Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 Fellowship Through Tears & Drinks

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Izhelindë Hardansson

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▬ Contributions à l'histoire : 705

MessageSujet: Fellowship Through Tears & Drinks   Sam 05 Mai 2012, 15:44







    Sous un toit céleste pourtant bigarré d'une infinité de lucioles stellaires, la dramaturgie agrémentait sa collection d'un nouveau chapitre. Plus aucune lueur n'aurait pu l'absoudre de son affliction, pas même la plus scintillante destinée qu'une future souveraine était en mesure de connaître. Qu'aurait pu être l'immuabilité d'une existence, la gloire de tout un règne, sans la survie d'un coeur palpitant. Izhelindë n'était pas de ces gens qui ne prenaient conscience de la préciosité d'une chose qu'à l'instant même où ils la perdaient. Sa liberté, jamais n'avait-elle cessé de la chérir, de coudoyer les plus illustres dangers que le continent ait portés, à l'acoquinement des moins émérites de toute la plèbe. Pourtant, elle ne pouvait retenir un sanglot de culpabilité lorsqu'elle songeait à tout ce qu'elle se devait désormais de renoncer, happée dans la plus noire des perspectives, celle qu'elle n'eut jamais cessé de redouter. La jeune femme se sentait tel le naufragé en plein poumon des flots torrentiels, le matelot abandonné à son amour qu'était l'océan, sans présomption aucune d'échapper à ce qui semblait inéluctable. L'édit matrimonial d'ores et déjà louangé dans tout le royaume l'avait spoliée de plus qu'elle n'aurait pu l'avouer, et elle s'interrogeait, sur ce que la Toute Glorieuse aurait pu lui infliger de plus consternant. Pourquoi donc, Eydis l'avait gratifiée de la plus éthérée des valeurs sentimentales pour la lui reprendre, non sans faucher toute sa quintessence dans son ignominie ? Cela faisait-il partie des tribulations inhérentes à tous ceux qui furent héritier au trône, une brimade par laquelle l'on pénétrait dans la véritable vie ? La fierté du sang bleu qui fluait en ses veinures avait laissé place au désenchantement le plus délétère, le plus abject qui eut été. Elle se surprenait à maudire ses aïeux et la contingence qui l'avait sanctifiée au panthéon des Hardansson, de jurer contre tout ce qui faisait d'elle la Princesse de Lanriel. Un être à la lisière de la figure divine, au corps astral exhalant l'onction de la Haute Déesse qu'était la protectrice de la contrée. Ce qu'elle était par définition, l'illustration des sujets qui n'avaient jamais eu l'opportunité de côtoyer un membre de la famille régalienne. Tout n'était que fardé de mystifications, des croyances du plus famélique des indigents à celles du plus altiers des monarques. Lui eut-il fallu presque vingt quatre années pour se rendre compte que, non, l'univers dans lequel elle vivait n'avait rien de l'utopie qu'elle s'en était toujours faite.

    Le décret n'avait été rendu public que le matin même, des écrits placardés à travers tout Cathairfàl pour commencer, combien d'affichettes avait-elle cru apercevoir en traversant seulement Dinas Uchel ? Puis il y avait les crieurs publics, tous mobilisés pour hurler, tonitruer la nouvelle à ceux qui ne savaient point lire. Le bouche à oreille s'occuperait plus que certainement à informer ceux qui ne l'étaient pas encore, cependant, la belle ne doutait pas que tout son peuple était au fait. Elle aurait aimé leur vociférer qu'elle-même avait pris connaissance du projet simultanément à eux, leur promettre que rien n'était encore ratifié. Pourtant, résignée, elle savait pertinemment que l'officialité du communiqué ne laissait pas une place à la spéculation, elle était désormais aliénée à un promis qu'elle n'eut jamais rencontré avant quelques heures auparavant, et elle ne pourrait rien y changer. La rage avait été telle que la demoiselle avait fait preuve d'un irrévérence sans précédent envers ses parents et souverains, allant jusqu'à triturer la pire des blessures ouvertes pour sa mère, sur une jeunesse qui se dissipait avec le poids des années. Odieuse aurait été un adjectif encore trop courtois pour le comportement dont elle avait fait part, avant qu'elle n'ait appris que le quidam auquel elle promettait insurrection et facéties se trouvait à ses côtés, au même instant. Un aquilon de profonde solitude et d'une amertume manifeste l'avait alors étreinte, puis, sous l'opprobre et la colère croissante, elle s'était dérobée à la réalité. Sans d'avantage de réflexion, elle avait rejoint son étalon encore scellé puisque monté à peine un peu plus tôt avant le cataclysme, et s'était enfuie au triple galop hors des enceintes du palais, trop furtive pour être rattrapée. Elle ne doutait pas que tout Coróin tressaillait sous la disparition de l'héritière, les cohortes de sentinelles étaient plus qu'inexorablement déjà à leur besogne de recherches, Azazel et Athran unifiant leur personnalité aux efforts communs. Pourtant, elle en faisait le serment, nul ne serait enclin à la retrouver, mais que faire, où aller ? Qui diable serait susceptible de supporter sa présence éplorée, surtout, qui avait-elle envie de voir ? Personne, si ce n'aurait été son aimé, alors en quête à l'antipode du pays. Que n'aurait-elle point donné pour savourer la suavité de son étreinte et celle de ses baisers, quelques mots de son phonème duquel elle était devenue tributaire, simplement qu'il soit auprès d'elle. Dreann, mais où était-il donc, en ce moment ?

    Izhelindë s'en était allée sans même savoir où sa chevauchée la mènerait, puis, ce fut finalement dans les plus bas quartiers d'Unigol qu'elle trouva refuge. A l'écart des habitations, dans un petit pan presque désert de cette partie urbaine, la jeune femme s'était installée au pied d'une ancienne ronde-bosse. Une statue corrodée par les ravages du temps et qui, ironiquement, semblait adresser une oraison aphone aux cieux. Assise à même la poussière, presque recroquevillée sur elle-même, ses déchirants sanglots se répercutaient en écho dans les venelles adjacentes. Une peine ineffable, qui agonisait dans chacune des perles lacrymales qui glissaient sur ses pommettes, pour finalement revivre dans une nouvelle larme qui débutait sa chute. Sa furia n'était plus qu'une vaste réminiscence, muée en un perceptible et touchant chagrin. Même le destrier n'osa pallier aux souffrances de l'instant, ne s'approcha guère à plus de deux mètres de sa maîtresse sans manifester un seul son intempestif. La beauté de ce pur-sang à la robe lactescente contrastait avec la misère que la nymphe avait toujours reflétée lors de ses pérégrinations. Pire encore pour qui avait l'oeil vif, ses yeux étaient cerclés de résidus au coloré sombre, des restes de maquillage que la jouvencelle avait mal nettoyé. A son majeur dextre, une fine bague au corps d'or, sertie d'une gemme étincelante, une pièce de saphir au bleu smalt. Enfin, quiconque avec un tant soit peu de sens olfactif aurait vite fait de humer les diverses fragrances florales et sucrées qui chargeaient l'atmosphère, senteurs que même les chevaliers auraient pu suivre pour retrouver leur princesse. Ses flacons de parfum qu'elle avait brisés, par rage pure, semblaient avoir imprégné ses vêtements de leurs effluves, certes délicieuses, mais ô combien puissantes et disparates. Des habits qui, en revanche, n'étaient pas différents de ses accoutrements usuels d'indigente, rapiécés et maculés de fange. Un fait qui s'expliquait par la flânerie chevaline qu'elle avait effectuée le matin même, en présence de son éternel ami et écuyer, Esendril. Une liste de détails à laquelle elle ne prêtait, pour l'heure, aucune importance. Qu'étaient une poignée de preuves d'apparat contre toute la douleur sentimentale qui la prenait en étau ? Elle larmoyait, encore et encore, à n'en plus pouvoir, les mirettes rougies, le visage sali, le coeur meurtri. Emprisonnée dans sa solitude et son tourment, qu'allait-elle bien pouvoir faire si ce n'était se laisser agonir en pleine ruelle. Tout espoir s'était dissipé, elle en haïssait jusqu'à son propre pater pour n'avoir pourtant fait que ce qu'il devait faire.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 06 Mai 2012, 13:32

     Comme certainement tous les habitants de Cathairfál, Galahad avait entendu parler des fiançailles de la princesse Izhelindë, mais cela n'avait pas soulevé grand-chose dans son esprit. Contrairement aux autres personnes qui l'entouraient au moment où le crieur public était venu annoncer la bonne nouvelle, le jeune homme ne s'était ni réjouit, ni désolé pour elle. Ce n'était pas si surprenant en y réfléchissant, après tout, elle était l'héritière légitime du trône et par conséquent, quoi de plus normal que de la marier à un homme influant de manière à sceller une alliance digne de ce nm ? L'esprit pratique et ambitieux du Singulier l'empêchait de voir cette situation sous un autre angle que celui de la logique. Les sentiments passaient après tout le reste, elle était née avec une cuillère en argent dans la bouche et avait toujours vécu dans l'opulence, il fallait bien qu'elle se sacrifie aussi pour son peuple ! Ce n'était que justice. Et Galahad se fichait éperdument que cette jeune femme soit celle avec qui il était « ami » depuis quelques temps. Il n'y avait bien évidemment aucun doute dans son esprit, Izhi et la princesse ne faisait qu'une, cela faisait belle lurette qu'il n'avait compris, même si la jeune femme ne l'avait jamais avoué à haute voix. Il suffisait de ne pas être aveugle ou stupide pour s'en rendre compte. C'était donc avec une neutralité et un indifférente non feinte qu'il avait accueilli la nouvelle, bien que cela demandait à être surveillé. Si son promis était l'homme qui lui avait sauté à la gorge lors de leur dernière sortie, il y avait fort à parier que tout ce qu'il prévoyait depuis sa rencontre avec la jeune femme, allait tomber à l'eau. Mais tout n'était pas perdu, peut-être n'était-ce qu'un simple prétendant ?

     Quoi qu'il en soit, afin d'échapper à la liesse populaire et aux quelques déçus qui se désolait de voir une femme aussi belle que la jeune femme, trouver chaussure à son pied, Galahad était allé s'abriter dans le lieu où Izhi était venue le rejoindre la fois précédente. Le propriétaire des lieux le lui prêtait « de bon cœur » depuis que le Singulier avait laissé entendre qu'il avait des informations croustillantes sur lui, cela lui permettait donc d'épargner son pécule et de vivre à peu près convenablement à l'œil. Pourtant, il était bien placé pour savoir qu'il y fallait forcément se bouger un peu pour espérer pouvoir gagner en galons. Ainsi donc, après avoir passé plusieurs heures à préparer des voyages futurs qui ne se concrétiseraient que lorsqu'il aurait plus d'argent, le jeune homme avait quitté son repaire pour aller aux nouvelles. La rumeur des fiançailles était toujours aussi présente, à croire que seule une guerre pourrait éventuellement changer le sujet des discussions du poissonnier et de la boulangère. En tendant un peu l'oreille, le Singulier pu percevoir des noms accolés à celui de la princesse. Visiblement son promis était un dragonnier, mais Galahad ne savait absolument pas à quoi l'on reconnaissait ces personnes. La réponse la plus logique aurait été « leur dragon », mais il avait le droit de se dire qu'en plein milieu d'une ville, ils se promèneraient sans. Impossible donc de savoir si son « agresseur » était l'heureux élu.

     Il vadrouilla dans la ville jusqu'à ce que la soirée arrive tout doucement, les rues se vidèrent alors comme chaque fois que la nuit tombait, puis les tavernes commencèrent à déborder d'activité. Le forgeron laissa ses pieds le guider pendant quelques instants, il croisa des personnes jugées « peu recommandables » par sa mère, mais qui ne représentaient pas de danger pour lui. Ils étaient un peu pareil et Galahad était bien placé pour savoir qu'il ne craignait que très peu les personnes qui lui ressemblaient. Les loups ne se mangeaient pas entre eux, même si pour le coup lui était un prédateur sans dents. Quoi qu'il en soit, peut-être était-ce le hasard, peut-être était-ce Mynkor il ne le saurait jamais, mais quelque chose le plaça sur la bonne route. Alors qu'il marchait dans une ruelle en promenant ses yeux mordorés sur les bâtiments, des bruits étranges lui vinrent jusqu'aux oreilles. En écoutant plus attentivement, le Singulier se rendit compte qu'il s'agissait visiblement de pleurs. Sur le coup, il fut tenté de laisser la jeune femme – puisque d'après les pleurs ça ne pouvait être qu'une femme – se débrouiller seule, puis à la dernière seconde, il changea d'avis. Le jeune homme emprunta la ruelle d'où il pensait entendre venir le bruit et il lui fallut un petit moment et quelques demi-tours avant de trouver l'endroit exact. C'était un coin généralement désert, l'emplacement idéal si l'on souhaitait être tranquille, sauf lorsqu'un forgeron curieux se promenait dans le coin.

     Restant d'abord à l'écart, le Singulier observa la jeune femme. Elle était vêtue plutôt normalement, mais le destrier qui se trouvait à ses côtés montrait clairement les signes d'une origine aisée, ce n'était pas une fille d'artisan qui possèderait un tel étalon ! Le jeune homme scruta l'inconnue d'un regard inquisiteur, jusqu'à ce que quelque chose le frappe soudain. Il avait l'habitude de voir Izhi souriante et mutine, pas en larmes, mais quelque chose dans son comportement dû lui sauter aux yeux, car il finit par la reconnaître. C'était étrange, après les nouvelles de ses fiançailles, il s'était attendu à ne plus la voir se promener dans les rues de la ville, pourtant elle était là. Toute seule. Et en larmes. Nul besoin d'être un génie pour comprendre qu'elle ne se réjouissait pas de ce prochain union. Il hésita, pensant s'éclipser en la laissant se débrouiller seule – les affaires de cœur et lui, ça faisait dix – mais se retint finalement et approcha d'elle en silence. L'animal sembla capter sa présence, mais pas la malheureuse blasonnée qui continuait de verser toutes les larmes de son corps. Galahad se rendit compte que c'était la première fois qu'il la voyait avec quelque chose qui soulignait sa richesse, il n'allait pas se priver de le souligner. Même si elle était en train de pleurer.

     ▬ En voilà une grosse crise de larmes. Tu es triste d'avoir trouvé un tel animal ? Si c'est ça, je veux bien t'en débarrasser, mais c'est bien parce que c'est toi.... »

     Arrivé à un petit mètre de la jeune femme, le forgeron s'arrêta pour la dévisager. Elle avait vraiment l'air effondrée. Pourtant il ne ressentait aucune pitié, aucune compassion. C'était étrange et tellement normal à la fois. Il ne pouvait pas être triste pour quelqu'un qui avait toujours tout possédé dans sa vie. Le jeune homme avait parlé d'un ton calme bien qu'un poil moqueur comme à l'accoutumée, il ne changeait que très brièvement de comportement. Les traces des coups portés par son « amoureux » comme Galahad appelait son assaillant, s'étaient presque toutes envolées, mais il ne les avait pas oubliées pour autant. Il ne la quittait pas du regard, comme s'il craignait que la belle ne s'envole ou ne dissimule quelque chose s'il détournait son attention une fraction de secondes. Au final, il reprit la parole de son éternel ton arrogant. Ce qu'il aimait particulièrement, c'était de jouer les idiots avec elle, qu'elle s'imagine qu'il ignorait tout de sa véritable identité et qu'il parle sans réfléchir.

     ▬ Ton amoureux t'aurait-il envoyée sur les roses pour que tu joues les pleureuses ? »

     C'était un peu sadique de sa part de parler de ses affaires de cœur alors qu'il savait quelle était la véritable raison de cette tristesse. Enfin normalement. C'était sadique, mais si bon. Pour une fois qu'il pouvait avoir le dessus, il n'allait pas s'en passer !

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 06 Mai 2012, 17:43

    Qu'allait-elle bien pouvoir faire, désormais ? Loyale à la notoriété que l'ensemble de la population lui prêtait, la belle n'avait fait qu'user de son spleen sans prendre gare aux conséquences qui en résulteraient. Si son irascibilité avait joué de nombreuses facéties tout au long de son existence, la dernière incartade émotionnelle et incongrue avait été le pinacle d'une liste pourtant conséquente. Elle ne doutait pas que ses relations d'ores et déjà conflictuelles avec sa génitrice ne feraient que s'outrager d'avantage, puis aller de mal en pis. Des semaines que les deux femmes n'avaient fait qu'échanger que phraséologies superficielles lorsqu'elles avaient le malheur de se retrouver dans le même pan du palais, et Eydis seule savait que les repas familiaux ne furent point des exemples de connivence entre représentants de la souveraineté. Les uniques tirades non drapées de formalité qu'elles surent s'adresser n'avaient finalement été qu'imputations et injures, une insubordination qui ne manquerait pas de demeurer dans les archives de l'Histoire. Son prénom trop souvent associé à la désinvolture et l'irrévérence, Izhelindë n'était animée d'aucune volonté de pallier à la situation en dépit de sa lassitude d'être ainsi mal considérée. Point assez noble pour certains, trop pour d'autres, elle ignorait où se situait sa véritable place. Face à son inaptitude à se décider, son père l'avait fait pour elle, sans même l'en aviser plus avant. Mortification, opprobre, affliction, colère, la princesse n'avait que l'embarras du choix dans sa palette de sentiments tous plus sombres les uns que les autres. Il lui était inconcevable de se représenter à ses parents, de rallier sa demeure avant que ses esprits n'aient convergé pour ne faire qu'un. Mais à laquelle de ses accointances pouvait-elle donc se présenter sans guère de préavis et sans risquer d'être repérée par les innombrables sentinelles certainement toutes au fait de sa disparition ? Dans la plus sagace des optiques, ses pas la mèneraient inexorablement dans la flore de Lanriel, loin de Cathairfàl et de la coercition royale intrinsèque à sa nouvelle condition de promise. Peut-être était-ce l'opportunité de mettre une ultime fois ses chausses de baroudeuse, et de partir en quête d'un quelconque trésor assoupi dans l'une des contrées ésotériques et prohibées du royaume. Une éventualité que la demoiselle considérerait dès lors que ses flots lacrymales cesseraient de se déverser sur ses pommettes rougies d'érythèmes.

    Dans un nouveau spasme, la donzelle tenta d'essuyer ses mirettes inondées en expiration de façon itérative. Ereintée par ces larmoiements qui ne trouvaient aucune fin, elle sentit son eurythmie marteler comme un beau diable à sa poitrine. Néanmoins, chaque accalmie n'était que propice à un attisement de son chagrin sans cesse trituré, un cercle infernal duquel elle ne voyait aucune issue. Lors d'un instant, il lui sembla ouïr du soulèvement venant de son comparse chevalin, un succinct hennissement auquel elle ne prêta guère attention. Troublé par l'arrivée impromptue du forgeron, l'étalon préféra s'éloigner de quelques pas pour vérifier ce qui se camoufler dans une caisse partiellement éventrée. Nul risque que celui-ci ne s'essaie à musarder dans les venelles de la cité sans la présence de sa maîtresse, fidèle et somptueuse monture qu'il était. Puis, soudain, un phonème vint importuner ses pleurs amoindris. D'ordinaire habituée à ce timbre de voix, la jeune femme en fut tant surprise qu'elle tressauta à en quitter le sol, retenant un glapissement qui se coinça dans les profondeurs de son gosier en une inspiration crispée. Sa physionomie souillée se redressa en direction du quidam, qu'elle reconnut sitôt après l'avoir aperçu pour être son vieil acolyte d'odyssée. Galahad, dont les brimades ne trouvaient aucune lisière même dans les pires des circonstances, un humour qu'elle aurait elle-même partagé si le contexte avait été autre. Ne s'interrogeant même pas sur les raisons de sa venue dans les méandres d'Unigol, elle balaya le par terre de son regard aqueux et empourpré dans un accès d'embarras manifeste. Pourquoi eut-il fallu qu'il soit celui qui la déniche parmi tous les individus de la plèbe ? N'eut-il pas pu passer son chemin comme tous ceux qui l'avaient probablement entendue ? Elle n'était pas certaine d'être en mesure d'endurer ses perpétuelles boutades, nullement sûre de vouloir lui en infliger en retour. La nuit se promettait longue et tumultueuse s'il décidait de lui tenir compagnie, à moins – dans la plus fuligineuse des hypothèse – qu'il ne soit emprunt d'une commisération qu'elle ne lui connaissait pas. Plausible ? Proportionnellement égal à l'éventualité de voir apparaître la déesse elle-même.

    Et si Izhelindë lui eut soupçonné une quelconque bonté d'âme, la réalité l'assomma derechef. Son sang ne fit qu'un tour lorsque l'inconscient jugea délassant de s'attaquer au plus mauvais sujet qui eut existé, faisant une référence à un « amoureux » qu'elle subodorait être Dreann. Avait-il perdu la raison ? Quand bien même il ignorait – du moins le pensait-elle toujours – sa véritable identité et donc sa relation directe avec l'édit matrimonial, sa muflerie était à la mesure de sa misère sociale. Les yeux grands ouverts en sa direction, une mimique prophétisant une réaction de laquelle l'éphèbe ne serait pas désappointé, elle se releva d'un bond en choisissant ses armes. Ses armes ? Tout ce qui eut été susceptible de lui servir de projectile. Un morceau de bois, une bribe de granit détachée de la ronde-bosse, un fruit gâté, une chausse abandonnée et pour finir, ce qui s'apparentait à une bâche trouée et ensevelie sous un monticule de poussière.


    « Tu ne sais pas de quoi tu parles !! »

    Tonitrua t-elle en plein milieu de son catapultage, non sans cesser de l'arroser des premiers objets qui lui tombèrent sous la main. Elle se souvenait sans mal de ses agissements lors de leur dernière rencontre, de cette envolée scabreuse qui lui aurait fatalement coûté la vie si elle n'était pas intervenue. Outre l'ineptie de provoquer le courroux d'un chevalier de la cour – naguère capitaine d'un régiment martial, devenu général depuis peu – il n'avait pas hésité à la mettre dans une situation des plus délicates pour cause de ses accès scabreux. Pour autant, l'algarade découlant de cette méprise n'avait fait qu'auréoler une ferveur réciproque mais désavouée. A bien y songer, Galahad, même inconsciemment, avait une part conséquente de responsabilités dans l'idylle que vivaient maintenant chaperon et héritière. Pouvait-elle considérer qu'il était en partie fautif de ce qui se déroulait aujourd'hui ? Elle ignorait si elle se devait de le remercier ou de le lapider d'accusations, ce dont il ne ferait de toute manière rien. Sans doute ne se souvenait-il de Dreann que pour la lippe meurtrie qu'il lui avait laissée lors de cette sorgue, ne serait-elle point étonnée qu'il nourrisse la curiosité de connaître les détails de ce que sa frasque lui avait valu. Le forgeron ne pouvait que couvrir un coeur de pierre pour l'affubler de sa raillerie, sans même prendre en compte les affres qui la tourmentaient. Une futile conjecture qui ne luisait d'aucune importance, au fond, pouvait-elle seulement se vanter être de ses amis ? Elle n'avait jamais pu le savoir, lui qui était homme trop subtile en matière de mimesis. S'il désirait profiter de son éloquente faiblesse pour mieux la gouverner de son orgueil, alors comprendrait-il qu'il regretterait son impudence. La dryade n'en avait pas terminé avec lui, exutoire inopiné de ce qu'elle n'avait été encline à exprimer plus avant. De suite après avoir épuisé ses réserves d'objets à lui lancer, elle avala la distance qui les séparait d'un pas lourd. Une fois à sa hauteur, elle se mit à l'assaillir de tapes aléatoires : sur le visage, les épaules et plus généralement, sur son poitrail. Si l'écho des claques résonnait dans la ruelle, leur force et leur portée ne serait rien d'autre qu'un amusement – au mieux, un agacement - pour un quidam tel que lui.

    « Idiot ! Crétin ! Imbécile ! Guerrier à la noix ! » L'injuria t-elle tout en poursuivant sa bastonnade. « Je te hais ! Va t-en ! Va te faire pendre haut et court ! »

    La demoiselle l'attaque de quelques coups supplémentaires, puis cessa enfin, essoufflée et furibonde. Vexée, blessée dans son amour propre et de nouveau victime d'une montée de larmes qui vint perler à ses cils, elle se réfugia auprès du seul être présentement apte à partager sa peine. Elle alla se cacher dans la crinière opalescente de son étalon, qui manifesta un ébrouement tout en demeurant parfaitement immobile. Au moins pourrait-elle remercier l'adonis pour lui avoir offert l'occasion de passer ses nerfs sur sa pauvre personne.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Lun 07 Mai 2012, 15:04

     Galahad s'était attendu à une réaction aussi vive de la jeune femme, elle n'allait pas se mettre à pleurer derechef devant de telles paroles. Ou alors elle aurait été sacrément chamboulée et il aurait largement préféré rebrousser chemin et la laisser là à se morfondre toute seule. Les sentiments, ce n'était vraiment pas son truc, sauf peut-être la colère comme Izhi la manifestait actuellement. Au moins là, il savait à qui s'en tenir et comment réagir. Un sourire encore plus amusé s'étendit sur ses lèvres alors que la belle princesse commençait à lui lancer tout ce qu'elle avait à portée de main. Ce n'était pas ça qui allait lui faire grand mal. L'Héritier se contenta se placer sa main devant lui, au cas où dans sa colère elle parvienne à lui lancer quelque chose au visage. Il avait suffisamment arboré le masque de quelqu'un de bagarreur avec la lèvre éclatée que l'amoureux de la princesse lui avait fait. Cela dit, la jeune femme avait parfaitement raison. Il ne savait pas de quoi il parlait, il ne savait pas ce que cela faisait d'avoir le cœur brisé par des sentiments futiles et il ne savait pas plus quelle était la réelle raison de cette soudaine crise de larmes. Au moins le temps que la princesse passait à s'énerver sur lui était toujours un moment pendant lequel elle ne pleurait pas. Ce n'était pas si mal que cela en y réfléchissant, il se montrait même très altruiste à supporter ses piques de colère juste pour lui remonter le moral ! Bien évidemment, ce n'était pas le but premier de cette phrase, au contraire même, mais tant qu'à faire, autant tirer parti des avantages qui se présentaient d'eux-mêmes non ?

     La pluie d'objets cessa alors, puis Izhi s'approcha de lui d'un pas qui ne lui ressemblait pas, avant de se mettre à le frapper. Ou plutôt à essayer. Ce n'était pas avec les petites tapes qu'elle lui servait qu'il allait souffrir en tentant de s'endormir le soir. Bien loin de la réaction qu'elle attendait certainement, Galahad fut pris d'une envie de rire devant la manière dont elle se comportait et il ne s'en priva pas. Ricanant d'un air amusé alors qu'elle l'abreuvait de tous les noms en lui envoyant des mots d'amour en pleine face, le forgeron la regarda finalement s'éloigner de lui. Il tenta de reprendre son calme, mais s'il parvint à cesser de rire, son sourire ne s'effaça pas pour autant et laissait présager une nouvelle hilarité si elle recommençait sa « correction ». Ce fut le canasson qui eut le droit à la partie tendre de la crise de la jeune femme, Galahad la regarda plonger son visage dans la crinière du cheval qui ne broncha pas. Bonne bête bien dressée. Malheureusement pour Izhi, ce n'était pas le cas du Singulier qui se trouvait derrière elle et il y avait fort à parier qu'elle n'allait pas passer une soirée digne d'être gravée dans les annales. Le regard du forgeron ne la quittait pas et il leva finalement les bras au ciel comme s'il protestait. Si elle voulait un câlin de réconfort elle n'était pas au bon endroit.

     ▬ Arrête de réagir comme une gosse de riche Izhi ! C'était ce qu'elle était, mais après tout, ce n'était qu'un détail. Je viens te tenir compagnie pour te remonter le moral et tu me remercies comme ça. Bonjour la politesse, tu pourras repasser pour le savoir-vivre ! C'était l'hôpital qui se moquait de la charité. Le jeune homme approcha de la demoiselle en continuant son discours. Si je t'avais proposé un câlin de réconfort tu m'aurais envoyé sur les roses. Puis la dernière fois que j'ai été gentil avec toi j'ai récolté un œil au beurre noir et une lèvre éclatée. Alors une fois, mais pas deux, merci bien ! »

     Ce n'était que des bêtises. Il n'avait pas été « gentil », il avait profité de la situation, nuance. Mais ce n'était pas lui qui admettrait cela bien entendu. Le forgeron continua de marcher jusqu'à se trouver à une distance respectable du canasson qui semblait très lié avec la demoiselle - à comprendre un bon mètre - hors de question de se ramasser un coup de sabot bien placé. Laissant ses bras le long de son corps, le Singulier scruta la jeune femme de derrière, lorsqu'elle s'était approchée de lui, il avait cru percevoir des odeurs très fortes de parfums, un mélange assez surprenant qui tranchait étrangement avec ce qu'elle avait l'habitude de sentir - c'est-à-dire rien. S'il ne s'était pas trompé, elle avait aussi l'air d'avoir le visage en partie tartiné par ces produits censés rendre une femme plus belle, comme si elle en avait besoin, ce qui était une fois de plus totalement à l'opposé de son aspect habituel. En tous les cas, vu la manière dont elle avait réagi aussitôt, Galahad avait touché un point sensible et elle devait certainement ne pas supporter ces fiançailles. Étant donné qu'elle n'avait toujours pas jugé bon de l'informer de sa véritable identité, le Singulier allait jouer les idiots jusqu'à ce que la belle le lui dise clairement. Après tout, à vouloir le prendre pour un idiot, elle ne faisait que récolter ce qu'elle semait ! Il soupira avec lassitude avant de reprendre la parole.

     ▬ Et bien, tu aurais perdu ton humour à défaut de perdre ton pucelage ? Franchement, je te pensais plus ouverte d'esprit. »

     C'était plus fort que lui, il ne pouvait pas s'empêcher de la railler. Même si le jeune homme avait accepté de faire « la paix » lors de leur dernière rencontre, il restait persuadé que la belle le prenait pour un simple larbin. Elle l'avait utilisé et jeté lorsqu'elle n'avait plus besoin de lui, même si Izhi avait tenté de le persuader du contraire, c'était une chose ancrée dans son esprit dont il ne pouvait pas se débarrasser. À force de jouer avec les gens, l'on finissait par ne plus rien maîtriser. Il savait bien qu'il ne pourrait jamais avoir le dessus sur elle, elle était riche, il était pauvre. Elle était blasonnée, il n'était qu'un fils de forgeron d'un village que personne ou presque ne connaissait. Elle avait des moyens et lui non. La jeune femme était destinée à le supplanter alors pour une fois qu'il pouvait l'écraser, le Singulier comptait en profiter à sa manière. C'était cruel, c'était égoïste, mais elle ne le voyait pas non plus comme un ami. Juste un larbin. Se complaisant dans ses idées certainement totalement erronées, le jeune homme approcha finalement un peu plus de la demoiselle pour glisser sa main dans son dos, se contentant de l'effleurer si légèrement qu'elle ne sentit peut-être même rien.

     ▬ Allez, je suis certain que ça t'as fait du bien. Ne vas pas me dire que te mettre en colère contre quelqu'un t'as rendue encore plus triste, surtout lorsque ce quelqu'un c'est moi. Son sourire ne s'était pas envolé. C'est tout ce que je peux offrir, je doute que tu veuilles de moi comme oreille compatissante. Au fond, je dis ça pour toi, tu devrais me remercier. »

     Il se donnait le beau rôle tout en se moquant un peu d'elle. Il était certain que Galahad n'était pas le type d'homme à qui l'on souhaitait se confier. Oh, il gardait les secrets pour lui, mais était du genre à les utiliser pour vous manipuler dès que l'occasion se présentait. Izhi n'était pas idiote. Elle ne se laissait pas manipuler, ce n'était pas pour rien qu'elle avait toujours le dessus après tout. Après un bref moment de silence, il haussa les épaules avant de finalement pivoter légèrement pour lui présenter son flanc.

     ▬ Mais soit, si tu veux que je te laisse en paix, tu peux me le dire et je m'en vais. »

     Mais elle ne le ferait pas. Et si c'était le cas, il verrait bien qu'elle ne le prenait que pour son larbin. Il avait forcément quelque chose à gagner.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mar 08 Mai 2012, 23:51

    Maudite. Elle était maudite, il n'y avait guère d'autre explication. Eydis la toute glorieuse la maltraitait de son cruel anathème à travers moult revers de fortune. Sinon, comment expliquer que ce soit Galahad qui l'ait retrouvée plutôt qu'une quelconque autre âme d'avantage halée de commisération ? Finalement, elle en revenait toujours à la même conclusion : sans doute aurait-elle mieux fait de le laisser se putréfier dans les méandres des Cités des Morts. Tuamarbh lui aurait certainement fait une sépulture des plus adéquates, et plus elle l'entendait se gouailler, plus elle en était persuadée. Si être la cible de railleries était une situation originellement malplaisante et que la jeune femme ne tolérait qu'extrêmement difficilement, l'être tout en étant tenaillée par la pire des afflictions sentimentales l'accablait au plus haut point. Prostrée sous la crinière opalescente qui lui offrait presque l'illusion d'être affublée d'une perruque – comme si le ridicule ne la lapidait pas suffisamment de la sorte – elle préférait l'odeur de son destrier à celui du forgeron qui se gaussait encore. Sa volonté de lui faire mal n'avait point été assez dense pour qu'elle agisse dans cette optique, car même avec un homme en guise d'antagoniste, il lui était toujours plausible de se faire source d'une douleur issue de la surprise et d'une exactitude anatomique typique masculine. A défaut d'avoir été encline à traduire toute sa frustration sur son promis lui-même, elle l'avait fait sur le premier venu qui ne risquerait pas de lui causer des soucis diplomatiques. Prétendre que la jeune femme se sentait absurde aurait été peu dire, elle en était rouge d'opprobre et de vexation. Le pire résidant inextricablement dans le fait qu'elle était incapable de lui fournir la justification de son émoi, il lui était inconcevable de mettre son rang d'héritière de Lanriel en danger dans de telles circonstances. Après tout, elle n'omettait pas que Galahad était un apôtre de la déité noire, Mynkor, dont on entendait les contes à tort et à travers depuis plusieurs mois maintenant. Et si l'arrestation officielle de la sorcière Tanith Ruane n'avait point encore été annoncée à la peuplade – pour l'unique raison que les braves héros n'étaient rentrés que le matin même – cela ne signifiait pas qu'ils avaient aboli le mouvement des Héritiers. L'occasion aurait d'ailleurs été belle pour interroger le jeune homme sur la véritable nature de ses dites croyances, sûrement, lorsque la belle aurait cessé de larmoyer.

    Et ce n'eut certainement point été les perpétuelles brimades de l'adonis qui lénifieraient ses pleurs. Après la référence au dernier incident durant lequel Dreann avait démontré toute l'étendue de ses capacités martiales. Désirait-il qu'elle les plaigne, sa lippe meurtrie et lui ? Il n'avait récolté que les conséquences de son incongruité, tout comme Izhelindë le faisait en cet instant. Inconsidérée, qu'elle était, de s'être vouée à une idylle que tous auraient su impossible. Même Galahad aurait aisément pu le lui dire et louer son ineptie, quand bien même il ne devait en connaître que trop peu sur le système seigneurial. Pourtant, elle ne voyait que la ferveur qu'elle nourrissait pour son preux chevalier, il ne pouvait en être autrement, elle en était persuadée. Toujours voilée d'une utopie marquée au fer incandescent, la princesse se languissait de retrouver la suave étreinte de son aimé, car si le voir raviverait les affres qui la rongeaient, elle la réconforterait également. Tout le paradoxe de la chose. Néanmoins, le baryton sardonique de son interlocuteur lui rappela qu'elle était bien éloignée de cet idéal, et comme s'il n'avait point matière conséquente pour l'importuner, il ranima un sujet des plus malséants. Pourquoi diable son pucelage était-il un thème récurent ? Interloquée – outrée – la jeune femme s'extirpa un instant de son antre chevelu pour l'observer, le foudroyant littéralement de son oeillade. Elle aurait souhaité lui faire savoir tout le bien qu'elle pouvait penser de lui en ce moment, faire preuve d'autant de véhémence qu'elle n'en avait toujours montrée. Cependant, elle n'en fit rien, bien trop lamentée en cette nuitée pour s'enfoncer dans une nouvelle rixe. Elle se contenta de se camoufler derechef à même le pelage duveteux de l'étalon, toujours parfaitement quiet. Puis, plus ou moins habilement, le forgeron mit leur « amitié » à l'épreuve en annonçant un plausible départ si tel était le désir de l'éplorée. Celle-ci se montra bougonne, en s'écartant sensiblement de l'animal.


    « … Tu étais un idiot lorsque je t'ai rencontré et tu en seras toujours un... Espèce de... »

    Izhelindë eut un hoquet qui l'empêcha de clôturer sa réplique, ce qui la fit d'avantage râler. Elle chassa d'un revers de la main l'humidité qui demeurait encore à la lisière de ses mirettes et sur l'ensemble de ses joues. Ereintée, à l'apogée de la fatigue après tant de péripéties qu'elle ne rêvait que de partager avec une oreille compatissante, ce qu'elle ne trouverait pas avec le jeune homme présentement à ses côtés. Elle regrettait la compassion d'Esendril ou de son cousin, Gaeth, et n'aurait d'autres choix que se contenter de la mauvaise compagnie de son acolyte d'odyssées. Elle lorgna ce dernier qu'elle n'avait, malgré elle, toujours pas congédié. Contrairement à ce que ses propos laissaient sous-entendre, elle n'était pas tant désappointée de le voir. Même si pour cela elle se devait d'endurer ses pires brimades, coudoyer une accointance non originaire du cercle familial ou de celui de la Cour. Galahad n'avait pas les mêmes poncifs que la plupart des gens qui l'entouraient, il était un quidam simple – ou d'apparence, tout du moins – ce qui permettait de faire omettre à la princesse qu'elle était justement native de la royauté. Ce n'était pas tant une leçon d'humilité à laquelle elle escomptait, mais bien plus une d'humanité. L'indigent n'était pas un orfèvre en la matière, cependant, elle pourrait encore s'en contenter. Après s'être furtivement débarbouillée le faciès, elle considéra plus consciencieusement son vis-à-vis, qui eut tout le loisir d'authentifier les cernes et le teint exsangue ornementant le visage de la donzelle. Puis elle déclara d'une toute petite voix.

    « Tu pourrais être un minimum respectueux... Je suis assez mal comme cela... » Elle renifla. « L'unique point sur lequel tu peux prétendre avoir raison est, qu'au moins, tu m'as servi de défouloir. Même si tu en mériterais d'avantage... »

    Nul n'aurait pu lui donner tort, elle était intimement persuadée de ne pas être la seule à désirer l'occire de ses propres mains. Pourquoi était-il tant exécrable ? L'était-il avec tous ou n'était-ce qu'une attitude destinée à sa personne ? La jeune femme prenait conscience qu'elle ne le connaissait point aussi bien qu'elle l'eut toujours pensé. Elle n'était pas même certaine de se connaître elle-même, elle ne savait plus. C'était dans ce genre de situation qu'il aurait été judicieux de lui asséner une gifle suffisamment puissante pour lui remettre les méninges en place. Ce fut ce qui s'illustra, cependant, ce fut le pauvre indigent qui fut victime d'une auguste baffe qui s'écrasa sur sa joue. Le heurt fut tel que même le canasson en fut pantois, préférant à nouveau s'éloigner du binôme qu'il jugeait inexorablement fou. Pour la première fois en ce jour, une risette condescendante vint orner la physionomie de la jouvencelle, satisfaire de ce revers surprise.

    « Celle-ci, tu ne l'as pas volée ! »

    Ô soulagement. Finalement, Galahad avait entièrement raison, quelle fortune qu'il ait été celui qui l'eut trouvée avant une sentinelle ou un vulgaire anonyme. L'accalmie avait été telle que nul n'aurait pu soupçonner cette palinodie, à juste titre, l'héritière n'avait fait preuve d'aucun prélude d'agressivité et cela avait merveilleusement fonctionné. Elle ne doutait pas que l'éphèbe s'en offusquerait, peut-être choisirait-il même de quitter les lieux, meurtri dans son amour-propre ? Une réaction somme toute légitime, mais à laquelle la nymphe ne laissa pas le temps de s'orchestrer. Peu de temps après avoir stigmatisé la pommette de l'Héritier, elle s'élança jusqu'à son poitrail qu'elle enserra de ses bras. Elle osait une embrassade, une requête de tendresse désespérée dont elle s'assura la réponse en ne lui laissant guère l'opportunité de s'insurger. Un élan de réconfort, c'était tout ce dont elle espérait. Il était prisonnier de l'étreinte de la demoiselle, cette dernière allant loger sa joue froide sur le muscle pectoral du jeune homme auquel elle glissa un susurre.

    « Fais semblant d'être attentionné juste... Quelques secondes... »

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mer 09 Mai 2012, 15:08

     Il s'attendait à ce qu'elle n'apprécie pas ses réflexions, Galahad avait remarqué que les femmes étaient souvent trop extrêmes dans leurs moments de tristesse. Pour peu il aurait pu s'imaginer qu'elle avait été condamnée à mort, mais ce n'était rien de plus qu'un stupide mariage - si c'était bien là la cause de son état - pas de quoi en faire un foin selon lui. Le Singulier se contenta d'adopter une moue légèrement contrariée lorsque sa compagne d'aventures lui balança qu'il n'était qu'un idiot. Décidément, ce mot revenait souvent dans la bouche de ses interlocuteurs, à croire qu'il l'était réellement - même si selon lui c'était le contraire - ils étaient tous jaloux voilà tout ! Le forgeron regarda la princesse se consoler comme elle pouvait puisqu'il ne faisait aucun effort dans ce sens, attendant qu'elle lui rétorque qu'il pouvait bien la laisser en paix et ne plus la revoir à l'avenir. Mais cette déclaration n'arriva pas. Au fond, même si Izhi ne le disait jamais il savait bien qu'elle ne pouvait pas se passer de lui - vanité quand tu nous tiens ! Restant de marbre lorsque les yeux de la demoiselle croisèrent les siens, l'Héritier attendit une nouvelle remarque qui ne se révéla pas être celle qu'il pensait entendre. Se montrer respectueux ? Elle le connaissait certainement assez bien pour savoir que ce n'était pas du tout dans son caractère. Il n'arrivait tout bonnement pas à faire l'effort de s'intéresser aux autres et que la personne dans le besoin soit Izhi ou une autre n'allait pas changer la donne. Galahad se contenta de laisser un léger sourire se coller sur ses lèvres lorsque la jeune femme lui annonça qu'il méritait bien plus que ce qu'elle pouvait lui faire, ce n'était pas comme si son amoureux ne s'en était pas chargé dernièrement ! Il avait beau avoir une tête à claques, ce n'était pas pour autant qu'il aimait se faire frapper. Au contraire.

     Cela dit, s'il y avait bien une chose à laquelle il ne s'attendait pas, c'était bien la gifle que la princesse lui décolla. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que cette douleur et l'étrange chaleur qui se dégageait de sa joue était due à une baffe que la belle venait d'oser lui assener. La surprise fut telle qu'il dévisagea Izhi avec de grands yeux, c'était la première fois qu'elle le frappait de la sorte et pour être franc, il ne l'avait pas du tout vu venir. Combien de fois s'était-il moqué d'elle sans qu'elle ne réplique de la sorte ? Galahad avait depuis longtemps sorti des remarques aussi acerbes à toutes les personnes qu'il rencontrait, mais généralement personne ne répondait. Son égo en avait aussi pris un sacré coup, autant dire que se faire frapper par une fille qui pleurait, il y avait largement plus glorieux. Une chance qu'il ne se retrouve pas avec un coquard sans quoi ce serait la consécration. La fierté d'Izhi ne fit que rajouter au malaise du jeune homme qui se referma comme une huître, fronçant les sourcils, oscillant entre l'envie de la planter là ou de l'abreuver une fois de plus de paroles désagréables. Il n'eut guère le temps de se décider, la belle fit une fois de plus preuve d'initiative de s'élançant vers lui sans que le Singulier ne réagisse - une chance qu'elle ne soit pas armée au final - et il se tendit aussitôt en sentant ses bras l'enserrer. Ce qu'il pouvait détester ces élans de démonstration affective, il fallait bien être une fille pour avoir besoin d'agir de la sorte ! Galahad leva ses mains et les posa sur les épaules de la princesse comme pour se dépêtrer d'elle, puis il entendit ce qu'elle demanda. Une brève hésitation s'installa dans son esprit. Il avait déjà fait croire à ses sœurs qu'il ressentait de la compassion pour elles après tout. Avec Izhi, ça ne serait pas si différent, non ? Le jeune homme soupira légèrement.

     ▬ C'est bien parce que c'est toi que je fais ça ! »

     Histoire de lui faire savoir qu'il lui faisait une grande faveur en agissant de la sorte, il avait jugé utile de le souligner. Galahad retira ses mains des épaules de la jeune femme pour glisser ses bras autour d'elle. Les enlaçades de réconfort ce n'était pas sa tasse de thé et il n'avait pas vraiment d'expérience en la matière. Heureusement pour lui, ses sœurs étaient des personnes très portées sur ce genre de démonstrations et il avait donc eu l'occasion d'observer le comportement à adopter dans une telle occasion. Le jeune homme passa sa main dans le dos de la princesse dans un geste qui se voulait réconfortant, puis après quelques secondes, il la fit remonter jusqu'à la chevelure parfumée de la Singulière pour la caresser légèrement. Cette situation ne l'enchantait pas vraiment, pas du tout même, mais disons qu'il avait suffisamment été « méchant » avec sa compagne de voyage depuis quelques temps. Il ne devait pas perdre de vue qu'il avait décidé de rester lié avec Izhi parce qu'elle pourrait l'aider à obtenir la reconnaissance qu'il souhaitait depuis si longtemps. Se la mettre à dos risquait donc légèrement de contrecarrer ses plans, ce qui n'était pas pour servir ses desseins. L'étreinte durait depuis moins d'une minute, mais s'en était déjà suffisant pour le Singulier qui retira finalement ses bras de la demoiselle pour réitérer son geste premier et la repousser légèrement.

     ▬ Bon, ça va là non ? Tu te sens suffisamment réconfortée je pense. »

     Il n'avait rien contre Izhi en particulier bien entendu, mais disons simplement que la proximité ce n'était pas du tout sa tasse de thé et que le forgeron préférait rester dans un domaine qu'il maîtrisait au minimum. Légèrement embarrassé de s'être laissé embobiner dans une telle démonstration, il détourna le regard en réfléchissant activement à un moyen de dissiper cette gêne tout en reprenant le dessus. Enfin reprendre, la demoiselle avait réussi à le remettre à sa place avec une simple gifle et une enlaçade alors qu'il était persuadé de la dominer. Pouvait-il franchement espérer s'estimer comme gagnant dans cette manche ? Certainement pas. Le jeune homme reporta finalement ses yeux sur le minois aux yeux rougis par les larmes, de son interlocutrice, puis il prit les devants pour ne pas lui laisser l'occasion de le faire avant.

     ▬ Comme je reste persuadé que ta technique sera sans effet, je te propose d'opter pour le remède que tout bon citoyen de Lanriel connait contre la déprime. Suis-moi donc. Il se détourna un instant sans prendre la peine de lui attraper la main pour la guide, puis s'immobilisa après un pas. Tournant la tête vers la jeune femme, Galahad ajouta quelques mots. Mieux vaut éviter d'amener ton canasson par contre. »

     Elle pouvait bien en faire ce qu'elle voulait après tout, il s'en contrefichait, ce n'était qu'un cheval. Le Singulier reprit sa marche sans vérifier si la princesse le suivait, ce n'était pas comme s'il allait l'y obliger, elle était libre de faire ce qu'elle voulait. Il commençait à bien connaître les ruelles de la ville et n'avait que très peu de difficultés à s'y retrouver, en quelques minutes de marche ils débouchèrent donc sur une petite place d'un quartier peu fréquenté par les chevaliers amoureux. Cette fois-ci ils ne risquaient pas de tomber sur un ami d'Izhi au moins. Galahad attendit que la demoiselle se glisse à ses côtés pour passa sa main dans son dos pour la pousser vers l'entrée de la taverne. L'alcool, il n'y avait que cela de vrai pour oublier les mauvaises pensées ! L'endroit était presque bondé malgré l'heure, à croire que tout le monde avait quelque chose à sortir de ses souvenirs. Ils trouvèrent toutefois une table dans un état plutôt discutable, mais ils n'étaient pas là pour faire la fine bouche. Le forgeron se laissa tomber aux côtés de sa compagne avant de poser ses yeux sur elle.

     ▬ Tu verras, après cette soirée, tu me remercieras. »

     Il en était convaincu. Le forgeron interpella une serveuse qui tournait entre les tables et lui demanda ce qu'elle avait de plus fort. Vu la tête que la princesse faisait, il y avait fort à parier que ce qu'elle souhaitait oublier était conséquent. Il fallait donc un remède à la hauteur du mal !

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Jeu 10 Mai 2012, 18:15

    Conglomérée à même le torse du forgeron, la princesse adressait une patenôtre silencieuse à la déesse elle-même pour qu'il daigne faire preuve d'une once de tendresse. Sous aucun aspect tacite qui put être, son seul voeu était une chaleur humaine, un simple rappel qu'elle n'était pas aussi esseulée qu'elle pouvait le penser. Quand bien même ne serait-ce qu'une attention falsifiée, omettre un instant les revers de fortune qui la tourmentaient serait un onguent sur sa meurtrissure encore vive de douleur. En pleine impéritie sur le potentiel affectif dont pouvait faire preuve le jeune homme, elle patienta, dans la crainte qu'il ne fasse que l'obérer d'une rosserie qu'elle aurait alors amplement méritée. Nul doute que sa joue rutilait encore de la gifle qu'elle avait essuyée, même la paume de la donzelle en frétiller encore. C'eut été furtif, mais elle avait bel et bien aperçu la consternation sur le faciès de l'indigent, celle même qui le mortifiait pour mieux le conforter dans ses incessantes brimades. Si l'élan réprobateur manifesté par l'emplacement de ces mains sur ses épaules lui laissait deviner le sort de son embrassade, il n'en fut rien et Galahad abdiqua. Pantoise de ce résultat inespéré, elle en savoura néanmoins l'intensité en se blottissant plus encore contre la rugosité de ses habits. Il l'étreignit avec une délicatesse qu'elle ne lui aurait jamais soupçonnée, la spoliant ainsi de toutes ses contrariétés même si ce fut bref. Fort aise au creux de ses bras, les yeux clos et un semblant d'eurythmie retrouvé, elle gravait son esprit de ce qui était, pour le roturier, un sacrifice. Peut-être n'était-il point aussi fruste qu'elle l'avait toujours pensé, en cette soirée, elle prenait conscience qu'elle se fourvoyait sur nombre de personnes, même les plus familières d'entre elles. Naguère confiance aveuglée, aujourd'hui, elle estimait que le temps était venu de reconsidérer chacune de ses accointances pour ce qu'elles étaient réellement. Ce qu'elle estimait être une trahison parentale avait soulevé une pléiade d'incertitudes, des spéculations qu'elle mènerait de front dès lors qu'elle aurait rallié la Cour et ses gens dévoyés.

    Puis, alors qu'elle aurait eu loisir de s'assoupir, l'éphèbe la fit redescendre sur terre. D'un geste qui se voulut péremptoire, il les sépara en déclarant la séance de câlineries terminée. Izhelindë n'en fut pas désappointée, elle savait l'ampleur de l'effort que son ami eut dû fournir pour ne pas l'envoyer sur les roses comme il savait si bien le faire. Elle s'écarta de plusieurs pas dans le dessein de lui rendre l'intimité de son espace, une frêle risette ornant une physionomie toujours ébauchée d'un éreintement sans équivoque. Dans son mutisme, elle le remercia mille fois, heureuse d'avoir pu compter sur une âme plus charitable qu'elle ne prétendait l'être. Puis, suite à un commentaire sur l'utilité de cette cajolerie qui la fit d'avantage sourire, il lui soumit une proposition des plus inopinées. Eut-elle seulement le temps de s'interroger sur leur destination et le sort de son destrier que déjà, l'adonis s'enfonçait dans la venelle par laquelle il était arrivé. Prestement, l'héritière vint susurrer quelques indications à l'oreille de son étalon, lui promettant de revenir si tôt qu'elle en serait encline. Intimement persuadée qu'il ne déserterait pas, elle était tout autant convaincue que nul ne s'infiltrerait jusqu'ici avec la présomption de dénicher un somptueux spécimen chevalin. Ne pouvant guère s'attarder, elle flatta le museau de sa monture pour finalement rattraper le forgeron à grandes enjambées. Une fois parvenue à ses côtés, elle imita sa cadence tout en veillant à le suivre, conjecturant secrètement sur ce qu'il pouvait avoir à l'esprit. Sa sagacité congénitale n'ayant pas réussi à percer le voile de mystère installé, elle se sentit sotte de ne point avoir songé à l'ivresse, celle acoquinée à tous les infortunés qui se respectaient. Elle ne put retenir un ricanement quasi inaudible en se remémorant la fois dernière, où le fantasque binôme s'était attablé à une taverne de Dinas Uchel. Celle-ci ne ressemblait que peu à celles disséminées dans les plus hauts quartiers citadins, bien plus bigarrée de crasse et de pochards d'ores et déjà avinés. Un cloitre où résonnaient hilarité et grandes discussions, et dans lequel ils purent se frayer un sentier jusqu'à une table encore détrempée de liqueurs inconnues. Elle observa, quelque peu morose malgré elle, le roturier commander leurs breuvages et lui assurer une nuit des plus mémorables. Cependant, la jouvencelle intervint aussitôt auprès de la même serveuse.


    « Attendez ! Ne nous servez rien, dites au tavernier que je souhaiterais le voir, c'est important. »

    Coite, l'employée toisa sa condisciple féminine avec un flegme marqué, avant de disparaître entre les innombrables tables assiégées par les membres de la plèbe. Izhelindë doutait que s'enivrer à n'en plus pouvoir était une solution probante, par ailleurs, cela ne l'était absolument pas. Pour autant, si cela ne résorberait nullement ses peines, elle était persuadée qu'elle en serait pleinement contentée. Elle voulait s'abandonner à l'incongruité la plus totale, outrepasser des limites qu'elle n'avait encore jamais atteintes et dont elle ne soupçonnait pas même l'existence. En attendant l'arrivée du propriétaire des lieux, elle prenait un fourbe plaisir à authentifier l'incompréhension sur le visage de son vis-à-vis. Se disait-il qu'elle n'était que rattrapée par ses moeurs princières au point de ne pas pouvoir s'abaisser au même niveau que la plus miséreuse peuplade ? En cet instant, regrettait-il de s'être incommodé du poids de la sylphide, apparemment peu disposée à festoyer d'une quelconque façon ? Peut-être même songerait-il qu'elle ne chercherait qu'à lui faire part de ses vexations, dans des logorrhées psalmodiques et qui auraient promptement fait de le mettre hors de lui. Abuser de cet accès de gentillesse impromptu aurait été une hypothèse particulièrement enjôleuse si la belle ne nourrissait point d'autres buts. Elle laissa le forgeron dans l'ignorance, jusqu'à l'arrivée de maître des lieux, un quidam ventripotent et exhalant un fort fumet de sueur.

    « Qué j'peux faire pour vous ma p'tiote ? »

    « J'aimerais vous proposer un petit accord, disons, que je vous offre ceci... » Elle retira la bague sertie de la gemme bleutée de sa phalange, puis la présenta à son interlocuteur. « En échange de quoi, je veux que vous nous serviez mon ami et moi vos meilleurs ET plus forts breuvages, toute la nuit durant. »

    « Par la barbe du roi ! » Le tavernier crut son coeur bondir hors de son poitrail en examinant le précieux bijou, comme hypnotisé par la nitescence de la pierre de saphir. « Bah vous alors, vous savez être convaincante ! J'vous d'manderai pas où vous l'avez eu, c'te bague, mais c'est assez pour que j'vide mes barils rien que pour vous et vot' comparse s'il le faut. J'vous envoie l'une de mes serveuses avec c'que j'ai d'mieux ! »

    Débordant d'une indicible joie, le quidam s'en retourna en galopant jusqu'à une salle mitoyenne, où il gardait quelques tonneaux d'un nectar qui, même s'il ne vaudrait pas l'hydromel du Chant de la Sirène, ferait fantasmer leurs papilles. La princesse octroya une oeillade complice à son acolyte de beuverie qui ne manquerait probablement pas d'être pleinement satisfait de cette initiative. Au moins, n'auraient-ils pas à s'ombrager sur le prix que leurs chopines leur coûteraient, car de son côté, la demoiselle n'avait emporté aucune ressource financière. Sa contingente échappée ne lui avait pas permis de se munir de son aumônière, ni même d'aucune des affaires qu'elle promenait ordinairement. Elle ne possédait rien de plus que ses vêtements rapiécés et le pur-sang antérieurement abandonné à sa solitude, et pour le moment, elle s'en contentait parfaitement. Le bijou qu'elle venait de brocanter contre une griserie à venir n'était pas aussi anodin que son acte le laissait à croire, mais il faisait partie intégrante de la trésorerie royale. Patrimoine d'apparat qu'elle avait hérité de son défunt aïeul paternel -la mère du monarque Arsenios – elle ne l'avait jusqu'alors jamais ou si peu quitté. Octavia ne manquerait pas de remarquer l'absence de la dite bague dès lors qu'elles se coudoieraient derechef, mais la dryade n'en avait présentement cure. Elle n'était pas exempte de regret futur, une perspective qui ne l'effleurait cependant pas en cet instant. Les liqueurs qui furent déposées devant eux la confortèrent d'avantage dans son choix, puis elle ne patienta pas pour porter tout son intérêt sur ce qui viendrait inextricablement embraser son suave gosier. Elle en huma l'arôme, en apprécia la teinte, puis plongea dans les prunelles mordorées de Galahad.

    « Continuons ce que nous avions entamé l'autre fois, je compte sur toi pour m'entrainer à pocharder comme il se doit. » Elle leva sensiblement sa chope. « A quoi trinquons-nous ? »

    Résolue à en découdre avec l'alcool, elle le suivrait tant que faire se peut. Il était avéré qu'elle serait bien incapable de tenir un rythme similaire au sien s'il entreprenait de boire comme un véritable indigent, mais elle était prompte à essayer. Bien loin, trop loin des dangers auxquels l'ivresse l'exposait.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Ven 11 Mai 2012, 17:19

     Installés à la table, ils patientaient, du moins quelques secondes puisque la jeune femme eut tôt fait de changer la donne en interpellant la serveuse qui s'apprêtait à s'éloigner. Galahad posa ses yeux sur la demoiselle en se demandant bien ce qu'elle pouvait leur réserver, mais visiblement la belle n'était pas décidée à éclairer sa lanterne et il marqua son léger agacement par une simple grimace. Le Singulier avait décidé de se montrer plus agréable qu'à l'accoutumée avec Izhi, non parce qu'elle était triste et qu'il souhaitait lui remonter le moral, mais simplement parce qu'il voyait ce qu'il pourrait récolter de ce comportement. Ne se souviendrait-elle pas qu'il avait fait preuve de clémence et d'attention – à sa manière évidemment – à son égard alors qu'elle était malheureuse ? Il espérait que si. Un silence flotta encore eux jusqu'à ce que le gros propriétaire qui dégageait une odeur peu agréable, se présente devant eux pour se renseigner sur la doléance de la demoiselle. Aussi perdu que le tavernier, Galahad écouta attentivement ce qui se disait et ne put retenir une expression stupéfaite lorsqu'Izhi ôta de son doigt fin, un bague dont la valeur aurait certainement suffi à acheter tout le bâtiment. Loin d'être idiot, le gros homme vit tout de suite la bonne affaire se profiler à l'horizon et le forgeron fut tenté de retenir la main de sa compagne du moment alors qu'elle tendait la bague. Quelle idée de céder un aussi magnifique bijou juste pour boire ! Cela dit, il décida de ne rien faire. Elle devait aussi apprendre la vie et peut-être qu'une princesse n'avait pas la même perception de la valeur des choses qu'un simple roturier ? Quoi qu'il en soit, le jeune homme resta immobile et silencieux comme le tavernier s'éloignait après avoir approuvé ce qu'elle demandait. Tu m'étonnes ! Il n'allait pas laisser passer une telle affaire. Pas fou l'animal.

     Le forgeron échangea un regard avec Izhi alors qu'elle semblait satisfaite de ce qu'elle venait de faire, ma foi, Galahad considéra que si elle pouvait échanger une bague d'une telle valeur contre quelques pintes de boisson, c'était qu'elle devait avoir bien plus au palais. Il n'allait pas lui gâcher son plaisir ! La boisson arriva finalement et la donzelle commença par analyser le breuvage qui leur avait été apporté, avant de finalement tourner son attention vers son compagne de beuverie pour lui poser une question plutôt bien adaptée. Il esquissa un léger sourire avant de se saisir à son tour de sa choppe avant de poser ses yeux sur le ravissant minois de la princesse, puis répondit.

     ▬ À ton sens des affaires ? Il plaisantait, ce n'était pas une méchante pique comme celles qu'il avait pu lancer dans la ruelle avant la gifle. Je ne sais pas, à tous les autres pochetrons de Lanriel à qui nous accordons une petite pensée ! »

     L'essentiel restait de boire, à l'honneur de qui cela n'importait pas vraiment. Il invita donc Izhi à lever le coude et l'imita. Lorsque le liquide toucha ses papilles, le forgeron fut contraint d'admettre que le breuvage n'avait rien à voir avec les piquettes qu'il avait l'habitude de voir. Inutile de préciser que ses moyens – et son minois – n'étaient pas aussi convaincants face à un tavernier obèse, que ceux d'une jolie princesse. Il reposa la pinte sur la table, sentant le cheminement du liquide qui réchauffait tous les endroits où il passait. Nul doute que la demoiselle allait se retrouver avec le nez et les joues rougis comme une cible d'entraînement. Amusé à cette idée, Galahad tourna la tête dans sa direction pour la regarder, son sourire flottant sur ses lèvres, mais presque entièrement dénué de son habituelle moquerie. Lorsqu'il décidait de faire des efforts, l'Héritier allait jusqu'au bout de sa résolution. Izhi n'aurait donc plus à craindre ses remarques blessantes. Après avoir laissé la boisson agir un peu, il se pencha légèrement en avant pour prendre la parole à l'attention de sa compagne, sans que tout le monde ne les entende pour autant. L'arrivée du tavernier avait suffisamment attiré l'attention sur eux à n'en pas douter.

     ▬ Tu sais, j'aurais pu te payer ta première cuite. C'est la première d'ailleurs ? J'espère bien ! Il aurait été ravi à l'idée que ce soit le cas bien que cela ne changeait pas grand-chose. Tu aurais au moins pu acheter tout le bâtiment avec ta bague, j'espère que t'es plus douée pour boire que pour le troc Izhi. Ce n'était que des boutades sans méchanceté. Mais je t'en remercie, ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de se saouler avec un aussi bon breuvage. Habituellement c'est tellement mauvais que tu le bois vite et en moins de deux temps trois mouvements, tu dors sur la table. »

     En tous les cas, c'était de cette manière que ça se passait dans son village natal. La meilleure boisson qu'ils avaient devait être la pire piquette de tout Lanriel, autant dire qu'elle arrachait le gosier comme si c'était de l'alcool pur. Le peu qu'il en avait bu avait à chaque fois suffi à le faire dormir pendant un petit moment. Bien décidé à faire les choses dans les règles de l'art, le forgeron reprit la parole.

     ▬ Maintenant que tu as goûté Izhi, à toi de me dire combien de verres tu penses être capable de boire avant d'être totalement saoule. Celui qui est le plus proche de son compte gagne. Habituellement c'est lui qui paye les consommations, du coup je ne sais pas trop quoi te proposer comme gage pour le perdant. Il détourna son regard du minois de la demoiselle pour regarder autour de lui. Sur le coup, les idées les plus amusantes semblaient surtout mal adaptées à la situation, le jeune homme haussa donc les épaules. Comme c'est toi qui paye, je te laisse choisir. Un sourire se dessina sur ses lèvres. De toute manière, c'est toi qui va perdre alors essaye d'être gentille ! »

     Il n'osait même pas imaginer pouvoir se faire battre par une fille, mais les choses étaient souvent bien surprenantes et vu qu'avec la princesse Galahad était presque toujours pris au dépourvu, il était logique de ne pas être absolument sûr de lui. Toutefois, bien décidé à ne pas lui laisser le plaisir de le battre à quelque chose qui était tout de même plus son domaine que cela d'une demoiselle de la cour, il était motivé à tenir le rythme. Après une légère réflexion, le forgeron annonça donc le score qu'il visait.

     ▬ Moi... Je vise six... Non, sept verres sans problème. Et toi ? »

     Il risquait bien de se planter étant donné qu'il n'avait jamais goûté d'alcool de ce genre, il n'était donc pas impossible que tout cela lui retombe dessus. Cela dit, sa vanité l'empêchait de viser moins sachant qu'en moyennement une bonne bouteille de vin suffisait à rendre un homme de sa carrure bien pompette. Restait à voir si Izhi allait jouer le jeu jusqu'au bout ou se contenter de ne pas prendre de risques. Étrangement, il se dit qu'elle ne le décevrait pas. Comme pour l'encourager, Galahad porta une nouvelle fois sa pinte à ses lèvres, la soirée ne faisait que commencer et elle promettait d'être intéressante.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 13 Mai 2012, 18:32

    A travers ses folies, Izhelindë avait la sensation de ressentir des pulsions de vie, grisée par des agissements originellement prohibés. Qui donc aurait cru – et penserait encore aujourd'hui – que nul autre que l'héritière de Lanriel s'acoquinerait avec un membre de la roture en plein coeur d'une taverne, dans la pénombre d'une sorgue usuelle. Ses royaux aïeux devaient probablement s'outrager dans leur sépulture, se retourner à s'en disloquer quelques articulations. Elle se demandait si elle était un précurseur à la routine des princesses, si ses prédécesseures s'étaient toutes complu dans leur opulence et leur déférence. Il ne lui semblait point avoir déjà ouï-dire qu'une noble damoiselle s'était montrée tant incongrue avant elle, l'une des raisons pour lesquelles les archivistes affirmaient que l'actuelle légataire du trône jouirait d'une place inusitée dans les mémoires du royaume. Un fait d'autant plus véridique qu'elle n'était, elle l'espérait, qu'aux prémisses de son histoire, à la préambule de son chapitre. Peut-être, justement, cherchait-on à lui faire clore la chronique de son irrévérence et des odyssées intrinsèques à celle-ci pour entamer la rédaction de sa dignité souveraine. Ce qu'elle avait mis tant d'années à édifier à travers ses escapades lui semblait insoluble, inconcevable à être adjoint à un passé révolu. Ses rencontres ne s'étaient point toutes soldées par la bonhomie d'un échange amicale, elle avait vécu nombre de péripéties saupoudrées de scélératesse et autres revers hostiles. Néanmoins, ces mésaventures lui avaient offert une perspective du monde qu'elle n'aurait jamais été apte à recevoir de la part de ses précepteurs, pas même par les épopées littéraires que recelait la bibliothèque du palais. D'autres auraient attesté qu'en dépit de ses frasques, la maturité de la jeune femme ne s'était pas accru, ce qu'elle estimait faux. Elle avait grandi à chaque contact de la plèbe, encore en cette nuitée, elle apprenait – peut-être à tort – qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences, ni même aux premières impressions. Plus sa réflexion fluait dans les méandres de son esprit, plus la satisfaction l'étreignait de savoir Galahad en sa compagnie. En s'incommodant ainsi de sa piètre présence, il témoignait d'une considération jusqu'alors insoupçonnée et qui, elle ne le désavouait pas, la flattait. Elle en venait à se sentir nigaude de l'avoir trompé lors de leur expédition à Tuamarbh quand bien même il ne lui était plus plausible de lui faire profiter du butin qu'était l'artefact, ce dernier se trouvant à présent sujet d'expertise pour les sorciers qui peuplaient la demeure de Coróin. Revenir sur cet incident aurait été fort inopportun alors que l'heure était à la pochardise, par ailleurs, elle était enchantée de constater le ravissement sur la physionomie de son ami qui se hasarda à une boutade, pour une fois, innocente. Un rire s'échappa des lippes de la nymphette qui, encouragée, goûta leur breuvage dans une grande lampée. Comme ce fut le cas la première fois qu'elle s'était essayée à l'exercice, elle grimaça sensiblement puis eut une frêle quinte de toux alors que la liqueur en flânerie dans son tube digestif. Si la réaction était moins éloquente que la fois à Dinas Uchel dû à la meilleure saveur de la boisson, elle n'en demeurait pas moins peu habituée à la chose.

    La sylphide se pourlécha les lèvres tout en prêtant l'oreille aux dires de son acolyte, opinant positivement du chef quant à la contingence de sa première muflée. Elle avait d'ores et déjà senti ses pommettes embrasées d'une chaleur éthylique à la suite de quelques expériences, sans jamais enfreindre les lisières de la raison, une retenue qu'elle délaissait pour ce soir.


    « Je n'ai pas l'intention de me reconvertir en tavernière, tant pis si le troc n'est pas impartial. » Dit-elle en haussant les épaules, avant de lui sourire. « C'est tout naturel, je te devais bien ça. »

    Et elle était authentique dans sa tirade, elle n'avait que trop souvent été l'origine de mésaventures pour ne pas lui permettre d'enivrer à ses frais. Le risque qu'il ne l'interroge sur l'acquisition du bijou était réel, sans qu'elle n'ait improvisé une quelconque allégation digne de ce nom. Pourtant, il lui semblait que les hypothétiques soupçons du forgeron n'étaient que subsidiaires aux affres dont elle n'avait rien omis en dépit d'un certain allant retrouvé. Elle voulait lui être autant agréable que possible, ne pas ignorer les effort qu'il déployait pour également lui plaire. Si la jeune femme était d'une nature méfiante et pas dupe pour un pécule, il lui arrivait de se laisser imprégner par ses bons sentiments lorsqu'elle voyait une recrudescence de faiblesse poindre. La matoiserie de l'éphèbe l'enchevêtrait dans son piège de mystification, et depuis la première fois depuis qu'ils eurent échangé une parole, Izhelindë commençait à prêter foi à une fallacieuse sincérité. La patience était mère de vertus, unifiée à une vaudeville parfaitement concrétisée qui n'était pas une emphase de flagornerie. Galahad avait savamment su deviner les attentes de la princesse et – malgré quelques anicroches – s'y était juxtaposé. Le sous-estimer n'était que pure vésanie, une vérité que l'on ne comprenait que bien trop tard car déjà, le bougre était passé à l'action. Des machinations qui n'étaient pas sans rappeler toutes ces tractations seigneuriales qui proliféraient à la Cour, si ce n'était que le forgeron, lui, pouvait prétendre au désintérêt. Un jeu d'intellect dont l'héritière du trône n'avait inéluctablement pas conscience, encore trop ingénue pour subodorer la corruption du genre humain partout où elle se trouvait. Car loin de ces éventualités de turpitude, elle s'amusait de la légèreté d'esprit de son compagnon de soirée qui parvenait sans mal à la délasser. Elle se prêta plusieurs fois à faire risette, sans perdre une seconde à relever le défi lancé avec toute cette hardiesse que ses vieux parents déploraient tant.

    « Sept ? Tsss... Galahad. Le premier qui ne peut plus avaler une goutte sera le perdant, voilà tout. » Imposa t-elle d'un air hâbleur, avant de reprendre avec une malice perceptible. « Le gagnant décidera du gage, je suis certaine que l'alcool sera une grande source d'inspiration. »

    Une nitescence de défiance se logea au coeur de ses prunelles azurées mais toujours soulignées de macules noirâtres, preuves de son antérieur émoi. Elle savait pertinemment que son ami, tout comme elle, ne parviendrait à opposer une résistance à ce genre de bravade. Une explication somme toute sagace quant à leur connivence, comme deux enfants emprunts d'une telle frivolité qu'ils ne cessaient de donner suite aux provocations de l'autre dans un cercle vicieusement infini. Ils se ressemblaient inexorablement plus qu'ils ne l'auraient souhaité et convergeaient dans leur vision fantasque de l'univers. Ainsi, si la jouvencelle n'avait point manqué d'adhérer à sa proposition, elle était intimement convaincue qu'il en ferait de même. Une démence qui serait d'un fort prix pour le binôme qui s'engageait dans une voie étriquée dont seule Eydis connaissait l'issue. Si la belle était particulièrement impudente, elle était au fait des chances de victoire qui étaient siennes : quasiment fictives. Néanmoins, elle voulut donner le ton à son rival. Après une mimique emprunte d'espièglerie, elle lampa le reste de sa chope pour en ingurgiter la totalité. Une fois cela fait, elle secoua vivement la tête pour expatrier la forte saveur de ses papilles, puis frappa la table de son frêle poing.

    « Serveuse ! Une autre ! » Une imitation de l'ivrogne prosaïque qui ne ressemblait absolument pas à Izhi, et pour cause, elle avait agi avec une emphase volontaire. Son rire cristallin éclata alors qu'elle haussa les épaules, derechef, en se justifiant. « J'ai toujours rêvé de dire ça. »

    Ce constat raviva son hilarité, sa main alla masser sa nuque dans un élan d'embarras alors qu'elle se mordit la lippe inférieure. Les yeux rivés sur une macule imbibée dans le bois corrodé de la table, son sourire fut en décrue, replongeant malgré elle dans les réminiscences de cette matinée. Ce qu'elle avait vécu lui semblait chimérique, comme si elle n'eut fait que fabuler ces fiançailles et le conciliabule familial où elle avait rencontré celui qu'elle épouserait. Avec l'office de ce désenchantement, l'incisive incertitude sur la bonne santé de son aimé parti en guerre. Dreann lui manquait plus qu'elle n'aurait pu l'exprimer, elle n'avait que trop peu profité de sa présence depuis qu'ils s'étaient découvert leur ferveur réciproque. Cette pensée la rendit morose, un long soupir s'extirpa de ses lèvres alors qu'elle observait vainement sa chopine vide. Les yeux plissés, visiblement troublée, elle entama timidement quelques confessions sans pour autant préciser la véritable nature du sujet.

    « Je suis fatiguée de la vie citadine... J'aimerais... Je ne sais pas, m'exiler dans les Iles Pirates pour ne plus jamais revenir ! Là-bas, mon père ne me retrouverait pas, au moins... » Elle contracta les commissures de ses lippes puis releva ses mirettes sur son vis-à-vis. « Je ne t'ai jamais posé la question... Où elle est, ta famille à toi ? »

    Izhelindë s'intéressait sincèrement à l'adonis, elle désirait apprendre à le connaître plus que par la superficialité. Peut-être refuserait-il de répondre, dans tous les cas, au moins aurait-elle essayé.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 13 Mai 2012, 20:24

     Elle ne lui devait rien, mais Galahad n'allait certainement pas s'amuser à lui dire quelque chose d'aussi idiot. C'était justement son but, que la demoiselle se sente débitrice et qu'elle considère qu'elle devait lui rendre tout ce qu'il avait fait pour elle. Qui sait, peut-être que la belle princesse lui offrirait un jour une évolution plus intéressante que les Héritiers ? L'idée avait effleuré son esprit calculateur lorsqu'il avait compris pour la première fois que cette jeune Izhi n'était nulle autre que la princesse et future reine de Lanriel. Si une personne avec un tel pouvoir n'avait rien à lui proposer, il pourrait alors considérer que les humains n'étaient pas capables de l'aider à progresser, il ne resterait que les sorciers et autres personnages originaux. Le forgeron n'était pas idiot, il savait bien qu'il ne pouvait espérer atteindre le but qu'il s'était fixé en restant à la botte de Tanith et des siens, ils considéraient les Singuliers comme des moins que rien et lui ne ferait pas exception. Restait à voir ce que l'avenir lui réserverait, le jeune homme tenait simplement à avoir une porte de sortie si jamais les choses évoluaient différemment de ce qu'il avait escompté. Il n'était guère envisageable qu'il retombe dans la misère qu'il avait fuit en quittant son village natal. Un regard vers Izhi alors qu'il restait silencieux. C'était pour s'assurer de ne pas finir comme de la chair à canon qu'il devait supporter de voir son égo malmené par cette jolie créature. Ce n'était pas comme si endurer sa présence était un calvaire quasi permanent, elle avait ses bons moments et s'il devait passer outre quelques humiliations, ma foi.... Elle était la future dirigeante de Lanriel. Voilà tout. La sincérité n'entrait pas dans son mode de fonctionnement. Il n'avait jamais été déçu, blessé par un proche qui l'aurait trahi non, rien d'aussi triste et pitoyable. Il était simplement comme cela, certaines personnes naissaient profondément bonnes, d'autres pas. Galahad ne pouvait même pas se targuer d'être un être dangereux, il n'avait pas la moindre chance face à une folle comme la sorcière de marais. Il n'était qu'un homme parmi les autres qui avait décidé de se démarquer différemment de la majorité des hommes. Le forgeron n'était pas taillé pour l'héroïsme, il choisissait la facilité. Il était tellement plus aisé d'ignorer les demandes d'aide que d'y répondre.

     La voix légère de la demoiselle le tira de ses pensées alors qu'il se rendait compte qu'il la dévisageait depuis quelques secondes. Un léger sourire en mimétisme inconscient à celui qui s'était dessiné sur les lèvres pleines de la princesse. Elle l'amusait dans le moment présent, pour la première fois depuis longtemps, il se disait qu'il n'aurait pas besoin de se forcer pour être aimable. Pas trop du moins. Sauf si la demoiselle touchait une zone sensible. Son amusement se mua en un air moqueur comme s'il allait lui dire quelque chose d'hostile, mais cette fois-ci encore, le forgeron troqua ses remarques blessantes pour la railler avec légèreté.

     ▬ Le premier qui ne peut plus ? Je voulais te laisser une chance, mais si tu veux perdre ma foi.... Il la regardait dans les yeux et continua. Tu crois vraiment que tu as la moindre chance de me battre à ce petit jeu ? Certes, il n'était pas bâti comme un colosse et son corps supportait moins d'alcool qu'un géant, mais face à une princesse qui ne devait pas boire souvent, il espérait avoir ses chances tout de même. Mais soit, le gagnant décide du gage, j'espère que tu n'as pas froid aux yeux Izhi ! »

     S'il gagnait - et il n'avait pas le moindre doute à ce sujet - Galahad était bien décidé à l'embêter un peu. Malgré tout, le jeune homme n'oublierait pas sa décision concernant la teneur de ses boutades et ne mettrait pas les bonnes manières de la demoiselle à l'épreuve. Le point positif étant que la princesse n'avait guère à craindre une demande osée de la part de son ami, la seule fois où il s'était aventuré sur ce terrain avait été lors de leur dernière rencontre et la belle se doutait certainement qu'il l'avait fait dans l'unique but de mettre ce Dreann dans un état de trouble. Il ne profiterait pas de la situation, du moins pas dans le sens que l'on donnait à ce genre de phrase lorsque la scène concernait un homme et une femme. Izhi commençait à bien connaître son compagnon de beuverie, elle avait visé juste en suggérant de décider du gage à la fin, l'offre était trop tentante pour la repousser. À force de la fréquenter, il en dévoilait peut-être un peu trop à son goût.

     Lorsque la belle frappa la table de son poing en interpellant la serveuse, elle provoqua quelques regards des autres clients qui se désintéressèrent rapidement de ce couple pour se concentrer à nouveau sur leurs boissons. Galahad resta tout d'abord muet alors qu'elle avançait le fait d'avoir rêvé de cela toute sa vie, il songea qu'elle avait des souhaits bien étranges. D'un point de vue de roturier, il aurait dit qu'il avait toujours rêvé de se trouver à sa place, celle d'une personne de la famille royale, mais au final il se rendait compte que de son côté, la belle devait avoir des rêves très proches de l'existence que lui-même menait. À croire que personne n'était jamais satisfait de sa naissance et qu'il fallait toujours vouloir autre chose. Il ne remarqua pas immédiatement que le silence de son amie signifiait qu'elle retombait dans ses pensées sombres et il reprit la parole après avoir bu le reste de sa choppe, son regard perdu sur les clients qu'il fixait sans vraiment les voir.

     ▬ On ne t'as jamais dit que tu avais de drôles de rêves pour une jolie fille ? »

     Le compliment n'en était pas vraiment un. Il ne faisait que dire ce qui était et si quelqu'un avait pu déclarer sans mentir que la jeune femme n'était pas de toute beauté, Galahad se serait posé des questions sur la santé mentale de cette personne. Il lui disait cela comme il aurait dit qu'elle avait les yeux bleus ou une voix cristalline, parce que c'était la pure vérité. Le soupire de sa compagne attira l'attention du forgeron sur elle, il la regarda en haussant légèrement les sourcils, puis elle se lança dans le moment des confessions. Les premiers mots qu'elle prononça étonnèrent le jeune homme, même s'il n'en manifesta évidemment rien. Être lassé de la vie citadine, faisait-elle référence à la vie dans cette ville ou celle au palais ? Il avait du mal à envisager que ce soit la seconde possibilité et si tel était le cas, le forgeron lui aurait bien proposé d'aller vivre dans le taudis où il avait vécu pendant son enfance. À n'en pas douter, elle aurait rapidement changé d'avis et aurait regagné le luxe de sa demeure avec la plus grande joie. Il se croyait hors de danger, mais une fois de plus Izhi démontra sa capacité à le désarçonner sans problèmes. Le Singulier fut surpris et déstabilisé qu'elle interroge soudain sur sa famille, il n'y pensait plus depuis longtemps, si ce n'était pour se conforter dans l'idée que les abandonner avait été le meilleur choix de sa vie. Le fait qu'il ne se soit pas préparé à pareille « attaque » l'empêcha d'adopter une attitude neutre et son visage se ferma aussitôt alors qu'il détournait les yeux aussi vivement que si la belle venait de le gifler.

     ▬ Nulle part. Le ton avait été sec, plus qu'il ne l'aurait souhaité. Je n'ai plus de famille. La manière dont il présentait les choses ne laissait pas la moindre possibilité de réponse. Malgré tout, le jeune homme se rendit compte qu'il avait certainement répliqué trop méchamment à son amie et essaya de distiller un peu de gentillesse pour rattraper le coup. Je n'ai pas envie d'en parler. »

     Il ne lui mentait pas vraiment, il y avait assez peu de chances pour que son père et ses frères acceptent de le voir revenir chez lui si un jour il en prenait la décision. Ses sœurs et sa mère, ce serait une autre affaire, mais il n'était plus le bienvenu chez lui et par conséquent, le jeune homme trouvait normal de ne plus les considérer comme « sa famille ». Si Izhi comprenait qu'ils étaient morts, au moins cela aurait l'avantage qu'elle ne s'aventurerait plus sur ce terrain ? Il était rare que les gens osent parler des morts, ils étaient tellement tristes de les perdre. Si pitoyables et si prévisible. Le Singulier brisa alors le silence gênant qui s'était installé en essayant d'adopter à nouveau une expression plus enjouée, bien que le fait de ne pas avoir vu venir la question l'agaçait grandement. D'un ton plus calme, le jeune homme s'adressa à Izhi, bien qu'il ne reposa pas encore ses yeux dans ceux de son interlocutrice.

     ▬ Tu sais, si tu en as assez d'être ici, rien ne t'empêche de partir. Tu as un cheval, tu as des bagues ou des bijoux à échanger contre des affaires, qu'est-ce qu'il te retient ici ? Il esquissa un léger sourire en risquant un regard dans sa direction. Tu peux avouer que c'est moi, je te comprendrais j'ai un tel charme, difficile de me résister. Il était arrogant et aurait très bien pu le penser, sauf qu'il se doutait qu'un simple forgeron ne resterait qu'un forgeron aux yeux d'une princesse, c'était donc une boutade destinée à faire oublier son éclat précédent. Moi en tous les cas, c'est ce que je ferais à ta place. Tu montes sur ton cheval, puis tu t'en vas sans but précis et tu vois ce que la vie te réserve. Si tu ne sais pas quoi faire, c'est la meilleure solution crois-moi. Ça ne pourra pas être pire que maintenant de toute manière. »

     Elle pouvait le croire en effet, après tout, n'avait-il pas fait la même chose en quittant son domicile ? C'était une solution à beaucoup de choses, fuir au lieu d'affronter la réalité. Encore une raison qui expliquait qu'il n'était pas un héros ou un véritable méchant, mais un simple opportuniste. La serveuse arriva alors, coupant la conversation juste au bon moment, puis après avoir rempli une fois de plus les deux choppes, s'éloigna d'un pas chaloupé. Il prit la décision de boire une bonne rasade avant de reprendre la parole.

     ▬ Si tu veux, je connais quelques personnes avec qui tu pourrais t'éloigner de la ville. Je t'aurais bien proposé de t'accompagner, mais on sait tous les deux que tu n'as pas besoin de moi pour protéger tes fesses et qu'il vaudrait mieux éviter de repartir à l'aventure en tête-à-tête. Il faisait référence au fait que leur dernière sortie avait un peu compliqué leur « relation », mais il ne lui en voulait plus, en apparence du moins. Dans les faits, c'était autre chose. Tu ne connais personne qui pourrait t'aider ? Une fille aussi sociable que toi doit bien avoir plein de contacts non ? Même moi je connais des gens alors toi.... »

     Elle était clairement plus sociable que lui en effet, mais peut-être qu'elle ne souhaitait simplement pas s'éloigner de chez elle ? Entre souhaiter quelque chose et faire tout son possible pour le faire, il y avait un gouffre que beaucoup n'étaient pas prêts à traverser. D'un côté, il la comprenait, elle avait beaucoup à perdre. Puis dans son intérêt, mieux valait qu'Izhi ne s'éloigne pas du palais, il avait besoin d'une future reine comme bouée de sauvetage et non d'une héritière en fuite.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mar 15 Mai 2012, 17:53

    De drôles de rêves pour une jolie fille. D'irrévérencieux souhaits pour une princesse. D'inopportunes envies pour une dame. Les adjectifs ne manquaient guère pour qualifier sa singularité et ses incartades, chaque classe sociale avait son opinion la concernant et elle n'était pas mécontent de ne pas les avoir toutes ouïes. Si Izhelindë ne s'en tenait qu'à son propre jugement, les monticules d'objurgations et d'injures douceâtres s'amoncelaient graduellement en elle jusqu'à atteindre l'apogée de l'exaspération. Les chétives aigreurs quotidiennes, bien qu'impressionnantes, n'étaient que futilités en comparaison à ce qui s'était orchestré au sein du palais aujourd'hui. La jeune femme n'était pas même certaine d'avoir déjà été animée par une telle furia auparavant, et pire encore, elle savait pertinemment que tout ceci n'était que l'aurore d'une vie emplie de nouvelles besognes, coercitions et contrariétés en tout genre. Elle n'avait certes point eu le temps de prendre connaissance des intentions et intérêts de son promis, mais elle était dogmatiquement convaincue que son père l'avait choisi à sa propre image : zélé et auréolé d'une indicible superbe, bien que certainement plus irréfragable. Elle avait le présentiment que les choses allaient devenir alambiquées et conflictuelles, à juste titre, puisqu'elle se jurait de ne pas octroyer de sinécure au pauvre dragonnier qui partagerait son fardeau royal. Le désenchantement et son mal sentimental l'empêchait de percevoir l'intégrité du souverain, qui n'avait pourtant d'yeux que pour la plénitude de son héritière. Si au fond, elle le savait plus que quiconque, elle ne pouvait se l'admettre alors qu'il venait d'écorcher cette dite plénitude qu'elle vivait en secret depuis quelques temps. Là était le coeur du conflit, dans tous les sens du terme, qu'elle ne pouvait pourtant exprimer au risque de les condamner tous deux, des amants qui se complaisaient dans la clandestinité de leurs rôles. Néanmoins, leur liaison prenait désormais tout son sens avec l'officialité de ses fiançailles et donc, son appartenance à un quidam autre que Dreann. La vésanie de l'amour contre l'honneur de la famille, une oeuvre typique de dramaturge qu'elle répugnait à voir prendre forme. Elle en venait à se demander si elle était l'unique dans Lanriel à subir de tels déplaisirs, une question à laquelle elle était partie chercher réponse chez son camarade de soirée. Cependant, il n'eut point la réaction qu'elle eut escomptée, il sembla même désarçonné par le sujet abordé. Avait-elle fait une bévue ? Cela semblait être le cas lorsqu'elle vit Galahad se renfrogner et la remettre à sa place sans guère de subtilité. Stupéfaite, navrée, la dryade miroita sa culpabilité en redressant les épaules, tête basse, sans savoir que dire si ce ne fut un :

    « Désolée... »

    A peine susurré entre ses lippes charnues et mutines. Elle avait conscience que se hasarder sur ce genre d'intimité n'était pas toujours judicieux. Si la plupart des courtisans pouvaient encore se vanter avoir préservé les membres de leur patronyme, ce n'était point le cas de l'ensemble des indigents dont chaque jour n'était qu'une tribulation de survie. Le quotidien parmi la roture n'était qu'emprunte d'embûches dont elle n'avait pu faire le constat qu'une fois qu'elle put se fondre dans la masse, revêtir la cape d'une jeune femme de la peuplade. Presque un décade qu'elle délaissait fréquemment ses apparats de princesse, et pourtant, elle redécouvrait le monde comme si c'eut été sa première expérience à chacune de ses sorties. Apte à s'émerveiller d'un rien, de si peu, de tout ce qui différait avec l'opulence et les simagrées de la Cour. Elle appréciait tout autant les lorgnades désintéressées et non congestionnées de sa stature se poser sur elle, pour aussitôt faire fi de sa présence, de la valeur usuelle qu'elle semblait avoir à l'instar de n'importe quelle nymphe de la plèbe. La satisfaction plénière était un idéal, une utopie qui n'était pas immanente au genre humain. Galahad était prêt à la damnation pour atteindre un semblant de gloriole, à contrario, Izhelindë aurait pu abroger la noblesse de son sang-bleu pour mener une vie quiète, loin de toute obligation et notoriété surfaite. Leurs moeurs étaient trop disparates pour qu'ils puissent se comprendre et, visiblement, le passé du forgeron n'avait rien d'un mémorial féerique. C'était du moins ce qu'elle subodorait face à cette franche rebuffade, qui fut aussitôt omise pour mieux reprendre leur conversation. Les paroles de l'éphèbe étaient somme toute cohérentes, quiconque avec une once de sagacité aurait inéluctablement tenu le même discours. Là où la complexité résidait était, évidemment, son rang royal, dont personne ici n'avait connaissance. Elle lui accorda un succinct ricanement lorsqu'il se fit l'objet de son fantasme, avant de se laisser submerger par ses propos. Confuse, contristé, elle fureta la table de ses yeux cernés.

    « Si, bien sûr... Je connais pas mal de personnes à travers le pays qui pourraient aisément m'accueillir, là n'est pas le problème. » Elle soupira, cherchant ses mots. « Ce n'est pas que je ne veux pas... Je ne peux pas... Enfin... C'est un choix à faire. Lourd de conséquences pour... Beaucoup de monde. Oui, au final, ce n'est qu'une question de choix... Car nous avons tous le choix... » Ses mirettes se redressèrent lentement sur son ami. « … Pas vrai ? »

    Elle partit en quête d'approbation et de réconfort au plus abyssal point du regard du jeune homme. Les tirades de la naïade étaient décousues, insensées et à la prononciation tremblotante. Contrairement à l'accoutumé, elle n'était sciemment pas certaine de ce qu'elle avançait, même égarée dans la direction de sa réflexion, plus rien ne lui semblait discursif. Avait-elle réellement le choix, comme elle venait de le certifier ? Pourvue d'une destinée telle que la sienne, pouvait-on vraiment s'y dérober ? Elle avait tant à perdre, et quel que serait le sentier qu'elle déciderait de suivre, elle savait qu'une part d'elle-même agoniserait. Si seulement leurs sentiments avaient été avoués naguère, à l'époque où une alliance matrimoniale avec les Aronwë eut été encore plausible. Aujourd'hui, toutes les conditions convergeaient en un sens inverse à leur bonheur, quels fous avaient-ils été de se vouer l'un à l'autre. Il l'avait pourtant prévenue, cette nuitée où il avait encensé ses lèvres comme aucun homme auparavant. Elle avait intentionnellement ignoré la préface de leur histoire pour en dévorer les chapitres sans patience, sans prudence. A présent, outre son amour meurtri, brûlait la crainte que son aimé ne la rejette pour mieux s'épargner des déboires à venir. Cette éventualité la fit frémir d'infamie et, derechef, ses prunelles d'azur céleste se baissèrent avec opprobre. Elle doutait que l'indigent soit le meilleur interlocuteur pour confesser les affres qui la tiraillaient, elle le jugeait bien trop éloigné de ces astreintes familiales pour faire preuve de commisération. Malgré cette accablante vérité, elle ressentait le besoin de lui en faire part, de noyer sa peine tant dans le nectar éthylique que dans les confidences.

    « Je savais que ce jour viendrait, je suis l'aînée et mes parents ainsi que... D'autres... Placent beaucoup d'espoir en moi. Je n'ai fait que m'offrir des illusions de liberté en espérant échapper à... Tout ça. » Elle gratta nerveusement le bois de ses ongles. « Que mon père ne me livre à un époux, c'était inéluctable... Je pensais simplement... Ne pas être qu'un gage de bonne alliance, à céder au meilleur parti. Je sais que je prends de l'âge et que je devrais déjà être mariée depuis longtemps, selon les bonnes moeurs. Je ne voulais juste pas que ça se fasse... Comme ça... Maintenant... » Elle se pinça les lippes, le chagrin montant jusqu'à submerger ses calots. « Si seulement j'avais pu naître homme... »

    Réponse sempiternelle, une fatalité qu'elle déplorait plus que tout, intimement persuadée que son existence aurait eu une toute autre saveur si elle s'était conjuguée au masculin. Elle enviait Lucius, la position de son frère et tous les droits dont il jouissait. Cependant, jamais elle n'aurait pu l'affubler de ce poids qui lui ankylosait les épaules, celui du trône de Lanriel. Elle n'avait jamais adhéré à une passation de legs quand bien même cela aurait été une solution parmi d'autres. Elle voulait épargner son petit prince quitte à en endurer elle-même les conséquences, ce qui était présentement le cas. Ses aïeux étaient également passés par la même épreuve, ceci bien qu'elle ait toujours eu un exemple de piété mutuelle en ce qui concernait Octavia et Arsenios. Son plus grand souhait n'avait toujours été que plagier leur concorde conjugale, ce qu'elle n'avait guère plus espoir de faire. Ce poignant constat lui fit égarer une perle lacrymale qu'elle chassa immédiatement, pour plonger à corps perdu dans le délice de sa chopine. Avec un aplomb des plus outrageants, elle se mit à déglutir gorgeon par gorgeon, trop preste dans son geste pour empêcher quelques fuites de fluer aux commissures de ses lèvres. Le breuvage coula jusqu'à sa poitrine pour en imbiber son vêtement, ce dont elle ne se préoccupa nullement. Une fois parvenue au bout de sa boisson, elle reposa la chope et essuya son visage d'un ample revers de l'avant-bras. Mais elle ne s'arrêta point là pour autant, prise dans son élan, elle débarrassa Galahad de son verre d'une façon similaire, d'une traite. Ce ne fut qu'alors qu'elle tenta de reprendre sa respiration, puis déposa son front sur la table en illustrant ses paroles d'un geste de la main.

    « Je te laisse commander la suite... » Elle eut une soudaine éructation. « … Désolée... »

    A une année lumière de son éducation princière, la jeune femme s'enfonçait dans les méandres du burlesque, et Eydis savait que ses pauvres parents et l'ensemble des courtisans auraient passé l'arme à gauche s'ils avaient été témoin de son comportement. Contrairement aux croyances populaires, les princesses aussi pouvaient faire preuve d'autant de bassesse que n'importe quel indigent. Après tout, elles restaient humaines. Et le forgeron ne serait pas désappointé du spectacle.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Jeu 17 Mai 2012, 15:35

     La remarque brutale qu'il avait eue pour changer de sujet avait fait son petit effet. Galahad était tout simplement enchanté de constater que cela avait fonctionné aussi bien, pour être sincère il avait craint qu'elle ne soit un peu trop pompette - même après seulement un petit verre - pour avoir le tact de ne pas relever. Cela aurait été bien ironique, pour la première fois depuis leur rencontre, le côté précieux de son éducation lui avait été utile, si elle n'en avait pas fait usage, il se sentit bien stupide. Au moins sa boutade sur le fait que la belle ne pourrait pas se passer de lui avait rattrapé la situation, il lui avait tendu la perche pour qu'elle le repousse, persuadé qu'elle allait le remettre à sa place afin de lui faire comprendre qu'il n'était pas ce qu'il imaginait. Mais ce n'est pas ce qu'elle fit pourtant. Visiblement ce que le forgeron avait avancé pour le comportement qu'elle pouvait adopter, avait été plus intéressant que ses boutades sans intérêt. Il la regarda en coin comme elle restait silencieuse quelques instants avant de répondre positivement. Du moins en partie. Apparemment la princesse connaissait des personnes capables de l'aider dans sa fuite, elle avait les moyens, mais elle ne pouvait pas. Entre pouvoir et vouloir il n'y avait qu'un écart très minime. Est-ce qu'elle n'avait pas plutôt peur de vouloir quelque chose de tel et se persuadait elle-même qu'elle n'en avait pas le droit ? Il était tellement plus simple que les autres nous interdisent ce que nous aurions envie de faire sans oser le réaliser. Galahad croisa son regard alors qu'elle semblait quêter quelque chose chez lui, il se contenta pourtant de hausser les épaules d'un air indifférent.

     ▬ J'imagine que si. »

     Pourtant son ton indiquait clairement qu'il n'était pas en accord avec le fait qu'elle ne pouvait pas agir de la sorte. Entre des paroles et des gestes il y avait de grosses différences, la princesse n'était pas sotte et remarquerait que son compagnon de beuverie répondait ce qu'elle voulait entendre. C'était juste pour la laisser s'épancher complètement, il profiterait ensuite de ce qu'elle lui dirait afin de reprendre le dessus en dispensant des conseils qui n'étaient pas forcément bons pour une demoiselle en pleine hésitation. Un peu comme le petit diable assit sur l'épaule, il aimait beaucoup glisser des idées totalement folles dans l'esprit de ses compagnons. Pensait-il aux conséquences ? Oh, oui, totalement, c'était même la seule chose qui l'intéressait : ce qu'il allait devenir une fois qu'Izhi pourrait avoir disparue de Cathairfál.

     La jeune femme reprit la parole, expliquant au forgeron qu'elle était l'aînée et que beaucoup de personnes comptaient sur elle. C'était certain, tout Lanriel comptait sur son mariage et son règne pour que les choses se passent bien, voir même mieux. Mais pour le moment il devait la persuader d'être un peu égoïste, ainsi donc pourrait-elle éventuellement penser moins « altruiste » la prochaine fois qu'ils se retrouveraient tous les deux. Il saurait tirer parti de cette nouvelle personnalité, Galahad n'en doutait pas une seule seconde. Mais parviendrait-il seulement à la pousser dans la direction qui lui plaisait ? Seul Mynkor le savait. Au final, la belle conclut avec une phrase plutôt surprenante, mais qu'il pouvait comprendre. Si elle avait été homme, les choses auraient été plus simples pour elle en effet, mais les femmes possédaient aussi beaucoup d'avantages que les hommes ne pouvaient connaître. Seulement, l'esprit bienveillant de la belle pouvait-il les entrevoir ? Coupant court aux pensées du forgeron, la princesse se transforma en une espèce de soularde qui enfila sa choppe, puis vida le reste de celle de son compagnon qui la dévisageait d'un air où se partageaient l'amusement et une légère surprise. Elle avait l'air réellement chamboulée par ce stupide mariage apparemment. Chose qu'il ne comprenait pas, mais il n'était pas à sa place et l'union avec une autre personne était loin d'être à l'ordre du jour pour Galahad. Après qu'elle se soit affalée sur la table en imitant à la perfection le frère aîné du Singulier qui finissait toujours les soirées à la taverne de cette manière, l'Héritier rigola légèrement.

     ▬ Pas la peine de t'excuser, tu n'es pas une princesse et je ne suis pas de la cour, si tu savais dans quel état tu seras à la fin de soirée, tu t'excuserais d'avance. »

     Il était vrai que certains avaient de drôles de têtes après une soirée passée à boire tout ce qui passait à leur portée. Au moins pourrait-il la voir dans la pire situation possible ma foi. Galahad avait volontairement glissé le titre de la belle dans sa phrase, il voulait pouvoir exploiter cet avantage pour éventuellement la pousser dans ses retranchements et obtenir une petite confession de sa part. Pas forcément qu'elle soit une princesse, mais qu'elle lui fasse savoir qu'elle n'était pas que la petite paysanne du coin. Au fond, il était étrange qu'il ne s'en doute pas, mais au moins Izhi le prendrait-elle pour un idiot et cela lui offrirait un avantage certain pour la suite. Il était rare que l'on se méfie de personnes sottes, en général on parlait sans ambages devant eux tout simplement parce qu'elles étaient trop crétines pour comprendre la teneur des discussions. Galahad avait fait signe à la serveuse et il suffit qu'elle regarde l'état de Izhi pour comprendre ce qu'ils voulaient. Elle s'éloigna donc de son déhanché exagéré alors qu'il se désintéressait d'elle pour porter toute son attention sur la princesse.

     ▬ Tu sais ce que je crois ? Je pense surtout que ça t'arrange au final d'avoir autant d'obligations. Il se tourna légèrement vers elle bien que la demoiselle ne le regardait pas. Si tu avais le choix, je suis persuadé que tu n'oserais pas franchir le pas et que tu resterais sagement chez toi à attendre ton futur mari. Galahad se pencha un peu en avant de manière à s'approcher encore de la belle. C'est tellement plus simple de dire que tu ne peux pas faire ce que tu veux parce que tu as des obligations, ça t'évite de voir qu'au final, tu en as tout simplement peur. En fait, tu n'es pas si casse-cou que cela, c'était simplement pour braver un peu l'autorité paternelle, mais maintenant que tu peux réellement t'émanciper, tu recules devant l'obstacle. »

     Il ne pensait absolument pas ce qu'il disait. Izhi était une femme rebelle et sauvage qui faisait ce qu'elle souhaitait dès qu'elle le voulait, mais Galahad voulait la pousser en la raillant, lui donner l'envie de lui prouver le contraire. Si elle s'énervait, il y avait fort à parier que la princesse souhaiterait lui démontrer qu'il se trompait complètement et il aurait gagné sur toute la ligne : elle le prendrait pour un idiot, croirait avoir gagné et surtout, ferait ce qu'il attendait d'elle. Seulement, se laisserait-elle manipuler ? Il avait de gros doutes à ce sujet, elle avait l'air particulièrement fragile et par conséquent, il était en droit de se dire que tout pouvait tomber comme un château de carte en pleine tempête. Le forgeron misa le tout pour le tout, Izhi avait l'air d'avoir besoin d'être rassurée, soutenue ou toutes les fadaises de ce genre. Il leva sa main libre et la passa brièvement dans le dos de la jeune femme comme s'il lui offrait un geste de réconfort. Ce n'était pas gagné, mais mieux valait jouer toutes ses cartes.

     ▬ Que tu sois une fille ne change pas grand-chose, sauf que tu peux charmer les hommes et les manipuler. Ils sont tous tellement sensibles au charme des jolies donzelles. Il ne se comptait pas dans le lot. Je ne vois pas en quoi le mariage te pose problème. Tu peux te contenter de faire ton devoir puisque ça a l'air tellement important pour toi, mais rien ni personne ne t'oblige à être sincère. Pourquoi refuserais-tu de gagner une bonne situation avec plus de pouvoir ? Tu peux accepter et faire croire à ton promis que tu es sincère avec lui, mais rien ne t'empêche d'aller chercher du réconfort ailleurs. Galahad soupira légèrement en reprenant sa place initiale alors que la serveuse arrivait à nouveau avec de quoi boire. Elle s'éloigna finalement et il reprit. Mis à part que tu sois entichée d'un autre, je ne vois pas pour quelle raison tu refuserais un mariage. C'est juste un statut, pas besoin de sentiments. Elle allait peut-être être choquée par ces paroles, mais il devait tout risquer. Poussant la choppe de Izhi devant elle, il l'invita à boire. Bois donc, tu verras ça ira mieux. »

     Enfin, quelques instants, puis elle se réveillerait avec une gueule de bois et tout irait encore plus mal. Mais ce n'était pas important, seul le moment présent comptait. Afin de l'encourager, il exécuta lui-même ce qu'il venait de lui conseiller. Après tout, lui aussi avait besoin d'un petit remontant, jouer les conseillers ce n'était vraiment pas sa tasse de thé. Ce qu'il n'était pas prêt à faire pour obtenir ce qu'il voulait tout de même. Au moins ça, on pouvait le lui accorder : il n'était pas prêt à lâcher prise.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Sam 19 Mai 2012, 20:47

    La sylphide commençait lentement à omettre la raison de sa présence dans cette taverne désuète, car à vouloir trop s'enhardir, elle se fourvoyait sur ses capacités de résistance à la boisson. Ses accointances de la basse roture lui avaient toujours certifié que l'alcool était une panacée, un onguent à bien des maux qui à défaut d'entièrement les panser, en dulcifiait l'âcreté. Jusqu'alors, elle n'avait jamais compris l'intérêt ni le désir de d'avantage mystifier une réalité d'ores et déjà traitre et alambiquée. Elle ne rechignait certes jamais à la suavité d'un bon hypocras ou d'un zeste d'hydromel que l'on servait à la tablée royale, mais il s'agissait d'une minime dégustation destinée à imprégner les papilles plus qu'à troubler les sens. Nobles et indigents étaient opposés par tout ou presque, et ce n'eut certainement pas été au palais que la princesse se serait comportée de la sorte. Plus qu'une question de dignité personnelle, il y avait tout le symbolisme de son rang et l'honneur patronymique, tâches auxquelles elle se dérobait bien trop souvent aux yeux du couple souverain et de l'ensemble de la court. Galahad ne pensait pas si bien dire en évoquant inopinément une vérité dont elle tentait de faire fi en cette nuitée. Seulement, même le forgeron semblait décidé à ne poins l'épargner de ce titre qui lui collait au séant et qui, discrètement, la fit rire jaune. Elle qui ne s'était jamais désinhibée à grande pochardise, une lampée se supplantant à une autre sans que la kyrielle ne soit brisée de plus de quelques minutes, n'avait absolument aucune conception de ce qu'elle serait en fin de soirée. N'aurait-elle fait que s'assoupir d'ivresse à même le sol ? Aurait valsé nue sur le comptoir, comme le suggérait l'archétype même du cuitard ? Serait-elle enclin à se souvenir de quoi que ce soit ? Tant de détails auxquels elle n'avait pas songé, mais elle jugeait que l'éphèbe n'était pas exempt de responsabilités envers elle. Il était encore celui qui l'avait menée jusqu'ici et, même si ce n'était pas à prendre au pied de la lettre, lui avait mis la chope entre les mains. Une façon comme une autre de se déculpabiliser et de s'octroyer cette frasque sans crainte qu'une déconvenue ne lui arrive. Un culot que de remettre sa sûreté entre les mains du jeune homme sans même prendre part de son avis, qui lui permettrait cependant de jauger l'amitié qui les unifiait. En dépit de quelques fausses notes, il s'était essayé à la réconforter même à travers une étreinte en espérant faire varappe dans son estime : ce qui était le cas.

    L'adonis en question se mit à l'assommer de logorrhées, sans qu'elle ait souvenir qu'il se soit déjà montré tant loquace par le passé. Si elle n'avait pas été l'héritière de Lanriel et donc la première dame du pays après Octavia, sans doute lui aurait-elle donné mille fois raison. Tous ses futurs sujets étaient à prendre en compte, là demeurait toute la complexité de la chose, sa famille n'était pas l'unique barricade à sa volonté d'agir. Se serait-elle enfuie de la cité, au bras de son preux chevalier, si elle n'avait été la fille que d'un seigneur de second ordre ? Au moins, y aurait-elle songé plus que sérieusement. Sans l'opinion de son aimé, il lui semblait impossible d'entrevoir les échappatoires qui s'offraient à eux. Peut-être même, larmoyait-elle pour un homme qui avait déjà pris la résolution de ne pas précipiter ses sentiments à l'agonie, dans une idylle vouée à l'échec. Galahad remettait en cause beaucoup de points, ne faisait que lui ajouter encore plus d'interrogations dans un essaim prompt à déborder de sa boite crânienne. Si elle eut espéré qu'il l'aide à démêler le noeud de ses problèmes, son expectance s'écroulait avec le reste de sa contenance.


    « Tu parles comme eux... » Dit-elle sans relever la tête. Les mots étouffés par sa position, il était probable que le roturier n'ait point tout compris. Fort heureusement, elle se redressa, coudes sur la table et phalanges engouffrées dans sa crinière. « Je crois entendre ces nobliaux qui composent l'entourage de mon père, uniquement axés sur la rentabilité d'une confédération de ce type sans qu'il n'y ait besoin d'implication sentimentale. » Elle cria presque. « Y a t-il quelqu'un dans ce pays qui ne jure pas que par le pouvoir ?! »

    Les individus à proximité lorgnèrent le couple pour s'en désintéresser l'instant d'après. L'avantage de siéger dans une taverne où proliféraient les amateurs de griserie était que personne ne se préoccupait de son voisin lors d'éclats de ce genre. Izhelindë aurait pu s'insurger plus encore que nul ne lui en aurait tenir rancoeur, d'autant plus que sa question – qui n'en était pas réellement une - semblait résonner en dérision dans les esprits de la plèbe environnante. La donzelle elle-même ne s'attarda pas à ce qui se jouait autour d'elle, mais pour une toute autre raison que le désintérêt commun. Qui la connaissait – le forgeron ici présent en l'occurrence – ne pourrait que remarquer que le vent avait tourné, et pas seulement. Comme alourdie et désorientée par un corps astral qu'elle ne pouvait identifier, la naïade avait grand peine à se reconcentrer sur la conversation. Elle avait la sensation que la totalité de son flux sanguin se diriger vers son cerveau pour l'embrumer d'un voile étonnamment confortable. Alors que tout dans ses pensées n'était qu'amphigourique, elle était persuadée que tout était éloquent et que, de toute façon, la méchante du conte, ce n'était point elle. Accoler son front au bois maculé de substances sirupeuses n'avait sûrement pas été la meilleure des idées, particulièrement après avoir manqué de se noyer dans des chopines de spiritueux. Les méfaits de l'alcool commençaient à engourdir ses sens et à s'encrer sur ses pommettes en deux magnifiques érythèmes. Et comme si tout ceci n'était point suffisant, elle suivit le conseil de son compagnon en saisissant son verre comme si c'eut été un chaudron du plus rare des philtres. Néanmoins, elle se fit plus raisonnable en ne savourant qu'un seul gorgeon, avant de reprendre la parole avec une articulation des termes moins fluide qu'à l'accoutumée.

    « De l'injustice ! Que cet homme soit quelqu'un d'important, je m'en fiche, je veux pouvoir choisir celui que j'épouserai, et... » Cédant finalement à la tentation, elle reprit une nouvelle gorgée. « … Qu'est-ce que je disais, déjà ?... » Elle eut un faux soubresaut. « Ah ! Oui, donc... Les gariguettes de Perllan sont meilleures que celles de Riocht Na Elves, c'est un sujet qui mérite son lot d'attention, nous ne devons... » Elle se tût, soupçonnant que quelque chose clochait. Un silence s'installa entre les deux amis, durant lequel la demoiselle sembla rassembler toute sa sagacité. « Euh... Non, on parlait pas de ça... Ah !... Non... Attend... » Elle but une fois encore. « Mmh ! Si ! Mon père n'avait pas le droit de me trahir de la sorte. Et le comble, c'est que ma mère m'a giflée devant foule... Elle n'avait jamais levé la main sur moi avant ce jour ! »

    Elle se souvenait encore de ce geste non dénué de grâce ni de colère qui lui avait châtié la joue, exactement comme elle l'eut elle-même fait à Galahad un peu plus tôt. La meurtrissure de cette opprobre resterait gravée dans les mémoires de ceux qui avaient assisté à la scène, à savoir : Arsenios et Athran, dont ce dernier avait eu l'opportunité de témoigner du premier heurt familial qui n'était pourtant que monnaie courante chez les Hardansson. Un quotidien qu'Izhelindë promettait d'empirer si son promis avait le toupet de la courtiser pour gagner sa complicité, ce que le souverain l'encouragerait inexorablement à faire. Elle l'attendait de pied ferme, prompte à lui faire comprendre la raison pour laquelle aucun de ses anciens prétendants n'était parvenu à ses fins. Toute cette effervescence intellectuelle donna d'autant plus chaud à la princesse qui crut étouffer dans ses pourtant fins vêtements. Elle rabattit l'ensemble de sa chevelure vers l'arrière pour mieux dégager sa physionomie et ses prunelles embuées, qui se posèrent sur le galbe de son acolyte de beuverie. Point encore pleinement atteinte par la désinhibition, elle parvint à reprendre un minimum de contrôle et de normalité en observant son ami.

    « Je t'assure, il y a plus de mauvais côtés que de bons à être une femme. Je t'envie sur nombre de points, Galahad... » Elle lui sourit avec espièglerie. « Je t'envie, mais en attendant, c'est moi qui mène. »

    Faisant référence à leur précédent pari, elle jugeait que souligner son verre d'avance sur lui pourrait le contraindre de boire moins sagement qu'il ne l'avait fait jusqu'à présent. Cependant, trop à l'aise et vivace dans ses discours, la belle n'avait pas remarqué l'indice de taille qu'elle avait délivré. En comparant le jeune homme à de hauts sieurs, elle venait de mettre en doute le statut social de son père, et par extension, le sien. Une bévue à côté de laquelle l'Héritier ne passerait certainement pas à moins de le vouloir.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 20 Mai 2012, 17:06

     Il n'y allait pas avec le dos de la cuillère et si la jeune femme avait imaginé qu'il puisse jouer les confidents qui abondaient dans le sens du plaignant, elle se rendrait rapidement compte de son erreur. Oh, il n'agissait pas de la sorte pour malmener la malheureuse, mais simplement parce que c'était plus fort que lui, chassez le naturel et il revient au galop. Au moins les brefs moments de gentillesse qu'il pouvait avoir à l'égard de la demoiselle se faisaient plus efficace. À trop être gentil, les gens ne se rendaient plus compte des attentions que vous leur portez, alors qu'il aurait été difficile pour Izhi de ne pas remarquer que le forgeron avait un geste tendre ou une parole réconfortante à son égard. Ce n'était pas le but premier, mais s'il devait utiliser son côté moqueur à bon escient, autant faire de la sorte. La voix de la jeune femme s'éleva alors que Galahad ne comprit pas tout ce qu'elle voulait dire, ses mots étouffés par la position dans laquelle elle se trouvait, puis aussi parce qu'il n'était pas totalement concentré sur ce qu'elle disait. Portant ses yeux mordorés sur le minois de la princesse, le Singulier l'observa, les sourcils légèrement froncés devant les paroles mystérieuses qu'elle venait de prononcer. Izhi enchaîna, déclarant qu'elle avait l'impression de se retrouver avec des nobles qui côtoyaient son père. Il fut difficile pour Galahad de ne pas la regarder d'un air étonné, est-ce qu'elle se rendait compte qu'elle venait de lui avouer qu'elle n'était pas roturière ? Peut-être pas, après les verres qu'elle venait de s'envoyer il aurait été logique de penser qu'elle n'avait plus toute sa tête à l'instant présent. Il garda ses lèvres scellées alors qu'elle enchaînait après avoir attiré l'attention sur eux, demandant si tout le monde ne pensait qu'au pouvoir. Oui. Ou alors ces personnes étaient trop insignifiantes pour être remarquées. Sa main posée sur la choppe face à lui, le forgeron répliqua.

     ▬ Oui, ceux qui l'ont déjà. On veut toujours ce que l'on ne peut avoir, tu devrais bien le savoir tu en es le parfait exemple. »

     Galahad imaginait sans peine la jeune femme en train de regarder un chevalier séduisant et plein d'honneur, les yeux brillants d'admiration. Il ne fallait pas être stupide, pour qu'elle se rebelle ainsi ce n'était pas sans raison, peut-être qu'elle avait le visage d'un autre que son promis à l'esprit ? Les sentiments ne posaient que des problèmes, ce n'était pas sans raison que le Singulier avait manifesté le désir de ne pas s'embarrasser de choses aussi stupides. Les plaintes et les doléances de la belle continuaient, puis elle but un peu, imitée par son compagnon, avant de changer de sujet, attirant un regard suspect sur elle. Il se demandait si elle n'était pas complètement saoule où si elle se moquait de lui, mais Izhi se reprit d'une manière plutôt... Originale et qui arracha un sourire mi-amusé, mi-moqueur au forgeron. Visiblement, la dispute au château avait dû être animée, du moins c'était ce qu'il s'imaginait vu la scène qu'elle écrivait. Il resta toutefois obstinément silencieux, la laissant déverser sa contrariété avant d'y répondre, mieux valait éviter de l'énerver en la coupant alors qu'elle en voulait à un autre que lui. Elle fit une nouvelle allusion au fait que les femmes étaient très clairement désavantagées par rapport à leurs homologues masculins, puis le provoqua au sujet de leur pari. L'Héritier lui offrit un regard inquisiteur comme s'il vérifiait ses dires, avant de hausser les épaules pour répondre d'un ton tranquille.

     ▬ Tu bois comme un trou, moi je bois pour gagner. Tu rouleras sous la table que je pourrais encore boire une dizaine de verres tu verras. Le but c'est d'en boire le plus, pas forcément le plus rapidement. Il était vrai qu'à ce niveau il était avantagé. Vu la manière dont elle buvait cul-sec, Izhi allait être hors course plus rapidement que son partenaire. Décidé à lui faire croire qu'elle menait plus la danse qu'elle ne le faisait réellement, Galahad distilla à son tour quelques informations sans aucune importance. Le but était surtout qu'elle s'imagine qu'il n'était pas aussi clair d'esprit qu'il l'était effectivement. Sache que je gagnais toujours à ce jeu contre mes frères et tu bois comme eux. »

     Il porta sa choppe à ses lèvres et la bu en entier cette fois-ci. La serveuse passait fréquemment devant leur table comme si elle avait visiblement compris qu'avec eux, ce serait la bonne affaire pendant toute la soirée. Galahad lui accorda un bref regard avant de s'en désintéresser, puis posa ses yeux brillants d'intérêt sur la princesse. Il avait retourné le sujet dans sa tête pendant quelques instants, dégageant quelques possibilités de répliques, sans pour autant être persuadé qu'elles feraient mouche. Izhi était pompette, il ne l'avait jamais vue de la sorte alors il ignorait de quelle manière elle allait réagir. L'air de rien, le jeune homme reprit la parole.

     ▬ Je crois que tu as trop bu Izhi, ou alors il faudra m'expliquer comme le père d'une roturière peut avoir des nobles dans son entourage parce que moi, ça m'intéresse ! Déjà le fait qu'elle parle de mariage arrangé montrait qu'elle n'était pas une simple roturière, mais il devait se faire passer pour plus bête qu'il ne l'était en réalité. Non, en fait je ne te l'ai jamais avoué, mais si je parle comme un noble c'est parce que je le suis, je n'osais juste pas te le dire, tu comprendras, je suis déjà tellement impressionnant comme ça, je ne voulais pas te faire fuir. La bonne blague, il n'avait ni le physique, ni l'éducation d'un noble, puis encore moins le comportement. Même si la princesse n'était pas non plus une référence en la matière. Tu ferais un bien piètre homme ma jolie, les filles vous pensez tellement aux sentiments, les hommes, ils pensent légèrement plus bas que le coeur et ils ne réfléchissent jamais avec leur cerveau. Il doutait qu'un homme intéressé par les femmes et ce qu'il pouvait en tirer, puisse voir la belle sans avoir envie d'obtenir plus. Un peu comme lui, sauf qu'il souhaitait avoir quelque chose situé dans une autre catégorie. Les sentiments, c'est pour les faibles, c'est pour ça que les hommes puissants n'en ont pas. Tu imagines toi, si ton grand amour décidait un jour que ce n'est pas toi la bonne, tu te retrouveras à devenir plus fidèle que moi à ce bouge. Il soupira, détournant son attention de la demoiselle alors que la serveuse s'éloignait après avoir rempli à nouveau les verres. De toute manière ça ne me regarde pas, les affaires de cœur, ce n'est pas mon truc. »

     Il n'était pas homme à aller conter fleurette à une jolie fille c'était certain, pas plus qu'il n'était du style à penser avec ce qui était situé sous la ceinture, à croire qu'un bon manipulateur se devait de ne pas être intéressé par les plaisirs de la chair pour obtenir ce qu'il voulait. Chassant cette discussion d'un geste de la main, il porta une fois de plus la choppe à ses lèvres pour en boire une gorgée. La provocation d'Izhi n'allait pas le pousser à s'enfiler trois verres d'affilé, par tout de suite, il préférait la laisser mener pour qu'elle se lâche un peu et n'hésite pas à lui dévoiler des informations croustillantes. Le sujet de sa famille avait l'air particulièrement épineux, ainsi décida-t-il de s'y aventurer un peu. Quoi de plus normal ?

     ▬ Et ta mère c'est normal qu'elle te gifle, c'est le rôle d'une mère, si tu savais le nombre de gifles que j'ai pu avoir. Aucune en réalité, elle n'avait jamais osé. C'était plutôt son père qui faisait des démonstrations de force et encore, une gifle d'un forgeron avec sa carrure aurait fait plus de dégâts que ce que l'amoureux de la princesse lui avait fait sous le coup de la colère. Puis tu ne t'es pas gênée pour le gifler alors que je ne t'avais rien fait. Il porta sa main à sa joue dans un geste machinal, l'endroit où la main de la jeune femme l'avait frappé n'était plus douloureux, mais il n'oubliait pas le bruit que cela avait provoqué. Tu te compliques trop la vie, c'est bien pour ça que t'es une fille. Si tu m'envies, on peut échanger de vie si tu veux, ou alors tu abandonnes tout, tu te fiches de ce que ton devoir te dit et tu pars aussi loin d'ici que tu le peux. Il la regarda avant d'esquisser un léger sourire en détournant ses yeux. Mais tu ne le feras pas. On est trop différents toi et moi. »

     Elle était trop bonne pour lui ressembler et c'était bien mieux comme ça. Il aurait été dommage qu'elle gâche son caractère pour lui ressembler. Le jeune homme inspira légèrement avant d'avaler une nouvelle gorgée de son verre, puis une autre, finalement il poussait un peu Izhi pour l'obliger à boire rapidement histoire de garder son avance. Après un petit moment de silence, il reposa sa choppe sur la table, puis posa une question très étrange sur un ton presque triste. Mais était-ce sincère ?

     ▬ Si tu te maries, j'imagine que ton époux ne voudra plus que tu me vois, non ? »

     Il tourna la tête vers elle, l'interrogeant du regard en adoptant pour une fois un air presque attristé. Est-ce qu'elle se laisserait avoir ? Peut-être bien, mais peut-être que l'alcool la rendrait plus clairvoyante.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mar 22 Mai 2012, 17:13

    Les teintes du monde semblaient différentes, elle redécouvrait un univers où tout lui parut d'une ampleur supérieure. La sensation de flotter sans même avoir quitté sa chaise, quelle était cette sorcellerie ? Plus les minutes fluaient, plus la jeune femme donnait l'impression de s'ensevelir dans les abysses de la griserie et de perdre pied. Pourtant, elle était intimement persuadée de ne pas avoir lampé avec excès, sans avoir conscience des quantités d'alcool qui se mêlait actuellement à son hémoglobine et falsifiait sa perception des choses. Elle n'avait jamais bu auparavant et son inexpérience était somme toute manifeste, jugeant aux dires de Galahad que celui-ci n'était simplement pas à la hauteur du défi lancé. Elle osa même songer – bien qu'elle garda cette brimade pour elle seule – que les rôles étaient inversés, qu'elle portait l'habit du fruste et lui de la donzelle. Son esprit déjà tourmenté et devenu nébuleux ne perçut pas toute la finauderie avec laquelle le jeune homme agissait pour, contrairement à elle, préserver son discernement et régenter la conversation comme il l'entendait. Izhelindë était en position de faiblesse et, pire que tout, ne s'en rendait pas même compte. Etreint par la fortune, l'Héritier s'était vu offrir la parfaite opportunité pour mener ses planifications à terme, car il tenait la princesse dans les mailles de son filet bien plus qu'il ne le pensait. Si elle n'en avait que trop peu manifesté pour l'heure, la présence et l'écoute – certes mystifiée – de son compagnon de péripéties revivifiait son coeur meurtri. L'occasion ne s'était point encore présentée de le lui faire savoir, aussi, balaya t-elle son accusation de sur-consommation d'un geste évasif de la main, avant de finalement avérer sa délation en goûtant derechef à l'ichor de sa chopine. Dès lors, l'information d'une fratrie vraisemblablement accoutumée à la boisson fut oubliée sitôt après avoir été entendue, pour mieux laisser place à l'incertitude face à sa bévue révélée. En dépit de la substantialité de cette dite maladresse qui aurait eu toute la légitimité de l'ébranler, la sylphide se contenta d'afficher une moue songeuse sans dire mot, profitant de la kyrielle d'humour qui lui ébaucha la noblesse burlesque et emphatique de son ami pour s'esclaffer avec une hilarité non feinte. A défaut d'être le plus débonnaire des quidams, au moins avait-il le don de la faire rire comme personne. Elle eut cependant grand mal de l'illustrer parmi les seigneurs infatués de la cour, se demandant même s'il était susceptible de s'y complaire s'il était un jour amené à pénétrer leur cercle. Ridicule, tout comme la spéculation par laquelle il condamnait le sentimentalisme avant de se désintéresser du sujet, trop alambiqué et féminin à son goût. Puis, la rixe maternelle évoquée lui rappela la sentence similaire qu'il avait reçue à peine quelques temps avant et qu'il jugeait imméritée. Elle ne put retenir son objection.

    « Tu l'avais cherché, cette gifle. Visiblement, tu n'as pas dû en recevoir assez, toi non plus. » Elle écouta le reste de ses dires, commentant la dissemblance avancée. « Nous sommes au moins d'accord sur ce point, mais crois moi, ma vie serait très, trèèèèèès loin de te convenir ! »

    Quiconque n'étant point à sa place aurait désiré l'être, beaucoup l'enviait pour son sang-bleu, si ce n'était ceux qui avaient réellement conscience des responsabilités inhérentes à son titre. Les coercitions étaient bien plus dénombrables que les avantages princiers, du moins, était-ce le cas pour un esprit emprunt de liberté et de facéties comme celui de l'héritière du royaume. Elle ne trouvait aucun agrément à scintiller de mille joyaux pour ensuite musarder avec la plus haute grandiloquence entre des hôtes outrecuidants. Si elle ne doutait pas que son ami puisse trouver ses aises dans l'opulence et la distinction sociale des courtisans, les détails subsidiaires auraient tôt fait de lui faire regretter sa vie d'antan ou à défaut de cela, le rendrait simplement aigri. Cette vérité avait notablement tranquillisé la demoiselle qui – non épargnée d'une température corporelle étonnamment élevée et une prononciation parfois laborieuse – parvenait encore à suivre le cours de leur échange. Une longue expiration lasse s'extirpa de ses lippes encore nappées de la saveur sucrée de son breuvage qui, à sa plus grande stupéfaction silencieuse, se faisait moins fort à chaque gorgée. Dans le but de vérifier cette folle théorie et après s'être faite resservir par la maritorne, elle porta la chope à sa bouche tout en prêtant l'oreille au phonème du jeune homme qui la fit réagir ex abrupto. Elle s'orienta sur le côté et recracha le spiritueux d'effarement, manquant de s'étrangler avec la lampée présente dans sa gorge et qu'elle avala de travers. Une violente quinte de toux lui oppressa la poitrine qu'elle martela de son frêle poing dans l'espoir de recouvrir un semblant de respiration, ce qu'elle parvint à faire, les mirettes bordées de larmes et le souffle court. Lentement, ses saccades cessèrent, jusqu'à être supputées par un rire indomptable qui eut finalement raison de la belle. Larmoyant presque d'hilarité, elle tenta malgré tout d'articuler.

    « Galahad, tu... » Elle se remit à glousser sans plausibilité de reprendre sa contenance et ne cherchant d'ailleurs pas le faire. A moitié affalée à même la table, elle se tint la panse tant les crampes stomacales lui tiraillaient la ceinture abdominale. N'eusse été que pour cela, elle se félicitait de l'avoir suivi jusqu'ici en acceptant la dipsomanie pour cette nuitée. Heureusement, elle réussit tout de même à répondre après un certain temps. « Ca ne te va pas du tout ! Ne prétend pas que je te manque lorsque je ne suis pas là, n'exagère pas ton mimesis ou je risque d'y prendre goût. » Elle se redressa sensiblement, accoudée sur la surface à laquelle ils étaient attablées et lui adressa une risette qui se voulut authentique. « Bien que je doute de ta sincérité sur ce point... C'est tout de même agréable à entendre... Mais rassure toi, peu importe ce que pourra dire je-ne-sais-plus-comment-il-se-prémonim... Prénomo... Comment-il-s'appelle... » Le terme se prénommer sembla lui causer soucis, ce qu'elle omit aussitôt. « Nous nous verrons toujours, je t'en fais la promesse... A nous ! »

    Elle leva sa chopine et la heurta à celle de son compagnon pour trinquer, avant de reprendre plusieurs gorgeons qui n'arrangeraient en rien son état régressant. Izhelindë se faisait toujours digne des serments qu'elle faisait à autrui, ainsi, elle était convaincue que rien ou presque ne changerait entre le forgeron et elle. Elle n'était point une donzelle aux ressources lacunaires, aussi s'appliquerait-elle à trouver des subterfuges s'il le fallait pour ne pas se priver de la compagnie de Galahad. Intégralement désinhibée, elle se mit à conjecturer sur la quintessence de leur relation et ce qu'il était devenu pour elle. Bien qu'une once d'incrédulité rôdaillait encore par moment – comme lorsqu'il feignit la déception de ne plus être en droit de la côtoyer – elle voulait croire aux bons sentiments qui pourraient l'animer et à une réelle affection qu'il lui témoignerait, à sa façon. Naguère, elle l'avait déjà accablé de trahison, d'une duperie dont tous deux se souvenaient encore. D'autres que lui n'auraient jamais consenti à la revoir, et en dépit de sa réticence de départ, il s'essayait tout de même à la réconforter en cette sombre période – une fois de plus, à sa façon. Les faits étaient néanmoins là, il prenait de son temps pour le partager avec elle, une attitude qui la touchait. Dans un accès de franchise amicale, elle eut subitement l'irrépressible désir de lui confesser toute la vérité. Depuis longtemps maintenant, elle s'interrogeait sur la dite candeur de l'indigent quant à ses origines royales, transie par le pressentiment qu'il n'était pas tant ignare qu'il le prétendait. Son identité n'était plus que concomitante, elle doutait que l'éphèbe puisse faire quoi que ce soit de cette information – grave fourvoiement dont elle n'avait pas conscience. Tenant à peine droit sur son siège, son action fur encouragée par une hymne qu'une troupe de pochards se mit à scander, englobant l'ensemble de la taverne de leurs voix fluctuantes. La naïade se leva – tant bien que mal – pour s'asseoir à côté de son acolyte dont elle entoura les épaules de son bras, en quête de discrétion.

    « J'vais t'dire, Galahad... De tous ceux que j'ai rencontré durant mes voyages, eh ben... Tu es le meilleur ! » Elle eut un succinct ricanement sans raison apparente. « Même si parfois tu me fais de la peine et que tu es aussi bête que tes pieds... Je t'aime bien ! Tu es... Mon ami ! Et je ne veux pas mentir à mes amis, alors, je vais te dire un secret. » Elle prit une grande inspiration, vérifiant que personne ne les écoutait puis se pencha vers lui. « Je ne m'appelle pas Izhi... Je suis... La princesse Izhelindë, l'héritière de Lanriel. Et mon père n'est autre que le bon roi Arsenios Hardansson, oui môsieur, le seul et l'unique. »

    Elle prit la pause, main vers le haut comme si elle eut été en train de désigner un être exceptionnel – ce qui était le cas. Quiconque à la place du forgeron l'aurait inéluctablement injuriée de folle à lier ou aurait allié ces propos à sa consommation éthylique. La confession était trop irréaliste pour qu'on lui prête un semblant de crédibilité, surtout en de telles circonstances, et pourtant, ce n'était que pure véracité.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mer 23 Mai 2012, 15:31

     Visiblement l'idée de voir Galahad en noble rendait la jeune femme hilare, il ne savait comment prendre cette réaction, mais au fond, cela n'était pas très important. Ce n'était pas comme s'il ignorait que la demoiselle ne le voyait certainement que comme un simple roturier capable de lui apporter son aide de temps en temps, mais sans représenter plus d'intérêt à ses yeux que n'importe qui. Enfin, c'était du moins ce qu'il percevait, tout simplement parce que le forgeron aurait agi de la sorte si les rôles avaient été inversés. Seulement, il venait de le dire lui-même, les deux jeunes gens étaient très différents et ne se ressemblaient absolument pas. Le Singulier resta donc muet lorsqu'elle lui rétorqua qu'il méritait la gifle qu'il avait récoltée quelques instants plus tôt et même si lui-même n'était absolument pas en accord avec cette déclaration, il n'avait pas envie de se lancer dans un tel débat. Ses lèvres closes, le jeune homme se contentait de hocher la tête d'un air pensif comme elle lui déclarait qu'il ne se complairait pas dans une vie comme la sienne. Le garçon né et ayant grandi dans une famille pauvre où il était difficile d'avoir quelques instants pour soi, n'envisageait pas pouvoir se plaindre d'une vie comme celle de la princesse, mais après, il ne la connaissait pas réellement. Est-ce que les obligations inhérentes à une naissance noble changeaient de celles d'un homme du peuple ? Sans aucun doute, mais est-ce qu'elles étaient moins bien pour autant ? Rien n'était moins sûr. Leurs avis divergeaient trop sur la question et mieux valait donc s'abstenir d'en discuter trop longuement.

     Le silence retomba comme elle soupirait avait de boire une fois de plus à sa chopine qui ne cessait de se vider avant d'être à nouveau remplie d'un liquide destiné à lui faire oublier ses déboires sentimentaux. Puis tout à coup, après la question de Galahad concernant la fréquence de leurs rencontres une fois qu'elle se serait fait passer la corde au cou, la Princesse se mit à tousser avec vigueur en recrachant en grande partie le contenu de sa choppe. L'alcool était-il trop fort ? Pas vraiment et vu les rires qui se glissaient entre deux quintes de toux, Izhi avait davantage l'air de réagir à la déclaration de son compagnon de beuverie qu'au degré d'alcool de leur boisson. Il fronça légèrement les sourcils en la regardant alors qu'elle essayait de se reprendre sans y parvenir. La manière dont elle s'affalait sur la table montrait clairement qu'elle avait apparemment dépassé de stade « pompette » et qu'elle glissait doucement vers celui où l'on oubliait la moitié de ce que l'on faisait. Et c'était souvent préférable. Lorsque la demoiselle reprit la parole pour lui faire savoir qu'elle ne croyait pas un mot de ce qu'il venait de dire, un léger sourire se dessina sur les lèvres du forgeron. Elle avait raison de ne pas y croire, mais après, cela ne signifiait pas forcément qu'il mentait sur toute la ligne. Après tout, si Izhi ne pouvait plus le voir et qu'il verrait ses tentatives d'approche mises à terre par un prétendant trop jaloux, Galahad en serait forcément agacé. Il ne voulait pas avoir perdu tout son temps passé en compagnie de la demoiselle. Comme pour jeter le trouble dans son esprit, il ajouta quelques mots après que leurs choppes ne se soient entrechoquées.

     ▬ Tu serais bien surprise de savoir à quel point je suis sincère. Pour une fois que j'étais sincère, tu finis par ne plus me croire du tout. »

     Cela lui était égal au fond, il savait que la demoiselle serait certainement sensible à ce qu'il venait de dire et qu'elle risquait de s'en souvenir encore longtemps. À moins que les vapeurs de l'alcool ne finissent par lui faire oublier ce qu'ils disaient ? Ce serait bien agaçant et surtout très frustrant, après tout, Galahad ne perdait pas vainement son temps et chaque moment passé avec la Princesse l'était dans un but bien précis : qu'elle se souvienne de ses attentions pour elle. Par conséquent, si Izhi était trop saoule pour se remémorer leur soirée, au n'aurait rien fait de plus que perdre son temps. Et bien boire. Le forgeron vida d'ailleurs le fond de son verre alors que l'atmosphère déjà bien chargée continuait de s'échauffer. Puis la jeune femme se redressa, manquant de tomber, avant de s'installer aux côtés du forgeron qui la regarda d'un air interrogateur, se demandant ce qu'elle lui réservait encore. Un léger sourire naquit sur les lèvres du roturier comme elle adoptait une attitude qui invitait à la confidence, avait-elle quelque chose de secret à lui révéler ? Il en doutait. Galahad avait suffisamment l'habitude de ce genre de soirée pour savoir que les personnes dans cet état avouaient toujours leur amitié et leur amour à tout le monde, tout en révélant des choses que tout le monde connaissait parfaitement. Izhi n'y fit pas exception, elle débuta sa déclaration en complimentant – à sa manière – le forgeron qui se contentait de la regarder dans les yeux. Puis arriva le moment du secret et il fallait avouer que le jeune homme ne s'attendait pas à ce qu'elle lui balance la vérité avec autant de sincérité. L'alcool y était pour beaucoup, mais pour être franc, il ne pensait pas qu'elle puisse lui faire suffisamment confiance pour le déclarer avec autant d'aplomb. L'Héritier réagit instantanément, il rigola aussitôt, plus que de raison parce que l'alcool commençait aussi à faire son petit effet malgré sa prudence, puis répliqua d'un air amusé.

     ▬ Mais bien évidemment. Et moi je suis l'homme le plus recherché de tout Lanriel et on se balade tous les deux à la vue de tout le monde. Attrapant la main de la jeune femme pour l'inviter à la baisser, il reprit. L'alcool te fait visiblement inventer de bien belles histoires, tu ferais une princesse parfaite si c'est ce que tu veux entendre Izhi. Mais un conseil d'ami puisque tu dis que je suis le tien, tu devrais faire attention à ne pas dire ce genre de choses dans des endroits pareils. Il lâcha la main de la princesse pour regarder rapidement autour d'eux. Tout le monde était trop occupé pour se mêler de leurs affaires, mais sait-on jamais. Reportant son regard sur la demoiselle, il continua. Je n'ai pas besoin que tu sois une princesse pour t'apprécier alors tu peux rester Izhi avec moi tu sais. Détournant son attention il interpella la serveur avant de conclure. Je préfère les véritables filles que les petites princesses de toute manière. Tu es très bien comme tu es ! Reste comme ça. »

     Il forçait un peu le trait puisque le jeune homme savait parfaitement qu'elle disait la vérité, mais disons qu'il n'avait aucune raison de la croire vu qu'il n'était pas censé être au courant. La serveuse arriva une fois de plus pour les regarder tour à tour, son regard insistant longuement sur le minois de la princesse, puis s'éloigna après les avoir servis. Galahad commençait à avoir l'esprit embrumé et pressentait déjà un réveil plutôt difficile pour le lendemain. Il n'avait pas prévu de se faire avoir aussi facilement, peut-être que la première pinte avait été plus alcoolisée qu'il ne le pensait ? Après avoir passé sa main sur son visage, il se concentra sur la jeune femme.

     ▬ Généralement, lorsqu'on en vient à inventer ce genre de trucs, c'est qu'il est temps de s'arrêter. Si tu continues tu ne te réveilleras pas en bon état demain tu sais. Même si elle s'arrêtait pour être franc. Puis d'ailleurs, si tu étais la princesse, pourquoi est-ce que tu passerais ton temps à traîner en compagnie des simples roturiers à courir dans la cité des morts ? Il haussa légèrement les sourcils d'un ait interrogateur avant d'ajouter quelques mots. Et le gars qui m'a refait le portrait l'autre fois, c'est ton garde du corps personnel c'est ça ? »

     Il savait que ce sujet risquait de brusquer la demoiselle vu qu'elle avait visiblement l'air d'avoir un problème à ce niveau, mais peut-être que l'alcool allait aider à faire mieux passer la question ? Galahad n'avait pas répondu à la déclaration d'amitié de la jeune femme, au fond même en étant un menteur et un manipulateur il prenait des fois des gants pour ne pas trop blesser la sensibilité de son interlocutrice. Elle pouvait s'en sentir privilégiée.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Jeu 24 Mai 2012, 22:06

    Même ainsi à moitié appuyée sur son compagnon de nuitée, Izhelindë était d'une stabilité chancelante. Et pourtant, elle ne remarquait même pas ce fait sans équivoque, trop concentrée dans son accès d'authenticité qui l'amenait à se dévoiler. Son acabit de franchise se décuplait avec sa dipsomanie immodérée et cela n'était pas de bonne augure au coudoiement d'un protagoniste tel que Galahad. Mais si celui-ci avait eu – depuis les prémisses de leur relation – l'intention de lui nuire, n'aurait-il point donné naissance à ses desseins depuis des lustres ? Les opportunités n'avaient pas manqué lors de leurs différents conciliabules pour qu'il se débarrasse de son intempestive présence ou – dans le cas où il serait un actif partisan de Mynkor – pour qu'il ne l'amène aux Héritiers sur un plateau d'argent. Une information qu'elle n'avait par ailleurs toujours pas vérifiée quand bien même elle s'était promis de l'interroger sur ce sujet, à savoir s'il n'était qu'un adorateur esseulé de ses semblables ou tout bonnement l'un d'entre eux. Les actions qu'il alliait à sa foi seraient-elles susceptibles de changer quelque chose ? Non. Il demeurerait l'indélicat qu'elle aimait côtoyer, mais pourrait hypothétiquement lui permettre d'en apprendre plus sur cette secte aux moeurs somme toute fuligineuses. Pourquoi diable l'avait-il épargnée s'il était déjà au fait de sa condition sociale ? Elle l'ignorait, mais finirait par le découvrir, tôt ou tard. Ainsi, dans la plausibilité soupçonnée qu'il en sache bien plus qu'il ne voulait en dire, elle estimait que lui révéler l'intégrale vérité n'évoquerait que des risques tout à fait minimes. Par ailleurs, elle songea à ce qu'il lui confesse à son tour son impéritie surjouée à présent que son masque de roturière s'était volontairement effondré, ce qu'il ne fit point. A sa plus grand stupéfaction, il se fit hilare et particulièrement incrédule, se raillant de sa déclamation en avançant une réputation dont il ne jouissait guère. Désabusée, elle abandonna sa main au bon vouloir de l'éphèbe qui se plut à agrémenter la thèse d'une ivresse excessive. Dans les circonstances actuelles, désavouer les propos du plus sobre d'entre eux aurait été éminemment ridicule alors qu'elle n'était pas certaine d'être encore apte à mettre un pied devant l'autre. En dépit de cette véracité pintée, l'ironie de la situation la contraria : pour une fois qu'elle ne s'essayait pas à camoufler son identité, elle n'était pas prise au sérieux. Eydis se jouait décidément d'elle et tenait à lui faire atteindre la vésanie. D'une moue bougonne, elle se mit à faire des bulles dans son breuvage en laissant son acolyte palabrer sur les raisons qui l'avaient poussée à une confidence qu'il jugeait fallacieuse. Le désenchantement l'emporta, les paupières alourdies par une pléiade de facteurs qui s'amoncelaient contre sa dialectique ordinairement fournie. Sa répartie rangée au placard, elle n'eut pas la volonté d'objecter tout de go – ou peut-être était-ce simplement le temps que tous les détails de la conversation ne parviennent à se frayer un chemin jusqu'à ses méninges.

    En revanche, la référence à Dreann sembla raviver un scintillement de conscience au coeur des prunelles de la princesse. Bien que toujours percluse par l'alcool, elle eut suffisamment de lucidité pour adresser une oeillade interloquée à son ami. Ce ne fut pas tant la fonction qu'il subodora au chevalier qui la laissait pantois, mais plutôt sa propension à aborder ce sujet de manière récurrente. Avait-il toujours le goût saumâtre de la rouste que le sieur Aronwë lui avait infligée sous le coup de l'irascibilité ? Izhelindë avait la déplaisante sensation que Galahah était en quête de renseignements, comme s'il eut l'incertitude de ce qui pouvait bien unir le courtisan à l'héritière. Ce qui, après mûre réflexion, était un doute justifié puisqu'il eut été le premier témoin d'une jalousie démesurée et dont il était l'investigateur. La jalousie était une preuve de contiguïté, restait à savoir de quel bois pouvait être faite cette dite proximité.


    « Mon chaperon, oui. C'est pour ça qu'il a débarqué totalement furibond la dernière fois, j'avais échappé à sa vigilance. » Contre toute attente, la sylphide ne fut pas encline à confier l'idylle qu'ils vivaient ensemble, même animée par tant d'ébriété, signe qu'elle n'avait pas encore totalement perdu le nord. Soudain, elle illustra l'indigent avec une lèvre tumescente suite au puissant revers par lequel il eut été remercié cette nuitée-ci, et se mit à se gondoler sans contenance. « N'empêche qu'il t'a infligé une saaaaacrée correction, ça t'apprendra à provoquer un chevalier de Sa Majesté d'ores et déjà en colère ! Et crois moi, tu peux t'estimer heureux, y en a qui sont ressortis plus amochés d'une rixe avec lui. » Elle songea à l'insurgé qui avait manqué de respect à la royauté lors de leur visite aux remparts, Dreann lui avait fait connaître son poing à maintes reprises, le quidam s'en était allé rejoindre les chimères avant même de pouvoir comprendre quoi que c'eut été. « Si tu le recroises un jour, je te conseille de détaler au plus vite. Et si tu cours aussi bien que tu encaisses... T'es... T'es... un homme mort ! »

    Sa réplique se ponctua par une nouvelle hilarité lorsqu'elle imagina son aimé prendre le forgeron en chasse à travers tout Cathairfàl dans le but de lui tordre le cou. Elle n'osait songer au châtiment qu'il réserverait à son rival d'un soir s'il apprenait que sa belle s'était réfugiée auprès de lui après l'annonce de ses fiançailles. Ceci, dans l'hypothèse où il accepterait de la revoir suite à l'ingérence d'un certain promis dans leur liaison, et qu'il ne lui soit pas arrivé malheur dans sa chasse à la sorcière. S'il était parvenu à avoir le dessus lors de sa dernière rencontre avec la tristement célèbre Tanith Ruane, rien n'assurait qu'il en soit à nouveau de même en prenant d'assaut le bastion dans lequel elle se terrait. La Bienfaitrice seule savait de quoi était capable ce suppôt du mal qui ne s'abandonnerait pas à l'étreinte de l'ennemi sans batailler. Le fait qu'il soit si loin d'elle, aux abords de dangers constants et corrosifs, qu'une effroyable nouvelle l'attendait à son retour et qu'elle n'ait absolument aucune idée de quand cela se produira, la replongea dans sa morosité. L'humeur stagnante, il allait être délicat pour le forgeron de la maintenir dans une verve prompte aux confessions s'il se hasardait sur de douloureuses discussions. Pour noyer sa maussaderie naissante, elle reprit de cette excellente eau-de-vie qui devenait pour l'heure son unique exutoire. A la suite du dernier gorgeon qui manqua d'être celui de trop, elle se laissa aller de tout son poids sur l'épaule de son voisin et ami, maugréant quelques paroles inintelligibles pour qui n'était pas dans la même sphère planétaire qu'elle : c'est-à-dire personne. Finalement, sa voix se fit plus distincte pour s'adresser à l'adonis.

    « De toute façon, je me fiche que tu ne me crois pas, parce que moi, je sais que c'est vrai ! Tu ne sais rien de ma vie monotone de dame de rang, au moins avec les gens du peuple, on s'amuse ! Oh, tu te souviens lors de notre voyage à Tuamarbh lorsque la momie est sortie de son tombeau, tu t'es assis dessus pour l'empêcher de sortir puis elle nous a poursuivi dans tout le dédale en faisant Bwaaaaaaaarh ! » Elle fit semblant de se faire menaçante pour mieux illustrer ses paroles, puis ricana. « Ce sont des aventures telle que celle-ci que je veux vivre ! Et ce n'est pas un... Vulgaire seigneur qui virevolte sur le dos d'un gros lézard qui m'en empêchera ! Puis d'abord... Il n'a pas le droit de me dire ce que je dois faire ! »

    Elle secoua vivement le crâne en se décollant du jeune homme. Jamais, elle n'avait supporté les sommations parentales sans y mettre son véto et elle savait déjà que le dragonnier ne serait pas une exception aux règles. L'essence baroudeuse de l'indocile princière se revivifia en conjecturant sur les futures scènes de ménage qui viendraient ébranler l'apparente quiétude du palais. Elle en était persuadée, leurs algarades conjugales s'inscriraient dans les archives souveraines jusqu'à rester gravées dans les mémoires. L'humiliation d'un époux trop impérieux lui était intolérable quand bien même elle ne savait rien d'Athran, tant inacceptable que son poing s'écrasa sur la surface de bois qui leur faisait substitution de table, faisant trembler les chopes sous le heurt.

    « Oh nooooon ! On va pas se laisser faire, hein, Galahad ? Je sais ce que nous allons faire ! » Elle se leva, conquérante, faisant culbuter sa chaise. « Trouvons-le et expliquons lui notre façon de penser ! » Elle manqua de trébucher mais fut réceptionnée par la serveuse venue remplir leurs chopines. « Pardon ma dame... Mon sieur... Ou je ne sais pas ce que vous êtes... » Elle s'appuya à la table et désigna la porte de son index tendu. « Dragonnier, nous voilà ! »

    Fort heureusement qu'avec l'heure avancée de la nuit, la grande majorité des personnes présentes n'étaient certainement pas mieux lotis que la demoiselle, visiblement résolue à en découdre. Ainsi, les seuls l'ayant éventuellement entendu ne comprendraient pas un traitre mot de son discours et remettrait, à l'instar de Galahad, la faute sur sa consommation. En attendant, Izhi prit le chemin de la sortie d'une démarche titubante.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Ven 25 Mai 2012, 16:14

     Il n'avait peut-être pas été très fin en balançant une question aussi surprenante au milieu de la conversation. Certainement que son esprit était plus embrouillé qu'il ne l'avait pensé de prime abord. En tous les cas, la jeune femme ne se braqua pas et c'était tout ce qui importait, Galahad se moquait bien qu'elle se montre tout à coup méfiante. Vu la dose d'alcool qu'elle avait ingurgité il y avait fort à parier qu'elle ne se souviendrait pas de la moitié de leur discussion le lendemain, du moins c'était ce qu'il espérait. Comme Izhi déclarait que son agresseur était son chaperon, le jeune homme songea aussitôt que le garde du corps de la belle devait avoir envie de garder son anatomie de plus près, il était fort probable qu'il soit sensible aux charmes de la Princesse. Quel imbécile, mais du coup le forgeron comprenait mieux la réaction aussi prompte de l'homme lorsqu'il avait déposé ses lèvres dans le cou de la demoiselle. Un sourire amusé se peignit sur les lèvres de l'Héritier, un peu bêtement en raison des vapeurs de l'alcool, mais l'idée l'amusait grandement. Comme pour calmer la joie de son compagnon de beuverie, la belle reprit aussitôt la parole pour se moquer de lui en déclarant qu'il s'était pris une sacrée rouste. C'était certain ! Mais d'un côté Galahad n'avait jamais été un bon combattant et encore moins quelqu'un qui se révélait capable de repousser un chevalier en colère. Au moins avait-il évité de se retrouver éborgné, même s'il ne devait son salut qu'à l'intervention de la Princesse. Après le conseil qu'elle lui dispensa, il claqua légèrement de la langue pour manifester sa contrariété, puis rétorqua d'un ton où pointait l'agacement.

     ▬ Il m'a pris par surprise ! Puis je ne fuis pas, tu me prends pour quoi, je suis sûr qu'on pourrait parfaitement s'entendre tous les deux en plus. »

     L'idée de revoir le chevalier était plutôt... amusante, mais aussi très suicidaire. Peu lui chalait, Galahad n'aurait pas été contre le fait de pouvoir lui parler une fois de plus, de préférence dans un lieu public avec beaucoup de témoins pour éviter une nouvelle correction. Suicidaire ? Pas vraiment, il aimait juste provoquer les gens, même si cela lui coûtait des fois plus que quelques phrases hostiles. Il s'en était relativement bien tiré au final, quelques hématomes et une lèvre éclatée, rien de bien méchant ou qui ne se soigne pas. Le rire de la jeune femme s'était atténué alors qu'elle s'enfilait une fois de plus une rasade d'alcool avant de se laisser aller de tout son poids sur le forgeron qui se contenta de tourner la tête vers elle. Izhi marmonnait dans sa barbe et il ne comprenait rien, puis surtout il n'avait pas envie d'essayer de décrypter tout ce qu'elle racontait vu le lot de sottises qu'elle avait sorti pour le moment. Il avait visiblement choisi la bonne solution, car la princesse adopta un ton plus clair avant de déclarer avec vigueur qu'elle se fichait de toutes ces bêtises et que les roturiers avaient une vie bien plus amusante. D'un certain côté c'était véridique, mais de l'autre il y avait aussi beaucoup de points noirs que des personnes de haut rang n'avaient pas à subir. Comme par exemple la faim, le fait de devoir travailler sans cesse au point de faire passer cela avant sa vie, des détails que la demoiselle ne connaissait guère puisqu'elle ne jouait les roturières que pour sortir un peu. Au fond, Galahad non plus n'y connaissait pas grand-chose, il n'avait « travaillé » que lorsqu'il vivait encore chez lui et ce n'était pas pour entretenir une famille, il pouvait son s'accorder quelques petites pauses non méritées.

     L'énoncé de leur sortie dans la cité des morts n'était pas pour lui remonter vraiment le moral, l'Héritier n'avait pas oublié la manière dont elle s'était soldée et il gardait une légère rancune ainsi qu'une certaine méfiance vis-à-vis de la princesse. Même si les déclarations qu'elle avait faites ce soir étaient plutôt positives pour leur relation. L'alcool faisait souvent dire n'importe quoi après tout. Il se contenta donc de hocher la tête comme elle avouait vouloir vivre des aventures comme celles-ci et non jouer la Reine d'un dragonnier, du moins c'était ce qu'il comprenait lorsqu'elle parlait de « gros lézard ». Le regard du forgeron s'était dirigé vers la salle où les clients semblaient tous être dans le même état que la jeune femme à ses côtés. Celle-ci se redressa d'ailleurs avant de frappa la malheureuse table du poing. Galahad tourna la tête vers elle, arborant un air interrogateur comme elle se lançait dans un discours enflammé pour expliquer qu'ils allaient se rendre chez le futur Roi histoire de lui faire savoir le fond de leur pensée. Euh, ce n'était pas une chose très conseillée, surtout pour un simple membre de la roture, surtout s'il ramenait une princesse complètement ivre et avec une bague en moins. Comme elle s'éloignait d'un pas titubant, le jeune homme vida le fond de sa choppe – il en avait d'ailleurs complètement perdu le compte – puis se redressa à son tour. Un brusque vertige le prit et quelques étoiles se dessinèrent devant ses yeux avant qu'il n'enjambe son siège pour emboîter le pas à la demoiselle qui se dirigeait vers la porte.

     ▬ Izhi ! Reste là ! Ou alors attends-moi au moins. »

     Évitant quelques tables, le forgeron se retrouva finalement derrière la demoiselle qui s'était arrêtée devant la porte, puis il appuya sur la poignée pour permettre à l'huis de s'ouvrir. Un léger vent rafraîchissant entra dans la salle, provoquant quelques protestations plutôt molles dans leur dos, puis Galahad poussa Izhi dans le dos pour l'inviter à sortir. La ruelle était déserte et plongée dans une semi-obscurité. La lueur de la lune éclairait en partie les environs, mais pas autant qu'en plein jour et le jeune homme était bien placé pour savoir que les zones d'ombre étaient une cachette idéale pour des voleurs. La porte se referma derrière eux dans un léger claquement, l'artisan posa alors ses mains sur les épaules de la princesse pour la retenir et éviter qu'elle n'aille trop loin.

     ▬ Écoute-moi donc un peu tête de linotte ! Il força un peu sur sa prise pour faire faire volte-face à la jeune femme et qu'elle le regarde dans les yeux. Je ne suis pas vraiment.... Non en fait pas du tout convaincu que ce soit une bonne idée. Si t'es vraiment la princesse et que je te ramène complètement saoule, tu ne crois pas qu'on risquera d'avoir quelques petits problèmes ? Surtout si en plus tu n'as plus ta bague. Il essayait d'être aussi clair que possible, pas facile avec l'esprit embrouillé. Puis si tu n'es pas la princesse, on va se faire jeter au trou par ta faute. De toute façon, moi je finis ma soirée dans les geôles et je n'en ai pas franchement envie tu vois ! »

     Délaissant les épaules de la jeune femme, il se détourna d'elle pour regarder autour d'eux, les bras le long du corps comme s'il ne savait plus vraiment quoi faire. C'était bel et bien le cas pour le cou. Ils avaient bu, ils avaient discuté, mais maintenant comment est-ce qu'il allait la laisser rentrer au château sans avoir d'ennuis ? Vu comme elle était remontée, il y avait peu de chances pour que la demoiselle puisse remettre les pieds chez elle avant d'avoir convenablement cuvé, sinon Mynkor seul savait ce qu'elle aurait pu raconter pour lui attirer des ennuis ! Mais d'un autre côté, il ne pouvait pas la larguer là en pleine rue et lui souhaiter une bonne nuitée. Après tout, personne ne savait ce qui pouvait bien lui arriver si elle se retrouvait seule et saoule, surtout que la serveuse les avait clairement vus, il serait aussitôt suspecté si la belle disparaissait. Puis tant qu'à faire, il préférait éviter qu'elle finisse la gorge ouverte dans un caniveau. Glissant sa main sur son visage, le jeune homme se retourna une fois de plus vers Izhi avant de hausser les épaules.

     ▬ J'crois que tu devrais surtout aller te coucher et laisser tes idées stupides s'envoler ! Tu verras, demain tu y verras plus clair et puis là si tu veux toujours faire ça... Bah, on pourra voir ce qu'on peut faire à ce niveau ! Mais pas avant. C'est trop dangereux et je n'ai pas envie de mourir ce soir. Ni de servir de repas à un lézard. Tout était sacrément négatif pour lui en réalité, c'était tout Izhi qui s'en sortait bien. Soupirant longuement, il se renseigna. Tu as des amis dans le coin où je peux te déposer pour que tu dormes ? J'vais pas te laisser roupiller dans le caniveau quand même, ce serait bête que ta première cuite soit aussi la dernière. »

     Il commençait à avoir la bouche pâteuse à force de parler. Finalement cette saleté d'alcool était plus forte qu'il ne le pensait. Détournant ses yeux du minois de la jeune femme, il passa rapidement ses connaissances en revue. Non, il n'y avait vraiment personne qui puisse recevoir la princesse sans en profiter. Puis seul Mynkor savait ce qu'elle pouvait sortir comme bêtise s'il la confiait à des connaissances. Puis soudain, comme si la lumière venait de se faire dans son esprit, il lâcha quelques mots d'un air surprit.

     ▬ Puis du coup, qui a gagné le pari ? »

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 27 Mai 2012, 02:16

    A sa plus grande stupéfaction, le chemin menant à la porte d'entrée lui sembla plus long qu'à l'origine, plus tortueux et barré d'embûches mobiles qu'elle n'avait pas le souvenir d'avoir rencontrées lors de son premier passage. Certains pochards la suivirent d'une oeillade aqueuse, quelques-uns prompts à l'accompagner – ou à simplement profiter de son état sans équivoque – avant de constater qu'elle n'était guère seule. Galahad la rejoignit alors qu'elle était parvenue à destination, à savoir l'huis devant laquelle elle s'était immobilisée en attendant que celle-ci ne daigne s'ouvrir. Sans songer à user de la clenche pourtant prévue à cet effet, elle fut heureusement aidée par son vieil acolyte qui l'encourager à quitter la joyeuse taverne d'une sensible impulsion dans son échine. La jeune femme se laissa porter par cette force logée sur son épine dorsale, ne reprenant son équilibre qu'une fois l'encadrement dépassé pour flâner de quelques pas dans la tiédeur atmosphérique. Elle prit une grande inspiration, dilatant ses organes pulmonaires au possible sans que cela n'ait d'autre conséquence que la ravir pour rien. Si la meilleure concentration d'oxygène fut des plus agréables en comparaison aux effluves sudorales et corporelles dont elle préférait ignorer la nature, elle n'en fut pas moins désorientée bien qu'à l'aise dans sa légèreté. Soudain, elle sentit un binôme de poids lui maintenir les trapèzes et le phonème sensiblement engourdi de son compagnon s'élever à son attention. De prime abord, elle demeura sans réaction distincte, jusqu'à ce que le quidam ne l'oblige à lui faire face, un mouvement de rotation qui lui fit d'avantager tournoyer la tête et pour lequel elle lâcha un ricanement niais. Ses mirettes à demi closes se posèrent sur la physionomie de l'éphèbe, laquelle – malgré ses efforts – elle avait grand mal à percevoir avec netteté. Elle l'écoutait sans l'entendre – ou était-ce l'inverse ? - et le laissa donc discourir en tentant de se concentrer sur son équilibre vacillant. Désormais, une chose était avérée : le forgeron ne pourrait plus rien obtenir de sa jeune amie, trop enlisée dans son ébriété pour que ses méninges ne fonctionnement de manière rationnelle. Elle sentit ensuite son contre-poids masculin s'éloigner et s'étira tel un félin, faisait résonner son ossature dorsale dans une symphonie de craquements. A la suite de quoi, un nouveau vrombissement lui chatouilla l'ouïe, sans qu'elle ne parvienne à comprendre de quoi il était question. Plus rien n'avait de sens, elle se sentait sombrer dans une spirale sans même mouvoir de sa place, une impression qui ne la tourmenta guère plus que cela. Une risette nigaude agglutinée aux lippes, elle répondit d'un air peu concerné.

    « Tu t'angoisses troooooop. » Elle se mit à rire. « Je reviendrai ici, leur boisson était très bonne même si la serveuse ressemblait plus à une harenguère ! »

    Pourtant, Izhelindë n'aurait guère aucun souvenir de cette dite maritorne qui l'avait pourtant servie toute la soirée durant. Par ailleurs, depuis combien de temps déjà, étaient-ils ici ? Elle n'en avait pas la moindre idée et n'avait de toute façon aucune intention de retourner au palais. Ni le désir, ni la possibilité tant elle serait inapte à s'orienter dans ce qui était encore sa cité natale. En dépit de savoir où elle coucherait pour la nuitée, elle s'intéressa plus encore au vainqueur du dit défi. La sylphide se frotta le menton d'un air faussement songeur, essayant de se remémorer le nombre de chopes qu'elle avait bien pu ingurgité. Incapable de retrouver le compte – tout comme ce devait être le cas de l'adonis à ses côtés – elle jugea pourtant, avec une absurdité éloquente, qu'elle était amplement encline à boire d'avantage. N'ayant jamais découvert ses limites éthyliques, elle demeurait totalement inconsciente de ce qui résulterait d'une excessive ivrognerie qu'elle ne maîtrisait pas. Quand bien même, le réveil à l'aurore prochain s'annonçait laborieux et particulièrement douloureux. Les maux de crâne pointeraient plus que certainement, et Eydis serait louée si elle ne rendait pas tout ce qu'elle avait bu durant la nuit. Car si pour l'heure elle faisait encore preuve de robustesse à défaut de clarté d'esprit, son organisme était capable de s'insurger à tout instant et de façon impromptue. Ainsi, encouragée par l'illusion qu'elle était en pleine possession de ses moyens, elle se désigna dans une posture altière, telle la souveraine venant de terrasser un antagoniste de taille.

    « Je suis la gagnante bien sûr, j'aurais pu boire encore... Et encore... » Elle eut un hoquet qui la fit soubresauter. « Et encore ! Je serais capable de mettre à bas les dragonniers et même... » Elle hoqueta derechef. « Les Héritiers s'il le faut ! Qu'ils s'y amènent un peu pour... » Jamais deux sans trois. « Voir ! »

    Sombrant dans les abysses du burlesque, il était plus qu'évident que l'unique vainqueur de leur épreuve éthylique n'était autre que le jeune homme lui-même, mais aurait-il de quoi savourer son succès ? Une autre fois, sûrement. Présentement, la donzelle avait d'ores et déjà omis le sujet de leur conversation et proférait d'indistinctes injures à l'encontre des chevaucheurs de dragons ainsi que des zélateurs de Mynkor. Il était peu plausible que le forgeron ait une opportunité prochaine d'admirer la princesse avec autant d'égarement, autant de mystification sur ce qu'était la réalité. En guise de démonstration de sa vésanie, elle se mit à fendre l'air de ses frêles poings comme si elle eut été en pleine rossée, imaginant secrètement qu'elle faisait face à ce promis venu s'entremettre dans son existence. Un faux mouvement suffit à la spolier du peu de stabilité dont elle jouissait encore pour la faire culbuter à même le par terre, dans la poussière. Séant au sol, elle ne trouva rien de plus opportun qu'un nouvel accès d'hilarité insensé tout en essayant de se redresser – en vain. Ne manquant point de suite dans les idées, la naïade bascula sur son côté senestre pour se mettre à quatre pattes et avaler la distance qui la séparait de son condisciple pochard Tant bien que mal, elle parvint jusqu'à ses pieds sans cesser de se désopiler. Puis, contre toute attente, elle s'agricha à la jambe de l'indigent comme s'il eut été son traversin favori, la tempe lovée contre sa cuisse dans une mimique assoupie. Malheureusement pour le pauvre roturier, la détacher de sa gambette serait un exercice des plus épineux à moins qu'il ne se résigne à la trainer avec lui, car agriffée comme l'était Izhelindë, elle refuserait de lâcher prise. Pire encore, aucun d'eux n'avait d'accointances à même d'héberger la pauvre dame abandonnée aux bonnes intentions de Galahad, faisant de lui le seul apte à veiller sur elle. Aurait-il l'âme à se défaire de cette coercition morale pour la laisser à la merci du premier quidam venu ? L'emmènerait-il jusqu'à son logis de fortune pour lui assurer un semblant de sécurité ? Qu'importaient ses desseins, la belle, elle, poursuivit dans sa bêtise.

    « Allons dans une autre taverne... Au Chant de la Sirène ! Je veux boire de l'hydromel ! » Dit-elle sans même ouvrir les yeux. « Allons-y... »

    Paradoxalement, la dryade ne bougea point, étrécissant même l'étau qui opprimait la jambe du jeune homme, confortable dans cette position. La narcose l'emportait graduellement, seul un pan de sa conscience demeurait encore dans ce monde où les passants n'étaient pas mieux lotis que le curieux duo qu'ils formaient. Il aurait été parfaitement invraisemblable qu'il adhère à ses propos en la conduisant là où elle désirait se rendre, alors même qu'elle sommeillerait bien avant d'y être arrivée. L'alcool palabrait à sa place et encore fallait-il espéré qu'il n'en soit pas de même pour le jeune homme qui se voyait accablé de toutes les responsabilités. Il avait voulu l'extirper de sa contenance ? L'arracher à ses affres et lui faire omettre ses malheurs ? Une brillante réussite dont il se devait à présent d'assumer les conséquences. Puis, tout à coup, la voix croupissante de la nymphette s'éleva pour ourler un détail qui ne lui avait pas échappé.

    « Ah, non ! D'abord, il faut aller chercher Yefahlan ! » Dans une vague de lucidité, elle put préciser. « Mon cheval... Je lui ai promis... »

    Et effectivement, l'étalon patientait encore certainement dans la venelle, celle dans laquelle ils s'étaient antérieurement rencontrés. La princesse avait besoin de sa monture pour courir le monde dès le lendemain, et Eydis seule savait ce qu'elle serait encline à faire subir à son camarade si celui-ci ignorait son compagnon chevalin. Qui plus est, le destrier ne serait inexorablement pas de trop pour l'aider à transporter celle qui sombrait de plus en plus, toujours agrégée au plus sobre des deux.

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Dim 27 Mai 2012, 20:37

     Dire qu'habituellement c'était lui qui négligeait tout ce qui l'embarrassait, voilà que les rôles étaient inversés ! La manière dont Izhi balaya les paroles de son « ami » lui rappela étrangement son comportement, sauf que généralement lui n'était pas saoul. Le jeune homme fronça légèrement les sourcils, en effet il s'angoissait pour rien, si la demoiselle n'avait pas été la princesse en titre et l'héritière de Lanriel, peut-être – non certainement – qu'il l'aurait larguée ici en lui souhaitant une bonne soirée. Mais Galahad ne s'était pas épuisé à essayer de jouer les amis sincères jusqu'à ce jour, pour qu'elle termine dans le caniveau. Ou dans le lit d'un profiteur qui l'aurait croisée sur le chemin. Vu l'état dans lequel elle était, la Singulière n'aurait pas été en mesure de se défendre, bien au contraire. Il soupira en secouant la tête, constatant par ailleurs qu'il valait mieux éviter d'agir de la sorte sans quoi les petites étoiles de la taverne refaisaient leur apparition. Le Singulier n'avait pas l'alcool mauvais, mais lorsque quelque chose ne se passait pas comme il le souhaitait alors qu'il était plus euphorique qu'à l'accoutumée, il pouvait se laisser emporter dans le mauvais sens. Ce qui sortait de la bouche de la princesse n'était pas vraiment logique, ainsi le jeune homme l'écoutait sans vraiment comprendre ce qu'elle disait, du moins jusqu'au moment où elle aborda le sujet des Héritiers. Inconsciemment, il lui décrocha un regard quelque peu inquiet, mais non, elle parlait dans le vent et ne le visait pas vraiment. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il lâchait quelques mots.

     ▬ À force de parler d'eux, tu vas finir par nous attirer la poisse ! »

     Pas vraiment vu qu'il en était lui-même un, mais allez savoir avec les surprises que l'avenir réservait. Puis Galahad avait tellement pris le pli de jouer les innocents lorsqu'il était avec Izhi, que dès que le sujet des Héritiers était abordé, il se sentait obligé de considérer qu'il n'en faisait pas partie. Même pompette ce réflexe restait en éveil. Question de vie ou de mort après tout. Pendant qu'il répondait, la demoiselle avait chuté au sol et se retrouvait les fesses par terre. Hors de question qu'il s'amuse à la redresser alors que son équilibre était aussi plutôt précaire, déjà qu'il n'était pas particulièrement habile en temps normal.... Le jeune homme la regarda d'un air désabusé alors qu'elle bascule pour se mettre à quatre pattes et approcher d'un Galahad qui la dévisageait en se demandant si elle avait décidé de tout lui faire ce soir. Une chose était certaine, la princesse avait l'alcool joyeux et apparemment elle avait aussi oublié ses petits ennuis de début de soirée. Toujours muet, le forgeron la suivait du regard d'un air morne et absent, puis il lâcha un râle de protestation lorsque la brune agrippa sa jambe comme si c'était son oreiller préféré. Il semblait que la belle était particulièrement câline ce soir, une fois de plus le roturier devait supporter son débordement d'affection. Tout aurait été plus simple si elle avait évité d'être aussi tactile, mais non, les choses auraient été bien trop simples ! D'un geste agacé, il essaya de détacher les mains de la princesse de sa personne, mais sans y parvenir. Est-ce qu'il était trop pompette pour y arriver ou avait-elle simplement plus de poigne qu'il ne le pensait de prime abord ? Alors que Galahad s'affairait toujours à essayer de se défaire de la Singulière, celle-ci se remit à parler en proposant d'aller dans une autre taverne. Il fut à deux doigts de protester avant de se rendre compte qu'elle ne bougeait pas, gardant les yeux clos. Est-ce qu'elle s'était endormie ? L'idée était si ridicule qu'il n'osa l'envisager. Au moins ne pouvait-elle pas se bouger les fesses toute seule, c'était déjà ça, il n'aurait pas à lui courir après pour la garder en sécurité. Elle manqua de le faire sursauter en prenant tout à coup la parole pour annoncer à son compagnon de beuverie qu'ils devraient avant aller récupérer le canasson de la demoiselle. Sans chercher à masquer son agacement il soupira puis répliqua d'un ton contrarié.

     ▬ Izhi, ce n'est qu'un stupide canasson, il n'a rien dû piger à ce que tu lui as dit, franchement tu peux le récupérer demain, il ne va pas s'envoler ! »

     Le ton du jeune homme exprimait clairement le fait qu'il ne comptait pas aller chercher ce stupide animal. Déjà qu'il avait une princesse littéralement accrochée à la jambe, ce n'était pas pour s'amuser encore avec son cheval ! S'escrimant toujours à essayer de décrocher la belle, sans y parvenir, il finit par soupirer d'un air visiblement encore plus agacé, puis lâcha les doigts de la demoiselle pour lui taper sur la tête à quelques reprises. Nul doute qu'avec la dose d'alcool qu'elle avait ingurgité, ce traitement n'allait pas être particulièrement agréable.

     ▬ Lâche-moi ! J'suis pas un de tes... Je ne sais pas, mais lâche-moi c'est tout ! Tirant une fois de plus sur le bras de la brune, il s'avoua finalement vaincu. Bon, tu me lâches et on va chercher ton canasson, mais si tu continues de jouer les sangsues tu peux aller te brosser pour que je m'occupe de ça ! »

     Déjà qu'il n'était pas patient de nature, son état actuel le rendait encore moins apte à attendre. Quoi qu'il en soit, en joignant ses efforts aux paroles qu'il venait de prononcer, il parvint à se défaire de l'enlaçade de la jeune femme. Comme elle n'avait pas l'air en état de marcher, Galahad se pencha un peu pour l'attraper sous les bras et la forcer à se remettre d'aplomb. Restait à espérer qu'elle n'allait pas se retrouver à embrasser les pavés de la rue dans deux minutes. Après l'avoir lâchée une fois qu'il fut sûr qu'elle n'allait pas retomber aussitôt, le jeune homme lui fit signe de le suivre.

     ▬ Bon, tu me suis et t'essayes de ne pas te perdre, on récupère ton canasson et on te trouve un endroit où dormir. Hors de question que tu ailles boire plus vu ton état, sinon tu peux être sûre que ce sera ta dernière cuite ! »

     Il était bien placé pour savoir que l'alcool pouvait se révéler très dangereux, au village lorsqu'il y vivait encore, le jeune homme avait vu un colosse fort comme un bœuf tourner de l'œil et tomber raide mort après avoir trop ingurgité d'alcool. Vu la carrure de la princesse, il ne lui en faudrait pas énormément et le Singulier ne tenait pas à se retrouver avec le cadavre de la future Reine sur les bras. Surtout s'il était responsable de sa mort. Il se détourna donc en vérifiant qu'elle le suivait bien. Il n'était pas question qu'il s'amuse à la porter sur ses épaules ou dans ses bras, si elle ne connaissait pas ses limites, tant pis pour elle ! Il fallut quelques minutes de réflexion à Galahad pour se souvenir dans quelle rue ils avaient marché pour arriver jusqu'à la taverne et avec un peu plus de temps qu'à l'allée, les Singuliers finirent par tomber sur le cheval de la princesse qui n'avait pas bougé d'un poil. Le forgeron le regarda d'un air hésitant, se demandant si l'animal attendait bien sa maîtresse ou non, puis finalement haussa les épaules en se disant que c'était sans importance. Pendant le chemin, le jeune homme avait fréquemment vérifié que la princesse le suivait et il se retourna donc vers elle en désignant le canasson d'un geste du menton.

     ▬ Le voilà ton cheval, t'es contente ? Grimpe dessus, ça ira plus vite pour le chemin. »

     Sans vraiment de délicatesse, chose qui contredisait étrangement le geste presque tendre qu'il avait eu en l'enlaçant, le Singulier la poussa vers le cheval avant d'approcher pour la soulever par la taille histoire qu'elle puisse monter sur son destrier. Qu'elle se couche dessus ou fasse ce qu'elle voulait du moment qu'elle tenait bon ! Il attrapa alors les rênes de la bête en lui glissant qu'il avait intérêt à ne pas l'emmerder parce qu'il n'était pas d'humeur, puis il l'entraîna derrière lui. Mais pour aller où ? Les quelques personnes qu'il connaissait ne pouvaient pas héberger la jeune femme quant à payer une auberge mieux valait éviter, des fois c'était aussi dangereux que de rester dans la rue. De dépit, il décida que la demoiselle allait devoir se contenter du foin qui se trouvait dans l'espèce de grange où lui-même logeait. Si elle voulait jouer les princesses, elle n'avait qu'à répondre à ses questions après tout ! Il tira donc sur les rênes et entraîna le duo derrière lui dans le dédale des rues de Cathairfál jusqu'à ce qu'ils arrivent là où il « vivait » sans rencontrer qui que ce soit. Là, Galahad approcha de la demoiselle pour lui tapoter la cuisse – puisque c'était la seule chose à sa portée – afin d'attirer son attention.

     ▬ J'sais pas où te faire dormir, alors tu te contenteras de ça, considère que c'est le début de ta vie d'aventure ! »

     Après quoi, il se détourna pour laisser à la belle le soin de descendre seule de son canasson. Même pompette il n'en devenait pas plus galant. Plusieurs meules de foin avaient été ouvertes et disposées de manière à faire une espèce de matelas géant. Galahad l'avait rendu moins désagréable avec des morceaux de tissus posés dessus qui retenaient les brins de foin qui pouvaient piquer. Pas le grand luxe, mais elle n'avait pas le choix, ou alors il faudrait aller voir ailleurs. Le forgeron se laissa tomber assez lourdement sur l'un des côtés de ce matelas de fortune, observant la princesse pour voir comment elle se débrouillait. Si vraiment elle galérait trop, il irait l'aider histoire de ne pas la voir avec les dents encastrées dans le sol. Mais uniquement si elle avait vraiment du mal. Il avait bien le droit de rigoler un peu aussi.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mar 29 Mai 2012, 22:54

    Telle l'épée Excalibur orgueilleusement scellée à son socle, la princesse n'était point décidée à se séparer de ce qui s'improvisait comme étant sa couche : la cuisse de Galahad qui ne semblait guère l'entendre de cette oreille. La scène tant burlesque aurait été prompte à inspirer les plus illustres bouffons du royaume, même les plus fins pochards s'immobilisèrent pour observer la lutte du binôme sans savoir que faire si ce n'était rester cois. Et ils avaient matière à l'être, les bougres, car le jeune homme tenta par moult moyens de délier sa jambe de la sangsue partiellement assoupie, en vain. Qu'il s'agisse d'une force de poigne insoupçonnée de l'une ou de l'alanguissement provoqué par la boisson de l'autre, le fait était qu'Izhelindë se plaisait ainsi positionnée. Seules les saccades s'essayant à la repousser l'empêchaient de sombrer dans un profond sommeil, sans que pour autant elle ne s'en montre importunée. Avait-elle seulement conscience qu'ils se donnaient en spectacle même devant une demi assemblée aussi pintée qu'ils ne l'étaient eux-mêmes ? Certainement pas, et sans doute était-ce mieux ainsi. Avec cela, le refus d'obtempérer de l'indigent eut l'instinctif effet de lui faire étrécir son étau, plus qu'elle ne l'avait d'ores et déjà fait et presque au point de le priver de circulation sanguine. Soudain, elle crut que l'on toquait à l'huis de son crâne – ce qui était effectivement le cas ! Les quelques calottes qu'elle reçut la fit émettre des vocalises plaintives à chaque coup porté. Puis enfin – et heureusement pour tous deux – le persécuté se résigna à accomplir sa volonté, à savoir, récupérer son destrier. Une fois encore, cette abdication eut une conséquence somatique dont la demoiselle ne se rendit pas même compte, son étreinte perdant de sa superbe pour permettre au roturier d'intégralement s'en défaire. L'esprit égaré entre l'univers chimérique et la réalité, elle se laissa ensuite ballotter pour recouvrir un semblant d'équilibre, bien campée sur ses gambettes – miracle ! Parvenant ainsi à ne pas chuter dans la poussière, ses mirettes s'entrouvrirent sensiblement, l'éclat évasif et sans grande présence. Elle parvint néanmoins à juger des propos de son compagnon de nuitée, intelligibles pour son peu de bon sens et auxquels elle adhéra d'un ample – même emphatique – mouvement de tête. Elle ne s'essaya pas à prononcer le moindre mot ni même à prendre un itinéraire différent que celui du forgeron dont elle suivait aveuglément le galbe. Sa verve avait laissé place à l'épuisement, assommant et étouffant, contre lequel elle guerroyait pour ne pas succomber. Sans l'aide du plus sobre, jamais n'aurait-elle été capable de retracer le chemin qui les séparait de leur lieu de rencontre impromptue. Même une fois parvenue dans la venelle en question, elle n'en reconnut rien, à peine réveillée par hennissement de son cheval visiblement guilleret de ne pas avoir été oublié. L'instant d'après – et avec bien plus de délicatesse – la sylphide se retrouvait sur l'échine de son étalon. Puis, s'ensuivit un long et sinueux chemin durant lequel elle s'endormit par plusieurs fois, bordée par les mouvements réguliers de son porteur chevalin.

    Lorsqu'une trinité de heurts frappa sa propre jambe, l'héritière de Lanriel eut un soubresaut avant de poser une oeillade engourdie sur le fautif de ce trouble. Elle le crut sur parole, jugeant inutile de prendre connaissance du lieu dans lequel il l'avait conduite – et bien inapte à le faire si elle en avait le désir. Elle perçut des bruissements, leur couche d'infortune étant furtivement installée dans le plus rudimentaire des luxes. Dans le but de la rejoindre, la donzelle entreprit de descendre de son piédestal animal en lançant, non sans difficulté, l'une de ses jambes pour atteindre le par terre. Première victoire, aussitôt assombrie par un accroc qui coinça son pied dans l'étrier. Elle manqua de culbuter mais se retint à la selle, sans comprendre, malgré le truisme de la situation, ce qui pouvait ainsi la retenir. D'interminables secondes s'écoulèrent sans qu'elle ne puisse trouver la solution à l'étrange énigme qui la contraignait à sautiller sur un pied. Fort heureusement, après maints efforts et avant l'intervention chevaleresque de l'Héritier, elle réussit à se libérer. Sans plus attendre, elle s'élança à son tour sur le tapis de chaume pour s'y installer en diagonal, le plus nonchalamment possible. Sitôt après son plongeon, la belle sembla déjà partie, loin, dans le confort de la narcose. Ce fut tout du moins ce que l'indigent aurait toute légitimité de penser, pouvant ainsi s'adonner à son propre repos en toute quiétude. Jusqu'à ce que... Une masse ne se mette à rouler pour entrer en contact avec lui. Un bras vint l'enlacer, puis, un minois chercha l'appui de son épaule pour s'y blottir. Le cauchemar continuait avec les accès affectueux de la princesse qui, cependant, ne voyait en cette proximité aucune atteinte à leur simple et pure amitié. L'intuitive envie de s'assurer que même en ces exceptionnelles circonstances, elle n'était point seule. Un susurre lui échappa même.


    « Bonne nuit... »

    Une voix suave, puis un soupir, avant qu'elle ne sommeille pour de bon. Nul doute que le jeune homme ne supporterait pas plus longtemps la contiguïté installée et dont elle se plaisait tant à user à outrance. L'étalon de pur-sang vint un instant humer la couche de paille, avant de s'éloigner pour s'installer dans un coin sombre de la grange. Une soirée des plus tumultueuses, où les sentiments et réactions n'avaient été que kyrielles vives et illogiques. L'ivresse acquise n'aurait en rien résolu ses tourments qui n'hésiteraient pas à lui sauter au faciès dès le lendemain, mais Galahad n'en avait pas moins réussi son défi : lui faire omettre ses déboires le temps d'une nuit, une bouffée d'air dans un monde dénué d'oxygène. Si la tribulation de supporter une jouvencelle en proie prenait fin pour le forgeron, celle de la demoiselle ne s'endormait pas avec elle. Dans les méandres de sa fertile imagination s'assombrissaient les cieux, plus aucune poussière de fée, seule l'agonie d'un noir songe. La foudre sembla tonner dans son esprit, d'horribles cauchemars probablement suralimentés par l'excès d'alcool et qui la firent mouvoir d'angoisse. Sueur au front, eurythmie sur le point de rompre sa cage thoracique, elle bougeait sporadiquement dans son coin de lit, maugréant parfois des noms et des négations s'y alliant. Elle voyait les physionomies altières de ses parents penchées sur elle, entendait les gloussements hilares de celui qui serait son époux, ressentait les affres de son aimé et les partageait. Ainsi, la sorgue fut particulièrement tempétueuse pour la nymphette dont un faisceau de lueur matinale vint incommoder les paupières. Partiellement recroquevillée sur elle-même, elle émergea lentement, tout de go assaillie par de si néfastes maux que revenir à la réalité était un supplice. Izhelindë tenta de se redresser, abandonnant prestement cette idée en sentant son pauvre crâne martelé par une indicible douleur. Nauséeuse, courbaturée, éreintée, désorientée, elle pria pour qu'une quelconque âme charitable ne lui porte l'estocade. Cependant, en lorgnant sur ses flancs, elle remarqua que son ami n'était pas ici, ni même son compagnon chevalin. Elle se souvenait approximativement du chemin parcouru jusqu'ici, les réminiscences lui revenant au compte-goutte Au bout de longues minutes de débat interne, elle finit par réitérer sa tentative, relevant tout d'abord sa croupe jusqu'à parvenir en position assise. Un réveil des plus délicats et qui ne lui légua qu'une seule envie : se défenestrer sur-le-champ.

    Elle aurait juré que tous les cors du pays se jouaient dans ses cavités cérébrales, jamais, ô grand jamais, elle n'avait été affublée d'une telle migraine. Tant bien que mal donc, luttant contre elle-même, elle réussit à se remettre sur ses jambes non sans chanceler, puis partit en quête de ses acolytes disparus. Il lui sembla ouïr des bruits provenant de l'extérieur du fenil, où elle se rendit pour apercevoir le forgeron non loin de Yefahlan en train de paître. Ce dernier tendit l'oreille, repérant l'arrivée de sa maîtresse pour aller à sa rencontre d'un pas cadencé. La demoiselle l'accueillit de cajoleries dans sa crinière lactescente, déposant un délicat baiser sur son museau frétillant. L'air pataud, elle sembla somnoler à même son destrier.


    « Bonjour toi... » La voix enraillée par son gosier irrité, elle se racla la gorge tout en s'approchant de son ami occupé à sa besogne. « Bonjour... Dis moi que je ne suis pas la seule dont la tête est sur le point d'imploser... Je me sens mal... »

    Euphémisme ! La jeune femme ne pouvait s'en rendre compte, mais sa condition physique était un éloquent reflet de son malaise. Un teint blême, dénué des habituels érythèmes faciales qui faisaient état de sa bonne santé – des mirettes boursouflées et cernées – une chevelure ne ressemblant guère plus à rien et chamarrée de nombreux fétus. La disgrâce frapperait – derechef – sa famille si l'un de ses membres la voyait arborer une telle apparence. Comble du désagréable, la dryade se sentait crasseuse, avec l'impression que des flux d'alcool s'échappaient par tous les pores de son épiderme. Les lendemains de surconsommation ressemblaient-ils toujours à cela ? L'indigent semblait en meilleure forme qu'elle ne l'était, sans qu'il n'en soit de meilleure humeur qu'à l'accoutumée pour autant. Les vieilles marottes ne changeaient point – par ailleurs, elle n'était pas certaine de vouloir les changer.

    « Le soleil pointe déjà bien haut, combien de temps ai-je dormi... ? » Elle soupira. « Qu'importe, je n'ai que trop abusé de ton hospitalité. » Soudain, elle sentit quelque chose lui tirer les cheveux : sa monture en train de tenter de dévorer le foin ornant sa chevelure, qu'elle chassa gentiment avant d'épousseter sa tignasse enchevêtrée. « Arrête Yefahlan !... Nous allons partir et dénicher un coin où faire notre toilette, et accessoirement, pour que je rende tripes et boyaux... Galahad, je... » Elle l'observa. « Merci. »

    Ce simple terme suffirait à résumer l'entièreté de sa pensée. Malgré l'épuisement manifeste, elle lui adressa une frêle risette emplie d'authenticité, d'une sincère reconnaissance sur tout ce qu'il avait fait pour elle durant la nuit. S'il avait voulu gagner ses éperons dans l'estime de la princesse, cela était un franc succès.




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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Fellowship Through Tears & Drinks   Mer 30 Mai 2012, 14:58

     Izhi se débrouilla toute seule pour descendre de son canasson et ce fut d'ailleurs tant mieux. S'étant laissé tomber sur le foin, Galahad avait constaté qu'il ne parviendrait certainement plus à se lever sans devoir s'aider des quelques objets présents ici pour se hisser sur ses pieds. Comme la princesse s'approchait de la couche de fortune, le forgeron décréta qu'elle était assez grande pour se débrouiller toute seule et qu'il n'avait aucunement besoin de la border, il se laissa donc tomber en arrière avant de rouler sur le côté pour pouvoir enfin goûter à un repos plus que mérité. Des bruits derrière lui indiquèrent que la demoiselle s'était visiblement elle aussi installée et vu le silence qui se fit, l'Héritier en conclut que le foin n'avait rien à envier à la royale couche. Fermant les yeux, persuadé qu'il avait réussi à tenir le rôle du bon compagnon de beuverie pendant toute une soirée, Galahad ne put s'empêcher de lâcher un grognement de contrariété lorsqu'il sentit la belle venir se coller contre lui. Décidément, l'alcool la rendait plus tendre que du beurre fraichement moulé ! Gardant les lèvres closes, persuadé qu'elle allait rapidement s'endormir et qu'il pourrait se débarrasser de son étreinte, le jeune homme patienta quelques instants jusqu'à ce qu'elle lui murmure un « Bonne nuit ». Il attrapa alors le bras de la demoiselle pour le repousser en arrière avant de se pousser vers l'avant, pivotant sur lui-même pour donner une légère pression à l'épaule de la princesse qui roula sur le côté, sans se réveiller. La couche pouvait contenir quatre bonnes personnes sans qu'elles se touchent, mais non, il fallait qu'elle vienne de SON côté ! Soupirant une dernière fois, le forgeron s'allongea pour de bon avant de fermer les yeux pour se reposer enfin.

     Comme à chaque fois qu'il avait trop bu, Galahad passa une nuit parfaite, dormant d'un sommeil sans rêves il ne s'éveilla qu'aux premières lueurs du jour. Là, ce fut tout de suite moins agréable, à peine après avoir ouvert les paupières, le forgeron sentit une pression sur ses tempes, la bouche pâteuse et une vague migraine. Pourtant ce qu'il avait vu la veille était normalement sa limite, à croire que l'alcool était plus fort qu'il ne l'avait envisagé. Bah, ce n'était pas la même gueule de bois qu'Izhi allait se ramasser et rien que cette idée le consolait. En pensant à la princesse, il tourna la tête de l'autre côté de la couche pour constater qu'elle dormait encore. Après avoir attendu quelques instants que les effets de l'alcool s'atténuent, il se redressa sans faire de bruit, non parce qu'il ne voulait pas déranger la demoiselle qui dormait encore, mais simplement parce qu'il voulait profiter encore un peu de sa paix. Celle-ci prendrait certainement fin au réveil de la belle. Il s'éloigna donc de l'espèce d'écurie qui lui servait de demeure le temps qu'il dégote mieux, puis il se rendit vers le puits situé au fond de la cour au sol défoncé. Il n'était pas le seul à en user, mais à cette heure-ci les autres étaient déjà dans les champs où aux endroits où une personne normale devait se trouver. Après une brève toilette qui lui permit de se rafraîchir un peu et de s'ôter le goût désagréable qu'il avait en bouche, Galahad regagna la courette située devant l'écurie et constata que le canasson de la jeune femme se trouvait là. Il l'avait presque oublié lui ! Généralement les lendemains de beuverie, le roturier n'aimait pas manger, cela plombait l'estomac et donnait surtout envie de vomir, il se contenta donc de s'installer sur un demi-tonnelet retourné qui faisait office de tabouret, puis s'occupa en remettant en état ses lames. Il s'abstint toutefois de les aiguiser avec sa pierre, craignant que le bruit ne réveille la princesse et mette fin à sa quiétude.

     Quelques temps plus tard alors que le soleil était déjà haut, Izhi débarqua dans la cour et se dirigea vers son cheval qui eut le privilège d'avoir son premier salut, puis elle se retourna vers le forgeron pour s'en approcher avant de se renseigner sur l'état du jeune homme. Il ne masqua pas son amusement en arborant un sourire presque moqueur qui signifiait « alors qui a gagné finalement ? » il était certain qu'elle n'était plus aussi joyeuse que la veille au soir !

     ▬ Tu verras avec le temps, ça deviendra presque normal ! Il leva les yeux vers elle, constatant qu'elle avait effectivement une tête de pocharde qui venait de se réveiller, chose qui ne fit qu'accroitre son amusement. Tu as vraiment une sale tête ce matin. »

     Galahad ou l'art de savoir complimenter les femmes. Bah, ce n'était pas comme si la princesse n'était pas habituée à être toujours complimentée pour son magnifique physique et les formes avantageuses qu'elle possédait. Il avait toujours l'habitude de lui faire des remarques franches alors ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait changer. Comme la princesse faisait le jeu des questions-réponses en lui demandant quelle heure il pouvait bien être, le canasson de la demoiselle s'était approché d'elle et entreprit de brouter les bruns de foin plantés dans ses cheveux. Ce que ça pouvait être idiot un cheval quand même. Secouant la tête devant ce spectacle, le jeune homme se concentra à nouveau sur sa tâche et la voix de Izhi se fit entendre comme elle lui déclarait qu'elle allait chercher un endroit où se laver. Il hocha la tête et releva finalement le visage comme elle prononçait son nom. Le remerciement qu'elle formula alors le prit le court, il ne s'y attendait guère et se contenta de hausser les épaules en baissant à nouveau les yeux, ne troquant pas son habituelle expression butée contre un air moins renfrogné. Certaines choses ne changeaient pas.

     ▬ Tu ne diras plus ça lorsque tu auras entendu ton gage ! Ce n'était pourtant pas elle qui avait perdu, mais c'était une manière de changer de sujet tout simplement. Désignant le fond de la cour d'un geste du menton, il reprit. Il y a un puits au fond si tu veux de l'eau fraîche. »

     Il continua son travail le temps que la jeune femme et son cheval s'éloignent, puis le temps défila une fois de plus et il entreprit d'aiguiser ses lames jusqu'à ce que la silhouette de la princesse se dessina à nouveau devant lui. Il ne leva pas la tête, se contentant de fixer l'acier brillant sous ses doigts, éprouvant le tranchant de la lame de son pouce, puis il lâcha quelques mots comme s'ils se reverraient le lendemain, alors qu'elle s'éloignait déjà.

     ▬ À la prochaine. »

     Pas de « bon voyage » ou de « bonne journée », non, il se contentait de l'essentiel et Izhi se doutait certainement qu'elle n'obtiendrait rien de plus de sa part. Il avait épuisé sa dose de sympathie avec la soirée d'hier.

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