Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 Les Dioscures. (Ithel.)

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MessageSujet: Les Dioscures. (Ithel.)   Dim 13 Mai 2012, 06:13

Dans son bureau, Grégor de Laffema réfléchissait aux évènements récents. Assis dans un confortable siège faites de bois locaux, au dossier molletonné, il s’y prélassait de toute la grandeur de son mètre quatre-vingt-dix. Face à lui un colossal bureau en acajou sur lequel s’étalaient en une étendue absurde et confuse divers papiers, diverses notes et autres lettres. La plus part d’entre elles concernaient ses comptes. Les colonnes de chiffres dansaient sur ces misérables missives comme la danse macabre annonçant la ruine prochaine d’un débiteur insolvable.

Grégor croisa les jambes et posa son coude sur l’appui de son siège, se frottant le menton. Dans une petite cheminée située dans la partie droite de la pièce se consumait une énorme buche. Elle craquait en constituant des braises, laissant l’âtre s’amenuiser peu à peu. Regarder ainsi le feu aidait Grégor à se concentrer sur les perspectives d’action qui s’offraient à lui. Il fallait l’avouer, depuis deux ans ce genre de moments d’intense réflexion se faisaient plus nombreux. Depuis qu’il avait sorti Lilith des rues et qu’elle l’assistait avec brio grâce à ses transes, il pouvait s’offrir des informations à peu de frais et ainsi mieux agir. Sa respiration bruyante et profonde aurait presque pu souffler le feu comme une simple chandelle. Les forces intérieures agissant en Grégor restaient pourtant très contradictoires en cette heure tardive de la nuit. La colère demeurait la principale. Grâce à Lilith, Grégor avait pu suivre de près l’affaire de Tanith de Mogaror… En pensant à cette jeune fille, il laissa échapper un sifflement agacé et fronça les sourcils. Tanith de Mogaror… Une véritable tête brûlée qui possédait l’audace ou la stupidité suffisante pour mentionner le nom de la forteresse ancestrale où leur précurseur, Vorlun, domicilia du temps de sa splendeur. Alors qu’il fallait au contraire être discret, ne pas faire de vague et construire avec méthode et patience les points essentiels pour la chute du souverain, Tanith « de Mogaror » se contentait d’apporter sur son passage la mort avec un mépris pour la discrétion que même les coureuses de remparts auraient trouvé de mauvais goût. Tout cela pour un gain plutôt maigre, une capture humiliante suivie, d’après ce que Lilith avait pu apercevoir d’un probable procès.

Douze ans de travail de fond venaient probablement de partir en fumée en l’espace de quelques mois. Etudier ce royaume n’avait pas été chose facile, en dresser dans d’épais volumes un tableau objectif afin de pouvoir exploiter toutes les failles, qu’elles fussent sociales, politiques ou religieuses de cette société demandait du temps. Voir ce que pensaient les blasonnés du roi, trouver la fissure dans la cuirasse du Roi et préparer le retour de leur maître le mieux possible demandait plus de compétences que les fanfaronnades d’une gamine insensée. Grégor finit par se calmer, de toute façon, ces choses étaient faites, il était inutile de haïr Tanith, cela ne ferait rien revenir en arrière. Grégor devait prendre la situation comme elle se présentait afin d’en voir les potentialités. D’une certaine façon, la sottise de Tanith faisait naître en lui une certaine impatience car à présent, le défi intellectuel de comploter tout en restant masqué stimulait le cerveau de Grégor. Les mois qui venaient allaient demander un niveau de duplicité et de virtuosité dans les complots qu’il appréhendait. Non pas qu’il fut un amateur, seulement, la marge d’erreur venait de se restreindre considérablement du fait de Tanith. Des choses importantes se préparaient, Il pouvait le sentir. Grégor possédait l’instinct du changement. Une sorte de frisson montait le long de son dos et faisait naître dans la base de sa tête une sorte de bourdonnement à la façon du paysan qui sonne la cloche pour alerter ses confrères crasseux lorsqu’une attaque se produit sur un village. Certes, il était incapable de dire quelle serait la nature du changement, mais son flair le trompait rarement. Désormais, les Héritiers s’engageaient dans une période clé dont il faudrait tirer les bénéfices de façon implacable, faute de quoi, Mynkor n’était pas près de régner excepté sur un chimérique empire de rêves divins dont Grégor ne cherchait pas à déterminer la nature. Il fut tiré de sa réflexion par trois enveloppes posées négligemment dans un coin de son vaste royaume de bois et de papier.

Il fit un petit mouvement de main et elles volèrent jusqu’à lui avant de se reposer lentement sur le bureau. Il regarda la première, probablement une lettre d’un autre débiteur, idem pour la seconde. La troisième retint son attention. Il reconnaissait l’écriture fine et sure d’un lettré, très peu de contacts réguliers du seigneur de Laffema possédait l’art de bien dessiner les lettres à ce niveau. Un seul à la vérité en était capable. Il s’arma d’un petit couteau qu’il passa avec précaution sur le cachet de l’enveloppe. Il en sorti un papier plié qu’il ouvrit avec un sourire en coin. Il ne s’était pas trompé. Il s’agissait d’Ithel Garashi. Cela devait bien faire six ou huit mois que lui et Grégor avaient rompus le contact. Rien de très intéressant à raconter ne s’était présenté pour Grégor, il pensa donc qu’il en était de même pour Ithel. Le déroulement des évènements rendait l’arrivée de nouvelles très prévisibles. Avant de lire, Grégor laissa échapper une petite exclamation de sa voix grave et rauque.


-Voyons voir ce que ce fanatique a à raconter cette fois-ci !

Les yeux dorés de Grégor se mirent à bouger de gauche à droite. Il fallait rendre hommage au style très envolé du prêtre. Sa qualité littéraire ne faiblissait pas avec le temps, les phrases étaient toujours équilibrées et les insultes contre le pouvoir en place tout à fait amusantes. Cependant, ces ersatz de véhémences bigotes laissèrent Grégor de marbre. La conclusion logique de la lettre éclipsait tout le talent littéraire d’Ithel, il voulait voir Grégor le plus vite possible. Les deux hommes s’écrivaient régulièrement, mais cela faisait au moins huit ans qu’ils ne s’étaient plus croisé. Cela ne pouvait que démontrer la gravité de la situation. Il désirait le rencontrer dans les ruines de Londunë au plus tôt. L’endroit était bien choisi, isolé, en pleine nature et très peu fréquenté. Ne souhaitant pas mettre en état de d’alerte générale toute la maisonnée, il résolut de prendre les dispositions de son départ demain. Il avait décidé de ne pas en parler à Lilith, de toute façon, si elle rêvait elle comprendrait où Grégor allait. De plus, son intelligence lui permettait de comprendre que dans les affaires des Héritiers, moins les gens savaient, meilleures étaient les récompenses. La nuit lui porterait sans doute conseil sur ce point. Son sommeil fut tranquille.

Tôt, le matin il informa son intendant qu’il devait faire armer un bateau pour traverser la mer, il lui ordonna un départ de nuit à une heure avancée. Il devait se faire passer pour un passager plus ou moins clandestin. Les conditions de voyages ne seraient pas idéales, ceci dit personne ne pourrait ainsi connaître l’identité du voyageur. Il fit préparer ses affaires rapidement, un simple baluchon, une bourse pleine de pièces d’or et un poignard. Il ne prendrait pas son épée cette fois-ci, sa vieille compagne pouvait attirer des soupçons sur son statut réel. Le soir venu, bien encapuchonné afin de cacher ses yeux d’or, il rejoignit le port local ou une caravelle partait pour la région de Sliabh Orga. Dans sa lettre, Ithel avait laissé une adresse ou écrire pour prévenir de son arrivée. Deux mois, à dormir dans la soute et à manger quelques restes, le prix à payer pour ne pas être reconnu. De plus, l’équipage de marin était semblable à l’idée que Grégor se faisait de la barbarie ; avinés, sales et stupides, de vrais imbéciles. Les vents et la mer furent relativement favorables ce qui permit à Grégor de ne pas perdre trop de temps. Dès qu’il arriva à terre, il prit une chambre miteuse dans une auberge locale et envoya un pigeon voyageur afin d’indiquer le jour de la rencontre à Ithel. Les ruines n’étaient pas l’endroit le plus dangereux de Lanriel, Grégor indiqua à Ithel de venir au couché du soleil d’ici une semaine. Le seigneur de Laffema voulait s’assurer que personne ne le suivait. Cachant toujours avec soin son visage, il acheta de l’eau et des vivres et entama sa marche.

Une fois bien éloigné du petit village dans lequel il avait accosté, il invoqua son condor afin que ce dernier puisse le guider du ciel. Grégor détestait la marche, encore plus à travers de la végétation. Il lui fallut deux jours pour arriver jusqu’aux dites ruines. Un splendide site archéologique à l’évidence. Personne ne devait y avoir mis les pieds depuis des décennies, les racines noueuses et lourdes des arbres longeaient ce que l’on pouvait deviner être d’anciennes habitations. Parsemant le sol, des outils ou des roues éclatées formait un ensemble disparate de grotesques instruments hors d’usage. Le condor de Grégor vint se poser sur une sorte d’ancienne clôture en pierre et en terre, il poussa un petit cri strident. Manifestement il souhaitait partir affâmé. Les Condor étaient principalement charognard mais ils pouvaient chasser lorsque la situation l’exigeait, et le jour n’avait pas encore faibli, ce qui laissait du temps au familier de Grégor pour se trouver quelque chose. Grégor fit un signe de la main pour signifier à son volatile qu’il pouvait aller se sustenter. D’un mouvement d’aile ample, il quitta son perchoir et s’envola. Grégor prit place sur une souche, maintenant, il fallait attendre Ithel. Grégor se ballada dans les ruines avec prudence, ne s’éloignant pas trop et toujours sur le qui-vive. Sa main entièrement valide sur le manche de son poignard, le regard inquisiteur sur le moindre mouvement suspect. Puis, le soleil vint à décliner, le compagnon de Grégor revint de sa chasse. Il semblait rassasié vu qu’il volait un peu moins gracieusement, signe d’un repas récent. Soudainement, l’oiseau poussa un cri. Un bruit dans les feuillages se fit entendre, Grégor se tenait prêt à tuer froidement toute personne arrivant s’il ne s’agissait pas d’Ithel.


-Halte ! Qui va-là

Lorsque ce fut bel et bien Ithel qui sorti de la forêt, Grégor laissa la pression retomber d’un cran. Il desserra la prise sur son poignard. Manifestement, le prêtre semblait aussi contrarié que lui, Grégor ne chercha pas à en connaître les raisons. Le haut blasonné laissa apparaître un sourire mi-content mi-ironique. Les deux hommes, bien qu’ils se respectassent, étaient tous deux de fortes personnalité avec des objectifs et des idées bien précises et, en plus, d’un égo assez dilaté. Une saine émulation qui les faisaient se dépasser eux même afin de voir lequel servait le mieux la cause.

-Sieur Garashi. Cela faisait longtemps. Vous m’excuserez pour cette tenue de pouilleux, tel est le prix à payer pour la discrétion. Je suppose que vous me comprenez ?

Une question purement rhétorique, les deux hommes vivaient dans l’ombre depuis une décennie, ils n’avaient survécu qu’en se cachant, qu’en mentant et en jetant un voile d’ombre autour de leur personne afin de cacher leurs véritables motivations.

-J’ai été à moitié surpris que vous souhaitiez me rencontrer, Garashi. Vous devez être aussi « indisposé » que moi par les récents évènements.

Quant au Maître, il ne devait pas être des plus heureux non plus s’il pouvait voir cela dans son sommeil. La désorganisation du mouvement des Héritiers faisait peine à voir. Les tentatives de chacun pour se retrouver et se réunir dans un groupe cohérent étaient un échec à l’heure actuelle. Cette aventure risquait de tourner court si de nouveaux actes isolés comme ceux de Tanith se multipliaient.

-Assez de palabres, vous avez toute mon attention.
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