoir de la faire s'évanouir à jamais, mais sans résultat concluant, elle ne put qu'espérer que cette pression soulagerait minimalement le mal qui la torturait depuis quelques jours déjà. L'obscurité enveloppante des lieux aurait dû la gêner, mais comme elle y avait grandi, elle connaissait Mogaròr dans ses moindres détails, aucune crevasse ne lui échappait. Avançant prudemment, cependant, elle discerna finalement l'éclat des écailles de son animal. Et si elle s'était efforcée de ne faire aucun bruit, son naja, lui, l'avait depuis longtemps repéré. Pour l'instant, elle préféra l'observer, cachée dans le noir ; sa robe l'aida grandement. Invisible, silencieuse, elle attendait, elle regardait. Au premier regard, cet homme n'avait rien de dangereux. À vrai dire, il était effrayé, terrorisé par l'immense créature qui le dévisageait, son museau et sa langue à quelques centimètres seulement de son visage. Confrontant la mort que lui inspirait probablement ce serpent, ne remarquant probablement pas la nouvelle odeur d'épice qu'apportant la Sorcière de Mogaròr. Puis elle eût, l'instant d'un moment, des doutes quant à sa présumé innocence. Et s'il possédait un poignard, caché sous ses vêtements ? Une ruse plutôt efficace, comme pouvait le témoigner la Sorcière qui, avec une dague sous son vêtement, avait comprit l'utilité d'une arme aussi traite...

Un éclat de rire s’éleva dans la noirceur, alors que doucement, elle avança, à vue du pauvre jeune homme.Et si elle s'efforçait de cacher toute colère dans sa voix, elle prononça tout d'un même d'un ton qu'on sentait tremblant : « Êtes-vous donc tous aussi idiots ? ». Elle se questionnait vraiment sur les motifs de tous ses voyageurs qui avaient profané son sanctuaire. Les légendes, les affreuses histoires, ne suffisaient-elles pas à les tenir à l'écart ? Pourquoi fourrer toujours son nez là où il ne fallait pas ? Étonnement, les singuliers avaient un don naturel pour s'attirer des ennuis. Après, était-ce leur innocence si prononcé qui attirait la sympathie des autres peuples ? Tanith n'en avait aucune idée, mais elle avait trop peu d'hypothèse pour s'y attarder. Elle n'avait aucun respect pour eux, pour leur vie. Et, si sa patiente avait un bassin étonnement réduit, elle était davantage tiraillée à l'idée de ne pas être en mesure de le maitriser. Il lui fallait agir rapidement. S'emparant, d'un geste étonnement doux, de la lame de son poignard, elle le fit rouler entre ses mains, s'attaquant de nouveau verbalement à cet être indésirable : « Donne-moi une seule raison de t'épargner... » Jetant la lame au visage du singulier, elle la maitrisa pour qu'elle s'arrête, volante, à quelques centimètres de son visage : « Et je te conseil de le faire rapidement, j'ai peu de patiente... »

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Dernière édition par Tanith Ruane le Dim 25 Déc 2011, 18:07, édité 2 fois
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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Dim 11 Déc 2011, 19:56

Il était pris au piège. Et d'une sale manière qui plus est: entre un serpent géant et un sorcier qui se révélait être une sorcière ... Est-ce que cela changeait quelque chose à son cas ? Il en doutait fortement. L'épée pointée sur Tanith et la torche balayant l'air à intervalle régulier pour tenter de repousser un peu la bête qui tentait de se rapprocher de temps à autre, Solan tentait de garder son sang-froid du mieux qu'il le pouvait, son esprit étant en proie à un milliard de considérations. Déjà, il ne pouvait s'empêcher de questionner intérieurement Eydis: pourquoi aucun de ses plans ne se déroulaient-ils jamais comme il le voulait ? Était-ce trop demandé, un peu de chance ? Après tout, il ne faisait de mal à personne, pour une fois ! Trop occupé à pester contre sa mauvaise fortune, il ne parvint que difficilement à se concentrer sur la situation. Son regard passait de l'un à l'autre de ses ennemis, considérant tantôt Tanith qui bloquait le chemin d'où il venait, tantôt son familier qui bloquait l'autre voie. Manifestement, s'enfuir par l'un ou l'autre des deux côtés qu'ils bloquaient était chose impossible: s'il souhaitait partir, il aurait à se battre ou bien, cela lui parut une meilleure option, à négocier. Ainsi, il s'apprêtait à prendre la parole quand l'inconnu prit la parole, lui coupant l'herbe sous le pied. Solan fronça les sourcils quand il comprit qu'elle l'insultait, mais quelque chose l'interpella néanmoins: qui désignait-elle par "vous tous" ? Il ne comprenait pas, pourtant il n'eut pas le temps de l'interroger pour en apprendre davantage puisque, l'instant d'après, une dague vint léviter jusque devant son visage, apparemment inoffensive. Une seule raison de l'épargner ? Cela suffit à lui redonner le sourire.

« - Allons bon, depuis quand les sorcières psychopathiques qui parcourent les forteresses en ruines ont-elles besoin d'une raison pour tuer de pauvres innocents comme moi, hein ? » dit-il, persuadé que la supplier de l'épargner n'était pas la solution. « - Maintenant, si vous voulez vraiment une raison ... je ne suis pas très facile à avaler. Le gobeur de souris géant risque de ne pas apprécier. » reprit-il en se retournant légèrement vers le naja.

Cette approche lui semblait plutôt risquée, après tout il pouvait s'être trompé et peut-être avait-il affaire à une sorcière mécontente, mais néanmoins compatissante ? En tout cas, il était trop tard pour changer de direction car il avait juste assez de fierté pour ne pas se mettre à implorer sa pitié après avoir fait le malin comme il venait de le faire. Il soupira comme s'il eut été las de la situation dans laquelle ils se trouvaient - savoir s'il jouait la comédie était difficile à dire - puis il rangea son épée à sa ceinture, gardant sa torche braquée dans la direction du serpent. Après tout, il était clair que, ainsi coincé entre une sorcière et son serpent, il n'avait aucune chance de s'extirper de ce pétrin s'il avait à combattre. En partant de ce principe, avoir son épée à la main ou à la ceinture faisait peu de différence. Portant son attention sur la dague qui flottait toujours à quelques centimètres de ses yeux, Solan s'empara de l'arme, forçant un peu car il appréhendait une quelconque résistance. Il la fit tourner un peu, son index posé sur la pointe de la lame.

« - Ainsi vous n'êtes pas patiente ? Pourquoi ne pas me faire exploser comme vous avez essayé de le faire tout à l'heure ? L'utilisation d'une telle arme en requiert, de la patience. Si vous voulez me tuer, pas la peine d'y mettre tant d'application pour rendre cela plus sinistre encore, le fait d'être dévoré par un serpent au fond d'une ruine humide l'est déjà assez. » confia-t-il, amusé, avant de jeter la dague aux pieds de la sorcière. « - Cela dit, il y a une autre solution, moins violente. Vous me laissez partir, en entier bien sûr, et je vous laisse à vos occupations, quelles qu'elles soient. Qu'en dites-vous ? » proposa t-il finalement.

Sa stratégie serait-elle payante ? Il en doutait, mais après tout, quitte à mourir des mains de cette sorcière, autant la priver du mieux qu'il le pouvait du plaisir qu'elle pourrait prendre à le couper en petits morceaux qu'elle jetterait ensuite en récompense à son immonde créature quand il exécuterait un tour avec brio, de la même manière qu'on le ferait avec un petit chien. En attendant, la voie dans laquelle il s'était engagé le privait de tout pouvoir sur la situation et il le savait. Pourrait-il garder son sang-froid jusqu'au dernier moment, si elle décidait tout de même de lui ôter la vie ? À ce moment, il s'en croyait capable.

« - Alors ? Ma vie est entre vos mains, noble sorcière. » Puis, dans un ultime geste de provocation, il pointa sa torche vers son interlocutrice comme pour mieux la voir et dit: « - D'ailleurs ne vous a-t-on jamais dit que le lugubre de cette forteresse vous allait fort bien au teint ? »

Au moins, il se serait bien amusé.
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Tanith Ruane

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Mer 14 Déc 2011, 20:21

◮◮◮

L'œil plein de feu, la bête avait d'ailleurs, sitôt en présence de sa maîtresse, entreprit de claquer l'air de sa langue fourchue, impatient de lui emporter la face d'un coup de dents. Un sourire canaille vint alors fleurir sur les lèvres de la Sorcière tandis qu’elle parvenait presque à palper la tension nerveuse qui les entourait. Visiblement, l'idée de tenir ainsi ce brigand avait de quoi la divertir, tant bien que pétillèrent les prunelles sombres de ses yeux ambrés. Comme s'il partageait le même appétit vorace que sa maîtresse, le sifflement du serpent s'accentua, percutant les murs en un écho sonore dans la forteresse. Cet homme pourrait crier, hurler, les seuls témoins de sa souffrance resteraient à jamais les quelques rats et autres bestioles ayant trouvés refuge dans ce désert humide... Le dominant de toute sa grandeur – bien qu'il devait faire une bonne tête de plus que Tanith s’il devait se redresse – la Sorcière le gratifia d'un regard où ne se lisait rien d'autre que la répulsion et le plus infâme mépris. Devant le sourire niais que lui offrait ce Singulier, Tanith n'en devint que plus furieuse. Il se moquait de la situation comme un vieillard devant la mort ; Il ne savait donc pas à qui il avait à faire ? « Allons bon, depuis quand les sorcières psychopathiques qui parcourent les forteresses en ruines ont-elles besoin d'une raison pour tuer de pauvres innocents comme moi, hein ? » Elle émit un reniflement dédaigneux tout en le dévisageant sauvagement : [color=#2E396E]« Maintenant, si vous voulez vraiment une raison ... je ne suis pas très facile à avaler. Le gobeur de souris géant risque de ne pas apprécier » Elle pinça farouchement les lèvres, cependant, elle ne commanda pas à son naja de se retirer. Sa langue continuait d'effleurer avec un semblant de délicatesse la chaire du singulier ce qui rendait la situation des plus perturbante. Si elle n’avait jamais été menacée par un animal tel que lui, cependant, elle ne doutait pas un seul instant de la frayeur qui devait lui rongé l’estomac. Dès lors, la présence de sn naja lui donna le courage et l’audace de lui tenir tête, malgré l’abstinence de magie dont elle faisait preuve.

Derrière ses paroles bêtes se cachait probablement une humble stratégie. Tanith n’était pas née de la dernière pluie, Vorlun lui avait forgé, à défaut de son esprit hautement instable, une logique insatiable et tenace. Ainsi appréhendait-elle la suite des évènements avec précaution. Il ne constituait, en effet, ni une menace de par sa modestie, mais une proie facile, de par son nombre. Alors secouée de pensées funèbres, les mouvements du singulier éveillèrent son esprit à nouveau. Malgré la noirceur elle discernait tout de même, grâce à la torche qu’il tenait en main, son épée se ranger à sa ceinture. Dès lors la tension devenait de moins en moins pesante sur leurs épaules, mais la jeune femme restait méfiante et son serpent était aux aguets ; le moindre geste futile lui ferait perdre à jamais son doux minois. C’est alors que le singulier s’attaqua à sa dague. Tanith fronça les sourcils, renforçant ainsi son emprise magique sur l’arme. Il ne fallu que quelque seconde au jeune homme pour l’écarter de sa trajectoire ; l’Héritière avait certes beaucoup de volonté, mais sa réserve d’énergie avait ses limites. « Ainsi vous n'êtes pas patiente ? Pourquoi ne pas me faire exploser comme vous avez essayé de le faire tout à l'heure ? L'utilisation d'une telle arme en requiert, de la patience. Si vous voulez me tuer, pas la peine d'y mettre tant d'application pour rendre cela plus sinistre encore, le fait d'être dévoré par un serpent au fond d'une ruine humide l'est déjà assez » Ses paroles terminées, il jeta le dague aux pieds de Tanith. Immédiatement, le naja attrapa la lame dans sa gueule, sans se couper et se dressant jusqu’à elle, ses muscles saillants et ses écailles d’argent scintillaient sous les flammes du prisonnier. L’empressement de l’animal à remettre la dague à sa maîtresse n’était pas seulement dû à sa loyauté ou à son attachement, mais il savait quelle valeur sentimentale avait cette arme pour la jeune femme… Rangeant la lame sous son vêtement, cependant, son serpent reprit sa place initiale, c’est-à-dire, au plus près du visage de cet intrus : « Cela dit, il y a une autre solution, moins violente. Vous me laissez partir, en entier bien sûr, et je vous laisse à vos occupations, quelles qu'elles soient. Qu'en dites-vous ? » Un rictus haineux accompagna les paroles du singulier. Elle était horriblement tentée de laisser son naja se jeter sur cet impertinent personnage.

Si vulnérable est-il… si petit… si faible… Cette voix, il n’y avait qu’elle pour l’entendre, pour la comprendre. Cette voix sinistre, monotone, qui s’élevait dans l’espace quand bon lui semble, lorsqu’elle jugeait préférable d’intervenir. Elle avait guidé depuis était une enfant et elle en était venue à s’attacher…Et toi… si puissance, si belle, si intelligente… tu détiens sa vie entre tes mains… Tanith observait le visage de cet inconnu, les sourcils froncés. Et elle constatait elle-même sa vulnérabilité…Pourtant... Et voilà qu’il lui inspirait le doute : Il a su pénétré la forteresse sans que toi, ma douce enfant, aie pu l’identifier. Et s’il n’avait pas passé dans ce filet de lumière, jamais tu ne l’aurais repéré… Tanith fronça davantage les sourcils, elle n’aimait pas être prise en tord. Elle avait l’impression de trahir sa confiance, faillir à sa parole. Soudainement, la voix du Singulier brisa ce silence : « Alors ? Ma vie est entre vos mains, noble sorcière » La torche s’avança dans sa direction, par pure provocation sans doute. « D'ailleurs ne vous a-t-on jamais dit que le lugubre de cette forteresse vous allait fort bien au teint ? » La plaisanterie avait assez durer, Tanith s’inclina dans sa direction, ses longs cheveux noirs scintillaient comme de la cendre sous la caresse des flammes tout comme ses yeux d’or : « Cesse donc ses paroles sucrées ! » Aboya-t-elle « Je ne suis pas idiote. Te laisser t’échapper, pour que tu bafouilles auprès des gardes qu’une Sorcière se taire ici ? Pour les envoyer contre moi ? » Sa voix tremblait sous la colère. La seule idée que des chevaliers ne pénètrent dans son sanctuaire lui donnait des frissons, la secouait d’effroie : « Ta survie, il faudra la gagner… maintenant dis-moi, depuis combien de temps arpentes-tu mon territoire ? Pourquoi être venu jusqu’ici ? »

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Dernière édition par Tanith Ruane le Dim 25 Déc 2011, 18:07, édité 1 fois
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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Dim 18 Déc 2011, 18:24

La tension était palpable. Trop au goût de Solan, en tout cas. A vrai dire, le voleur avait toutes les raisons du monde de s'inquiéter, avec cette immonde bête qui lui tournait autour, son souffle lui parvenant jusqu'au visage, charriant avec lui une odeur putride, nauséabonde, aux forts relents de rat crevé. Il fallait qu'il se concentre sur autre chose car son esprit était tenté d'imaginer quel mort horrible ce serait d'être avalé vivant par cette créature, et autant dire que cela lui faisait comme l'effet d'un bref coup d’œil vers le bas lorsqu'on est au bord d'un précipice: ça n'aidait en rien à se rassurer. Bref, Solan ramena son attention sur la sorcière qui semblait en proie à une grande hésitation. Pourquoi ? Après tout, si elle souhaitait le tuer, il n'était pas vraiment en mesure de s'en sortir. D'un autre côté, si elle comptait lui laisser la vie sauve, était-il bien nécessaire de se livrer à tant de suspense ? Cela était une très belle situation, très théâtrale, mais elle avait tendance à peser sur les nerfs du paria, si bien que tout ce temps d'attente lui parut être comme une longue agonie et, bien qu'il avait connu nombre de situations oppressantes, celle-ci se plaçait aisément parmi les pires qu'il ait eut à affronter. Le pire, c'était qu'il n'était pas du tout en position d'y changer quoique ce soit. Soudain, mettant fin à cette insoutenable, Tanith se mit à hurler. Visiblement, il était parvenu à l'énerver. Etait-ce une bonne chose ? Il en doutait maintenant et il se garda bien de l'interrompre, après tout le but de toute ces petites provocations était bien de survivre, pas d’exaspérer son bourreau potentiel à un tel point qu'elle décide d'abréger au plus vite leur petite conversation. Bien décidé à ne pas l'énerver plus que de raison, il répondit:

« - Pourquoi ? Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à venir patauger dans la boue de Dorcha Duil, à votre avis ? » Il fronça les sourcils, sincère . « - L'argent, évidemment. Cet endroit regorge, paraît-il, de trésors de grandes valeurs. » dit-il, avant de reprendre: « - Bien sûr, on m'avait parlé des richesses de la forteresse, mais pas des sorcières qui s'y cachent. » fit-il alors remarqué, l'air désabusé.

Il hésita un instant. Devait-il lui dire précisément ce qu'il était venu chercher ici, dans cette ruine où cette folle semblait avoir élu domicile ? Après tout, elle ne penserait peut-être pas qu'il avait déjà récupéré l'objet de sa convoitise, ainsi il pourrait sans doute s'en aller comme si de rien n'était et obtenir la récompense pour ce qui s'était révélé être un travail bien dangereux. D'ailleurs, il devrait penser à réclamer une prime pour avoir rencontré un obstacle dangereux que cette sorcière. Etait-il fou ? Il n'était pas encore sorti d'affaire et pourtant il s'imaginait déjà libre comme l'air. Après tout, qu'est-ce qui lui disait qu'elle ne le tuerait pas, maintenant qu'elle sait qu'il était venu lui dérober ses biens, puisqu'elle s'en était apparemment auto-proclamée propriétaire ? Il soupira. L'argent qui lui avait été promis s'il parvenait à mener à bien sa mission valait-il de prendre le risque d'y laisser sa peau ? Rétrospectivement, non. Pourtant, il savait qu'à la prochaine occasion qui se présenterait à lui, il ne pourrait s'empêcher d'accepter. L'appât du gain, sans doute. Ou c'était peut-être cet irrésistible besoin de sensations, semblable à une addiction, qui le poussait à toujours se mettre dans des situations si dangereuses. Néanmoins, il n'était pas encore totalement fou, ni suicidaire, alors il devait réfléchir à un moyen de s'en sortir, si possible sans avoir à abandonner ce pourquoi il avait prit tant de risque.

« - Il y a l'argent et puis ... il y a les gardes, aussi. » dit-il, bien décidé à exploiter la peur de la sorcière à son propre avantage. « - A vrai dire, il semblerait que nous ayons un point commun. Vous craignez de me voir courir vous dénoncer auprès de la garde ? Rassurez vous, ils m'auront enferré, coupé la langue et pendu avant même que je n'ai pu leur dire le moindre mot. » confia t-il, avant de continuer: « - Vous voyez, nous ne sommes pas en très bon termes, eux et moi. Surtout depuis que le Roi lui-même a ordonné mon arrestation. Enfin, si on en croit les rumeurs. » Il laissa un léger silence, puis, il conclut: « - Ils ne vous aiment pas ? Alors on est dans la même situation, je n'ai aucune raison de leur rendre service, comme je n'ai aucune raison de vouloir vous nuire. Au contraire. »

Leurs problèmes avec les gardes et la justice royale pouvaient-ils être la solution à cette impasse ? Si c'était le cas, alors Solan n'hésiterait pas lui aussi à crier " Vive le Roi !" partout dans les rues de Cathairfal, et c'était bien la seule raison qui le pousserait à prononcer un jour de tels mots. Dans tous les cas, il fallait encore que la sorcière soit convaincu par ce nouvel argument qu'avançait le paria qui, d'ailleurs, était tout à fait sincère.
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Tanith Ruane

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Dim 25 Déc 2011, 19:52

◮◮◮

La réponse du voleur la fit rouler des yeux, visiblement agacée de n'obtenir aucune information plus pertinente de sa bouche. Tôt ou tard, sa patiente étant très limitée ces derniers temps, la Sorcière de Mogaròr se lasserait d'un tel discours et elle mettrait un terme définitif à cette situation embêtante. Il ne le réalisait probablement pas – trop bête apparemment, mais que dire de plus d'un simple singulier ? – pour s'apercevoir qu'il lui faisait perdre un temps précieux avec ses sornettes. Elle était néanmoins agacée de savoir que des rumeurs de trésors enfouis et cachés s'ébruitaient à Lanriel et apporteraient de nouveaux voyageurs indésirables en quête de richesses. Elle n'avait pas la force nécessaire pour tous les repoussés. La blessure que lui avait infligé ce chevalier au niveau du flanc droit lui avait laissé de graves séquelles. Bien qu'elle espérait un jour retrouver toutes ses forces, malheureusement la guérison serait longue et douloureuse. Jusqu'à présent, aucun onguent, aucune pommade, aucune potion, aucune plante ni aucun sortilège n'avait suffi à apaiser la sensation brûlante de sa plaie ouverte. Si tout son corps s'acharnait à combattre l'infection, son esprit, lui n'en était que plus éveillé, que plus sournois, désireux de vengeance, secoué par la colère. On l'avait défié, elle, Vorlun ainsi que son dieu et ce geste ne resterait pas impuni. De sombres pensées hantaient déjà sa raison et jugement, alors qu'en un battement de cil, elle reprit ses esprits. Son serpent enroulé autour de ses jambes en une douce étreinte affective, cependant, le haut de son corps de masse était tendu, tiré au plus près du visage de cet étranger terrorisé. Ainsi, le voir davantage effrayé lui arracha de nouveau se sourire perfide et mesquin. Tanith était maîtresse de la situation, avec son naja à ses côtés, elle avait tendance à se sentir invincible. Après tout, il était beaucoup plus gros que les autres najas et elle avait tout à croire qu'un seul coup de dent serait suffisant pour lui arracher la face - ou toute autre partie du corps se trouvant à proximité de son immense gueule. D'un œil soudainement suspicieux, elle se pencha vers lui, l'observant plus attentivement. Sa dégaine hirsute et l'ombre qui lui charbonnait légèrement les joues et le menton lui laissait croire, qu'effectivement, il ne devait pas avoir accès à suffisamment de ressources pour avoir une toilette soignée. Il était donc tout à fait plausible, à son allure, que cet homme soit forcé de voler pour survivre. Mais pourquoi diable entreprendre un voyage aussi périlleux si ce n'était que pour l'or ? Mogaròr avait certaines richesses cachées, les rumeurs étaient fondées, mais il y avait beaucoup d'autres sanctuaires plus payants à pilier que ce nid à rats... Dès cet instant, ce jeune homme attisa son intérêt...

« Il y a l'argent et puis ... il y a les gardes, aussi. » avait-il finit par avouer. Fronçant les sourcils, une pâle lueur d'épouvante voila son regard un instant. Tanith lui laissa la chance de poursuivre. L'implication de la garde royale avait piqué sa curiosité. « À vrai dire, il semblerait que nous ayons un point commun. Vous craignez de me voir courir vous dénoncer auprès de la garde ? Rassurez vous, ils m'auront enferré, coupé la langue et pendu avant même que je n'ai pu leur dire le moindre mot. » Oui, c'était ce qu'elle avait craint, c'était ce qui la hantait chaque jour, chaque nuit depuis quelques semaines ; Tanith redoutait de s'éveiller au beau milieu de la nuit, surprise par des hommes armés à ses portes, prêts à l'éventrer à la moindre occasion. Beaucoup plus attentive, elle continuait d'écouter cet étranger, sachant qu'il ne mentait pas : « Vous voyez, nous ne sommes pas en très bons termes, eux et moi. Surtout depuis que le Roi lui-même a ordonné mon arrestation. Enfin, si on en croit les rumeurs. » Un silence léger plana pendant lequel Tanith songea qu'elle serait rapidement dans la même situation que cet inconnu. Cependant, elle n'avait jamais mené de vie nomade, jamais quitté sa demeure bien longtemps. Si on devait la chasser, où irait-elle se réfugier ? Elle n'avait aucune famille, aucun ami, aucun allié en qui elle avait vraiment confiance. Il n'y avait jamais eu qu'elle, Vorlun et Mogaròr. Toute sa jeunesse était incrustée dans ses mûrs, il s'agissait de sa ressource maitresse, là où elle puisait son énergie, son courage et où elle avait forgé son identité et sa personnalité. Sans cette atmosphère humide, Tanith craignait de ne plus s'épanouir, de ne jamais évoluer... Cette idée lui poignardait l'estomac et lui serait la gorge. L'angoisse la rongeait de nouveau... « Ils ne vous aiment pas ? Alors on est dans la même situation, je n'ai aucune raison de leur rendre service, comme je n'ai aucune raison de vouloir vous nuire. Au contraire. » Tanith soutenait toujours avec autant d'intensité son regard. À ses côtés, son serpent sifflait, claquait l'air de sa langue fourchue, impatient de connaître les intentions de sa protégée. Il l'avait sentit se détendre, bien que la situation toujours tendue. Pendant ce temps, la Sorcière hésitait toujours. Elle n'avait confiance en personne - ou presque. Alors pourquoi croire en ses paroles. Peut-être était-il un espion au compte du Roi, peut-être était-il un éclaireur ? Ou alors, disait-il la vérité ? Pouvons-nous lui faire confiance ?, se questionnait-elle, nous dit-il seulement la vérité ? Et dans sa tête raisonnait le jugement de Vorlun : « Tu dois en avoir le cœur net, mon adorée. Fouille sa bourse, tu verras s'il ment ou s'il est digne d'intérêt... »

Furtivement alors, Tanith tendit la main vers sa ceinture pour s'y emparer de sa besace. À première vue, elle semblait modeste, taillée dans du cuir de moindre qualité. Probablement la seule sacoche qu'il avait été en mesure de s'offrir. Elle remarqua sa réticence et elle le foudroya du regard, secouant l'index de gauche à droite puis de droite à gauche : « Je dois en avoir le cœur net... Si tu prétends être un voleur, je devrai bien y trouver quelque chose qui m'appartient, n'est-ce pas ? » Et elle ajouta sur une note plus sombre, un sourire tiré sur le coin de lèvres : « Dans le cas contraire, alors, tu m'auras menti et il s'avère que nous n'aimons pas les menteurs... » La suite était subjective, mais le claquement de gueule du serpent ne lui laissait que très peu de scénario. S'emparant de la besace, elle se redressa péniblement. Sa main s'enfonça dans le tissu et il y chercha quelques secondes une quelconque masse qui prouverait ses faits. Lorsque ses doigts palpèrent ce qui semblait être du granit, elle referma ses doigts en un étaux puissant puis elle sortit l'objet de la besace. Une petite statuette, sans intérêt apparent, cependant Tanith se rappelait l'avoir disposé sur sa table, afin d'expérimenter éventuellement la puissance de ses ensorcellements. Elle n'avait, semblait-il, pas grande valeur marchande, du moins, Vorlun ne s'était jamais opposé à ce qu'elle en fasse un objet cible pour sa magie. Taillée dans du granit, elle représentait une femme en prière, une sainte, fidèle d'Eydis peut-être, car elle semblait beaucoup trop innocente pour être une héritière... Jetant la sacoche aux pieds du singulier, elle observa encore un instant la petite statuette puis elle émit un reniflement dédaigneux avant de lancer vulgairement le petit artefacts à ses pieds. Moqueusement, elle dit : « Tu ne feras pas fortune avec cette statuette... elle n'a aucune valeur, cela dit, ça m'embête de te la laisser, sur quoi vais-je pouvoir tester mes sortilèges à présent ? » Plus le temps s'écoulait, plus son jugement était affecté par la colère et l'humeur perfide de Vorlun. Elle s'enfonçait peu à peu dans les ténèbres. Il va s'en dire que cela ne la rendait que d'autant plus dangereuse et instable, un défaut que Vorlun redoutait tout de même : « Maintenant dit-moi, quel est ton nom... ? »

Spoiler:
 

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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: All magic comes with a price   Jeu 05 Jan 2012, 21:28

Solan sentit la jeune femme qui lui arrachait sa besace. Il ne dit rien. Il ne savait pas si c'était une bonne chose ou une mauvaise. Après tout, elle n'apprécierait peut-être pas de voir un des objets de sa ... maison ainsi enfouis, prêt à être revendu à ce marchand qu'il avait eu la bonne idée d'écouter. Ou peut-être que cela donnerait du crédit à son histoire, et que ça la déciderait à ne pas le faire exploser, ou peu importe la mort atroce qu'elle était capable de lui infliger en un claquement de doigts. Malgré l'obscurité, Solan devinait la sorcière qui fouillait parmi ses rares biens, à la recherche de quelque chose qui la satisferait. Ou pas. Elle extirpa d'un coup la statuette pour laquelle il était venu jusqu'ici, l'observant. L'instant d'après, il vit sa sacoche qui tombait à ses pieds. Il soupira. Ce petit jeu commençait à l'ennuyer sensiblement et, s'il était prêt à se faire petit pour sortir de cet endroit puant bien en vie, il craignait de ne pas avoir la patience nécessaire pour ne pas finir pas énerver cette folle qui, la minute d'après, lui jetait presque la statuette de pierre à la figure. Les mains du paria caressèrent discrètement la garde de son épée, il hésita, avant de renoncer. Il lui suffisait de garder son sang-froid, ne pas céder à l'emportement. Rien de plus.

« - Vous savez, les objets n'ont pas plus de valeur que celle que l'on leur donne ... Quelqu'un m'a demandé de lui rapporter cet objet. » dit-il en ramassant ses affaires, puis il reprit: « - Cela dit, je ne douterai pas de votre jugement sur cet objet, après tout votre bon goût saute aux yeux. » lâcha-t-il en référence à la décrépitude de Mogaror. « - Si vous vendiez ces objets que vous dites sans valeur, vous auriez de quoi mettre une ou deux tapisseries aux murs. Ça resterait une ruine, certes, mais une belle ruine. Vous voyez. »

Il avait du mal à retenir ces petites remarques dont il savait qu'elles n'arrangeaient pas son cas, mais la situation l'exaspérait de plus en plus au fil des secondes et cela l'aidait à ne pas perdre complètement la face. Il le pensait en tout cas. Toujours était-il qu'il semblait être sur la bonne voie, la jeune femme lui demandant son nom. Quel genre de psychopathe demanderait le nom de sa future victime avant de l'assassiner, hein ? C'était définitivement un bon signe. Il fallait que ce soit un bon signe.

« - Allons, si je vous disais mon nom, je serais contraint de vous tuer ensuite. » dit-il, le sourire aux lèvres, peut-être un peu trop rapidement convaincu de sa survie. « - Vous avez eu peur, pas vrai ? Solan Runnarth. C'est mon nom. » avoua-t-il finalement, trop heureux de voir la sorcière formuler une phrase dans laquelle elle n'exprime pas son désir de le voir mort.

Puis le silence s'installa. Il aurait pu lui demander son nom, mais, au final, il s'en fichait bien car que pourrait-il bien en faire, de toute façon ? Il n'avait pas l'intention de remettre les pieds dans cet endroit maudit de si tôt, et autant dire que l'idée de recroiser cette folle furieuse un jour ne l'enchantait pas beaucoup plus. Et puis il commençait à être exténué par la situation, par ce balancement permanent, inévitable, entre un certain optimisme, voir l'amusement, et cette impression d'être déjà mort, qu'il n'y avait pas d'issu. C'était éprouvant, mentalement surtout. Il crut se revoir, lors de cette nuit où, confronté à la dure réalité de la vie de paria qu'il avait choisi, il n'avait pu se résoudre à tuer le seul témoin de ce cambriolage raté, préférant se laisser arrêter. Il n'était plus un adolescent, et depuis il avait connu bien d'autres choses, la guerre surtout, et tout cela l'avait surement bien endurci, pourtant même ça ne suffisait pas à lui faire passer cette angoisse, cette stupeur qui vous saisit quand vous frôlez la mort ou que vous la côtoyez. Il aimait la vie et la perdre était une de ses peurs les plus pesantes, encore plus du moins que chez le reste des gens.

« - Bon, écoutez, maintenant que vous avez mon nom et que vous êtes rassurée quant à mes relations moins que cordiales avec la Justice royale, vous devriez songer à me laisser m'en aller. » dit-il, pressé maintenant d'en finir. « - J'adorerai faire connaissance avec vous, hein, mais la route jusqu'à Cathairfal est plutôt longue et puis cette ruine menace de s'écrouler d'une seconde à l'autre, alors ... »

Il attendait la réponse de la sorcière, mais il savait qu'il n'aurait plus beaucoup de patience et, s'il s'était laissé aller à ce petit jeu de menaces et de domination, il envisageait maintenant de tenter sa chance par des moyens moins amusants si elle l'empêchait de s'en aller une fois de plus.
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