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 Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]

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Una Syrion

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MessageSujet: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Dim 15 Avr 2012, 11:41

A peine l'épreuve s'était-elle achevée que la foule s'était refermée sur les participantes, dissipant bien vite les préoccupations qui pouvaient s'être immiscées dans l'esprit encore euphorique d'Una. Une bonne heure de plus fut nécessaire pour se soustraire à l'attention de ces gens qui, en temps normal, trainaient sur elles des regards chargés de mépris. Oh bien entendu, le plus gros de la foule se concentrait sur l'héroïne du jour car Aeron empochait avec son trophée l'admiration du public mais bloquée dans cette masse humaine, la dessinatrice se trouvait bien en mal d'esquiver la marée changeante de sentiments à son encontre.

Hébétée, son regard parcourait la foule à la recherche d'un appui, d'un soutien ou de n'importe quoi capable de la happer et de l'entrainer loin de cette cohorte mais ses pieds restaient irrémédiablement arrimés au sol et la touffeur paralysait le moindre de ses efforts. Ses yeux dérivaient pourtant sur chaque visage mais aucune mine ne paraissait se soucier de son sort et quand sa contemplation bascula jusqu'à la tribune royale, elle regretta soudainement le départ des figures souveraines, capables d'un mot de commander le calme. Du moins, c'était ainsi que marchait les choses dans cette ville, non ? Et puis, lui revint en tête le visage si familier de cette princesse que tout le monde louait pour sa beauté. Izhe aussi était belle mais attifée de tenues plus banales, capables de lancer les pires injures et se moquant fort de la crasse recouvrant son visage. Une telle ressemblance était étrange, pourtant un visage baigné par le soleil pouvait revêtir les traits les plus inattendus, non ?

« - …j'ai croisé un cuisinier du palais, le festin sera aussi grandiose qu'hier pour peu qu'on se dépêche. »

La voix ne s'adressait pas à elle et s'éloignait peu à peu, entrainant dans son sillage les intéressés par de si fabuleuses promesses. L'idée de la viande grillée et de la graisse qui fond sur le doigt était une chose qui éveillait chez chacun un appétit féroce. Una, elle-même, aurait suivi le mouvement si ce soudain éclaircissement des âmes autour d'elle ne lui avait pas rendu visible Aeron et sa statuette d'or. La jeune femme adressa un salut amusé à la rôdeuse et se fraya un chemin pour parvenir à sa hauteur. Les joues encore roses par la proximité qu'on lui imposait, les cheveux plaqués contre ses tempes, elle apparut plus misérable que lors de l'épreuve. Néanmoins elle ne put retenir un sifflet d'admiration sur la sculpture qui clamait haut et fort la victoire de l'archère. Ses années au sérail avaient affiné son sens esthétique et elle ne pouvait s'empêcher de s'extasier sur la facture de l'œuvre quand ses origines pirates s'interrogeaient sur la coquette somme que tout cela pourrait valoir au marché noir. Elle n'osait poser ses doigts sur la pièce de peur qu'elle ne subisse une dégradation inexpliquée à son contact mais ses prunelles ne quittèrent que difficilement l'éclat doré.

« - On y va ? »

Des badauds ne restaient maintenant qu'une poignée. A n'en pas douter, dénicher une place à la taverne du chant de la sirène deviendrait une tâche ardue. Leur éphémère popularité leur accorderait peut-être un privilège inattendu mais rien n'était sûr. Enfilant son carquois puis son arc à son épaule, Una débuta sa marche à travers les rues. A l'origine, l'arme n'était pas sa propriété mais sa valeur avoisinant le néant rendait cet emprunt moins scandaleux. D'ailleurs aucun garde ne lui tomba dessus pour la déposséder de son bien et cela rendait les explications inutiles. Elle n'avait pas gagné l'épreuve mais peut-être pourrait-elle utiliser son don pour tendre un peu le tissu de sa bourse. L'expédition prévue pour le Pálás dearthóirí nécessitait des fonds et la vente d'une arme sculptée par son don serait un précieux atout, quant bien même n'était-ce pas là son domaine de prédilection.

Joyeuse, sur le chemin, elle entreprit de décrire à Aeron, la meute de jolis garçons qui se pavanait à ses pieds, et rêvait de la voir transpercer leur cœur aussi surement qu'elle l'avait pu faire des cibles. La plupart des hommes rechignait à admettre leur infériorité face à une femme mais pour une catin de son espèce, il n'était pas rare de découvrir leur penchant pour la soumission une fois la lumière éteinte. Toutefois, elle se garda de ce commentaire et c'est avec un plaisir non dissimulé qu'elle ouvrit avec énergie la porte de la taverne. Quelques regards intrigués se tournèrent vers elle avant de reprendre le fil de leur vie. A force de contorsion, Una parvint à atteindre une table proche d'un mur et se laissa glisser avec un soupire ravi. Être debout sous un soleil n'était pas son passe-temps favori.

« - La dernière fois, moi venir ici, les hommes parler de Mynkor. »

Elle émit un rire bref perdu entre le gloussement et le hoquet et sombra une seconde dans le souvenir de cette soirée. Il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis ce jour et finalement elle était bien incapable de remettre en paroles tous les actes de cette nuit-là. D'un revers, elle chassa cette réminiscence et fit signe à une tenancière de venir les servir. Aeron avait été épatante aujourd'hui et ce moment était parfait pour l'en féliciter.

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Dernière édition par Una Syrion le Sam 28 Avr 2012, 14:23, édité 1 fois
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Aeron Pryddeth

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Ven 20 Avr 2012, 03:21

Son trophée dans les mains, Aeron expérimentait une nouvelle sensation. Celui d'être la gagnante d'une épreuve du Grand Tournoi de Cathairfál. Un moment étrange qui comprenait pêle-mêle un certain nombre de félicitations, une immense satisfaction et le poids de l'or du trophée. Elle admira le travail d'orfèvre entre deux remerciements à des visages anonymes exultants de bonheur et deux poignées de main, se rappelant qu'Arsenios lui avait glissé que l'artisan à l'origine de sa conception lui échangerait ce prix contre la somme convenue, ne voulant pas voir son oeuvre détruite. Ce que la jeune femme pouvait parfaitement comprendre. Elle voulut se diriger vers Una mais ses nouveaux admirateurs ne semblaient pas décidés à la laisser filer si facilement aussi fut-elle condamnée à subir une heure de plus de civilités. Et elle découvrit que les civilités lui donnaient soif... Aussi sa reconnaissance atteint des sommets lorsque sa nouvelle amie, si tant est qu'elle pouvait qualifier ainsi cette inconnue sympathique, vint l'arracher aux derniers de ses interlocuteurs. Hochant la tête vigoureusement à sa proposition, elle s'excusa auprès des spectateurs restants pour emboîter le pas d'Una remontant dans le dédale de ruelles qui les mènerait au Chant de la Sirène.

D'ordinaire, Aeron ne logeait pas dans des endroits si fastueux. Elle se contentait d'auberges pauvres mais propres dans les Bas Quartiers où elle n'avait pas à partager sa paillasse avec des invités indésirables et souvent venimeux. Mais son dernier contrat avait été particulièrement juteux aussi avait-elle pu se permettre cette petite excentricité... Le poids de la statuette, maintenant glissé contre son corps à un endroit que les tire-laines les plus doués ne pourraient atteindre sans attirer immédiatement son attention lui rappelait qu'elle était maintenant à la tête d'une coquette somme. Peut-être pourrait-elle investir dans une armure... Le joyeux babillage de sa compagne la ramena à la réalité. D'ordinaire aussi bavarde qu'Una, la Rôdeuse préféra cette fois écouter, ponctuant les discours de son interlocutrice d'onomatopées d'approbations et d'éclats de rire joyeux. Elles remontèrent cahin-caha les rues tortueuses de la capitale pour se diriger vers les hauts quartiers. Aujourd'hui pourtant, même les zones les plus miséreuses de la grande cité paraissaient pavées d'or. Elles finirent tout de même par atteindre la mythique Taverne dont la salle comme à son habitude était suffisamment peuplée pour que se frayer un passage jusqu'à une table ressemblait à une randonnée sous les futaies étrangleuses d'Odhra. Après avoir passé l'après-midi debout en plein soleil, la Rôdeuse s'assit avec bonheur sur les bancs cirés de l'auberge. Pour une femme habituée à râper son fondement sur une selle pendant des jours, ses sièges de bois constituaient un luxe non négligeable. Et elle ne voulait même pas évoquer le lit, le vrai lit qui l'attendait dans sa chambre. Un instant son esprit considéra la possibilité de se faire livrer un exemplaire de cette couche au Refuge grâce à l'argent honnêtement gagné dans l'après-midi. La remarque d'Una la tira une nouvelle fois de ses réflexions.

Mynkor. Le dieu dévoyé, le jumeau d'Eydis. Les gens osaient donc parler de cette sombre divinité dans les rues de Cathairfál à quelques rues du palais royal. Sous le nez de l'autorité. Ses adeptes avaient donc étendu leur influence à ce point ? La jeune femme ne lui laissa pas le loisir de remuer ses sombres pensées puisqu'elle gesticula vers la tenancière dans le geste universel pour demander qu'on leur rapporte une pinte de la bière. Aeron posa son trophée et son arc sur l'extrémité de la table qui jouxtait le mur de pierre et se détendit.

"C'est le genre de conversation qui ne devait pas être bien agréable, j'imagine", constata-t-elle d'un ton qui ne manquait pas d'une certaine sécheresse.

A sa connaissance il n'y avait pas d'adorateurs de Mynkor chez les Rôdeurs. Cette croyance, cette vassalité apparaissait complètement contradictoire avec l'esprit qui unissait les siens. Mais l'on pouvait toujours être surpris en ces temps où le désastre paraissait toujours imminent. Elle décida que le débat était clos préférant ne pas s'aventurer sur des terrains vaseux et ne voulant pas assombrir la journée en épiloguant sur le mouvement séditieux qui vérolait doucement Lanriel. Elle s'apprêtait à orienter la conversation sur un nouveau sujet, lorsqu'une pinte de bière remplie à rabord fit son apparition sous son nez. Aeron savait reconnaître quand il était temps de fermer son clapet et de déglutir. Levant son verre dans un geste de célébration, elle entrechoqua sa chope avec celle de sa compagne. "A cette journée! Riche en rencontres et nouvelles amitiés!" Puis cédant à la soif dévorante qu'elle éprouvait depuis qu'elles avaient terminée l'ascencion, elle avala une grande gorgée de bière fraîche, remarquant une nouvelle fois que la richesse était un mode de vie qui lui allait comme un gant. L'aridité de sa bouche finit par disparaître et elle reposa la choppe, essuyant ses commissures d'un revers de main rendu assuré par l'expérience de multiples beuveries dans des bouges sordides. Elle observa alors à nouveau son interlocutrice en se demandant qui pouvait bien être Una. Elle n'avait rien de ses filles de ferme qui maniait l'arc pour amener à la table de ses parents un peu de viande supplémentaire. Elle était trop fragile pour cela. Trop raffinée même. Et ses mains n'étaient pas assez calleuses. Pourtant elle n'avait pas non plus l'arrogance naturelle des enfants bien nés, de ses gamines de bonne famille qui venaient parfois s'encanailler dans les Bas Quartiers ou pire encore se croyaient suffisamment fortes pour résister aux aléas de l'aventure. Avec ses grands yeux sombres et son visage de poupée, Una lui évoquait la masse de ses personnes qui vivaient dans l'entre-deux, coincés entre les dangers de l'extérieur et les coupes-gorges des grandes cités. Elle finit par se résoudre à lui demander.

"Ton accent. Tu viens des îles ? À Port-aux-Princes, on croise des gens qui ont le même. Qu'est-ce qu'une fille de Darya vient faire dans les environs de Cathairfál ? Ce n'est pas l'endroit le plus intéressant de Lanriel. Et certainement pas le plus sûr. D'autant que sans vouloir t'offenser, tu n'as pas l'air d'une combattante confirmée..."

La question était posée sur le ton de la conversation sans agressivité aucune avec la franchise naturelle de la Rôdeuse.

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Una Syrion

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Sam 28 Avr 2012, 16:30

Aeron imaginait bien. Si Una n'avait pas cherché à se renseigner davantage sur le mouvement héritier, le souvenir de la soirée restait confus dans son esprit. Sa foi en Eydis s'en était vu confortée mais dans la foule, elle n'était que femme et il lui était difficile de savoir quel sentiment avait gagné l'attroupement masculin. Il lui semblait que le culte de Mynkor prônait le faible, le vaincu et que ses adeptes se complaisaient dans l'apitoiement. Quel dieu, incapable de se défendre, pouvait assurer la pérennité de ses fidèles ? Eydis reflétait la force. Ses colères soumettaient quiconque et la satisfaire devenait un souhait naturel. Se mettre à dos une telle entité était une folie. Du moins, était-ce là son ressenti et désireuse de passer à autre chose, elle accueillit avec plaisir sa chope. Le manche à lui seul laissait présager la fraîcheur de la bière et après un toast bien nommé, la dessinatrice s'abreuva de plusieurs gorgées avant qu'un souffle satisfait ne franchisse ses lèvres. Boire en bonne compagnie était un plaisir simple dont elle ne profitait plus assez. La direction que prit ce moment la surprit néanmoins et un haussement de sourcil signala cet état à la rôdeuse avant qu'un rire léger ne ponctue sa dernière affirmation.

Elle n'était pas une combattante, c'était un fait établi depuis longtemps. Certes, elle pouvait manier un couteau et intimider un potentiel adversaire mais rien ne lui permettrait de faire plus si ce dernier venait à franchir sa défense. A tout dire, le combat à distance était peut-être son salut. Elle possédait un certain talent au maniement à la fronde mais là encore, rien qui puisse faire d'elle une menace considérable. Quant à son don... Et bien, les dessinateurs n'étaient pas connus pour leur tendance à la violence. Non pas qu'elle rechignerait à se servir de son pouvoir pour se protéger ou protéger un être cher mais c'était là un don qu'on qualifiait de pacifiste. Dogme que, jusqu'ici, elle respectait. Toutefois, elle aurait été bien en mal de partager tout ceci avec sa comparse. Aeron pouvait bien lui inspirer confiance, elle savait que sa nature, comme ses origines, étaient sources de danger. Qui sait quels sbires de Scarlett de Vinter pouvaient trainer dans le coin... Ainsi la jeune femme opta pour la seule réponse valable.

« - Je vends mon corps. »

Son sourire s'élargit à cette confidence. Parler de son métier mettait généralement ses interlocuteurs dans l'embarras et la conversation tournait court. Elle jouait de cela. Dans le cas présent, cette allusion à ses nuits suffirait peut-être à détourner sa compagne d'une curiosité indésirable sur ce qu'elle omettait. Après tout, si sa tenue actuelle écartait quelque peu l'image de la catin, sa venue à l'épreuve et le groupe la soutenant alors, suffisait à corroborer ses dires. Elle se laissa choir contre le dossier de la banquette et passa une main dans sa chevelure pour en repousser quelques mèches sauvages. Bien vite, elle ramena ses jambes contre elle pour s'installer en tailleur et poursuivit sans laisser apparaître la moindre gêne à dévoiler ses activités.

« - Les hommes plus nombreux ici. Les fêtes aussi. »

Nul n'ignorait que l'allégresse facilitait les affaires des filles de joie. Dernièrement les feux de Beltane, puis l'anniversaire de couronnement du roi Hardansson étaient des évènements qui remplissaient les couches des femmes de sa condition. Ce n'était un secret pour personne et cette réalité n'effrayait que les biens pensants. Una ne savait où Aeron se situerait mais il lui semblait que la rôdeuse n'était pas de ce genre qui s'effarouche face à tel sujet. Peut-être se fourvoyait-elle. Pourtant, les rôdeurs n'étaient pas plus acceptés que les marginaux qu'on qualifiait de pécheurs, cela jouait forcément en sa faveur, non ? Indécise quant à cette interrogation, elle se contenta de reporter la boisson à ses lèvres et d'en vider la quasi totalité. Un léger étourdissement la gagnait et cet instant entre l'ivresse et la sobriété la commandait. Elle n'avait rien avalé depuis le début du jour et la chaleur ne facilitait pas la maîtrise de soi. Néanmoins, c'est un ravissement qui se lisait sur son visage aux joues soulignés d'un rose pâle.

« - Et toi ? Veux-tu rester ici ? »

Phrase qui se traduisait davantage comme comptes-tu demeurer à Cathairfàl ? Avec la somme empochée lors du tir à l'arc, Aeron pourrait largement profiter d'un toit et d'un repas chaque jour, le tout dans un environnement propice. La gagnante de l'épreuve s'était présentée comme rôdeuse et il paraissait peu probable de la voir s'établir dans la capitale plus d'une semaine. A bien y réfléchir, Una reconnaissait dans ce groupe quelques similitudes avec les pirates. Outre une mauvaise réputation, ils partageaient un goût prononcé pour les aventures et tous parcouraient le monde. A la recherche de quoi, cela l'enfant pirate ne pouvait le définir avec certitude. L'appât de l'or et du pouvoir commandait les forbans, qu'en était-il pour ceux qu'on prenait aisément pour des vagabonds sans le sou ?

Una n'avait rencontré de rôdeurs dans sa jeune vie. Izhe était l'une d'entre eux et riche de récits comme de connaissances, sa rencontre avec son amie avait été une bénédiction. Ses cartes s'étaient précisées sous les indications de la voyageuse et bien qu'elle ne souhaitait trop nourrir d'espoir, voir une telle possibilité se reproduire avec Aeron était une éventualité enchanteresse. Elle posa ses mains sur ses cuisses et se saisit d'une tissu qu'elle froissa entre ses doigts pour maintenir sa posture, plutôt que laisser ses bras ballants. Elle crevait d'envie de lancer sa comparse sur un compte-rendu de ses divers voyages. Elle se contraint à la patience toutefois, sachant l'initiative fort mal avisée pour quelqu'un qui condamnait l'examen de son passé.

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Aeron Pryddeth

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Dim 06 Mai 2012, 03:38

La révélation de la fonction qu'occupait Una au sein de la cité royale n'avait finalement rien de très surprenant. De nombreuses femmes vendaient leurs corps dans les rues. C'était un métier dangereux, instable mais Lanriel ne disposait pas pour ses sujets d'un panel illimité d'orientation professionnelle. Les sujets du roi dont on fêtait l'anniversaire du couronnement dans cette débauche de couleurs et de musiques occupaient pour la plupart des postes peu reluisants. Elle-même assurait une grande partie de sa subsistance en pillant les anciens tombeaux. Elle réalisa qu'Una avait peut-être chercher à détourner définitivement le sujet en la mettant mal à l'aise mais la jeune femme ignorait que la mercenaire en avait vu assez pour que l'aveu d'un simple tapinage la fasse changer de sujet. Elle se doutait que la capitale était sans doute le meilleur endroit pour vendre ses charmes mais elle avait aussi la certitude qu'il s'agissait également de la ville la plus périlleuse pour se livrer à un tel commerce. Enfin... Il n'y avait pas d'endroits sûrs sur le continent entier pour une personne qui vivait de son corps. Ou de son épée. L'analogie avec la situation mercenaire ne lui échappait pas et un petit rire amer franchit ses lèvres. Elle leva son verre une nouvelle fois. "A peu de choses près nous exerçons généralement le même métier. Je suis mercenaire... La plupart du temps." Elle passa sous silence ses excursions indiscrètes dans les tombeaux, ses fouilles dans les mausolées au cours desquelles elle désacralisait sans le moindre regret la dernière demeure de ces gens décédés si longtemps auparavant pour les dépouiller de leurs richesses. Ce travail de charognard mettait généralement les gens mal à l'aise, quand ceux-ci n'essayaient pas purement et simplement de la raccourcir d'une bonne tête dans le simple but de lui apprendre la politesse et le respect de ses aînés.

Sentant Una mal à l'aise quant à ses questions ouvertes sur ses origines, Aeron préféra changer de sujet en répondant à ses propres interrogations. Elle avala une gorgée de bière avant d'entreprendre de dresser un portrait réaliste de sa propre situation. "J'évite de rester à Cathairfál trop longtemps depuis la Chute du Bouclier. J'ai combattu un moment sur les remparts après le départ d'Inasmir. La paye est trop basse pour les dangers auxquels cette place nous expose." Elle marqua une pause pour reprendre une nouvelle gorgée d'alcool. "Mes capacités principales font de moi une bonne mercenaire. Avant de venir ici, j'ai escorté une caravane marchande à Port-aux-Princes puis j'ai entendu des rumeurs concernant le Tournoi, qu'il y avait de l'argent à se faire. Je me suis dit pourquoi pas... Un Tournoi c'est toujours une bonne occasion pour se faire repérer par un employeur potentiel. " La plupart des mercenaires agissait ainsi. Les Blasonnés ne recrutaient pas gracieusement le premier venu et avant d'obtenir un contrat, il fallait souvent prouver valoir l'investissement. Et si certains pouvaient compter sur des lettres de recommandation ou leur propre réputation, Aeron était suffisamment anonyme pour ne pouvoir se reposer sur son propre charisme ou ses prétentions. Certes, elle devait à sa nature féminine d'avoir été embauchée parfois par des employeurs qui ne rêvait que de l'attirer dans leurs draps. Faveur qu'elle ne leur avait jamais accordé. Presque jamais. La Rôdeuse n'était pas vertueuse en ce qui concernait sa propre chasteté. Et lucide sur sa capacité à résister à la tentation lorsqu'elle voulait quelque chose...

"Je n'ai pas l'intention de rester ici plus que nécessaire. Je festoierais quelques jours. J'achèterais peut-être un nouvel équipement. Et puis je trouverais bien un marchand soucieux de ne pas laisser une caravane sans surveillance. " Elle ramena son attention sur son interlocutrice, ne pouvant laisser de répits à ses questions. Avant qu'Una, son accent, son langage heurté, cahoteux, ait finalement établi son foyer à la capitale, elle avait du voyager. La route était longue d'ici à Darya. Longue, tortueuse et périlleuse. La façon dont une fille qui arrivait à peine à toucher une cible immobile en plein concours était parvenue à accomplir un tel périple était une chose curieuse. On pouvait certes arguer que ses échecs étaient la conséquence de la publicité importante du Tournoi. Mais quand bien même... Una n'avait pas la carrure d'une habile combattante et si ses gestes étaient gracieux, ils n'étaient que l'expression de sa sensualité et de sa féminité naturelles. Rien à voir avec les gestes de grands fauves qu'avaient en commun tous ceux qui maniaient les lames pour assurer leur subsistance. Elle n'était pas sorcière non plus... Aucune sorcière n'aurait vendu son corps pour s'assurer que son assiette contienne la moindre nourriture terrestre. Même les représentants du cinquième ordre étaient recherchés pour leurs capacités d'apaisement. Plus Aeron essayait de percer le mystère qui entourait la façon dont cette jeune femme était parvenue dans cette cité, plus celui-ci s'épaississait. L'impolitesse de son attitude était manifeste mais elle n'avait jamais accordé d'importance aux conventions sociales. L'idée d'un mécène lui traversa l'esprit. Avant d'être chassée par quelques considérations réalistes. Aucun mécène, Indigent ou Blasonné, n'aurait laissé une courtisane barouder en compagnie d'une Rôdeuse. Sans parler de participer à une épreuve de tir à l'arc... Elle finit par ne plus pouvoir retenir ses questions.

"Je suis tout de même curieuse de savoir comment tu es arrivée ici. La Grande Route est tout de même relativement périlleuse pour une femme seule." Ses proches lui avaient toujours dit que sa langue trop bien pendue, sa curiosité, sa tendance à exposer les choses sans enrober ses propos d'une pincée de diplomatie lui attirerait des ennuis. Il était temps de voir si ils avaient eu raison. Aeron voyait mal Una s'offusquer de sa franchise mais elle pouvait tout de même choisir de quitter la table si elle estimait que des sujets trop privés avaient été évoqués. Elle avait volontairement évoqué la Grand Route, l'itinéraire principal pour Cathairfál comme seule solution. Elle savait parfaitement qu'il en existait d'autres mais éliminer cette possibilité lui en apprendrait plus sur son interlocutrice. Elle se doutait que la jeune femme assise en face d'elle avait elle aussi emprunté des chemins plus secrets, plus illicites. Mais elle n'était pas la seule dans ce cas. Et elle ne voyait pas qui aurait pu s'intéresser à une conversation entre deux indigentes, au secret de polichinelle qui entouraient les périples des plus défavorisés...

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Una Syrion

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Dim 13 Mai 2012, 15:34

Sa tête dodelina de gauche à droite au rythme de l'air qui s'élevait maintenant dans la pièce. La taverne ne portait pas son nom pour son brouhaha constant. De nombreux ménestrels sévissaient dans l'échoppe aux premières heures de la nuit. La performance actuelle était douce et se reléguait facilement à la musique de fond mais les notes attrapaient Una avec une facilité déconcertante. De même son regard accrochait celui de la rôdeuse dont le profil se définissait au fil de leur conversation. Devant elle se trouvait donc une mercenaire et la jeune femme se félicita intérieurement d'avoir omis certains détails de sa vie. Aeron ne s'éloignait pas de la vérité en appuyant sur la similitude de leurs emplois. Toutes deux faisaient payer leurs services et chacune passait son temps à tendre l'oreille à l'affût du moindre fait insolite. Oh certes, on ne payait pas les catins pour s'épancher sur leurs épaules mais force était de constater que la plupart des hommes s'y laissait prendre aussi aisément qu'une bouteille de vin pouvait délier les langues.

A vrai dire, il n'était pas rare de voir une fille de joie tirer profit de la situation et faire chanter les insouciants pour quelques privilèges... Naturellement, la majorité de ces personnes ne profitaient de cette situation que pour une courte période, les accidents étant si vite arrivés. Devait-on en déduire que mercenaires et catins passaient leurs vies à courir après des mécènes..? Peut-être...
Le menton posé sur son avant-bras, la dessinatrice ne pouvait s'empêcher d'éprouver cette sympathie naturelle qui lient les gens pour peu qu'ils soient dans la même galère. Aeron lui reflétait cette vision un peu naïve de ce à quoi aurait pu ressembler sa vie si les choix à affronter eurent été différents. Après tout, si elle n'avait pas suivi les traces de sa mère, qui sait ce qu'elle serait devenue ? Une guerrière ? Elle ne pouvait en être sure, toutefois elle avait la certitude que ses pas ne l'auraient conduits que vers une nouvelle vocation de marginale. Sa vis à vis était enjouée et avenante mais toutes deux ne revêtaient nullement l'habit des femmes de bien.

« - Je pouvoir me renseigner. »

On ne sous-estimait que trop le réseau d'informations que constituait un bordel. Les hommes se vantaient sans vergogne de la provenance de leur or. La plupart ne pouvant se targuer d'être blasonnés, nombreux étaient ceux qui chargeaient et déchargeaient les caravanes qui stationnaient à Cathairfàl. Hormis soldat, peut-être même était-ce là le seul travail que pouvait espérer un quidam. La capitale de Lanriel était prospère mais les petites gens éprouvaient toujours autant de mal à remplir leur bourse. L'étrange paradoxe de cette terre. Quoiqu'il en soit, la dessinatrice se sentait capable d'obtenir quelques informations sur les expéditions à venir, bien qu'elle n'en doutait pas, la récente victoire de sa comparse ne manquerait pas de lui attirer quelques nouveaux clients. N'était-ce pas là la raison première de la présence des spectateurs prestigieux ?

Elle ne put y songer davantage. La conversation revenait sur sa personne et cette curiosité éveilla un sentiment étrange dans l'esprit de la pirate. Il n'y avait pourtant là aucun danger et sa méfiance n'avait rien de légitime mais cette insistance la rendait presque coupable. Un peu comme un enfant confronté au regard d'un adulte si accusateur, que malgré son innocence, l'enfant ne peut s'empêcher de bredouiller son alibi ou chercher une justification qui n'a pas lieu d'être. C'était une expérience plutôt déconcertante. En y repensant avec plus de soin, il lui semblait pourtant que son voyage jusqu'à la capitale n'avait rien eu de clandestin, était-ce insolite pour une personne de sa sorte ? Lasse d'y réfléchir et craintive de se laisser submerger par des conjonctures de plus en plus paranoïaques, Una fit naitre un sourire énigmatique sur ses lèvres et profitant de l'effet, entama ses explications.

«  Je n'être pas seule. Les voyageurs sont nombreux. Le voyage est long. Je être une distraction en échange de protection. »

Offrir son corps pour l'obtention d'un bras armé relevait du troc le plus banal. La chose ne lui avait jamais répugné et résultait de la solution la plus pratique. Une fois qu'elle avait débarqué du navire pirate qui avait accosté à quelques lieux de Port-aux-Princes, elle n'avait eu qu'à rallier la ville commerciale avant de trouver escorte. Ce court périple en solitaire n'avait eu aucune conséquence tragique, grâce à Eydis. Toutefois son humeur d'alors n'aurait probablement pas accueilli la mort comme une fatalité mais c'était là un sujet qui n'avait pas besoin d'être évoqué.

Les notes d'un flûtiau montèrent subitement dans les aigus et quelques applaudissements polis suivirent. La troupe n'accédait peut-être pas au succès escompté malgré ses efforts mais la soirée ne faisait, après tout, que débuter. Le groupe poursuivit donc avec une ritournelle des plus communes, vantant les bienfaits de la déesse et Una se leva soudain pour en ébaucher les premiers pas de danse, avec un bonheur manifeste. La dernière fois que le morceau avait été joué en sa présence, elle n'était qu'une gamine qui voyait le monde comme une grande carte au trésor et la nostalgie de ce sentiment suffisait à animer ses mouvements avec passion. Sa tête se renversa en arrière alors qu'elle éclatait d'un rire sincère et elle tourbillonna sur place. Sa chope toujours en main, se déversa quelque peu dans son sillage et hilare, elle se laissa de nouveau choir sur la banquette. Il y aurait toujours un peu d'espoir pourvu que jamais ne cesse la musique. Elle marqua le rythme en applaudissant et haussant la voix pour se faire entendre, elle s'adressa à la rôdeuse:

« - Je crois que fête commence. »

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Aeron Pryddeth

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Sam 19 Mai 2012, 11:25

Aeron n’avait pas vraiment l’occasion d’avoir des contacts avec des filles de joie. D’abord parce qu’elle n’avait pas recours à leurs services, ensuite parce qu’elle ne leur faisait pas de concurrence. Il lui était certes arrivé d’en croiser lors de ses missions, sur le bord des routes, pauvres créatures hâves qui se vendaient pour quelques piécettes ou courtisanes endimanchées qui rendaient visite à ses employeurs à la faveur de la nuit, lorsque leurs épouses faisaient semblant de dormir, seules dans leurs grandes chambres vides. Una n’était ni l’une, ni l’autre. Elle semblait appartenir à une troisième catégorie de personnes. Une catégorie qu’on trouvait dans tout Lanriel, celle des gens qui indépendamment de leurs pouvoirs, de leurs parcours ou des difficultés qu’ils pouvaient rencontrer se frayaient péniblement un chemin dans la vie. Sa proposition de l’aider la surprit agréablement. L’altruisme n’était pas une qualité particulièrement répandue en ce bas-monde, particulièrement en ces temps troublés. Cette offre venue d’une parfaite inconnue la surprit bien plus qu’elle n’aurait jamais voulu publiquement. Elle se composa une expression qui ne la ferait pas ressembler à un poisson qu’on venait de sortir de l’eau avant de remercier Una avec un chaleureux sourire.« Ma foi si c’est si gentiment proposé, je ne vois pas comment je pourrais refuser une telle offre. »

Elle imaginait mal comment une prostituée pouvait avoir vent des expéditions potentiellement intéressantes pour une Rôdeuse mais elle ne connaissait absolument rien aux détails de son existence pour se livrer à d’éventuelles conjectures hasardeuses. D’autant qu’encore une fois la jeune femme se déroba à ses questions avec grâce et sans faire preuve de la moindre agressivité. Pour Aeron, le sujet était définitivement clos. Elle n’avait pas été payée pour découvrir les secrets que cachait son interlocutrice énigmatique et la fatigue aidant, elle réalisait qu’elle se moquait bien de ce qu’on pouvait bien lui dissimuler. C’était une bonne journée, elle n’en demandait pas plus. Elle jeta un regard affectueux, presque maternel à son trophée en imaginant le spectacle des pièces d’or. Voilà une vision qui était rassurante et qui l’encourageait à laisser son insatiable curiosité au placard au moins pour la soirée. Peu importait en définitive qu’Una ne lui donne pas les détails de son trajet jusqu’à Cathairfál. Sa version était tout à fait réaliste et la mercenaire n’avait pas besoin d’avoir le détail de tous les clients auxquels elle avait du se vendre pour atteindre la capitale. Elle considéra sa propre situation en tant qu’escorte ponctuelle de caravanes d’un œil amusé et un peu désabusé.
« Les gens me payent parfois pour assurer leur protection. Certains me demandent aussi parfois d’assurer la distraction… Ce ne sont généralement pas les plus séduisants. Ou les plus intéressants… » Combien de fois avait-elle eu affaire à des clients qui croyaient que leur argent suffirait à l’attirer dans leurs couches ? Elle en avait perdu le compte. Une anecdote amusante lui revint. Elle remontait à quelques années en arrière, alors qu’elle était encore relativement naïve quant à la nature humaine. Un gloussement cynique lui échappa sans le vouloir. « Je me souviens de l’un d’entre eux. Un homme si riche qu’il pouvait se permettre de s’assurer les services d’une compagnie entière de mercenaires en plus des soldats de sa propre maison. Je suppose qu’il m’avait engagé plus pour la ‘distraction’ que pour mes éventuels talents martiaux. Toujours est-il qu’en ma présence, il faisait perpétuellement référence à son immense richesse et à ce que vaudrait à une jeune femme intelligente une conduite dévouée. Un soir, il a installé une piste de pièces d’or depuis ma tente jusqu’à la sienne. Il se trouve que par commodité nous partagions nos quartiers à deux. Je n’ai pas été celle qui a regagné cette fameuse tente la première. C’était mon équipier. Aussi large que haut. Il a trouvé notre employeur nu comme un ver dans sa tente… Il l’a rançonné, lui a volé son meilleur cheval et a mis les voiles. J’ignore complètement ce qu’il a bien pu advenir de lui mais cette histoire a fait le tour des tavernes pendant un moment. » Elle avait tu volontairement le nom de l’arrogant Blasonné, consciente que le révéler ne lui attirerait que des problèmes. Ils étaient sans doute nombreux les gens qui avaient eu vent de sa déconfiture. Pour ce qu’elle savait l’homme avait même été gratifié de l’honneur d’une chanson par un barde amusé de sa déconvenue.

La réaction soudaine d’Una à la musique la surprit et l’amusa à la fois. Ainsi il y avait des gens encore capables d’une telle spontanéité malgré le péril imminent dans lequel paraissait perpétuellement vivre le royaume. Elle-même ne dansait pas. On le lui avait formellement interdit. En cause ? Ses gesticulations et ses pas d’épileptiques représentaient un véritable danger pour les danseurs et les arpions des gens présents dans un rayon de trois mètres… Elle se contenta aussi sobrement de battre la mesure sur le rebord de la table et d’un hochement de tête convenu. De toute façon, il n’y avait certainement pas assez de places pour que tous les clients de la taverne puissent danser. Et elle ne tenait pas spécialement à s’éloigner de son trophée avec toute cette foule. Un accident était vide arrivé et un vol encore plus. Regardant le niveau de sa pinte qui descendait avec une impressionnante régularité, la jeune femme adressa un regard concerné à son interlocutrice. « Et j’espère que la nourriture ne tardera pas à la suivre. J’ai l’estomac dans les talons. Et avec la victoire d’aujourd’hui, je me sens prête à dévorer un dragon et son cavalier… » Elle marqua une nouvelle pause, ingurgitant un peu plus de bière. « Pardonne-moi si je ne me joins pas à la sarabande mais je suis à peu près aussi douée pour danser que pour faire du macramé. Ma mère avait coutume de dire que j’avais probablement hérité ma grâce d’un ancêtre troll… Mais si tu veux aller danser, je garderais ta boisson et ta part de tambouille aussi sérieusement que si il s’agissait de la couronne d’Eydis en personne. Et le tout sans te faire débourser un centime. » Elle appuya sa dernière phrase d’un sourire entendu et d’un clin d’œil, espérant que ses tentatives maladroites d’humour ne tomberaient pas à plat. Ou ne finiraient pas étouffées par le son de cette musique tapageuse. Comment quelques troubadours et leurs crincrins pouvaient-ils produire autant de bruits ?

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Dim 20 Mai 2012, 11:47

Spoiler:
 

L'anecdote d'Aeron fit doucement pouffer Una. Imaginer la tête du blasonné était une chose aisée pour une personne avec son imagination, chasser ensuite cette image relevait par contre d'une autre affaire. La difficulté résidait sans doute au fait que de multiples soulards reproduisaient encore la scène quand la chanson venait à franchir les lèvres d'un ménestrel facétieux. Et dire qu'Aeron était à l'origine de cette chanson. En somme, en plus d'une excellente archère se tenait devant elle une célébrité. L'art du chant traversait les âges. De nombreuses épopées perduraient au fil des siècles grâce aux talents de leurs débiteurs et dorénavant, l'héritage oral emportait un peu de la rôdeuse dans ses bagages. Peut-être même bénéficierait t-elle de son moment de gloire si l'envie prenait un barde de louer sa victoire à l'épreuve du jour. C'était une éventualité plaisante. La dessinatrice se demanda un instant si une telle mise en lumière lui serait accordée un jour. Mais que pourrait-elle donc inspirer ? La catin d'un jour, l'éplorée du soir, la dessinatrice dissimulée... Bah. Aeron méritait davantage d'être portée comme héroïne d'une aventure. Elle inspirait la liberté.

«-  Il devoir bien rire. »

Qui ne pourrait s'enorgueillir d'un tel forfait ? Suite à sa déclaration, Una partit dans une parfaite imitation d'une expression horrifiée avant de porter ses mains à son corps comme si elle cherchait à en dissimuler la moindre parcelle de peau à un intrus. Son éclat de rire rompit l'entreprise. Cet équipier avait là matière à animer les soirées au coin du feu pour toute une vie. Sa lignée se léguerait peut-être même le récit de génération en génération et puis de là débuteraient les festivités d'une soirée bien engagée. N'était-ce pas exactement ce qui se passait au sein de la taverne du chant de la sirène ? Aeron et elle avaient trinqué, discuté, ri et maintenant que ses pieds exécutaient les pas rapides d'une danse typiquement du coin, il lui semblait que rien ne pourrait ternir la nuit à venir. C'était une impression naïve car, justement, rien ne pouvait lui promettre des heures sans ombres mais elle s'y accrochait fermement, désireuse quelle était de ne laisser passer aucune miette de quiétude dans un quotidien qu'elle jugeait trop gris.

Adossée contre la banquette, elle s'octroyait un repos qui lui était dû et hocha fermement la tête quand sa comparse mis sur le tapis le sujet de la nourriture. Les sages ne mentent pas en affirmant que les émotions creusent. Si Una n'était pas certaine du sens à donner aux paroles d 'Aeron (un instant, elle se demanda sérieusement si l'animosité qu'on éprouvait envers les rôdeurs étaient dû à cet estomac se trouvant dans leurs talons. Chose fort étrange au demeurant. ) elle conclut que toute deux éprouvaient une faim dévorante.

« - Je crois pas qu'on sert dragon ici. »

La remarque innocente qui pouvait passer pour un trait d'humour, et ce en dépit de son ton si sérieux, n'en était pas un. Dans les îles pirates, il arrivait aux équipages de revenir avec d'étranges créatures marines et malgré leurs apparences parfois peu ragoutantes, elles finissaient toutes dans leurs assiettes. Una n'avait été qu'une fois confrontée à un dragon. Peu de temps après son retour à Cathairfàl, elle avait croisé un officier dragonnier qui en remerciement de ses services (honnêtes, ceux-là) l'avait mené auprès de sa monture. La bête était impressionnante mais bien en chair. De telles carcasses étaient forcément source de nourriture pour les hommes, ...non ?

Una jeta un œil alentour pour en déduire le contenu des quelques assiettes déjà servies mais elle eut beau tordre le cou, elle n'aperçut que de la volaille et parfois un peu d'agneau. Il semblait que les ressources du château ne s'étendaient pas à tous les gardes-manger, bien qu'une cuisse de poulet suffirait amplement au bonheur de la jeune femme. Elle sourit à la proposition d'Aeron et déclina poliment. La musique devenait plus vivace et les hommes en perdraient bientôt toute retenue. Or, elle ne tenait pas à subir leurs mains bourrues ce soir. La compagnie de la mercenaire lui convenait et avec amusement, bien qu'elle ne l'admettrait pas, elle craignait que l'appétit de sa vis à vis ne résiste pas à la tentation d'un second service encore fumant.

« - Une danse, c'est bien. Assez d'efforts ! » Après s'être resservi d'une rasade de bière, elle leva sa chope et la frappa contre celle d'Aeron. «  A table !»

C'était un besoin universel. La serveuse, l'œil vif et le teint frais, arrivait justement avec ce qui semblait être le plat du jour et le fumet chatouilla avec une telle efficacité l'odorat d'Una que le ventre de cette dernière se mit à gronder avec impatience. Bien qu'elle n'y prêta pas attention sur l'instant, les assiettes étaient arrivées sans qu'elles n'aient à passer commande ou même à régler. Après avoir englouti une bouchée impatiente et gourmande de sa part, elle se lécha le pouce avec application tout en articulant soigneusement.

« - Tu crois qu'on offre à nous ? »

L'une d'elles connaissait peut-être un des clients de l'échoppe. A moins que le propriétaire ait reconnu les participantes au tir à l'arc... Son vertige s'accentua. Sur sa langue persistait un arrière-goût étrange qui n'avait rien de coutumier avec les herbes habituellement servies en cuisine. Elle avait sommeil soudainement. Son regard papillonna vers les tables environnantes. Elle voulut se lever, porta sa main sur la table pour s'aider de son appui mais le manqua. Elle s'écroula à demi sur la banquette. A quelques mètres, un trio d'hommes jetait des regards avides vers le coin qui comptait le trophée d'or.



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Aeron Pryddeth

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Jeu 24 Mai 2012, 09:02

Aeron ne savait pas si le mercenaire avait bien ri. A vrai dire, elle ne savait même pas si il était en vie. Braquer un Blasonné était une mauvaise idée. Ces gens-là étaient jaloux de leurs prérogatives, de leur prestige et leurs égos étaient choses importantes et sensibles. Avec cet acte d’opportunisme forcené, l’homme avait gagné un avis de recherche et il était tout à fait possible que certains de ses compagnons de voyage se soient lancés à sa poursuite. Il pourrissait peut-être dans un fossé. Ne voulant pas ternir l’ambiance de la soirée avec ce constat réaliste, la Rôdeuse se contenta d’un sourire entendu qui se transforma en un rire de gorge ouvertement amusé lorsqu’Una évoqua l’ambiance de dragon au menu. Lequel fut quelque peu modéré par le ton sérieux sur lequel la jeune prostituée s’était exprimée. Pensait-elle réellement que ces reptiles volant figurait comme denrée comestible à une table en ce bas-monde ? Aeron décida que non. « Et c’est bien dommage… » Elle gloussa à nouveau avant de remettre le nez dans son verre en essayant de conserver un semblant de contenance et de ne pas s’effondrer hilare sur la table en imaginant la présentation d’une cuisse de dragon dans une assiette. Un humain pouvait-il seulement consommer cette sorte de viande où risquait-il de décéder dans d’atroces souffrances à ce propos ? La question devrait se poser. Elle se dit qu’elle tâcherait d’y répondre la prochaine fois qu’elle passerait au Refuge…

Elle vit arriver les assiettes avec surprise, ne se souvenant pas d’avoir commandé quoi que ce soit. Enfin… Elle n’était pas suffisamment familiarisée avec les us et coutumes de la Taverne du Chant de la Sirène pour savoir si il s’agissait ou non d’une chose inhabituelle. Son estomac décida pour elle qu’il était temps d’arrêter de discuter et de se mettre à table… Ce ne fut que lorsque la nourriture atterrit dans sa bouche qu’elle réalisa que quelque chose n’était pas normal. Elle connaissait ce goût, elle avait déjà senti une odeur analogue et ses souvenirs s’associaient à une impression de malaise. Sa bouche fut soudain pâteuse alors qu’elle réalisait à quoi elle avait affaire. Elle cracha le morceau de viande dans son assiette, attrapa sa pinte pour se gargariser puis sans le moindre remord pour le parquet antique, cracha la boisson chargée de drogues sur les pieds d’un client. Qui avait osé ajouter une substance pareille dans son assiette ? Pire encore comment la serveuse d’un établissement réputé de la capitale avait-elle pu croire qu’il n’y aurait pas de conséquences à la suite d’un tel geste ? D’un revers de main, Aeron essuya les commissures de ses lèvres maculées de bière et de bave. Pour la séduction, elle repasserait. Sa bouche était devenue complètement insensible et la contraindre au moindre mouvement ne se faisait qu’à l’issue d’un effort intense. L’empoisonneur, quelle que fut son identité, s’était assuré qu’une dose capable d’assommer un cheval atterrisse dans son assiette. La jeune femme blonde secoua la tête, vérifiant qu’elle n’avait pas ingéré la drogue. Mais à part ce problème buccal, son équilibre semblait normal. C’est alors qu’elle se rappela qu’elle n’était pas seule. Una s’affala sur la banquette en face d’elle, visiblement sonnée. Repoussant l’objet de toutes les convoitises vers le mur près de la jeune femme là où personne ne pourrait l’atteindre sans se heurter à sa propriétaire légitime. Celle-ci entreprit de soulever Una pour la rasseoir correctement. Elle n’avait pas une minute à perdre. Elle ne savait pas ce que contenait exactement le mélange que sa compagne avait ingéré, bien malgré elle mais se doutait qu’il ne s’agissait pas d’une substance inoffensive. Voulant lui faire comprendre qu’elle ne lui voulait pas de mal, Aeron préféra lui expliquer avant de faire quoi que ce soit. « Una. Je sais que tu te sens mal mais dans quelques secondes la chose va être encore pire. Tu dois expulser ce que tu viens d’avaler. Je dois te faire vomir. » La chose était répugnante mais compte tenu de la situation, les considérations hygiénistes n’avaient que peu de poids. « J’ignore si il te reste assez de forces pour basculer en avant mais il va falloir que tu m’aides. » Elle inspira un grand coup. « Et c’est parti. » Elle enfonça ses doigts au fond de la gorge de celle qu’elle ne connaissait pas quelques heures auparavant. Il y avait des moments où la vie prenait des allures tout bonnement grotesques. Ayant appuyé correctement à l’endroit de la gorge qui provoquait d’ordinaire le renvoi immédiat de la nourriture par le chemin qu’elle avait pris pour entrer, Aeron ne s’attarda pour vérifier la justesse de ses connaissances anatomiques. Elle se tourna vers la salle pour demander de l’aide…
Et se retrouva face à un trio hétéroclite dont les yeux étaient fixés sur un seul objectif. Son trophée. Son précieux trophée. Sa propriété à elle. L’un des opportunistes et probablement l’un des empoisonneurs finit par s’adresser à elle. « Toi et ta copine pute, cassez-vous… Vous aurez probablement une petite chance de survivre. » Son haleine, chargée en remugles d’alcool, frappa le visage de la jeune femme… Maintenant elle se rappelait pourquoi elle haïssait la capitale. Le seul endroit du monde où vous pouviez vous faire agresser dans un lieu public sans que personne ne lève le petit doigt. Au mieux la chose passerait pour une bagarre de taverne. Au pire, leurs corps sans vie seraient jetés dans un dépotoir avant la fin de la soirée. Dans son dos, se tenaient la statue qui représentait trois cents pièces d’or et une fille qui n’avait pas demandé à se retrouver impliquée dans cette affaire. Aeron ne répliqua pas. Elle se contenta de dégainer une dague qui ne la quittait jamais. Un objet sans beauté sans finesse. Une lame acérée en acier dont le but était avoué par sa seule forme. Une dague destinée à tuer. Elle la dégaina et tenta de la planter dans l’œil d’un de leurs assaillants. Elle espérait que la mort de l’un d’entre eux réussirait à les dissuader de tenter quoi que ce soit. La lame parcourut la distance qui la séparait de son objectif en un éclair léthal.
Spoiler:
 
Et rata son objectif de quelques centimètres traçant un sillon écarlate dans le visage du meneur. La douleur le fit ciller. Puis le sang, flot rouge, jaillit. Elle espéra que la douleur mettrait fin à l’altercation mais se prépara à toute éventualité. Appeler la garde n’aurait servi à rien elle le savait. Avec un peu de malchance, les trois qu’elle avait devant elle n’était que l’avant-garde d’un groupe plus important. Elle adressa une prière muette à Eydis et leva son arme maculée du fluide carmin à la vue de tous. Pourvu qu’ils décident de s’enfuir… Son attention entièrement tournée vers leurs agresseurs, la Rôdeuse n’osait jeter un coup d’œil à sa compagne, ne fut-ce que pour s’enquérir de son état.

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Dernière édition par Aeron Pryddeth le Jeu 24 Mai 2012, 09:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Jeu 24 Mai 2012, 09:02

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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Mer 08 Aoû 2012, 15:14

A peine retrouvait-elle le réconfort d'un appui qu'Aeron l'y délogeait, gagnant nombreux geignements de protestation au passage. L'esprit embrumé, Una ne parvenait pas à garder son attention rivée sur la rôdeuse. Il lui semblait que la tâche lui demandait bien trop d'efforts pour finalement n'obtenir que bien peu. Elle s'y efforça toutefois, incapable de fuir davantage le regard qui la clouait sur place. Aeron l'ennuyait. Un peu. Ce n'était pas drôle. Elle ne comprenait qu'un mot sur trois, son cerveau refusant d'assimiler leur sens. Elle avait connu ça au sérail, au début. Mais elle n'était pas au sérail, non ? Une douleur soudaine à l'estomac la fit gémir de souffrance. La sueur imprégnait son visage dont la teinte livide prononçait la couleur de ses cernes. Elle crevait de soif. Hagarde, elle se pencha pour saisir sa chope et subit aussitôt l'attaque de la mercenaire.

Terrifiée à l'idée de ses doigts dans sa gorge, ses mains accrochèrent le poignet de la rôdeuse qu'elle laboura de ses ongles dans l'espoir de la faire céder. Les larmes embuaient sa vue. La peur la rendait plus alerte mais la prise de conscience ne calmait en rien sa panique. Heureusement, le calvaire prit fin. Victime de soubresauts, elle finit par rendre le contenu de son estomac sur le plancher de la taverne, écroulée qu'elle était sur la banquette. L'intérieur de son corps en feu, elle écarta les mèches collés à son front. Devant elle se jouait le ralenti d'une pièce et elle voyait presque une marionnette lui conter le début de l'histoire. Elle se redressa sur un coude, maudissant le vertige qui mettait à mal son équilibre. Aeron était seule face aux ennuis. Il fallait qu'elle l'aide. Pourquoi ne bougeait-elle pas ? Aeron ne s'en sortirait pas seule.

« Bouge... »

Elle lâcha ce faible murmure sous forme d'injonction et son corps accepta enfin de suivre ses directives. La faiblesse de ses jambes ne lui permettait pas d'assurer sa démarche. Elle tituba et ses genoux rencontrèrent douloureusement le sol. Elle maudissait son état. Son inefficacité. Elle maudissait ces hommes aussi. Ces fermiers qui osaient utiliser du poison comme leur arme de prédilection. Ils étaient lâches. Tous. Dieux, qu'elle haïssait être à leur merci. Ces êtres stupides qui pensaient pouvoir revendre un trophée marqué du sceau du roi sans soulever la moindre objection. Ne pouvaient-il réfléchir ces incapables ? Devaient-ils faire honte à l'art du vol ? Exécrables déchets.

Sa crainte de flancher devant pareille engeance nourrissait sa frustration. Et plus la frustration de la dessinatrice grandissait, plus son pouvoir se développait. Les digues qui façonnaient son contrôle cédèrent peu à peu, libérant sous forme d'ombres les atrocités qu'elle destinait à ses agresseurs. Ses doigts s'enfoncèrent dans le bois du parquet et les planches semblèrent répondre à sa colère. Son art du dessin créa de longues lézardes et les bandes ainsi libérées allèrent narguer les chevilles des assaillants comme si elle étaient le prolongement de vrais doigts. Cet acte manifeste de magie ajouta du poids au couteau brandit d'Aeron et l'hésitation marqua leurs traits.

Spoiler:
 

Leurs vies devaient connaître de sérieux revers pour qu'ils s'entêtent ainsi. Les yeux rivés au sol, Una n'avait aucune conscience des évènements qui se succédaient autour d'elle. La respiration sifflante, elle tremblait. Son don engloutissait ses maigres ressources. Peu à peu, l'illusion perdit de son intensité. Un type, étranger au trio, remarqua ce fait et fondit pour la frapper à la joue. Le coup mit un terme à sa magie et la réveilla tout à fait. L'autre lui cracha au visage et proféra une insulte sur les gens de son acabit. Le terme lui était inconnu mais l'hostilité bien trop présente pour ne pas s'en faire une traduction précise. Une main sur sa joue blessée, Una craquait. Tant bien que mal, elle se releva.

« Il falloir partir. Je.. partir. Partir.. Je... »

Passant aux côtés d'Aeron, elle se fraya difficilement un chemin vers la sortie. Elle ne savait si la rôdeuse préférerait la suivre et mettre fin à l'altercation ou si elle se battrait jusqu'au bout pour protéger son bien. Una avait tranché. Qu'avait-elle fait au juste ? Si la rumeur de son appartenance à la caste des dessinateurs se répandait, qui sait à quoi elle devrait faire face ? Elle ne pouvait plus retarder davantage son départ de la capitale. Elle devait prévenir Solan et réunir ses affaires aussi. Elle déboucha sur la rue sous l'apparence d'une petite chose agitée, tous les yeux semblèrent se tourner vers elle comme si chacun connaissait dorénavant son secret. Son cœur martela sa poitrine menaçant de la faire exploser. Serait-ce possible ?


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MessageSujet: Re: Quand l'épreuve assèche les gorges. [pv Aeron]   Mer 08 Aoû 2012, 15:14

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