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 L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë

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Galahad Caherval

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MessageSujet: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Dim 12 Aoû 2012, 09:30

     Bien que Galahad n'avait jamais perdu de vue l'idée de profiter de son lien avec la Princesse, ce n'était que récemment qu'il avait décidé de passer à la vitesse supérieure. Par là, il fallait comprendre que le Singulier allait désormais récolter les fruits de cette « amitié » qu'il avait entretenue jusqu'à ce jour sans en profiter. Pas comme il le désirait du moins. Pourquoi ce brusque changement ? Pour plusieurs raisons, les temps qui couraient n'étaient pas vraiment adaptés à la survie des Héritiers et il savait bien qu'il était dans le collimateur de quelques personnes non négligeables. Puis il y avait aussi Araëlle. Cette Héritière qui avait accepté d'aider le jeune homme en échange de sa fidélité, elle lui avait demandé d'exploiter au maximum son lien avec Izhi et tant qu'à faire, de se rapprocher encore davantage d'elle. Depuis le début de sa relation avec la demoiselle, Galahad avait cet objectif en tête et il attendait donc simplement le bon moment qui semblait être arrivé. De toute manière, il aurait été stupide de faire croire à Izhi qu'il ne soupçonnait pas clairement le fait qu'elle soit la Princesse, future Reine de Lanriel. Si jusque là il avait pu laisser le douter planer, avec ses récentes révélations et l'annonce publique de ses fiançailles, il était évident que le pot-aux-roses était vite découvert. En bref, c'était la suite logique de leur dernière discussion.

     Malheureusement la fugue de la belle semblait avoir rapidement avorté et elle était coincée au palais, certainement sous haute surveillance. Autant dire que s'il souhaitait pouvoir la voir, il faudrait que ce soit lui qui aille jusqu'à elle et non le contraire. Étrange revirement sachant que jusqu'à ce jour le roturier avait dû patienter sagement jusqu'à ce que la demoiselle daigne venir lui rendre visite. Un peu comme le gentil chien qui attendait le retour de son maître. Les choses allaient changer et cette entrevue serait déterminante. Certes, Galahad comptait aider Araëlle étant donné qu'elle était la seule à lui avoir offert quelque chose d'intéressant, mais peut-être que si la Princesse savait se montrer persuasive et convaincante, pourrait-il retourner sa veste ? Il allait au plus offrant et ne le dissimulait pas. Le jeune homme avait toujours été vénal et appâté par les richesses et le pouvoir. À chacun sa carotte.

     C'était donc avec cette idée en tête que le jeune homme avait quitté son habituel quartier pour se diriger vers le palais. Que comptait-il faire ? Frapper à la porte et demander à ce qu'on vienne lui ouvrir ? Oh, certainement, de toute manière la délicatesse et la subtilité ne faisaient pas vraiment partie de son mode de fonctionnement. Il aurait bien pu tenter de se faire bien voir d'une servante ou soudoyer un serviteur, mais c'était trop long ou trop coûteux et il devait la voir. Maintenant et pas dans deux semaines. Trop de choses pouvaient se passer en si longtemps. Aussi détendu qu'à l'accoutumée, le forgeron avait donc rapidement débouché dans le quartier de Dinas Uchel ou, soyons honnêtes, il ne passait que très rarement. Ce n'était pas son monde, mais c'était celui de son « amie » et peut-être lui permettrait-elle se quitter la fange où il avait toujours été ? C'était là l'unique raison de leur prétendue amitié et par conséquent, le roturier espérait que ce soit le cas. Ses pas le menèrent bien rapidement jusqu'au palais lui-même où les voyageurs pouvaient être reçus pour diverses raisons, sauf que lui en avait une seule et qu'il ne comptait pas la cacher. Arrêté devant le bâtiment, les yeux levés vers celui-ci pour le contempler, il dût certainement avoir l'air louche, car rapidement le regard d'un garde se fit sentir sur lui. Pas troublé pour deux sous, le Singulier s'arracha à la contemplation de tant de richesses, puis approcha de l'homme d'un air nonchalant pour lui adresser sa requête.

     ▬ Je suis venu pour voir la Princesse. »

     Cette déclaration sembla amuser l'homme qui devait certainement entendre ce type de déclarations bien fréquemment. Ou alors était-ce justement là le problème ? Peut-être que cette demande était si étrange que le garde ne pouvait le prendre au sérieux ? Pour être sincère, Galahad s'en contrefichait, tout ce qu'il voulait c'était que cet idiot le laisse entrer dans le palais pour qu'il puisse parler à la Princesse. Certes, le forgeron aurait été bien plus à l'aise s'ils avaient été dans une taverne du coin et qu'il n'avait pas dû jouer les imbéciles à venir la chercher. Mais la situation était spéciale et il ne cessait de se répéter ce qu'Araëlle lui avait dit « faire ce qu'elle voulait pour se faire bien voir. ». Oh, bien entendu elle ne connaissait pas le lien qui unissait les deux jeunes gens, sans quoi elle aurait aussitôt compris qu'en agissant de la sorte, il éveillerait aussitôt la surprise de la belle. Non, il devait simplement prendre sur lui et se montrer patient le temps qu'il parvienne à revoir la jeune femme histoire de mettre les choses au point. Après cela, peut-être qu'elle pourrait à nouveau venir le voir et non le contraire ?
     Le garde ne semblait toujours pas désireux de le laisser entrer et étrangement, Galahad se disait que les choses allaient être plus compliquées qu'il ne le pensait de prime abord. Oui c'était vrai, le roturier avait sérieusement cru qu'en se pointant ici il parviendrait à discuter avec la jeune femme la plus protégée de tout Lanriel et cela uniquement dans le but d'abuser de sa gentillesse. Au moins le garde pouvait se rassurer sur un point : l'homme face à lui n'était pas un prétendant désireux de se faire bien voir de la belle, bien au contraire. Sentant son impatience augmenter, il inspira légèrement pour tenter de s'apaiser avant de reprendre la parole d'un ton agacé.

     ▬ Je ne plaisante pas, si vous ne me laissez pas entrer, de toute manière je ne m'en irai pas d'ici. Elle me connait, allez donc la chercher ! »

     Son agacement était palpable et plusieurs personnes regardaient déjà dans sa direction. Bah, s'il attirait l'attention, au moins pourrait-il espérer que quelqu'un aille prévenir la Princesse que quelqu'un l'attendait à la porte. Pourtant, étrangement, Galahad se disait que les choses ne se passeraient pas aussi facilement. Il y avait intérêt à ce qu'Izhi s'excuse pour tout ce qu'elle lui faisait subir en ce moment ! Parce que, bien évidemment, tout était sa faute à elle. Comme toujours.

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Izhelindë Hardansson

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Dim 12 Aoû 2012, 17:16

    Certains éhontés auraient été à commémorer tant ils agissaient avec impudence, c'était là ce qui germait dans les esprits des factionnaires qui observaient, quelques-uns cois et d'autres gouailleurs, les lubies du roturier aux portes du palais. Les paries étaient lancés, l'indigent devait être de ces psychotiques qui osaient prendre quelques utopies pour des réalités – de grand luxe s'il-vous-plait ! Si ce n'était point le cas, un simple pochard n'ayant pas suffisamment cuvé son picrate bien que l'alcool ne semblait pas suinter par tous les pores de son épiderme. Quoi qu'il puisse en être, il était le centre des attentions mais ne gagnait que le droit d'être considéré du regard, car il était tout bonnement improbable que les huis lui soient ouverts. Il pouvait se mettre à les vilipender pour ne pas faire selon sa bonne volonté, sa contrariété n'emmènerait personne quérir de la princesse sous la requête d'un simple quidam de peu. Et pour cause ! Si cela aurait été du plein irrespect envers un membre de la famille royale, il se trouvait que la principale concernée n'était de toute façon pas ici. Elle communiquait peu si ce n'était avec une poignée d'élus minutieusement choisis, dont elle ne profiterait guère de la présence en ce jour. Tous vaquaient à leurs occupations, Dreann le premier, appelé par la coercition de son nouveau rang militaire qui lui prenait plus de temps qu'auparavant. Ceux qui la soutenaient donc dans l'actuelle tribulation qu'étaient ses fiançailles ne pouvaient la visiter, qu'à cela ne tienne, si nul ne pérégrinait jusqu'à elle, ce serait elle qui ferait long cours jusqu'à eux. C'était la raison pour laquelle tôt aux aurores, Izhelindë s'était diligemment préparée dans le but de voir l'une de ses accointances ou plutôt, l'une de celles de son père. Un noble sieur depuis longtemps estropié dans l'une des guerres qu'il eut autrefois menée, aux arrêts depuis lors et qui se passionnait pour les contes et légendes de Lanriel et du globe. Loin d'elle l'idée d'oser honnir sur son promis quand bien même ce fut un exercice auquel elle s'était cent fois adonnée ces temps-ci, son interlocuteur proche du monarque ne s'en ravirait pas, mais lui au moins ne lui refusait jamais une conversation sur des sujets que l'on jugeait inadaptés à une princesse. Trop curieuse, comme à l'accoutumé, trop songe-creuse ainsi enfermée dans sa prison dorée dont la sortie ne lui était autorisée que sous incroyable escorte. Un arroi de sentinelles qu'elle trainait, malgré elle, lors de tous ses déplacements hors de Coróin, et cette fois ne fut pas l'exception à la règle.

    Désabusée, elle l'était, face à tant de précautions et de méfiance, de la part de son pater et d'Athran également. Elle soupçonnait que plus que la protéger du monde, c'était le monde qu'il protégeait d'elle et ses innombrables facéties. La sylphide n'était pas habituée à se déplacer avec tant de cérémonie elle qui d'ordinaire ne le faisait que le plus discrètement possible. Bien piètre féline désormais, c'était tout en grande pompe qu'elle quitta ses quartiers pour seulement voguer jusqu'à l'autre extrémité de Dinas Uchel. Elle resta en compagnie du seigneur toute la matinée durant, jusqu'aux prémisses de l'après-midi qui avaient eu grand mal à dissoudre l'entrain de leur dialectique. Tout le temps de leur échange, la jeune femme s'était extirpées de l'amertume qui la tenaillait nuit et jour et de laquelle elle ne se voyait malheureusement pas être secourue. Elle rêvait, ça oui, elle rêvait de toutes ces odyssées qu'elle n'aurait probablement jamais l'opportunité de vivre à présent que ses obligations patrimoniales l'avaient rattrapée. Elle se remémorait, aussi, des péripéties vécues avec plus ou moins de terreur et d'amusement pour certaines, et qu'il lui faudrait mettre par écrit pour ne jamais les égarer plus loin que sa mémoire. Il y avait des places qu'elle ne reverrait pas, des camarades aussi, qu'elle avait appréciés et pourtant jurés de visiter pour de prochaines folies. Une autre vie, intègre et adulée qu'on l'obligeait à abandonner au profit de grandeurs plus fastueuses et grandiloquentes. Si elle aimait à se faire cabocharde et qu'elle n'aspirait qu'à une plus ample liberté, la résignation pointait lentement le bout de son nez dans l'esprit de la donzelle : et s'il n'y avait plus rien à faire contre la bienveillante astreinte des siens ? Et si, l'heure était venue de ne plus être cette pouponne insurgée qu'elle avait toujours été, alors que ses vingt quatre années approchaient à grands pas ? Peut-être que sa maussaderie dénonciatrice serait vaine, au fond, elle se savait irrationnelle dans sa façon d'agir alors que pour aucune aventure même épique, elle ne délaisserait le trône. Si elle-même ne parvenait plus à savoir quelles étaient ses véritables ambitions, la peine était définitivement perdue, exhumée dans un sol infécond et qui le resterait tant que l'incertitude demeurerait.

    Bien fade jugeote à laquelle se pliait l'héritière alors installée dans son coche pour retourner au palais, inconsciente de la scène qui se déroulait encore non loin de là. De longues minutes que le forgeron tentait de se faire entendre et obéir, sans succès, avec railleries et mépris en prime de tout ceci. S'il poursuivait dans son opiniâtreté et l'aplomb qui le bordait, nul doute que les gardes finiraient par lui faire visiter les geôles plus que les somptueux corridors de l'illustre demeure, et avait-il la sapidité de s'y risquer ? Hypothétique témérité qu'il n'eut néanmoins pas plus le loisir de prouver, alors que les phonèmes de l'escorte princière vociféraient que l'on fasse place pour leur passage. Si le roturier venu frapper aux portes dorées avait jusqu'alors refusé de mouvoir, il y fut contraint lorsque l'un des chevaliers manqua de le piétiner avec sa monture. En plus d'avoir aperçu le mufle d'un étalon de très près, le pauvre bougre dut endurer une lorgnade infatuée de la part du quidam tout de gloire monté qui fut promptement suivi de la voiture royale. Providence s'il en était, Izhelindë guigna distraitement par la fenêtre et croisa de manière totalement contingente ces prunelles mordorées qu'elle ne connaissait que trop. L'instant fut tant impromptu que la réaction se fit attendre, mais éclata bel et bien lorsque la jouvencelle somma à la cohorte de s'immobiliser, ce qui se produisit à la stupeur générale. Sans plus patienter, elle se pencha par l'ouverture pour s'assurer qu'aucune mystification ne s'était jouée d'elle et – Par Eydis ! - elle n'avait point encore perdu la tête ! Elle ouvrit aussitôt l'huis pour sortir du carrosse, contre l'avis de sa garde personnelle dont elle n'écouta pas même les propos, pour se diriger vers son ami.


    « Galahad ?! » Elle se stoppa à quelques pas de lui, ébaubie. « Mais qu'est ce que... Que fais-tu ici ?! »

    Une question qui méritait d'être posée, car le seuil de la demeure Hardansson était le dernier endroit où elle avait pensé le rencontrer un jour. Eberluée devant lui, elle ne prêta pas attention à l'effervescence alentour ni même à la position de garde-à-vous que prirent les sentinelles en l'apercevant. C'était la première fois qu'elle lui apparaissait telle la nymphe qu'elle était originellement, sans masque de roture, parée d'une élégance aux plus hautes vénus réservée. Une coiffure encore bien sobre mais qui ne s'apparentait à aucunes de celles qu'elle avait pu lui présenter, crinière relevée en une simple torsade alors qu'une tiare sans apparats ceignait son front, indice de royauté. Un faciès dégagé, rehaussé d'une touche de fard, plus propre que jamais. Mais de la pléthore de détails que son ami trouverait à remarquer, son habit serait de très loin le plus éloquent puisqu'à une année lumière si ce n'était plus des défroques desquelles elle s'était toujours habillée. Une robe de la meilleure facture qui soit, d'une teinte grenat, corsetée et sertie de discret doré et d'une plus présente couleur lactescente. Elle était digne, ainsi, de l'esquisse que l'on se faisait d'une vraie princesse, de la future souveraine de Lanriel. Face à ses calots, Galahad n'avait plus Izhi, plus d'invétérée écumeuse de dangers, mais il avait Izhelindë, l'héritière du royaume. Est-ce que tout cela changerait en quoi que ce soit la relation qu'ils avaient toujours entretenue jusqu'à présent ? Elle espérait que non, ignorante au plus haut point des réels desseins qui justifiaient l'initiative de son acolyte de pantalonnades, qu'elle ne cessait de scruter d'un air inquisiteur. Ce fut sans compter l'intervention du factionnaire qu'il avait auparavant importuné, les dires voisés de déférence.

    « Votre Grâce, cet homme prétendait vous connaître, comprenez que je ne pouvais prêter foi à ce qui me semblait être les affabulations d'un quidam lambda... »

    « Si fait, si fait... » Articula la dryade comme hypnotisée par le forgeron, duquel elle biaisa difficilement les mirettes. « Mais, euh... Oui, nous nous connaissons, parfaitement même ! C'est... Un vieil ami de la couronne, qui a entrepris un long voyage pour rallier nos murs. » Mensonges que ceci, mais elle avait parlé sans réfléchir, comme c'était souvent le cas, et tant pis si ses allégations tombaient en ruines par la suite. Elle reprit alors un semblant de contenance, et rassura le garde. « Reprenez votre service mon brave, je m'occupe de cela. »

    Elle fit ensuite signe à son comparse de la suivre puis rejoignit le coche, dans lequel elle s'installa derechef en conviant Galahad à en faire de même malgré la visible réticence de son escorte. La vie était bigarrée de surprises, excellente pour celle-ci, bien que la naïade s'inquiétait de ce qui en résulterait. Une fois assise en face de son convive, elle en fut particulièrement mal à l'aise, cherchant un repère du regard alors que la voiture reprenait sa route pour pénétrer dans le palais. Comment avait-il su ? L'avait-il toujours su ? Pourquoi était-il venu jusqu'ici, maintenant et de la sorte ? Lui tenait-il rigueur des faussetés qu'elle avait certifiées vraies ? Tant de doutes l'étreignaient, si bien qu'elle ignorait par où commencer. Malgré tout, elle lui adressa une risette étonnamment pusillanime, mais sincère.

    « Alors ? »

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Lun 13 Aoû 2012, 06:54

     Galahad ne savait pas vraiment comment les choses pourraient s'arranger pour qu'il espère se retrouver face à Izhi, mais visiblement Mynkor souhaitait l'aider dans sa démarche. Peut-être n'était-ce que le fruit du hasard me direz-vous, mais le forgeron ne croyait pas que de telles choses se passent sans raison. Lorsqu'un carrosse passa à ses côtés, le regard du jeune homme s'attarda sur la fenêtre un bref moment et sans réel but. Ce fut donc avec une surprise – moins forte que celle de la belle cela dit – qu'il croisa le regard de la Princesse et manqua de ne pas la reconnaître tant elle avait l'air différente de la Izhi qu'il connaissait. Non, elle était différente, c'était un fait clairement visible. L'espace d'un instant, le Singulier se demanda si son amie allait tout simplement l'ignorer parce qu'elle n'était pas dans son rôle de roturière, mais dans celui de la Princesse. Il fut toutefois rapidement rassuré lorsque la demoiselle somma à sa troupe de s'arrêter avant de se pencher par la fenêtre comme pour vérifier qu'il s'agissait bien de lui, puis se glissa hors de sa voiture. À la question qui lui fut posée, le jeune homme n'eut guère l'occasion de répondre que déjà le garde à qui Galahad s'était adressé, tenta de le dénoncer en le faisant passer pour un menteur. Heureusement pour lui, Izhi prit sa défense en inventant une raison à sa présence ici et même si elle était plus qu'improbable, le jeune homme resta silencieux, contemplant simplement la demoiselle. Elle était tellement différente de ce qu'il imaginait en voyant « La Princesse » et non son amie dans son esprit ! En réalité, il comprenait mieux qu'elle puisse avoir une foule innombrable de prétendants, il était vrai qu'elle avait encore gagné en beauté et en maturité avec tout ce qu'elle portait, bien qu'il la préférait tout de même en simple roturière.

     Comme la jeune femme l'invitait à la rejoindre dans son carrosse, le Singulier ne se fit pas prier puisque c'était là l'occasion tant attendue de pouvoir lui parler plus sérieusement. Une fois qu'ils furent face-à-face, Galahad ne se priva pas pour dévisager la demoiselle comme s'il la voyait pour la première fois, puis un sourire amusé et légèrement moqueur se dessina sur ses lèvres alors qu'elle prenait la parole pour prononcer un simple mot. Au moins une chose le rassurait : elle n'avait pas l'air énervée de le voir, au contraire même, plutôt... Heureuse ? Il ne le savait pas vraiment, mais cela n'importait pas particulièrement. Après un très léger rire, il répondit.

     ▬ Alors ? C'est tout ce que tu trouves à me dire dans une telle situation ? Ton rôle de Princesse te ferait-il perdre ta verve ? »

     Il était vrai qu'elle avait plus de répondant lorsqu'ils étaient de simples roturiers. Même si leur dernière rencontre avait été plutôt particulière il fallait l'avouer. Comment entamer la discussion d'un autre côté ? Il avait réussi à la prendre par surprise et elle n'était pas préparée à ce qu'il débarque de la sorte pour lui parler, ou même pour autre chose vu qu'au fond, le Singulier n'avait pas encore abordé la raison de sa venue ici. Comme il la fixait avec intensité, le forgeron continua.

     ▬ J'ai bien manqué de ne pas te reconnaître ! Ça te change de nos sorties, je pourrais presque être vexé que tu ne te sois jamais faite aussi jolie pour moi. Mais je te préfère en roturière donc je ne dirais rien. Pourtant, il parlait ! Simplement pour la mettre mal à l'aise et la faire culpabiliser de l'avoir pris pour un imbécile, même si ce n'était certainement pas l'intention de la belle. Je comprends que tu sois surprise cela dit, tu ne devais pas vouloir me voir débarquer de ta jolie vie de Princesse, sinon j'imagine que tu m'aurais parlé de ton identité depuis longtemps. Je parle de la vraie bien entendu, vu que tout ce que je sais de toi doit être totalement faux. Son ton était faussement déçu, comme s'il prenait conscience de quelque chose qui le blessait. Tu devais bien rigoler en voyant que je gobais tout ce que tu disais alors que ce n'était que des conneries. »

     Il voulait la faire culpabiliser, qu'elle se sente coupable de l'avoir traité comme quelqu'un de si peu important, qu'elle n'avait aucunement besoin de le tenir au courant de la vérité. Ce serait plus facile de la pousser à vouloir se racheter en lui glissant quelques idées pour réussir à atténuer ses fautes. Son sourire s'était envolé pour laisser place à une expression qu'elle devait lui connaître puisque c'était la même qu'il avait empruntée lorsqu'elle l'avait abandonné dans la Cité des Morts. La colère en moins. Il n'était pas énervé, juste profondément déçu. Ne lui laissant aucun répit, il ne baissa pas les yeux une seule seconde et la fixait avec sérieux.

     ▬ Cela dit, je comprends mieux ton coup sournois lors de la sortie à la Cité des Morts, puis le fait que tu disparaissais des semaines sans me donner de nouvelles pour réapparaitre comme une fleur. Au fond, je n'étais certainement qu'un simple roturier qui te tenait compagnie lorsque tu avais envie de te donner bonne conscience en fuyant du palais, non ? »

     C'était une question rhétorique, vu le ton employé il doutait que la demoiselle puisse lui dire quoi que ce soit avant qu'il n'ait dit tout ce qu'il avait sur le cœur. C'était le but d'ailleurs, il laissait si peu de silence entre deux critiques qu'elle ne pourrait pas en placer une, cela lui permettrait de mener son plan à bien. En espérant qu'il marche cela dit ! Galahad y avait longuement songé pour ne pas se planter et pousser la belle à lui être redevable, c'était bien plus son mode de fonctionnement que celui que lui avait suggéré Araëlle.

     ▬ Heureusement que tu as lâché quelques informations l'autre soir, puis je me suis fait accusé d'avoir voler la bague que tu as utilisé pour payer d'ailleurs. C'est comme ça que j'ai eu la confirmation que tu étais la Princesse. Tu peux être fière de toi Izhi, je ne m'en étais jamais douté. Enfin, Princesse, je dois sûrement de donner du vous d'ailleurs ? »

     Il ne comptait pas lui en dire davantage, simplement voir comment elle réagirait à l'idée qu'il puisse avoir été accusé de quelque chose d'aussi grave qu'avoir volé un bijou appartenant à la famille royale. Le Singulier espérait qu'elle culpabiliserait et beaucoup, cela n'en serait que mieux pour ses affaires. Mais déjà le carrosse arrivait à destination, il s'arrêta après un mouvement qui n'était pas familier au forgeron qui mettait les pieds dans un tel véhicule pour la première fois de sa vie. Et peut-être la dernière ? Jouant le tout pour le tout, persuadé de son petit effet, le jeune homme détourna enfin son regard, soupirant légèrement il baissa les yeux vers le sol pour lâcher quelques mots qui terminaient son intervention.

     ▬ Mais ne t'en fais pas. Je ne suis pas venu te demander des faveurs ou profiter de ton amitié. D'ailleurs est-ce qu'elle est réellement sincère ? Je ne sais pas, je ne veux pas te poser de problèmes alors je passais simplement pour te faire savoir que tu n'avais plus à t'en faire à mon sujet. Il leva les yeux vers elle. Je ne viendrai plus t'importuner, apparemment tes deux vies ne sont pas compatibles et tu as choisi de rester la Princesse, ce sera certainement mieux que nous ne nous voyions jamais plus. J'ai d'autres problèmes en ce moment pour avoir le temps d'enquêter sur ta personne pour savoir à qui j'ai affaire, puisque tu ne me fais pas assez confiance pour me le dire clairement. »

     L'hameçon était lancé, allait-elle y mordre ? Il avait émis l'idée de ne plus la revoir, si elle tenait réellement à lui - ce qu'il escomptait - elle ne le laisserait pas filer, surtout qu'il venait de lui avouer avoir de gros ennuis, peut-être que son côté protecteur prendrait le dessus ? Sans attendre de réponse, le jeune homme se redressa et sortit du véhicule de la jeune femme avant de tourner une dernière fois la tête vers elle, debout sur les dalles de la cour, allait-elle le retenir ? Peut-être qu'elle lui avait aussi caché son véritable caractère, mais il en doutait, sûr de son coup et de son effet.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Lun 13 Aoû 2012, 17:25

    Sa prolixité, elle l'avait effectivement délaissée avec ses guenilles d'indigente dans une encoignure de sa garde-robe. Elle en fut presque rubiconde, échappant un ricanement voilé d'embarras tout en plissant le tissu de son vêtement. Il n'était guère faux qu'elle l'avait habitué à plus de répartie, mais les places étaient ici interverties, il était parvenu à la surprendre avec une justesse dite providentielle et elle en demeurait passablement transie. Dans ses songes les plus extravertis, jamais n'aurait-elle songé le voir un jour devant les huis du palais, là où il n'avait aucune raison de musarder, lui qui abhorrait tant l'outrecuidance dont les plus hauts nobles se drapaient. C'était l'un des facteurs qui avaient toujours prémuni l'identité de la sylphide d'une contingente découverte, le simple fait que son camarade de méchefs ne coudoyait guère le même univers qu'elle, pas même de loin quand bien même il s'en offusquait. Inexorablement, il ne l'aurait pas épargnée des usuels poncifs sur la vanité seigneuriale qui plus est sertie de royauté, si elle lui avait confié toute la vérité sur qui elle était. Elle n'omettait point non plus qu'elle côtoyait nul autre qu'un Héritier, et si elle ignorait à quels sommets s'élevait sa foi, il n'en demeurait pas moins un partisan d'un sombre et ésotérique culte prohibé. Il certifiait être de la plus authentique translucidité, mais tout le monde couvait ses petits secrets et il ne faisait vertement pas exception à cette règle. Cependant, s'il y avait un acabit qu'elle ne pourrait lui retirer, c'était bien cette spontanéité avec laquelle il l'avait toujours entretenue de toute affaire, ce à quoi elle dut se plier sans plausibilité d'escamper l'inéluctable. Les bons comptes faisaient les bons amis, selon la maxime, et visiblement, elle croulait sous les dettes de conscience pour avoir usé et abusé de mystifications. Il avait commencé suavement – devait-elle lui transmettre sa gratitude ? - avec une épice d'humour avant que les sérieux méfaits ne soient abordés. Les accusations churent, lourdement, douloureuses mais tant véridiques qu'aucune objection n'aurait été suffisamment robuste pour s'y opposer. Il lui qualifia son désappointement, profond et particulièrement amer si elle en croyait la crispation de sa physionomie, presque écoeuré, si l'on voulait pousser le vice à ses extrémités.

    « Non... Ce n'est... »

    Des prémisses de tirade qui moururent sur ses lippes alors pincées, tout d'abord parce qu'elle ne trouva ni la force ni la manière de les poursuivre, ensuite car Galahad n'avait guère l'intention de ralentir son objurgation. Iris d'ambre fixés sur son honteuse carcasse, elle ne sut les affronter qu'itérativement et par bien courtes durées, alternant le regard de son interlocuteur à l'intérieur du cosse dans lequel ils se déplaçaient. La réalité était toujours rude à constater, plus encore lorsque l'on y était contraint avec une acrimonie fardée d'une placidité qui ne faisait qu'en enlaidir d'avantage les traits. L'orage devait tempêter au revers du calme que le forgeron prônait, de quoi assurément contraster avec les termes qui ourlaient son discours ininterrompu. Et s'il avait toute la légitimité de lui reprocher l'ensemble de sa théâtralité, il fut cruel d'attribuer la fourberie et la gouaillerie à ses intentions. Stupéfaite qu'il en soit ainsi, ses prunelles azurées se levèrent sur lui et l'observèrent sans mot dire, comme si ce simple mime aurait pu de changer de voie et de revenir sur les immondices si impunément décrites. Etait-il question d'une franche rancoeur ou d'une stratégie plus élaborée pour la meurtrir à chaque ponctuation, sans répit, sans qu'elle ne soit encline à vérifier que son pouls pulsait toujours. Elle se demandait, si le jeune homme avait longuement pensé à ce qu'il lui confierait dès lors qu'il la retrouverait dans tous ses apparats princiers, prompts à lui envoyer ses fondes assidûment lustrées de poison. Plus les secondes fluaient, avec elles l'implacable logorrhée, plus la nymphe se décomposait tout en ne quittant plus le regard de son vis-à-vis. Il fit soudainement référence à la nuitée passée ensemble, tel un binôme de pochards accablés par l'infortune et qui n'avaient trouvé d'autre moyen pour se réchauffer coeur et entrailles. La donzelle l'admettait difficilement, mais elle n'avait que de vagues réminiscences de cette fameuse soirée, et il lui avait semblé, en effet, que quelques confidences s'étaient introduites dans leur conversation quand bien même elle n'eut sûrement pas été des plus raffinées. Cependant, elle aurait juré par toutes les déités que son acolyte n'y avait nullement prêté attention, combien de balourdises contait-elle par jour, après tout ? Renfermée, elle l'était désormais, alors qu'il ne faisait que renchérir une déjà belle opulence d'injures sentimentales pendant que la voiture qui les conduisait s'immobilisait. Le rachis droit, les calots posés devant elle, la dryade n'observa pas son départ, prostrée dans une désolation plus échancrée qu'elle ne le dépeignait.

    Un long moment de mutisme succéda la descente de Galahad, ainsi à patienter pour la sentence que lui coûteraient ses proses loin d'être aimées. Les chevaliers s'inquiétèrent de l'inertie de leur princesse, l'un d'eux rallia l'ouverture du carrosse et proposa sa main pour aider Izhelindë à s'en extirper, ce qu'elle fit en s'appuyant à la poigne proposée. Ecorchée vive, saignée à blanc, elle sortit avec si peu d'enchantement que le quidam s'empressa de quérir de son état, mais elle n'en fit rien. Ses gemmes de bleu polaire guignèrent le fautif à cet émoi, si bien que l'aquilon sembla se lever sur lui pour lui infliger une froidure oculaire à lui en gélifier l'hémoglobine. En cet instant, indéniablement, elle le haïssait.


    « C'est donc pour ça... Juste pour ça que tu as fait tout ce chemin, pour m'envoyer tes ignominies au visage ?! Me tenir rigueur est une chose, mais remettre tout ce qui nous unis en cause, c'est... Déplorable ! »

    Thorax opprimé, ses yeux reluisirent d'une touchante humidité qui ne passa néanmoins point la barricade de ses cils. Noblesse ou roture, les individus trouvaient toujours matière à tisser quelques fils mortifères en une arantèle de tribulations. Elle n'était jamais assez ceci, toujours trop cela, sans qu'aucune ombre d'harmonie ne puisse faire suinter la détresse qui était sienne, celle d'être simplement appréciée, estimée pour ce qu'elle était. Empanachée de parures ou encrassée de fange, aujourd'hui, on ne l'adorait même plus pour ce qu'elle tentait d'être alors qu'elle ne désirait que briller, à sa façon, mais briller de milliers de feux. Le seul brasier qui la rongeait était alors celui de l'aigreur et de la blessure, car c'était avec talent que l'indigent l'avait mutilée. Elle culpabilisait, à n'en point douter, mais le jeune homme tenait-il seulement un tant soit peu à leur relation s'il s'en arrachait de la sorte ? Elle pouvait y mettre une incertitude qu'elle somatisait indubitablement, éloquente donc, remarquée par les escortes qui s'interrogèrent du regard, prêts à châtier l'inconnu à leurs côtés pour avoir impudemment souillé l'humeur de leur future souveraine au sein de sa propre demeure. Impossible pour le forgeron de songer à tourner les talons sans représailles de la part des factionnaires tout en dévotion façonnés, certains avaient connu le pilori pour bien moins qu'une poésie d'irrévérence. Mais avant que de fâcheuses circonstances n'en découlent, la jouvencelle fit silencieusement comprendre à l'impie de la suivre, tout en entamant une marche à travers la cour. Tête bassement positionnée, ses lèvres restèrent scellées jusqu'à ce qu'ils soient éloignés de la cohortes de sentinelles qui les observèrent avec méfiance, incapables de savoir que faire dans une telle situation. Une fois qu'ils furent seuls, sous une arche d'ornementation florale, la joute eut loisir de reprendre.

    « Je t'ai menti, oui, mais avais-je d'autres choix que me présenter avec humilité ? Et qu'aurais-tu répondu à cela ?! » Elle se lança dans l'interprétation de son propre personnage. « Bonjour l'ami, je suis Izhelindë Hardansson, fille et héritière de l'actuel souverain de Lanriel, que dirais-tu de devenir mon compagnon de déboires et de partager quelques pintes à la taverne du coin ? » Elle recouvrit son sérieux et planta ses prunelles dans les siennes. « Un peu de jugeote, Galahad ! Tu ne m'aurais pas cru et est-ce que tu imagines un seul instant ce que je peux représenter comme otage, la valeur qu'aurait l'enfant d'Arsenios pour ne serait-ce que les Héritiers ?! »

    Si le dessein du roturier avait été de la faire choir de ses cimes, c'était chose faite, et si sa tactique était d'apparence ingénieuse, il avait été trop brusque et loin dans la réalisation de son plan. Il omettait peut-être que face à lui, se tenait une damoiselle à l'avérée sensibilité. La période de tumultes émotionnels qu'elle traversait ne l'aidait point à répondre comme elle l'aurait habituellement fait, la jeune femme en avait assez d'être lapidée et vilipendée de tous côtés. Elle tenta comme elle le put d'avaler la boule de nerfs alors coincée dans son gosier, une déglutition ardue qui fit souffrir ses muscles gutturaux tout autant que son amour-propre. Cependant, elle n'en avait point terminé, et sa voix tonna derechef avant que son interlocuteur ne puisse reprendre la parole.

    « Je suis désolée !... Je ne te voulais pas de mal, j'espérais juste que tu puisses me considérer comme autre chose qu'une descendante de grande lignée destinée à s'asseoir sur le trône ! Et j'aimais à être avec toi parce que, justement, tu es différent... » Quelque peu émue de se mettre à nu, elle prit un instant pour respirer et contrôler la déferlante qui pointait en elle. « Je comprends que tu m'en veuilles, mais tu... Tu n'as pas le droit de me juger comme tu le fais, et de reprendre cette histoire de Tuamarbh pour laquelle je me suis déjà platement excusée ! Tout ce que je voulais, c'était pouvoir être ton amie... Mais tu fais comme tous les autres, tu me lynches sans même tenter de savoir le pourquoi du comment, en pensant que ma vie est la plus facile du royaume... » Elle retint un sanglot, détourna le faciès pour reprendre un semblant de contenance, puis se tourna à nouveau vers lui. « Tu mens... Je te connais, tu mens, tu ne peux pas être venu jusqu'ici pour m'estropier et repartir ensuite, je ne suis certainement pas assez importante pour que tu te donnes toute cette peine, à moins que tu ne sois plus cruel que je ne l'aurais jamais pensé... » Elle baissa amèrement les yeux, plus que la certitude de ce qu'elle avançait, elle souhaitait qu'il lui affirme le contraire. Elle n'avait nul besoin d'être admonestée, mais bien plus, soutenue et rassurée. Si dans les nombreuses épreuves qu'ils avaient ensemble traversées et dans lesquelles la confrontation avait été le meilleur moyen de communication, présentement, cela ne l'était pas. Gare à la bévue cependant, la princesse n'était pas si sotte. « Qu'est ce que tu veux, Galahad... »

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Mar 14 Aoû 2012, 07:25

     Le but de Galahad avait bien été de chambouler la Princesse, mais il oubliait perpétuellement qu'elle n'était pas aussi insensible que lui et qu'elle avait des émotions qui pouvaient compliquer sa tâche. Vu la manière dont elle le fixa après que son garde soit venu l'aider à descendre de son carrosse, le jeune homme comprit qu'il avait été trop vif et certainement trop agressif dans ses paroles. Pourtant c'était le type de choses qu'il lui reprochait perpétuellement, c'était la discussion qu'ils avaient déjà eu après leur retour de Tuamarbh, mais de manière moins hostile il était vrai. Après la première réplique de la belle, le forgeron perçut les mouvements des gardes qui ne semblaient guère apprécier de voir qu'un roturier sortit de nulle part mettait en émoi leur Princesse. Il n'avait aucune envie de refaire un tour dans les cachots, il l'avait fait une seule fois et c'était plus que suffisant pour une vie entière ! L'inquiétude l'étreignit l'espace d'un instant alors qu'il se demandait si Izhi allait oser le faire jeter au trou parce qu'il lui avait manqué de respect. Non, pas Izhi, Izhelindë plutôt. La différence était certes subtile, mais pourtant très marquée. Mais non ! Heureusement la belle prit les choses en main et les éloigna des gardes de manière à ce qu'ils puissent se retrouver seuls et discuter plus sincèrement, bien que la présence d'autres personnes n'avait jamais empêché Galahad d'être désagréable avec elle.
     Les répliques de la Princesse arrivèrent enfin alors qu'elle avançait avec justesse des arguments de poids. L'aurait-il cru si elle s'était présentée comme la Princesse de Lanriel ? Certainement pas, mais au fond cela l'arrangeait de pouvoir lui reprocher ces cachotteries, il voulait la rendre coupable d'une trahison dont elle n'était pas responsable. C'était sa technique depuis toujours : rejeter la faute sur les autres. Lorsqu'elle aborda le fait que sa personne était intéressante pour les Héritiers, il ne put que confirmer mentalement, sauf qu'ils l'avaient déjà dans leur collimateur depuis un moment. Muet, il la laissa déverser ses pensées, voyant bien qu'elle avait beaucoup de mal à garder le contrôle d'elle-même et en fut secrètement ravi. Les émotions fortes poussaient toujours plus loin que l'esprit apaisé. Sur un coup de sang, certains faisaient l'impensable, en espérant que ce soit à son avantage évidemment.

     Summum du plaisir : elle s'excusa et se confia à lui, à sa manière du moins. Même si en écoutant d'une oreille distraite cela pouvait sembler sans intérêt, la phrase qu'elle venait de prononcer exprimait beaucoup sur le filon à exploiter pour se rapprocher encore d'elle. Lorsque la belle détourna son regard pour dissimuler un sanglot, il fut assez étonné de voir à quel point les paroles prononcées pouvaient l'avoir ébranlée. Autant être sincère : il n'y avait pas songé et n'avait pas osé l'espérer. Est-ce qu'elle tenait peut-être plus à leur « amitié » qu'il ne le pensait ? Mais avant qu'il ne puisse s'en réjouir, la jeune femme frappa en plein dans le mille, prétendant qu'elle n'était pas assez importante pour qu'il se déplace jusqu'à elle juste pour mettre fin à leur relation, puis elle posa une question directe à laquelle il ne pouvait répondre. Il fallait qu'il attende le bon moment et lui sous-entende ce dont elle avait besoin, pas qu'il le demande clairement. Galahad devait rattraper le coup, mais sans en faire trop comme il venait de le faire en l'admonestant. Soupirant comme si elle l'irritait, il fit ce qu'il savait faire le mieux : la railler pour la pousser sur le chemin qu'il désirait.

     ▬ Ne sois pas idiote Izhi ! Si je voulais quelque chose de toi, tu ne crois pas que ça ferait longtemps que je te l'aurais demandé ? Puis sérieusement, je ne me serais pas ennuyé à te parler de la sorte si j'avais attendu que tu me donnes quelque chose en retour. Serrant les dents il prit un air faussement irrité. Je n'ai besoin de personne pour m'en sortir, ni de toi en roturière, ni de toi en Princesse ! Technique commune de démentir ce qu'il voulait réellement, de toute manière si elle finissait pas s'en rendre compte, pourrait-elle le repousser ? Là était toute la question. Secouant la tête il calma un peu son ton pour enchaîner. Décidément en Princesse tu es beaucoup moins futée qu'en roturière. Tu crois sérieusement que je t'aurais supportée aussi longtemps en simple roturière si tu n'avais pas un minimum d'importance à mes yeux ? Il était certain que son égocentrisme pouvait jouer en sa faveur pour le coup, après tout, il n'avait aucune raison de la garder à ses côtés si elle croyait qu'il la prenait pour une roturière à cette époque. C'est certain que tu ne hantes pas chacune de mes pensées, mais ne me dis pas que je m'en fiche de toi, sinon c'est que tu n'as pas compris comment je fonctionnais avec les autres personnes. »

     Soupirant de plus bel, il détourna ses yeux comme si tout cela l'énervait. Il faisait référence au fait qu'en temps normal, il ne s'embarrassait pas d'une personne qui ne pouvait pas lui être utile. Au début avec Izhi, cette relation n'était là que pour quelques expéditions en-dehors des murs de la ville, mais avec le temps il laissait entendre qu'il avait commencé à la tolérer. Après tout, c'était crédible, même les gens solitaires avaient besoin d'une personne qu'ils voyaient de temps en temps, non ? Jusqu'à présent c'était la sorcière qui l'avait recruté, maintenant ce serait peut-être la tenancière de bordel qui le liait aux Héritiers, mais si Izhi pouvait croire que c'était elle, ma foi... Elle était aussi un point central de sa vie en regardant de plus près, sauf que dans ce cas présent, c'était uniquement pour gagner en gallons dans une direction ou dans l'autre. Passant sa main sur son visage, il reprit finalement.

     ▬ Franchement Izhi, si je m'en moquais de toi, je n'aurais pas attendu des lustres que tu daignes venir me rendre visite comme si j'étais ton chien et que j'attendais que tu m'accordes ton attention. Si pour toi ce n'est pas une preuve, je ne peux rien te donner de plus. De toute manière, je n'ai rien de plus à offrir et ça tu le sais très bien. »

     Ne pas pousser trop loin, ne pas lui dire qu'elle était unique en son genre, simplement distiller l'idée qu'il puisse l'apprécier et ce serait suffisant. Peut-être espèrerait-elle avoir plus avec le temps ? Si elle se contentait de cela, c'était déjà amplement suffisant au fond. Galahad n'était pas certain d'être capable d'assumer plus vu la manière dont leurs discussions tournaient déjà mal rien qu'à ce stade, il n'était réellement pas fait pour les relations sociales.

     ▬ Tu ne pouvais pas me le dire au début j'en conviens, mais avec le temps tu as eu plusieurs fois l'occasion de tout m'avouer Izhi. Moi je ne t'ai pas mentis, je t'ai tout de suite dit que je n'étais pas un adorateur d'Eydis alors que je savais très bien que ça faisait fuir tout le monde. Là je suis désolé, mais tu as profité de la situation et tu ne peux pas le nier. »

     Il fallait avouer que même si le Singulier avait été heureux d'être gardé dans l'ignorance pour le bien de son projet, il avait été irrité d'être traité comme un ignorant et qu'elle ne puisse pas avoir assez confiance en lui pour pouvoir lui avouer clairement. Mais c'était fait, désormais il savait et plus rien ne changerait cela de toute manière, quoi qu'ils en disent. Oui, son égo était blessé, mais il s'en remettrait avec le temps. Seulement un point l'inquiétait : est-ce qu'elle l'associait réellement au mouvement des Héritiers ? Apparemment oui et si tel était le cas, les choses risquaient de se compliquer. Réfléchissant rapidement, il secoua la tête comme s'il se sortait une idée de la tête.

     ▬ Et il me semblait avoir été clair bécasse : je te préfère en roturière qu'en Princesse. Je me fiche pas mal que tu sois fardée et bien habillée, je préfère largement pouvoir discuter avec toi sans avoir dix de tes gardes pour nous surveiller. Si je suis venu ici, c'est pour une autre raison en réalité.... »

     Vu que la situation lui échappait, il avait décidé de profiter de l'occasion offerte par ce blasonné rencontré il y a quelques jours. Il avait bel et bien cru que sa vie se terminerait dans une de ces fermes-prison et pour être sincère, il ne faisait pas le fier. Pourtant, lorsque ce garde lui avait laissé reprendre sa liberté en prétextant une relation bien placée, Galahad n'y avait pas vraiment cru. Mis à part Izhi, qui pouvait l'avoir aidé ? Personne ! Il fallait donc savoir si c'était elle la responsable de tout cela, mais pourtant, quelque chose lui disait que ce n'était pas le cas vu la manière qu'elle avait de réagir. D'un ton qui se voulait blessé, le Singulier darda son regard dans celui si clair de la Princesse.

     ▬ Tu sais que ta bague m'a valu un séjour aux cachots ? Un blasonné m'a accusé d'avoir volé et revendu ton bijou et j'ai même été escorté en direction des fermes-prison, mais un changement de dernière minute m'a permis d'y échapper. Il contemplait avec attention le visage de a jeune femme, guettant ses réactions. Je me suis simplement dit que si je pouvais moisir dans une cellule et être emmené hors de Cathairfál sans que tu ne lèves le petit doigt, c'était certainement parce que tu avais décidé de laisser tomber ta vie de roturière et tout ce qui y était associé. Il marqua une brève pause avant de reprendre. C'est uniquement pour cette raison que je suis venu ici, parce que je me suis dit que ce serait la dernière fois où j'aurais l'occasion de te voir et que j'en avais marre de toujours me faire avoir comme si je n'étais rien de plus qu'une connaissance lambda et sans intérêt à tes yeux. »

     Il espérait ne pas en avoir trop fait, mais après tout, Izhi ne savait pas comment il était réellement, il était donc fort possible qu'il puisse éprouver de tels sentiments. Et pour être sincère, c'était exactement ce qui lui était passé par la tête, la colère en plus, la tristesse en moins bien évidemment.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Sam 18 Aoû 2012, 05:55

    Il ne pouvait avoir traversé toute la capitale – voire une moitié de pays, qui sait où il avait bien pu se rendre récemment. - seulement pour la visiter et lui conter sa révulsion. Galahad était un homme différent des autres, l'un des rares que la sylphide ne parvenait guère à cerner convenablement, un opuscule que l'on ne savait dans quel sens lire. Crypté même, en un dialecte des plus inintelligibles pour qui ne prenait point le temps de s'intéresser au mystère. Qui était cet homme qui aimait être à la fois présent et distant ? A présent qu'il la connaissait sous ses atours de vénus princière, s'était-il découvert une propension au chantage ou tout autre notion d'improbité ? Et si durant tout ce temps, il n'avait fait que récolter quelques monticules de preuves pour mieux la manipuler une fois que l'heure viendrait ? Depuis qu'ils avaient été happés dans le vortex de leur relation, les soupçons n'avaient cessé de croître chez la jeune femme... L'impression que sa fallacieuse identité d'indigente n'était hypothétiquement pas si opaque qu'elle ne l'eut cru, sensiblement diaphane aux prunelles d'ambre d'un certain forgeron. Elle avait effectivement douté, fut un temps, puis l'idée s'était dissipée dans son esprit d'avantage occupé par sa kyrielle d'incartades. Si tel était le cas, si son intuition n'avait pas été ébréchée par son chapelet de problèmes, pourquoi s'était-il fardé d'un faciès d'impéritie alors qu'il était plus manipulateur que manipulé ? Etait-ce l'opulence qui l'enjôlait, une puissante accointance peut-être, ou une envie tenant plus du stupre ? Cette ultime perspective lui parut improbable, si de luxurieuses facéties avaient déjà eu cours, les opportunités qu'il ne profite de sa personne avaient été vertement plus nombreuses et toutes ignorées avec un indicible désintérêt. Une pléiade de questions fluait en débandade dans ce que l'on aimait qualifier de tête creuse, d'une seconde à une autre, elle le condamnait tel un juge face à l'accusé, puis se persuadait que les choses ne pouvaient être ainsi mystifiées, elle osait espérer, et se dire qu'elle le connaissait aussi bien qu'elle était encline à le penser. Mais si elle avait pu mentir tel un bretteur qui use d'estoc et de taille, pourquoi lui ne le pourrait-il pas ? Voilà qu'il l'égarait dans les méandres de l'incertitude, dans de profonds lieux d'irrésolution, et ses tirades ne l'aidèrent pas à s'en extirper.

    La réaction ne se fit point attendre, et les presque innocentes gemmes azurées de la nymphette se levèrent, pusillanimes, sur ce bourreau aux proses affilées. Elle se demanda si, présentement, il ne visait pas extrêmement juste : et si elle s'était jusqu'alors fourvoyée sur son compte ? Ses poumons en furent à la lisière de l'implosion, pour finalement se soulager dans un interminable mais fébrile soupir. Il la rossait avec une lenteur exacerbée, futé comme le bougre l'était, et comme c'était bien trop souvent le cas ces temps-ci, Izhelindë avait du mal à comprendre le véritable coeur de la situation. Les paroles du roturier la touchèrent plus qu'elle ne le laissa transparaître, elle tenta de neutraliser les émotions de sa physionomie pour que son vis-à-vis ne puisse point les saisir. C'était la première fois, depuis qu'ils se coudoyaient, qu'il avouait n'était-ce qu'une once de ses bons sentiments la concernant. Confessions arrachées par la force des choses ou simplement déploiement d'authenticité ? Le courroux qu'il entretenait était un facteur non négligeable, la source de son aveu ? Elle laissa faire sa soudaine prolixité, l'écoutant sans émettre la moindre objection avant qu'il n'ait décidé de lui léguer la parole dérechef. Ce qu'il fit en ponctuant par une cataracte d'objurgations, sur les conséquences qu'aurait eu cet acte inconsidéré d'avoir échangé un illustre bijou royal contre une nuitée de pochardise. Stupéfaite, la dryade papillonna de ses mirettes, tant par l'impromptu caractère des circonstances ainsi présentées que par le fait qu'il l'en désignait, même peu sûr de lui, comme l'instigatrice de tout ceci.


    « Tu as été écroué pour cette bague ?... Je l'ignorais... Mais... Si tu t'es échappé, tu dois être recherché... Je n'ai pourtant aperçu aucun contrat te concernant, je m'en serais souvenue... » Etait-ce, finalement, pour cette raison qu'il venait la voir, non pas pour la féliciter de s'être essayée à le faire mettre en geôle mais pour lui demander de l'aide quant à la tyrannie du blasonné dont il était question ? Cette discussion prenait un tournant alambiquée, l'ingérence de Galahad dans sa journée revêtait des allures absconses. « Ca n'empêche que... Il y a une façon de présenter les choses ! Tu n'es pas obligé de me vouer aux gémonies... Ou de me vilipender comme une enfant, ces rôles sont déjà pris... »

    « Ma dame ? » Interrogea l'un des chevaliers de son escorte, apparut de nul part. « Cet énergumène vous importune t-il ? »

    « N... Non... Tout va bien. »

    « Si je puis me permettre, votre père notre bon roi n'apprécierait certainement pas de vous savoir en compagnie d'un homme de cet... Apanage. »

    « Eh bien je ne vous permets pas, messer. Cet homme a mes bonnes grâces, considérez-le pour cela ! »

    Le sieur en resta interdit, il alterna une oeillade entre la princesse et le forgeron, avant de se racler la gorge et de faire une frêle courbette d'obédience pour sa future souveraine. Celle-ci humecta l'incarnat de ses lippes et fureta le sol d'un air songeur, elle glissa ensuite ses phalanges jusqu'au bras de son acolyte d'odyssées et l'entraina avec elle pour musarder au plus loin des tympans indiscrets. Désormais, quelle défense pourrait-elle bien fortifier face à des griefs qu'elle savait véridiques ? Elle se surprit à entrevoir Dreann dans ses pensées, et elle se remémora le méchef durant lequel les deux quidams avaient parlé autrement que par les mots. Si, indubitablement, Galahad avait eu une influence substantielle sur leur dorénavant idylle sans même le vouloir, elle n'était pourtant pas convaincue que son amant fasse preuve de bonhomie à son égard. Discrètement, ses iris furetèrent aux alentours pour s'assurer que son chevalier n'était point présent et que personne d'autre ne les talonnait, toujours suspendue au bras de son acrimonieux camarade qu'elle n'osa pas lorgner. Cette algarade n'avait rien en commun avec celles qu'ils avaient déjà connues, pernicieuse s'ils poursuivaient sur des attaques et défenses voisées d'âpreté et de jugements déjà tout faits. Elle ne voulait pas, ou plus, que leur spleen prime dans l'échange, aussi prit-elle le soin de se lénifier autant que faire se pouvait, suave, dans l'espoir qu'il daigne écouter ce qu'elle avait à déclamer.

    « Ecoute... La manière dont je procède est hypocrite, je le sais, édifier une relation sur des mensonges n'est jamais bon... Mais je ne m'attendais pas à ce que les choses tournent ainsi, autant dans ma vie d'héritière que dans celle de roturière. Tu te doutes que je n'avais théoriquement pas le droit de rôdailler comme je l'ai fait dans le royaume, c'est uniquement pour ça que je ne pouvais pas venir te voir à ma guise. J'ai fait des erreurs, mais ce n'est pas parce que je suis de sang royal que je dois être exempte de mansuétude... » Des circonstances particulièrement compliquées à argumenter pour qui ne connaissait rien ou seulement des poncifs de ce que pouvait être une existence de princesse. Sa douce franchise s'y essaya tout de même. « A t'entendre, je ne suis qu'une donzelle de haut rang qui s'amuse des petites gens... Mais penses-tu que j'aurais pris tous ces risques, à me rendre à Tuamarbh en ta seule compagnie, si c'était le cas ? Je n'ai pas choisi ma vie, et celle que je mène ici n'est pas d'un parfait idéal. C'est justement pour cette raison que je fuguais, toute cette grandiloquence seigneuriale et ces journées bien agencées... Tu n'imagines pas le poids que j'ai sur les épaules. »

    Le trône et ses coercitions, sa pléthore de responsabilités et pas un instant pour se délasser plus que de raison. Elle le voyait avec le règne de son père, admirable il était vrai, mais qu'elle aurait aimé plus présent et moins en proie aux fâcheries. Plus que la routine d'un noble lambda, celle d'une lady était, selon Izhelindë, des plus monotones, ajoutées à cela les contraintes de son titre personnel. Son ami serait-il seulement enclin à le comprendre, lui qui avait toujours vécu dans le dénuement ? La jeune femme arrêta leur marche pour mieux reprendre son discours.

    « Je suis navrée pour la bague, mais j'espère que tu n'étais pas sérieux en avançant que ton arrestation était l'une de mes initiatives... Je ne pensais vraiment pas qu'il y aurait ce genre de répercutions, et d'ailleurs, je me demande quel courtisan irait se mêler à cette histoire... » Probablement un laquais envoyé par son paternel, elle se souvenait avoir vaguement parlé de Galahad au roi, et vraisemblablement, elle avait mésestimé sa volonté de le faire retrouver. « Dis-moi, à quoi ressemblait-il, ce blasonné ? Que t'a t-il dit ? » Elle marqua une courte pause. « C'était ça, les problèmes dont tu parlais tout à l'heure ? »

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Sam 18 Aoû 2012, 11:55

     La surprise d'Izhi sembla sincère et Galahad ne douta pas une seule seconde qu'elle n'était pas au courant de sa mésaventure avec le blasonné. Au moins était-il fixé : ce n'était pas le Princesse qui avait plaidé en sa faveur et sachant qu'il ne connaissait aucune autre personne haut-placée, cela ne pouvait signifier qu'une chose : il y avait anguille sous roche. Araëlle lui avait parlé de personnes proches du Roi qui seraient du côté des Héritiers, seulement le jeune homme ne voyait aucune raison pour qu'ils s'embêtent à intercéder en sa faveur, il faudrait donc qu'il en parle avec la tenancière de bordel pour éclairer cette zone encore obscure. Comme elle commençait à échafauder des idées en s'imaginant qu'il était en fuite, Galahad s'apprêtait à la rassurer à ce point, mais fut coupé dans son élan par un garde de la demoiselle qui était venu s'incruster dans la discussion. Irrité, le forgeron lui décrocha un regard contrarié, mais l'homme ne semblait pas s'en soucier. « Énergumène », non mais, pour qui est-ce qu'il se prenait cet imbécile ? ! Comme si cela ne suffisait pas, il jugea utile de glisser une réplique sur le gouffre qui séparait les deux jeunes gens, heureusement qu'il était là pour souligner l'évidence, sans quoi ils ne l'auraient jamais remarqué ! Cela dit, la belle prit aussitôt la défense du Singulier qui lui décrocha à son tour un regard assez étonné. Il n'avait pas envisagé qu'elle puisse admettre publiquement – ou du moins devant une personne – qu'elle était liée avec lui et surtout, qu'il était dans ses bonnes grâces. C'était une information intéressante qu'il ne manqua pas de noter dans un coin de son esprit, elle pourrait toujours servir plus tard.

     L'expression arborée par le garde valait le détour ! L'irritation laissa place à l'amusement et Galahad observa l'homme s'éloigner, un sourire collé aux lèvres. Reporta son attention sur Izhi au moment où celle-ci lui attrapa le bras, le forgeron se laissa entraîner en estimant qu'elle devait avoir une bonne raison d'agir de la sorte. La manière dont elle regardait autour d'elle ne manqua pas d'attirer l'attention du Singulier qui se demanda si elle craignait d'être vue en sa compagnie, ou peut-être tout simplement d'être vue par quelqu'un de précis. Le souvenir du garde émotif qui lui avait valu une lèvre et une arcade éclatées lui revint en mémoire. Si elle se liait d'amitié avec de simples roturiers, pourquoi ne se laisserait-elle pas aller avec de simples gardes ? Il n'en savait rien, mais estima qu'il faudrait un jour en apprendre plus sur cet homme, ne serait-ce que son prénom. Estimant que la demoiselle n'avait pas l'air dérangée par sa présence, Galahad n'envisageait de toute manière pas qu'elle puisse craindre qu'on les voit ensemble.
     Coupant court à ses pensées, la Princesse reprit la parole pour admettre qu'elle était en faute, mais que c'était sa situation qui ne lui en laissait guère le choix. C'était compréhensible, il aurait certainement agi de la même manière à sa place. Quoique, non, lui n'aurait jamais imaginé quitter le palais s'il était né avec une cuillère en argent dans la bouche et non à côté d'une ferme qui empestait le purin. Il comprenait bien les choses qui dépendaient d'elle, surtout en tant qu'héritière de Lanriel, mais c'était de son devoir de jouer les ignorants, après tout, il devait agir comme s'il venait juste d'apprendre son identité et non comme s'il avait eu des mois pour réfléchir à tout cela.
     Lorsque la demoiselle s'arrêta, Galahad porta son regard sur elle comme elle s'excusait avant d'avancer une idée qui ne lui avait même pas traversé l'esprit. Ils s'étaient apparemment mal compris puisque le jeune homme n'envisageait pas qu'elle puisse être en lien avec cette arrestation, mais plutôt qu'elle n'avait rien fait pour le tirer de là. Après ses quelques questions, il se contenta de hocher la tête en détournant brièvement son attention de son minois.

     ▬ Entre-autre oui, pas uniquement, mais en grosse partie dirons-nous. »

     En revenant à Cathairfál après avoir été relâché à deux jours de marche d'ici, il avait appris la rumeur de ce qu'il aurait soit-disant fait. Dénoncé Tanith Ruane alors que jusqu'à présent, il avait toujours été fidèle à cette sorcière, même si elle l'horripilait au plus haut point à le considérer comme un simple Singulier. Ou à ne pas le considérer du tout justement. Cette rumeur risquait de faire de lui la cible idéale des Héritiers et il devait s'empresser d'aller trouver Araëlle pour qu'elle ne décide pas de lui régler son compte comme elle avait menacé de le faire. Pour la première fois depuis qu'il était né, sa vie était réellement en jeu et il n'appréciait pas du tout d'être ainsi au centre de l'attention. Reportant ses yeux sur le visage de son amie, Galahad expliqua quelques points.

     ▬ Écoute, je ne me suis pas échappé et c'est justement bien là tout le problème vois-tu. Disons que j'ai été embarqué pour les fermes-prison et qu'après environ deux jours de voyage, le responsable de l'expédition m'a relâché en prétextant que j'avais des contacts bien placés qui avaient demandé à ce que je sois libéré. Il inspira longuement. Seulement, à moins que je ne connaisse un autre blasonné qui se cache, je ne vois pas qui peut bien avoir fait ça mis à part toi. Et tu viens de m'avouer n'y être pour rien, alors je t'avoue que je suis un peu perdu. Je ne prétendais pas que tu étais responsable de mon arrestation, mais je croyais que l'on t'avait mise au courant et que tu n'avais pas bougé le petit doigt simplement. »

     Il détestait ne pas maîtriser les choses qui se passaient autour de lui, surtout lorsqu'il était concerné par ces choses et plus exactement que sa vie était en jeu. Tout cela ne lui disait rien de bon et quelque chose lui soufflait à l'oreille qu'il était temps de commencer à prendre les choses plus au sérieux. Il était hors de question de se faire ouvrir le ventre dans une ruelle parce qu'il se serait baladé sans se douter que les Héritiers voulaient éliminer le « traître » alors qu'il n'avait rien fait. Maintenant il était temps de savoir si elle pouvait le renseigner sur ce fameux blasonné, après tout, avec une brève description peut-être pourrait-elle lui dire de qui il s'agissait ? Se remémorant l'entrevue qu'il avait eue avec cet homme, le jeune homme enchaîna.

     ▬ Je ne sais pas qui est ce blasonné, il avait simplement l'air de bien connaître la famille royale. Environ quarante, quarante-cinq ans, une barbe et des cheveux foncés, assez imposant comme personne et il avait l'air assez sûr de lui. Ce que je peux te dire c'est qu'il avait l'air très patient au début et qu'il s'est rapidement emporté lorsque j'ai dit quelque chose qui ne lui convenait pas. »

     Ou plus précisément, lorsqu'il avait essayé de lui sous-tirer des avantages. Cet homme l'avait effrayé c'est le moins que l'on puisse dire, il était bien loin de se douter que tous ses ennuis venaient de là et le prenait pour un simple sous-fifre qui exécutait les ordres du père de la Princesse. Tout devenait trop compliqué, il soupira de plus bel avant de promener une fois de plus son regard autour de lui. Une certaine nervosité était visible maintenant qu'ils abordaient un sujet qui l'inquiétait grandement et de qui dépendrait peut-être – non, sans aucun doute – son avenir. Voyant que personne ne semblait les observer, il reporta son regard mordoré sur le minois de la demoiselle, ayant toujours du mal à la voir ainsi pomponnée, puis continua de plus bel.

     ▬ J'ai compris que tu avais beaucoup à faire. Je suis désolé, mais j'ai toujours du mal à me dire que tu es la Princesse et je sais que le parle en égoïste, mais tu comprendras aussi que j'ai du mal à voir qu'une personne vivant dans un palais puisse avoir des problèmes. Il ne jouait pas les hypocrites, ayant depuis longtemps compris qu'avec Izhi, mieux valait la sincérité. Ce qu'il m'a dit, c'est qu'il savait que j'étais un adepte de Mynkor, mais aussi qu'il me prend pour un Héritier ou je ne sais quoi. Apparemment il voulait que je l'informe de quelque chose, sauf que je ne sais rien à propos de tout ça moi. Je ne suis qu'un Singulier comme les autres, sauf que je n'adore pas votre déesse. Il pouvait donner l'impression de s'excuser devant elle, mais au fond, c'était surtout pour la tester et voir comment elle réagirait. Tu as entendu parler de la rumeur au sujet d'un informateur qui aurait dénoncé la sorcière des marais ? »

     Tout était si compliqué, lui-même en venait à se perdre, sauf que cette fois-ci, il ne pouvait pas hausser les épaules en soufflant parce que tout cela l'agaçait, puis s'en-aller. D'un certain côté, il regrettait d'être aussi désireux de devenir « quelqu'un », surtout lorsque ce « quelqu'un » était une cible potentiel pour un groupe qui n'hésitait pas une seule seconde à sacrifier un pion aussi peu important que lui l'était. La certitude qu'il devait voir la catin responsable de son lien avec les Héritiers était de plus en plus présente et c'est d'un ton peu convaincu qu'il termina son intervention.

     ▬ Ils racontent que c'est moi, sauf que je ne la connais pas, mais ça, les Héritiers s'en moquent. Je crois que ton ami blasonné m'a mis dans une galère monstre Izhi. Enfin, si c'est lui, pour tout te dire je ne sais plus quoi est responsable de quoi. »

     Là, c'était la vérité, il était réellement perdu. Il avait bien choisi son moment !

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Mar 21 Aoû 2012, 12:25

    Visiblement, le forgeron avait son chapelet de problèmes, lui aussi, et elle n'osait imaginer à quoi pouvaient bien ressembler ses autres contrariétés en comparaison à celle qu'il lui présentait déjà. Elle comprenait mieux la raison de cette animosité dont il avait antérieurement fait preuve, elle n'était guère la seule à être cahotée et dépassée par les évènements qui se produisaient depuis quelques temps. Le royaume connaissait une véritable effervescence, nul ne semblait épargné, du plus humble des roturiers au plus noble des courtisans. Inasmir et sa magie avaient-ils un rapport avec tant d'ébranlements, salutaires et néfastes ? Elle doutait pourtant que l'illustre sorcier soit le responsable des déboires de Galahad, lui-même n'en savait que trop peu sur ce qui lui arrivait, égaré dans une intrigue qui lui échappait. Un quidam ainsi soupçonné d'avoir dérobé un bijou, seulement une confection d'émeraude, méritait-il réellement la fatalité des fermes-prisons ? Wlad Hud et ses entités étaient des porteurs de folie et de trépas, l'on en racontait que ceux qui y étaient emmenés étaient inéluctablement voués à agonir de leur vésanie. Un sombre endroit, que tous craignaient même les geôliers, un lieu qu'Izhelindë elle-même n'avait point envie de visiter en dépit de son usuelle témérité. La sanction était trop lourde à son goût, surtout pour des accusations délivrées sans preuves concrètes, car si le tavernier auquel ils avaient eu affaire s'était amusé à décrire le binôme de cette nuit-ci, pourquoi n'était-on pas remonté jusqu'à elle ? Et comment le nom de son compagnon était-il arrivé sur les lèvres ? Les zones de pénombre étaient multiples, dans tout son désarroi, la sylphide n'avait pas plus de facilités à trouver une raison à cet étrange complot. Elle n'avait même jamais su que tout ceci avait eu lieu, et elle doutait qu'un blasonné qu'importait son statut en Lanriel se soucie du sort d'un indigent ayant tenté de nuire à la couronne. Cependant, peut-être son ami avait-il été abusé par un autre grand nom l'ayant également mystifié sur son identité, il lui fallait faire le tour de ses accointances et songer auquel avait des allures de coupable. Pour autant, le jeune homme n'était pas de ceux qui s'enrôlaient vite dans de bons sentiments à l'égard d'autrui, si elle ne pensait pas être l'exception toute faite, elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'était pas un parangon d'empathie. Inintelligible était un faible mot pour qualifier les circonstances, une moue dubitative ourla les lippes de la demoiselle qui opina négativement du chef pour signifier qu'elle n'avait joué aucun rôle, même bienfaiteur, dans cela.

    Puis, elle prêta une oreille attentive à la description du mystérieux individu, portraituré comme le seraient une majorité de blasonnés de précieux apanage et qu'il était aisé de trouver à chaque encoignure. Dépitée, elle savait que ces informations ne leur permettraient pas de mettre un patronyme sur un faciès que son acolyte était le seul à avoir vu. Résolue à ne point abandonner pour autant, elle fit silence et considéra consciencieusement chacun de ses propos, jusqu'à ce que la question des Héritiers soit abordée et qu'elle jugea des plus surprenantes. Comment pouvait-on deviner qui et qui adorait le dieu noir à défaut de la haute déesse ? Ce détail théologique ne se trouvait pas sur le visage ou dans les prunelles du premier venu, celui qui s'était présenté au forgeron était indéniablement quelqu'un de puissant et loin de l'impéritie. Les intérêts qu'il pouvait servir étaient encore nébuleux, les dévots d'Eydis s'éveillaient de plus en plus depuis l'apparition de la secte opposée, certains étaient prêts à se damner pour la protection du royaume, alors que d'autres nourrissaient des rentabilités plus personnelles. Un soupir plus tard, et son interlocuteur fit référence à cette fameuse rumeur qui proliférait dans la panse de la capitale et bien au-delà.


    « Oui, j'en ai entendu parler, vaguement... Pourquoi cela ? »

    Un souvenir approximatif, la princesse n'avait de délassant que les opuscules de la grande bibliothèque, les badauderies aux alentours du palais ainsi que la moelle de sa couche dans laquelle elle s'ennuyait à en dépérir. Elle qui abhorrait les racontars n'y faisait guère attention, point plus que de raison, et avait donc cru entendre qu'un quelconque énergumène avait été à l'origine de l'audacieuse et victorieuse capture de la célèbre sorcière de Mogaròr, sans en savoir plus. Cependant, elle ne parvenait à établir le rapport avec leur actuelle discussion, elle courba un sourcil intrigué, avant que l'improbable ne tombe. Abasourdie par cette dernière explication, la jouvencelle en fut pour le moins décontenancée et se sentit profondément idiote de ne pas accorder plus d'intérêt à ce genre de nouvelle. Si tel avait été le cas, elle ne se serait guère privée pour envoyer un laquais de confiance le chercher et l'amener à elle, quand bien même... Elle qui côtoyait le principal concerné était formelle : cet éclat public ne pouvait être que fallacieux. Bien qu'elle ignorait toujours si Galahad était un membre de ladite confrérie, celui-ci était trop intelligent pour agir de la sorte et risquer de devenir une cible privilégiée des autres adorateurs. Avec cela, avait-il une raison de trahir sa foi envers sa déité ? Tout ceci était invraisemblable et vertement amphigourique.

    « Par Eydis, la situation est pire que je ne le pensais... Mais pourquoi un tel acharnement sur toi, sans vouloir t'offenser, il est vrai que tu n'es qu'un membre lambda du peuple, rien ne te différencie du commerçant d'à côté ou du pêcheur venu vendre son poisson... » Elle ne cessait de se le répéter : c'était à n'y rien comprendre. « Je doute que ce blasonné soit l'un de mes amis, je ne l'aurais pas laissé te traiter de la sorte, et je ne... »

    Sa phrase se perdit lentement alors qu'un détail venait de lui revenir en mémoire, de poids il fallait dire, car elle se remémorait une conversation qu'elle avait eue en compagnie de nul autre que son paternel. Cette scène était de date éloignée désormais, mais le temps n'était pas un argument valable dans le jeu de la politique. A son retour de Tuamarbh et après une algarade filiale digne de ce nom, père et fille s'étaient rendus en un temple promis à l'honneur de la déesse, avaient échangé, jusqu'à ce qu'elle fasse référence à l'une de ses connaissances lui ayant déjà parlé de Mynkor et de son culte. Aucun prénom n'eut été révélé lors de cette journée, toutefois, elle savait pertinemment que ses confessions n'avaient inexorablement pas été oubliées par le souverain, qu'il ne fallait jamais sous-estimer et elle était la première à le savoir. Pas de signes désignant cela comme un fait relié aux récentes machinations mises en oeuvre, mais cela ne pouvait décemment pas être une coïncidence aux yeux de la jeune femme. Bien qu'elle ne soupçonnerait jamais que le roi ait lui-même agi, il était toujours envisageable que l'un de ses espions l'ait retrouvée et suivie dans ses fugues pour apprendre l'identité du forgeron, avant que ce dernier ne reçoive la visite d'un séide de la couronne. L'hypothèse tenait debout, mais si tel était le cas, comment justifier la libération de Galahad avant qu'il ne soit conduit aux fermes-prisons ? Et pourquoi cette rumeur le concernant ? Il y avait de quoi en perdre la tête ! De plus, ses soupçons sur l'implication paternelle étaient encore infondés, cela méritait enquête et conclusion seulement après. Durant ce flashback, la donzelle fut totalement absente, puis papillonna des yeux en les posant sur son vis-à-vis auquel elle ne sut que dire.

    « Euhm... » Elle reprit contenance. « Ecoute, laissons nos différends de côté pour le moment, tu veux bien ? Nous devons avant tout trouver une solution pour ne pas que tu finisses la tête sur une pique, je n'ai pas l'intention de t'abandonner dans tes problèmes. Enfin, si tu me le permets... » Elle soupira. « Viens, allons au moins en discuter autre part, tu jugeras après de ce qui est bon de faire. »

    L'indigent n'était pas idiot, s'il avait été impliqué dans des calculs politiques, cela avait un évident rapport avec Izhelindë que celle-ci y soit directement pour quelque chose ou non. Cependant, elle n'était pas encore obligée de lui soumettre ses pensées concernant le roi, et l'idée qu'elle puisse être la principale cause de ses déconvenues l'importunait au plus haut point. Tant qu'elle ne serait pas assurée de ce point, il serait inutile de donner plus de matière à Galahad de lui en vouloir, un ressentiment qu'il possédait déjà en dose suffisante. Les conditions dans lesquelles il devait vivre ne l'aidaient indubitablement pas, à mieux le toiser, le pauvre semblait cerné et amenuisé. Il n'était pas à exclure qu'il ait dû commencer à fuir les conséquences de ce qui se racontait sur lui, là où la princesse vivait d'excellents repas et de toute l'oisiveté imaginable, et il n'était pas impossible qu'à l'inverse de lui, elle ait eu un gain de poids depuis leur dernière entrevue. Cette éventualité la fit gentiment rire, avant qu'elle ne le convie à la suivre à l'intérieur même du domaine. Le Palais Coróin, demeure des Hardansson et ouvrage d'opulence et de grandeur. Rares étaient les gens du peuple à pouvoir en fouler le sol, une indicible chance pour un homme tel que le roturier en plus escorté par la future souveraine de la contrée. Celle-ci fut reconnue et saluée par tous ceux qu'ils croisèrent, arrêtée par quelques-uns pour des échanges qui furent tous écourtés et ils arpentèrent différents et longs corridors. Des richesses en tous coins et en tous pans, devant lesquelles la nymphe ne s'émerveillait plus depuis longtemps, chose qu'elle était plus à même de faire face à la vétusté d'une masure. Elle les mena jusqu'à un salonnet privé et dans lequel nul ne viendrait les incommoder, si ce n'était une servante qui vint quérir d'éventuels ordres.

    « De quoi boire et manger pour mon hôte. » Demanda la naïade avant de se tourner vers son camarade installé en face d'elle, sur un divan à l'incomparable facture. « Tu flottes quasiment dans tes vêtements, tu me ferais presque de la peine avec la tête que tu as... Presque. » Gouailla t-elle en riant, avant de reprendre plus sérieusement. « Tu vois que c'est dangereux de crier sous tous les toits que tu es un adepte de Mynkor, ce n'était pas trop la période pour ça... Il y a une question que j'ai toujours voulu te poser Gal', comment est ce que tu en es arrivé à renier la déesse ? Et les Héritiers, nous n'en avons jamais parlé, mais... Si tu partages leurs croyances, pourquoi tu ne fais pas partie des leurs ? Toi qui as tant d'ambition, te lier à eux aurait été opportun... Non ? »

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Mer 22 Aoû 2012, 04:22

     Apparemment la jeune femme n'avait pas vraiment fait le lien entre le forgeron et le reste des ennuis qui tombaient sur la ville. Enfin, « ennuis » était un bien grand mot, c'était même plutôt le contraire pour les habitants de Cathairfál étant donné qu'ils avaient eu le plaisir de voir la sorcière des marais jugée et punie. Ce n'était pas tous les jours qu'une telle victoire était enfin atteinte, il y avait donc fort à parier que la situation allait plutôt dans le sens désirée par le peuple de Lanriel. Cruelle ironie, lui qui souhaitait depuis toujours pouvoir atteindre une certaine popularité alliée à un pouvoir intéressant, voilà que cette possibilité lui était enfin offerte, mais en le faisant passer pour un traître, car nul doute qu'il serait perçu de la sorte par ses homologues Héritiers ! Pour peu il en venait presque à souhaiter ne jamais avoir quitté son petit village paumé, devenir quelqu'un, d'accord, mais pas en sacrifiant sa vie ! Il préférait encore vivre misérablement dans une bourgade sans intérêt avec une famille d'utopistes plutôt que de finir sa vie six pieds sous terre avant d'avoir eu le temps de faire quoi que ce soit d'intéressant. Puis quel souvenait laisserait-il s'il passait l'arme à gauche en étant étripé dans une ruelle par un Héritier ! Non, c'était tout bonnement impensable.

     Izhi comprenait donc la gravité de la situation et d'un côté, il en fut soulagé. L'espace d'une minute il venait de se dire qu'elle l'enverrait peut-être sur les roses en lui disant qu'il s'était suffisamment joué d'elle et qu'il méritait ce qui lui arrivait. Pourtant la belle venait de lui assurer – une fois de plus – qu'il n'était pas qu'un individu lambda à ses yeux, mais c'était plus fort que lui : à force d'être capable de sacrifier n'importe quoi ou n'importe qui, il en venait à croire que tout le monde ferait pareil. Loin d'être vexé par les dires de la Princesse au sujet de son intérêt plus que réduit, le jeune homme regretta momentanément que le blasonné croisé dans la taverne ne puisse pas penser de même. Jamais il n'aurait imaginé se plaindre d'être au centre de l'attention d'un tel homme durant quelques instants ! Elle parlait et s'interrompit soudain, récoltant un regard interrogateur de la part du Singulier qui la fixa en silence, se demandant si elle allait dire quelque chose à ce sujet, peut-être un souvenir qui lui revenait en mémoire ? Mais non, après un bref instant de silence, la belle se reprit et lui proposa quelque chose qui lui convenait parfaitement. Il devait opérer un rapprochement avec elle alors oublier leurs problèmes personnels, n'était pas une si mauvaise idée, bien au contraire ! Elle s'inquiétait pour lui, rien qu'à cette idée Galahad savait avoir gagné un point auprès d'elle, mais sur quoi est-ce que cela pourrait déboucher ? Bonne question.

     Il se laissa donc guider par son amie, en profitant pour contempler les richesses qui figuraient partout autour de lui, les murs, les sols, les draperies, il comprenait mieux pour quelle raison Izhi lui avait dit ne pas avoir besoin d'argent lorsqu'elle lui avait apporté sa part pour la vente du sceptre qu'ils avaient trouvé. D'ailleurs le Singulier n'y croyait plus désormais, elle devait certainement avoir confié cet artefact à quelqu'un de haut placé de manière à ce qu'il puisse étudier la question. La jeune femme avait vraiment bien caché son jeu, du moins au tout début avant qu'il ne soupçonne quelque chose.
     Le duo arriva finalement dans une espèce de salon où une servante arriva pour recevoir quelques ordres de la part de la Princesse. C'était étrange, mais même s'il savait parfaitement qui elle était, Galahad avait toujours beaucoup de mal à la voir dans cette tenue. Elle n'était plus « Izhi », c'était vraiment troublant. Mais peut-être qu'il s'y ferait ? Il n'avait pas vraiment le choix de toute manière, du moins s'il choisissait de jouer le jeu confié par Araëlle. À présent, c'était ce qu'il avait en tête, l'idée de revoir la tenancière de bordel était très présente, le Singulier devait s'assurer qu'elle ne tenterait pas de le tuer et qu'elle ferait savoir aux autres Héritiers que c'était une mauvaise blague de la part d'un blasonné. Mais pourquoi ? Le forgeron ne comprenait toujours pas, peut-être simplement pour qu'il puisse avoir le plaisir de fermer la bouche de ce roturier trop vaniteux ? Les blasonnés n'avaient sûrement pas besoin de grand-chose pour décider de telles choses. Lorsque la servante s'en-alla, Izhi lui lança une petite pique qu'il espéra ne pas être véridique, puis enchaîna en soulignant le fait qu'il n'avait pas choisi la bonne voie en criant son adoration pour Mynkor sur tous les toits. À présent il s'en rendait compte oui, même si cela lui avait permis beaucoup d'autres choses à côté. Comme la jeune femme lui demanda quelque chose d'on ne peut plus justifié, même s'il était bien un Héritier, le Singulier décida tout simplement de mentir comme à chaque fois que leur discussion s'engageait sur une pente glissante.

     ▬ Je me suis rendu compte que ce n'était plus une si bonne idée oui... Mais jusqu'à présent je n'avais jamais eu le moindre problème à ce propos. Le ton était légèrement agacé, il avait toujours été persuadé que son statut de Singulier le protègerait de beaucoup de choses, notamment les ennuis actuels. Apparemment il s'était lourdement trompé. Il n'y a pas de raison palpable à mon choix pour Mynkor. Eydis n'est pas faite pour moi tout simplement. Elle est trop bonne, trop prévisible, elle présente tellement l'idéal que ça me donnerait le sentiment d'être un simple utopiste incapable de voir plus loin que le bout de son nez. »

     Pas seulement, il avait aussi trouvé là le moyen de défier l'autorité paternelle, il savait bien que ce serait un moyen supplémentaire de décevoir et d'irriter ses parents. Au début c'était surtout un intérêt de gamin pour une déité repoussée, puis avec le temps, au fil des années qui passaient, le forgeron avait finalement décrété que cette divinité correspondait mieux à son attitude générale. Il était certain que Galahad n'avait pas vraiment la carrure d'un adorateur d'Eydis, même si tous les brigands ou les voleurs ne s'amusaient pas à vénérer Mynkor, certes. Il n'avait pas d'explication bien précise à lui donner, c'était comme ça et pas autrement. Approfondir la question reviendrait à trop dévoiler son passé et il n'y tenait guère, sans raison précise vu qu'il était peu probable que ce type d'informations intéressent qui que ce soit, même Izhi.

     ▬ C'est comme ça. Je n'ai pas le caractère et les ambitions pour être un adorateur d'Eydis tout simplement. Il ne lui apprenait rien, elle devait parfaitement s'en douter sans qu'il ne lui souligne. Et pour les Héritiers, tu crois peut-être que l'idée ne m'a pas traversé l'esprit ? J'y avais songé, sauf qu'on ne peut pas discuter avec eux comme on veut, il faut attendre qu'ils daignent s'intéresser à toi et ça n'a pas été le cas. Il détourna le regard comme si l'humiliation était encore présente. Pour un homme aussi vaniteux que lui, il était aisé de comprendre que ne pas éveiller l'intérêt d'un tel groupe pouvait fortement le blesser. Puis de toute manière, ils n'auraient rien à m'offrir. C'est de notoriété publique qu'ils méprisent les Singuliers, un Héritier de cette origine n'aurait qu'une chance : celle de servir de petit chien bien dressé aux Sorciers et autres personnages importants de ce groupe. Il glissa son regard vers elle. Je n'ai aucune envie de jouer le petit chien pour qui que ce soit, je n'ai pas besoin d'eux pour avoir ce que je veux. »

     Il ne mentait qu'à moitié, après tout, ces pensées étaient celles qu'il avait eu en tête pendant un moment, lorsqu'il avait rejoint les Héritiers au début, après quelques temps Galahad avait remarqué qu'il ne servait que pour les tâches ingrates et mineures, lorsqu'on ne l'ignorait pas tout simplement. Il soupira, même bien installé dans ce beau salon, le Singulier avait du mal à comprendre comment est-ce qu'il pouvait se retrouver dans de tels ennuis, est-ce qu'il allait se réveiller et voir que ce n'était qu'un simple rêve ? Apparemment pas. Dire qu'à une époque il pensait jouer le petit chien pour Izhi, qu'il soit avec ses « semblables » ou les Héritiers, c'était toujours le même résultat ! Chassant cette pensée avant de s'emporter, il releva les yeux qu'il avait promenés sur la pièce, alors qu'une idée lui traversa soudain l'esprit.

     ▬ Je pense à un point.... Est-ce que tu ne crois pas que le blasonné pourrait avoir un lien avec cet homme qu'on avait croisé dans la rue ? Tu sais... Ton amoureux, il avait l'air de ne pas trop aimer l'idée de me voir avec toi.... L'idée était envisageable après tout, non ? Après un bref instant, le jeune homme conclut. De toute manière, chercher à comprendre le pourquoi du comment ne changera rien à la situation. Je me dis qu'il vaudrait peut-être mieux que je disparaisse d'ici quelques temps, histoire que les choses se calment un peu. »

     Il n'en avait aucune envie et cela l'empêcherait de remplir la mission confiée par Araëlle, mais d'un autre côté, risquer sa vie n'avait pas été abordé à ce moment. Si de prime abord il le disait juste pour la forme, l'avoir prononcé lui donna l'idée de le faire.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Jeu 23 Aoû 2012, 07:35

    Qu'il n'y ait aucune raison au reniement de la déité légitime, Izhelindë n'y croyait que peu. Chaque décision d'aujourd'hui trouvait son puits de causes la veille, elle subodorait qu'Eydis était naturellement adorée de tous, et que seul un événement distinct était susceptible d'ébranler voire d'occire la piété d'un individu. Etait-il possible que certains soient nés incrédules ? Le forgeron était trop confortablement installé dans sa foi noire pour qu'il n'y ait rien de sous-jacent, elle ne voulait et ne pouvait décemment croire qu'il était sombre de nature, lui qui se portraiturait comme un contraire à la déesse. Entamer une controverse théologique et tout ce que cela impliquait aurait été vain, ils ne tomberaient assurément point d'accord et ce n'était pas là le genre de conversation auxquelles la sylphide aimait s'adonner. Sa piété envers la divinité que sa propre famille représentait était irréfutable, sans que cela ne se voile de séidisme à en entreprendre des croisades, mais elle parvenait sans mal à coudoyer des paires qui ne partageaient pas ses croyances, comme c'était le cas de son acolyte d'incartades. Elle se souvenait, il lui semblait, avoir déjà questionné ce dernier sur son passé et ce qui l'avait amené à devenir ce qu'il était désormais, sans qu'il ne daigne combler sa curiosité. Mystère que cela, mais relater son histoire pouvait offrir bien plus d'informations qu'un côtoiement de plusieurs années, impossible lui serait d'affirmer le contraire alors qu'elle avait mystifié tous ceux rencontrés sous l'allure d'une roturière lambda quoi qu'exubérante. Ainsi, fort mal placée pour l'incanter d'une quelconque morale, elle se tût et n'excava guère plus dans cette conversation. Elle osa croire les propos qui lui furent livrés, persuadée qu'un homme de son acabit n'aurait probablement pas hésité à user de son désormais lien avec la future souveraine de Lanriel pour, d'une façon ou d'une autre, la livrer aux Héritiers. Fabulation, que ceci ! Galahad avait vraisemblablement compris que la confrérie d'ineffables fanatiques ne lui serait d'aucune utilité, pas plus que son essence de Singulier ne serait apte à servir leurs desseins. Une conclusion intelligente et que la princesse n'essaya pas de contredire, bien qu'elle esquissa une innocente moue à sa dernière réplique dans laquelle elle se sentit tacitement pointée de l'index. Cela n'aurait pas été la première fois qu'il déclamait ce procédé verbeux pour qualifiait la manière dont elle l'avait traité, à le faire patienter jusqu'à sa prochaine venue. Elle n'aimait pas l'illustration que cette phrase miroitait, mais pour l'heure, il y avait des sujets plus importants sur lesquels palabrer.

    Installée avec plus de contenance qu'elle n'en avait jamais fait preuve en tant que fausse indigente, la jeune femme posa ses calots au sol, l'air songeur aux quelques ombres inquiètes. Elle revint à elle lorsque le phonème de son comparse émit une hypothèse qui la désarçonna à un point pour le moins incommensurable, si bien qu'elle crut un instant pouvoir s'en pâmer. Rondes prunelles de bleu troublé, qu'elle lui offrit, cette éventualité bien que légitime dans l'esprit de celui qui eut été agressé lui semblait diantrement improbable. Elle connaissait Dreann – son Dreann – mieux que quiconque et savait qu'elle n'avait guère besoin de l'interroger pour l'alléger de soupçons. Si le chevalier n'hésiterait aucunement à de nouveau châtier son ennemi d'un soir à grand revers s'il venait à le rencontrer dans l'enceinte même du palais, il n'était pas homme à ruminer vengeance pour une futile escarmouche, et avait bien plus à penser que nuire à un élément de la plèbe. Qui plus est, la véhémence sentimentale de son amant lui laissait croire que si, dans la plus folle des conjectures, il avait effectivement cherché à faire sa vendetta, il aurait d'avantage préféré jouer d'estoc et de taille que de calculs politiques. De ce fait, le forgeron aurait tête et corps disjoints si le sieur Aronwë s'y était réellement mêlé. Non, impossible qu'il en soit ainsi, l'idylle qu'ils vivaient sous l'oeil de l'astre sélénite l'avait considérablement pacifié quant à une jalousie envers Galahad – elle gageait cela, tout du moins. Outre le truisme établi, le bougre face à elle avait choisi un sobriquet fort mal – ou trop bien – adapté et qui eut son immédiat effet : la donzelle lui envoya un oreiller en pleine figure.


    « Ne dis pas des choses comme ça !! » Grogna t-elle entre ses mâchoires serrées. « Gal' ! Nous sommes au palais ici, je te rappelle que je suis fiancée, à un dragonnier de surcroît ! Ne fais plus jamais ça, même pour plaisanter, tu n'imagines même pas les conséquences que ce genre de dires pourraient engendrer... » Intuitivement et pour appuyer ses paroles, elle observa furtivement la pièce comme pour vérifier qu'aucune oreille indiscrète ne rôdaillait. « Ser Dreann était mon chaperon, le soir où je suis venue te rejoindre, j'ai échappé à sa vigilance et manque de chance... Il s'en est rendu compte. Son rôle était de me protéger, quoi de plus normal qu'il t'ait sauté à la gorge après tes bêtises, et tu peux encore t'estimer heureux qu'il n'ait pas réussi à te tuer. Ceci étant, je le connais depuis que je suis enfant et je puis t'assurer qu'il ne peut pas être derrière tout ça. »

    La dryade espérait que le jeune homme finisse par renoncer à cette idée d'amour, inconscient qu'il visait plus juste que jamais. Amants enflammés et discrets, le statut du chevalier et la confiance que le souverain plaçait en lui leur permettait de vivre leur romance sans éveiller les soupçons, ce qui ne les prémunissait pas pour autant d'éventuels racontars. Une galéjade mal interprétée, et les bruits proliféreraient dans toute la cité, enclins à prendre une envergure qu'ils ne seraient plus à même de gérer. Qui plus est, Athran serait prompt à se faire encore plus impliqué qu'il ne l'était déjà dans le quotidien de sa promise, celle-ci pressentait que l'algarade ne tarderait guère à éclater et elle préférait ne pas lui donner matière à légitimement la vilipender. Toutefois, elle estima les méchefs de Galahad pour l'heure plus substantiels, aussi se replaça t-elle convenablement en songeant à une perspective de fuite. La thèse de s'expatrier à mille lieux avait cela de bon qu'elle l'éloignerait du danger, mais pourrait-il jamais pérégriner assez loin pour échapper aux Héritiers ? Ces derniers semblaient posséder plus de ressources qu'ils ne l'avaient laissé croire, quand bien même Tanith Ruane avait été mise hors d'état de nuire, tous savaient que la guerre ne connaissait qu'une accalmie. Devenir la cible privilégiée d'une cohorte de sectaires était un revers de fortune digne d'être archivé dans les hauts faits de l'Histoire, même Izhelindë doutait avoir déjà atteint un tel apogée de péril. Ses yeux se plissèrent, visiblement impliquée dans le sauvetage de son ami qu'elle mira.

    « Partir... Oui, mais pour aller où ? Et comment ? Combien de temps ? » Elle prit une mine importunée. « Tu peux toujours essayer bien que, sincèrement, je ne pense pas que ça empêchera ces dérangés de sectateurs de te retrouver s'ils en ont envie. En supposant que tu parviennes seulement à traverser le royaume sans encombres... » Une chose qu'elle supputait difficile si tous le connaissaient comme le traitre responsable de leur déchéance. Une moue prostrée ourla les lippes de la jouvencelle qui plissa vigoureusement son vêtement, contrariée de ne point avoir de solution. Subitement, une luciole traversa son esprit, elle eut un spasme qui la fit profondément réfléchir tout en observant son interlocuteur. Dubitative... Elle se lança tout de même. « Tu pourrais peut-être... Rester ici ? »

    Une suggestion inopinée dont elle voulut poursuivre l'explication, mais fut interrompue lorsque des subordonnés entrèrent dans le salonnet après s'être annoncés. La princesse fit alors silence, le temps qu'une opulente pitance ne soit déposée devant l'indigent, une pièce carnée sur un duvet de légumes et de parmentières, qu'il pouvait déguster avec de l'eau ou du vin et, évidemment, du pain à peine extirpé du four. Les domestiques firent courbette puis disposèrent en laissant le binôme à sa conversation. La jeune femme hésita sur les propos adéquats à tenir ou même, sur le bien-fondé de sa proposition et ce que son vis-à-vis pourrait bien en faire.

    « Voyons tout cela sous un autre angle, pour les Héritiers, tu es un traitre... Mais pour le bon peuple et l'ensemble de la cour, tu es une sorte de héros, quelque chose dans ce genre. Il serait peut-être judicieux de te servir de cette nouvelle notoriété, c'est une opportunité dangereuse, mais qui en vaut la chandelle. » Elle frotta son menton puis fit quelques gestes des mains pour illustrer ses paroles. « Te faire une place parmi les seigneurs... Théoriquement, tu as droit à une récompense pour service rendu à la couronne. Clame ta cause auprès du roi, jure lui ta loyauté et demande sa protection. Mon père n'est pas ingrat, et si je te soutiens en plus, je suis persuadée que tu auras sa bénédiction. »

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MessageSujet: Re: L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë   Ven 24 Aoû 2012, 03:56

     Apparemment la jeune femme n'appréciait pas vraiment d'entendre le forgeron parler de son amoureux. La manière dont elle lui envoya un oreiller dessus suffisait à exprimer le fait qu'il avait touché un point sensible et aussitôt, un sourire se colla sur ses lèvres. Jusqu'à présent, Galahad avait imaginé qu'il s'agissait d'un homme entiché de la Princesse, mais si tel avait été le cas et qu'elle n'eut rien ressenti pour lui, la demoiselle n'aurait pas réagi aussi promptement. Il était donc plus que probable que la donzelle éprouve des sentiments pour son garde du corps. Cet homme portait bien son titre par ailleurs - s'il était bien son garde du moins - il semblait surveiller de très près les arrières de la jeune femme. Il était amusant et à la fois irritant de constater à quel point certaines personnes pouvaient bien se laisser avoir par les plaisirs de la chair, ils étaient faibles et se feraient avoir, tôt ou tard, par cette faiblesse. Certes, elle était fiancée et ce genre de paroles pouvaient bien avoir un effet dévastateur, mais au moins cela lui avait-il permis de se rendre compte qu'une telle rumeur gênerait réellement la belle. Vu qu'elle avait clairement fait savoir au Singulier qu'elle se fichait de son fiancé, il en revenait à son idée initiale : il avait touché un point sensible parce qu'il devait avoir dit quelque chose de vrai. Sans se départir de son sourire, il la contemplait alors qu'elle parlait de « Ser Dreann », c'était donc un chevalier ! Et bien, elle n'était vraiment plus la Izhi qu'il avait connu dans les rues, cette roturière ne se serait jamais intéressée à un chevalier de pacotille. Ou un grand chevalier, c'était du pareil au même. Haussant les épaules après avoir posé l'oreiller à ses côtés, il rétorqua donc d'un ton légèrement moqueur.

     ▬ Navré ! Je plaisantais, mais apparemment j'ai touché un point sensible. Je comprends mieux que tu ne sois pas intéressée par ton Dragonnier et son lézard si tu as un beau chevalier servant sous la main. J'ignorais que c'était ton type, je te voyais plus finir avec un simple roturier. Enfin tant que c'est juste sous la main que tu le gardes et pas ailleurs.... »

     C'était plus fort que lui ! Il prenait un malin plaisir à la titiller alors qu'elle venait de lui dire de cesser ses sous-entendus, mais même au sein du palais le forgeron ne restait que le roturier impoli et mal-élevé qu'il avait toujours été. Les beaux atours de la jeune femme n'y changeraient malheureusement rien. Mais peu importait, le sujet était réglé puisqu'elle disait qu'il n'était pas responsable, c'est que cela devait être le cas ! D'un côté cette révélation ne surprenait pas vraiment Galahad qui avait eu le sentiment que le chevalier était plus du genre à venir taper dans le problème plutôt que de chercher à le résoudre de manière diplomatique. Sans quoi il aurait certainement été politicien et non chevalier.
     Elle souleva alors une question importante, pour aller où s'il décidait de fuir ? En effet l'interrogation était à mûrement réfléchir s'il ne voulait pas se retrouver à nouveau dans son village natal. Non, même là il n'aurait pu le faire, ses parents ne le laisseraient certainement jamais rentrer chez lui – pas sans conditions du moins – puis les Héritiers savaient où il vivait alors fuir de la capitale surpeuplée pour aller dans une bourgade avec une cinquantaine d'habitants.... Non, c'était une très mauvaise idée. Lorsqu'elle proposa l'idée qu'il puisse rester ici, le Singulier se contenta de lui décrocher un regard dubitatif. Au fond, c'était ce qu'il prévoyait depuis le début, comme Araëlle le lui avait demandé, il comptait bel et bien se rapprocher de la Princesse et en apprendre un maximum à son sujet, mais quelque chose lui disait que ce serait beaucoup plus risqué qu'il n'y songeait de prime abord. Le simple fait était qu'il ignorait pour quelle raison est-ce qu'il avait été libéré et porté en héros, donc mieux valait éviter de s'aventurer trop loin sans avoir éclairci un peu ce point.

     L'occasion de répondre ne lui fut point donnée puisque quelques personnes entrèrent pour apporter le fameux repas demandé par la Princesse. L'odeur était alléchante et certainement bien meilleure que tout ce qui lui avait été donné de sentir jusqu'à ce jour. Cela dit, il ne comptait pas y toucher avant d'avoir trouvé un accord avec la demoiselle, ne serait-ce que pour ne pas éprouver le sentiment d'être un animal que l'on récompensait de ses services. Il jouait déjà assez le bon chien pour Araëlle. Lorsque les individus se furent envolés sous les yeux du forgeron, la Singulière reprit la parole pour présenter les choses d'un angle très favorable, du moins pour la royauté. Soyons clairs, Galahad n'envisageait pas la possibilité qu'il puisse être utile à la famille de son amie, mais il se doutait qu'il serait préférable pour eux d'avoir un adorateur de Mynkor sous les yeux plutôt que dans la nature à pouvoir pactiser avec les Héritiers. Elle parlait avec intelligence, mais en ciblant uniquement les points positifs que cette possibilité apportait. Pourtant, il en existait tout autant de l'autre côté. Après ses paroles, un nouveau sourire se dessina sur les lèvres du forgeron avant qu'il ne hausse les épaules.

     ▬ Sans vouloir te vexer Izhi, je n'ai pas franchement d'attrait pour la famille royale, mis à part toi désormais. Pour être sincère, j'ai toujours considéré le Roi comme quelqu'un qui passait plus de temps sur son trône qu'à se soucier de ses citoyens, donc lui jurer ma loyauté et attendre quelque chose de lui, c'est bien la dernière chose qui me viendrait à l'esprit vois-tu. »

     Là, il ne faisait que dire la vérité. En effet le Roi n'avait jamais eu son adoration, au début le jeune homme le voyait simplement comme un profil sur les pièces qui passaient dans sa main, mais depuis son entrée chez les Héritiers il le voyait comme un incapable qui devait céder sa place à des personnes plus compétentes. Certes, l'idée proposée lui permettait de pouvoir se hisser jusqu'à ce qu'il désirait : une place importante dans la société et surtout, de la reconnaissance. Cela dit, les paroles d'Araëlle ne cessaient de lui revenir en tête, elle avait juré qu'elle le retrouverait pour le tuer et pour être sincère, il l'en croyait possible. Izhi pourrait dire tout ce qu'elle voudrait, la vie d'un simple roturier ne vaudrait pas la peine de lui assigner une protection, du moins pas pour les raisons citées par la Princesse puisqu'au fond, Galahad n'avait rien fait de tout cela. Et si le véritable informateur se dévoilait ? Il serait juste envoyé dans la rue et ferait une proie de choix pour les Héritiers. L'hésitation était palpable alors qu'il enchaînait.

     ▬ Je pourrais profiter de cette rumeur c'est certain, mais comme je te l'ai dit, ce n'est pas moi l'informateur et si le véritable se présentait un jour devant le Roi, il se débarrasserait juste de moi puisque je n'aurais plus aucune valeur. Tu ne comprends peut-être pas Izhi, mais je ne vais certainement pas tout miser sur un homme que je ne connais pas, encore moins un homme avec autant de responsabilités. C'est les plus prompt à trahir et rien que le fait qu'il vende sa fille à un Dragonnier pour faire une alliance me prouve qu'il n'hésitera pas à sacrifier un simple roturier. »

     Elle pourrait difficilement dire le contraire vu la situation dans laquelle elle se trouvait, surtout que la jeune femme lui avait clairement fait comprendre à quel point elle détestait son père lorsqu'ils avaient bu quelques verres ensemble l'autre jour. Soupirant légèrement, le jeune homme recula dans son fauteuil en se demandant s'il ne pouvait pas plaider le fait qu'il avait besoin de quelques jours pour réfléchir à tout cela, histoire de pouvoir demander à la tenancière de bordel ce qu'elle pensait de cette situation, puis aviser ensuite. Enfin, en espérant qu'il revienne en vie. Tentant une nouvelle technique, son regard se posa sur le minois de la demoiselle avant qu'il n'emprunte une autre voie, plus sombre.

     ▬ Non, je n'ai pas envie de fuir des années et d'être cantonné à vivre dans un seul et même endroit sans pouvoir le quitter. Tu as raison, fuir n'est pas une bonne idée, j'aurais pu faire comme j'avais procédé pour arriver ici, mais ils me retrouveront certainement. Une idée trottait dans sa tête et il l'exprima. Peut-être que le mieux est tout simplement de les trouver pour leur faire savoir que ce n'est pas la vérité. Après tout, au pire je risque quoi ? Qu'ils ne me croient pas et qu'ils me tuent, mais ça finira par arriver même si je reste ici. Pessimiste ? Juste un peu ! Et ça serait peut-être l'occasion de découvrir que je peux leur être utile qui sait, au moins ce blasonné pourra m'accuser de manière justifiée, d'être l'un d'entre eux. Le ton était clairement moqueur. Pour une fois que je ne fais rien, c'est là que tout le retombe dessus ! L'ironie était des fois surprenant c'était un fait. Regardant toujours la jeune femme, il conclut d'une manière un peu surprenante. Par contre, c'est certain que si j'opte pour cette solution, nous ne pourrons plus nous revoir. Mais bon, même si je t'apprécie Izhi, ma survie passe avant ta compagnie, aussi agréable soit-elle. »

     Elle ne pouvait pas l'accuser d'être un menteur, pour le coup il était parfaitement sincère ! Disons simplement qu'il avait pratiquement fait son choix, même si une dernière chose pouvait encore le faire changer d'avis. En partie du moins.

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L'audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ▬ Izhelindë

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