Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyDim 05 Déc 2010, 22:00




    Odhra était un lieu qui plongeait la plupart des voyageurs dans une terreur sans nom. Les moins courageux, préféraient allonger leur marche de quelques semaines plutôt que d’avoir à traverser ce qui était tout sauf une réplique du jardin d’Eden. Madwyn lui adorait ces feuillages sombres et cette atmosphère pesante, presque étouffante qui le prenait à la gorge et rendait chaque inspiration un peu plus difficile. Avec l’hiver qui s’était installé, le froid était devenu mordant et il devait souffler sur ses doigts gourds pour en retrouver l’usage. Un fourmillement parcourait alors la paume de sa main, et se diffusait dans tout son corps, lui donnant la désagréable sensation d’être dévoré par des milliers d’insectes. La nuit semblait être tombée d’un seul coup sur la jungle, comme si on avait refermé la marmite qui la contenait et le fourmillement incessant des animaux s’était tut. L’obscurité était si dense que le feu allumé par les deux sorciers n’éclairait que les visages et les mains de ceux qui s’asseyaient juste en face.

    « Si on force l’allure demain. On devrait pouvoir arriver au refuge avant que la nuit ne tombe. » Madwyn frotta ses paumes l’une contre l’autre et s’approcha du foyer.

    Une odeur de viande grillée s’élevait dans les airs et creusait l’appétit du sorcier qui aurait pu se satisfaire d’une bouchée de viande encore crue du lapin. Mais il ne disait rien,, se laissant doucement aller à la quiétude qui gagnait ses membres. Pour autant son cerveau était toujours en ébullition, et à travers la fumée et les flammes son regard scrutait sa compagne de route. Jullanar était de ces femmes que la boue n’inquiétait pas. Aventurière, décidée, et pourtant pondérée, elle éveillait chez le sorcier ce qu’on pouvait appeler de la considération. Elle avait une intelligence vive et savait se servir de son don, ce qui n’était pas donné à tous les sorciers. A cette pensée la bouche de Madwyn se pinça en un pli amer. De là où il se tenait, les yeux mordorés de Jullanar luisaient à la lueur du feu et lui donnait un air félin. Cela seul suffisait à ranimer sa haine envers sa propre personne et ses capacités limitées. Il enviait le statut de la jeune femme et cette obsession avait lentement bouffé le gamin puis l’homme qu’il était. Ravalant sa mauvaise humeur il saisit une cuisse de l’animal en train de rôtir et l’arracha de sa carcasse pour rogner la viande qui s’en détachait doucement. Soupirant d’aise il appuya son dos contre un tronc humide et étala ses jambes devant lui.

    « Qu’est-ce que tu espères trouver là-bas ? » Il grignotait tranquillement son morceau de viande, le regard passif, cherchant à ne pas montrer l’agitation dans laquelle ce voyage le transportait.

    En matière de magie Madwyn avait une connaissance étendue du sujet malgré son jeune âge et même s’il connaissait les limites qu’on lui imposait de par sa nature, il cherchait sans cesse à les repousser. De nouvelles informations, des découvertes pouvaient se cacher dans le plus anodin des manuscrits et pour cela il n’avait pas hésité à suivre Jullanar dans sa quête quand elle le lui avait proposé. Il jeta au loin l’os rogné, et suçota ses doigts avec méthode et application, son regard planté sur la silhouette de la sorcière. De constitution peu robuste, un visage anguleux, des cheveux en bataille, il avait encore cet air de poupon innocent qui jouait constamment en sa faveur. Mieux encore, son petit minois lui attirait bien des faveurs. Aussi usa-t-il du charme de son sourire, pour inviter la jeune femme à se confier.

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Jullanar Osgrey

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyLun 06 Déc 2010, 17:13

Il y avait bien longtemps que Jullanar n’avait plus traversé la jungle d’Odhra. Et celle-ci lui rappelait de nombreux souvenirs, pas toujours très agréables. Plus jeune, la magicienne avait craint ces arbres aux visages de suppliciés, ces lianes qui semblaient se mouvoir toutes seules, guettant le moment où elle ferait un faux pas, et tous ces animaux invisibles qui l’observaient… Heureusement que son père s’était trouvé à ses côtés, en ce temps-là. C’était d’ailleurs à cette même époque qu’elle avait rencontré le père de son compagnon d’aujourd’hui. Un homme qui l’avait impressionnée – comme tous les Sorciers du Premier Ordre qu’elle rencontrait alors – mais qui s’était révélé être quelqu’un de tout aussi bon que son père. En tous les cas, si Jullanar avait déjà traversé la jungle maintes fois par le passé, elle n’en gardait pas moins un certain sentiment de malaise. En ce jour d’hiver, ce n’était pas la touffeur qui lui donnait des sueurs froides, mais l’étrangeté du lieu. Entouré d’une végétation aussi dangereuse qu’effrayante, le Sanctuaire pouvait se targuer d’être bien gardé et d’être l’un des seuls lieux où il faille plus que du courage pour le rejoindre.

La voix de Madwyn la tira de ses pensées et ses yeux quittèrent le feu de camp qu’ils avaient dressé. Jullanar se contenta d’acquiescer. Ils avaient déjà parcouru une longue route – sans trop d’encombres jusqu’alors – et s’ils accéléraient leur allure, alors les deux Sorciers pourraient dormir dans un lit propre et sec dès le lendemain soir. Ce qui était probablement ce dont rêvait tout aventurier qui se risquait à traverser Odhra. Mais pour le moment, la seule envie de Jullanar était de dîner, la peur et la marche ouvrant l’appétit. Aussi, quand son compagnon de route entama leur menu, la magicienne fit de même et arracha l’autre cuisse de l’animal. La viande était chaude, mais pas suffisamment brûlante pour la lui faire lâcher, et Jullanar sentit la chaleur remonter dans ses doigts avec un certain sentiment de bien-être. La chair était tendre et elle se détendit au fur et à mesure qu’elle mangeait, appréciant le gibier comme il se devait. Le repas aurait pu continuer ainsi, les deux voyageurs savourant leur festin mais, à nouveau, ce fut Madwyn qui rompit le silence. Décidément, pensa Jullanar, les jeunes n’avaient plus aucun respect pour le caractère sacré du repas. Néanmoins, elle fit une pause dans sa dégustation et observa son compagnon. Sa curiosité était flagrante, même si sa question était posée sur un ton badin, comme s’il commentait le temps qu’il faisait. Jullanar n’était pas dupe de son sourire candide, bien qu’elle se méprenne sur son sens véritable et, tandis qu’elle arrachait de petits morceaux de viande avec ses ongles pour pouvoir continuer à manger tout en parlant, elle décida de lui répondre sans rien lui cacher. Après tout, si elle lui avait proposé de l’accompagner, ce n’était pas seulement pour obéir aux décrets du roi ou parce qu’elle avait besoin d’un garde du corps – elle aurait choisi quelqu’un d’autre pour ça – mais parce qu’il était un Sorcier, tout comme elle, et que ses préoccupations étaient les mêmes.

« Tu as probablement entendu parler du Manuscrit de Shaod ? Les mages du Sanctuaire le possèdent depuis des temps immémoriaux mais n’ont jamais réussi à le lire, ni même à l’ouvrir à cause du sort qui empêche quiconque de seulement essayer. Pourtant, on dit qu’Inasmir aurait réussi là où tous ont échoué. Certains vont même jusqu’à dire que c’est dans ce manuscrit qu’il aurait trouvé le sortilège ayant créé le Bouclier. Personnellement, je n’y crois pas. Jullanar avala un morceau de viande. En tous cas, il semblerait que la protection ait été levée et que l’ouvrage pourra bientôt être consultable. Ne me demande pas plus de détails sur la façon dont ils ont réussi à faire ça, je n’en ai encore aucune idée mais je ne doute pas qu’on nous expliquera tout une fois là-bas. »

Tout en continuant de déguster sa viande par petites bouchées, Jullanar observa son jeune compagnon. Quand elle avait reçu le message d’un de ses amis du Sanctuaire, la nouvelle lui avait fait l’effet d’un choc. Le Manuscrit était une légende pour tous les Sorciers de ce monde et nombreux s’étaient cassé la tête à tenter de venir à bout de ses mystères. Savoir qu’il serait bientôt accessible à tous ceux qui désiraient le consulter – du moins, c’est ce que pensait Jullanar mais connaissant les Sorciers gardant le Sanctuaire, il y aurait sûrement des tonnes de règles à respecter avant de pouvoir seulement poser un œil sur l’objet – lui avait procuré un sentiment d’excitation qu’elle savait ne pouvoir éteindre qu’une fois après avoir étudié l’ouvrage. Elle ne doutait pas que la même réaction gagnerait Madwyn.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyJeu 09 Déc 2010, 19:18



    Shaod. Le mot était lâché et transportait Madwyn dans un tourbillon de délices douloureux. Ce manuscrit était un véritable mythe dans le monde magique et bien malgré lui il avait fait couler du sang et tomber des têtes rien que pour les secrets qu’on le soupçonnait de conserver. Et pour cause, jamais barrière magique n’avait autant résisté au temps, à la patience et à l’effort conjugué de dizaines de sorciers. Il suffisait d’effleurer sa couverture pour être aussitôt saisit d’un délicieux frisson. Une fois, une seule le sorcier était parvenu à s’en approcher d’assez près pour être soumis à son aura. Tous les poils de son corps s’étaient hérissés et ses jambes maigrichonnes avaient peiné à soutenir son poids plume. Il avait bien faillit le toucher, mais l’un des gardiens du sanctuaire l’avait écarté. Celui là même qui avait nourrit les plus fortes réserves à son encontre. Dés lors il n’avait plus jamais vu le manuscrit, mais n’avait pourtant jamais désespéré de fouiller ses secrets.

    « Je ne pourrais donner un avis. Inasmir est bien trop mystérieux. » Et quelle force ! Le sorcier avait repoussé toutes les limites de la magie déjà connue et avait fait preuve d’une ingéniosité qui dépassait l’entendement. Si Madwyn n’avait pas été accaparé par l’envie qui le rongeait, il aurait bel et bien voué toute son admiration à cet homme. Qu’il tire son sortilège du manuscrit de Shaod ou pas, sa puissance n’était plus à prouver. Il aurait vendu père et mère rien que pour avoir un entretien avec le légendaire sorcier.

    « En revanche… »
    Souffla-t-il en dégainant un petit coutelas pour découper un nouveau morceau de viande. « Je trouve que c’est là une étrange coïncidence que la barrière qui protégeait le livre disparaisse quand celui qui en était le plus proche n’est plus qu’une ombre. » Pourquoi maintenant ? Mais ce n’était pas la question qui obnubilait le plus le jeune sorcier, c’était d’avantage ce qu’il pourrait en tirer. Esquissant un sourire, il donna à Jullanar un morceau qu’il avait soigneusement découpé avant de se servir lui-même. Avec la sorcière à ses côtés, nul doute que l’accès à l’ouvrage lui serait facilité. Si le vieux bouc qui l’avait pris en grippe était toujours là, il n’hésiterait pas à lui compliquer la tâche. Jullanar quant à elle, de par son statut et son amabilité s’était déjà gagné en grande partie les faveurs de la communauté. Rares étaient les choses qu’on voulait lui refuser.

    Le regard de Madwyn se perdit dans la nature touffue qui les environnait. S’il avait été seul, il n’aurait pas hésité une seule seconde à faire le chemin de nuit. La jungle d’Odhra ne l’effrayait pas autant qu’elle l’aurait du. Plus jeune il avait souvent repoussé ses limites en s’y enfonçant seul. Il se foutait comme d’une guigne des autres créatures vivantes, ce qu’on avait prit pour une communion avec la nature n’était rien d’autre que la poursuite de son obsession. Maîtrise et connaissance était deux atouts qu’il comptait bien avoir dans sa manche. Pour autant il ne bougea pas, il n’était pas question de risquer un seul cheveu de Jullanar. Elle était bien trop précieuse à ses yeux pour qu’il se prive de cette manne de pouvoir providentielle.

    Il mastiquait la viande avec énergie, mais le goût avait perdu tout son intérêt. « En tout cas il y a du changement dans l’air. Rien n’a jamais été aussi possible qu’aujourd’hui. » Il y croyait, il se voyait à l’aube d’une toute nouvelle ère. On lui avait trop souvent répété qu’il n’y avait rien de sérieux à rêver ainsi, mais pourquoi se borner aux limites édifiées quand la magie les repoussaient sans cesse.

    « J’ai hâte d’en savoir plus sur cette histoire. »
    Une confession qu’il pouvait pour une fois faire à voix haute.

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Jullanar Osgrey

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyVen 10 Déc 2010, 14:17

Mystérieux était bien le mot. L’énigme Inasmir avait toujours rongé ses pairs et tous ceux qui s’intéressaient un tant soit peu à la magie. Et elle resterait probablement ainsi des années encore, à moins que l’intéressé ne réapparaisse. Aujourd’hui, si l’admiration de Jullanar pour le sorcier légendaire était toujours intacte, trop d’années étaient passées pour qu’il fasse toujours partie de ses principales préoccupations. Malgré sa trahison, le monde tournait toujours dans le même sens, non ? L’intervention de Madwyn la surprit, elle n’avait pas fait de rapprochement entre les deux événements. Y en avait-il seulement un ? La magicienne accepta volontiers le morceau de gibier que lui tendait son compagnon, tandis que la pensée d’une coïncidence se faufilait dans les méandres de sa réflexion. Sept années avaient défilées depuis, les sorciers avaient appris de leurs erreurs, alors pourquoi un collège de mages ne pourrait-il pas avoir réussi quand la magie est en constante évolution ? D’autant qu’Inasmir n’a pas été le seul à disposer de pouvoirs incroyables. Le magicien qui avait scellé l’ouvrage légendaire avait sans doute eu un don similaire. Et ils ne seraient sûrement pas les seuls à démontrer d’une magie exceptionnelle. A cette heure de la nuit, il était inutile de s’appesantir plus avant sur le sujet. Dès demain, ils obtiendront toutes les réponses à leurs questions. Jullanar avait encore suffisamment de patience pour attendre jusque là.

Jullanar changea légèrement sa position et, avant que la graisse de l’animal ne lui coule jusque dans les manches, avala une grande bouchée de son dîner. Elle commençait à être rassasiée et la fatigue commençait à étendre son emprise sur elle. Seule la perspective d’arriver au Sanctuaire demain, ainsi que le malaise que lui procurait Odhra, la maintenait éveillée. Et les interventions de Madwyn qui, décidément, semblait infatigable.

« Je suis d’accord. Bien que le Manuscrit de Shaod ne pourrait rien contenir d’autre que des formules aujourd’hui connues ou tout simplement un journal intime qu’on a définitivement voulu garder secret. »

Jullanar jeta un coup d’œil malicieux à son compagnon. Même s’il est fort peu probable qu’un sortilège d’une telle puissance ne protège que les pensées déviantes d’un magicien, de tels cas s’étaient déjà présentés par le passé. Kellan Osgrey avait eu affaire à ce type de déception, lorsque Jullanar avait une dizaine d’années. Un carnet écrit par une puissante magicienne des premiers âges, dans lesquels on pensait trouver quelques secrets. Après des heures de travail, le père de Jullanar avait réussi à lever le sort de protection pour ne découvrir que des lettres d’amour entre la magicienne et son amant. Le seul secret résidait dans la rédaction des lettres, qui comportaient des messages codés sur des lieux de rencontres – il semblait qu’il s’agissait d’une relation adultère ou, tout du moins, compliquée.

« Je suis néanmoins de ton avis. Quoique nous révèle le Manuscrit, ce sera incontestablement… » La magicienne s’arrêta soudainement, les sourcils froncés. « Tu as entendu ? » Jullanar jeta ce qui lui restait de repas et adopta une position accroupie. Elle jeta un regard rapide à Madwyn et, de simples mouvements de doigts, utilisa le vent pour apaiser la flambée de leur campement. Elle se garda néanmoins d’éteindre complètement le feu, se contenant de faire cesser les crépitements qui gênaient son audition.

Le bruit était désormais plus distinct, des craquements sinistres. Des détrousseurs ne feraient pas tant de bruit et ne se rapprocheraient pas aussi vite. Malgré l’appréhension qui la tenaillait, Jullanar ne pensa pas tout de suite à récupérer ses affaires ou à s’enfuir. Probablement une curiosité aussi malsaine que la jungle dans laquelle elle se trouvait. De toute manière, et même avec la plus grande célérité du monde, il était impossible de s’enfuir. La créature déboula, arrachant tout sur son passage de ses membres disgracieux. Jullanar avait juste eu le temps de se saisir de son bâton quand son regard tomba sur leur assaillant et la futilité de son geste lui apparut dans toute sa splendeur.

« Un troll ! » fut tout ce qu’elle réussi à déglutir.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMer 15 Déc 2010, 17:22




    Trouver le sommeil maintenant lui serait impossible. Madwyn faisait parti de ces animaux qui tournaient en rond sans fin dés qu’une idée venait à les saisir. Des centaines de nuit, il était resté éveillé, compulsant des notes de toutes sortes à la seule lueur d’une bougie, ou faute de moyens sous la lueur de la lune étant donné qu’il lui était impossible de créer un charme lumineux qui dura toute la nuit. Dormir, comme manger, passait radicalement au second plan et on l’avait souvent taquiné en lui disant que les pages d’un livre n’allaient pas le remplumer. Remarque dont il n’avait cure, d’apparence fragile, il possédait une agilité et une force qu’on ne lui soupçonnait pas. Ainsi il ne remarqua pas la fatigue de sa compagne de route, et les interrogations continuèrent à couler de sa personne. La viande ayant perdu tout son intérêt, il posa son morceau sur une pierre qui formait le foyer et essaya ses mains sur son pantalon. Malgré lui il répondit au regard malicieux de Jullanar par un sourire. Décidément, il tenait vraiment cette sorcière en haute estime et appréciait son esprit vif et moqueur. Il ne doutait pas qu’à eux deux ils formeraient un esprit complet et surtout indestructible. Le seul problème de la jeune femme était cette foi immodérée qu’elle avait en la bonté et cette gentillesse écœurante qui lui collait à la peau.

    « Quiconque veut réellement garder un secret, ne le coucherait pas sur papier. » fit-il en renâclant avec mépris. Il détestait cette sotte manie qu’avaient ses pairs de coucher chacune de leurs pensées et surtout de s’entêter à penser qu’elles demeureraient inconnues. Si l’on voulait vraiment taire les choses, il fallait éviter de les formuler à voix haute ou d’en laisser trace. Ainsi ils avaient beau spéculer tous les deux sur le contenu du manuscrit et en plaisanter, il n’en demeurait pas moins qu’ils étaient fermement convaincus que sa découverte serait intéressante.

    A la brusque question de la magicienne, et à son attitude méfiante, Madwyn prêta de nouveau attention à ce qui les environnait. Leur conversation l’avait tellement excité qu’il avait oublié la prudence de rigueur dans un tel endroit. Il s’accroupit au sol également de façon à être soustrait à tous regards par la végétation alentour et son regard acier fouilla les ombres qui les entouraient. Il nota le geste de Jullanar pour baisser l’intensité du feu, toujours aussi émerveillé par la façon dont elle faisait corps avec la magie, comme si cela ne lui avait pas demandé plus d’effort que de respirer. Lui en revanche, malgré ses aptitudes, devait observer plus de concentration quand il manipulait la magie.

    Retenant sa respiration il se concentra pour percevoir ce qu’avait entendu la sorcière. Il ne lui fallu pas longtemps pour repérer la source de son inquiétude. C’était proche, rapide, et visiblement imposant. Au même moment où une masse se dessina dans l’obscurité, une odeur nauséabonde envahit ses narines et souleva son cœur. La pensée se forma dans son esprit en même temps que Jullanar s’exclama à voix haute. La bête était immonde. Au moins deux mètres de haut, des mains comme des pelles, un visage bouffé par la petite vérole et des yeux d’un jaune pisseux. Son souffle en aurait fait tourner de l’œil plus d’un. Ils ne pourraient jamais le fuir, le troll était là dans son élément. Il faudrait se battre, ou mourir. Pour l’instant le monstre ne faisait rien, seules ses narines s’agitaient, sans doute émoustillées par l’odeur de la viande grillée. C’était sans doute la fin qui l’avait amené jusqu’à eux. Madwyn coula un regard vers la jeune femme, il ne pouvait pas laisser le troll la toucher. Elle était bien trop précieuse pour qu’il se risque à la perdre. Vif, il se redressa et plongea vers elle, utilisant son pouvoir d’invisibilité pour les faire disparaître tous deux. Cela suffit pour sortir le monstre de son apathie et qu’il tente de les attraper avec ses grosses mains. Furieux d’avoir échoué, il poussa un grognement terrifiant, répandant son haleine et sa bave dans les airs. Il s’agitait tant qu’il arrachait la végétation. Les deux sorciers eux atterrirent au sol avec lourdeur et Madwyn laissa échapper un grognement quand sa hanche cogna contre une racine. La douleur se diffusa lentement dans ses membres mais elle ne l’empêcha pas d’agir. Il ne possédait pas assez de puissance pour maintenir le sort d’invisibilité sur eux deux en attendant que la bête se calme. Il concentra donc toute son attention sur Jullanar et réapparut aux yeux de la bête. Il pouvait gagner du temps en attendant qu’elle invoque un sort assez puissant. Il fit tournoyer dans sa main le petit couteau qu’il avait et le planta dans le pied du troll. Ce dernier rugit de frustration et l’attrapa pour le porter à hauteur de sa petite tête. Il grogna une nouvelle fois et une large masse de bave s’écroula sur la tête et le visage de Madwyn et dégoulina sur ses épaules.

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyJeu 16 Déc 2010, 18:18

Le souffle coupé par le choc, il fallut un instant à Jullanar pour comprendre ce qui venait de se passer. Après l’instant de flottement qui avait vu le troll surgir de la forêt et tandis que la créature semblait se demander quoi faire maintenant qu’elle était arrivée au point fixé, Madwyn s’était ruée sur elle, la plaquant au sol tout en utilisant son don d’invisibilité. Elle avait senti la magie affluer sur sa peau, comme un liquide, ni chaud ni froid, qui la recouvrait de la tête au pied. Son compagnon avait réagit avec plus de jugeote qu’elle et avait développé suffisamment de puissance pour les englober tous les deux dans son sort. Même si elle ne le pensa pas sur le coup, les cailloux et les branches s’enfonçant à différents endroits de son corps, Jullanar remercia le jeune Sorcier pour sa réactivité. Il venait tout juste de leur éviter de se faire arracher la tête.

Quand le sort de Madwyn cessa, il était déjà reparti à l’attaque, son couteau dérisoire face à un tel monstre à la main. Jullanar se redressa, accusant encore le coup. Le troll tenait désormais Madwyn entre ses mains, semblant déjà avoir oublié qu’un couteau était planté dans son pied. Si le courage du jeune mage était indéniable, il venait sans aucun doute de commettre une erreur. Ils auraient du profiter de son sort d’invisibilité, quitte à ce que Jullanar l’aide à la maintenir grâce à une incantation, pour s’enfuir le plus vite possible. Peut-être auraient-ils réussi à semer la bête après que celle-ci les eut perdus de vue.

Mais il était désormais trop tard pour penser à un plan qui aurait pu fonctionner s’ils avaient pu mieux analyser la situation. Madwyn était coincé au-dessus du sol, à servir de mouchoir à un troll, et allait sûrement finir en entrée si Jullanar ne réagissait pas. Son bâton lui était complètement inutile face à une créature de ce genre. La peau des trolls était dure et seule une lance suffisamment aiguisée ou une lame perforante serait à même de blesser considérablement la bête, si ce n’est la tuer. L’unique solution qu’elle avait pour le moment était de faire comme Madwyn et d’utiliser ses propres dons. La métamorphose ne servirait à rien. Ne pouvant devenir dragon, aucun animal de son bestiaire n’était susceptible de se confronter à un tel géant. Après avoir abaissé l’intensité des flammes, le vent allait de nouveau venir à son secours, de même que le feu de camp.

Jullanar ne tergiversa pas plus longtemps et concentra toute son énergie dans sa main droite. Ses yeux s’illuminèrent tandis qu’elle se saisit du vent, l’amenant à rouler sous les flammes presqu’éteintes pour les raviver. Il lui fallut faire un effort particulier pour rassembler la braise rougeoyante et utiliser le vent pour envoyer les morceaux de bois fumants en une rafale parfaitement ciblée. Le courant d’air enflammé atteignit le troll dans les yeux, lui brûlant les paupières et enfonçant des copeaux de bois rougis sur son visage. Aveuglé et hurlant de douleur, le troll lâcha Madwyn comme un vulgaire objet pour porter ses mains à sa trogne amochée. Aussitôt, Jullanar se précipita vers son ami l’aida à se relever, espérant qu’il ne s’était pas fait mal en tombant.

« Vite ! Dépêchons-nous tant qu’il ne peut plus rien voir. »

La magicienne empoigna son confrère et le tira à sa suite. Ils récupérèrent leurs quelques affaires, abandonnant le feu de camp et le reste de leur repas et ils se mirent à courir. Derrière eux, le troll gémissait toujours, de douleur et de fureur. On les disait peu malins. Jullanar espérait que celui-ci ne dérogerait pas à la règle et qu’il se contenterait de rebrousser chemin une fois sa souffrance atténuée. Tandis que les deux Sorciers couraient dans la jungle, suffisamment vite pour échapper à l’odorat du troll mais avec attention pour ne pas trébucher et se blesser, Jullanar jeta un coup d’œil derrière son épaule quand elle entendit un grognement différent des gémissements précédents. Le troll était en rogne et ses proies n’allaient pas s’en tirer comme ça. Dans des balancements presque comiques, la créature s’élança à leur poursuite, faisant fi des obstacles, qu’il écrasait comme Jullanar marcherait sur une feuille morte.

Jullanar força l’allure, même si elle avait déjà presque atteint sa vitesse maximale. Si elle continuait à ce rythme, elle allait vite être épuisée. Et elle connaissait trop peu la jungle pour savoir quels dangers – ou aubaines pour leur survie – pourraient se présenter. La seule chose dont elle était certaine était qu’elle avait pris la direction du Sanctuaire pour s’enfuir. Elle espérait maintenant que Madwyn aurait une idée, connaîtrait un ravin ou quelque autre endroit qui pourrait leur servir de refuge ou de piège pour le troll. Et si c’était le cas, qu’il se dépêche de lui faire part de son plan…

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMer 22 Déc 2010, 16:14




    Recouvert d’une couche de liquide visqueux et gluant, Madwyn avait bien du mal à contenir sa rage et également à rester conscient. La puanteur qui se dégageait du troll était telle qu’il avait l’impression que toutes ses forces le lâchaient et que ses yeux roulaient doucement dans leur orbite. Sensation encore accrue par le fait que le monstre le tenait dans sa main difforme et qu’il le serrait si fort que remplir ses poumons d’air était une épreuve. Pour autant le jeune sorcier n’aurait pas échangé sa place. Il fut aux premières loges quand la rafale de braise s’incrusta dans la peau de la bête et la fit glapir de douleur. Les yeux écarquillés par l’excitation, il admirait la puissance dont faisait preuve Jullanar et de l’intelligence qu’elle avait à se servir de ses pouvoirs. Chaque fois ses impressions ne faisaient que se confirmer, la blondinette était une magicienne puissante et agile. Des qualités qui avaient fait défaut à son père à l’époque. Le jeune homme poussa un glapissement victorieux alors que l’odeur de la chair brûlée se répandait autour de lui. Il eut à peine conscience de flotter dans les airs. Seul l’atterrissage le ramena brusquement à la réalité et il accusa le coup en grimaçant de douleur.

    Pas le temps pour autant de se concentrer sur la douleur diffuse qui irradiait ses membres. Avec l’aide de Jullanar il fut de nouveau sur ses pieds et ils se mirent à courir tous deux pour s’éloigner le plus possible du troll. Tandis qu’il se dépêtrait dans la végétation, le visage de Madwyn était pure expression de jubilation ? Chaque gémissement de douleur de la bête le transportait d’avantage et il trouvait que cette expédition s’améliorer de minutes en minutes. Si on voulait bien oublier le fait qu’il était couvert de morve.

    Le paysage défilait sous les yeux du sorcier à vive allure. Tout ce qu’il savait c’est qu’ils avaient prit la direction de leur destination finale. En revanche, il aurait été incapable de se situer clairement. Il ne reconnaissait rien. Depuis la dernière fois qu’il était venu ici, la végétation s’était faite plus dense et elle avait définitivement transformé le visage de la jungle. C’était également une des raisons qui faisait qu’elle était aussi dangereuse, il était difficile, d’une année à l’autre, de se référer à ses souvenirs. Aucun homme ne pouvait se targuer d’avoir conquit la jungle d’Odhra , elle garderait ses plus noirs secrets pour l’éternité.

    Madwyn tourna la tête pour observer leur adversaire. Ils avaient gagné une confortable avance le temps que le troll assimile la douleur, mais avec des bras gros comme des faucheuses et ses deux mètres de masse musculaire, la bestiole n’avait aucune difficulté à évoluer dans la végétation, contrairement à eux qui devaient éviter chaque obstacle. Ainsi chaque seconde qui passait rapprochait le monstre d’eux et viendrait un moment où ils sentiraient son souffle nauséabond dans leur nuque.

    « Jull’ on ne gagnera pas comme ça ! » Lança-t-il à sa comparse, en ahanant, le souffle de plus en plus haché à cause de la course. La brûlure qu’il ressentait dans ses muscles allait en grandissant. Si le troll les avait cueillis à leur entrée dans la forêt ils s’en seraient sortis plus facilement. Ce soir ils devaient ajouter la fatigue de plusieurs jours à pieds à leur fardeau. Le visage du sorcier se renfrogna. Il ne serait pas dit que Madwyn Dinaflet était un trouillard. Pilant net il apostropha Jullanar. « Il faut que tu l’immobilise ! » Son regard s’ancra à la silhouette du troll qui dodelinait en leur direction en arrachant tout sur son passage. Le sorcier délia ses doigts et la couleur de ses pupilles s’intensifia jusqu’à tirer vers le bronze. Le sourire qui se dessina sur son visage était pure appel du sang.

    « JULL ! »

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Jullanar Osgrey

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyJeu 23 Déc 2010, 11:40

Courir. Toujours courir. Il n’y avait plus que cette idée dans l’esprit de Jullanar, désireuse d’échapper au troll. Seulement, ce n’était pas aussi évident. La jeune femme avait failli trébucher plusieurs fois, l’obscurité cachant les trous et les pierres. La perspective de finir en pâtée pour troll la motivait suffisamment pour oublier que ses jambes commençaient à lui faire douloureusement mal – elle n’était pas habituée à courir ainsi – et que ses poumons allaient exploser si elle ne s’arrêtait pas bientôt. Jullanar jeta un coup d’œil derrière elle : Madwyn la suivait de près et le troll continuait de se rapprocher d’eux. Une confrontation serait bientôt inévitable. Quand elle retourna la tête vers la destination qu’ils suivaient, une branche lui fouetta le visage et elle y laissa quelques cheveux qui s’y emmêlèrent. La douleur ne l’arrêta pas pour autant, mais elle sentit le sang chaud couler sur sa joue gauche.

C’est l’intervention de Madwyn qui la fit ralentir. Il avait raison, ils ne s’en sortiraient pas de cette manière, aussi vite pouvaient-ils courir. Le troll faisait des enjambées bien plus grandes que les leurs et sa peau dure ne souffrait pas des gifles des arbres ou des pierres coupantes parsemant la jungle. Cependant, Jullanar n’avait aucune idée de comment se débarrasser d’un troll… Ce qui ne semblait pas être le cas de son ami. La Sorcière s’arrêta quelques pas devant Madwyn – ou derrière puisqu’il faisait maintenant face à la créature – et se tourna également vers la masse qui se rapprochait dangereusement. La jeune femme n’était pas faite pour le combat, du moins, ce genre précis de combat. La peur lui vrillait l’estomac, la bête était bien trop proche !

Jullanar sursauta. Elle reprit rapidement contenance et répondit à Madwyn d’un hochement de tête. Une toute petite seconde de concentration lui suffit pour commencer ce qu’elle savait si bien faire. Elle ferma les yeux un instant et ouvrit grand ses bras. Un vent se leva derrière elle, faisant doucement voleter son manteau et ses cheveux. Jullanar inspirait et expirait avec aise, complètement dans son élément. La bourrasque se déplaça devant elle et se faisait plus violente et plus forte au fur et à mesure qu’elle se déplaçait vers le troll. Soudain, Jullanar souleva ses paupières et ses yeux s’illuminèrent tel un feu de joie. Elle avait atteint sa puissance maximale. Le vent formait une sorte de barrière séparant le troll des deux Sorciers et sa violence était telle que la créature ne pouvait plus avancer que très difficilement. Il soulevait ses lourdes mains vers son visage défiguré, comme n’importe qui essayant de repousser les attaques du vent, rugissant de colère et de frustration. A son exacte opposée, Jullanar ressentait toute la puissance de sa magie crépiter dans son corps et sa peur l’avait définitivement quittée, remplacée par un sentiment d’apaisement, de bien-être. Sa nature profonde avait pris le pas sur ses émotions et elle aurait pu rester ainsi indéfiniment.

Le troll ne l’entendait pas ainsi. Malgré toute la puissance de son sortilège, Jullanar sentait la créature exercer une sorte de pression sur son « mur ». Elle fronça les sourcils, renforçant ses défenses. La fatigue du voyage jouait peut-être sur sa concentration et son pouvoir. La magicienne n’en restait pas moins soucieuse. Si le troll pouvait faire plus, alors elle ne tiendrait pas très longtemps dans cette position. Jullanar tourna ses yeux d’or en fusion vers Madwyn.

« Quoi que tu aies en tête, c’est maintenant ! »

Et Jullanar se demandait justement ce que son compagnon comptait faire maintenant qu’elle avait répondu à désir. Le troll était quasiment immobile et trop occupé à essayer de se débarrasser de ce vent qui l’importunait pour faire plus attention aux deux êtres humains qu’il convoitait. Il n’y avait pas de meilleure occasion pour Madwyn de mener à bien son plan, si c’était bien ce qu’il avait en tête. Et Jullanar était curieuse de voir ça…

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyJeu 20 Jan 2011, 21:28



    Quelle beauté, ne pouvait-il s’empêcher de penser, alors que le troll se rapprochait toujours plus. Une montagne de stupidité, vouée ni plus ni moins à la destruction. Ca lui apparaissait seulement en cet instant, et le moment était plutôt mal choisi, mais il se demandait ce qu’il aurait pu tirer d’une telle force brute, lui qui n’avait que des petits bras maigrichons. Il n’était pas sot, au point de ne pas se rendre compte qu’il avait négligé entraînement physique au profit de l’intellect et que cela pourrait dans certains cas lui desservir. Toujours est-il, qu’il éprouvait à l’égard du monstre puant une fascination toute malsaine. Même morte, la bête servait puisque ses différents organes étaient de puissants ingrédients pour toutes sortes de potion. Une merveille. Et celui-ci était un excellent exemple de la férocité que pouvait nourrir ses créatures. Il ne faiblissait pas dans son envie de réduire les deux sorciers en deux tas de viande hachée. On ne rencontrait pas souvent une telle détermination.

    Il fallut que Madwyn soit soufflé par une déferlante du pouvoir de Jullanar pour qu’il se concentre à nouveau sur le présent. Il se tourna vers la magicienne, toujours aussi galvanisé par une telle démonstration de puissance. Il avait l’impression que l’énergie qu’elle dégageait venait s’infiltrer en son être par les pores de sa peau, et il adorait ce petit chatouillis qu’il ressentait le long de sa colonne vertébrale. Encore une fois elle était totalement en phase avec son pouvoir, ça se lisait sur ses traits, et pour une fois la jalousie laissa sa place à l’admiration. Il aurait presque souhaité que ce déchaînement se heurte à son corps, pour qu’il puisse en prendre la pleine mesure. Son être tout entier tremblait d’anticipation. Un feu courrait dans ses membres, et pour une fois cela n’avait rien à voir avec le joli minois de la blondinette.

    Lorsqu’elle tourna son visage vers lui, et qu’il plongea son regard dans le sien, une explosion d’énergie le submergea, comme la montée de lave d’un volcan en éruption. Ses yeux prirent la teinte de l’or pur et après avoir opiné du chef, il se tourna vers la bête qui luttait toujours contre la bourrasque de vent qu’avait créée Jullanar. Sous le coup de l’excitation, sa langue vint taquiner sa lèvre inferieure et il leva le bras devant lui. S’il ne pouvait pas transpercer la carapace du géant, il prendrait le problème sous un autre angle. Fermant les yeux, il se concentra sur l’énergie qui virevoltait au creux de sa paume et la projeta vers le troll, comme s’il s’était agit d’une extension de son bras. Il eut l’impression de pénétrer la cuirasse de peau du monstre, et de s’infiltrer parmi ses organes. Il s’agissait maintenant d’être rapide et efficace. Il concentra toute son énergie sur le foie de la bestiole, et grâce à son pouvoir de télépathie, le balada dans tout son abdomen, puis le fit remonter dans sa gorge. Il s’attaqua de la même manière à d’autres organes, jusqu’à provoquer une hémorragie massive chez le troll qui s’étouffa bientôt dans son sang.

    Le souffle coupé Madwyn tomba à genoux, l’or quitta son regard glacier et il sentit une faiblesse envahir tout son corps. L’entreprise n’avait pas été simple, et elle l’avait vidé d’une bonne partie de son énergie, mais l’immonde bête était morte. Reprenant son souffle doucement, le premier son qui franchit les lèvres du sorcier fut un gloussement ravi, avant qu’il ne laisse pleinement s’exprimer son exaltation. Il avait vu le combat insensé de ce troll pour sa survie, et il l’avait vu échouer. Hilare, il chercha le regard de Jullanar avant de reprendre une contenance plus humble. Il se redressa péniblement, tant ses membres le faisaient souffrir, mais rien ne pouvait altérer sa bonne humeur et son regard pétillait d’allégresse.

    « C’est une chance ! Voilà des ingrédients tout frais. Si tu as un couteau je te tranche tout ce dont tu as besoin. » Fit-il en se rapprochant d’un pas léger de la sorcière.

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyDim 23 Jan 2011, 18:09

La puissance déchainée par Jullanar était impressionnante à elle seule. Combinée à celle que Madwyn libérait de son propre corps, la jungle d’Odhra devait être un phare pour tous Sorciers ou êtres magiques se trouvant à proximité. Si le Sanctuaire n’avait pas été au courant de leur venue, ils ne pouvaient maintenant plus ignorer que certains de leurs congénères étaient dans la région. Pour la discrétion, c’était raté. Il n’était d’ailleurs pas à négliger le fait que d’autres créatures, attirées par la magie, pourraient vouloir se diriger vers la source de toute cette agitation. Ainsi, il devenait plus qu’urgent de se débarrasser de ce troll.

Madwyn était prêt et, après qu’il ait tourné la tête pour se concentrer sur son action, la magicienne garda son regard doré rivé sur lui. Elle était curieuse de voir quel genre d’attaque il allait lancer. Jullanar connaissait les pouvoirs de son compagnon et se demanda comment il pourrait utiliser son don d’Invisibilité dans une telle situation. Elle le savait également télékinésiste mais, là encore, comment comptait-il utiliser cette faculté ? Ils ne possédaient aucune arme, fut-elle tranchante, et Jullanar ne voyait rien dans la jungle qui aurait pu en devenir une. La Sorcière fronça les sourcils. La résistance exercée sur son bouclier aérien se fit moins forte. Elle quitta des yeux son compagnon pour observer le troll. Il avait cessé la lutte contre le vent et semblait être en proie à un tout autre combat. Intérieur. Jullanar sourit. Malgré l’Ordre auquel elle appartenait, elle n’en était pas pour autant la plus sage et la plus savante de la caste des Sorciers et, visiblement, il lui restait beaucoup à apprendre sur les habilités de ses pairs. Et notamment sur l’utilisation de la télékinésie, qui n’était pas seulement le déplacement des objets dans un espace ouvert. Jullanar jeta un coup d’œil sur Madwyn, admirative de son esprit d’initiative et de sa ruse. Concentré à l’extrême, il continuait son œuvre et, si elle ne pouvait pas voir son visage de là où elle se trouvait, elle imaginait fort bien ses traits, qui avaient du être les siens quand elle avait commencé son sort quelques instants plus tôt.

L’attention de Jullanar revint sur le troll au moment où elle entendit un affreux gargouillement. La bête se tordait et crachait du sang comme un malade. Si elle tentait de crier, sa douleur s’étranglait dans sa gorge, ne trouvant aucun chemin pour sortir. Jullanar sentit son estomac se soulever. Elle assistait rarement à une mise à mort, encore moins à une séance de torture. Quelques instants plus tôt, elle avait admiré l’astuce de Madwyn, désormais elle en prenait toute la mesure et, quand bien même il s’agissait d’une créature du mal, qui ne pensait qu’à les dévorer, la jeune femme eut toutes les peines du monde à garder les yeux ouverts lorsque le troll rendit son dernier soupir, s’effondrant en faisant trembler la terre et en crachant un dernier flot de sang noirâtre.

Jullanar relâcha ses bras à l’instant même où son compagnon tombait à genoux, brisant son propre sort, et, n’y tenant plus, elle se retrouva à quatre pattes en train de vomir son dîner. Elle inspira profondément, s’assit sur ses talons, essuya sa bouche avec la manche de son vêtement et utilisa l’autre manche pour éponger son front plein de sueur. Après le déferlement du vent et les rugissements du troll, la jungle d’Odhra était d’un calme surprenant. La Sorcière douta même de l’endroit où elle se trouvait tant tout était silencieux, jusqu’à ce qu’un rire la fasse sortir de sa torpeur. Jullanar jeta un coup d’œil vers Madwyn, toujours à terre, qui semblait trouver dans l’hilarité le remède à la confrontation avec une mort certaine. Mais son rire un peu fou était communicatif et Jullanar ne put s’empêcher de sourire à son tour. Puis elle se releva, encore un peu mal en point. Tuer un troll semblait être un facteur de bonne humeur chez Madwyn et, Jullanar ayant besoin de se raccrocher à quelque chose après cette épreuve, calqua son humeur sur celle de son compagnon. Il lui fallut cependant un petit temps pour comprendre ce que la Sorcier lui disait. Puis elle se rappela que certains des organes du troll avaient diverses propriétés pour des potions ou des onguents. Seulement, avec le traitement que Madwyn avait infligé aux organes vitaux de la bête, Jullanar se demanda s’il y avait quoi que ce soit de récupérable et d’utilisable. Et puis il faisait toujours nuit, et le danger était toujours là. Une constante dans la jungle d’Odhra. La mine de la magicienne s’assombrit.

« Nous devrions plutôt reprendre notre route. Avec tout le tapage que nous avons fait, je doute que cela ait fait s’enfuir les autres créatures. » D’autant que le troll était désormais un grand festin pour tous les carnivores de la jungle et que l’odeur ne manquerait pas de les attirer jusqu’au cadavre. « Et il nous faudra trouver un endroit où dormir pour le reste de la nuit. Il nous reste encore de la route jusqu’au Sanctuaire et je suis percluse de fatigue. » Toute l’aventure vécue cette soirée lui retombait enfin dessus et Jullanar n’avait désormais plus qu’un envie, se coucher et laisser le sommeil la submerger.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyLun 24 Jan 2011, 16:49


Madwyn avait ce besoin de fouiller dans les entrailles de la bête, de se confronter à sa mort et de mesurer par là, le déchaînement de sa puissance. La mort avait toujours exercé une part de fascination chez lui qu’il n’avait jamais réellement cherché à élucider. Toujours est-il qu’il ressentait toujours cette même vibration, quand un être mourrait de ses mains et qu’il cherchait par divers moyens à ne pas rompre ce contact trop vite. Certains auraient dit que c’était pour qu’il se rappelle qu’il était un être mortel lui aussi, mais Madwyn se sentait au-delà de ces convictions. A ses yeux, il n’était ni plus ni moins, qu’un dieu en devenir. Comment expliquer sinon, qu’il ait le droit de vie ou de mort sur tous êtres, sans en être réprimandé ?

Aussi eut-il du mal à comprendre les propos de Jullanar, qui l’appelait à l’ordre et la prudence. Perdu le jeune sorcier reporta son attention sur la carcasse inerte du troll et sur la montagne de promesses qu’il offrait. Poils, ongles, sang, yeux, peau… Tout chez cette bestiole trouvait une utilité quand il s’agissait de l’art de la magie et il avait du mal à se résoudre à le laisser là à la merci de simples charognards. L’allégresse qui le portait un peu plus tôt le déserta et il laissa ses deux bras pendre le long de son corps comme s’ils étaient deux choses inutiles. Son esprit tourna au ralentit, comme un mécanisme grippé, jusqu’à ce que la voix de la sorcière blonde ne s’élève à nouveau à deux pas de lui. Mécaniquement il se tourna à nouveau vers elle et émit un grognement sourd.

« On devrait pouvoir trouver un abri pour la nuit. Avec un tel machin, aucune bête ne pensera à nous suivre. Ils auront bien assez à faire avec lui. » Dit-il en opinant du chef en direction du troll. Son regard s’assombrit quand il se posa à nouveau sur le cadavre inerte de la bête. D’autres allaient se repaître de « son œuvre » - il avait rapidement oublié l’aide de Jullanar-, et cela le mettait dans une rage folle.

« Il ne faudrait pas que tu tombes en miettes après tout ça pas vrai ? » Ajouta-t-il en dardant son regard dans celui de la jeune femme. Puis après quelques secondes, à contretemps, il esquissa un sourire.

Sans attendre de réponse il reprit donc la route, réalisant au fur et à mesure de ses pas qu’il garderait pendant quelques jours les séquelles de sa rencontre avec le troll. Outre les bleus, il avait malmené ses muscles –ne riez pas il était plus impressionnant qu’il n’y paraissait- et sans aucun doute la réussite de ses tours serait aléatoire. Une bien mauvaise chose quand l’on pensait à la découverte qui l’attendait sûrement à à peine un jour de marche. Prenant garde à l’endroit où il posait ses pieds, il scrutait l’obscurité à la recherche d’un abri qui leur serait plus profitable que le suivant. Il aurait été plus avisé de continuer à marcher jusqu’à ce qu’ils arrivent à destination mais il ne voulait pas épuiser d’avantage Jullanar. Quoi qu’il arrive il gardait toujours en tête son intérêt.

« Regarde là bas… » Dit-il en gardant sa main dans la sienne après l’avoir aidée à franchir un obstacle. « Une caverne. Si elle est vide nous pouvons y installer un nouveau campement. Si tu as de quoi constituer une barrière protectrice dans ton sac, nous n’aurons plus à nous inquiéter pour le reste de la nuit. » Il l’entraîna à sa suite, prenant soin d’écarter les branchages à son passage. « Je passe en premier. » Il la lâcha brusquement et s’approcha de la cavité à pas prudents. Une fois à l’intérieur les parois de la caverne lui renvoyait le son étouffé de ses pas. Il ne distingua aucune odeur forte. Si une quelconque bestiole avait vécu là au cours des dernières semaines, l’odeur de ses déjections n’aurait pas manqué de se faire sentir. La voix était libre.

« C’est petit. On va devoir se serrer. Mais ça ira pour quelques heures. » souffla-t-il, en revenant aux côtés de Jullanar.

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMar 25 Jan 2011, 14:59

Jullanar ramassa son sac. Son ami avait raison, même si des créatures les repéraient, ils auraient tôt fait de se concentrer sur la chair fumante et l’odeur du sang plutôt que sur deux êtres humains qui pourraient se révéler dangereux. La Sorcière ramena son manteau sur elle, le froid la mordant à nouveau après cette débauche d’énergie, et soutint le regard de Madwyn. Malgré le sourire en différé qui accompagna ses paroles, elle ne sut s’il plaisantait ou s’il y avait un autre sentiment – qu’elle n’arrivait pas à identifier – derrière. Madwyn pouvait parfois se montrer un peu étrange, elle savait d’ailleurs que certains de leurs confrères ne l’aimaient pas, mais Jullanar avait toujours pensé que le jeune homme était par trop impulsif. D’où le fait que ce qu’il disait ou ce qu’il faisait pouvait être mal interprété par les autres. Par ceux qui ne le connaissaient pas ou se contentaient seulement de ce qu’ils voyaient. Trop fatiguée pour réfléchir plus longtemps sur le sujet, d’autant que ce n’était pas important, Jullanar le chassa de son esprit.

Et suivit Madwyn qui avait entamé leur marche. Jullanar se sentait complètement cassée. L’effort de la course, la puissance magique qu’elle avait déchaînée et la fatigue naturelle d’une longue journée pesaient sur son corps et ses muscles. Néanmoins, le rythme de la randonnée lui fit du bien et, petit à petit, des sensations moins douloureuses lui revinrent dans les jambes. Elle était également bien contente de ne pas avoir à utiliser ses bras autrement que de les laisser pendre le long de son corps. Mine de rien, cette marche lui faisait du bien, même si elle ressentait de petites douleurs lorsqu’il fallait se hisser, faire de larges enjambées, ou lever plus haut les genoux. Jullanar faisait également très attention où elle mettait les pieds mais le silence qui était redevenu leur compagnon et l’obscurité lui donnaient envie de regarder vers le ciel et de profiter des étoiles. Malheureusement, le moment n’était ni à la rêverie ni à la contemplation de la nuit céleste.

Jullanar accepta la main de Madwyn avec gratitude pour escalader le mur de roches qui barraient le chemin. De là, il lui indiqua un endroit à quelques mètres. Avant même de pouvoir lui répondre, il l’entraîna à sa suite. Jullanar le suivit sans broncher, jusqu’à ce qu’il la lâche pour vérifier que la grotte était vide et pourrait les accueillir. La Sorcière attendit quelques instants et Madwyn reparut, avec une bonne nouvelle. Ils allaient pouvoir terminer la nuit en sécurité et peut-être même au sec. Rien de tel pour réconforter l’âme après une rude journée.

« Parfait. Allons-y ! »

Jullanar prit cette fois les devants et entra dans la caverne. Effectivement, celle-ci était tout juste bonne pour accueillir deux personnes et pas trop épaisses. C’était une chance que Madwyn n’avait pas l’allure d’un guerrier ni elle celle d’une matrone. De toute manière, elle ne leur restait que quelques heures avant le lever du soleil, l’endroit serait largement suffisant pour l’utilisation qu’ils allaient en faire : un dortoir. Jullanar tâta les parois, pour mieux se repérer dans la cavité, et, une fois trouvée sa place, déposa son sac et s’assit. Elle chercha un instant à l’intérieur de sa besace avant de jeter un coup d’œil penaud à Madwyn.

« Je n’ai rien pour constituer de barrière de protection. » Si Madwyn lui avait posé la question, c’est que lui-même n’en avait pas plus pour en faire une. Elle avait néanmoins une autre solution à proposer. « En revanche, nous pourrions utiliser ces branchages pour cacher l’ouverture de la grotte. Mais nous ne pourrons faire aucun feu, cette nuit. » Ou c’était l’étouffement garanti, sans compter un parfait signal pour les brigands du coin ou les rares prédateurs qui ne craignaient pas le feu.

Tandis que Jullanar rangeait les quelques affaires qu’elle avait sorties en recherchant de quoi réaliser un sort, son regard tomba sur les plantes qu’elle transportait toujours avec elle. Après la mort du troll, n’étant pas blessée, elle avait totalement oublié de demander à son ami si lui-même n’avait subi aucune blessure. Il s’était tout de même fait soulever de terre avant de retomber lourdement sur son séant. Jullanar n’avait que des bleus et des égratignures récoltées dans la course pour échapper à la bête, Madwyn avait sûrement besoin de soins avant de prétendre au sommeil. La Sorcière sortit les plantes de son sac et se tourna vers son compagnon.

« Es-tu blessé, Madwyn ? »

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptySam 05 Fév 2011, 16:53



Le sorcier s’effaça pour laisser passer sa camarade et lui emboita le pas. La chance qu’ils avaient, c’était que cette minuscule grotte s’était trouvée à l’abri des intempéries, et que son sol était sec, ils n’auraient donc pas à se confronter à l’humidité pendant ces quelques heures où ils feraient halte. S’infiltrant partout, elle était l’un des nombreux dangers qui guettaient les voyageurs parce qu’elle laissait un terrain propice à la prolifération des bactéries. Elle pouvait mettre à bas une montagne de muscles, rien qu’en s’attaquant à ses pieds, les faisant pourrir dans ses bottes. Par chance, elle les protégerait également des bourrasques de vent et ils trouveraient sans peine le repos qu’ils méritaient. La barrière de protection leur aurait assuré une certaine tranquillité d’esprit, peu facile à trouver après de pareils événements, mais elle ne leur était pas indispensable. Aussi Madwyn haussa-t-il les épaules quand Jullanar eut fait le tour de son sac sans rien y trouver. Il n’aurait pu la blâmer puisqu’il avait lui-même était négligeant sur ce point, une erreur qu’il ne reproduirait pas, quitte à emporter un sac deux fois plus lourd que lui la prochaine fois.

En revanche l’idée de la blondinette était ingénieuse, mais peu attrayante. Après avoir écorché sa peau dans les broussailles toute la soirée il n’avait pas franchement envie de fourrager dedans pour essayer de bricoler quelque chose, d’autant plus qu’en matière de « construction » il n’était pas l’élève le plus appliqué. Il s’y entendait d’avantage quand il s’agissait de détruire, son jeu favori. « Laissons ça. On ne va pas perdre de temps alors qu’on tient à peine debout. Eydis veillera pour nous. » Dit-il en se laissant glisser le long de la paroi rocheuse, grimaçant quand son fessier rencontra le sol de terre battue. Par chance, leur rencontre avec le troll n’avait pas été catastrophique et ils en sortaient tous les deux indemnes, quelques bleus, c’était peu payé quand on voyait le monstre dont ils avaient du se débarrasser. Ils pouvaient se considérer comme chanceux, bien que Madwyn refuse de mettre la victoire d’une telle nuit sur un élément aussi hasardeux. C’était leur force qui les avait tirés de là.

« Quoi ? Nooon ! » Se défendit-il aussitôt en secouant la tête. Charmeur, attentionné, un brin don juan. Mais ce n’était qu’une façade. Mal à l’aise avec les autres, peu habitué à partager sa routine, ses pensées, et les gestes les plus simples, il répugnait à ce qu’on le touche ou qu’on essaye de se rapprocher de lui. Des choses essentielles pour d’autres, étaient devenues accessoires pour lui, si bien que sa quête remplissait entièrement son existence. Il était satisfait de voir qu’un peu d’amabilité aidée de quelques mots bien choisi, lui offrait l’asile protecteur de sa solitude. Son sourire était un bouclier dont il se servait pour cacher tout le reste. Sans mère, il avait grandit à l’abri de ce que pouvait apporter une étreinte et il n’en ressentait pas le manque.

« Rien que le temps ne puisse effacer sans problème. Tu devrais dormir plutôt. Nous serons arrivés demain mais il reste tout de même un sacré bout de chemin à parcourir et je ne te porterais pas. » Il voulait bien croire que l’on devait un minimum de respect à une femme, et qu’entre autre, on ne devait pas mentionner son poids, mais il ne pouvait pas cacher que ses deux petits bras maigrichons ne supporterait pas une charge sur une longue distance, aussi délicate soit-elle.

« Et je ne te connais pas aussi serviable. » Ajouta-t-il, cette fois franchement amusé, et légèrement rougissant ?, parce qu’il ne s’imaginait pas coincé ici pour la nuit, les fesses à l’air et Jullanar tranquillement penchée sur son anatomie à lui appliquer des cataplasmes.

« Toi tout va bien ? » Se reprit-il cependant, remarquant qu’il n’avait pas posé la question.


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Jullanar Osgrey

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyJeu 10 Fév 2011, 18:32

La réaction de Madwyn amusa la Sorcière. Il ne devait effectivement pas être aux portes de la mort pour se défendre ainsi et jouer le rôle de l’homme fort, et Jullanar n’insista pas. Mieux encore, elle rit quand son ami déclara qu’il ne la porterait pas s’ils devaient continuer leur route cette nuit. De toute manière, à la vue de la différence de taille et de poids entre les deux compagnons, Jullanar aurait assurément pu transporter le jeune homme plutôt que l’inverse. Mais ce n’était probablement pas la meilleure remarque à faire devant un homme, suffisamment orgueilleux pour garder sa douleur pour lui. En tous les cas, cette pause faisait du bien à la Sorcière, tout comme à son compagnon, semblait-il.

« Oh mais c’était par pure politesse. Tu penses bien que je te laisserais te vider de ton sang, sinon… » lui répondit-elle malicieusement. « Tout va bien pour moi, également, juste quelques bleus et deux ou trois égratignures, rien que le temps ne puisse effacer, comme tu l’as si bien dit… »

Sur un nouveau sourire, Jullanar entreprit alors de remettre les plantes dans son sac. Elle en profita également pour réarranger tout son fourbi et se ménager un oreiller un peu confortable et sans écraser les provisions qu’elle avait encore en réserve. Pour le reste, le manteau d’hiver qu’elle avait sur le dos ferait office de matelas et de couverture. Si elle n’était pas aussi éreintée – par le voyage, l’affrontement avec le troll – Jullanar aurait sûrement eu du mal à dormir sur un sol aussi dur et inégal. Elle avait déjà dormi à la belle étoile et une journée comme celle-ci prouvait qu’elle menait parfois une vie d’aventurière, mais elle passait tout de même une bonne partie de ses nuits dans un lit douillet et, en cet instant, celui-ci lui manquait. Pourtant, la magicienne s’installa le plus confortablement possible, tournant le dos à Madwyn, et s’allongea sur le sol de pierre. Elle ferma les yeux, adressant une prière muette à Eydis pour les protéger cette nuit – du froid comme des bêtes sauvages – et sentit le sommeil gagner doucement ses membres et son esprit.

« Bonne nuit, Madwyn », murmura-t-elle avant de sombrer dans le monde des rêves.

***


La fraîcheur du vent du matin caressa le visage de la jeune femme. A travers ses yeux fermés, Jullanar sut que le jour était déjà levé. Ses paupières avaient une couleur gris clair. Si cela avait été une teinte plus orangée, elle aurait ouvert les yeux pour de bon. Mais elle ne le fit pas et se laissa retomber dans les limbes du sommeil. Jusqu’à ce qu’un chatouillement sur son nez ne la gêne. La Sorcière grimaça pour faire cesser cette sensation, agacée d’être à nouveau réveillée, mais elle continue et trotte désormais sur sa joue. Alors Jullanar ouvrit les yeux et sortit une main de sous son manteau pour chasser ce qui l’embarrassait tant. L’araignée se lança alors sur la main de la Sorcière, qui ne paniqua pas à la vue de la bestiole, et qui, d’un souffle, renvoya la noire dame dans l’obscurité de la grotte. Débarrassée de son assaillante matinale, Jullanar se redressa sur son séant, accusant quelques courbatures. Elle avait dormi comme une masse mais elle avait l’impression d’être encore plus mal en point qu’avant de s’être couchée. Elle s’étira comme elle le put, avant de remarquer qu’elle était seule dans la caverne. La Sorcière fronça les sourcils et chercha les affaires de son compagnon, mais il n’y avait rien. Il n’était quand même pas parti sans la laisser là ?

Un bruit au dehors lui fit dresser l’oreille. Jullanar se saisit de son bâton et se rétablit sur ses pieds. De ce qu’elle pouvait voir depuis son renfoncement dans la grotte, il faisait jour, il devait être dans les neuf ou dix heures du matin et un vent frais s’engouffrait dans la cavité. Celle-ci se trouvait à la vue de qui regardait dans la bonne direction et, apparemment, quelqu’un l’avait fait car le bruit s’approcha. Jullanar ne sut distinguer s’il s’agissait d’une bête ou d’un être humain car les pas se confondaient avec la broussaille écrasée, mais la Sorcière était prête à vendre chèrement sa peau…

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyDim 13 Mar 2011, 23:30


Cette fois Madwyn répondit au sourire de Jullanar sans arrière pensée. Il se laissa aller contre la paroi de la grotte, et les paupières à demi closes l’observa ranger ses affaires dans sa besace et doucement prendre ses marques. S’il avait été gêné quelques minutes auparavant par la présence de la jeune femme, il ne restait plus trace de ce sentiment chez lui maintenant. La jeune sorcière, avait ce don, de calmer l’agitation qui le gagnait. Un sourire toujours attaché à ses lèvres, il se reposait sur la quiétude qui émanait de la jeune femme. Il n’avait pas trouvé utile de répondre à ses propos, parce qu’il la savait dénuée de toutes mauvaises intentions et il n’éprouvait pas le besoin d’exprimer une vérité déjà affirmée.

Il aurait d’ailleurs bien voulu l’ignorer, mais il y aurait eu peu de chances qu’il la laisse elle-même en proie au moindre mal. Il voulait le mettre sur le compte de l’intérêt qu’il nourrissait à son égard mais il savait que leur jeunesse partagée n’y était pas innocente. Jullanar lui apportait une part de quiétude et de camaraderie qu’il n’avait jamais réellement éprouvée autrement. S’enveloppant dans ses propres vêtements, il chassa d’un grognement la niaiserie qui s’emparait de lui et se laissa glisser au sol. Il se recroquevilla sur lui-même, prenant le moins de place possible et se colla contre le roc de la grotte pour être certain de ne pas l’effleurer par mégarde. Son regard luisait comme celui d’un chat dans l’obscurité et ses prunelles restaient fixées sur la silhouette incertaine de la sorcière. Il avait toujours au bord des lèvres cet indicible sentiment. Amitié. Il recracha l’idée mais ses réflexions furent interrompues par la jeune femme. Figé, il retint son souffle, et avant qu’il n’ait trouvé la force de répondre elle s’était déjà endormie.

Il se laissa sombrer dans le pays des songes, l’esprit agité, et se réveilla alors que l’obscurité était encore intense. Il se laissa bercer un temps par la respiration calme de Jullanar à ses côtés, puis quand la torpeur de ses membres devint trop insupportable il s’étira comme un chat et s’extirpa de leur cachette. Ses blessures et l’aspect rudimentaire de leur « abri » l’empêchaient de s’abandonner aux bras de Morphée et plutôt que de s’acharner il préférait profiter de ce moment qui lui était octroyé. Une fois le nez dehors il fut giflé par la fraîcheur de la brise matinale et il frissonna. Il s’ébroua, retrouvant peu à peu les sensations dans tous ses membres et sous la pression grandissante qui lui chatouillait le bas-ventre il trouva un bosquet où se soulager, le nez en l’air et un vieil air sur les lèvres.

L’envie d’aller tirer la sorcière de son sommeil était grande. Chaque seconde qui le séparait de la découverte qu’elle avait fait miroiter la vieille était plus pénible que la précédente. Si ce qu’elle avait dit était vrai, s’il y avait eu une telle découverte, il fallait qu’il s’en empare. Qui sait c’était sûrement son avenir qu’il voyait se dessiner ce matin, à la lumière de ces pâlots rayons de soleil. Comment résister à un tel appel ? Pourtant il n’en fit rien, sans doute retenu par le souvenir de leur épopée avec le troll. Au lieu de cela il fouilla les environs à la recherche de quelque chose pour se remplir le ventre. Avec l’hiver qui trainait des paluches, la nourriture fraîche était de plus en plus difficile à trouver et même les animaux, épuisés par le froid, maigrissaient. Le temps semblait avoir suspendu son souffle et tout restait figé, à l’image d’une gravure. Cette immobilité forcée irritait le jeune sorcier qui avait besoin de sentir les choses vibrer autour de lui pour effleurer du doigt sa propre nature. Il trouva quelques racines, de vieux bulbes racornis d’un noir charbon. Leur goût n’était pas des plus agréables mais leur contenance en énergie était forte. Juste ce qu’il fallait pour arriver jusqu’à leur destination. Il prit de la glace qu’il mit dans sa gourde faite de peau de chèvre imperméabilisée, et la porta à même sa peau pour faire fondre son contenu. Tous ces menus travaux l’occupèrent bien assez jusqu’à ce qu’il décide qu’il était temps de sortir la belle au bois dormant de son sommeil. Rebroussant chemin jusqu’à leur abri de fortune il apparut devant Jullanar sans doute un peu trop brusquement.

« Eh bien… Tu es tendue comme un arc. Peut-être que j’aurais du insister pour te masser. » Dit-il en lui offrant un sourire qui relevait seulement la commissure droite de sa lèvre. « Je t’ai trouvé un petit-déjeuner. Tu avales tout ça et on y va. M’est avis que cette forêt nous a assez supportés. » Il lui tendit les racines restantes et la gourde.

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyDim 20 Mar 2011, 13:07

Jullanar relâcha ses muscles encore endoloris avec soulagement. Elle répondit à la petite provocation de son ami par un sourire mais elle ne se sentait pas moins honteuse d’avoir cru un instant qu’il l’avait abandonnée là, sans rien dire. Malgré une nuit de sommeil plutôt revigorante en dépit de l’inconfort, son esprit était encore en train de vagabonder dans l’hier. Peut-être que le froid de l’hiver suffirait à la réveiller pour de bon et à lui faire réaliser que toute cette aventure était désormais derrière eux et qu’avec un peu de chance, le reste du voyage se déroulerait sans encombre. Maigre espoir, puisqu’il s’agissait de la jungle d’Odhra, mais tout de même…

« Merci, Madwyn. » lui fit-elle en se saisissant de ce petit-déjeuner frugal.

Le jeune homme avait raison. Ils n’avaient que trop traînés et Jullanar avait la même hâte que lui d’arriver au plus vite au Sanctuaire. Non seulement pour voir ce manuscrit qui les excitait tant, mais aussi, du moins pour Jullanar, pour trouver un abri digne de ce nom et laisser le danger à la porte. A force de passer du temps plongée dans de vieux bouquins et à triturer son cerveau, la Sorcière avait sûrement perdu un peu de sa jeunesse et de son âme d’aventurière, si les deux n’allaient pas de paire… Elle avala donc son repas, se rendant compte qu’elle avait faim, et avala une dernière rasade d’eau avant de tendre la gourde à son propriétaire et de récupérer ses affaires dans la grotte. Une fois son sac à l’épaule, elle rejoignit Madwyn au dehors et ils se mirent aussitôt en route, direction le Sanctuaire.

Dans ce froid matin d’hiver, la jungle d’Odhra semblait parfaitement calme. Seuls les pas des deux compagnons faisaient craquer la légère couche de givre sur le chemin et cassaient les branches mortes qui tentaient d’attraper leurs chevilles. Pour Jullanar, cela avait un côté apaisant tout autant qu’effrayant. La faune semblait endormie et il devait effectivement y avoir quelques bêtes qui hibernaient en cette saison mais pour les prédateurs qui subissaient les rigueurs de l’hiver tout comme les êtres humains, la Sorcière les soupçonnait être à l’affut de la moindre proie. Alors si tout lui semblait calme derrière les arbres qui bordaient le chemin, elle savait que des créatures pouvaient les suivre silencieusement, attendant le bon moment pour leur sauter dessus. A moins que tout cela ne soit une manifestation de sa paranoïa exacerbée par Odhra. Aussi préféra-t-elle se débarrasser de ces sombres pensées et jeta-t-elle un coup d’œil à son compagnon de route. S’il craignait une nouvelle attaque, sa physionomie n’en laissait rien paraître. Ce qui rassura Jullanar. Même si ne pas pouvoir lire les émotions de Madwyn sur son visage l’avait souvent troublée, se demandant ce qu’il pouvait bien penser, dans des situations comme celles-ci, elle appréciait son impassibilité. En réalité, Madwyn avait toujours eu un petit côté étrange quand il s’agissait d’émotions et Jullanar s’interrogeait parfois sur ses véritables sentiments. Elle l’avait parfois surpris faire de drôles de moues à certaines de ses remarques ou à celles d’autres gens qu’ils avaient pu rencontrer ensemble, mais elle n’avait jamais réussi à mettre des mots sur ces différents visages qu’il croyait probablement que personne ne voyait. Mais Jullanar finissait toujours par se dire qu’il devait probablement réfléchir à autre chose dans ces moments-là ou qu’il était tout simplement de mauvaise humeur, ce qui pouvait arriver à tout un chacun. Néanmoins, le doute persistait et revenait par moment dans son esprit, comme si cela relevait d’une quelconque importance. Pour la deuxième fois en quelques minutes, Jullanar chassa ces réflexions et décida de briser le silence pesant de la jungle.

« Depuis combien de temps n’es-tu pas retourné au Sanctuaire ? » demanda-t-elle à son sompagnon. « Cela doit être grisant de retrouver les lieux de son apprentissage, non ? »

Pour avoir étudié sous la coupe de son père, Jullanar n’avait jamais connu ce sentiment en venant au Sanctuaire et, pour quelqu’un qui y avait passé une bonne partie de sa vie, ce devait vraiment être excitant de voir les changements d’un endroit et de voir de nouveaux jeunes Sorciers essayer de contenter leurs professeurs. Les quelques fois où Jullanar avait participé à ces cours au Sanctuaire, pendant que son père s’entretenait parfois plusieurs jours durant avec ses confrères, elle les avait beaucoup apprécié. D’autant plus qu’elle était en compagnie d’autres jeunes de son âge, de potentiels amis, ce qu’elle n’avait pas, ou très peu, à la capitale. Elle ne regrettait pas l’enseignement dispensé par son père, mais à un certain moment de son enfance, le fait de ne pas pouvoir jouer avec d’autres enfants quand elle le voulait lui avait profondément manqué. Tout comme ne pas avoir d’amis de sa propre condition. Elle avait connu Madwyn lorsqu’ils étaient petits, leurs pères se connaissant bien, mais leurs rencontres avaient toujours été trop courtes pour se lier et il avait fallu attendre qu’ils soient beaucoup plus âgés pour enfin devenir amis. Bref, Jullanar s’imaginait que le Sanctuaire devait être pour son compagnon l’un de ces lieux marquants propres à rappeler des souvenirs, souvent bons et drôles. Elle n’attendait plus que la confirmation de Madwyn.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMar 29 Mar 2011, 19:00



Alors qu’elle se restaurait, Madwyn observa Jullanar avec une attention accrue. La fatigue du voyage semblait d’avantage peser sur la jeune femme qu’il ne l’avait cru et un instant il se sentit désemparé, ne sachant comment il devait agir dans une telle situation. Il n’avait jamais pensé que pour sa propre personne et devoir tenir compte des envies et des humeurs d’une autre était un exercice compliqué. Une fois palié aux choses essentielles, comme le sommeil et la nourriture, il se retrouvait sans armes. Il y aurait sans doute eu des mots qui auraient ravivé la flamme dans le regard de la blondinette, mais il ne les connaissait pas. Ce n’était pas quelque chose qu’il avait apprit, et encore moins une attention qu’on avait régulièrement à son attention et qu’il aurait pu mimer. Rien de plus qu’une tape amicale dans le dos.

« De rien. » Souffla-t-il en faisant disparaître sa gourde dans les replis de sa cape. Au moins ses joues avaient-elles reprit un peu de couleur. Il attendit qu’elle soit prête pour se lancer à nouveau dans la végétation.

L’air était si vif qu’il se retrouva rapidement avec le bout du nez gelé et les doigts ankylosés. Avec une végétation aussi dense que celle de la jungle d’Odhra, il fallait quasiment un miracle pour voir quelques rayons de soleil réchauffer le sol. Leur volonté commune devait les pousser à avancer en silence, puisque ni l’un ni l’autre ne voulu lancer la conversation. L’avantage était qu’ils avançaient vite, et au fur et a mesure de ses pas Madwyn sentait l’usure de la nuit passée le quitter, pour être remplacée par l’anticipation. Agité par la confession que Jullanar lui avait faite, il ne parvenait pas à se l’ôter de l’esprit. Mais son obsession ne lui faisait pas oublier la sorcière à ses côtés, et encore moins cet amour commun qu’ils partageaient pour la découverte. Elle était sans doute le seul être vivant sur cette terre avec lequel il avait envie de découvrir ce que ce maudit manuscrit renfermait. Outre son affection toute mesurée pour la jeune femme, il ne fallait pas oublier qu’elle demeurait l’une des seules pour laquelle il nourrissait de l’admiration. Il avait encore en tête la formidable puissance qu’elle avait mise à l’œuvre la veille, et qui serait bientôt la sienne.

« Apprentissage ? » Le sorcier stoppa sa course et manqua de se prendre une branche dans le visage tant la brusque intervention de la jeune femme l’avait déstabilisé. Il retint avec peine un rictus de dégoût. Le sanctuaire… Il ne pouvait définitivement pas cracher ce mot quand il pensait à l’endroit où il avait grandit. Pour lui cela tenait d’avantage à la prison, où il avait du sans cesse ravaler son ambition et taire ce que son cœur chérissait plus que tout. Privé de famille, et d’amis à cause de son tempérament querelleur, il s’était rapidement entièrement consacré à sa marotte. Il avait la vanité de penser qu’il était seul responsable de la personne qu’il était devenue aujourd’hui et qu’il ne devait sa force qu’à lui.

« Tu sais ce qu’ils sont ? » Renchérit-il en bataillant avec la branche qui s’accrochait dans ses cheveux.

« De vieux débris confortablement installés dans leur ignorance. Ils refusent de voir que le monde est en train de changer. Inasmir n’était qu’un exemple parmi d’autres. Nous pouvons modeler notre destin, et certainement pas nous le laisser dicter. » Il fronça les sourcils, soudain sur la défensive.

« Y vivre est sans doute bien différent de ce que tu as pu te figurer. »


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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyJeu 31 Mar 2011, 18:14

Surprise par la réaction de Madwyn, Jullanar manqua de glisser sur une plaque de verglas qu’elle avait pourtant pris soin d’éviter. Dans un tout autre contexte, elle aurait sûrement commencé à rire de sa maladresse et de son ami aux prises avec une branche morte, mais le sérieux avec lequel il lui répondit la fit se redresser sans sourire et se tourner vers lui pour l’observer. Jullanar s’était attendue à toutes les réactions, même une absence d’enthousiasme ou à un « je n’ai pas envie d’en parler », mais certainement pas à un discours aussi virulent. La Sorcière ne doutait pas que passer de temps à autres au Sanctuaire et y vivre étaient deux choses différentes mais elle avait toujours été dans des classes où les professeurs avaient été bienveillants et intéressants. Ses souvenirs étaient-ils faussés par son désir de vouloir être avec des enfants de son âge et de sa condition ou bien Madwyn exagérait-il ?

« Je te trouve bien dur, Madwyn. »

Et c’était vrai. Concernant la vie au Sanctuaire, il avait peut-être mal vécu ces années passées loin de sa famille, surtout après la mort de son père et c’était quelque chose qu’elle pouvait comprendre, à un certain degré. Mais pour ce qui était des Sorciers qui vivaient et enseignaient dans cet endroit sacré, elle le trouvait vraiment sévère. Certes, il y avait plus de vieux magiciens que de jeunes et fringants Sorciers mais ils n’étaient pas forcément tous dépassés. Inasmir avait peut-être créé la surprise et annoncé le plus grand des changements, le Sanctuaire n’en restait pas moins alerte et désireux de faire avancer la pensée et l’exercice de la magie. Evidemment, il y avait quelques anciens érudits accrochés aux anciennes traditions mais la plupart de ses confrères avec qui elle correspondait régulièrement étaient très au fait des évolutions du monde, qu’elles soient magiques, politiques ou sociales. Si Madwyn n’avait plus remis les pieds au Sanctuaire depuis la fin de son apprentissage, cela expliquait sûrement pourquoi il traitait si durement ses anciens professeurs. Ou peut-être lui avaient-ils menés la vie dure et cela n’était que du ressentiment de la part de son ami. En tous les cas, Jullanar trouvait son compagnon bien amer et elle aurait peut-être eu mieux fait de se taire et continuer son chemin que de poser la question. Mais maintenant que c’était fait, elle ne pouvait pas le laisser croire que le Sanctuaire était toujours ce nid de vieux croulants qu’il pensait être.

« C’est donc tout ce qu’on t’a enseigné ? Qu’il n’y a qu’une seule façon de pratiquer la magie et qu’elle ne peut passer que par le Sanctuaire ? Que nous ne pouvons faire que ce qu’ils nous disent de faire ? » Elle haussa les sourcils avant de tourner le dos à son compagnon pour reprendre le chemin de leur destination. « C’est dans l’intérêt de notre Ordre et de la magie que d’utiliser nos certitudes, tout ce que nous apprenons, pour les faire évoluer, leur donner de nouvelles perspectives. Longtemps, les Sorciers ont été traditionnalistes, et il en existe encore, je te l’accorde, mais nous n’avons pas attendu Inasmir pour nous intéresser à la modernité. Il a ouvert les yeux à beaucoup de monde sur les possibilités infinies de la magie mais il ne fut pas le premier à s’y intéresser. » Jullanar se souvenait de quelques noms de Sorciers dont son père lui avait parlé et de leurs théories très avant-gardistes pour l’époque dont ils étaient issus. « Le Sanctuaire n’a jamais eu pour vocation de régir notre vie ou d’être notre gouvernement. C’est un lieu d’apprentissage constant, de découvertes et de partage de celles-ci. Ce que tu décides de faire de tes connaissances ou de ta vie t’appartient, c’est ce qui fait de nous des êtres libres. »

Jullanar enjamba un tronc couché sur le chemin et se demanda si son discours n’avait pas été trop pompeux, démagogue, si ce n’est complètement hors de propos. Elle n’avait pas envie de se disputer avec Madwyn et espérait qu’il ne prendrait pas mal ce qu’elle venait de dire. Discuter ne lui poserait pas de problèmes mais elle ne serait sûrement pas de taille après toute leur aventure de la nuit passée pour une altercation. Ralentissant, elle jeta un coup d’œil au jeune homme et lui adressa un sourire contrit.

« J’espère que tout cela ne te fait pas regretter d’être venu avec moi. »

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMar 05 Avr 2011, 19:55



Agitant les bras en l’air comme des moulinets il parvint finalement à se débarrasser de la branche qui, dans un dernier élan vint lui gifler le nez. Papillonnant des paupières, il se tourna vers Jullanar qui se redressait à peine. Il croisa son regard et il sut immédiatement qu’il avait eut tort de lui livrer le fond de sa pensée. Cela sonna comme une gifle mentale magistrale. Il en était réduit à porter un masque en permanence, et alors qu’il voulait croire qu’il partageait le même appétit que d’autres sorciers il devait se rendre à l’évidence. Le gouffre qui s’étalait entre lui et Jullanar n’avait pas de limites. La magicienne faisait partie de ces figures que l’on respecte dans le monde de la magie. Il savait que dans le sanctuaire son avis devait être considéré voir même recherché. Il respectait cette figure qu’elle représentait, parce qu’il aurait aimé être identique, mais l’aiguillon de la jalousie revenait chaque fois le tarauder. Il ne comprenait pas pourquoi son brillant esprit était à ce point rejeté.

Il y avait quelque chose de dérangeant à se rendre soudain compte que chaque action ou parole n’éveille pas l’intérêt mais la peur. Certains de ses enseignants, dont un en particulier, avaient même estimé qu’il représentait une menace. Encore tout jeune il avait du se heurter à une telle opinion et y faire face, mais il n’avait jamais réellement comprit où se situait le malaise. A cette époque il aurait eut besoin de quelqu’un pour le remettre sur le droit chemin, tout aurait encore été possible. Au lieu de cela il s’était refermé sur lui-même et s’était créé ses propres règles opposant au reste du monde un visage lisse et souriant. Sans appuis il avait craint pour sa vie. Sans repères il avait franchit des barrières qu’il n’aurait sans doute même pas effleurées si son père avait toujours été vivant.

Le regard sombre il fixait le dos de Jullanar qui continuait à se frayer un passage parmi la végétation et l’abrutissait d’un plaidoyer qu’il avait déjà bien souvent entendu et qu’il abhorrait. Pourtant il ne chercha pas à la couper, préférant la laisser au bout de ses explications et opérer un repli. Il se rangerait à son avis si cela pouvait la tranquilliser, mais son opinion était faite et on ne la changerait pas. Relevant la tête au moment où elle se retournait vers lui pour faire mine d’être absorbé par son monologue, et encore plus difficile, convaincu, il lui adressa un sourire affable et hocha la tête alors qu’il enjambait lui aussi le tronc d’arbre, non sans difficultés, ce qui lui permettait de pester sans que cela soit mal pris.

« Bien sûr que non je ne regrette pas ce voyage avec toi. Simplement nous avons deux vécus différents. Mais je dois avouer que je me suis un peu emporté. Je devrais profiter de l’occasion pour réviser mon jugement. » Il força sur les commissures de ses lèvres pour qu’elles se relèvent en un radieux sourire puis il tapota l’épaule de la jeune femme pour la tranquiliser. « Je ne te savais pas aussi passionnée. C’est à se demander pourquoi nous ne t’avons pas comptée dans nos rangs. » Et voilà qu’il s’incluait dans cette bande d’imbéciles. Les mots avaient un goût acide sur sa langue et il devait se retenir de ne pas simplement se la couper.

« Trêve de bavardages. Forçons un peu l’allure. J’en ai assez de patauger dans ce glacier. » Il préféra garder le silence le reste du voyage. De plus leur avancée était pénible. La neige et les éléments gelés leur demandaient plus d’efforts et de force pour avancer et même s’ils étaient constamment en mouvement, le froid finissait par s’infiltrer sous leur peau. Madwyn ne serait pas mécontent quand les beaux jours pointeraient à nouveau le bout de leur nez. En attendant il devait veiller à ce que le sien ne gèle pas. Toujours avenant il faisait en sorte de faciliter la progression de la magicienne, attentif au moindre signe de fatigue extrême mais elle tenait bon et renforçait son admiration. Quand enfin Madwyn distingua le petit édifice qui formait le sanctuaire il laissa échapper un soupir de soulagement. Ses muscles se relâchèrent soudain après tant d’effort et il attendait avec impatience le moment où il serait installé auprès d’un bon feu, une tartine de fromage dans une main et un verre dans l’autre. Jamais il n’aurait cru que la vue du bâtiment éveillerait en lui une telle joie. Puis il y avait toujours la promesse d’une étrange découverte.

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyDim 17 Avr 2011, 12:33

Jullanar avait conscience d’avoir poussé le bouchon un peu trop loin en prenant ses airs de moralisatrice. Malgré le sourire un peu forcé de son compagnon et sa réponse modérée, elle se doutait qu’il n’avait pas non plus envie de se lancer dans un rude débat et qu’il avait abdiqué dans le seul but de passer à autre chose. Jullanar n’avait qu’une vision adulte du Sanctuaire alors que celle de Madwyn était toute autre. Seulement, elle ne pensait pas que leurs images du lieu puissent être si différentes. Peut-être que cette visite changerait effectivement le jugement de Madwyn sur cet endroit d’érudition. En tous les cas, si son ami était capable de plaisanterie après son édifiant discours, c’est que rancune n’était pas gardée et qu’ils pourraient continuer leur voyage sans se trouver soudainement embarrassés.

A la demande de Madwyn, la Sorcière força l’allure. Tant pis pour la conversation. Il ne leur restait plus beaucoup de route à faire mais l’hiver les ralentissait et ils eurent tôt fait de se concentrer sur leur progression pour penser à discuter gaiement. Malgré la difficulté du chemin et les efforts constants, le Sanctuaire leur apparut bientôt et Jullanar joignit son soupir de soulagement à celui de son compagnon.

« Enfin ! »

Ces quelques secondes d’arrêt permirent au froid de s’infiltrer à nouveau dans les fourrures et quand des frissons la parcoururent, Jullanar se remit en marche. Elle dévala avec précaution le promontoire sur lequel ils étaient arrivés et rejoignit le chemin sommairement tracé – quasiment invisible pour les non-initiés – qui menait aux portes du Sanctuaire. Il ne leur fallut pas plus d’une petit quart d’heure pour les rejoindre et Jullanar sentait que la perspective d’être enfin arrivée avait fait s’envoler sa fatigue et, par voie de conséquence, sa difficulté à aligner un pas devant l’autre. Aussi, quand ils furent enfin devant les immenses portes ferrées, elle avait retrouvé le sourire et une mine plus réjouie. La Sorcière utilisa le heurtoir ouvragé qu’elle abattit sur les portes à plusieurs reprises. Le bruit résonna étrangement dans le silence de l’hiver et, si elle n’avait pas su ce qui l’attendait derrière, elle en aurait frissonné d’appréhension. Moins d’une minute plus tard, on ouvrait l’un des battants et le visage amical de Fosco Hamleigh s’y encadra.

« Bienvenue au Sanctuaire, voyageurs. »

Il s’effaça derrière la porte pour les laisser entrer puis la referma derrière eux dans un grondement aussi sinistre que si cela avait été la porte d’un vieux château frappé de malédiction quelconque. Puis il s’approcha de ses visiteurs et prit les mains de la Sorcière dans les siennes. Jullanar lui sourit en retour. Fosco était un mage du Troisième Ordre âgé d’une cinquantaine d’années et qui avait toujours été le correspondant privilégié de la jeune femme quand elle avait besoin d’informations. C’était celui qui devait probablement passer le plus de temps dans la bibliothèque du Sanctuaire – il était quasiment déchargé de tout enseignement auprès des jeunes élèves tant ses recherches étaient importantes et structurées – et qui avait apporté à cette mine d’information un classement et une indexation fort utile pour aider les chercheurs à trouver rapidement ce qui les intéressait. Et comme il s’était aussi très bien entendu avec le père de Jullanar, il était devenu une sorte d’oncle bienveillant pour la magicienne.

« C’est un plaisir de te revoir, Jullanar, nous ne t’attendions pas si tôt.
- Nous nous sommes mis en route aussitôt votre message reçu, cher Fosco. »

Il lui lâcha alors les mains et sembla remarquer enfin la présence de Madwyn. Il n’avait pas semblé à Jullanar utile de présenter son compagnon, que Fosco devait certainement connaître, mais son regard la fit quelque peu douter de cette certitude. Néanmoins, le Sorcier du Sanctuaire le salua puis il se tourna vers Jullanar, s’adressant aux deux voyageurs en la regardant.

« Vous avez l’air épuisés. Que diriez-vous d’une collation avant de nous pencher sur l’affaire qui vous amène ? »

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptySam 23 Avr 2011, 16:36



A mesure qu’il avançait sur le chemin, Madwyn se sentait écrasé par le poids de ses secrets. S’il détestait la forteresse pour de nombreuses raisons, elle n’en restait pas moins un phare dans son existence et avait imprégné la majorité de sa vie. Lui qui croyait s’en être affranchi se rendait compte à quel point il avait pu se tromper. Ses pas suivaient les mêmes traces qu’il avait laissées ici, enfant, puis tout jeune adolescent. Il ne pouvait totalement rejeter la force des enseignements qu’il avait reçus, ni la passion que cela avait éveillée en lui, ni même la frustration qu’il avait ressentie quand il s’était soudain rendu compte que ses efforts ne réveillaient pas l’enthousiasme qu’il avait escompté. Ce voyage qui l’avait d’abord enthousiasmé venait de faire ressurgir bon nombre de sujets qui réveillaient son inquiétude. Ici il n’était pas maître et il devait surveiller chacun de ses gestes avec plus de prudence encore car certains de ses anciens professeurs n’étaient pas dupes, ils savaient ce qui se cachait derrière son apparente amabilité.

La porte s’ouvrit dans un grincement et son cœur se mit à se cogner dans sa poitrine tant ce simple son et cette odeur de bois tapissait son esprit de myriades de souvenirs. Milles fois il s’était échappé des enceintes protectrices de la bâtisse pour aller courir l’aventure. D’abord dans les fourrés proches, puis de plus en plus loin, jusqu’à ce que les alentours du sanctuaire imprègnent son être et qu’il ne soit qu’un élément de plus tel la pierre ou la boue. Il avait su reconnaître la façon dont le temps avait affecté chaque pousse, poli chaque pierre, créé des dénivelés et ouvert de nouveaux chemins. Il avait façonné son esprit de la même manière, avec patience, laissant le temps et les éléments faire leur œuvre.

Revenant au présent, Madwyn avança à pas prudents à l’intérieur de l’enceinte. Fosco semblait partager la joie de Jullanar, et tous deux arboraient de magnifiques sourires. Se sentant obligé Madwyn en plaqua un non moins superbe sur son visage et éprouva avec aigreur les tiraillements sur sa peau agressée par le froid. Le vieux magicien était un monument au sanctuaire, éminent mais qui passait bien plus de temps le nez fourré dans ses ouvrages qu’à la pratique de la magie. Madwyn avait souvent supporté sa présence parce qu’il avait passé un temps non négligeable à l’étude de nombreux ouvrages. Fort heureusement, l’homme l’avait laissé la plupart du temps vaquer à ses occupations et ne l’avait pas assommé de discours moralisateurs, comme d’autres avaient pu le faire. Mais suite à une discussion qu’il avait surprise, Madwyn avait perçu que sa bienveillance s’était muée en réticence. Jamais pourtant il ne lui avait donné la satisfaction de vérifier ses doutes.

Il prit la main parcheminée du vieil homme dans les siennes et sous ses doigts encore vigoureux sentit que le temps là aussi avait fait son œuvre. La peau du vieil homme était aussi rêche que les pages des ouvrages qu’il tournait, et son teint cireux comme les bougies qui n’amenaient jamais assez de lumière. On aurait dit que son visage avait fondu sous l’effet du temps et ses traits étaient gommés. Il possédait pourtant, d’impressionnants sourcils qui s’agitaient dans tous les sens, guidés par le rythme de ses réflexions. On aurait dit que deux grosses araignées s’étaient greffées juste au dessus de ses yeux. Très vite l’homme ne posa son regard que sur la grande blonde qui le secondait et Madwyn éprouva du soulagement à ce que le charisme de Jullanar soit tel qu’il l’écarte de toute attention.

Il suivit les deux sorciers à travers les dédales de couloir de la forteresse, surpris d’en connaître toujours aussi bien les secrets et de voir que ses souvenirs n’étaient pas loin de la réalité. Il comprenait pourquoi cet endroit avait acquis ce statut si particulier de sanctuaire. Il était un refuge pour toutes les âmes égarées. Ils pénétrèrent dans une pièce dont tous les meubles avaient été rassemblés autour de l’âtre de façon à se préserver du froid persistant. L’air embaumait le bois et la sève et il y régnait une telle atmosphère de tranquillité que le sorcier laissa derrière lui les péripéties de son voyage. Son estomac se rappela à son esprit et il n’eut de cesse de retrouver la paix en voyant les plats déposés devant lui. C’était un repas simple mais tout de même généreux et Madwyn éprouva avec délice le piquant du fromage de chèvre. Quand il en eut assez, il versa sur une énorme tranche de pain de la liqueur de framboise et il saupoudra le tout de sucre, sa langue claquant contre son palais sous l’effet du plaisir. Pour atténuer les brûlures de sa gorge, il avalait de grandes lampées de lait chaud si gras qu’il coulait sur sa langue comme de la crème. Le ventre plein il se cala contre le dossier de sa chaise et parut enfin s’éveiller à ce qui l’entourait. Un sourire de contentement se déposa sur ses lèvres et disparut subitement lorsqu’un quatrième sorcier fit son apparition. Le regard qu’il lança à l’attention de Madwyn était clair, il n’avait pas l’intention de le lâcher.

« Alors dites moi… » Commença Madwyn, retrouvant un sourire sybillin. « Qu’elle est donc cette merveille qui méritait notre venue ? »


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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyDim 08 Mai 2011, 17:58

Si Jullanar était rongée par la curiosité et un ardent désir de découvrir enfin ce pour quoi ils étaient venus, elle n’en fut pas moins reconnaissante à Fosco de leur proposer de se restaurer et de se reposer avant de passer aux choses sérieuses. Après l’aventure qu’ils avaient vécue, ils pouvaient bien attendre quelques instants de plus. Le manuscrit ne s’envolerait pas. Aussi suivit-elle le vieux magicien à travers les couloirs du Sanctuaire. N’étant venue qu’en de trop rares occasions, Jullanar ne reconnaissait pas grand-chose hormis quelques salles ou pans de décorations qui l’avaient marquée pour une raison ou une autre. Ils rencontrèrent sur le chemin d’autres érudits et de jeunes Sorciers en apprentissage qu’ils ne manquèrent pas de saluer d’un simple signe de tête ou de plus amples formules de politesse, jusqu’à parvenir dans une salle qui avait été préparée pour leur arrivée.

La Sorcière s’assit sur l’un des confortables fauteuils qui entouraient la table recouverte de victuailles diverses et remercia Fosco avant de se jeter sur la nourriture comme une morte de faim. Car c’était bien ce qu’elle était. La veille, elle avait rendu son dîner et ce matin, elle n’avait eu que des racines pour petit-déjeuner. Tout comme Madwyn, elle appréciait son repas et, entre deux bouchées de pain et de fromage, discutait avec Fosco des dernières nouvelles du Sanctuaire et des Sorciers. A dire vrai, c’était le vieillard qui faisait toute la conversation, non seulement parce qu’elle avait la bouche plein à chaque seconde, mais aussi parce qu’elle n’avait rien de très palpitant à lui faire partager. Elle préparait certes une « mission de reconnaissance » dans les marais de Dorcha Dúil mais il y avait encore beaucoup à faire avec Aislin, qui devait leur trouver un compagnon de route, avant de se lancer. De plus, elle ne souhaitait pas alarmer son vieil ami pour rien, surtout s’ils revenaient bredouilles de ce dangereux périple. Heureusement, il y avait tant de temps que Jullanar et Fosco ne s’étaient revus que la vieux Sorcier se montrait particulièrement volubile même si lui non plus n’avait pas de grandes nouvelles à lui faire partager. En réalité, la jeune femme se demandait si le bibliothécaire ne passait pas trop de temps enfermé dans ses livres car, à chaque fois qu’ils se voyaient, c’était la même histoire : Jullanar ne pouvait pas en placer une. Elle le soupçonnait même d’utiliser son apparent silence auprès de ses collègues pour mieux collecter les ragots et lui en faire part lors de ses visites. Ainsi eut-elle droit aux dernières nouvelles sur à peu près tout ce qui concernait le Sanctuaire et ses pensionnaires, y compris ceux des cuisines. Il était étrange de constater que même les plus grands savants pouvaient se comporter comme les demoiselles de la Cour qui chuchotaient en riant derrière leurs éventails ouvragés. Cela amusait beaucoup Jullanar mais la pensée que beaucoup des Sorciers ne devaient pas apprécier Fosco fit peu à peu son chemin dans son esprit.

Le flot des paroles de Fosco se tarit quand un Sorcier fit son entrée dans la pièce. Jullanar ne le reconnut pas, pour peu qu’elle l’ait jamais rencontré, mais le regard qu’il posa sur Madwyn semblait sans équivoque. La Sorcière se tourna vers lui quand il posa la question pour laquelle ils étaient venus de si loin. Il sembla que ce fut le signal car Fosco se leva aussitôt de son siège, retrouvant son attitude habituelle d’érudit discret et bienveillant.

« Je vous propose d’aller la voir par vous-mêmes, chers amis. »

Avec un sourire, il prit la main de Jullanar pour l’aider à se lever puis la lâcha pour rejoindre l’homme qui était entré quelques instants plus tôt. La jeune femme n’entendait pas ce qu’ils se disaient et cela n’avait sûrement aucune importance alors elle profita de ce moment pour rejoindre Madwyn tandis qu’il se levait à son tour.

« Tu le connais ? »

Au même instant, Fosco invita ses deux invités à le suivre, lui et l’autre Sorcier, et c’était reparti pour une petite promenade dans les couloirs du Sanctuaire, cette fois jusqu’à l’objet de leur voyage.

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMer 03 Aoû 2011, 19:35



Le sourire de Madwyn s’élargissait à mesure que les secondes s’égrenaient, comme un moyen de mieux cacher sa nervosité. Le mage Ian, un grand brun à l’aspect solide et aux mains comme des battoirs, avait été l’un de ses professeurs tout au long de son apprentissage et sans doute celui qui posait le regard le plus sévère sur son « épanouissement ». Madwyn savait, il avait regardé au fond de son âme et y avait vu sa noirceur. Sa présence en cet instant n’était pas bon signe, et le jeune sorcier craignait que tous ses efforts aient été infructueux. Il n’était pas du genre à voyager simplement pour la beauté du panorama, chacun de ses gestes avait un but bien précis, une raison d’être. Perdre autant de jours pour un résultat nul était une véritable catastrophe pour lui, même si paradoxalement, son crapahutage dans les broussailles l’avait rapproché de la sorcière de premier ordre.

Il tourna son regard vers la grande blonde, ressentant un certain soulagement à la savoir là. Il fallait dire que de la sorcière émanait un je ne sais quoi auquel il était difficile de rester insensible. Sa perte aurait été un véritable drame dans le monde magique, à bien des égards. Encore jeune, elle avait pourtant déjà marqué les esprits et il ne doutait pas que son nom deviendrait légende. Tout comme le sien.

« Un de mes vieux professeurs. Je n’ai pas toujours été très patient face à ses enseignements. » Madwyn choisit de répondre sur le ton de la plaisanterie, déguisant à moitié le ressentiment que le vieux mage éprouvait à son égard. Personne ne pouvait lui en vouloir d’avoir été jeune et impétueux.

« Je regrette parfois d’avoir été si peu attentif. Ses conseils ont toujours été avisés. » Ajouta-t-il pour faire bonne mesure. Puis il emboîta le pas aux deux vieillards.

Plus ils s’enfonçaient dans la bâtisse et plus Madwyn était persuadé qu’elle faisait partie de ces choses immuables, même avec le temps. Serait-il revenu un siècle après qu’elle aurait toujours eut cette même odeur de vase de et feu de bois, ce même rythme, comme si elle influait sur ses occupants et non le contraire. Il se surprenait à évoluer du même pas discret que jadis, ses doigts courant sur la pierre nue et froide, le nez pointé vers le sol. Puis peu à peu les détails lui échappèrent, et son attention toute entière fut happée par ce vers quoi ils s’acheminaient. Ce manuscrit… S’il tenait réellement ses promesses il pourrait bien changer le cours de sa vie. Le sorcier de second ordre n’imaginait pas que les années de recherche aient pu être si pénibles et qu’une réponse lui soit ainsi offerte. Bien étrange destin.

Il entendit une clé qu’on faisait tourner dans une serrure et son impatience monta d’un cran. La porte grinça sur ses gonds et s’ouvrit sur une pièce peu éclairée et dont l’air été saturé de poussière. Une preuve supplémentaire de l’importance de cette découverte. Il attendit qu’on l’invite à entrer mais tout était trop lent et cérémonieux à son goût. Les secrets qui gisaient dans le flanc de ces pages avaient bien assez attendu. Il avança à pas rapides jusqu’à la table où avait été déposé l’ouvrage, le bout de ses doigts le picotant d’impatience. Sa mâchoire crispée trahissait son envie et la tension qui l’habitait.

« Sieur Dinaflet. » Il se retourna, le regard sauvage, surprit par cette brusque interruption. « L’honneur en revient uniquement aux sorciers de premier ordre… »


(oui tu as le droit de me fouetter Petit... Petit... 581219 )

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyVen 12 Aoû 2011, 17:44

Jullanar ne fut pas étonnée de la réponse de son camarade. Non seulement la patience n’était jamais la qualité première des enfants, mais elle imaginait très bien Madwyn en jeune garçon un peu rebelle, donnant du fil à retordre à tous les adultes autour de lui. Elle devait sûrement avoir quelques souvenirs de l’époque où ils étaient petits mais rien ne lui revenait à ce moment-là. Aussi se contenta-t-elle de suivre la petite procession des Sorciers à travers le dédale du Sanctuaire. Ils croisèrent assez peu de confrères et consœurs sur le chemin et, au fur et à mesure de leur avancée, Fosco et le deuxième Sorcier – dont elle ne connaissait toujours pas le nom et la fonction, soi dit en passant, ce qui devait témoigner d’une certaine agitation autour de leur objectif – s’enfonçaient un peu plus dans leur conversation animée et pourtant quasi-silencieuse. Jullanar profita de ces instants pour mieux appréhender les lieux, essayant de se rappeler quelles pièces elle connaissait, par quels couloirs elle était déjà passée. La construction labyrinthique du Sanctuaire la fit rapidement abandonner cette idée. Malgré un sens de l’orientation raisonnable, elle doutait de retrouver le chemin de la sortie, ou même de la pièce où ils s’étaient arrêtés pour se reposer quelques minutes plus tôt.

Heureusement, ils furent bientôt arrivés à l’endroit tant attendu. Le cliquetis de la serrure fut suffisamment bruyant pour que tout le bâtiment entende ce qui allait se passer. D’elle ou de Madwyn, elle ne savait lequel des deux était le plus impatient à l’idée de découvrir enfin le manuscrit pour lequel ils avaient combattu un troll, mais son compagnon ne s’en cacha pas car il fut le premier devant le pupitre où reposait un livre, tel une pierre précieuse sur son socle dans un trésor royal. Derrière l’épaule de Madwyn, Jullanar observa l’objet, sa couverture de cuir étonnamment bien conservée malgré l’âge que ses confrères attribuaient au manuscrit, ce qui signifiait que le Sorcier qui avait réalisé cet ouvrage possédait le pouvoir d’Enchantement. A dire vrai, cet ouvrage aurait très bien pu avoir été réalisé et écrit en cette époque. Et comme il ne semblait pas très logique d’enchanter un manuscrit sans grand intérêt, il y avait de grandes chances pour qu’il recèle quelque trésor.

L’intervention de Fosco fit presque sursauter la Sorcière qui, après avoir compris ce qu’il venait de dire, adressa un sourire presque embarrassé à Madwyn. La tradition et l’importance des rangs étaient profondément ancrés dans les mentalités du Sanctuaire – l’une des raisons pour lesquelles son père n’accepta jamais d’y enseigner et de s’y enfermer. Jullanar passa ainsi devant son compagnon et reprit son examen de l’objet. Elle se pencha sur le pupitre pour mieux observer les détails, appréciant les détails ouvragés de la couverture. Les motifs étaient anciens et ressemblaient un peu à ceux qu’ils avaient réussi à conserver du peuple elfique. Il n’y avait probablement aucun rapport entre les motifs et le contenu du livre mais les Sorciers avaient sûrement déjà du noter toutes ces choses.

« Quand avez-vous réussi à l’ouvrir ?
- Hier matin. Ce fut l’ancien professeur de Madwyn qui répondit. L’enchantement était très complexe et il nous a fallu un certain temps pour le défaire. »

Jullanar acquiesça. N’étant pas enchanteresse, elle avait toujours eu un peu de mal à imaginer la complexité que ce type de sort pouvait avoir, mais l’image qu’avait utilisée son père à l’époque avait été très parlante. Imagine une corde sur laquelle est fait un nœud différent toutes les deux coudées. Le lendemain, il lui avait apporté cette dite corde et l’avait chargée d’en défaire tous les nœuds. Ce qui lui avait pris un certain temps… Et c’était sans compter l’absence de magie ou le fait qu’elle connaissait l’état physique des nœuds, ce qui n’était pas le cas quand il s’agissait d’un enchantement, invisible à l’œil nu.

Finalement, Jullanar posa sa main sur la couverture du manuscrit et c’est avec une certaine appréhension qu’elle souleva le cuir pour faire apparaître la première page…


(Non, je te laisse la partie la plus croustillante à la place... Petit... Petit... 94528 )

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MessageSujet: Re: Petit... Petit...   Petit... Petit... EmptyMer 05 Oct 2011, 18:43




    Madwyn se mordit la joue et fit un pas en arrière, son regard morne balayant les deux illustres enseignants. L’interdiction était une gifle à son égo, déjà suffisamment malmené et quiconque qui connaissait le jeune sorcier savait que la patience n’était pas une de ses vertus. Relégué au rang d’observateur, il essayait de s’imprégner de l’aura mystique du manuscrit et suivait tous les gestes de Jullanar avec une minutieuse attention. Il leva les yeux au ciel, pestant intérieurement quand un des professeurs annonça que l’enchantement leur avait été difficile à lever. Il pensait ces vieillards grabataires et proches de l’extinction, ne doutait pas qu’il lui aurait fallu moitié moins de temps pour percer à jour les secrets de cette vieille relique. L’arrogance du jeune sorcier concernant sa magie était sans faille.

    Il poussa un soupir en voyant toutes les précautions dont usait Jullanar pour découvrir le manuscrit, sachant que la beauté de sa couverture n’avait absolument aucune incidence sur son contenant. S’il avait fait tout ce chemin c’était pour trouver quelque chose de concret et pas pour s’extasier sur un bout de cuir ouvragé. Au bord de l’évanouissement, tant l’impatience faisait battre le sang à ses tempes, il s’avança à nouveau. Il avait laissé Jullanar toucher le manuscrit la première, il ne voyait pas pourquoi il attendrait une seconde de plus pour lire ses pages. Il ne pouvait tout simplement pas.

    Une main se posa sur son épaule mais il se dégagea d’un geste rude, fusillant du regard le vieil homme qui avait tenté de l’arrêter. Ses pupilles s’enflammèrent, lumière dorée dans l’obscurité de la pièce et une main invisible contracta la trachée du vieil homme et l’obligea à reculer. Saisit de stupeur il porta une main à son cou et trembla sous le regard mauvais du jeune sorcier dont il fut le seul témoin avec son collègue enseignant. Rapide, les doigts de Madwyn effleurèrent une vieille page couverte de poussière. Le papier était à la fois doux et rugueux sous ses doigts, comme poli par les années mais toujours habité de matière. Les lettres dansèrent sous ses doigts et l’encre sembla s’estomper alors qu’une plainte, qu’on aurait dite provenant d’une gorge humaine, s’éleva de l’ouvrage.

    Une bourrasque s’en échappa presque aussitôt, projetant les sorciers au sol et balayant tout objet qui se trouvait dans la pièce. Une véritable violence qui se nourrissait au cœur du manuscrit et écrasait au mur les meubles qui retombaient en miettes et dont les débris étaient charriés dans un tourbillon qui enflait et emplissait tout l’espace. Un pied de chaise heurta même le sorcier à la tête et il se sentit désorienté. Puis le calme retomba d’un coup, laissant Madwyn pantelant. Hagard il prit quelques secondes pour se redresser. Le manuscrit lui avait disparut. Ne restait que le désordre provoqué par la tempête. Un souffle rauque soulevant sa poitrine, le sorcier de second ordre baissa son regard sur sa main tremblante, fixant l’extrémité de ses doigts comme s’il eut s’agit d’un mal extrême.


[ Petit... Petit... 343874 ]

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