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 Promises

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Flore Merrivale

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Promises   Jeu 05 Juil 2012, 10:36

Discrètement, Flore quitta ses appartements et s’engouffra dans les couloirs du palais. La matinée était déjà bien avancée et la jeune fille avait de nombreux projets pour la journée. Projets qui n’impliquaient en rien ses loyales suivantes et sa garde rapprochée. Elle savait qu’elle n’avait pas beaucoup de temps avant qu’on ne se rende compte de sa « fuite » mais elle serait probablement déjà loin avant qu’ils ne se mettent à sa recherche. Et il y avait de grandes chances pour qu’ils ne la retrouvent pas avant le soir car ils ne penseraient jamais à vérifier le premier endroit où elle comptait se rendre : la bibliothèque royale. Ses escapades dans la nature étaient bien trop connues pour que quiconque lance des recherches au sein même du palais et encore moins dans un endroit comme une bibliothèque. Savoir que cela ajouterait quelques cheveux blancs aux servantes de sa mère la fit sourire dans sa barbe. On la traiterait encore comme une enfant inconsciente, prompte à se mettre en danger mais Flore n’en avait que faire. Malgré sa mésaventure lors du Tournoi, la jeune femme n’avait pas peur – surtout pas au sein du palais royal – et voyait aujourd’hui cela comme une histoire incroyable dont elle riait. Penser qu’elle aurait pu y rester ne lui effleurait désormais plus du tout l’esprit. C’est probablement cet aspect de la personnalité de sa fille que Dame Merrivale craignait le plus. Et certainement à juste titre. Un mari aurait sûrement tôt fait de changer cela. Du moins l’espérait-elle, car ce n’était pas le cas de Flore…

Le futur mari de Flore était d’ailleurs la raison qui la poussait en ce jour à se rendre dans la bibliothèque du palais. Lors de leur première rencontre au Jardin Princier, son fiancé lui avait offert un livre. Un objet auquel la jeune provinciale n’était pas véritablement habituée, ayant toujours préféré les courses en pleine nature que les manuels de géographie de ses percepteurs. Elle avait bien feuilleté quelques recueils de poèmes à l’époque où, adolescente, elle se surprenait parfois à rêver de beaux princes et d’épopées romantiques. Mais cela n’avait pas beaucoup duré et Flore n’avait plus alors ouvert un livre pour le « plaisir ». Ses dernières fréquentations livresques avaient été les quelques traités de droit que possédait son père, lorsqu’il avait fallu aider les moins bien lotis de Vieilleville qui ne pouvaient se permettre de se rendre à la capitale quémander l’aide d’une Inquisitrice. Flore avait passé un temps fou à comprendre toutes les subtilités de la loi de Vieilleville, le nez plongé dans des articles tarabiscotés, mais son aide avait été très appréciée par les petites gens du domaine de son père, ce qui l’avait rendu très fière. Après tout, cela faisait partie du « combat » dont elle s’était faite la représentante farouche.

Les dérivations de son esprit en ébullition revinrent bientôt à leur point d’origine quand Flore distingua enfin les grandes portes ouvragées qui menaient à la bibliothèque royale. Son objectif du jour semblait d’une enfantine simplicité pour Flore : elle allait parcourir quelques ouvrages, de toutes sortes, voire en lire en entier. Dans le but pas tout à fait avoué d’avoir des connaissances littéraires pour « impressionner » ou, tout au moins, pouvoir suivre une conversation sur le sujet puisqu’il semblait être celui que son promis préférait. Sa mère serait probablement très satisfaite de savoir que sa fille faisait des efforts malgré ses réticences prononcées au mariage mais pour la jeune femme, il s’agissait plutôt d’un vaste plan de manipulation que Dame Merrivale n’aurait sûrement pas désavoué non plus. En effet, dans sa naïveté de non mariée, Flore espérait qu’en créant une sorte de lien avec son futur époux, ce dernier serait moins réticent – ou sévère – à ses propres préférences de vie.

Tout cela sonnait comme un excellent plan et Flore se sentait pousser des ailes à mesure qu’elle s’approchait de la première étape de celui-ci. C’est donc avec un certain entrain qu’elle tourna dans le couloir menant à la bibliothèque. Entrain aussitôt foudroyé par une collision qui froissa les tissus et ébranla les coiffures. Le souffle coupé, Flore retint le peigne qu’elle n’avait visiblement pas bien fixé dans ses cheveux avant de s’excuser platement.

« Oh, je suis désolée ! Excusez-moi, je ne… » Elle leva alors les yeux sur la personne qu’elle avait failli renverser et rougit violemment en découvrant l’héritière de la couronne devant elle. Flore s’inclina respectueusement, et se releva un peu plus tôt que le protocole ne le prévoyait quand elle sentir son chignon pencher dangereusement. « Madame, je vous prie de me pardonner, je ne regardais pas où j’allais… »

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Izhelindë Hardansson

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: Promises   Mer 11 Juil 2012, 10:21

    Il lui semblait pouvoir compter chaque poussière de la cataracte de son sablier, une chute dorée qui scintillait des astres éteints en l'âme de la princesse. Royal séant installé sur un siège de velours, la surface de bois poli causait un renflement sur la blanche joue d'Izhelindë installée à même la table. Eclat de monotonie, elle attendait. Quoi ? Elle l'ignorait. Simplement qu'un aspic vienne lui dévorer la cheville et la tirer de son quotidien devenu gris, l'enlever de la demeure familiale désormais geôle diamantée. Une heure, peut-être deux, qu'elle retournait inlassablement l'horloge de sable dans l'espoir que son verre n'implose d'usure. Une bien piètre occupation pour une indocile accoutumée aux grandes chevauchées et badauderies jaspées de difformités, si loin de ce temps où il lui suffisait de gagner les écuries et d'ascensionner l'échine de son fidèle Yefahlan pour partir à l'aventure. Son destrier, son pur-sang, égaré depuis la fois où ce maudit dragonnier l'avait récupérée dans les environs de Perllan, à l'orée de La Forêt de l'Eveil. Effarouché de sa rencontre avec le reptile Roi-du-Ciel, son cheval s'en était allé sans demander son reste après que sa maîtresse eut été emportée dans les cieux par la force d'un promis bien trop opiniâtre. Le bougre, qui dans chacune de ses patenôtres envers la Toute Glorieuse trouvait son apport de reproches lorsqu'elle ne le lynchait pas directement de ses objurgations. Athran savait qu'il n'était absolument pas le bienvenu dans un ample périmètre entourant l'héritière, délimités par les soins de cette dernière et qu'elle l'offensait de condescendance lorsqu'il s'y risquait. Nombreuses furent les fois où le pauvre eut tenté d'établir le contact, simplement, de bavarder avec la femme destinée à partager ses jours jusqu'à plus et qu'il désirait, malgré tout, voir heureuse. Ce n'était guère le cas, conséquences de multiples désenchantements qui, aux yeux de la principale intéressée, avaient finalement souligné l'ingénuité qui était depuis toujours sienne. Bercée d'illusions, songe-creuse comme la pire des enfants qui pensait avoir le bien-fondé de broder son existence tel qu'elle l'entendait. Grave erreur s'il en était, sa hoirie l'avait rattrapée à grands coups d'ailes et elle se sentait percluse de frustration à l'idée d'être retenue captive au sein de son propre logis. Ironie, qu'être ligotée parmi les richesses qui qu'une autre se serait damnée pour avoir. L'on disait d'elle qu'elle était ingrate, égotiste, puérile. L'on disait, beaucoup de choses, dans son échine.

    D'ailleurs, elle reprit droiture de sa colonne vertébrale tiraillée de douleur dû à une position trop longtemps préservée. Ses lippes se gauchirent de déplaisir, avant qu'elle ne chasse les plis de sa robe céruléenne. Grande nouveauté que celle-ci, la sylphide n'avait d'autre choix que délaisser ses habits rapiécés et sans classe pour préférer parures et vêtements de haute couture. Malgré tout, il lui était délicat de rester oppressée entre les liens de son corset tout le jour durant, alors qu'elle refusait de voir quiconque si ce n'était quelques privilégiés. Esendril parmi eux, Gaeth aussi, lorsque ce dernier n'était pas affairé à ses propres besognes ou à son érudition. Depuis l'algarade familiale, nulle parole n'avait été échangée avec la reine, quant au souverain et père, outre qu'un emploi du temps habituellement chargé, sa chère enfant n'avait ni le coeur ni la volonté à échanger plus que de succinctes salutations. Sûrement n'était-ce pas la bonne méthode que se reclure sur elle-même, dans ses affres et son amour écorché, mais l'épreuve lui semblait impossible à surmonter en dépit de son optimisme usuel. Plus rien ne l'égayait vraiment, elle devenait morne, sans envies ni lubies particulières. Triste état que celui-ci, mais que dire, que faire ? La belle se leva de sa chaise, guigna le décors de ses appartements qu'elle ne supportait guère plus et jugea bon de s'adonner à une flânerie même seule dans sa marche. Elle ouvrit l'huis, donc, causant le méfiant et vif tressautement des factionnaires éternellement postés ici même et qui la lorgnèrent comme persuadés qu'un mauvais coup se préparait. Chacun de ses pas était reportés à sa seigneurie Ildahel et celui-ci ne manquerait pas de s'interroger sur cette impromptue sortie, ses déplacements se faisant bien rares en ces temps maudits. Sans un regard pour les sentinelles, elle fit mouvoir son textile dans un ballet d'élégance et s'engouffra dans les corridors du palais, vérifiant au passage ne pas être talonnée par ces sotards de gardes.

    Que faire, à présent ? L'ennui était partout forgé du même fer, dans ou hors de son antre privé, l'atmosphère était la même. Puis elle se dit que, avec un peu de chance, la lecture suffirait à la transporter assez loin de Cathairfàl le temps de quelques pages même surannées. Néanmoins sans grande conviction, un soupir las s'extirpant même de l'incarnat de ses lèvres, elle parcourut la distance jusqu'aux abords de la bibliothèque dans laquelle elle avait marotte de se réfugier, ignorant qu'à l'angle du couloir, l'attendait une frappante rencontre. Le heurt fut vif et surprenant, si bien que la tiare princière installée dans la crinière d'Izhelindë se laissa choir dans les mains de cette dernière, qui glapit aussi un petit cri. Une fois reculée d'une foulée, elle authentifia d'un air penaud la source de cette collision pour être la cible d'un élan formel et apeuré. Aussi embarrassée que ne l'était son vis-à-vis, elle fit trembler ses mains tendues comme pour la dissuader d'agir comme elle le faisait.


    « Oh, non non non, je regardais mes chausses alors que je marchais, je suis désolée, ce n'est pas de votre faute ! »

    Son ton clair et précipité soulignait son désir de ne surtout pas entrer en querelle à défaut d'avoir pu éviter de le faire physiquement. Elle n'aimait pas ce genre de déploiement protocolaire bien qu'elle était alors dans son rôle de princesse, aussi dégourdie dans cette opulente robe que sur des échasses de bois rongé. Pourtant, l'heure des coercitions sociales se faisant pressante, elle savait devoir s'habituer aux courbettes et autres simagrées sans en ricaner ou s'en exaspérer. La privauté était une notion avec laquelle la demoiselle agissait trop souvent, comme elle le faisait durant ses incursions parmi la roture. Flore était la fille d'un noble sieur, une lady de la cour devant laquelle il serait bon ton de faire bonne et puissante impression, ce à quoi elle ne pouvait se résigner tout de go. En particulier alors que la donzelle lui faisait face n'était pas sortie du même moule que toutes les autres, et dans laquelle il était probable qu'elle se retrouve. Les rumeurs cabotaient aux alentours du palais à une vitesse pour le moins ahurissante, la jeune Merrivale n'en était pas épargnée, ce qui ne la rendait que plus intrigante aux bleutées prunelles de l'héritière de Lanriel. Elle se souvenait de cette fois où, durant le tournoi organisé en l'honneur du roi Arsenios, elles avaient eu le loisir d'échanger quelques paroles fardées de préciosité en raison de l'oreille attentive du monarque installé non loin. Voilà que la contingence les rassemblait de façon tout à fait inopinée, un revers intéressant et qui eut au moins le mérite de redonner des couleurs à la princesse.

    « Attendez, laissez-moi vous aider. » Ponctuant sa réplique en réajustant la tiare sur son front, elle s'approcha de la nymphette pour examiner l'état de sa coiffure. Chignon partant en tous sens, elle la priva un instant de son peigne pour lui refaire son attache. « Quels beaux cheveux vous avez, si vous saviez comme il est délicat de faire tenir un quelconque accessoire dans les miens. Je vais finir par les couper comme les quidams de l'armée. »

    Jouant de ses délicates phalanges dans les rousses tissures de – rappelons-le – sa cousine éloignée, elle parvint à les lui rattacher convenablement et, elle l'espérait, solidement. Plus d'un se serait outragé de voir nul autre que l'héritière du royaume coiffer une dame de plus basse noblesse, la logique préférant que ce soit l'inverse. Cependant, à mille et une coudées de ces éreintants poncifs, le naturel d'Izhelindë la rendait aussi insouciante et affable qu'à l'accoutumé, à tel point qu'elle ne prit pas même conscience de la portée de son acte qui lui semblait si anodin. Satisfaite de son élaboration, la jeune femme revint dans le champ de vision de Flore pour l'observer avec une humble risette, tendre mais éminemment curieuse.

    « Il est extrêmement rare de vous voir au palais, bien que j'affirme sans l'ombre d'un doute que c'est une bonne surprise que de vous y croiser. Puis-je vous demander ce que vous faites ici ? » Mains jointes sur sa panse pour se donner une contenance, elle ajouta. « Peut-être accompagnez-vous votre père mandé par le mien ? »

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Flore Merrivale

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: Promises   Jeu 09 Aoû 2012, 07:58

Spoiler:
 

La réponse de la princesse soulagea Flore et la fit rougir de plus belle. Elle entrait rarement en collision avec des membres de la famille royale et avait cru naïvement qu’un tel affront serait passible d’une peine, sinon capitale, au moins terrible. Mais l’absence de témoin et le caractère de la princesse jouait aujourd’hui en la faveur de la jeune Blasonnée issue de la campagne. La suite ne manqua pas de la surprendre et de changer la couleur de son visage en un rouge pivoine bien plus prononcé que les teintes précédemment abordées. Flore tenta vainement de balbutier un « Oh, non… laissez, je… » mais ses protestations moururent devant la dextérité avec laquelle la princesse s’empara du peigne et se mua en coiffeuse pour la secourir d’un désastre capillaire qui aurait probablement outré les amatrices de modes au sein du palais royal. Avant de les indigner définitivement si elles avaient su qu’une femme au rang le plus élevé de la noblesse s’était abaissée à coiffer une Blasonnée de moindre rang.

« Merci. »

Le rouge ne quitta pas les joues de Flore qui accepta le compliment avec beaucoup de contentement. Il était rare que ses rousses boucles soient louées de la sorte, elle qui avait toujours entendu sa mère dénigrer l’horreur de cette chevelure de feu indomptable héritée de son père alors qu’elle aurait pu être bien plus jolie avec le casque de cheveux noirs de sa mère. En revanche, elle ne croyait pas un seul instant que la princesse du royaume ne pouvait faire quoi que ce soit de ses cheveux, ce qu’elle se garda bien de dire. Aussi sourit-elle quand Izhelindë Hardansson révéla envisager de s’offrir une coupe militaire afin de se débarrasser d’un trop grand désagrément. Si les coupes garçonnes avaient été à la mode ou une idée seulement envisageable, Flore en aurait probablement adopté une depuis bien longtemps. Mais puisque les cheveux courts étaient inconvenants et mal vus pour une fille de Blasonnée, Flore devait se plier à une séance de coiffure longuette et inutile chaque matin de sa vie. Elle ne pouvait imaginer comme la princesse de Lanriel devait subir bien plus d’obligations qu’elle-même en matière de préparation pour seulement rejoindre la table familiale pour petit-déjeuner. Sur ces considérations superficielles, Flore regarda la princesse se replacer devant elle et considérer son œuvre. Il n’y avait probablement aucun doute sur le fait que ça ne pouvait pas être pire que ce qu’elle avait bricolé elle-même au matin, avant de quitter ses appartements.

« Mon père ? » La jeune fille souleva un sourcil de surprise. A sa connaissance, le père Merrivale n’était pas en route pour la capitale. Il aurait certes du l’accompagner pour la rencontre avec son fiancée et sa future belle-famille mais des soucis de santé dus à la prolongation de l’hiver l’avaient empêché de faire le déplacement, encore alité à l’heure où elle avait quitté Vieilleville. Une raison qui avait également gardé sa mère de pouvoir faire le déplacement, ne voulant laisser son mari aux soins – qu’elle jugeait mauvais – du médecin. Mais peut-être Flore avait-elle omis d’ouvrir les nombreux courriers qui lui étaient adressés et dans lesquels on l’informait d’une venue imminente de sa famille. Si cela était annonciateur du rétablissement de son père, elle en serait alors très heureuse.

Voyant que la princesse attendait une réponse, Flore se reprit. « En réalité, je suis ici pour rencontrer mon fiancé. » Elle ne put cependant empêcher une moue révélant que cela ne l’enchantait guère. « Enfin… pas là maintenant… parce que je me rendais à la bibliothèque… mais… » La jeune fille arrêta son babillage avant qu’il ne s’enfonce dans une litanie sans queue ni tête et rougit. Ses explications confuses donnaient l’impression qu’elle prenait la princesse pour une poupée sans cervelle alors qu’il ne s’agissait que de timidité mal gérée. Aussi préféra-t-elle changer – plus ou moins – de sujet et se redonna une contenance en prononçant ces derniers mots : « Mais je crois que vous aussi avez fait la connaissance de votre fiancé. » Un sourire franc accompagna la suite. « Je vous présente mes sincères félicitations, vous devez être très heureuse. »

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Izhelindë Hardansson

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: Promises   Ven 10 Aoû 2012, 14:33

    La princesse admirait cette cataracte de feu prestement nouée, une teinte de brasier, de caractère qui octroyait à sa propriétaire une certaine marque d'unicité. Existait toute une pléthore de détails qui différenciait Flore de ces usuelles jouvencelles peuplant la cour et ses alentours, avec tous les ouï-dires parvenus jusqu'à ses tympans, Izhelindë s'étonnait presque de tant de pusillanimité. Elle se méfiait toujours des rumeurs, dont elle était elle-même une éternelle martyre, et se souvenait sans mal de l'attitude tout aussi timorée qu'avait emprunté son interlocutrice lorsqu'elle l'avait faite mander auprès d'elle lors du tournoi commémoratif. La luisance de sa tiare princière y était-elle pour quelque chose ? Plus que certainement, un fait qu'elle déplorait tant elle la privait des comportements francs et naturels de ceux qui la coudoyaient même fréquemment. Au coeur de la tourbe seigneuriale, l'authenticité devenait utopiste et même illusoire, un univers trop fallacieux et alambiqué pour la jeune impétueuse qu'elle était. C'était l'une des raisons qui la ramenait, avant d'être retenue captive par la volonté de ces sieurs, encore et toujours auprès de la roture dans laquelle elle trouvait une fruste simplicité, qu'elle aimait. Un comble pour une lady de son acabit, l'on avait cessé de la seriner sur ce sujet mais elle ne voulait rien entendre, rien comprendre. Elle se savait parfois indélicate sans le vouloir, ou juste point assez pour être digne de la grâce congénitale qu'on lui prêtait, une hypothèse qu'elle craignait se voir vérifiée dans sa présente conversation. La sylphide qui lui faisait face reprit un terme vraisemblablement importun, ébauchant son charmant minois d'une éloquente stupéfaction qui eut le don d'embarrasser l'héritière du royaume. Ses lippes frémirent sans qu'aucun son ne s'en extirpe, puis ses prunelles biaisèrent de leur trajectoire alors qu'elle jurait intérieurement. Une bévue, elle venait visiblement d'en faire une et se maudissait pour l'heure de ne pas être plus attentive aux actualités du palais : peut-être était-il arrivé malheur au lord Merrival ? Elle priait que non, mais sa référence au noble sir semblait particulièrement inopportune et fut la source d'un pesant silence. Avec les événement qui ébranlaient le pays tout entier et de son esprit rendu opaque par son lot de tracas, il était ardu d'être au fait de toutes les nouveautés de Cathairfàl et encore plus de Lanriel. Sa mère la reine aurait fait de ce cas de figure un parfait exemple de sa négligence à son devoir, et elle n'aurait inexorablement pas tort.

    Les tirades reprirent finalement, les sortant toutes deux de leur trouble pour entreprendre un autre échange des plus... Inconfortables. Fiançailles abordées, la jeune femme femme espéra que les siennes ne soient pas soulevées comme nombre d'individus aimaient à le faire. Les voir se confondre en joie et satisfaction avait le don de l'agacer à un point pour le moins innommable, et malheureusement, la belle rouquine ne ferait pas exception. Lorsque les félicitations churent, la princesse s'en retrouva entièrement désenchantée et dans un malaise incontrôlable. Ses pommettes se parèrent de doux érythèmes qui n'en confessèrent pas moins : elle haïssait cela, ce voile de contentement quant à son échec d'avoir pu conserver sa liberté au profit d'une alliance de grande force. L'ensemble des courtisans savaient que cette perspective de mariage ne la ravissement nullement et que la concorde entre les deux futurs épousés était de l'ordre du mirage. Elle s'en fit un instant dubitative : essayait-on encore de la meurtrir ou de gouailler de son cas ? Son doute s'estompa à en voir l'ample risette qui lui fut offerte, ce qui ne lui rendit toutefois pas sa contenance.


    « Oui, certainement... »

    Mensonge que ceci, et les traits physionomiques ainsi tendus le prouvaient sans paroles. Si ce n'eut pas été Flore et l'indicible gentillesse qui découlait de sa personne, Izhelindë aurait préféré l'acrimonie à la bienséante résignation. Cependant, elle n'avait aucune envie de lui chercher querelle, pas à elle, alors qu'elle l'espérait non comparable aux autres dames. Athran était tout sauf une parure de bonheur la concernant, pas même arrivé au palais qu'il lui avait déjà confisqué jusqu'à sa vie, et que dire de son indocile fierté ? Elle ne pouvait pas même supporter le retentissement pourtant si suave et prévenant de son phonème, ne le voulait guère à son chevet si les circonstances ne l'y contraignaient pas, et s'il pouvait s'en aller sur le rachis de son auguste dragon, grand bien lui en faisait. Aux antipodes, Dreann et sa fragrance qu'elle adorait, amour duquel elle avait bien de peine à se passer plus d'une journée Secrète et zélée, que leur idylle de laquelle ils se sustentaient avec autant d'amusement que d'appréhension, Gaeth lui soufflerait qu'elle avait perdu la raison... Soudain, une luciole traversa l'esprit de la naïade, elle papillonna des mirettes et considéra son vis-à-vis. Il lui semblait se souvenir que son cousin avait dû également ployer rotule à la coutume maritale, et désormais qu'elle y réfléchissait, sa promise n'était-elle pas celle qu'elle avait devant les yeux ?

    « Mais vous... Votre fiancé, n'est-ce pas Gaeth Fitzroy ? » La question ainsi posée, l'évidence la frappa et elle n'attendit pas d'éventuelle réponse. « Oh, par Eydis, si, si, c'est lui ! Il m'en a une fois parlé, je me rappelle qu'il a évoqué votre nom ! Lui et moi sommes très proches vous savez, mon cousin est un homme formidable, je vous le dis. Je suis toujours tellement triste lorsqu'il s'en va pour Aeron, le bougre, je l'imagine grelotter en regrettant les tumultes de Cathairfàl ! » Elle se mit à rire. « L'avez-vous déjà rencontré ? » Phrase à peine ponctuée que des bruits de pas se firent entendre à l'autre bout du corridor. L'héritière pivota le faciès pour apercevoir les quelques factionnaires qui, décidément, ne pouvaient passer plusieurs minutes sans la surveiller de près. Suivie avec si peu de discrétion, elle se renfrogna, songea furtivement, puis saisit le poignet de Flore pour l'entrainer sans la consulter auparavant. « Venez ! »

    Elle se hâta alors en direction d'un imposant huis, celui de l'antre littéraire dans lequel toutes deux avaient fortuitement choisi de se réfugier. Sa main s'aplatit sur la porte qu'elle poussa sans ménagement pour s'introduire dans le vestibule. Puis, sans plus attendre et sous les regards intrigués des archivistes présents, elle prit le pas de course et s'engouffra dans le dédale d'ouvrages avec la volonté de semer ses piètres cerbères. Elle veilla tout de même à ce que la pauvre Merrivale soit encline à s'accommoder à son rythme sans risque de trébucher, mais ce futile jeu de cache-cache suffit à lui faire retrouver toute la frivolité qui était sienne. Sourires aux lèvres, retenant difficilement des ricanements au revers de celles-ci, elle fit par plusieurs fois halte pour réfléchir à la direction qu'il valait mieux prendre. Des pauses d'extrêmement courtes durées avant que la cadence ne s'accélère derechef, et ce ne fut qu'une fois éloignées, même égarées, entre deux rayonnages qu'elle s'arrêta pour de bon. Amusée à l'instar d'une enfant fière de sa facétie, elle vérifia les environs avant de se pencher vers sa compagne.

    « Avec un peu de chance, ils ne nous retrouveront pas ici, et si tel est le cas, nous pourrons toujours faire varappe sur les étagères. » Elle rit à nouveau, le tout articulé à voix basse. « Ah ! Vous devez me trouver étrange... Idiote peut-être ? A défaut d'être à la hauteur de mon titre, je suis au moins à celle de ma réputation. » Elle haussa frivolement les épaules. « Je ne suis décidément pas faite pour les protocoles, j'ose espérer que ma puérilité ne vous importune pas trop ? »

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Flore Merrivale

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MessageFeuille de route
MessageSujet: Re: Promises   Sam 11 Aoû 2012, 09:59

Le sourire de Flore s’effaça quand l’enthousiasme flagrant de la princesse transparut sur son visage. La jeune Blasonnée venait de gaffer, même si elle n’était pas tout à fait certaine de quelles paroles avaient eu cet effet sur sa future souveraine. Etait-ce le fait de lui adresser des félicitations dont elle avait probablement reçu un nombre incalculable de variantes par tous les courtisans du palais ou bien était-ce la perspective de se marier qui lui plaisait autant qu’à Flore ? Il aurait été bien difficile pour la jeune fille de le deviner et les convenances lui interdisaient de seulement tenter d’échafauder des hypothèses. Heureusement, la princesse se chargea d’éviter tout nouvel impair de la part de sa très lointaine cousine en relançant la conversation. Qui resta finalement sur le sujet qui semblait pourtant fâcher : les fiancés.

« Si… mais… » La princesse ne devait pas l’avoir entendue car elle enchaîna aussitôt et Flore fut bien contrainte d’écouter le débit d’Izhelindë qui lui apprit bien plus en quelques instants qu’en un après-midi passé aux côtés de ce futur époux. Ainsi Gaeth était-il le cousin de la princesse ? La chose l’aurait probablement étonnée si elle ne s’était souvenue qu’il portait en effet le patronyme affublé aux bâtards royaux. Et elle aurait fait le rapprochement plus tôt si la découverte de son identité ne l’avait pas surprise autant. Aujourd’hui, elle apprenait que lui et la princesse étaient attachés bien au-delà de leur simple lien de parenté. Etait-ce une bonne chose ? Sa mère lui conseillerait très certainement de faire attention aux paroles qu’elle prononcerait à l’un comme à l’autre. Une sage recommandation pour quelqu’un de maladroit avec la bienséance. Qu’elle oublia aussitôt le deuxième indice glané dans les paroles de l’héritière du trône. Aeron ? Tout de même éduquée à la géographie quand bien même elle avait préféré étudier le terrain de ses propres pieds, Flore n’était pas savoir que ce village dans les glaciers était un repaire d’érudits de toutes sortes. Le cadeau sous forme de livre aurait certainement du lui mettre la puce à l’oreille. Au temps pour l’aventurier qui hantait ses rêves d’adolescentes… Flore allait épouser un homme de lettres qui, s’il devait être ennuyeux et préférer des parchemins craquelés à sa femme, serait suffisamment plongé dans ses études sans intérêt pour ne pas se soucier des activités de son épousée. A défaut d’être heureuse en mariage, peut-être Flore pourrait-elle se vanter d’une certaine liberté. Malheureusement, c’était là faire des plans sur la comète alors que la première rencontre entre la jeune fille et son fiancé ne s’était pas trop mal déroulée…

« Oui, il y a quelques jours… » La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres tandis qu’elle suivait le regard de la princesse. Des gardes venaient de surgir du couloir et, l’espace d’un instant, Flore se demanda s’ils venaient pour elle. Etonnamment, c’est la princesse qui réagit la première et adopta les mêmes gestes que Flore auraient choisis pour s’enfuir. Izhelindë Hardansson s’était-elle elle-aussi lancée dans une escapade illégale ? Cette idée de partager autre chose qu’un destin similaire – le mariage – avec la princesse amusa Flore qui ne se fit pas prier pour suivre le rythme de la jeune femme qui ne semblait pas faire grand cas de déranger les quelques personnes déjà présentes dans la bibliothèque et qui soulevaient leurs nez de leurs travaux au prix d’un très grand effort – elles les réveillaient, probablement – avant de froncer durement les sourcils. Heureuse de ne plus avoir à se soucier des règles protocolaires alors qu’elle se trouvait en présence d’un membre de la famille royale, Flore se prit à rire avec la princesse tandis qu’elles se déplaçaient dans un froufroutement de robes qui finit par s’éteindre quand elles atteignirent leur but – ou plutôt l’endroit le mieux caché de la bibliothèque royale.

Flore reprit son souffle après cette cavalcade inattendue et tendit l’oreille aux chuchotements de la princesse. Elle sourit et secoua la tête. « Oh non, croyez-moi ! Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas autant amusée depuis mon départ de Vieilleville. » Si elle n’avait pas risqué sa vie avec le voleur du Tournoi, elle aurait probablement cité ce moment comme le plus truculent de son expédition à la capitale. « A dire vrai, je ne suis pas très à l’aise non plus avec l’étiquette et les convenances… Je suis désolée si je vous ai froissée tout à l’heure… » Profitant de ce moment privilégié avec Izhelindë et de la confiance qu’elle sentait monter en elle après cet instant anti-convenances, Flore continua. « Je crois savoir que vous appréciez la liberté autant que moi et… je n’ai pas très envie de me marier, moi non plus. »

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Promises   Sam 11 Aoû 2012, 13:12

    Un frémissement parcourut le rachis de la princesse après ce qu'elle qualifierait volontiers d'une innocente dérobée. Il était triste, au fond, d'être ravie par si peu d'adrénaline alors qu'elle comptait d'incroyables odyssées jalousement gardées. La monotonie était telle qu'elle se contentait de rien, d'échapper à l'oeillade de quelques factionnaires qui finiraient tôt ou tard par la retrouver : lamentable. Elle s'était habituée à mieux, aux vociférations de forbans prêts à la déflorer en même temps que l'occire, à la furibonde menace d'une momie inopinément dérangée dans sa sépulture, et même à la hache d'un ennemi invisible. Des péripéties, elle en avait à relater, certaines qui n'étaient pas sans lui glacer l'échine même encore aujourd'hui. Ses nouveaux plaisirs ne se résumeraient donc plus qu'à cela, à duper les sentinelles qui veillaient sur elle ? Elle aurait eu envie de s'élancer à même le sol en glapissant à en faire chavirer les étagères, à défaut de redorer un écusson déjà souffreteux, cette folie aurait au moins le don de la soulager. Mais avant qu'elle n'y songe plus sérieusement, Flore fut d'un réconfort inespéré : elle ne lui tenait pas rigueur de son comportement, mieux – ou pire – encore, elle en partageait la sapidité. Cette confidence créa une large risette sur le minois d'Izhelindë dont les céruléennes prunelles reluisirent certainement de quelques milliers de feux. S'il était encore bien trop tôt pour l'affirmer, il n'était pas à exclure que la sylphide se soit trouvée une compagne de privauté, ce qu'elle avait depuis longtemps et secrètement souhaité depuis que sa camarade lui avait été officiellement présentée lors du tournoi. Si les choses s'étaient maladroitement entamées après qu'elles se soient ainsi percutées, celles-ci semblaient prendre de la légèreté, et surtout, plus d'authenticité. L'héritière appréciait ce qu'elle savait de sa cousine éloignée, c'était là l'une des raisons pour lesquelles elle ne l'avait pas vilipendée à la suite de ses félicitations, et pas moins heureuse de ne pas avoir cédé à son impétuosité usuelle, elle s'empressa de rassurer son interlocutrice lorsque celle-ci lui présenta ses excuses.

    « Oh non, non, non ! Vous ne m'avez pas froissée, c'est simplement... De la lassitude d'entendre toujours les mêmes formules qui tentent, en vain, de m'inspirer du contentement. Puis... Il n'est pas rare qu'au revers de ce genre de convenances, les gens raillent, ils sont satisfaits de voir que ma désinvolture soit enfin domptée, depuis le temps qu'ils attendaient sur un coeur hardi pour me tenir... »

    Un peu trop sur la défensive, il était vrai, mais combien de fois avait-elle vu ces courtisans lui sourire benoîtement, vraisemblablement enchantés que le souverain ait une bonne fois pour toute pris la décision de la fiancer. Elle en avait entendu, des commentaires farouches, disant tous qu'il était grand temps que les lubies de leur future reine soient lénifiées. Leur voeu avait été exaucé, affirmaient-ils, et elle, avait envie de leur cracher son venin au faciès. Qu'y avait-il de bon dans une union maritale si l'intérêt sentimental n'était pas commun ? Ses parents ne pouvaient comprendre cela, eux qui s'étaient toujours adorés d'un amour véritable, la dame Merrivale en revanche, se rangea de son côté. Elle avait distinctement entendu les craintes de son choyé cousin quant à cette alliance et de ce fait, ne s'étonnait nullement qu'il en soit de même pour la promise. Elle scruta le regard de cette dernière avec une sincère compassion – elle comprenait tant ce qu'elle pouvait ressentir. Une coercition d'autant plus douloureuse alors qu'elle s'était énamourée d'un autre, parfois contrainte de le rencontrer avec une tierce présence ou même celle de son père, obligée de feindre la plus immaculée amitié encore mesurée. L'illusion était de taille, un jeu que les amants menaient rondement, mais qui ne pourrait durer éternellement, ils le savaient tous deux... La jeune femme dilata ses poumons, une pression qu'elle relâcha dans un long soupir.

    « A qui le dites-vous... Gaeth est un homme extraordinaire et je ne pourrais vous dire à quel point il compte pour moi, mais je ne suis pas stupide, tous les éloges que je ferais seraient totalement inutiles. Car en fin de compte, ce ne sont pas tellement les quidams auxquels nous sommes promises qui sont contrariants, c'est juste... Le fait de leur être offertes sans qu'objection ne puisse être prononcée, et cette maussade perspective que plus rien ou si peu nous sera dès lors permis... » Elle balaya le par terre des yeux. « Etre affiliée à un dragonnier même dirigeant n'a rien de grandiose, vous savez. Le seigneur Ildahel est peut-être un adonis dans son genre et un parangon de bienséance... Il n'en demeure pas moins particulièrement monotone, redondant et rigide... J'escompte à essayer les grimaces la prochaine fois, pour voir si ça peut le perturber ! »

    Un rire cristallin s'échappa des lippes de la princesse, qui ne perdait guère jamais une occasion de médire sur le pauvre Athran. Honnir celui qui avait osé s'immiscer dans son existence était devenu un délassement parmi d'autres, mais elle ne voulait pas trop en faire en présence de Flore au risque d'involontairement l'ensevelir dans un malaise. Elle l'avouait aussi à demi-mots, elle grossissait les tares de son promis pour se convaincre qu'il n'avait rien d'attractif et qu'il était même de son devoir de le haïr. Une réaction puérile, par simple esprit d'antinomie, mais Izhelindë ne pouvait s'empêcher d'importuner son monde. Soudain, sa douce hilarité fut interrompue par le passage d'un archiviste qui, index sur les lèvres, allongea une interjection pour sommer les demoiselles de faire moins de bruit. La princesse posa ses phalanges sur sa bouche en effectuant un geste d'excuse de sa main libre, inconsciente que le volume de sa voix s'était accentué dans la conversation. Elle se tourna ensuite vers son interlocutrice en ricanant discrètement.

    « Nous devrions peut-être nous trouver un autre endroit, j'aimerais bien que tu me parles de toi... Sauf si tu avais quelque chose d'urgent à faire ici ? » Elle fit une petite moue. « On peut se tutoyer, mh ? »

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Flore Merrivale

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MessageSujet: Re: Promises   Sam 18 Aoû 2012, 08:56

Flore fut heureuse d’entendre que la princesse ne lui tenait pas rigueur de sa bévue après la confession qu’elle lui fit. Une confession qu’elle ne comprenait que trop bien. De moindre manière, certes, puisque le royaume entier ne lui avait pas adressé à elle des félicitations pour son futur mariage, mais ce sentiment ne lui en était pas moins inconnu. Heureusement, la capitale la connaissait encore trop peu pour se permettre de persifler sur son compte mais lorsqu’il avait été annoncé à Vieilleville que Flore Merrivale se rendait à Cathairfál pour y rencontrer son fiancé, elle y avait entendu bon nombre de quolibets sur cette réputation sinistre dont on l’affublait depuis plusieurs années. Aussi, si l’idée que la princesse elle-même pouvait essuyer des moqueries ne l’étonnait pas, le fait qu’elle les entende ouvertement la choquait. La cour était décidément bien différente de sa petite campagne et elle la regrettait d’autant plus qu’il y avait de fortes chances qu’elle n’y remette pas les pieds avant longtemps si le mariage se déroulait rapidement – avant qu’une catastrophe ne survienne pour le futur époux – et qu’elle s’installe avec l’homme qui partagerait sa vie…

La princesse avait parfaitement résumé sa propre pensée. Mais elle s’en voulait également, car elle se rendait bien compte qu’Izhelindë aimait son cousin comme un frère et que leur amitié naissante – du moins est-ce ainsi que Flore interprétait leur petite cavalcade dans la bibliothèque – pourrait se trouver mise à mal si la future épouse de Gaeth Fitzroy lui faisait des misères. Il semblait cependant à la jeune femme que leur première rencontre n’avait présagé aucune relation de ce genre mais elle n’était pas certaine de pouvoir juger correctement le jeune homme à la lumière d’un seul après-midi. Peut-être la princesse parviendrait-elle à lui faire découvrir son fiancé d’une toute autre façon…

Flore joignit son rire à celui de la princesse. Le portrait qu’elle lui faisait du Dragonner auquel elle était promise n’était pas très reluisant et ressemblait beaucoup à ceux qu’elle aurait elle-même épousé si le destin ne lui avait pas offert quelques années de liberté de plus. Néanmoins, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’Izhelindë exagérait. Peut-être était-il bien rigide – c’était la réputation de cette caste – mais elle doutait qu’un chevaucheur de dragon puisse être monotone ! Flore n’avait pas encore eu l’occasion de rencontrer de Dragonniers – ou leurs montures – depuis leur arrivée à Cathairfál, mais s’il devait bien y avoir des personnages dont la vie était une perpétuelle aventure, ce devait bien être eux !

« Oh ! Euh… oui, bien sûr ! » Flore accompagna sa déclaration d’un large sourire. Tutoyer la princesse était sans aucun doute le premier résultat d’un lien d’amitié. « Je v… je te suis ! » La jeune femme quitta la travée dans laquelle elles s’étaient réfugiées et tous les regards se tournèrent vers elles dans un froncement de sourcils. Leur prochain refuge serait incontestablement un autre lieu que la bibliothèque du palais. Tant pis pour les bonnes résolutions de Flore ! « En fait, j’étais venue à la bibliothèque dans un but précis… mais je crois qu’il vaudra mieux que je revienne plus tard », fit-elle en chuchotant à la princesse tandis qu’elles s’éloignaient progressivement de leur cachette. « Gaeth m’a offert un livre lorsque nous nous sommes rencontrés et… » Flore hésita avant de se confesser. « Je ne suis pas vraiment une lectrice. J’ai plus souvent passé mes journées dehors que devant les pages que je devais étudier. » Il n’y aurait eu là rien de grave si Flore Merrivale n’était pas une Blasonnée dont l’éducation des jeunes filles prévalait sur tout le reste si elles voulaient obtenir un bon mariage. « Alors je me suis dit que, si je devais passer le reste de ma vie auprès d’un érudit, autant avoir de quoi lancer des sujets de conversation. » Et ne pas passer pour une stupide fille de la campagne, mais elle se garda bien de le dire à la princesse. « De plus, je suis assignée à mes appartements depuis plusieurs jours… j’avais bien besoin de changer de décor, à défaut d’air… » Flore jeta un coup d’œil malicieux à la princesse, espérant que celle-ci comprendrait le message caché derrière ses paroles, tandis que les deux jeunes femmes passaient les portes de la bibliothèque.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Promises   Mar 21 Aoû 2012, 14:47

    Que la jeune femme ne se camoufle pas au revers de formules pompeuses et autres bienséances de ce genre avait quelque chose de rassurant, un fait plus qu'appréciable pour la princesse sans cesse victime de minauderies. Elle lui adressa un franc sourire, heureuse qu'elle ne se soit donc pas offusquée pour une familiarité peut-être prématurée, car si elles s'étaient déjà faites complices d'une innocente facétie, c'était la première fois qu'elles conversaient réellement ensemble. Un échange agréable pour l'heure, et qui aurait tout loisir d'accroître son agrément au fil des heures, Izhelindë en était intimement persuadée. Dès lors qu'elle eut son aval, elle s'extirpa de la rangée dans laquelle elles avaient trouvé refuge pour faire le chemin inverse et rejoindre le vestibule, sous les lorgnades mécontentes des individus présents et qui avaient été témoins de la plaisanterie féminine. Etre guignée de la sorte, la sylphide royale y était accoutumée, Eydis savait qu'elle avait connu bien pire en matière d'expression de dissonances, si bien qu'elle n'y prêta pas même attention. Elle se concentra d'avantage sur les propos de sa nouvelle compagne, vérifiant tout de même que ses sentinelles n'étaient pas après elles et s'évertuaient toujours à chercher dans la bibliothèque. Ce ne fut point le cas, rassurée, elle posa ses prunelles d'azur sur l'adorable minois de la donzelle qui l'accompagnait lorsque celle-ci justifia sa présence en ces lieux, ce à quoi elle répondit par un hochement de tête. Elle ne fut guère surprise d'apprendre que son cousin lui avait offert un ouvrage, lui qui adorait tant les opuscules, Elle ne put d'ailleurs s'empêcher de sourire avec attendrissement, agréablement surprise des efforts que déployait Flore pour plaire à celui auquel elle était promise. Un acte de bonne entente qu'elle n'imaginait pas tenter pour Athran, alors que c'était certainement tout ce qu'attendaient ses pauvres parents. Mais au revers de cette envie de plaire, sa cousine éloignée se languissait vraisemblablement d'aventures, un clin d'oeil qui n'échappa pas à l'héritière, qui prit un air faussement outrecuidant.

    « De tels sous-entendus dans la bouche d'une dame, par tous les saints de Lanriel, très chère, je suffoque de tant d'incongruité ! » Elle se pinça les lippes, mais ne put réprimer un grand rire qui témoignait de toute l'étendue de sa boutade. « Ah, je vous comprends tellement... Si vous saviez comme je rêve de chevaucher au grand galop, sur des terres dont on conte les mythes pour en vérifier la véracité... J'aurais presque envie de retourner errer dans les caveaux de Tuamarbh. »

    Elle le voulait, si sa vie et celle de celui qui l'y avait accompagnée avaient été menacées à chaque angle de corridors, ils pouvaient aisément se targuer avoir visiter un endroit réputé maudit et en être sortis indemnes ou presque. Elle venait de confesser cette odyssée sans même en avoir conscience, mais que lui importait, au fond ? Sa réputation ne pouvait être d'avantage entachée que lorsqu'elle s'était enfuie à l'annonce de ses fiançailles et elle se moquait, sans doute à tort, de ce que l'on pouvait penser de sa personne. Connue et reconnue pour ses dérobades du palais et de ses obligations princières, la donzelle aurait de quoi débattre avec la jeune Merrival qui, il fallait le croire, pourrait aussi lui en conter. Quel genre d'indocile pouvait-elle bien être ? La princesse se le demandait, et en ferait inexorablement leur sujet de discussion dès lors qu'elle le pourrait. Pour l'heure, il lui sembla opportun de glisser une tirade qui se voulait rassurante.

    « Pour Gaeth, c'est un féru de lecture, c'est certain, mais tu n'as pas à t'en faire pour ça. Il ne dira jamais non à un débat théologique ou une contemplation philologique, mais c'est un homme comme les autres, il sait parler de choses plus basiques. Crois-moi, il nous est souvent arrivés de discutailler sur quel fromage était le plus odorant ! »

    Un ricanement passa la barrière de ses lèvres face au ridicule qu'elle soulignait, un burlesque qui n'en demeurait pas moins vrai et qu'elle se remémorait avec plaisir. A la suite de quoi, elle songea au meilleur endroit susceptible de les accueillir : les jardins auraient probablement été la plus belle place à arpenter, les effluences florales étaient toujours plaisantes et les sculptures de végétation superbes à admirer, mais de nombreux courtisans devaient y flâner. Un boudoir serait l'ultime solution si elles ne parvenaient à être paisibles, mais une idée plus alléchantes que les précédentes lui vint, et ce fut avec un sourire bordé d'espièglerie qu'elle convia Flore à la suivre. Elles marchèrent un temps, jusqu'à déboucher sur l'une des salles d'armes de la demeure royale où étaient entreposés de nombreux modèles d'armement. Un univers de guerre hypothétiquement enclin à séduire la rousse nymphette si celle-ci aimait un air autre que celui de la cour et de son immanente grandiloquence. Nul ne penserait à les débusquer ici-même, et elles auraient donc tout loisir de faire plus ample connaissance. Guillerette pour l'occasion, Izhelindë s'amusa à enfiler un heaume qui lui cacha l'entier visage, avant qu'elle n'en relève la visière.

    « Tu imagines ce que ce doit être, de jouter lors d'un tournoi dans de telles tenues ? Je crois que je tomberais avant de pouvoir faire un pas. » Elle fit une large risette. « Alors, tu viens de Vieilleville, n'est-ce pas ? Je n'y suis jamais allée, comment est-ce ? »

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