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 « La mort est le plus profond souvenir. »

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Vigdis Luderik

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MessageFeuille de route
MessageSujet: « La mort est le plus profond souvenir. »   Dim 22 Juil 2012, 09:19


Wilhelm & Vigdis



Les ports se succédaient et se ressemblaient tous. Il y avait toujours cette même foule qui parcourait les docks. Toujours cette odeur de poissons pourris qui restait dans l’air des heures après que le marché ce soit terminé. Ces même prostituées qui la cigarette pincées entre leurs lèvres carmins susurraient des insanités aux marins de passages. Oui, les ports avaient beau ne pas tous avoir la même nationalité, ne pas être construit de la même façon, ils gardaient néanmoins toujours cette ambiance déplaisante, où régnait sans cesse cette atmosphère lourde, tendue, de rivalités marine. On se battait nuit et jour. Et quand on ne se battait pas, on se passait le mot pour organiser, durant des nuits complètes, des combats de coqs, de chiens, ou de tout autre animal capable d’un peu de hargne.
Les marins réguliers n’étaient en définitif par meilleurs que les pirates, ils se cachaient juste derrière une légalité plutôt floue et obscure, chassant les démons autant que les dragons dans des commerces dès plus outrageux. Ils se mettaient à rire bruyamment leur choppes recouvertes de mousses, se racontaient des histoires sordides mêlant réalités et chimères. Oui, les marins n’étaient rien d’autre que des pirates déguisés, ou si vous préférez, les pirates n’étaient rien d’autres que des marins aux longs chapeaux, jambes de bois et autres perroquets. Et, malgré ça, il résidait toujours une espèce de vieille rancune entre pirates et marins, les uns menaçaient les autres de les pendre, quant aux autres ils contentaient d’égorger les uns en mer. On se faisait une guerre silencieuse tout en montrant les crocs, et on ne cachait que très mal son mépris une fois les pieds sur terre.
Pas étonnant dès lors que les marins du port des princes rechignent à vendre le produit de leurs pèches à ces hommes tout juste débarqués. On préférerait de loin cracher sur les victuailles et attendre qu’elles pourrissent plutôt que de les échanger contre de l’or dérobé dans les cales des navires amis, où quand même ennemis. On crache sur le passage des pirates, mais on fait toujours attention de ne pas se faire remarquer. Qui sait, ils pourraient le prendre mal, et trancher dans le vif sans attendre. Et il n’est pas plus étonnant que ça de voir les pirates s’aventurer un peu plus dans les terres. Nul port où l’on pourrait accoster, alors on se met à marcher le long des routes sinueuses qui bordent les plages vides de toute vie pour rallier les villages qui se trouvent non loin de là.

Elle. Elle était aussi du voyage. Curieuse créature féminine intégrée à un cortège de mercenaires avides et cupides. Pas plus prisonnière que libre, elle goutait au plaisir de pouvoir délasser ses membres contrit par de longs jours de mer, elle plisse les yeux à chaque coup de vents voulant éviter que les grains sable ne viennent s’y immiscer. Ses longs cheveux s’emmêlent et ce démêlent au grès de la brise. Mais peu lui importe les vents. Peu lui importe les pirates. La houle. Ou tout ce qui fait le malheur des habitants de la cote, elle se complait dans ce semblant de liberté qu’on lui prête à l’instant. Ce n’est pas grand-chose. A dire vrai, c’est même presque rien, mais il faut savoir se contenter de peu. Très peu. Les pas se font hésitants au milieu de ce groupe d’hommes si vifs, elle voudrait tant pouvoir regarder le paysage, mais l’on insiste par des mots irrévérencieux pour qu’elle avance et plus vite que ça. On se demande pourquoi elle se trouve là, et pourquoi il faut absolument, toujours, l’emmener dans le moindre périple. Mais le capitaine fait taire toutes les remarques d’un ton bourru, jamais il ne laissera sa devineresse sans surveillance, et encore moins entre les mains des pirates qui parcourent son navire de la cale au pont principale.
Après tout, elle, plus que tous ceux ici présent, le sait. Elle sait qu’elle n’est pas la bienvenue, qu’elle ne l’a jamais été et qu’elle ne le sera jamais. Vigdis n’est rien d’autre qu’un outil comme un autre dans l’art de la navigation, un outil qui a eu la malchance de naître en étant femme puis de subir la rafle des pirates. Vendue, elle ne le fut pas par un concours de circonstances. Qu’elle soit utile, et qu’elle se taise s’il n’est pas utile qu’elle s’exprime. Alors même sa respiration, qui se voudrait haletante, se fait silencieuse. Et elle découvre dans les éclats de rires et les injures de son entourage les premières baraques des pécheurs auquel sont accrochés de longues cordelettes sur lesquelles sont pendus les poisons qui sèchent sous le soleil et au grès des airs marins. Et toujours. Toujours, il y a cette odeur de putréfaction qui lui retourne l’estomac.

Puis on l’abandonne. On se met à frapper aux portes, et quelques visages effrayés se font voir. On lui fait signe d’aller voir ailleurs, tout en sachant qu’elle ne pourra jamais aller bien loin, alors elle s’éloigne un peu. Marchant le long de la plage, trempant ses pieds dans l’eau qui remonte à une cadence irrégulière. La mer est une chose passionnante, mais à force de la côtoyer, l’écume et le bruit des vagues commencent à se faire détester de sa personne. Elle donne des coups de pieds rageurs contre cette eau que nulle ne peut arrêter, avant de baisser les bras et de grimper le long d’une butte de sables qui surplombe le village. Elle aurait pu s’attendre à trouver face à elle une nouvelle étendue de sable, mais il n’en est rien. Ce n’est rien d’autre qu’un nouveau champ de hautes herbes qui se balancent au grès du vent.
Ce n’est pas la première fois qu’elle voit ça, en revanche, c’est bien la première fois qu’elle peut s’avancer dans cette nature environnante pour sentir la végétation se balancer contre son corps. Sentir que cela prend vit, qu’il n’y a pas que l’océan. Ça, c’est une véritable découverte, quelque chose de nouveau dont elle goutte par petite touche, peut-être par peur que cela ne vienne à disparaitre quand elle se réveillera. Mais ce n’est pas une vision. Ce n’est pas un rêve. Mais comment pourrait-elle croire en tour cela, alors qu’au loin se dresse la silhouette d’un homme qu’elle reconnaitrait entre cent. Sa seule présence rend la réalité des faits impossibles car cela fait bien longtemps qu’il a disparu de son horizon. Pourtant cela ne l’empêche pas de faire un pas, puis deux, avant de s’élancer au travers de la luzerne, manquant plus d’une fois de se vautrer sur un matelas d’herbe. Ça n’a aucune importance, s’il n’était pas son ami, il était un peu comme le phare qui la menait jusqu’à bon port. Il était un véritable pilier dans sa vie, et elle oserait presque croire que sa présence fantomatique fait de lui un messager important.
Cependant, alors qu’elle n’est plus qu’à quelque pas de cet homme, elle se rend compte de sa méprise. Ce n’est pas lui, pourtant tout en cet homme lui rappelle celui qu’elle a connu… Essoufflée, le cœur battant à tout rompre, elle déglutit en fermant les yeux, et c’est alors que les images l’assiègent. Une par une elles apparaissent au rythme des battements de son cœur. Elle ne sait pas qui il est, mais elle se souvient. Oui, elle se souvient de l’avoir déjà vu en rêve avec son ancien compagnon de mer. « Léandre. ». Elle souffle le prénom dans une expiration presque douloureuse, et sans réfléchir, sans aucunes arrière-pensées, elle avance une main vers lui. Énigmatique. « Qui êtes-vous ?!».


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Dernière édition par Vigdis Luderik le Ven 03 Aoû 2012, 09:30, édité 1 fois
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Wilhelm Nyström

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: « La mort est le plus profond souvenir. »   Jeu 02 Aoû 2012, 15:29

    Plus il regardait la mer, moins il l’aimait. Jamais le rôdeur n’avait apprécié approcher ce genre d’étendue d’eau à perte de vue qui ne présageait rien de plus que l’inconnu dans sa plus horrible apparence. Wilhelm aimait la nature, sauvage et agressive et pourtant si maternelle et accueillante. Pourquoi ? Pourquoi un beau jour son frère avait décidé de quitter mère nature qui l’avait porté et nourrit en son sein pour cette immensité d’eau qui ne promettait que mort et désolation ? Qu’est ce que la mer avait eu de plus attractif que le sol ? Nyström pensait peu à son frère ainé, mais quand il y songeait, une colère teintée de tristesse le prenait à la gorge comme un loup affamé. Pourquoi était-il parti ? Pourquoi mourir loin de tout et terminé de fissurer ce qui restait de la famille qu’ils avaient un jour été ? Alors qu’ils étaient des gamins braillards courant au milieu des feux follets dans les plaines de Tuamarbh. Avec Léandre mort, leur mère décédée de chagrin et leur père désormais seul attendant sagement la mort au refuge qui l’a vu naître, l’heure des réjouissances n’était plus. Wilhelm se contentait de ne plus y penser, de laisser le temps au temps et de vivre sa vie, comme il l’avait toujours fait. Dans une vie de baroudeur, on pense plus à sa survit qu’à la famille, il fallait avouer. Il devait vivre avec cette pression d’être le dernier représentant de son sang, et que les Nyström mourraient avec lui. Il haussa les épaules, tant pis.

    Wilhelm ne savait pas vraiment pourquoi ses pas l’avaient mené jusqu’ici à Darya. Un endroit qu’il n’avait que vaguement visité. Peu intéressé par tout ce qu’on pouvait trouvé ici, et désormais ayant en horreur les étendues d’eau et tout ce qui pouvait leur ressembler, il n’avait guère envie d’approcher de plus près, d’aller au village et de voir tous les matelots qui auraient pu respirer le même air que son défunt frère. Il n’avait pas envie d’aller à la plage, de sentir le sable sous ses pieds. Tout ceci le répugnait. Alors il ne quittait pas la verdure avoisinante. Il dormirait ici, comme d’habitude, non loin de sa jument et avec ses oiseaux en guise de compagnie. Rien que de devoir se trouver une auberge l’ennuyait. Ici il était bien, il était dans un environnement familier, loin du bruit des vagues. Tenant Eliora par la bride, il s’éloigna, toujours un peu plus loin de la mer, toujours un peu plus près de ce qu’il connaissait. Valia la chouette somnolait sur son épaule, son faucon était déjà parti chassé, aucun de ses animaux ne semblaient dépaysé par la présence de la mer, mais Wilhelm ne la supportait pas. Il avait eu tort de venir ici. Très vite, il repartira pour la capitale. Dans un endroit où il y a quelque chose à faire. N’importe où. Loin d’ici.

    Et puis Valia se redresse, elle entend quelque chose, et scrute l’horizon de ses grands yeux de rapace. Wilhelm suit son regard, surprit, et il la voit. Une petite silhouette courant comme si Mynkor en personne était à sa poursuite, mais le rôdeur comprend vite qu’elle vient vers lui. Elle veut le voir lui. Cela lui semble bizarre, et il ne bouge pas, même pas quand elle manque de trébucher mais continue encore à s’épuiser à cause de la folle cadence qu’elle s’impose. La jeune fille est devant lui maintenant, et elle a l’air déçue. Elle s’est trompé, ça se voit, et pourtant elle ne part pas. Le rôdeur plisse les yeux, attendant qu’elle se mette enfin à parler, expliquer, s’excuser, n’importe quoi. Il n’aime pas son regard, il n’arrive pas à le dire. D’ailleurs elle lui rappelle quelqu’un, mais il ne fait aucune remarque, il veut enterrer le pressentiment qu’il ressent, il veut maudire la déesse de lui imposer encore une chevelure aussi blanche et un visage aussi beau, mais il ne fait rien. C’est surement sa punition, et il l’accepte.

    Léandre. La gorge de Wilhelm se serre, son cœur stoppe pendant une seconde. Elle n’a pas dit ça, il a dût le rêver. Et maintenant il se sent mal, et il veut qu’elle s’en aille, qu’elle le laisse à des souvenirs qu’il veut oublier.

    « Et toi ? » Fit Wilhelm en levant la tête, prenant un air contrit, fâché mais surtout méchant. Le visage qu’il prend quand il veut terroriser les passants et qu’on le laisse tranquille. Le visage qu’on imagine bien chez un rôdeur. Il se souvient maintenant qu’il n’a pas pris soin de lui pendant son voyage, sa barbe a poussé, ses cheveux sont drus, il n’inspire pas confiance. « Qui es-tu ? Pourquoi viens-tu vers moi si je ne suis pas l’homme que tu cherches ? Tu devrais rentrer et oublier. »

    Et puis soudain, il baisse la tête. Eydis a gagné. La déesse doit lui en vouloir, le détester pour lui imposer un visage d’ange qui lui plante un couteau dans le ventre d’une manière aussi cruelle, aussi fatidique. Il devrait la détester, mais il sait qu’elle a raison, il n’aurait jamais dû accepter ce contrat au nom de Mynkor, et il est désormais maudit jusqu’à ce qu’il perde la raison. Wilhelm aurait presque envie de pleurer, si on ne lui avait pas appris que les hommes n’avaient pas le droit de le faire. Alors il fronce les sourcils, regarde le sol avec colère et dépit. Il murmure :

    « C’était mon frère. »

    Devant l’incompréhension de la demoiselle, il répète, plus fort cette fois, en la regardant dans les yeux : « Léandre Nyström. C’était mon frère. Il est mort. Mais tu as l’air de le savoir. Je suis désolé que tu sois déçue de ne voir que moi, Wilhelm. Mais Léandre est mort, il ne reviendra pas. »

    Il lève les yeux au ciel et se sent stupide. Voilà longtemps qu’il a enterré son frère et qu’il n’est plus dérangé par son fantôme. Mais voilà que cette fillette avec ses cheveux blonds et ses grands yeux vient lui jeter tout son chagrin à la figure. Tout allait tellement mal, son esprit était tellement confus, il semblait bien que rien ne pouvait être pire désormais. Mais prudence avec ce genre d’annonce, Wilhelm a apprit avec le temps que le fond pouvait toujours être encore creusé. Alors que Valia bat un peu des ailes sur son épaule pour ne pas qu’on l’oublie, Wilhelm reporte son regard sur Vigdis dont il ignore encore l’identité. Elle n’a pas l’air d’un matelot ou d’une fille crasseuse des ports. Que fait-elle ici ? Comment a-t-elle connu Léandre ? Pourquoi lui courir après, avait-il été important pour elle ? Elle avait l’air un peu jeune pour avoir été sa compagne, voilà déjà 5 ans que Léandre était englouti par les eaux. Aucune sépulture, aucun corps à chérir, rien au refuge où il pouvait se recueillir pour alléger sa peine.


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Vigdis Luderik

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: « La mort est le plus profond souvenir. »   Ven 03 Aoû 2012, 09:01


Wilhelm & Vigdis



Se laisser bercer d’illusions. Se laisser couler dans les rêvasseries. Croire à tout même à l’impossible jusqu’à ce que votre cœur cesse de battre. Un arrêt brusque qui vous fait mal, qui vous fait grimacer et vous coupe le souffle dans une immense déception. Alors elle se sent étrangement vacillante dans cet immense champ d’herbes, ses jambes se dérobent sous elle, et elle se laisse choir un tapis de verdure. Laissant tomber ce bras qu’elle avançait alors vers lui. Il n’y a rien de très violent, et aucune douleur physique ne vient la traverser. Il n’y a rien d’autre que ce trou béant dans son cœur, la violence de la désillusion lui fait mal. Elle en aurait eu les larmes aux yeux si on ne lui avait pas répété durant de longues années que pleurer était une chose absolument inenvisageable.
« Je suis navrée. ». Navrée. Triste. Perdue. Il y a trop de choses qui se mélangent, trop de pincements aux cœurs pour pouvoir tous les citer, alors elle n’a que ce choix-là. Celui de se montrer désolée face à sa méprise. Et pourtant, elle sait, ou tout du moins, elle a l’espoir de trouver en cet inconnu un peu de réconfort. Elle aimerait tant l’entendre lui avouer que ce n’était pas une véritable erreur. Mais il n’en ai rien, il se contente de la rabrouer, et elle, elle n’ose pas lever les yeux vers lui. Honteuse, certes, mais surtout terrifiée à l’idée de découvrir l’expression qui s’est figée sur son visage. La violence. La méchanceté. Tout cela Vigdis s’en fiche, c’est devenu habituel dans son cas. Non, elle ne souhaite, tout simplement, pas porter ses yeux sur cet homme qui lui ressemble tant.
« J’aimerais tant pouvoir oublier, mais ce n’est pas possible. Il fait partie de moi, de mon histoire, de ma vie...». Léandre. Cet homme faisait surtout parti de son passé, il fallait se dire à présent qu’il avait été englouti par la mer, et qu’il n’en ressortirait jamais. Il fallait l’enterrer lui et les souvenirs qu’il lui avait laissé. Oublier, comme cet homme le lui avait dit. Et pourtant… Cela avait l’air si simple quand on se l’intimait, et si compliqué quand on tentait de le mettre en pratique. Mais, dans son cas, c’était tout simplement impossible, à chaque fois que ses paupières se ferment les visions l’assiègent, lui montrant encore et encore ses images tout droit sorties de ses rêves. Passé. Futur. Présent. Vigdis paye le prix de son don par cette capacité à ne rien oublier, ou à toujours se rappeler.

L’inconnu qui ne l’est pas tant répète dans un souffle se prénom, il lui enserre le cœur de ce souvenir douloureux, et elle lève vers lui des yeux semblables à deux gouffres de tristesses. Elle n’est pas certaine d’avoir bien comprit le souffle vent couvrant les murmures qui s’échappent de ses lèvres. Néanmoins, comme prenant conscience de la chose, sa voix monstrueusement grave s’élève, plus forte, plus distincte. Vigdis s’étonne de cet aveu. Pourquoi lui dire cela après l’avoir demandé d’oublier ?! Comment pourrait-elle effacer tout ça de sa mémoire ? Comment ne pas se souvenir de cette rencontre et de ce frère alors qu’il cesse lui-même de lui demander d’oublier ? Elle n’en sait rien. Elle n’a pas de réponses à la moitié des questions qui se bousculent dans sa tête. Mais qu’importe…
Oui, peu importe les interrogations diverses, elle se contente de prendre appuie sur ses mains pour se remettre debout au milieu de cette herbe qu’elle a couché au moment de sa chute. Et c’est en ce remettant sur ses pieds que la petite blonde se rend enfin compte qu’il n’a pas grand-chose à voir avec Léandre. La ressemblance est là, mais elle n’est pas aussi flagrante qu’elle aurait pu le penser, ce n’est qu’un voile fugitif, une impression amère que son imagination lui a imposé. Vigdis se sent trahit, trahit par elle-même, pas ces yeux et sa pensée. Elle porte dès lors un regard tout nouveau sur lui, tentant de graver dans sa mémoire son visage, son physique, souhaitant tracer un trait sur cette image qui c’était jusqu’alors imposé à elle.
« Je le sais… ». Ses yeux son alors attirés par la créature ailée qu’il semble posséder. Pas vraiment habituée à d’autres oiseaux que les mouettes et les cormorans, elle admire la beauté de l’animal, se perdant dans la grâce de ses si jolies courbes et la finesse de son plumage. « Je l’ai connu du temps où il était marin. ». Marin… Ça sonnait toujours mieux que pirates, non ?! Juste un doux euphémisme, au cas où. Pas besoin de venir ternir la mémoire d’un mort, ça ne servait à rien et elle n’avait pas besoin de venir apprendre à la famille de Léandre qu’il n’avait pas eu une carrière des plus respectables, bien qu’elle doutait du fait qu’ils se soient pas tous au courant.

Puis elle se reprit, cessant d’admirer l’oiseau pour se retourner, regardant hâtivement où elle se trouvait, elle avait vraiment agi d’une façon très idiote. Elle s’était éloignée. Pas tant que ça, mais assez pour que ça déplaise au capitaine, et la présence de cet homme risquait de lui déplaire encore plus quand il la retrouverait. « Je suis désolée. Je… Ne voulais pas vous ennuyer…. ». Sans y penser, sans s’en rendre compte, elle se mit alors tricoter avec ses doigts, remettant à chaque nouveau de coups de vents ses longs cheveux blonds derrière ses oreilles. « Mais… De loin. Vous lui ressembliez tant. Mais c’est idiot n’est-ce pas ?! Parce que comme vous l’avez dit, les morts de reviennent pas. ».
Idiote. Complètement idiote. Elle répétait ce qu’il lui disait, et avait l’impression de paraitre d’agir de façon de plus en plus inconsidérée. Alors elle se prend la tête entre ses mains, et tout aussi inconsidérément elle se met à rire. C’est encore une chose complétement idiote, elle devrait pleurer vis-à-vis de son erreur, jurer, et hurler, mais ce n’est pas le cas. Peut-être est-elle à bout. Surement semble-t-elle complétement folle. Mais ça n’est rien. Ça ne ressemble à rien. Jusqu’à ce que le calme la reprenne. Subitement. « Je suis désolée… Je ne devrais pas faire ça. ». Elle prend une grande inspiration avant de continuer. « Pas comme ça. ».



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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: « La mort est le plus profond souvenir. »   Lun 27 Aoû 2012, 16:58

    De grands yeux tristes et effrayés qui le fixe, une déception à peine dissimulée dans son expression faciale, et puis finalement la voilà qu’elle tombe misérablement sur le sol. Wilhelm ne comprend pas, est-ce la fatigue ? Est-elle malade ? Comment la tristesse pouvait autant l’accabler physiquement ? Pour lui, elle avait toujours été l’occasion de se relever, plus fort que jamais, de montrer les dents face à la cruauté de la vie et de dire à la face du monde qu’il était toujours vivant. Et elle, elle se laisser tomber les genoux enfoncés dans l’herbe, comme incapable de se relever. Le rôdeur hésite, lui n’a jamais eu besoin d’aide pour se relever après un mauvais coup, mais on l’avait élevé comme ça. Les rôdeurs ne sont guère bercés, et il n’avait jamais trouvé à se plaindre des conditions dans lesquels il avait grandi. Et pourtant, elle avait l’air d’avoir besoin de son aide, de ne pas savoir comment gérer sa déception avec le souvenir de Léandre disparu. Cela le peinait. Lui qui imaginait que la peine qu’avait laisser son frère une fois éteint, ne touchait que sa famille, il n’avait jamais imaginé qu’il avait laissé des amis, des proches, et surement des amantes. Pourtant, maintenant qu’elle était effondrée devant lui, cela semblait évident.

    Elle s’excuse, parle d’oubli, de peine, d’histoire, et le rôdeur ne sait toujours pas comment réagir. Wilhelm n’a jamais aimé la faiblesse, les gens malheureux, qui pleurent ce qu’ils n’ont plus ou n’ont jamais pu avoir. Il aime les gens qui se battent, luttent et tentent de s’en sortir malgré un destin malheureux. Elle devrait l’irriter, assise ainsi par terre à geindre sur un disparu, pleurer ce qui n’est plus que des souvenirs. Et pourtant il l’écoute. Elle représente peut-être la peine qu’il n’a jamais eu le droit d’extérioriser, ou bien par respect pour Léandre, il ne dit rien, imaginant déjà la voix grave de son frère lui siffler dans les oreilles pour s’être montré discourtois. Son frère avait toujours prit à cœur son rôle d’ainé, non pas pour élever son frère, mais pour lui rappeler qu’il était logiquement en dessous de lui dans la hiérarchie. Une relation bizarre et musclée, mais pourtant pavée d’amour fraternelle comme on pouvait rarement en voir. Si Léandre avait gagné en sagesse en grandissant, Wilhelm n’avait pas suivi le même chemin, et avec le recul, il était beaucoup plus juste que ça soit le jeune frère soit actuellement six pieds sous terre et non pas Léandre qui dormait avec les créatures marines de Lanriel. Eydis avait un sens de la justice étrange, et le rôdeur n’était pas certain de l’apprécier. C’était d’une cruauté sans pareille. Mais Wilhelm n’était pas en mesure d’en discuter, et puis, pouvait-il vraiment dire qu’il préférait être mort plutôt que de silencieusement porter le deuil de son frère ? Etait-ce la vérité de toute manière? Le rôdeur n’était pas philosophe, toutes ses questions le dérangent, il n’y avait jamais réfléchit auparavant. Il s’était contenté de prendre la vie comme elle venait, avec ces ennuis et ses joies, sans jamais réfléchir si les choses avaient été différentes. Et maintenant que l’idée qu’effectivement, les choses auraient pu être différentes, l’avait effleuré, cela lui éclaircirait l’esprit. Autant que la responsabilité d’avoir un rôle à jouer dans le hasard l’effrayait. Et Wilhelm n’avait jamais eu peur.

    Et maintenant elle se relève maladroitement, bafouille et se met à rire. Il la regarde, haussant un sourcil, ne sachant pas quoi ajouter. Il ne comprend pas à ce qu’elle peut ressentir, à ce qu’elle veut lui faire comprendre. Et il est fort possible qu’elle ne le sache pas non plus elle-même. Valia par contre semble être à l’aise, elle bat des ailes en cadence avec le rire de Vigdis, cela veut dire que le son lui plait. Wilhelm la calme en passant gentiment sa main sur la tête de la chouette, son aile meurtrie pourrait encore lui faire mal.

    « Je devrais te demander comment tu as connu Léandre, si tu l’as vu mourir, mais je ne vais pas le faire. » Wilhelm a pris sa décision, celle de ne plus regarder en arrière. Et elle devrait en faire autant. « Cela nous ferra souffrir, toi comme moi. Je connaissais mon frère, il doit probablement se gausser en nous voyant si pathétique. »

    Il a été sec, elle doit surement le voir comme un monstre sans cœur. Pourtant il aimerait bien l’aider, à avoir un peu de la force et de la maitrise de soi qu’il a acquis durant sa jeunesse au refuge. Là où aimer son enfant n’est pas une excuse pour le gâter et le surprotéger. Il plaça sans rudesse sa main sur la frêle épaule de la jeune fille, la forçant à le regarder dans les yeux.

    « Quel est ton nom ? D’où viens-tu ? Tu n’es certainement pas toute seule ici… »

    Elle n’avait pas l’air de voyager seule, et elle n’en était surement pas capable. Au vu de son visage juvénile, il penchait sur le fait qu’elle vivait avec ses parents. Quoique non. Elle n’avait pas les yeux d’une fille aimée, Wilhelm le sentait. Surement un tuteur.

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