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 This weakness I feel I must finally show || Una

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: This weakness I feel I must finally show || Una   Ven 08 Avr 2011, 11:47



Le rouge criard des tentures, la rudesse de l’étoffe des chaises, le goût âcre de la bière, l’odeur du tabac, le rouge qui colle aux joues. C’est un tourbillon de saveurs, d’odeurs et de sensations inextricables. Madwyn ouvre la bouche pour suivre le chœur des fêtards, mais les sons qu’il dessine ne sont qu’une illusion. Son regard, froid comme la glace, papillonne d’un visage à un autre. I est l’acteur absent d’une scène qui le dégoûte. Un sein frôle son torse et il a envie de le mordre jusqu’au sang. De voir dégouliner le liquide sur ces mamelles imposantes. Il étouffe. Puis soudain les voix se font plus fortes, les choristes s’emballent et tapent du poing sur la table pour marquer le rythme. Les chopes sont chahutées, ballotées dans tous le sens. La bière colle à la peau. Elle accroit encore le malaise. On le saisit soudain par l’épaule et il est secoué comme sur un âne. Une remontée acide se fraye un passage dans sa gorge et il serre les dents. Sa vision se trouble alors qu’on lui offre une nouvelle rasade. Ses sens s’émousse et il a l’impression d’entendre comme à travers du coton.

Ils empestent. La sueur et la crasse de plusieurs jours. Ils ont l’haleine d’un bouc et l’intelligence d’une larve. Mais ils sont une nécessité. Commerçants de la capitale ils possèdent des informations sur à peu près tout le monde dans la cité. Ils peuvent être un atout. Mais supporter leur présence est bien plus difficile que le sorcier ne l’aurait d’abord escompté. Les heures se sont succédées et chaque fois ses tentatives pour s’éclipser ont été vaines. Il sait pourtant qu’il s’est déjà gagné leur amitié. Les quelques tournées qu’il a grassement payées y sont pour quelque chose. S’agrippant au bois de la table dont il sent les nervures se dessiner sous la pulpe de ses doigts, Madwyn fixe un point pour faire taire la nausée. La chaleur est étouffante et comme les mèches folles de sa tignasse à son front. Un coup de coude dans les côtes l’incite à reprendre son verre et à entamer un couplet en solo. Il marmonne quelque chose en rythme et provoque l’hilarité. Deux mains dégringolent le long de son torse et on se pend à son cou. Les hommes sont des pourceaux.

Soudain on le hisse en l’air. Contre ces grands gaillards il ne peut pas grand-chose. C’est à peine si ses pieds touchent le sol. Il grimace, les rires qui cascadent à ses oreilles font grimper son mal de crâne. La fièvre a gagné tous les corps. Partout des corps qui s’enlacent, se cherchent, se fouillent, se palpent. Des pièces d’or passent d’une main à une autre, on le pousse dans le couloir. Il renâcle comme un cheval fou mais une grande claque dans le dos le projette plusieurs mètres en avant. Il titube, se reprend en retrouvant son équilibre sur le mur. Devant lui les grosses fesses de la « Mama » ondoient au rythme de ses pas. Elle a été jolie il y a de nombreuses années, et elle a esquinté sa beauté accoudée au bar à vendre du rêve aux voyageurs. Elle n’aime plus vraiment les hommes, dont elle a découvert la véritable nature. Elle leur préfère les femmes, jeunes et élancées comme des lianes. Elle préfère leur candeur et leur douceur, à l’empressement de ces dards qui se dressaient devant elle.

« Tu as une heure mon bichon. » Dit-elle en le poussant à l’intérieur d’une chambre en lui claquant la fesse. Elle l’aime bien ce jeunot, avec sa gueule d’ange et ses petites manières. La porte se referme et il entend brailler à l’extérieur. A qui voudra lui faire son affaire. Madwyn tourne sur lui-même et émet un grognement en voyant l’ameublement sommaire de la pièce. Le plus gros est un lit, aux draps d’une propreté douteuse. Il se laisse tomber dessus, portant une main à ses temps pour réduire la sensation de vertige qui l’étreint. Rien qu’à l’odeur on pourrait deviner qui est passé par là et un tel étalage le mettait mal à l’aise. Le voilà qui s’affale au milieu des draps, scrutant la voute étoilée qui s’offre à son regard curieux. Il est toujours sur le qui-vive. Quelques minutes encore et il pourra s’éclipser, une fois que ces lourdauds de commerçants seront occupés à mieux.


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Una Syrion

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Ven 08 Avr 2011, 14:05

Les rires fusent autour d'elle, l'alcool alourdit les gestes et l'air se voit lourd d'opium. Les femmes se lovent, caressent et explorent les failles et prennent d'assaut les corps comme les lèvres. Ce ne sont que soupirs et contact rapprochés. Les silhouettes ondulent et se mouvent vers des alcôves où l'intimité prévaut et elle, Una, observe ce spectacle de son œil neuf. Ses cheveux sont relevés, et une plume trône fièrement dans sa chevelure embaumée d'un parfum de rose. Quelques mèches éparses sillonnent sa nuque. Sa tenue est une robe au décolleté avantageux et aux jupons vaporeux. Sur sa gorge, et l'entièreté de son corps, ne trône qu'un croissant de lune fait d'un bois à l'odeur encore saline.

Sur ses lèvres, elle dépose un peu de miel et soupire d'aise quand une bouche s'écrase dans son cou alors qu'une main ferme entoure sa fine taille. La barbe de quelques jours ravive sa sensibilité et elle se laisse envelopper de cette étreinte avec la passion exigée. Sa poitrine se gonfle d'un souffle, ses doigts s'emmêlent et son corps transpire. L'air lui manque, elle reprend pied, tente de retenir l'impatience de son compagnon. Elle cède et se tend vers la liberté. Il ronchonne, elle sourit et joue de ses mains sur son buste pour laisser son esprit s'échauffer alors que devant elle, se tient la matrone des lieux. Elle connait ce regard. Elle comprend le hochement de tête et renonce à son jeu tentateur. On la destine à un autre. Elle se plie, suit les traces et laisse trainer un doigt sur ses lèvres encore gonflées du plaisir volé. Le sucre filtre sur sa langue.

Ici. C'est sa chambre. Son lieu de travail dirait-elle, elle croise d'autres filles et chacune la jauge avec ce sourire en coin suspect qui la fait imaginer le pire. L'une d'elle murmure un mot et le soupçon se confirme. Il ne s'agit pas d'un client facile, le message est compris. Sa réputation le devance: il ne touche pas. Ce n'est pas grave, elle ne craint pas de jouer en solitaire dans ce jeu des folies charnelles. Elle maitrise les règles et connait les multiples moyens d'atteindre un but. Un nouvel hochement de tête, on lui tend un mouchoir et elle éponge les quelques gouttelettes de sueurs qui parsèment sa peau dévoilée. Elle joue à la dame, s'évente et s'aventure enfin.

La porte grince à peine à son ouverture. Il est déjà là, avachi et presque offert à son bon vouloir. L'effervescence ne l'a pas encore quitté, elle glisse jusqu'au sommier, délaissant au passage les souliers qui enferment ses pieds. Le tissu se froisse, elle s'assoit, s'approche de ce corps étendu. Elle observe, note et admire les traits, plus beaux que le laissent suggérer les on-dit. Sur son visage parfait, elle ne note aucune fêlure si ce n'est la cicatrice qui met en valeur sa fossette et rehausse son intérêt. Il a le physique de l'éphèbe jusqu'ici.

A genoux, ses mains s'invitent sur le torse et savourent les formes suggérés sous la mince barrière en toile. Elle agrippe pourtant la chemise et attire le jouvenceau à elle. Son assise n'est pas assurée. Elle l'accule contre le mur en avançant vers lui à quatre pattes d'une démarche lente. Ses yeux le fouillent, elle y cherche l'assentiment et finalement rompt le contact. Les murs tremblent déjà des ébats alentour et quelques sons étouffés leur parviennent.

Avec flegme, elle dénoue les lacets de son corsage. Elle évite son regard, prend son temps, joue avec la corde, laisse peu à peu apparaître le bandeau de toile qui recouvre sa poitrine alors que le teint légèrement hâlé de son ventre se laisse envisager. Son effeuillage s'interrompt ici et ses paumes reposent sur les jupes massées entre eux. Ses lèvres s'entrouvrent, elle inspire doucement. Elle ne le pressera pas. Elle veut l'apprivoiser, lui plaire et le satisfaire.

Ses pupilles le cherchent, quémandent son verdict, attendent ses directives. Elle se montre patiente et laisse le silence se prolonger. Elle sait comme son accent peut être un tort en pareille démonstration. Elle ne maîtrise pas assez la langue pour jouer avec les mots et amadouer le mâle qui la dévisage. Un frisson la parcourt et la chair de poule la gagne alors que tout en elle s'enfièvre. Elle sait raviver les flammes les plus menues. Elle s'en persuade. Sa paume caresse la soie de ses bas et son buste s'avance d'une manière infime. C'est une invitation.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Ven 08 Avr 2011, 15:39



Les étoiles il ne les regarde plus jamais. Il avait prit cette habitude d’observer et d’apprendre les constellations et leurs mouvements au temps où son père était encore en vie. Parfois installé sur ses genoux, dans la chaleur réconfortante du giron du paternel. Il sentait sa grosse main posée sur son épaule, il se rappelait de la rugosité de sa peau parcheminée contre sa joue et de l’odeur de cire et de poussière dont il semblait être imprégné. Sieur Dinaflet n’avait jamais été un homme d’armes ou un aventurier, ce qu’il aimait par-dessus tout c’était la connaissance. Il passait des journées entières dans sa bibliothèque, penché sur des manuscrits qu’il décryptait avec minutie. Parfois il partageait ses découvertes avec son fils et bien que Madwyn ne comprenne pas la moitié de ce qui était dit il se sentait gonflé d’orgueil à l’idée d’être dans ses confidences. Puis il était mort. Si brutalement que le jeune sorcier s’était rebellé contre cette idée, il n’avait pu supporter d’être dépossédé de la chose la plus précieuse qu’il avait. Passant une main sur son visage pour chasser l’engourdissement qui le gagnait, Madwyn maudit la mauvaise bibine et la mélancolie qui l’accompagnait toujours. Il ne se laissait que rarement porter par ses souvenirs et la souffrance qui les accompagnaient. Il le regrettait toujours. Comme lorsqu’on se réveille avec une mauvaise gueule de bois et qu’on se promet de ne plus jamais boire. Pourtant on replonge toujours parce qu’avant la sensation nauséeuse et la douleur, il y a la douceur et l’abandon. Une part de bonheur.

Le plancher grince mais il rechigne à tourner la tête. De mémoire il parvient encore à nommer chaque étoile, se souvenant même du nom que son père avait donné à l’une en mémoire de sa femme. Madwyn fouille. Il scrute le tréfonds de son âme pour trouver un reste d’affection à son égard mais il n’y a que rancœur et colère. Il lui en veut mais n’est plus certain ce soir de savoir pourquoi. Il sait simplement que ça enfle en lui, que ça le rend fou, ça l’étouffe. Il tire sur le col de sa chemise, voulant se libérer de ce poids qui lui oppresse la poitrine. Puis soudain deux mains se calquent sur lui et apaisent sa respiration. Tiré vers le haut il a la sensation d’être brusquement arraché de son cauchemar. Il tangue encore, trouve l’appui de la tête de lit dans son dos et se détend quelque peu. Ce sont deux feux qui le désarme et le dévoile. Il a l’impression d’être disséqué. Les tripes à l’air. Elle connaît tout de lui.

Il passa sa langue sur ses lèvres desséchées. Elles ont le goût de houblon. Cela suffit à le calmer pendant un moment. Cette créature qui a fait une soudaine apparition devant lui a les attitudes d’un prédateur. Hagard il suit le jeu des lacets qui se dénouent. Sa peau a la couleur du miel. Il sait qu’elle doit paraître jolie aux autres. Il sait qu’à la vue de la rondeur de ses seins quelque chose devrait se réveiller en lui mais il ne perçoit rien. L’appétit est absent. Il chercherait presque ce moment où son corps se tendrait en réponse au sien. Il le provoque. Mais aussitôt une suée froide tombe sur ses épaules et ses muscles se contractent. Ce silence est une torture, il laisse l’extérieur s’inviter et prendre toute la place. Bientôt ce sont les sensations d’autres qu’il perçoit. Il est dans la peau d’un inconnu.

« Ca ira remets ça. » Il a glissé jusqu’au rebord du lit. Paupières closes il a levé une main autant pour se prémunir que pour préserver une once d’intimité à la jeune femme. Son visage tombe au creux de ses paumes. Il inspire furieusement jusqu’à être certain d’être bien à nouveau maître de ses pensées et de ses gestes. Il sait que sa voix a du paraître étrange, rauque, abîmée, habitée.

« Donne-moi de l’eau. »


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Ven 08 Avr 2011, 17:08

Il refuse et déjà ses épaules s'affaissent imperceptiblement. Elle ne s'attendait pas à une tâche aisée mais un tel détournement est un soufflet. Elle n'a pas pour habitude de susciter ce genre de réaction. Elle a connu la passion dévorante, l'indifférence polie qui précède l'abandon et parfois même la violence des dominateurs mais jamais encore elle n'a fait face à la répugnance. Un voile agite ses prunelles claires et elle réajuste sa tenue sans se donner la peine de lacer son ouverture. Il s'agit d'une chose trop contraignante pour qu'elle s'y attarde pour le moment.

Ses pieds retrouvent le vide alors qu'elle survole le sommier et se relève jusqu'à une petite table d'appoint. Une corbeille de fruits bien garnie y trône. Une carafe d'eau et une outre de vin se tiennent à proximité ainsi que trois verres de terre cuite. Elle n'aime pas boire dans le cristal. Sans un mot, elle s'empare de deux grains de raisin qu'elle savoure en catimini puis remplit un gobelet du liquide quémandé. Ses jupes trainent au sol alors qu'elle revient près de l'homme et lui tend la boisson. Elle guette le moindre indice de pas dans le couloir. Il contrarie ses plans.

Elle est la nouvelle tête de l'établissement. Certains habitués se souviennent de ses passages passés mais la plupart ignore ses services et ses qualités. Elle ne faillit pas. Une catin pirate ne connait pas l'échec, elles sont aptes à contenter les plus terribles mercenaires et lui, ce charmant brun fait ombrage à cette image et ses origines. Ses orteils se contractent sur le plancher et les mains enlacées derrière son dos, elle se balance légèrement d'avant et arrière, contrariée.

«  Un homme qui ne... consomme pas. » Elle s'interrompt et cherche la formulation adéquate. « .. est un homme qui fait jaser. »

Elle plante ses yeux dans les siens, sans laisser filtrer le moindre jugement et se répète la suite de son discours mentalement dans le secret espoir de ne pas trébucher sur ses phrases. Elle ne souhaite pas dé-crédibiliser le peu de ses paroles par l'écorchement de cette langue qu'elle ne maitrise pas encore naturellement. Cela lui revient mais les réflexes de son patois ne cessent de la tourmenter.

«  Impuissance... Amour des hommes... Peu m'importe. Je peux simuler. »

Elle n'attend pas son assentiment que déjà elle se rapproche des murs et s'y colle, paumes plaquées contre les tentures tendues. Elle se cambre et se mord les lèvres pour mieux feindre les gémissements doucereux d'un plaisir qui débute. Le silence se fait de l'autre côté et cela allume son regard d'une lueur satisfaite pendant que son manège se poursuit, elle répond à l'écho qui les environnent et se laisse porter par une cadence qu'elle connait par cœur.

Ses doigts serrent ses jupes et elles remontent leur ourlet pour les glisser dans le creux entre sa ceinture et sa hanche. Ses mollets se dévoilent et elle revient auprès de son spectateur dubitatif. Elle grimpe sur le lit. Le moelleux du matelas surprend un instant son équilibre avant qu'elle ne rétablisse son centre de gravité. Elle tend la main vers son assoiffé et lui adresse un sourire complice alors que quelques sauts révèlent son attention. Le grincement de la couche suffit à laisser croire à une étreinte passionnée.

Elle chute pourtant et lui impose le silence un doigt sur les lèvres alors que ses gémissement laissent place à des petits cris enthousiastes ainsi que de longs soupirs confus et autres manifestations lascives. Elle étire enfin les bras et se love dans les draps, son corps parfaitement maitrisé. Elle lui laisse la partie physique. Les yeux clos, elle n'a qu'à imaginer la scène pour se remémorer les notes de sa partition. Elle n'a pas choisi la plus déplaisante et se laisse porter par la mélodie d'un orgasme passé.

Sa poitrine se soulève dans l'imitation d'une respiration saccadée mais comblée et enfin, elle relâche la tension de son corps et laisse ses reins retrouver la moiteur du sommier sous sa peau. Elle pivote finalement et se positionne sur le ventre, ses jambes se balançant dans l'air. Elle ne cherche pas à avoir son avis sur sa prestation. Pas encore. Une pause est bénéfique pour chacun. Elle le comprend.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Dim 10 Avr 2011, 11:10



La terre a un goût de poussière contre ses lèvres. L’eau qui coule dans sa gorge ne semble pas pouvoir éteindre sa soif. Elle a le goût de la vase, comme si elle contenait le souvenir des terres qu’elle a traversées. Pourtant le liquide est limpide, frais sur la langue et glisse comme un rêve. Il tend les lèvres, aspire la dernière goutte qui s’attache encore au verre et sa langue est toujours faite de paille. Et soudain il sait que l’inconfort qu’il ressent ne pourra être si aisément dilué. Elle est de nouveau proche de lui et ses vêtements sont un voile trop léger pour le prémunir d’elle. A travers le tissu il sent la chaleur de son corps et l’odeur de ses cheveux a prit le pas sur tout le reste. Capiteuse, envoûtante, nauséeuse. Sa langue lèche le verre, à la recherche d’un vestige d’eau et ses doigts se contractent. Ses pupilles se rétractent et sa gorge se serre. L’air qu’il inspire n’est fait que de son parfum. Son regard tombe sur ses pieds à peine voilés par les plis de ses jupons. Ils sont hâlés, moins délicats que ceux d’autres femmes. Il trouve cela incongru, étrange, comme le reste de sa personne mais il n’a pas le temps de fouiller plus loin ses émotions.

Pour la première fois elle parle brisant la chape de plomb qui s’est installée dans la chambrette. Ses mots sont incisifs et justes. Sa voix a la saveur d’une contrée inconnue, son accent roule à son oreille mais il ne s’attache pas à ce détail pour l’instant. Il sait que son attitude pourrait commencer à soulever des questions si l’information venait à se relayer. Il sait que c’est une faute. Mais s’il est capable de singer mimiques et tons de voix, il ne peut pas aller contre sa nature. Il ne sait pas feindre les émotions aussi bien qu’un sculpteur capture les traits de son modèle. Il répugne à laisser cette part de son âme être dépossédée. Il n’appartient qu’à lui. Et il serait trop maladroit à faire démonstration de choses qu’il ne connaît pas. Il en a trop souvent été témoin pour ignorer le prix qui est à payer. La dissolution de son être. La perte de contrôle. Il ne peut que donner ce qu’il fait miroiter. Or il se sait imparfait à être aimé dans son entièreté. Il ne reste pas grand-chose de lui qui puisse être caressé, embrassé et admiré.

Son regard vacille dans celui de l’inconnue. Il pourrait offrir de la payer mais quel est le prix du silence pour une personne habituée à vendre son être ? Combien de pièces suffiraient à délier sa langue et rompre la promesse qu’elle lui aura faite pour quelques-unes de moins ? Il se détourne et un soupir gonfle sa poitrine qu’il retient au seuil de ses lèvres. Si elle avait raison, si c’était son corps ou son cœur qui le trahissait les choses seraient plus aisées. Doucement il laisse échapper l’air qu’il tenait prisonnier dans ses poumons quand elle se lève brusquement, charriant avec elle un millier de nouvelles odeurs.

Il lève un regard curieux vers sa silhouette qui se tord comme celle d’un félin. Elle devient indécence, feulement, sensation. Il n’est pas certain du résultat qu’elle veut obtenir jusqu’à ce qu’elle grimpe sur le lit et l’y invite à son tour. Un éclair passe dans son regard et il saisit la main qui lui est tendue. Ses premiers bonds sont maladroits, puis il s’envole, toujours plus vite, toujours plus haut. Son visage a l’air ravi du gamin qui déjoue le pouvoir parental. A ses pieds c’est sa joie qui s’étale, sa libération qui escalade sa conscience au rythme des soupirs qu’elle exhale jusqu’à ce qu’il perde toute notion de la force qui l’attire à terre et qu’elle perde son souffle.

Sa respiration est erratique alors qu’il descend du lit et remets de l’ordre dans la broussaille de ses cheveux. Il ne pensait pas rencontrer un esprit intelligent entre ces murs et sa surprise est d’autant plus grande qu’elle ne semble demander aucun bien en retour. Il sait pourtant qu’elle avait l’ascendant sur lui et qu’elle aurait bien pu monnayer ce qu’elle voulait.

« Ton accent est étrange. Tu ne viens pas d’ici. » Constate-t-il en s’asseyant à nouveau sur le rebord du lit. D’une main il rabaisse les jupons qui remontent trop haut sur ses cuisses.

« Que fais-tu là ? »


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Dim 10 Avr 2011, 16:30

Dans son corps tout entier cogne encore la précipitation de ses exercices vocaux. L'adrénaline coule toujours dans ses veines et sur ses joues trainent un vestige de rougeur. Elle porte une main à son front et évalue la chaleur qui agrémente sa peau et la laisse encore tremblante. La pièce est étouffante. Cathairfàl n'est pas une ville côtière et la brise marine lui manque cruellement tout d'un coup. Elle ne dispose pas d'ouverture dans cette pièce et elle ne peut encore quitter la chambre sans mettre la puce aux oreilles des autres. L'heure n'est pas écoulée, elle se doit de maintenir son service et lui, ce type qu'elle ne regarde même pas, doit songer à combler le temps d'une manière comme d'une autre. Elle sent une goutte de sueur couler le long de sa colonne jusqu'à sa chute de reins et elle se tamponne les joues pour en chasser toute forme d'humidité.

Sa voix à lui, s'élève, calme et badine à souhait. Ce naturel l'interpèle et un sourire éclot sur son visage. Déjà, ses doigts tirent un peu sur ses jupes et aussitôt elle comprend qu'il est toujours indisposé à jouer le rôle qu'on lui destinait. Ses lèvres se pincent et elle se décide à se retourner pour l'observer. Elle se tient sur ses coudes, replie volontairement une jambe pour dévoiler une partie de sa cuisse qu'il s'évertue si bien à masquer à son regard. Una n'a pas honte de son corps et elle n'accepte pas que la gêne se propage à autrui. Elle ne cherche pas à le mettre mal à l'aise, simplement à établir les limites de son pouvoir sur son corps. Sa tête s'incline un peu et ses mèches dégringolent sur son épaule alors qu'elle scrute cet homme qui lui semble si prompt à choisir ce qu'il convient ou non. Elle n'a pas loupé les expressions qui se peignaient sur ses traits tandis qu'elle jouait à la maitresse comblée.

«  Je satisfais des hommes. »

Elle rit soudainement et hausse les épaules avant de ramener ses genoux contre elle et de poser son menton sur ses bras. C'est une question idiote. On ne la paye pas pour raconter sa vie. Ses rivages lui manquent déjà. La mer est son élément et la perdre de vue lui paraît être une menace pour sa survie. Que veut-il apprendre ? Elle l'ignore. Elle n'a pas la fibre de la ménestrelle en elle. Souplement elle quitte le lit et va chercher la corbeille de fruits qu'elle vient poser entre eux alors qu'elle reprend place. Elle se saisit d'un grain de raisin qu'elle époussète et se reprend.

« Je suis en quête. »

Elle prend le parti de ne pas préciser ce fait. Elle ne restera pas toujours en ville, les alentours doivent être explorer mais avant cela, elle se doit de rejoindre le Pálás dearthóirí. Il est son objectif premier. Elle perd un peu de sa superbe en se laissant submerger par quelques pensées morbides et chasse vite son expression morose en croquant dans le fruit. Le jus coule un peu sur ses lèvres et elle essuie gauchement la trace de sa gourmandise. Elle n'a pas l'habitude d'avoir tant de denrées à portée. La nourriture des îles pirates dépend en grande partie des négoces et des raids effectués. Il n'existe pas vraiment de régime établi et les fruits se faisaient rares dernièrement. Naturellement, il ne manquait jamais de tonneaux de pommes, principale alimentation sur un navire, mais sa préférence va à cette grappe qu'elle décortique patiemment.

«Je suis née dans une île de Darya. »

La phrase détonne presque dans sa bouche tant son accent se fait discret à présent. Cette phrase semble avoir souvent été répété. Elle est assimilée et elle-même à conscience du changement que cela opère. Sa voix lui paraît moins brute et sèche, la mélodie se fait plus harmonieuse et la satisfaction fait pétiller son regard autant que l'alcool qui parcourt encore son organisme. Dans un soupire, elle se laisse retomber contre le sommier et joue avec le collier qui s'est collée à sa poitrine. Une vague de nostalgie la saisit. Le plafond manque d'étoile à son goût et le lit ne tangue pas suffisamment pour feindre le roulis d'un bateau. Elle se laisse portée pourtant et murmure avec un fatalisme presque trop criant:

«  Cathairfàl m'étouffe. »

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 16 Avr 2011, 16:21



Ses regards désarçonnent le sorcier. Elle a cette façon de le fouiller de ses prunelles et cela fait fondre toute l’assurance qu’il se targue de posséder. Alors qu’il avait mis de l’ordre dans sa tenue ses jupons ont virevolté de nouveau et elle laisse apparaître une jambe galbée libre des artifices de la soie. Est-elle belle ? Madwyn s’interroge un instant sur cette étrange question qui vient de faire irruption dans son esprit. Il la décortique, en soupèse chaque syllabe, analyse les mots un à un puis le tout qu’ils forment et ne parvient à aucune conclusion. En la manière son opinion est forgée par celle des autres. Il observe comment les regards caressent une silhouette et il sait alors quel doit être son jugement. Mais cela n’a jamais fait vibrer son être. C’est presque mécanique. Pareil au forgeron qui tord le fer selon la demande qui lui a été faite. Pour l’heure il est seul avec ses questions et que les réponses lui échappe cela le met mal à l’aise. Son regard revient à son visage et il la découvre en train de le détailler minutieusement. Et elle que voit-elle ? A part un gamin à l’allure dégingandée ? Une moitié d’homme ?

Sa joue trésaille quand elle répond enfin et ses lèvres s’étirent en un sourire sans joie. Il ne sait pourquoi mais déjà il ne veut pas la réduire à cette simple image. Parce qu’elle l’a sauvé ? Il rejette farouchement cette idée de ses pensées et se ferme à son rire. Ce qui le dérange c’est qu’il a l’impression de lui ressembler. Lui aussi fait commerce de sa personne. Il offre une illusion. Il joue un jeu. Il paraît. Il est pantin parmi les sots. Parfois il se surprend lui-même à feindre les choses dont il ne sait rien et qui ne savent pas attiser sa curiosité. Pas assez pour qu’il veuille les ressentir. Juste pour qu’il puisse les jouer. Ce n’est pas de la réserve, juste l’ignorance de ce que cela pourrait lui apporter. Il se trouve bien comme il est. Il n’a besoin de plus.

Elle se lève encore et il se dit qu’elle doit avoir un problème à gigoter ainsi et ne pas être capable de tenir deux minutes en place. Puis il se dit, quand elle parle à nouveau que cela était peut-être pour dissimuler un trouble naissant. Il retient presque son souffle quand la vérité se dessine. Une quête. Il savait bien qu’elle n’était pas une simple catin. Il a vu l’intelligence qui brille au fond de ses prunelles. Et ce petit quelque chose qui la perd. Plus sûrement à cette seconde, quand son regard dérive vers un passé qu’il ne connaît pas. C’est ce qui de loin chez elle l’intéresse le plus. Il aime à mesurer les failles des autres aux siennes, comblant ainsi le trou béant qu’il abrite. Il prend une pomme, et elle roule entre ses doigts mais jamais il ne la croque. Ses doigts courent sur le fruit comme les pattes d’une araignée. Tout chez lui suggère la faiblesse et cette fausse apparence lui est souvent d’une grande aide, parfois seulement elle le perd.

« Daria… Je ne connais rien de là-bas. D’étranges rumeurs courent sur ces îles. » Comme il imagine que la réciproque est vrai lorsqu’on en vient aux terres de Lanriel. Ce n’est qu’une de ses phrases qu’on lance pour amorcer la conversation. Il se doute bien qu’elle ne lui livrera pas ses secrets comme ça, mais il sait aussi que certaines vérités importantes se nichent dans les détails.

« Oui je me doute qu’après avoir traversé le globe il n’y a rien de bien palpitant à se réveiller ici tous les matins. Entre quatre murs… Toujours les mêmes gestes… Les mêmes visages… » Lui aussi a assez de cette immobilité. Toute en lui bouillonne, trépigne, renâcle devant l’usure de l’habitude. Il regrette parfois que l’attente soit une si douce alliée.

« Qu’est-ce qui te retiens ? »


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 16 Avr 2011, 17:59

Ses doigts caressent le bois de son pendentif. Le croissant se fait doux sous sa peau. Il est parfaitement poli, presque trop parfait et pourtant elle sent cette imperfection qui achève sa pointe et heurte son ongle. Elle gratte cette aspérité, songeuse, trop obnubilée par le souvenir que cela éveille chez elle. Una n'aime pas les choses trop lisses, elle recherche les défauts qui façonnent les êtres et les éveillent au monde. Son île en possède bien trop, innombrables au point de susciter mille rumeurs et tout autant de rêves d'exploration. Ils sont nombreux les aventuriers à vouloir fouler les rivages maudits des pirates. Ce n'est pas tant le lieu qui les intéresse mais l'atmosphère qu'il dégage. Elle aime à penser que cette aura s'est propagée à ses habitants et puis, l'idée la tiraille, l'indispose et la laisse assez sotte pour la cantonner à ses espoirs perdus. Elle ne sait si la discrétion est préférable mais elle choisit naturellement de s'y complaire plutôt que s'en défaire.

«  Et que... que crois-tu, toi ? »

Son souffle se meurt sur le dernier mot alors que déjà son esprit s'éparpille vers les suppositions les plus farfelues. Elle ne sait pas pourquoi son opinion compte. Il est différent mais cela ne signifie pas que son avis sur ses tendres île soit beaucoup plus divergent que celui de ses compatriotes. Pourtant cette possibilité l'interpèle assez pour oser orienter leur conversation à ce propos. Elle inspire doucement et abandonne son collier pour laisser sa main joueuse se poser sur sa gorge qu'elle rafraichit par son menu contact. Son sang n'a jamais circulé parfaitement jusqu'au bout de ses doigts. Ils restent anormalement froids. Certains apprécient le frisson qu'ils procurent et d'autres s'irritent de cette chaleur qu'ils ne savent propager totalement à la femme. Elle imagine parfois que c'est une façon qu'a son cœur de se refuser à céder aussi pleinement que son corps.

Elle humecte ses lèvres, sent sa peau tirer sur les ridules que le sel a su former sur sa bouche à force d'années et reste pensive, pleinement consciente des interrogations qu'elle soulève. Il est trop tôt pour se lasser déjà des rencontres et des lieux. Elle aime les différents endroits du monde. A sa manière, elle pense aimer Cathairfàl et peut-être un jour arrivera t-elle à partager ce sentiment sans donner l'impression de le feindre. La vérité est que le mal du pays la gagne et la coupe déjà des plaisirs terrestres. C'est une sensation qui va et qui vient, qui s'établit et se retire comme des vagues savent le faire. L'écume comblera les trous et aplatira le sable qui constitue son inquiétude. Pour l'heure, elle s'en accommode.

«  Argent, nourriture, gens. »

Elle clôt ses paupières et revoit les lacunes de sa liste. Elle ne dispose pas d'assez de ressources pour se risquer ainsi, tête baissée, à l'aventure. Elle n'est pas dans l'urgence. Elle peut se permettre cette interlude citadine. Pour l'heure, il n'est question que de bien faire ce pour quoi on lui offre son hospitalité. Elle étire ses bras au-dessus de sa tête et tend son corps pour en chasser l'engourdissement furtif qui la saisit. Ses pieds chassent les draps de quelques centimètres vers le pied du lit. La corbeille de fruits tangue et déverse une partie de son contenu sur le sommier. Elle râle à peine à ce constat et rétablit l'équilibre de l'ensemble du bout des doigts. Elle se tient sur le flanc maintenant et dessine sur le tissu de toile des lignes imaginaires. Elle sait le chemin qui lui faudra emprunter, elle n'appréhende plus depuis longtemps les obstacles qui se dresseront sur sa route et elle se laisse porter par l'impatience qui l'agite à cette confrontation à venir. On la juge imprudente, elle se croit simplement étrangère à la moindre crainte.

Son regard quitte son œuvre fictive et ses prunelles confrontent le jeune homme. Il n'a pas quitté sa place jusqu'ici et ne semble oser prendre ses aises. La pomme qu'il maintient ne semble être qu'une chose bonne à garder entre ses mains. Le fruit ne sert même pas à fuir le désir de parcourir les formes d'une silhouette, il est incroyablement... absent. Una le dévisage et note bien la chaleur que son être propage mais elle ne sait si cela signifie vraiment quelque chose chez ce spécimen. L'apparition de son défunt amour lui semble soudainement plus tangible que cet originaire de Lanriel. Ses sourcils se froncent. Sa langue claque discrètement contre son palais et la question jaillit de ses lèvres avant même qu'elle ne songe à la prononcer.

«  Qui es-tu ? »

Elle tressaille soudainement quand la réalité la rattrape et la panique la taraude un court instant. Elle est déplacée. Ses doigts se referment sur le matelas alors qu'elle aimerait griffer son corps pour mieux se punir de la promptitude à l'indiscrétion qu'elle vient de manifester. L'échange complet n'est pas de mise dans pareille institution. Son corps s'agite finalement et elle reprend, le ton faible.

« Pardon. Ça pas me regarder. »

Sa tête retombe contre les dossiers et ses paumes accueillent son visage pour un maigre réconfort alors que ses lèvres subissent la morsure de l'inconfort comme digne sentence. Il fuira. Elle s'en doute. Elle a fait le pas de trop.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Mar 19 Avr 2011, 10:13


Ce qu’il en pense ? Madwyn hausse les épaules et sa poitrine se gonfle d’un souffle inutile. Les îles de Daria ne sont qu’une vague idée pour sa personne. Sa quête effrénée de la magie l’a poussé à fouiller les terres qui l’entourent mais jamais encore il ne s’est penché sur le cas de ces étranges contrées. Trop loin. Trop difficiles à saisir. Les récits divergent trop d’une personne à une autre pour qu’il puisse s’en faire une idée fixe et cette inconstance l’agace. Il veut lui-même aller éventrer les secrets de ces terres, fouler de ses pas la vérité. En attendant il s’adapte à l’opinion de ses interlocuteurs. Si un marchand crache son mépris sur Daria, il fronce le nez et hoche la tête en signe d’assentiment. Si au contraire on lui narre de fantastiques aventures il écarquille les yeux, comme émerveillé. Il parvient même parfois à faire monter le rouge à ses joues, comme si de telles découvertes excitaient son imagination et son goût pour l’aventure. Avec la prostituée il ne pourrait pas feindre, il pressent qu’elle dénicherait le moindre mensonge dans ses propos.

« Je n’en sais rien. Je n’y ai jamais mis une botte. » Concède-t-il du bout des lèvres. « Je préfère voir les choses de mes yeux avant d’y croire. » Et il clôt ainsi la conversation sur le sujet, jugeant que la jeune femme qui se prélasse à ses côtés a bien plus d’intérêt que des terres qu’il ne visitera probablement jamais.

Reportant son attention sur la pomme qu’il tient entre ses doigts alors que le silence s’installe, il en examine la surface lisse et brillante qui couine sous la pulpe de ses doigts. Enfin son index bute sur un trou minuscule, à peine le diamètre d’un brin de paille et le sorcier sourit. Confortablement logé dans les galeries qu’il a creusées dans la pulpe du fruit, le vers qui s’y cache se replet de sa félonie. Le fruit qui a l’air intact, est marqué, et tout entier à lui. Grâce à Una, il demeure intact lui aussi. Une image sans heurt et aspérité. Une absence d’interrogations. Le fruit roule contre sa paume et il referme le poing dessus. L’énergie se concentre au creux de sa main et d’une pulsation vorace elle pénètre le fruit, parcourt les couloirs laborieusement creusés et se heurte enfin à une masse gélatineuse et repue. Pas un tressaillement du ver alors qu’il se disloque. Le regard de Madwyn en revanche s’est allumé d’une lueur satisfaite.

« Ca paraît logique, ce sont souvent les éléments matériels qui constituent le plus gros obstacle. » Lui en sait quelque chose, s’il n’était question que de volonté sa quête serait achevée depuis bien longtemps. Après quoi courait-il ? se demande-t-il alors fugitivement avant de repousser ces interrogations maussades hors de son esprit. Inutile se spéculer. A côté la prostituée s’étire comme un chat et se perd dans ses pensées. Madwyn lui se tient toujours sur une extrémité du lit. Elle l’intimide toujours autant et pourtant elle ne fait rien pour en jouer. Elle est d’un naturel désarmant. Rien n’est apprêté chez elle, elle possède presque encore les mimiques de l’enfance et pourtant elle est terriblement femme. Cette dualité l’amuse, l’interroge et le laisse désarmé. Il ne sait comment se comporter autour d’elle.

Et elle ne le ménage pas. Bloquant son souffle entre ses lèvres, il est saisit par sa brusque question et ce qu’elle semble sous-entendre. Seulement sa crainte ne dure pas, car son malaise est transmis à sa compagne qui perd son aisance avec la langue et se renfrogne presque aussitôt. Il pourrait s’en sentir soulagé, mais il ressent ce pacte tracé entre eux par le destin. Noué dés qu’il a franchit le pas de cette porte et qu’elle a posé ses yeux sur lui.

« Je ne suis personne. » Souffle-t-il, étonné lui-même quand les mots se forment dans sa bouche. « Un fantôme. » La pomme tourne doucement dans sa paume avant de s’élever dans les airs puis de retomber dans sa main. Puis il la lance à nouveau, pensif, et la laisser léviter sous son nez. Qui est-il ? Un démon ? Un fou. Un optimiste. Tout en continuant à jouer avec le fruit il se laisse tomber contre la tête du lit, ses jambes étalées de tout leur long et croisées au niveau de ses chevilles.

« Quelle importance ? »


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Dernière édition par Madwyn Dinaflet le Mer 04 Mai 2011, 06:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Jeu 28 Avr 2011, 16:10

Les doigts s'écartent sur les paupières, une pupille bleue apparaît, volète d'un coin de la pièce à l'autre, s'éteint, se ranime et papillonne encore avant de se complaire dans l'obscurité des mains. Il ne réagit pas comme convenu. Il continue à l'étonner et elle ne sait si cela lui plait ou non. Le matelas s'affaisse un peu quand il daigne enfin s'y installer de tout son long et sa promiscuité lui apparaît tout à la fois rassurante et dérangeante. Il ne sait pas ce qu'il dit. Elle connait les spectres pour les côtoyer depuis des lunes et elle ne peut décemment le rentrer dans cette caste. Il est bien trop tangible...

Il est ce vers quoi elle aimerait tendre son pouvoir. Un toucher envisageable. Une présence inaccessible qui peut pourtant bousculer son monde. Elle ne peut vaincre la mort mais elle s'efforce de vaincre l'absence. Elle connait les fantômes... Elle n'en doute pas. Ils sont le creux dans une poitrine, le frisson qui glisse le long de l'échine, l'éternelle complainte et le baume sur la placide existence. Le froid la gagne et elle ressent la légère crispation de sa mâchoire. Sa gorge lui semble si sèche et elle se félicite soudain d'avoir laissé trainer sur son visage ses doigts qui dissimulent si aisément le malaise qui l'enveloppe. Elle inspire, suspend l'action, relâche son souffle et sa main rabat sa chevelure sur le côté. Ses joues ont perdu un peu de leur rougeur. Il malmène sa douleur. Il ne sait rien et elle se surprend à croire qu'il sait tout, qu'il est l'une de ces âmes voguant au gré des évènements. Navire sans attaches se pliant aux volontés de l'océan... La dérive menace.

Una déglutit. Elle n'ose faire de nouveau face à ce regard qui charrie ses certitudes, comme lui fait perdre sa contenance et ses repères. Elle se cantonne à fixer ce plafond ô combien fascinant, à se répéter sa question comme cap à tenir, à reprendre le contrôle de la barre et à se laisser glisser jusqu'au point fixé. Sa respiration s'apaise un peu, elle imagine la brise marine qui fouetterait sa peau et elle s'empare de la dernière note de miel qui persiste sur ses lèvres. L'esprit s'évade, le corps est délesté et tout semble à portée. Il lui suffit de deux minutes, deux minutes où l'ancre qui la retient à la réalité racle le sol sans trouver l'accroche nécessaire au fatal rappel et finalement l'ancre heurte, grince et maintient. L'enveloppe bascule et Una obtempère. Sa masse se déplace, elle pivote et immobile, sur le flanc, elle réfléchit.

«  Qui sait ? »

Una ne possède pas la réponse à sa question. A ses yeux, l'importance ne s'établit pas à l'instant présent. Elle ne se révèle qu'à la présence d'un tout. Passé, présent, futur, un élément seul ne peut suffire... A t-elle face à elle un fantôme, un homme ou un héros ? Elle l'ignore. Sa tête roule un peu sur ses épaules alors qu'elle détend son cou et puis elle se maintient sur son coude, ses iris captivés par les mouvements de la pomme. La cadence régulière rythme ses battements de cœur et peut-être se sent-elle un peu féline à lorgner ainsi sur le fruit comme le ferait un quadrupède avec sa proie. Elle s'en saisit subitement à son nouveau saut et sur son visage éclot un sourire satisfait. Ses réflexes ne sont pas mauvais. Elle ramène ses jupes contre elle, prenant soin de ne pas trop en dévoiler pour ne pas effaroucher davantage son client et se tient en tailleur contre sa cuisse. Sa main se tend pour lui rendre la paume dans un mouvement lent et déployé, presque altier mais dont l'exagération n'est là que pour lui laisser le temps de chercher la formulation de sa pensée.

«  Je devrais être jalouse. Être...délaissée pour un fruit. »

Le mot est juste et elle s'en amuse. Elle peut jouer, elle aussi. S'ils ne peuvent discuter sans susciter l'inconfort de l'un ou de l'autre, peut-être peuvent-il seulement se complaire dans le mutisme d'un échange consenti. Ses yeux le dardent avec malice et tombent sur le fruit, qu'une légère impulsion suffit à faire bondir de son support. Il atterrit mollement contre l'estomac de Madwyn et elle esquisse un air faussement contrit.

«  Pas fantôme alors... »

Elle hausse les épaules et entraine une de ses mèches derrière le refuge d'une oreille. Il ne passe pas les murs, c'est un fait. Ses paumes patientent dans le creux de sa jupe et d'un léger mouvement de menton, elle indique son impatience à débuter la seconde manche. Elle s'en accommodera.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Mer 04 Mai 2011, 06:52



Son ton fataliste sembla le poursuivre et vibrer étrangement en son être. Les mots avaient échappés à sa vigilance et il se sentait soudain bien maladroit. Il était d’autant plus mortifié que depuis qu’il avait décidé d’opposer un masque de feinte amabilité en toute circonstance il n’avait jamais faillit. Certes on lui avait déjà fait la remarque qu’il était étrange mais on trouvait bien facile d’imputer ça à sa nature de sorcier plutôt qu’à un caractère retord et une âme bouillante de ressentiments. Il pressentait combien les couches des putains étaient donc un lieu dangereux sous leur apparat de feinte intimité. Il grimaça devant les secrets dont elles devaient se savoir maître et s’avisa que cette étrangère à la nature sauvage en savait déjà bien assez sur lui. Aussi haussa-t-il les épaules à son interrogation, signifiant par là que la conversation n’avait guère d’intérêt pour lui. Il voulait donner à ses paroles l’apparence de coquilles vides. Il ne voyait pas que son attitude avait plongé la pirate dans l’incertitude et qu’elle ne savait par quel bout le prendre.

La pomme voleta une nouvelle fois dans les airs et il ouvrit la pomme de sa main pour y recueillir le fruit avec la même régularité qu’auparavant mais elle le saisit au vol et il fit face à son sourire satisfait. A coup sûr la vie passée dans les îles avait considérablement ajouté au bagage de la jeune femme et il ne pouvait la considérer comme une simple putain. Il trouvait de plus en plus étrange qu’une femme de son intelligence se soumette à une si basse besogne mais bien vite s’imposa à lui qu’il n’existait pas des milliers de façon pour une mignonne en jupettes pour remplir ses poches. Il eut un remerciement rapide pour la déesse Eydis qui l’avait doté d’un attribut masculin, réduisant ainsi la douleur de sa naissance déjà hasardeuse. Que son ventre fécond en soit remercié. Un sourire étira ses lèvres et il tourna sa mine de chat vers Una.

« Sois satisfaite que mon attention puisse être détournée par une chose si simple. »

Le fruit roula et vint se heurter contre lui avec mollesse. Effectivement il n’était pas fait de la matière des songes qui créait les spectres. Il ne s’en sentait pas moins incomplet. Son corps trop petit pour ses ambitions mettait à mal son humeur. Trop souvent il était prit pour un gamin alors que dans son être bouillait la rage d’un homme. D’un sorcier. Il étendit la main au dessus du fruit, trois doigts dépliés pour enrober sa rondeur et sans l’effleurer il effectua une torsion du poignet. Sous son impulsion le fruit se balança dans les airs puis retrouva le confort de sa corbeille. Ses paupières réduites à deux fentes s’ouvrirent sur des prunelles ou dansaient encore des volutes ambres qui s’évanouirent pour ne laisser place qu’à la couleur bleue de son regard, pareille au ciel ces derniers jours, glacé et terne. La magie qui avait couru dans ses veines avait pourtant fait naître un sourire sur ses lèvres. De nouveau sa main s’éleva et le lacet lâche du corset de la pirate se noua à la hâte.

« Et puis ta jalousie est inutile femme de Daria. Tu as éveillé mon intérêt mais pas pour la tâche qui te nourrit. Je voudrais connaître le nom de celle qui m’épargne la fuite face à mes… amuseurs. »
Décréta-t-il l’humeur soudain à la plaisanterie.

« Je veux que tu me racontes Daria. » Ajouta-t-il, l’œil brillant de curiosité.

Ce singulier petit bout de femme venait d’éveiller son attention quant à ces contrées reculées. Quels étaient dont les mystères de ces îles si de leur ventre naissaient des êtres tels que l’incroyable brunette. Sa quête. Voilà quelque chose qui était lui aussi unique et pour le moins remarquable. Le plus insignifiant des quidams ne se chargeait pas d’une telle tâche. Plus étrange encore, il n’en gardait pas si bien le secret. Car il avait été certain, au moment où elle l’avait évoquée, qu’elle garderait le secret sur la mission qu’elle s’était confiée. Or il n’y avait rien de plus amusant que ce que les gens cherchaient à cacher.


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Jeu 05 Mai 2011, 10:14

Être satisfaite... L'indication la rendait sceptique. Il n'était pas homme à aimer les femmes. Du moins, il n'était pas homme à folâtrer avec les catins et maintenant, son inclinaison se précisait pour les inanimés. En un certain point, ils se ressemblaient... Ses paroles laissaient-elles alors entendre une menace ? Si monsieur abdiquait face à des pulsions masculines et naturelles, cela signifierait-il qu'il l'userait ou n'est-ce que présomption ? Peut-être comptait-il la tuer... Une ligne rouge sur une gorge, un souffle qui s'estompe, une poupée désarticulée, un objet inanimé. Elle ne serait plus que pomme...

Pomme qui roule, pomme qui vole, pomme qui frôle. Le cœur se précipite, les battements s'affolent, les yeux s'agrandissent d'effroi et le mutisme l'enveloppe. Sa voix se fait victime du sort. Le sang quitte ses joues, ses paumes, ses pieds, et elle le sent presque ce sang qui converge vers son cœur pour le ranimer. Un soubresaut la saisit. Les doigts invisibles nouent. Ses muscles se tendent, elle se raidit et recule jusqu'au pied du lit contre lequel son bassin bute. Son regard dévie à peine pour en prendre connaissance car il se reporte aussitôt sur lui, le sorcier. Dans ses pupilles dansent la flamme de la magie, l'or de son inquiétude. Les mots lui manquent. La bouche est sèche, la frustration immense. Le soufflet cuisant.

Il impose ses règles et la soumet, elle qui se fait chatte ronronnante pour qui veut bien s'y laisser prendre. Il l'étouffe lui et sa pudeur ! Una refuse l'asphyxie et lui, le misérable magicien, se gausse de sa condition pour mieux l'humilier. Elle n'a jamais compris jusqu'ici l'antipathie qui nait parfois entre sorcier et dessinateur mais à cet instant, la compréhension l'assomme. Si les uns décrivent le don des autres comme un outrage à la nature, Una voit dans leur pouvoir l'indécence et l'orgueil démesuré. De quel droit se permet-il de jouer avec ses libertés ? De quel droit se permet-il de la placer au même niveau qu'une chose sans âme dont il peut se jouer à volonté ?

Ses nerfs se tordent. Son ventre se contracte. Sa propre question la déstabilise. N'a t-elle pas songé il y a quelques instants à ce rôle, ne l'a t-elle pas quémandé d'une certaine façon ? Ses doigts se décrispent sur les draps et sa tourmente l'emporte. Elle reprend place vers lui, sa mâchoire plus que crispée, son crâne abruti par le martèlement de son cœur. Elle n'a pas à juger ses actes mais son action manque d'équité. Sa voix siffle presque quand elle prononce les mots qu'elle a murement pesés et réfléchis.

« Ne refais plus ça. Si je ne te touche pas. Toi, ne me touches pas. »

Elle ne veut pas être une pomme. Ce n'est pas amusant, juste dégradant. Elle pivote. L'éclat d'ambre dans les yeux de l'homme ne s'est pas totalement dissipé. De profil, elle le voit moins et puis la corbeille de fruits est plus accessible. Sa respiration s'apaise peu à peu. Elle lorgne rapidement sur le nœud dont elle s'est vue affublée et peste silencieusement. Se rend-il compte de la difficulté qu'elle aura à dénouer une chose pareille ? Ses dents se serrent, sa lèvre inférieure frémit sous sa moue et prenant sur elle, elle obtempère.

«  Je suis Una. »

Le prénom semble creux tout seul et non soutenu par son nom de famille mais elle n'a pas envie de le préciser. Il n'en a pas besoin. Elle-même s'en décharge quand sa porte se referme sur un nouvel homme. Ici, ce n'est qu'Una. Dehors, Una s'affranchit et s'affermit. Un nouveau grain de raisin. Une nouvelle chance. Ses couleurs reviennent à l'annonce de ses rivages. Elle réajuste sa position pour lui faire face. Son esprit s'évade vers là-bas. Elle ne peut lui faire part des côtes pirates, des sons qui l'ont bercé, des personnes qui l'ont encadré, ni même des noirceurs d'âme qui l'ont nourri et l'ont façonné. Il est étranger à tout cela. Évoquer les îles marchandes ne seraient qu'une piètre consolation. Elles n'ont pas la saveur de la piraterie...

«  Darya se raconte pas. Darya se vit . »

Il s'agit d'une vérité élémentaire. Le ton est fervent, les yeux mutins et tournés vers ses souvenirs mais elle n'en démordra pas. On ne peut conter l'océan comme on conte une terre (aussi vaste et riches de mythes soit-elle.). Égaillée, elle se lève et va farfouiller dans un tiroir avant de déposer une carte de sa confection sur le matelas. Naturellement, ne figure pas dessus le moyen de parvenir à sa terre natale. Seuls les pirates y sont admis mais Madwyn dispose maintenant d'une vue globale sur l'étendue bleutée.

«  Tiens. Tu sauras comment. »

Debout, ses jambes se croisent tandis que son gros orteil vient gratter sa cheville. Ses mains s'arriment à ses hanches et Una tourne le visage vers la porte et les bruits du couloir. Quelques éclats se font percevoir au-delà. Elle sourit pour elle. Au moins, les amis de son effarouché ne manquent-ils pas d'entrain, eux.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Lun 09 Mai 2011, 11:59


N’aurait-il pas du le prévoir ? Le regard de la jeune femme n’est plus que colère et inquiétude et sous le feu de ses prunelles il se sentit même maladroit. Il avait vu son brusque mouvement de recul et il y avait vu là la même peur stupide qui animait ses professeurs et mentors autrefois. Son geste avait été innocent, traduisant simplement la gêne qu’il éprouvait et le respect qu’il voulait lui témoigner et elle rejetait tout en bloc, le laissant mal à l’aise. Acide elle avait mit tout le poids de sa colère dans ses mots et il avait vu là une parfaite animosité. Si bien qu’il se raidit ostensiblement, le tracé de ses joues se creusant alors que son regard devenait plus distant. Il n’aimait pas être prit à défaut, encore moins lorsque ses attentions n’étaient pas dictées par son mauvais caractère. Il ne prit même pas la peine de la corriger. En vérité elle représentait un mystère pour lui, elle aurait cent fois préféré qu’il lui arrache son jupon et la culbute sans préambule plutôt qu’il lui porte la moindre marque de déférence. Il avait cru qu’elle pourrait se sentir flattée de n’être point vue comme une paire de cuisses prête à s’ouvrir mais elle semblait ne vouloir se définir que par cette tâche.

Haussant les épaules pour marquer qu’il avait saisit le sens de son message il détourna le regard alors qu’elle se mettait à nouveau à grignoter. Il nota l’emploi de son prénom seul, mesurant de nouveau le fossé qui se creusait. C’était une expérience nouvelle pour lui de voir qu’on avait du ressentiment à son égard alors qu’il n’avait provoqué aucune douleur. Il ne sait même pas si elle lui fait la grâce de lui donner son véritable prénom ou si elle lui sert la réponse sucrée de chaque pute pour tenir son payeur à distance. Il les trouve parfois affublées d’une distance bien trompeuse. Soudain la pièce lui sembla trop exiguë, et le manque d’air flagrant. Le bordel se chauffait des activités lubriques de ses clients et il y régnait une lourdeur qu’il aurait pu touchée du doigt.

Puis elle lui opposa une nouvelle rebuffade et il se demandait à quoi peut bien rimer cette conversation. Il n’y a rien qui puisse échapper aux mots. Aucune terre qui ne puisse se soustraire aux récits creusant ses mystères. Elle lui refusait simplement la connaissance et il se demandait si cela avait un lien avec la répulsion qu’elle avait éprouvée au contact de la magie. Si seulement, se dit-il, alors qu’un sourire sombre fleurissait dans son esprit, elle savait que ses mains avaient bien plus souvent fait le mal que sa magie, quelles seraient donc ses réactions ? Voudrait-elle toujours être touchée par un corps honni ? La mine assombrie il suivit sa silhouette dansante qui traversait la chambre. Il lui trouvait un charme désuet parce qu’elle marchait comme si le sol sous la plante de ses pieds se mouvait. Etrange, convint-il enfin. Elle était étrange.

La carte se déroula sous ses yeux et il admira aussitôt la finesse du travail exécuté. La personne qui avait tracé ces traits avait beaucoup de talent et une connaissance impeccable de l’endroit qu’elle voulait représenter. Il y avait une foule de détails surprenants dans cette carte et elle devait être vendue une fortune. Pour autant elle ne lui donnait rien qu’une succession d’île à la végétation fantasque. Des points de couleur sur un papier épais, fait pour résister aux voyages. Daria à ses yeux ne prendrait jamais vie. Elles resteraient à jamais comme quelque chose aux limites de son esprit.

« Elles sont d’une facture admirable pour celui qui veut voyager. Pour moi ce n’est qu’un bout de papier sans intérêt. » Il repoussa les cartes d’un geste et sa joue tomba dans le creux de sa paume alors que son coude s’appuyait sur ses jambes croisées. Tout cela commençait à l’ennuyer et il ne trouvait pas de raison suffisante pour soutenir davantage la conversation. Il avait cru qu’elle était une exception amusante mais elle n’était qu’une putain comme une autre.

« Fais donc porter un vin meilleur que cette piquette qui stagne dans ta cruche. Au moins il y aura quelque chose pour nous égailler tous les deux. »


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 21 Mai 2011, 17:22

Un nouveau froid l'envahit. Una essuie un nouvel échec, une nouvelle incompréhension et leurs cultures différentes lui semblent alors des obstacles immenses. Ses épaules s'affaissent et sa paume se referme sur le parchemin avec une douceur qui ne masque pas son léger tremblement. Il est vexant, décourageant et déconcertant aussi. Ses émotions sont confuses et sa perception de cette discussion floue. Il met à mal son assurance et elle voit dans cet acte les dignes représailles de sa rebuffade. Sans un mot, elle se détourne et va ranger sa précieuse création. Ses mains s'appuient sur la commode et son buste s'incline un peu tandis qu'elle assure son équilibre. Sa dernière tirade la blesse plus encore que l'utilisation de sa magie. L'entretien prend une tournure désagréable.

Ses poings se contractent et elle renifle discrètement. Cela importe peu. Ils ne sont pas destinés à vivre ensemble. Il ne s'agit que d'une heure à tuer. Ils peuvent survivre à cela. Ses paumes frottent vigoureusement ses joues afin de les rougir. Elle tire un peu sur la manche de sa tenue pour laisser apparaître un bout d'épaule et vérifie son apparence dans le miroir. Ses mouvements incessants ont l'avantage de donner à sa coiffure une touche de naturelle débauche. Une lueur mutine répond à cette évidence et elle s'empare enfin de la cruche de vin qu'elle serre contre son estomac. Une inspiration suit. Puis, d'une démarche un peu titubante, sa main s'empare de la poignée, son dos heurte le battant de la porte qui s'entrebâille aussitôt.

L'air est aussi lourd que sa chambre mais cela lui semble bienfaiteur. Des silhouettes déambulent à proximité. Sans quitter son hôte du regard, qu'elle dévore amoureusement, elle laisse éclore un rire léger avant de se laisser croquer par l'extérieur. Son manège n'a pas échappé aux quelques catins badinant aux alentours et alors qu'elle laisse planer un sourire conquis sur ses lèvres, elle se voit happer par la masse de curieuses. Les questions fusent, les sifflets s'enchainent. Una ne pipe mot et son silence vaut tous les grands discours. Ses jupes ondoient dans la demeure tandis qu'elle se délaisse de son pichet pour une carafe d'un meilleur cru. Les gloussements la poursuivent encore quand la chambre se referme sur sa silhouette ondulante.

Le bonheur affiché sur son faciès s'estompe alors et sans un mot, elle remet en place sa tenue et vient se placer sur le sommier qui s'affaisse sous son poids. Elle ne grimpe pas sur le matelas. Ses pieds caressent le plancher et semblent s'y être ancrés tant l'indécision la tenaille. La carafe est posée sur ses genoux et son regard se porte face à elle. Ses doigts jouent distraitement avec sa courbe. Les questions se multiplient, les doutes aussi et dans tout cela, elle craint de commettre une erreur de plus. Elle ne déçoit que rarement dans ses fonctions et si la situation n'a rien de commune, Una la perçoit comme une défaite. Ses lèvres s'entrouvrent. Ses prunelles interrogent l'homme. Elle ramène finalement ses pieds sous ses jupes et, résolue, débouche son butin afin d'en accueillir quelques gouttes au creux de sa paume en coupe. Le vin est frais contre sa peau. Tout en confiant la bouteille au jeune homme, elle clôt ses paupières et balance son bras dans le vide tel un parfait métronome.

Dans son esprit renait l'océan et ses remous. Une brise agite sa chevelure et elle respire l'iode à plein poumons. Son pouvoir filtre et s'étend autour d'elle. Contre le lit, transformé en frêle esquive, le clapotis se fait harmonieux. Le roulis les soulève et si en levant les yeux au plafond, on perçoit encore la chambre et ses agréments, l'illusion finit par tout envelopper. Darya se matérialise enfin aux yeux candides. L'effort la fait un peu haleter mais le tableau se stabilise suffisamment pour qu'elle profite pleinement de l'élément si cher à son cœur. Dans le ciel figé, elle repère les étoiles qui l'ont vu naître et si sa terre natale n'est pas en vue, elle sent tout son être se tendre vers ses chers rivages.

Un sourire s'épanouit sur son visage. De la position assise, elle passe à celle couchée de la parfaite observatrice. Elle prend soin de ne pas frôler l'individu qu'elle répugne tant et se love dans ce plaisir simple. Ses doigts caressent la surface calme. La douceur la fait rire et le saut d'un poisson à quelques brasses la fait hoqueter de bonheur. Elle a beau maîtriser l'art du dessin depuis quelques années, ses capacités ne cesseront jamais de l'étonner. Elle avait oublié l'usage positif que peut prendre son don. Cette réalité l'accable. Elle a tant oublié.

«  Darya... »

Son cœur est lourd, ses lèvres se tordent. Sa paume balaie l'océan et elle pivote sur le dos, se laissant arroser de quelques gouttelettes alors que ses yeux se reportent vers les astres, admirables. Le temps peut s'écouler maintenant. Elle n'en a cure, elle, la victime du sort.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 06 Aoû 2011, 11:34



Madwyn se situe à ce point de rupture où l’alcool n’égaye plus son humeur et être tiré de la torpeur dans laquelle il s’était enveloppé le rend grognon. Pire. Cela réveille ses vieux démons et son esprit se remet à fonctionner à plein régime. Ici il perd son temps. Una est comme toutes les femmes, inutile. Sitôt qu’il a montré son désintérêt pour une balade entre ses cuisses elle n’a plus été qu’un poids. Ce qu’il ne veut pas admettre c’est qu’elle l’a effrayé avec son attitude désinvolte, et elle a heurté le peu de sentiments qu’il avait en réagissant si violemment à l’utilisation de son pouvoir. Pour qui connaîtrait le sorcier, et ses sombres actions, il ne serait rien de plus que matière à potence. Un meurtrier comme le monde en connaissait beaucoup. Pourtant, il restait chez lui quelque chose à éveiller.

Ses doigts jouant sur les motifs du couvre-lit, il ignorait la fille de joie qui avait subit sa mauvaise humeur, rejetant jusqu’à la connaissance de sa présence dans la pièce. Il ignora l’œillade enflammée dont elle se fit maître, jusqu’au déhanchement sensuel de son corps. Le battant se referma sur elle et de ses lèvres s’échappèrent un soupir en même temps qu’il se laissait cueillir par les draps. Le tissu râpait sa joue et son odeur le dérangeait. Il ne parvenait jamais à se sentir chez lui où que ce soit. Il avait toujours été une âme détachée de tout, des autres, des lieux, des événements. Il ne semblait vivre que pour sa personne et il ne supportait pas que les choses lui soient inconnues. Il ne pouvait se résigner à l’échec. Il ne connaissait rien d’autre que l’accomplissement. C’était tout ce vers quoi il tendait.

La porte s’ouvre à nouveau et laisse transparaître l’agitation qui règne en dehors de la chambre. Un souffle de chaleur inonde le sorcier et il chasse d’une main la sensation désagréable qui coule sur sa joue. Très vite le parfum de la jeune femme s’impose à nouveau à son être et il se retrouve plus serein. Il se relève doucement, ses gestes si mal assurés qu’il lui semble qu’elle est restée plus longtemps absente que ce que la réalité laisse accepter. Il sent le malaise qui s’est installé mais ne s’en alarme pas. Il a souvent rendu les autres nerveux et n’est plus prêt au moindre effort. Il lui a donné sa chance et c’est elle qui l’a laissée passée.

Il se saisit de la carafe qui lui est tendue, pleine et dont le contenu émet un son qui le ravit. Rapidement il la porte à sa bouche, sentant sous ses lèvres la rugosité de la matière. Le vin coule dans sa gorge, incroyablement fris. Fruité. Riche. C’est un coup de fouet à ses sens. Il ferme les yeux et une brise fraîche lui parvint, picotant agréablement ses narines. Quand il rouvre les yeux il manque s’effondrer, alors qu’il est assit. Il n’est plus dans la chambre mais à bord d’un bateau, et le décor et si extraordinaire qu’il sent le bois de l’embarcation grincer et craquer sous les assauts des vagues contre sa coque. La carafe glisse de ses doigts et il se recroqueville alors qu’il se retrouve éclaboussé. C’est la première fois qu’il navigue.

« Darya… » Souffle-t-il, la voix entrecoupée par la surprise. Son regard glisse sur la jeune femme, et déjà il la perçoit différemment.

D’un bond malhabile le voilà debout. Il tend les bras, pour assurer son équilibre et chancelant il se dirige vers la proue. Ses doigts agrippent un cordage et il se penche en avant. Un bourrasque s’infiltre sous sa chemise de coton et la fait battre au vent, comme les voiles. Devant lui le monde s’étale à ses pieds. Darya lui ouvre ses portes, elle dévoile les secrets cachés en son flanc. Elle s’expose. Il reste un moment immobile, stupéfait et ce qui se passe dans son esprit se lit sur son visage. Le bateau est prit d’un soubresaut, il glisse sur le ponton humide et se raccroche de justesse au bastingage. L’illusion est si parfaite qu’il a bien crut pouvoir se faire happé par les flots. C’est un rire qui lu échappe. Une libération.

« La grotte là-bas ! » De son doigt il pointe la destination de son choix. « On peut y aller ? »

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 27 Aoû 2011, 09:43

Les muscles dénoués, Una respire. La navigation, seule, peut l'apaiser ainsi. L'embarcation dérive au gré des flots. Ses paupières se closent et elle inspire profondément. Sa gorge se gonfle de son souffle. Son dos s'arc-boute. Le vaisseau semble être une extension de son corps tant il répond au moindre de ses écarts. Un mince voile de sueur s'est déposé sur sa peau et si l'effort tire sur sa conscience, il éveille aussi un frémissement familier au bout de ses doigts. Timidement sa main se tend vers le ciel et tente d'emprisonner une étoile. Elle échoue au roulis soudain du navire. Roulant sur le flanc, elle redécouvre le clandestin de l'aventure. Sa paume contre le pont l'immobilise. Une vague secoue le bâtiment.

Son regard détaille le dos de Madwyn. Malgré ses hésitations lors de ses déplacements, ainsi accroché au bastingage, le vent battant ses cheveux, il lui paraît soudainement plus homme. L'ombre d'un marin se discerne dans sa silhouette et cette révélation l'étonne plus qu'elle ne l'accable. Pendant longtemps, elle a cru que les fermiers de Lanriel n'était destiné qu'à rester tapi dans le fond des cales avec les marchandises. La preuve de son erreur s'exclame à deux pas d'elle. Agilement, elle se rapproche du sorcier et vient s'enquérir de l'origine de son plaisir. A quelques coudées, s'élève une grotte majestueuse. La revoir lui serre le cœur. Ses épaules s'affaissent et ses lèvres se pincent. Ses cheveux bataillent devant ses yeux et sa prise se raffermit sur le parapet. Il est curieux de réaliser qu'elle ait pu invoquer inconsciemment pareille manifestation.

« Ne pointe pas le doigt. » Délicatement, sa main s'est posée sur l'avant-bras noueux et elle l'aide à s'abaisser. Sa voix ne possède pas le ton du reproche. « C'est un lieu sacré. »

Elle omet volontairement de préciser qu'il l'est plus encore pour son peuple et leurs croyances de flibustiers. Rompant sa proximité avec le sorcier, ses prunelles scrutent les roches contre lesquelles s'écrasent les flots. Aux reflux de l'écume, on distingue les tourments de trois minuscules typhons espacés de telle manière qu'il ne subsiste qu'un passage unique. Un frisson parcourt sa peau. Sans quitter l'eau des yeux, elle se penche auprès du bastingage et lui murmure force et courage. Dans son esprit, elle sent ses poings qui se referment sur le gouvernail. Il tressaute sous le courant qui se fortifie. Docilement, elle laisse le navire se faire happer par la force des tourbillons. La ligne de flottaison s'immerge plus profondément et secoue leurs âmes. L'excitation l'étreint. Ce n'est que folie mais cette folie-ci est douce.

« - Accroche-toi. »

Sa joie est flagrante et ne dissimule que trop bien la mince conscience du danger qui la frôle. Una se focalise sur le trou béant qui les appelle. D'une voix lente, prenant soin de ne pas écorcher les mots, elle relate alors la légende de ce lieu sans nom.

Il y a de cela des centaines d'années alors qu'une frégate voguait dans ces eaux, un berceau en osier apparut à l'entrée de la grotte. Il flotta jusqu'à l'équipage et fut remonté à bord. En son sein, dormait un nouveau-né que le capitaine recueillit comme son enfant. On dit qu'il grandit avec la force de son père et le calme des flots du jour de sa découverte. Quand l'âge fut venu pour lui de mener son équipage, on lui attribua un bateau robuste et très vite, il gagna en réputation. Nulle décision ne pouvait être plus efficace que les siennes. Certains dirent qu'ils lisaient son destin dans les étoiles, d'autres murmurèrent que fils de l'océan, il ne pouvait en craindre les facéties. Ce fut d'autant plus vrai lorsque son don lui épargna le naufrage lors d'une terrible tempête. Aucun homme ne survécut hormis lui. Il s'en vanta beaucoup trop. Une déesse païenne des océans s'offusqua de sa survie et l'ensorcela dès la fin de sa convalescence. Il grimpa alors dans une barque et rama jusqu'à la grotte où l'attendait la naïade.

Elle lui susurra la présence d'un fabuleux trésor entre les roches et le lui offrit pour peu qu'il s'y engagea et surmonte les dangers du lieu. Courageux, le marin obtempéra et vogua jusqu'à l'entrée. La déesse nagea alors sous la coque et renversa la chaloupe contre les roches qui broyèrent l'homme. Ainsi elle obtenait la vie qu'elle avait trop longtemps épargné. Pour dissuader toute nouvelle offense, elle fit naitre les trois typhons des profondeurs qui gardent actuellement la grotte. Deux pour les regards conciliants et un pour le troisième œil qui l'avait défié. Depuis ce jour, seul les devins sont capables de dompter ces flots jusqu'au trésor. Ceux parvenant à traverser la grotte sont considérés comme ayant le don modeste et véritable pour être bénis de l'océan. Les autres s'écrasent contre les rochers ou meurent noyés, emportés par un tourbillon. L'épreuve est devenue obligatoire pour chaque devin qui souhaiterait s'embarquer sur un navire. Il est ainsi laissé au jugement de la déesse.

Mais Una n'est pas devineresse et cette fatalité la heurte maintenant que son récit s'achève et que sa gorge est plus sèche. Son regard croise celui de Madwyn. Elle sent son corps se tendre sous l'anxiété. Il leur impossible de reculer. La grotte les toise, menaçante. Son cœur cogne dans sa poitrine. Le vent lèche avec avidité la mince pellicule d'eau qui la recouvre et le froid la mord férocement maintenant.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Jeu 01 Déc 2011, 06:13



    Le cœur de Madwyn bondissait dans sa poitrine sous l’effet de l’impatience. La grotte semblait l’appeler, exercer sur lui une attirance mystique et il n’était pas homme à se détourner d’un tel appel. Ayant été confronté à la magie toute sa vie, il la vivait avec la force que confère l’habitude et de l’instinct. N’en ayant jamais rien retiré de «mauvais », mesuré à sa propre échelle de valeurs, il avait décidé de se laisser happer totalement par son aura. Il aurait d’avantage hésité si un homme s’était tenu sur le seuil et leur avait fait le signe d’entrer. Les yeux rivés sur la façade de pierre, il ne vit pas Una qui s’approchait avec la grâce d’une danseuse malgré l’instabilité du ponton. Tout au plus ressentit-il sa présence lorsqu’elle posa une main sur lui, l’obligeant à baisser le bras. Cette marque profonde de respect l’étonna, le choqua presque, lui pour qui chaque lieu lui devait d’être acquis. Il croyait fermement que si l’on nommait sacré un lieu, c’était qu’il avait quelque chose à dissimuler, et aucun secret ne pouvait le rester plus longtemps lorsqu’il l’avait décidé. Sur ce simple accès d’orgueil, il aurait pu décider de faire ses bagages dés le lendemain, et se rendre réellement sur les lieux.

    Pour l’instant c’est avec une pointe de regret qu’il regarde la grotte, comprenant sans doute qu’Una n’a jamais pu y pénétrer et que là s’arrête donc la limite de son don. Comment donner vie à quelque chose que l’on ignore ? La magie des dessinateurs ne lui était pas particulièrement familière mais il lui semblait bien qu’ils s’appuyaient toujours sur quelque chose de tangible, quand un sorcier était lui-même la source de son énergie et ne pouvait se donner comme limites que celles de sa volonté. Surpris par un brusque écart du bateau, il s’agrippa avec plus de force à l’un des mâts, considérant d’un froncement de sourcil l’ombre noire des tourbillons qui étaient apparus prés de la coque. Il ne se fit pas d’avantage prier pour attraper une corde, et l’enrouler autour de son poignet pour ne pas tomber dans les flots. Une vague l’éclaboussa, trempa ses vêtements. Pouvait-on mourir dans un rêve ?

    Soucieux il se plaqua contre le plancher du pont, sentant sous ses muscles le bois craquer et gémir sous l’assaut furieux des vagues. C’était tout l’embarcation qui semblait chuinter une plainte et se rebeller contre l’attaque des flots. Se concentrant sur le filet de voix d’Una qui lui parvenait malgré le rugissement des vagues, il eut la désagréable sensation que l’histoire ne lui plairait pas, bien avant d’en connaître la fin. S’il y avait une quelconque leçon à en tirer il ne le fit pas. Il lut cependant dans le regard de la jeune femme qu’elle perdait le contrôle de sa création, qu’elle n’en maîtrisait pas tous les aspects et cela lui donna une furieuse envie de hurler. Il n’en eut pas le temps, le bateau fut secoué rudement par une vague d’une puissance surprenante, l’embarcation se renversa sur le flanc, l’eau s’y engouffra. Les deux jeunes gens furent projetés dans l’eau, laissés à la merci des vagues cruelles. L’eau était glaciale, rendant tout geste plus difficile, les vagues les ballottaient comme s’ils n’étaient que des ballots de paille. Madwyn tenta de projeter sa magie pour le maintenir hors des flots mais il ne parvenait à trouver aucune prise. L’océan les engloutit, semblant vouloir les faire disparaître au plus noir de ses tripes. L’eau s’infiltrait dans la gorge, dans les poumons, le nez de Madwyn. Il suffoquait, se débattait. La noyade était sans doute l’une des pires morts que l’homme puisse connaître.

    Puis il atterrit sur le plancher de la chambre, sec mais toujours avec l’impression que ses poumons étaient chargés d’eau. Il voulut cracher mais ne demeurait qu’une sensation douloureuse au sein de ses côtes. Lentement il put reprendre sa respiration, puis ses esprits. Il se leva, titubant, puis retomba à genoux à côté de la dessinatrice. D’une main ferme il agrippa sa nuque, serrant entre ses doigts fins sa gorge délicate. Qui lui avait envoyé la catin ? « Il est préférable pour ta petite personne que tout ceci n’ait été qu’un regrettable incident… » Grinça-t-il en serrant sa prise plus fort pour rendre ses propos parfaitement clairs.


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 10 Déc 2011, 15:07

Sa poitrine se soulève au rythme effréné de sa respiration. La peur la tient sous son joug et le contact du plancher sous son corps ne parvient pas à la rasséréner. Le souffle lui manque. Cette vision n'était que trop réaliste et cette noyade laisse son corps parsemer de frissons. Ses dents claquent et elle resserre ses bras autour d'elle pour se préserver d'un froid qui n'est plus. Mais son répit est de courte durée car déjà les doigts se resserrent autour de son cou et la terrifie. Ses yeux s'écarquillent de stupeur avant qu'elle ne comprenne quel homme se tient au bout de ce bras tortionnaire. Ses pensées dérivent en tout sens. Les mots tombent et glissent sur elle comme la feuille sur l'eau. Elle ne comprend pas.

Una ne saisit par le sens de ses paroles. Sa tête n'est que trop lourde des vestiges de son don. Il n'avait jamais réagi ainsi avant aujourd'hui. La pression sur sa gorge s'accentue et elle grimace, ramenée durement à cette réalité où l'air lui manque. Ses ongles griffent le poignet que ses doigts tentent d'éloigner. Son égocentrisme l'agace. Sa naïveté aussi. Dans cette pièce, il existe mille et un prétextes pour donner la mort et nul ne réclame sa propre existence en contrepartie. Un semblant de rire jaune parvient à s'échapper d'entre ses lèvres bleuies. L'effort lui coute, sa trachée semble s'atrophier sous le manque d'oxygène et tout en elle se tend vers un mince filet d'air. Ce sorcier n'exerce pas sur elle la violence dont sont parfois coutumiers les hommes. Il ne cherche pas à s'exciter, ni à s'amuser mais agit avec la volonté de la blesser. Une fois encore, sa nature profonde s'éveille et ce n'est pas l'enfant qu'elle discerne.

Sans savoir comment, elle se trouve soudain libre. Incapable de savoir si ses efforts contre lui ont porté leur fruit ou s'il en est le seul investigateur. Ses paumes claquent contre le sol. Ses avant-bras tremblent et son soutien lui semble vacillant. Les yeux dirigés vers ses mains, elle sent la bile l'incommoder. Sa gorge est douloureuse et l'impression de sa prise sur sa peau ne dés-amplifie pas. Elle n'ose porter son index sur les marques qui témoignent de l'infâme forfait. Il est dangereux. En son sein, est abrité une bête noire. Ses yeux se ferment lentement. Avec patience, elle s'oblige au calme. Il a intenté à sa vie. Et elle ? Qu'a t-elle fait ? Voulait-elle sa mort ? Sa bouche tremble. Souhaitait-elle leur mort ? Ne cherchait-elle pas un compagnon pour affronter cet ultime voyage ? Depuis des lunes et des lunes, elle tente de ramener Galàan à elle quand il serait si simple de le rejoindre. N'y a t-elle jamais songé ? Oh bien sûr que si. Se laisser partir est une éventualité qu'elle n'a jamais totalement écarté. Alors ? Est-elle responsable ?

« - Je suis désolée. »

Sa voix semble être celle d'une autre tant le timbre est bas. Son regard se relève et croise celui du sorcier, incapable de déchiffrer l'émotion qu'elle y lit. Son don l'a submergé mais sa récente prise de conscience réfute toute tentative de suicide. On ne prend conscience de la valeur de la vie qu'une fois que celle-ci nous échappe. Par deux fois, cette nuit, son désir de vivre s'est fait plus fort que le reste. Ses épaules s'affaissent et sa paume écrase sa paupière alors qu'un sanglot lui échappe.

«- Je devoir aller au sérail. »

Sa faiblesse l'anéantit. Des larmes lui échappent avant qu'elle ne les balaie rageusement. Una refuse de se laisser aller aux pleurnicheries. Ce n'est pas digne d'elle, ni de ses origines comme il est, au fond, intolérable qu'elle accepte la suspicion dont il l'assénait. Son art est loin d'être à son apogée mais il est une chose qu'elle se sait apte à pratiquer. Un doigt accusateur pointe le torse de Madwyn alors qu'elle assène, inflexible:

« - Si je devoir tuer toi. Toi déjà mort. »

L'agacement hache ses paroles et elle maudit la langue de Lanriel aussi surement que le sorcier qui remet en cause sa naissance. La piraterie coule dans ses veines.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Mer 25 Jan 2012, 09:24



    C’était là, au bout de ses doigts. Le contrôle. Il ne se sentait jamais plus complet que lorsqu’il avait droit de vie ou de mort sur un être. Elle pouvait se débattre, griffer comme un chaton, la prise assurée qu’il avait sur sa gorge ne se déferait que s’il le souhaitait. Sous ses doigts il sentait son sang palpiter dans ses veines. Son corps était agité de frissons, l’air venait à manquer il le savait car ses prunelles perdaient de leur éclat et ses lèvres se coloraient d’une teinte livide. Pourtant elle continuait à se débattre, avec sur son visage peinte une expression de surprise effrayée. Il finit par la lâcher, se redressant et s’écartant de quelques pas pour la laisser reprendre sa respiration. Hagarde elle restait collée au plancher et il attendit une réplique qui ne vint pas. Alors la tension accumulée dans ses muscles se dissipa et une véritable colère flamboya dans son regard, remplaçant l’ombre de la mort qui s’y était lovée. Il s’aperçut qu’il tremblait, et grogna devant ce qu’il identifia comme de la peur.

    « Sombre sotte ! » Cracha-t-il devant les excuses de la jeune femme. « Présumer ainsi de ses forces c’est courir au devant de la mort. » Il devait bien avoir blessé son orgueil pour qu’elle veuille ainsi faire étalage de son don. L’expérience aurait été remarquable si elle avait été maîtrisée. Or il semblait bien que concernant la magie Una conservait quelques craintes. Idiotes, selon l’avis de Madwyn, surtout quand on possédait un tel potentiel. « Le sérail ne te sera d’aucune aide si tu continues à agir aussi bêtement. » Il croisa ses bras sur sa poitrine, la jaugeant, l’œil mauvais. Pour une fois il avait baissé les armes et laissé le contrôle à une autre personne, il lui avait fait confiance et elle avait piétiné cet infime espoir. Cependant sa mâchoire se crispa, alors qu’elle essuyait à la hâte des larmes qu’elle n’avait pu contenir. Elles lui en rappelaient d’autres, qu’il avait versées lorsque son père était mort et que sa magie s’était révélée inutile.

    Il laissa échapper un rire bref, moqueur. « Si tu faisais preuve d’autant de détermination et de foi quand il s’agit de ton don, tu aurais déjà le monde à tes pieds. » Fascinante voilà ce qu’elle était. Il ne parvenait pas à la définir. L’espace d’un instant faiblarde, elle apparaissait le moment suivent comme un roc contre lequel il pouvait se briser comme la coque de son bateau. Le sorcier s’accroupit, à quelques pas d’elle, son regard maintenant dans le sien. Il n’avait en général que peu d’intérêt pour la vie des autres. Ce n’était pas le cas ce soir. « J’aurais du poser la question avant. » C’était ce qu’elle obtiendrait de mieux en matière d’excuses. Il haussa les épaules, pour lui l’incident était clos. Il considérait qu’ils étaient quittes. « Tu boiras un peu de lait et de miel et la douleur n’y paraîtra plus. Les marques passeront pour un élan passionnel. Elles auront disparu dans quelques jours. Tu l’as dis toi-même, tu sais parfaitement simuler. » Ce qui était un conseil était aussi un ordre. Il n’avait pas oublié qu’elle l’avait menacé, mais en matière de meurtre il était certain d’avoir plus d’expérience qu’elle. Et s’il devait se présenter une seconde fois, il n’hésiterait pas.

    « Cela t’arrives souvent ? De perdre le contrôle de tes créations ? L’illusion était parfaite. Le tourbillon n’aurait pas du être un problème. Si tu peux créer ce qui existe tu peux aussi le modifier à ton aise. Mais tu as peur je me trompe ? »


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Dim 29 Jan 2012, 15:52

L'éclat mutin avait disparu, emportant avec lui la colère, aussi vif que l'éclair. Peut-être n'avait-il pas tort. Le nez plissé par le vestige d'irritation qui la tenait, elle accueillit l'examen des prunelles ombrageuses sans ciller, trop fière pour plier. La honte et la peine l'avaient quitté et face à lui, ne restait que la coquille vide de toute émotion, placide et immobile. Le rappel de sa gorge douloureuse chassa sa langueur et Una se releva aussitôt. Sa démarche dansante évolua jusqu'à la coiffeuse. Le reflet qui s'y dessinait était inquiétant. Sa coiffure s'écroulait sur sa nuque. Ses yeux rougis évoquaient deux petites billes ternes mais rien n'aurait pu mieux retenir son attention que l'hématome qui tirait sur sa peau à chaque inspiration. Elle s'assit face au miroir et ses mains évoluèrent avec grâce parmi le fouillis qui était sien. Nul homme n'appréciait de voir sur sa maitresse les traces des caprices d'un autre. Si les filles de joie ne refusaient personne dans leur couches, chacune se devait d'inspirer au client son unicité.

Una ne prit pas la peine de fournir cette explication à celui qu'elle délaissait, trop imbu de sa personne qu'il était. A gestes précautionneux, elle appliqua un onguent sur sa plaie. La texture fraiche et épaisse apaisât son mal malgré le frisson de douleur qui la traversa au premier contact. A la question du sorcier, son regard fendit le miroir pour scruter le visage interrogateur. La chaleur marquait son faciès. Elle posa doucement le pot qu'elle maintenait au creux de sa main, brisant cette confrontation sans animosité. Tout en réfléchissant à la formulation de sa pensée, elle retira les épingles de sa masse de cheveux. Sa chevelure cascada sur ses épaules en ondulations légères. Elle s'empara d'un peigne et commença à le faire glisser sur les mèches qui encadraient son visage. Le mouvement lent et répétitif apaisait son esprit par le manque de réflexion nécessaire à son exécution. Finalement ses lèvres s'entrouvrirent tandis qu'elle poursuivait sa tâche avec patience.

« - Non. Tu te trompes. Le dessin est... Ce n'est pas l'esprit. Les... C'est sentiments. On donne amour, colère, peine et ça apparaît. Art peut dépasser nous. »

Elle marqua une pause. Petite, elle adorait observer les femmes s'apprêter. Il n'y avait pas un maquillage qui échappait à ses yeux écarquillés et nulle parure ne pouvait orner un cou sans qu'elle n'ait auparavant éprouver son poids autour de son cou. Ces instants lui manquaient. Dans le miroir, elle ne voyait qu'une mine exténuée dont la chevelure détachée renforçait la jeunesse. L'effervescence de l'adolescence ne marquait plus ses sourires. Le collier qui ornait sa gorge n'avait rien de l'ostentatoire d'autrefois et pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait mise à nue.
Cette impression aurait du faire naitre l'angoisse et la crainte mais étrangement, tout cela la laissait tout à fait sereine. Una reposa le peigne sur le plateau et ramena sur le côté de son visage, la masse soyeuse et frisotante. Elle pivota ensuite sur son séant et fit face au troublant sorcier. Pensivement, elle lissait la pointe formée de ses cheveux.

« - Quand tu lances caillou sur la surface de l'eau. Toi connaître le nombre de sauts que lui faire ? Quand tu faire feu. Toi contrôler la hauteur des flammes ? Quand je dessine, je lance caillou, je faire feu. »

Elle ignorait si sa pensée serait suffisamment claire mais à ses yeux, le dessin s'exprimait. Ce n'était pas une création figée par la volonté mais une poussée qu'elle accordait à une œuvre avant que cette dernière ne s'affirme et se libère. Elle pouvait faire taire cet élan mais son pouvoir ne contrôlait pas les fluctuations qui agitaient son art. Peut-être ne disposait-elle pas du talent pour. Cela, elle l'ignorait. Ainsi se justifiait son besoin de rejoindre le sérail. La pratique seule ne suffisait pas. Il n'était pas question d'une magie que l'on dompte mais qu'on embrasse. Avec un haussement d'épaule, elle conclut.

« - C'est Art pas Science. »

Una porta à sa joue, le pinceau fait de ses mèches et en balaya lentement ses lèvres avant de laisser éclore un sourire conquis. L'explication était limpide.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Dim 05 Fév 2012, 13:10



    De son regard perçant, le sorcier suivait la jeune femme qui évoluait sur le plancher avec la grâce d’une danseuse. S’il n’avait jamais reconnu en lui l’émoi provoqué par une jeune beauté, il devait bien avouer apprécier la voir évoluer dans la chambre et faire sien cet endroit d’une façon si particulière. Elle n’était pas affectée d’une coquetterie excessive, et c’était de cette douceur et de cette candeur que naissait son charme. Entre ses doigts, elle avait bien faillit être brisée et Madwyn ressentit alors le goût amer du déjà vu et une rancune familière envers sa personne. Si la sensation était diffuse, elle n’en était pas moins présente et il détourna un instant le regard de la silhouette d’Una alors qu’elle s’appliquait à apposer une crème sur l’hématome. Aussi se trouvait-il perdu, devant cette immuabilité de son existence, qui le poussait toujours aux mêmes actions et même résultats. Il ne croyait pas avoir déjà affecté quelqu’un en bien et cette triste et répétée constatation, l’avait finalement détourné de la volonté d’essayer.

    Relevant le menton alors qu’elle brisait le silence, il fronça les sourcils alors qu’elle osait le contester aussi directement. Madwyn n’aimait pas admettre ses torts, et encore moins d’avoir pris le risque d’exposer sa pensée et qu’elle soit ainsi repoussée. Il mit néanmoins sa rancœur de côté et écouta les explications de la pirate. Et le pli de son front s’accentua d’avantage, si bien que son regard prit une teinte sombre. Les propos de la brunette ne lui déplaisaient pas, mais il était incapable de les concevoir. Les émotions ne devaient pas être guides, il ne pouvait en ressortir que quelque chose de mauvais. Dans chacune de ses actions, il s’appliquait toujours à ne rien en ressentir, si bien que tuer était devenu un geste aussi banal que celui de se raser. Une suite de mouvements mécaniques, précis, chacun ayant un but, mais dont lesquels il ne tirait rien, si ce n’est un résultat aisément palpable.

    Le miroir d’Una lui renvoya son regard. Léger, presque enfantin, elle avait un visage fin et une ossature qui laissait croire à une certaine fragilité. Drapée dans ses atours de femme, assise à sa coiffeuse, elle lui faisait penser à un vieux tableau, portait de sa mère, accroché dans la chambre de son père et devant lequel il s’était parfois interrogé. L’imagination d’un enfant aidant, la femme avait fini par apparaitre comme l’un de ces animaux mythique, dont il ne savait réellement ressentir la valeur. Mais aussi surtout, ces rituels dont elles semblaient s’entourer, rendaient leur psyché incroyablement complexe aux yeux du sorcier. Il voyait chacun des mouvements d’Una comme lentement calculé. Il en éprouvait aussi une certaine fascination. Il aurait eut envie de se blottir dans ses bras, de passer ses doigts dans ses cheveux, mais il ne bougea pas de sa place. Il se laissa tomber sur le plancher, dans lequel il s’attendait presque à s’enfoncer compte tenu des récents événements, puis cala son menton dans le creux de sa paume, songeur.

    « Alors c’est inutile. Si la création te contrôle plus que tu ne la contrôle c’est un danger pour toi et pour les autres. » Trancha-t-il, peu soucieux des états d’âme de la jeune brunette. Pour lui la discussion était plus une façon de récolter des informations, de chercher ce qu’il pourrait tirer comme avantage de cette expérience. Or pour l’instant il n’en trouvait pas. « Les émotions sont toujours un danger. » souffla-t-il, tout bas, le front toujours barré d’un pli soucieux. « Et je crois aussi que c’est une excuse facile. La magie requiert de la discipline. Elle s’apprivoise. La mienne, comme la tienne. » Se bornait-il. « Si tu exerce assez de contrôle sur ta création. Si ton idée est précise. Alors sa volonté ne pourra être que ta volonté. Essaye. » La défia-t-il.


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Jeu 09 Fév 2012, 10:27

Ses yeux sondèrent ceux du sorcier. La mettait-il vraiment au défi ? N'avaient-ils pas suffisamment joué avec leurs pouvoirs pour cette soirée ? Ni l'un, ni l'autre n'avaient réussi à faire de ces instants, des moments enjoués et sans risque. Pourtant, lui, la poussait à réitérer l'exercice simplement pour démontrer que le dessin égalait la magie dans sa discipline. Un étrange sourire flotta sur son visage. Il se substituait à ses professeurs et aux nombreuses années qui constituaient la formation au sérail, cela n'avait rien de commun. Sans savoir si elle abdiquait pour mieux prolonger cet état de paix ou si elle ne cherchait qu'à lui prouver que ses convictions ne suffisaient pas à éloigner l'échec, Una se dirigea vers le tiroir dans lequel trainait ses cartes. En tailleur, elle s'installa face à Madwyn et déplia sa création entre eux. Il n'y comprendrait probablement rien mais les lignes parlaient à la dessinatrice mieux que des mots.

Aux abords du lac Eydis existait une petite clairière dans laquelle l'élève qu'elle était aimait se retirer. Le lieu n'avait rien de spectaculaire, une souche trônait au centre du cercle dégagé d'arbres et de nombreuses herbes folles courraient entre ses pieds. Malgré le ciel quasi-dégagé, nulle chaleur ne semblait chasser la fraîcheur naturelle qu'imposait les frondaisons. A bien des égards, l'endroit se voulait plus hostile qu'accueillant mais une chose guidait immanquablement les pas de la pirate dans ce sanctuaire. Allongée sur l'écorce, la tête posée sur l'extrémité de l'arbre abattu, il lui suffisait de plisser un peu les yeux pour que la surface plane et limitée du lac ne se transforme en une étendue d'eau miroitante et sans limite. Elle s'emparait alors du petit croissant de lune qu'elle portait en collier et le portait à son nez où l'iode l'enveloppait instantanément. Ses rivages ne semblaient plus si éloignés ainsi bercée par cette illusion et c'est le cœur gonflé d'un nouveau courage qu'elle repartait affronter son quotidien.

Ainsi, le morceau de vélin aplani retraçait ce lieu qui avait marqué son séjour en Lanriel. Étrangement pourtant, ses sentiments à son égard restaient difficile à exprimer. Una n'avait jamais ignoré qu'elle transformait la réalité de cette clairière en un vague réconfort. Dépourvu de ses artifices, ce petit bout de verdure était nu. D'une caresse sur le papier, elle sentit frémir son esprit. Ce dernier n'attendait que le signal pour se jeter dans le fleuve impétueux de son art. Ses prunelles dévisagèrent l'homme qui guettait sa performance. Elle inspira, paume contre la carte et son don se déploya autour d'eux. Elle ne quittait pas des yeux Madwyn et cherchait en lui le point d'ancrage à la réalité, bridant toute émotion pour ne seulement insuffler que sa volonté. Cela marchait, elle sentait la verdure sous son assise et à sa droite se distinguait la silhouette floue d'un arbre mort. La chair de poule se propagea sur sa peau et elle déglutit avec difficulté une première fois. Elle sentait les efforts que son art mettaient à s'extirper de ses exigences. C'était comme tenter de contenir entre ses mains le lit d'un ruisseau. Avec patience, elle bâtit les barrages nécessaires à sa maitrise et put, enfin, observer le paysage ainsi créé.

« - C'est imparfait. »

Son impression avait franchi ses lèvres dès le premier coup d'œil. Chaque brin d'herbe, chaque branche était là mais aucune vie ne semblait les animer. Tel un tableau, le décor se voulait figé. Sa respiration s'accéléra. L'atmosphère était oppressante, lugubre et elle était incapable de dire si son sentiment était partagé par l'autre spectateur de cette insulte à son pouvoir. Il n'était pas dessinateur, comment pourrait-il se douter de l'inconfort d'une telle vision ? Ses doigts se posèrent sur le poignet du sorcier. Elle ne savait si ce contact suffirait à lui faire passer l'émotion qui la travaillait alors.

« - Cela ne va pas. »

Et son langage soudainement si clair ne semblait être qu'une extension de son don, comme si sa volonté de se faire comprendre passait outre ses connaissances de la langue.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Jeu 09 Fév 2012, 12:20



    Les commissures de Madwyn s’étirèrent en un lent sourire à mesure que les secondes s’égrenaient et qu’il voyait sur le visage d’Una se peindre une détermination toute neuve. Il avait été soufflé par le spectacle qu’elle lui avait offert quelques minutes auparavant avant que tout ne vire à la catastrophe. En s’oubliant, la pirate avait offert une illusion magique, brouillant totalement les sens du sorcier. Si elle avait su maîtriser ses émotions, son art aurait été parfait. Il aurait été impossible de distinguer la réalité de l’illusion. Mieux même, poussé à l’extrême il voulait croire que son don pouvait altérer de manière définitive la réalité. Une manière d’ouvrir des portes là où il n’y en avait pas. Il imaginait à peine ce qui serait possible, s’il pouvait mener au doigt et à la baguette quelqu’un qui possédait une telle puissance. L’idée lui donnait le tournis, faisait courir une chair de poule sur tout son corps. Et si elle pouvait, elle, le dessiner comme détenteur du pouvoir absolu ? Façonné selon ses désirs. Il regrettait d’autant plus le geste malheureux qu’il avait eut à son encontre.

    Il retint une exclamation de joie quand elle étala une carte devant eux, à même le plancher. De nouveau il pouvait admirer la justesse et la finesse de ses dessins, reconnaissant l’exactitude minutieuse donnée à un paysage qu’il connaissait bien. Avait-elle seulement pleinement conscience de son talent ? Retenant sa respiration, il laissa l’illusion se développer autour d’eux. D’abord indistinct, le paysage s’ancra jusqu’à ce que la chambre dans laquelle ils se tenaient ait à nouveau disparu. Dans les veines du sorcier, courrait le feu de la joie et de l’excitation. Il se leva précipitamment, l’envie presque chevillée au corps d’aller explorer les environs. Les limites étaient-elles les mêmes que celles imposées par la pièce où ils se trouvaient ? Ou pouvaient-ils voyager au gré de leur envie ? Il n’avait de cesse de vouloir repousser les limites du pouvoir de la brunette. D’en faire surgir les failles, afin que, lorsqu’elle n’ait plus d’autre choix que de se mettre à son service, il puisse s’assurer que son vœu soit exaucé.

    Une main effleurant son bras le ramena à une réalité plus brûlante et il posa un regard plus critique sur la création de la jeune femme, retenant avec peine la remarque acide qui lui brûlait le bout de la langue. « Non ça ne va pas. » Confirma-t-il, les sourcils froncés. C’état comme si la clairière dans laquelle ils se trouvaient avait été un tableau dans lequel ils avaient réussit à entrer. Il n’y avait pas d’odeur, pas de mouvement. Pas de sentiments ? La langue du sorcier claqua contre son palais alors qu’il croisait les bras, irrité et troublé par ce contact qu’il n’avait pas cherché. Son jugement ne pouvait pas être erroné, l’erreur venait donc d’elle, encore. En revanche, de sa peau contre sa peau, elle avait fait courir un frisson, empiétant avec violence sur son intimité, comme lorsqu’elle avait fourré son décolleté sous son nez. Tout son corps avait réagit en réponse. Un état physique. Certes motivé par un certain dégoût, et donc un sentiment. Mais c’est sur l’idée d’état qu’il concentra toute son attention.

    « C’est toi qui ne doit pas te laisser submerger par les émotions. Cela ne veut pas dire que tes créations doivent être vierges de toute… âme. » Finit-il par marmotter. Il banda son esprit, fit circuler sa magie dans ses veines et selon sa volonté les herbes de la prairie se mirent à ployer comme si elles avaient été caressées par le vent. Immédiatement, l’impression de lourdeur qui pesait sur le paysage s’était amenuisée. « Tu vois ? Tu as oublié de t’accrocher aux détails. L’image est parfaite, il manque le reste. » Il haussa les épaules et le mouvement de l’herbe se stoppa. « Il manque l’odeur de la terre, des champignons, la chaleur des rayons du soleil… Et attention ne me parle pas encore de tes sentiments. Je ne te parle que de faits. Pas d’états d’âme. La nature sera la même, que tu sois triste ou pas. »

    Il s’éloigna de quelques pas, le regard porté sur la nature environnante. En fait l’endroit ressemblait à un souvenir figé. Etait-elle déjà venue ici ? Comme pour cette grotte dont elle n’avait osé franchir la barrière protectrice des tourbillons ? « Détruit-la. Je veux que tu assèches le ruisseau. Que tu imagines comment cela peut affecter chaque plante, chaque animal… » Qu’il ait raison ou non, ce devrait être intéressant.


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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Mer 22 Fév 2012, 11:04

Elle laissa retomber ses bras le long de son corps. Madwyn lui demandait beaucoup et elle n'était pas certaine de vouloir réussir à le contenter. Elle saisissait ses souhaits et en soi, peut-être même les avait-elle partagé autrefois mais aujourd'hui, immobile dans cette clairière, elle n'était pas certaine de vouloir de dessins sans émotions autres que celles logiques. Si l'illusion qu'elle créait à partir de chaque portrait de Galàan l'affectait tant, ce n'était pas pour son réalisme mais pour les émotions qui passaient dans son regard et de ses actes qui semblaient l'animer comme n'importe quel humain. C'était égoïste mais beaucoup moins désagréable que cet univers sans vie dans lequel elle évoluait alors. Le sorcier prendrait-il en considération ses réticences ? Elle en doutait et elle ne souhaitait pas lui en expliquer les raisons. Déjà, il complétait ses paroles par des actes et tandis que l'herbe ployait sous son injonction, la dessinatrice se raidit.

Ce n'était pas la première fois qu'il s'immisçait dans son espace vital mais cette fois, elle eut la désagréable impression qu'un cheval au galop déboulait dans son esprit et le piétinait avant de se retirer. Ses traits se crispèrent et elle se félicita de ne pas être tombée à genoux sous sa force. Car, aussi doucement opérait-il, sa force venait de modeler un monde sur lequel il n'avait, semble t-il, aucune emprise. L'angoisse l'étreignit. Pouvait-il s'immiscer dans son esprit ou, pire, lire dans les pensées qui se bousculaient sans cesse dans son crâne étriqué ? Elle était certaine de ne pas avoir créer ce mouvement. L'utilisait-il comme un intermédiaire pour sculpter son dessin à sa convenance ? Était-ce seulement possible ? Elle l'ignorait. Au sérail, on lui avait relaté les grandes lignes de la guerre qui avait confronté dessinateurs et sorciers et nul récit n'avait évoqué pareil effet. Les lèvres pincées en un pli soucieux, elle chassa cette éventualité. Impossible.

Reportant son attention sur le magicien, elle étouffa le hoquet de stupeur qu'il lui inspira en lui soumettant son nouvel exercice. Sans dire que les dessinateurs étaient des anges dénués de mauvais sentiments, après les druides, peut-être étaient-il les plus fidèles à Eydis et ses préceptes or cette requête allait à l'encontre de leur nature pacifique. Leur don ne semait pas la destruction, tout du moins jamais de manière si flagrante. Il n'existait aucune mention d'un dessinateur s'étant écarté de cette voie dans l'histoire. Comment pouvait-il seulement le suggérer ? Était-ce courant dans l'apprentissage d'un sorcier de lui inculquer aussi bien les mauvais comme les bons côtés de son art ? Était-elle prête à s'aventurer sur ce chemin ? Elle l'ignorait mais abordait cette éventualité avec une sérénité qui la surprenait. Les individus n'étaient pas exempts de défauts, une magie devait bien refléter les facettes de son utilisateur et si son don devait être mis à contribution pour ses acolytes pirates, posséderait-elle les même réserves ?

Trois coups contre le mur se firent entendre et, aussi subitement que son don pouvait se manifester, la végétation disparut pour ne laisser place qu'à sa chambre. Les couleurs étaient revenues à ses joues et sa tête se pencha sur le côté pour scruter l'humeur de son compagnon. S'il était un tant soit peu coutumier de ce bordel, il n'ignorerait pas que leur entrevue s'achevait sur cette note. Elle haussa les épaules pour montrer que cet état ne dépendait d 'elle et se garda bien de montrer son soulagement. Il soulevait trop de questions, trop complexes et trop vite. Le temps serait un allié précieux dans sa quête de réponses. Gracieusement, elle se déplaça donc jusqu'à la porte où elle attendit qu'il la rejoigne. La chose faite, elle avança ses mains vers son col, arrêta son geste, attendit une protestation qui ne vint pas et débrailla quelque peu sa tenue parfaite. Sa tignasse brune suivit le même traitement bien que ses épis éparses lui épargnent le plus gros du travail. Enfin, elle pinça délicatement ses joues pour leur donner une chaude teinte rosé. Son œuvre accomplie, elle hocha la tête avec satisfaction et inspira profondément. Elle ne le reverrait sans doute plus dans cette pièce et étrangement, cela ne la soulageait pas.

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MessageSujet: Re: This weakness I feel I must finally show || Una   Sam 03 Mar 2012, 15:04



    La poitrine se soulevant à un rythme rapide, le regard ardent, les lèvres entrouvertes sous l’attente, Madwyn attendait de voir la magie opérer. Il sentait des frétillements à la surface de sa peau manifestation du pouvoir de la jeune dessinatrice, et son être tout entier chantait. Mais elle semblait hésiter et il ne comprenait pas ce qui pouvait lui demander tant de réflexion. Lui s’était toujours amusé à repousser les limites de son pouvoir, à parfaire sa maîtrise, si bien que ce n’était plus qu’une extension de son être, quelque chose qui s’enclenchait avec le naturel d’une respiration, presque sans qu’il s’en rende compte. Et ce qui courrait alors dans ses veines n’avait pas de prix. Elle devait bien le sentir elle aussi, lorsque de ses dessins s’extirpaient ses créations et qu’elles prenaient vie. Que pouvait-il exister de plus exaltant que ça ? Pour lui se nichait là le secret du monde, ce qui faisait naître les étoiles, nourrissait la terre. Mais il avait tort. Il ne savait pas encore. Il ne connaissait rien du pouvoir de l’amour, de la sensation d’être aimé. Vous direz que c’est cliché, mais combien de singuliers étaient devenus des héros en brandissant ce simple étendard ? N’y avait-il pas plus de magie en eux que dans toute une armée de sorciers ?

    Il tendit la main, dans cet air plus lourd, presque palpable qui les englobait. Il voulait l’entraîner avec lui. La guider. Lui montrer qu’elle s’imposait seule ses propres barrières. Mais trois coups le firent sursauter et il vit la vision disparaître en un souffle. Retenant un cri d’exaspération, il cligna des yeux pour s’habituer aux contours de la chambre qui se faisaient peu à peu plus nets. Il eut l’air un instant perdu et il regarda son jupon s’éloigner dans des pas dansants, le tissu frôlant le bois du plancher dans une simple caresse. Baissant le nez, il la suivit jusqu’à la porte, déçu de voir cette rencontre s’achever ainsi. Elle avança une main vers lui et il ne pensa même plus à se dérober, affichant seulement un sourire empli de regrets alors qu’elle mettait un peu de désordre dans sa tenue. Peut-être en cet instant aurait-il voulu la prendre dans ses bras, un élan qu’il ne se souvenait pas l’avoir déjà saisit. Car leur discussion avait beau avoir été houleuse, il ne lui en était pas moins reconnaissant d’avoir partagé un peu de sa magie. Et aussi d’avoir couvert ses petits mensonges avec tant de naturel et surtout, sans chercher à fouiller dans son esprit. Il eut un soupir, un brin de regret. A plusieurs reprises elle l’avait déconcerté, et encore maintenant elle restait un petit mystère. Qui es-tu vraiment, Una fille de la piraterie ?

    Un gloussement l’arracha à sa contemplation, et il vit que certaines âmes traînaient dans le couloir pour mieux les observer. Il afficha un sourire sur son joli minois déguisé par les soins de la brunette, devenant amant conquis et conquérant. S’il n’avait pas affiché sans cesse cet air sérieux et un peu froid, il aurait sans doute été un beau jeune homme. D’ailleurs lorsqu’il dégringola les escaliers, son air débraillé en fit se retourner plus d’une. Il déboucha sur la rue, un souffle saccadé au bord des lèvres. Son regard chercha tout de suite la fenêtre de la chambre, de laquelle on voyait osciller la lumière des bougies. Le froid le happa soudain et il referma sa pelisse sur son corps, la tête pleine de questions. Malgré elle la jeune prostituée avait ouvert une brèche. Sa réticence, sa peur, son rapport si particulier à son don avait bouleversé le sorcier au-delà de ce dont il avait conscience. Il faudrait du temps sans doute pour qu’il parvienne à la comprendre.

    « Un art pas une science… »


[TERMINE]

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We will meet back on this road
Nothing gained, truth be told
But i'm not the enemy
It isn't me... The enemy...
MUMFORD AND SONS - THE ENEMY



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This weakness I feel I must finally show || Una

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