Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 Les braises de la nuit sont des cendres au matin

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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Les braises de la nuit sont des cendres au matin   Mar 15 Nov 2011, 22:29

« Les braises de la nuit sont des cendres au matin »
●Arsenios Hardansson & Dreann Aronwë●


« - Sire ! »

Le souffle court, la voix teintée d'un infime tremblement, l'officier fixait d'un œil hagard son souverain. Sa poitrine se soulevait à un rythme effréné et la sueur qui perlait sur son front n'était pas due à sa seule course. Sa physionomie entière confessait une situation de crise. Arsenios se leva promptement et contourna la table à laquelle il siégeait voilà encore une minute. A grands pas, il quitta sa loggia et emboita le pas du soldat. Sous son instance, l'homme lui relata un rapide compte-rendu de la situation. Dreann Aronwë était rentré de sa mission, indemne. Son compagnon, en revanche avait subi de plus grands dommages. Transporté dans des appartements, le médecin royal se trouvait vraisemblablement sur la route de son chevet. Les sourcils du roi se froncèrent. Il ne s'agissait pas d'une mission dangereuse. S'il était question d'en apprendre plus sur l'inconnue qui s'était introduite dans le château, il n'avait pas jugé opportun d'accorder plus d'un homme au jeune blasonné. Cette négligence pouvait bien être fatale à l'un de ses sujets.

« - Comment est-ce arrivé ? Il ne s'agissait que d'une femme !
- Je l'ignore. Les créatures peut-être. A moins qu'il ne s'agissait d'un guet-apens ? »


Il repoussa ces propositions et allongea le pas, nerveux. La cadette décédée, il refusait d'infliger une nouvelle perte à la famille Aronwë. Les entrevues avec les parents étaient suffisamment tendues. Leur chagrin et leur quête éperdue de justice ne cessait d'oppresser la cour. Naturellement leur peine était légitime mais se mettre à dos une pareille famille de blasonnés n'arrangerait en rien les affaires de la cour. Il lui fallait veiller à la sécurité de leur héritier et que faisait-il ? Au lieu de le préserver d'un assaut des créatures comme il l'escomptait à l'origine, il le confrontait à un péril plus sournois encore. Eydis se jouait de lui. Certes, l'enfant n'était pas un de ces chevaliers plus prompts à briller lors de tournois que face à de véritables conflits mais Arsenios éprouvait quelques difficultés à le voir comme un homme fait. Cette impression, toutefois, s'étendait à toute la génération qui prenait peu à peu place autour de sa personne. Chacun d'eux n'était pas beaucoup plus âgés qu'Izhélinë mais, de fait, il lui était d'autant plus pénible de les considérer comme adulte et apte à prendre leurs propres décisions. Là était son tort le plus vivace.

« - Conduis-moi auprès du blessé. Si sa vie est en danger, au moins serais-je là pour écouter ses derniers mots et exaucer ses dernières volontés. Peut-être faudra t-il mander un prêtre. Veille à cela.
- Je... J'escomptais d'abord vous mener auprès de Dreann Aronwë. Il patiente dans... »


D'un geste, il fit taire les explications. Dans pareil cas, il lui semblait aberrant d'avoir invité le chevalier à patienter sagement dans une pièce quelconque pour ensuite l'inviter, lui, le souverain, à se déplacer. En plus de mettre à rude épreuve la patience d'un homme probablement secoué par une escarmouche, l'éloigner de son compagnon paraissait inapproprié. Arsenios refoula l'agacement qui menaçait d'effriter son masque d'impassibilité et reprit les lèvres étroitement pincés.

« - Il s'agit d'une erreur. Mène moi auprès du blessé, s'il se trouve sur le chemin, nous inviterons Dreann à nous suivre. Dans le cas contraire, conduis le à moi. Il me faut leur version des évènements. A tout deux. »


L'autre acquiesça et ils poursuivirent leur chemin. La nuit avancée les préservait des rencontres protocolaires et de tous murmures inopportuns. Même les combats habituels sur les murailles retentissaient moins véhéments qu'à l'accoutumée. Ce semblant de calme, néanmoins, ne savait apaiser le roi et il pressa davantage son guide.



Dernière édition par Arsenios Hardansson le Mar 31 Jan 2012, 21:34, édité 2 fois
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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: Les braises de la nuit sont des cendres au matin   Jeu 01 Déc 2011, 19:38

~> Suite de A horse, a horse, my kingdom for a horse !

Tout n'est que noirceur, il le sent comme une mauvaise odeur à laquelle on ne saurait s’habituer, insupportable. Comment avait-il pu ne pas le voir ? Il n'avait compris que bien trop tard, ils étaient condamnés. Son erreur l'avait condamné. Pouvait-il raisonner autrement ? Il faudrait un responsable et Dreann n'hésiterait pas à assumer les conséquences de son imprudence, de sa bêtise. C'était lui qui tenait l'arme, lui qui avait le dessus. Il s'était laissé berner et pourtant elle n'était que noirceur. Plus sombre encore que la nuit, et il l'avait sous-estimé. Quel imbécile il faisait alors qu'un simple coup de coude avait suffi pour que sa captive ne lui glisse entre les doigts. Il avait bien tenté de riposter, son épée venant immédiatement se loger non loin de ses reins dans un geste rageur. Ce réflexe l'avait sauvé, il le savait, mais alors quoi ? Il ne pouvait s'en satisfaire, tout comme ne pourrait s'en satisfaire son Roi et, pire encore, les parents de ce pauvre Margan, victime de son imprudence. Comment allait-il bien pouvoir leur annoncer, si leur enfant venait à mourir cette nuit ? Dreann s'énerve, son poing se crispe: ce n'est que de l'égoïsme, encore. Encore oui, car c'était son égoïsme, sa volonté de mener à bien ce devoir qu'on lui avait confié, qui l'avait poussé à négliger le sort de son compagnon pour pouvoir mettre cette Tanith aux fers. Il ne pouvait la voiler, cette vérité qu'ils étaient trois à connaître: à l'intérieur de cet entrepôt abandonné, Dreann avait fait le choix de sacrifier son équipier au profit de sa mission. Margan lui pardonnerait-il ? Pour cela, encore fallait-il qu'il survive à ses blessures.

Dreann faisait les cent pas dans l'antichambre d'une des nombreuses pièces du Palais Coroin. Depuis combien de temps attendait-il maintenant ? Chaque seconde qui passait lui paraissait être une éternité. S'il avait dû être reçu par une tout autre personne que le Roi, sans doute aurait-il déjà surgi par cette porte qui demeurait close, usant peu à peu sa patience. Trempé, il tournait ainsi en rond dans la petite pièce, rongeant son frein. Ses pensées alternaient entre ses souvenirs qu'il tentait de remettre en ordre afin de les rapporter au Roi et son inquiétude de ne pas être là tandis que Margan rendrait son dernier soupir. Il ne pensait même pas le voir se rétablir, son état était bien trop grave. Il avait trop tardé à le ramener au château et le trajet avait été mouvementé ... Oserait-il seulement regarder la mère de ce pauvre Margan quand elle lui demanderait des détails ? Oserait-il seulement leur décrire la manière dont il avait eu à le traîner au sol comme le cadavre d'un vulgaire gibier ? Leur dirait-il aussi comment, après être sorti des ruelles labyrinthiques d'Unigol, il avait eu toute la peine du monde à le hisser sur son cheval, ayant à le ficeler avec un bout de corde sur sa selle ? Leur parlerait-il de tout ça ? À mi-chemin, il avait croisé une patrouille de gardes qui l'avait escorté jusqu'à la porte du palais, l'aidant à porter le corps agonisant du jeune chevalier dont la respiration sifflante et les râles de douleurs raisonnaient encore dans l'esprit de Dreann.

« - Sire Dreann ? » chuchota presque une voix. « Pardonnez mon erreur, mais Sa Majesté a décidé de se rendre directement au chevet de Sire Margan. Il m'a demandé de vous y amener. »

Dreann soupira. Ce page était-il donc un imbécile ? Ils avaient perdu un temps précieux, le temps qui permettrait peut-être à la Sorcière de disparaître pour toujours ! Ne préférant ne rien dire qui pourrait vexé le serviteur qui, au final, n'y était pour rien, le chevalier se contenta de suivre son guide sans dire un mot. Qu'allait-il bien pouvoir dire au Roi ? Il respectait cet homme autant que s'il eut été dieu parmi les hommes, car il le savait être un homme de valeur et un souverain exemplaire, de la trempe de ceux dont on ne peut douter le dévouement au peuple qui le sert et qu'il sert en retour. Alors, qu'allait-il penser de lui qui avait tant manqué de discernement et de rigueur ? Et, pire que tout, qui avait manqué à son devoir ! C'est donc l'esprit chargé de craintes et de reproches que Dreann pénétra dans la chambre où on avait installé son compagnon. Dans l’obscurité, on entendait que les bruits de son agonie. La lumière d'un chandelier découpait l'ombre d'un homme imposant, debout au pied du lit. Une autre s'affairait autour de Margan, probablement un médecin.

« - Majesté, je viens au rapport. » dit Dreann, posant le genou à terre comme le voulait la convenance.

Il resta ainsi à demi agenouillé quelques secondes, le temps qu'Arsenions Hardansson ne se retourne, lui faisant signe de se relever et de parler.

« - Je suis au regret d'informer Votre Majesté que j'ai failli à la mission qu'elle m'avait confiée. » annonça Dreann sans jamais nuancer son propos, le regard fixement rivé sur celui de son Roi. « Comme vous l'aviez souhaité, Sire Margan et moi-même traquions depuis deux jours l'intruse qui s'était infiltrée dans votre Palais. Grâce aux contacts de mon compagnon et à sa connaissance remarquable du quartier d'Unigol, nous avons remonté la piste jusqu'à un entrepôt abandonné où l'on nous avait indiqué la présence d'une femme correspondant au portait que l'on nous en avait fait. » Le chevalier marqua une pause, car il arrivait à la partie de son récit où il estimait avoir fauté: « Nous nous sommes séparés pour pouvoir rentrer des deux côtés et ainsi couper toutes possibilités de fuite à notre cible. La porte que Margan a empruntée menait à l'étage, je l'ai donc perdu de vue. Quelques secondes se sont écoulées et c'est là que je l'ai entendu demander à quelqu'un de se rendre sans résister. L'instant d'après, il volait depuis le haut de l'escalier avant de s'écraser sur le sol. Avec le poids de son armure combiné à la vitesse de sa chute, il n'a jamais pu se relever. » dit-il avec souffrance, son regard quittant momentanément Arsenios pour chercher Margan que l'on distinguait à peine sous les couvertures. « Alors que je m'approchais pour lui porter secours, j'ai senti quelque chose au dessus moi. J'ai reculé d'un pas et dégainé mon épée. J'avais la femme juste à la pointe de ma lame, je la tenais. Elle m'a dit son nom: Tanith de Mogaror. Comprenant rapidement qu'elle était celle que nous cherchions, je l'ai informé qu'elle était maintenant ma prisonnière. À ce moment, j'ai préféré poursuivre la mission plutôt que de porter secours à Sire Margan qui agonisait. » Ses derniers mots sonnèrent comme un aveu. « Ensuite, je l'ai forcé à avancer. Elle était toujours au bout de mon épée. Nous avions déjà passé le pas de la porte quand elle s'est retournée, m'assénant un coup de coude qui m'a déstabilisé le temps d'une seconde et lui permettant de se dégager mon emprise. Elle s'apprêtait à me lancer un sort quand mon épée l'a transpercé au ventre. Après ça, il y a eu comme un flottement, puis elle a fait s'écrouler le plafond sur la sortie, m'empêchant de la suivre. Elle s'est enfuie. »

Il avait achevé son rapport, l'avait fait le plus complet possible comme on lui avait appris à le faire. Et maintenant quoi ? Le silence retomba une seconde. Dreann reprit: « Mon Roi, par respect du serment qui me lie à vous, je suis conscient de ma faute et suis prêt à affronter les conséquences de mon échec. Je veux être celui qui parlera à ses parents. »

Dreann ne savait que trop bien la douleur qu'il infligerait à ces pauvres âmes dont l'enfant s'éloignait un peu plus à mesure des secondes qui passaient. Néanmoins, c'était son devoir de le faire.
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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Les braises de la nuit sont des cendres au matin   Mer 04 Jan 2012, 23:07



L'odeur de sang et de sueur fut la première chose qui frappa Arsenios lors de son entrée dans la pièce. Il écarta l'infime trace d'agonie dans ces effluves. La mort ne frapperait pas ce chevalier, pas ce soir. Il la refusait. Lentement, il s'approcha du corps tremblant. Le médecin de la cour évaluait les dégâts et laissait entrevoir l'ampleur des blessures par ses mimiques inquiètes. Les jambes étaient dans un état lamentable. L'angle qu'elles prenaient n'auguraient que la paralysie. Le vieil homme appliqua un cataplasme sur la peau enflée et l'entoura d'un linge. Sur un signe de son souverain, il rabattit ensuite les couvertures et fit ingurgiter du lait de pavot à son patient.

« - A t-il une chance de survivre ?
- Il m'est encore trop tôt pour juger, sire, mais les dommages sont considérables. Peut-être un guérisseur pourrait-il nous apporter une aide précieuse. J'aimerai également m'entretenir avec quelque uns de mes collègues avant d'énoncer mon diagnostic définitif. Toutefois, il ne marchera plus. »


Cette conclusion-ci, bien qu'évidente, l'accabla. Ce chevalier était encore dans la force de l'âge. Perdre ses rêves de gloire et de fortune à l'apogée de son existence serait une épreuve bien plus difficile que sa lutte pour la vie. Lors de son règne, Arsenios avait vu nombre de valeureux se dévoyer aux suites de graves blessures. Enlevez sa raison de vivre à un homme et celui-ci ne devient que l'ombre de ce qu'il était. La mine sombre, il signifia son accord à l'homme de science et le laissa reprendre ses soins. Dreann fit son entrée à cet instant.

L'inquiétude du roi redoubla. La mine du chevalier témoignait d'une nuit épouvantable. Parfois, au petit matin, Arsenios avait vu la contrition se plaquer sur les traits du jeune homme, lorsque ce dernier venait lui rapporter l'horreur des assauts nocturnes et énumérer les nouvelles victimes de Vorlun. Néanmoins, la culpabilité n'avait jamais autant rongé le faciès du jeune homme. Sa voix s'éleva ferme pourtant et c'est avec attention, que son souverain prit connaissance les évènements des heures précédentes.

« - Non, Dreann, cette tâche-ci m'incombe. Je vous ai précipité dans l'abîme. Je parlerai aux parents.  »


Un pli triste s'appesantit sur le visage du souverain de Lanriel alors qu'il pressait sa paume contre l'épaule de son sujet. Cette mort ne résultait que de son empressement à chasser une affaire, qu'il jugeait alors mineure, de ses préoccupations. Il avait manqué de discernement et de prudence, caractéristiques qui semblaient le fuir ces derniers jours quand sa crainte principale se portait sur la menace contre sa famille. Ce manquement à son titre avait couté une vie, il ne se déroberait plus face à ses responsabilités. Il indiqua au chevalier qu'il pouvait se relever.

« - Tu es exténué, mon garçon. La nuit a été forte en émotions et quand bien même tes intentions soient louables envers la famille de ton compagnon, ton devoir te lie avant tout à lui. J'aimerais que tu veilles sur lui, le temps que des dispositions soient prises. Je sais que ma demande n'est pas plaisante mais s'il venait à se réveiller, je crois que ta présence lui serait d'un grand réconfort. Je te prie donc me faire confiance comme de prendre patience. »


A ces mots, le front d'Arsenios se plissa aux pensées qui le traversaient. Dreann verrait peut-être cette demande comme une punition mais son roi espérait que le blessé réussirait à ouvrir l'œil et soulager le blasonné du fardeau qu'il endossait si bravement. Un lien s'était inévitablement créer entre ces deux hommes confrontés au danger et le désir de justice qui en résultait fatalement, ne serait que trop périlleux à dévoiler pour le moment. Arsenios ignorait encore tout de la marche à suivre mais il se refusait à la précipitation et n'escomptait pas promettre vengeance à quiconque tant que des zones d'ombre ne seraient pas éclaircies. Or, rien dans le tempérament de Dreann ne suggérait qu'il suivrait la logique de son souverain. Reprenant contenance, il reprit:

«- Penses-tu que la blessure infligée puisse être mortelle ? »


Rien ne lui ferait plus plaisir que savoir cette sauvageonne mise hors d'état de nuire, car, par Eydis, c'était bien là une sauvageonne dont la noirceur d'âme foulait au pied la couronne et ses valeurs. Ses manœuvres ne respiraient que trop l'insolence. Cela ne pouvait s'éterniser.

«- Il me faut une description précise de sa personne.  »


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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: Les braises de la nuit sont des cendres au matin   Dim 22 Jan 2012, 00:48

Le regard braqué vers le sol comme pour ne pas voir en face la vérité. Et quelle vérité ... Son Roi, en face de lui, cherchait à l'épargner. À ce moment, cela lui parut être la pire des infamies. Un enfant à qui l'on cherchait à faire comprendre qu'il était temps de laisser aux adultes le soin de réparer les erreurs qu'il avait commises. Bien sûr, c'était fait avec la gentillesse la plus pure qui soit au monde, peut-être, mais ce n’en était pas moins dur à supporter pour Dreann qui ne pouvait cependant pas se résoudre à blâmer son Roi. Après tout, n'était-ce pas là, une fois encore, la manifestation de ce pour quoi il l'avait toujours admiré, de cette noblesse d'âme qu'il appréciait tant ? Ainsi, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même et il ne voyait dans l'attitude d'Arsenios que son propre échec. Le chevalier ne répondit rien quand le souverain lui refusa la responsabilité de s'adresser à la famille de Margan. Soit. Il eut été déplacé de réitérer sa demande et, même si on oubliait le statut d'Arsenios, il était difficile de le contredire sur la nécessité d'être présent pour Margan, bien que Dreann considérait que cela ajouterait à son propre tourment tant il était pessimiste quant aux chances de survie de son compagnon. Il considéra la main posée sur son épaule, et répondit simplement:

« - Bien, je ferais selon votre volonté. Je ... je resterais auprès de Margan jusqu'à ce que ... »

Les mots qui auraient dû suivre ne trouvèrent jamais le chemin de sa bouche. Margan allait mourir, il le savait, le Roi le savait surement tout autant que lui, pourtant il ne pouvait se résoudre à le dire. À quoi bon, de toute façon ? Bientôt, il se laissa emporté par le souffle lent, rauque, du mourant. Il ne pensait véritablement à rien, ni à cette nuit ni à aucune autre. Il était juste loin d'ici. Bientôt, l'idée qu'il aurait pu, qu'il aurait dû peut-être, être à la place de son ami s'insinua dans son esprit qui, pourtant, avait tâché de l'éviter jusque-là. Cette idée, il ne la connaissait trop bien, elle le hantait encore parfois, quand il repensait à sa sœur ... Léonie ... son souffle était-il si rauque alors qu'il l'abandonnait peu à peu ? À ce moment, il ne se demanda pas un seul instant quel intérêt il trouvait à se torturer ainsi. Peut-être que se réfugier ainsi dans cette douleur qu'il avait maintenant apprivoisée, en partie au moins, l'aidait à échapper à celle qui lui faisait face cette nuit. Il ne se souciait pas de le savoir, à vrai dire. Il se contentait de se torturer un peu, comme il ressentait le besoin indéfini de le faire de temps à autre, et dont seule la voix d'Arsenios parvint à le faire revenir à l'ambiance de mort qui régnait dans la pièce.

« - Euh ... je ... La blessure, oui. » dit-il, hésitant, avant de se resaisir. « - Un singulier aurait très bien pu se vider de son sang suite à ça, mais ... qui peut prétendre connaître l'étendue de ses pouvoirs ? » demanda-t-il par pure rhétorique. « - Ce qui est certain, c'est qu'elle était assez mal en point pour se sentir obliger de s’enfuir sans chercher à me combattre. »

Maintenant, qui pouvait savoir ce qu'elle était devenue ? Il espérait sincèrement qu'on lui apprenne, au petit matin, qu'on avait l'avait retrouvé gisante, raide morte, dans une ruelle de Cathairfal, néanmoins il savait que cela ne pourrait être si facile ... Au pire, elle aura été assez puissante pour se soigner avec un quelconque tour de magie, au mieux elle aurait rejoint un complice qui l'aura mise à l'abri. Ce soir, Dreann était de nature pessimiste et cela valait aussi bien pour Margan que pour cette Tanith. Dreann chercha à regrouper le souvenir qu'il avait d'elle afin de satisfaire la demande de son souverain, pourtant il n'eut pas à faire beaucoup d'efforts. Était-ce parce que tout cela restait frais dans sa mémoire ou que celle-ci était définitivement marquée par l'image de cette sorcière ? Difficile à dire.

« - De longs cheveux noirs. De taille moyenne. Je n'ai pas pu déterminer ce qu'elle portait, mais c'était de couleur sombre, j'en suis certain. Elle n'est pas ... » Il hésitait à poursuivre, pourtant il jugea que cela put être utile: « - Elle n'est pas déplaisante. Elle peut peut-être en jouer. Enfin, difficile de vous en dire plus, néanmoins je saurais la reconnaître si je la voyais. Il y a cette espèce de ... noirceur qui se dégage d'elle comme une odeur putride. Elle était arrogante, aussi. »
Dreann soupira, déçu de ne pouvoir en dire plus. « - J'aimerais pouvoir être plus précis, mais, il faisait sombre, des détails m'ont surement échappé ... »

Inutile de dire que, une fois encore, le jeune homme ne considérait pas cette incapacité à aider son Roi avec tendresse. Pourtant, il fallait se rendre à l'évidence: s'il avait une plutôt bonne idée de celle qu'il avait eu à affronter plus tôt, il lui était difficile d'en dégager un portrait précis comme il était capable de le faire pour d'autres personnes. Néanmoins, il ne doutait pas que d'autres pourraient aider les autorités à la chercher tant Tanith était remarquable, au sens le plus strict du terme. En attendant, il ne pouvait rien faire de plus et cette idée lui déplaisait au plus haut point. Comment était-il imaginable qu'il reste à se reposer tandis qu'elle était encore libre, au sein même de la Cité royale ? Pris comme d'un regain d'adrénaline, il dit:

« - Votre Majesté, si je puis me permettre, il est peut-être encore temps de la retrouver ici, à Cathairfal. Elle doit être quelque part non loin d'ici. Fermons les portes de la ville, ne laissons personne n'en sortir. Je peux organiser les patrouilles ou vous recommander des hommes qualifiés pour le faire. Il faut la débusquer et la juger en exemple de ce qu'il en coûte de s'en prendre ainsi au pouvoir royal ! Elle tuera encore, c'est certain, on ne peut pas prendre le risque de ... »

Il se tut. Il s'emportait, il le savait, et c'était totalement déplacé. S'enfonçant encore un peu plus dans sa honte, il ne sut quoi dire. S'excuser, pourquoi ? Ce n'était pas ce que son Roi attendait de lui et il le savait. Il garda le silence. N'avait-il pas accepté de rester au chevet de Margan ? Il savait que, pour ce soir, c'était le mieux qu'il eut à faire. Malgré ça, il avait bel et bien en tête de se lancer à la poursuite de cette Tanith dès qu'on lui ordonnerait de le faire. Parce qu'on le lui ordonnerait, il en était persuadé.

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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Les braises de la nuit sont des cendres au matin   Mer 25 Jan 2012, 20:57



« - On ne peut pas prendre le risque d'un nouvel affrontement. C'est pourquoi nous ne ferons rien ce soir. »

Les mots lui pesaient. Cette décision irritait le soldat en lui. Un de ses sujets luttait pour sa survie mais qu'était une vie face à celles de tout un peuple ? Les signes ne trompaient pas, une menace se profilait et la prudence exigeait patience. Lanriel connaissait des jours difficiles et son roi devait se montrer plus ferme qu'à l'habitude. Il posa son regard sur le chevalier et jugea qu'il lui devait une explication en plus de cet ordre qui le soumettait à l'inaction. De fait, il poursuivit:

«  - Nos hommes repoussent les créatures à l'heure actuelle. La plupart sont déjà exténués et blessés, voire davantage. Le moment n'est pas à la dispersion. Les habitants de Cathaifàl tremblent dans leurs lits et je ne leur infligerai pas une crainte supplémentaire. Ils seraient trop prompts à haïr la caste des sorciers quand le souvenir d'Isnamir et de son départ leur sont rappelés si vivement. Ne crois pas que je ne comprends pas ton désir mais il me faut me envisager les choses d'une manière plus large que simplement celle de faire justice. »


Sa main quitta l'épaule de Dreann. Arsenios se redressa, les mains croisées dans le dos. Par la fenêtre, on distinguait des flammes qui léchaient l'horizon. Les combats faisaient rage aux murailles. Ce spectacle ne cesserait-il donc jamais ? Son impatience se disputait à la colère. Soucieux, ses yeux ne quittait pas son royaume, sa capitale. Trop de questions restaient sans réponse.

« - Nous ignorons les raisons de la présence de cette sorcière dans ces entrepôts. Il faudra fouiller les décombres, peut-être nous apporteront-elles quelques éléments sur ses motivations. Chaque sortie de la ville est gardée par des soldats en faction. Nul ne peut quitter l'enceinte sans être escorté ou contrôlé. Nous ne savons si elle agit seule ou si des comparses secondent ses actes...  »


L'image des Héritiers s'imposa à son esprit. Les derniers évènements cherchaient à mettre en avant ce mouvement. Nul ne pouvait plus douter de leur existence. Cette sorcière ne dérogeait pas à la règle (bien que ce raccourci restait trop fragile pour y appuyer ne serait-ce qu'une accusation). Néanmoins, il s'agissait d'une éventualité qu'il ne pouvait pas totalement occulter. Qui sait ce que cachait la forteresse de Mogaror ?

« - Non, mon garçon, mieux vaut s'informer sur l'ennemi plutôt que s'élancer aveuglément. Son état ne l'incitera qu'aux actes désespérés. Il est essentiel que nos forces se préparent. Elle reviendra. Ce n'est qu'une question de temps. En te donnant si naïvement son identité, elle nous avoue son excès de confiance. Nous la conforterons dans cette impression. Qu'elle se croit intouchable...  »


Et alors, elle fautera. La faiblesse apparente d'un adversaire est souvent l'étincelle qui met le feu aux poudres. La jeunesse est fougueuse et pleine de promesses quand la sagesse avance à pas comptés et étudie jusqu'au moindre indice abandonné sur l'ennemi. Cette Tanith ne pourrait retenir de nouvelles provocations. Tel était son tempérament et nul doute que des espions ou des patrouilles seraient envoyées à proximité de son repaire pour glaner quelques renseignements sur ses préoccupations. Arsenios n'ignorait pas que le tournoi en l'honneur de son couronnement était une tentation pour toute action d'éclat. Cette éventualité ne lui avait pas échappé et depuis des semaines, ses conseillers et lui s'évertuaient à se prémunir de toutes manifestations audacieuses.

« - … car cet état ne pourra durer. »


Sur ces mots, le roi acheva l'entretien. Son visage ne trahissait que sa conviction et après un salut à son chevalier, il s'en fut. Sa journée ne faisait commencer, le sommeil l'ayant fui.
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