Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.

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MessageSujet: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Dim 15 Avr 2012, 15:48


N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde - Où je hume à longs traits le vin du souvenir?


« Que vient donc faire une délicieuse gouge en ces terres arides ? Ne t'a-t-on point donné satisfaction là d'où tu viens ?» Une lueur malsaine brillant dans son regard, un colosse lui faisait face, une lame pointée à quelques centimètres de sa jugulaire. Le cou à vif, Priranna déglutit difficilement. Ses yeux tentèrent de couler aux alentours, tachant de trouver des moyens de défense – autres, bien évidemment- que le poignard qui avait été soigneusement accroché à sa cuisse mais qui par déveine lui était absolument inaccessible. Une poignée de sable aurait pu faire l'affaire si le sottard à l'haleine pestilentielle ne lui avait pas immobilisé les membres, la rendant dès lors quasi inoffensive autrement dit : condamnée à un déshonneur certain. « Mortdiable ! Tes seins sont si fermes, tu devrais me montrer once de reconnaissance de t'offrir le contact de mes chairs » le sourire qu'il afficha eut davantage le don d'attiser son dégoût que les quelconques feux de la passion. Le viol devait certainement faire parti d'une besogne tout à fait gratifiante, dans le coin songea-t-elle, serrant la mâchoire : « Mon enthousiasme serait autrement plus véhément hélas je crains qu'il ne soit tempéré par le tranchant de vôtre épée, mon brave. ». Elle leva les yeux aux cieux, si Eydis existait vraiment pourquoi donc restait-elle de marbre face à un tel spectacle de sauvagerie ? Seulement, devait-elle rejeter sa propre sottise sur la déesse ? Après tout, la situation dans laquelle Priranna était plongée ne pouvait être imputée qu'à ce caractère fourbe et réfractaire qui souvent – comme présentement- lui avait valu moult péripéties. Foutremerde, pensa-t-elle, prise de panique. C'est son maître , Zoran Drahiyr qui serait complètement déçu de son inefficacité – quelle inefficacité , d'ailleurs, sa stupidité avait atteint des sommets ! -. Pourquoi donc se sentait-elle obligée de désobéir ? Pour prouver qu'elle pouvait être aussi forte qu'un homme. La belle affaire, voilà où cela l'avait conduit. Splendide souffla-t-elle interloquant l'individu : « Une requête, ma toute bonne ? ». Passez-moi votre épée, pourceau, pour tester ma découpe. « Pourquoi n'irions-nous pas à l’abri des regards ? ». Qui ne tente rien, n'a absolument rien. Ce qui lui parut sûr, c'est qu'à l'avenir, elle ne tenterait pas d'insubordination, point. « Bien, suis-moi » Qu'aurait-elle pu faire d'autre, menacée par un molosse qu'elle était, hein ? Danser, chanter ? De grâce !

Elle lui emboîta le pas, ralentissant le rythme pourtant effréné du bandit. Ses mains, toujours empoignées par celles du vil salop, elle s'imagina lui octroyer un coup au jarret, une avalanche de poings dans la figure. Sans surprise aucune, elle ne fit rien. Attendant patiemment le moment adéquat pour engager sa parade et châtrer l'animal – si le moment venait à se présenter ce dont, elle fut de moins en moins certaine-. Jetée au sol, quelques interrogations vinrent à l’appel. Gagner du temps oui mais comment ? Un sourire vint se dessiner sur ses lèvres, elle qui trop occupée à se faire molester avait fini par oublier sa monture, se trouvait désormais animée d'un espoir fulgurant. Dresser les chevaux représentait bien plus qu'un métier à ses yeux, c'était ce qui l'aidait à transcender son existence jusqu'ici insipide. Sous le regard extatique du saligaud, elle porta d'un geste lascif les doigts à sa bouche, puis souffla. Ce qui eut le don de raviver les instincts primaires du colosse, eut pour but d'appeler son pur-sang. Ce dernier – bien maté, loyal et particulièrement proche de Priranna- ne se fit guère prier, décochant au rustre repoussant une talonnade douloureuse. Un coup de rein suffit à la belle pour se retrouver en équilibre sur ses pieds. Quelques instants plus tard, une lame s'abattait sur le torse de l'individu à plusieurs reprises avant de couper ce qui lui conférait fierté et virilité. « Voilà à quoi ressemble ma gratitude ». Finalement, peut être n'aurait-elle pas été une déception pour son maître. « Quand on sera arrivé auprès de Drahiyr, prunelle de mes yeux, je te filerai une pomme. Tu as été courageux. » D'un bon, elle se retrouva sur le dos de son compagnon d'infortune et galopa, pressée de quitter les lieux.

Les heures défilèrent, chaudes, étouffantes. Un soleil de plomb – dont elle n'était plus habituée- régnait haut dans le ciel, déversant sa fureur sur les dunes infertiles, sur elle. La soif se fit sentir, elle tira sa gourde, le regard porté sur l'horizon miroitant qui s'élançait autour. Rien, pas l'ombre d'une vie, hormis la sienne et celle de sa « Prunelle ». Rien, un néant sec, un enfer sur terre. « Nous allons probablement mourir ici. Etrange car dans mes souvenirs, je ne souffrais guère de la touffeur du désert. Il faut croire que ces années passées auprès des Nerwende aient eu raison de ma ténacité ». Une main vint caresser le crin de son cheval tandis qu'elle versait de l'eau sur le front de la bête. « Si nous survivons à ce périple, rappelle-moi de ne plus jamais enfreindre les règles dictées par Zoran... » elle n'eut le temps de finir ce qui ressemblait vaguement à des dernières volontés lorsqu'elle fut secouée. Son cheval venait de mettre les sabots dans une crevasse : « Mon tout beau, nous sommes sauvés ! » un sourire fendit ses lèvres alors qu'elle mettait pied à terre : « Tu vois ce que je vois là ? Une empreinte de Dragon. Tu sais ce que ça signifie, mon grand ? Ca signifie que le sable n'a pas eut le temps de couvrir ces traces, s'il n'a pas eut le temps de couvrir quoique ce soit c'est donc qu'ils ont dû faire une hâlte dans les environs il y a peu de temps. Ils ne doivent pas être bien loins, hâtons-nous peut être arriverons-nous à les surprendre avant la tombée de la nuit ». Surprendre son maître telle était sa perspective. Au moment même où il lui avait spécifié de ne point l'accompagner, dans sa tête, les mots contraires étaient déchiffrés : le « non » catégorique résonna à ses oreilles comme le doux murmure d'un « oui ». Quelque chose d'intangible l'avait poussé à défier la déscision de Zoran, quelque chose la poussait toujours à transgresser quitte à en payer le prix fort. Des traces de sang maculaient encore ses avants bras, le sang de l'imbécile qui avait cru pouvoir faire d'elle un pantin à culbuter. Elle ne regrettait rien si ce n'est de n'avoir pas réagit aussitôt la menace proférée. Le désert , à perte de vue, fut bien assez vite plongé dans l'obscurité. La lune evinça le soleil prenant sa place sur le trône qu'ils se partageaient sans cesse. Au loin, elle vit une lumière, la fumée s'élever de ce qui lui semblait être un feu de camp. Que les Dieux soient loués, lança-t-elle. Il n'y avait pas de doute possible, il ne pouvait s'agir que de Drahiyr , l'énorme masse difforme ne pouvant être qu'Iriel, son fidèle dragon. Elle descendit de selle, se mit à avancer d'un pas feutré. Il faisait sombre, elle stoppa sa monture à quelques dizaines de mètre de là où Zoran était assis, dos à elle : parfait, pensa-t-elle. Iriel s'agita , remarquant sa présence, Priranna lui signifia qu'il ne devait point faire de bruit. Il respecta sa demande. La complicité qu'elle avait developpé avec le reptilien rendait son propriétaire rageur. Elle en avait conclu que les dragons étaient comme les chevaux, capables de percevoir ce que recellaient les cœurs. Ce que Zoran était parfaitement incapable de faire lui !

Doucement, elle dégaina son poignard ...
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Zoran A. Drahiyr

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Lun 16 Avr 2012, 04:53


" Her shadows play in the shape of a Man's Desire, Those dreams are tied to a horse that will Never Tire. "




Ses prunelles d'onyx sibyllin furetèrent les monticules d'or scintillant qui se dressaient, redondants, face à eux. Tout point cardinal se ressemblait, qu'une infinité de poussière aride et incandescente, un dédale létifère qui dévorait les imprudents. Que les fous trépassent, lui ne serait pas de ces ineptes incapables de survivre aux hostilités climatiques, de ces quidams égarés en milieu désertique. Du haut de son perchoir, sur l'échine de sa monture reptilienne, il avait aperçu les bivouac abandonnées, les macchabées des orgueilleux et infortunés dont il ne resterait bientôt plus rien. Point une once de compassion pour ces martyrs du désert qui récoltaient certainement les fruits de leur témérité, ne musardait pas dans l'immensité d'Óir Gaiste qui voulait. Lui-même s'était appliqué à tous les préparatifs nécessaires pour une pérégrination saine bien que périlleuse. Le succès de son aventure se conjuguait au conditionnel, aussi savait-il qu'elle pourrait être infructueuse si Eydis décidait de le maudire à nouveau. Mais aucune barricade n'aurait été susceptible de porter préjudice à sa résolution, à son désir d'effleurer les pétales éthérées d'une variété unique en son genre. L'Adenium Obesum, de sa douce appellation argotique, aussi nommée la Fleur du Désert pour le commun des mortels. Anodine pour qui en ignorait la préciosité, elle était une espèce raréfiée par les siècles aux apparitions seulement demi-centenaires. Cinquante années entre chaque floraison, et cinq décades s'étaient - selon ses récentes recherches - aujourd'hui écoulées. Une opportunité dont il avait promptement mesuré la valeur et qu'il n'aurait ainsi raté pour rien au monde, pas même pour une invitation officielle du futur souverain de Lanriel. Convié à faire partie du cortège ralliant Cathairfàl dans le dessein de représenter le traité qui unifiait désormais Dragonniers et Singuliers, Zoran s'était longuement gaussé sur l'ironie de la situation, lui qui s'était ouvertement opposé à ce concordat voyait sa présence réclamée. Outre l'occasion de témoigner de sa mésestime notoire pour Athran, il y eut sa quête botanique qu'il ne pouvait sciemment délaisser pour vaquer aux flagorneries mondaines. Il doutait que l'épître qu'il avait envoyée en guise de réponse eut surpris le leader par son contenu, et les commentaires qui découleraient du ton qu'il y avait emprunté ne l'intéressaient guère. Les affaires intestines à l'Ordre étaient d'une complexité désopilante pour qui n'en était pas membre depuis sa genèse, s'ils étaient réputés pour leur - ancienne - neutralité sur le monde, ourdir des complots faisait partie intégrante de leurs épreuves du quotidien.

A mille lieux de ces contrariétés éthiques, le soigneur se noyait dans le paysage et la localisation de ses repères. Fendre les cieux offrait l'avantage de la vélocité, mais l'astre diurne n'épargnait aucun des deux compères de son accablant brasier. Le faciès camouflé sous un tissu noirâtre à l'instar des bédouins, le cavalier connaissait les dangers d'une insolation impromptue et s'était donc protégé en conséquence. Disposée sur l'envergure d'Iriel, une pèlerine au même but protecteur, de laquelle s'entrechoquaient diverses flasques en peau de bête contenant l'inéluctable ressource aquatique. Malgré la robustesse de son compagnon ailé, le temps était leur antagoniste, la fatigue et la déshydratation s'y alliant bien trop souvent. Ce fut pourquoi ils s'imposèrent de fréquentes haltes dès lors que l'ombre de falaise se présentait, pour mieux reprendre leur route une fois leur position étudiée. La difficulté de cette chasse à la plante résultait de la localisation de cette dernière, qui ne trouvait racine qu'auprès d'une source d'eau spécifique. La mythique oasis dont on contait la pureté à travers les opuscules, que l'on assimilait à un somptueux mirage prédécesseur à la folie, puis au décès. Ce n'était pas sa première traversée de cette contrée, ni même ses premières recherches de ce havre au beau milieu de ce néant dépeuplé. Pour des raisons autres que celles-ci, le guérisseur s'était déjà infligé la visite d'Óir Gaiste sans guère voir ses efforts gratifiés de réussite. Ces lieux légendaires étaient - comme leur nom l'indiquait - légendaires, illustres pour la perdition qu'ils avaient causé aux ingénus partis à leur découverte. Nombre de ces aventuriers n'étaient jamais revenus ou n'étaient plus de cet univers pour être enclins à témoigner de leur bonne fortune. Les quelques confirmations écrites qu'il avait à l'époque rassemblées n'avaient malheureusement suffit, et l'objet de sa quête d'antan n'eut pas été assez important pour qu'il risque leur vie à une nouvelle excursion. Mais aujourd'hui, la force de l'expérience lui permettait de combler ses lacunes passées, et c'était plein d'informations diverses et variées qu'il se réessayait à l'impossible. Il avait bon espoir que son intellect outrepasse les illusions du désert, tout en veillant à ne pas dépasser les lisières de la raison à moins d'excaver lui-même sa propre tombe. Attentif aux besoins de sa monture dont la robe squameuse devenait brûlante, il jugea judicieux de s'immobiliser jusqu'à ce que le crépuscule les ait engloutis dans la noirceur de sorgue. Ils s'installèrent au côtoiement de quelques rocailles où prendre du repos, dans un endroit du monde où le temps semblait pérenne.

Couvertures duveteuses disposées au sol, toutefois libéré d'une couche d'habits, Zoran s'était plongé en pleine lecture à la clarté de l'âtre embrasé. Négligemment allongé non loin de lui, Iriel profitait de la fraîcheur installée avec le déclin du soleil. Les yeux mi-clos, dans un état de relâche manifeste, son ouïe ne lui fit cependant pas faux bond lorsque la résonance d'une tiers présence vint attirer son attention. Se faisant néanmoins complice de l'indocile qui s'arma, le dragon feignit de retourner à sa méditation sans estimer utile de prévenir son maître alors occupé. La dextérité de Priranna aurait plus qu'inexorablement suffit à lui trancher la gorge si son approche s'était avérée décente, ce qui ne fut pas le cas. L'intuition mêlée à l'ancienneté du botaniste suffit alors à repérer celle qui pensait le surprendre.

" Avec la lourdeur de tes pas, même Iriel serait plus enclin à se faire discret. Je ne médisais pas lorsque j'affirmais que tu avais pris du poids. "

Lança t-il en guise d'hostilité sans même prendre la peine de la considérer d'un regard. Epine dorsale en évidence, la sylphide aurait eu tout loisir de lui lacérer la colonne vertébrale sans qu'il n'ait le temps de réagir, ce qu'elle ne serait pas amenée à faire. Peut-être serait-elle désappointée de son échec, celui de ne pas être parvenue à le sidérer en lui sautant sur le poil, mais sa venue eut été plus prévisible que tout autre chose. Les régulières visites du dragonnier à la belle lui avaient permis de dépeindre le personnage auquel il faisait face et qui se complaisait à l'importuner de façon sempiternelle. Ses déplacements dans les terres du sud étaient bien souvent synonymes à la compagnie de la sauvageonne, laquelle semblait espérer chacune de ses apparitions. Elle ne l'avait guère épargné de son allégresse lorsqu'il s'était présenté à elle deux jours auparavant, avec la même placidité qui l'exaspérait autant que les accès de taquinerie dont elle l'affublait. Comme usuellement, elle lui avait offert l'hospitalité, et lui simplement de son temps. Leurs grandes conversations s'étaient enchevêtrées dans leurs séances de soins chevalins et leurs quelques entrainements martiaux. Nul n'aurait pu expliquer pourquoi un quidam tel que lui léguait une bribe de sa culture à une dryade de contrée esseulée. S'il ne lui jurerait aucune piété, il l'appréciait assez pour ne point la reléguer à la même estime qu'il portait à la plèbe. Tout entourage était parsemé d'exceptions, ceci bien qu'il ne parvenait encore à comprendre la raison pour laquelle elle, s'était entichée de sa turpitude innée. Il n'y avait rien d'intéressant à côtoyer l'homme aigri et profondément meurtri qu'il était, dont il fallait qui plus est supporter les bassesses disparates et frasques lascives. La référence au poids de la jeune femme en était une parfaite illustration, l'indignation d'un commentaire indécent et peu toléré de la gente féminine. Il le lui avait fait remarquer peu de temps avant son départ, les courbes de son anatomie lui étaient apparues plus voluptueuses que les fois précédentes, confession tacite qu'il ne l'observait pas toujours avec l'innocence la plus dépurée. Si ce détail ne lui était pas désagréable, ce qu'il percevait comme un compliment n'avait point fait mouche chez la demoiselle dont la réaction l'avait - il l'avouait - fortement amusé. Puisqu'il aimait à lui rendre la monnaie de sa pièce, y faire à nouveau référence marquerait l'impression avec laquelle il l'accueillait.

Zoran glissa ce qui s'apparentait à une feuille commune sous sa langue, laissant la succulence de la menthe lui rafraîchir le palais alors qu'Iriel se manifesta. Les étranges vocalises qui s'extirpèrent du gosier de l'animal étaient inintelligibles pour le monde, si ce n'était son maître qui orienta sa physionomie en sa direction, l'oreille tendue comme s'il l'écoutait. C'était ce qu'il faisait, seul à pouvoir concevoir ce dialecte draconique dont le sens lui était réservé. Sitôt après sa prise de parole, le binôme se tourna simultanément pour lorgner la nymphe présente. Le soigneur fureta les macules ornementant les bras de Priranna, ce que le dragon venait de lui décrire comme de l'hémoglobine sèche dont il avait humé la fragrance. A qui donc avait-il appartenu ? Il doutait que la belle se soit arrêtée pour dépecer un animal. Il redressa son regard jusqu'au sien, d'un air inquisiteur saupoudré de raillerie.

" Te peinturlurer de sang pour éveiller mes instincts primaires est un stratagème tout à fait vain, mais ingénieux. " Il lui tourna l'échine en opinant négativement du chef. " Pauvre enfant. "

Elle lui conterait sa mésaventure si le coeur lui en disait, mais lui n'irait pas quémander pour l'entendre. Les dangers étaient indénombrables, s'offusquer pour une anicroche aurait été futile, surtout alors qu'elle ne semblait souffrir d'aucune meurtrissure si ce n'était l'inconscience de sa présence en ces lieux. Au diable la décence qui exigerait qu'il l'interroge sur son état de santé, il n'était pas de ceux qui s'encombraient de simagrées. D'autres priorités se congloméraient dans son esprit, dans lesquelles il était d'ores et déjà partiellement retombé alors qu'il reprit la parole pour souligner une évidence. Ceci, sans qu'elle n'ait réellement eu le temps de réagir à ses précédentes tirades.

" Va donc chercher ton destrier, négligente que tu es. Et reviens m'expliquer ce qui te plait tant dans le fait de me désobéir. "

Peu plausible que la jeune femme ait parcouru ces distances à la puissance de ses seules jambes, elle qui dressait de superbes montures. Il la soupçonnait de l'avoir abandonné non loin d'ici, dans le dessein de se concentrer sur son infructueuse offensive.

_________________

Il a jadis existé,
Dans mon pays de bohème originel,
Une fête des vents, où l'adulte redescendait
Les marches des âges, pour célébrer son enfance, éternelle.
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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Lun 16 Avr 2012, 13:33


N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde - Où je hume à longs traits le vin du souvenir?


Prête à affliger un coup assassin, son élan fut bridé par une réplique on ne peut plus criminelle. Touchée à son orgueil – probablement à d'autres traits de ce qui lui conférait confiance et superbe – elle rengaina sa lame, la mine tiraillée entre fureur et désabusement. L'habitude des répliques acerbes que son maître lui proférait, la rendait quelque peu blasée. Pourquoi faisait-il toujours allusion à ces kilos – qu'elle jugeait imaginaires – dont elle avait hérité suite à un long mois de collation dans une auberge sordide de Cathairfal ? D'un geste emprunt d'exaspération, elle remit en place une mèche rebelle, serrant la mâchoire – moyen totalement obsolète de lutter contre l'envie éclatante de le massacrer à coup de crocs ! - Priranna laissa son regard embrasser la colonne de l'ignoble roublard, laissant son esprit vagabonder dans un univers fantasmagorique où bien évidemment sa tentative aurait porté ses fruits. Un sourire carnassier étira ses lèvres tandis qu'il « enfonçait » quasi littéralement le couteau dans la plaie. Sans aucun doute, cet homme était de loin le représentant incontesté du manque de tact sur terre. Descendant direct d'une lignée qu'elle imaginait sanguinaire et sadique. Côtoyer Zoran n'était pas une sinécure, beaux nombres devaient avoir essayé – sans grand succès- mais, elle puisait la détermination qu'il l'habitait dans un sentiment particulièrement nouveau où fascination et irritation s’entremêlaient. Elle se contenta d'arquer un sourcil, préférant faire preuve de calme mais surtout de retenu. Par tous les saints, ce charognard plantait ses griffes avec tant d'éloquence, comment pouvait-elle lui donner la répartie ? C'était peine perdu. Affligée par l'intervention d'Iriel, elle lui offrit une œillade suintant des promesses de souffrance jusqu'alors non atteintes par la bête. Le dragon allait avoir un aperçu de la torture engendrée par un manque d'attention de sa part. Elle murmura quelques jurons, affubla son maître de sobriquets – en pensée bien évidemment, les prononcer à haute voix relevait d'une tentative d'autodestruction vaseuse- Sa contenance vola en éclat lorsque Drahiyr porta enfin le regard sur elle. La raillerie qui perlait dans ses iris embrasa le courroux qu'elle tentait désespérément de tempérer jusqu'alors. Chiabrena ! Ses poings se tendirent prêts à foudroyer Zoran . Ce sang était la preuve que tous les hommes se valaient : fot-en-cul et salopards qu'ils eut été Rois, Dragonniers, Singuliers ou même morts. Ce sang aurait pu être le sien s'il n'avait été engendré par une puissance malfaisante et misogyne ayant des yeux derrière la tête, goujat !

La dernière réplique tua le coq dans l’œuf, soufflée, bouché bée elle resta quelques secondes – qui lui parurent être d'interminables heures – à l'observer : amorphe, à la recherche d'un bagou qu'elle venait – visiblement- de perdre. « Je ne suis pas négligente ». Apothéose, il ne lui restait plus qu'à aller creuser sa tombe et sauter dedans en attendant que Zoran vienne jeter les pelletées quoiqu'en y réfléchissant, les tempêtes de sables courantes dans ces régions, allaient sûrement s'acquitter de cette tâche que Drahiyr jugerait ingrate !

Tailler la bavette au sujet d'une réaction instinctive, ne manquait plus que cela. Elle qui venait tout bonnement de se ridiculiser, cela aussi, relevait de l'habitude. Elle alla rejoindre « Prunelle » qui l'attendait, calmement. Elle saisit le pur-sang par la bride et lui offrit une modeste pitance ( la pomme qui quelques jours auparavant arborait une couleur vive, n'était désormais que l'ombre d'elle-même , à moitié pourrie.) « Manges, prunelle de mes yeux. Manges, repais-toi, j'aurai aimé t'offrir la chair de ce maudit dragonnier pour te remplir la panse » souffla-t-elle, entre ses dents. Combien de fois au juste avait-elle maudit l'homme mûr ? Des centaines de fois, des milliers ? La conclusion demeurait identique in fine, elle prenait plaisir à jouter avec, simplement. « Tu sais, je continus à me demander comment est-ce que j'arrive à voir au delà de sa flegme ? Je possède probablement un don inné, celui de pouvoir supporter les forteresses glaciales et frigides ! ». Un rire éclata alors que son cheval opinait du chef. Elle revint auprès de son maître, calmée, les cheveux flottants sous le joug d'une brise nocturne, agréable, un remède à la chaleur qui l'avait martyrisé tout au long de la journée : « Tu ne dois certainement pas être humain, Zoran » lança-t-elle, brisant le silence qui régnait, de retour auprès de lui : « Cela fait deux jours que tu t'en es allé, à t'entendre, je ne t'ai point manqué». Elle vint prendre place à ses côtés, un sourire narquois flottant sur ses lèvres. La taquinerie représentait parfois une belle arme, plus efficace qu'un javelot, qu'une dague qu'une fiole emplit d'un poison généreux. L'objectif qu'elle se fixait restait le même : atteindre la corde sensible. Une corde qu'elle commençait à croire inexistante. « Je n'ai pas pris du poids, c'est toi, tu te fais vieux. Ta vue baisse et ta propension remarquable à jauger les individus, en fait de même ». Monnaie rendu, elle savait – par expérience- ô combien les hommes détestaient qu'on leur rappelle la fuite du temps, la fuite de cette jeunesse que -d’antan- les avaient rendu irrésistibles. Bien sûr, son maître restait un fort bel homme par lequel, en d'autres conditions, elle se serait laissée cueillir... « En outre, je n'ai pas réellement désobéit. Dois-je te rappeler que tu n'as toujours pas consenti à faire de moi ton apprentie ? Et puis, je ne pense pas avoir d'ordre à recevoir d'un homme qui n'en suit guère !»
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Zoran A. Drahiyr

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Mar 17 Avr 2012, 05:49

Zoran s'exaltait que les femmes ne soient pas des créatures admises au sein de leur Ordre. Une vie à leur côtoiement continuel lui paraissait inconcevable, lui qui ne supportait leur compagnie plus d'une nuit, pour la majorité. Elles étaient à elles seules une plaie de l'humanité, tout autant que sa plus grande bénédiction. Il ne les comprenait pas, et ne chercherait jamais à le faire au risque de s'en mordre les doigts. Il n'y avait guère que la maléfique Tanith avec laquelle il daignait entretenir de longues fréquentations, ce qu'ils ne seraient néanmoins plus enclins à faire puisque écrouée dans les geôles de Cathairfàl. Jugée pour conspiration à l'encontre de la couronne, il se questionnait quand à l'avenir de sa complice de l'ombre. Il espérait entretenir Ithel d'une tentative de libération, la perte de Mogaròr était un écueil auquel il souhaitait remédier. Les trésors ésotériques dont recelait la forteresse se devaient d'être préservés par les Héritiers. Mais bien loin de ces préoccupations, il était ici question des facéties que lui réservait Priranna, et Mynkor savait à quel point elle rivalisait d'ingéniosité en la matière. Ainsi, il se demanda si elle n'essaierait point de le surprendre à nouveau quand bien même il savait qu'elle était ici. De quoi ne serait-elle pas capable pour se rappeler à son bon souvenir et pouvoir se gausser de lui. Il lui arrivait de concevoir que de se faire aimable avec autrui lui permettrait d'être considéré comme un homme lambda, que l'on laisserait volontiers en paix. Mais c'était là une perspective comportementale particulièrement invraisemblable, il n'était pas né pour devenir le héraut de la bonhomie, bien au contraire. Il en démontrait ses talents à chaque opportunité, et il avait le présentiment que leur escouade improvisée ne ferait pas exception à la règle. Ce que l'attitude de la sauvageonne lui confirma dès lors qu'elle fut revenue, en compagnie de son partenaire chevalin. Iriel eut une lorgnade intéressée sur la croupe de l'animal, qui aurait inéluctablement fait un bon repas en dépit de sa préférence pour la viande bovine. Cependant circonspect, aucune tentative d'ingestion ne serait essuyée tant qu'il n'aurait pas reçu l'autorisation de son maître, ce qui n'arriverait pas à moins d'un caprice inopiné. Ce qu'il songeait à faire pour enfin faire taire la jeune femme qui s'amusa à le brimer, à son tour. Il redressa la physionomie pour la regarder lorsqu'il sentit le frôlement de son anatomie qui s'installa sur son pan de tissu. Où qu'ils soient, elle avait pris marotte à empiéter sur son territoire, la bougresse.

Tout en mastiquant sa fane mentholée, il lui prêta l'oreille, placide comme l'accoutumée. Sa risette était miroir de trop de matoiserie pour qu'il lui concède un semblant d'agrément, par ailleurs, il la soupçonnait de n'être qu'annonciatrice d'une contre offensive. Celle-ci frappa alors, pointant insidieusement les presque cinq décennies d'errance du dragonnier. Celui-ci ne sembla pas s'en offusquer, il n'était plus de prime jeunesse et avait digéré cette réalité depuis belle lurette. Mentir aurait été d'affirmer qu'il ne regrettait pas son jeune temps où tout ou presque lui apparaissait comme plausible, à une époque où le monde lui appartenait encore. Les illusions de la jouvence avaient suffoqué à la mélodie de ses déboires, puis il avait mûri, changé, tout simplement vieilli. Ses rides et cheveux grisonnants portaient l'office des années mais également celui de son expérience, de sa science édifiée par le temps. Il ne lui offrit donc aucune réponse, aucune réelle réaction si ce n'était de patienter gentiment pour la suite des réjouissances. Comme elle savait si bien le faire, elle lui remémora son tranchant refus de l'introniser telle son apprentie officielle, la privant par conséquent d'une vaste partition de sa culture. Puis, l'accusa, mimant ce qu'elle jugeait être la propre attitude du guérisseur, celle de son insubordination. Soumis à la réflexion, il s'interrogea sur les raisons qui l'empêchaient de la livrer à son vorace de reptile, et conclut qu'il était certainement devenu masochiste. Une excursion aux abords de la nymphe du désert n'était pas une sinécure, il avait amplement eu l'occasion d'en prendre conscience par le passé. Il observa les flammèches bondissant du brasier non loin d'eux, quelque peu égaré dans ses pensées, puis déclara lentement, comme s'il cherchait à établir une vérité dont il fallait encore vérifier l'authenticité.

" Donc... Tu te complais à aller à l'encontre de mes sommations pour te plaindre sur le fait que je ne te considère pas comme étant ma disciple, alors que l'une des qualités d'un bon apprenti est le respect de l'autorité magistrale ? " Il orienta son regard sur la belle. Une brise s'engouffra dans leur discussion, en plein silence, laissant planer un froid atmosphérique à double sens. Ses traits se déformèrent en une mimique lasse et ô combien accablée. " Tu es stupide. "

Ponctua t-il finalement. Ses yeux à demi-ouverts la scrutèrent encore un instant, lui faisant comprendre que son raisonnement n'avait ni queue ni tête. Il se détourna ensuite, expirant un long soupir à l'arôme de menthe en fermant l'ouvrage entre ses mains. Il n'était guère convaincu de la bonne volonté de Priranna, ceci malgré ses sollicitations. Elle manquait de pondération et surtout d'amour pour la botanique, le point le plus substantiel pour séduire sa pédagogie. Il n'avait aucun désir de s'y reprendre à plusieurs fois pour qu'elle assimile ses leçons, ou d'être contraint de la talonner sans cesse, pour s'assurer qu'elle n'était point en train d'ourdir un quelconque complot pour se divertir autrement. Non, il sentait ses efforts vain à l'avance, ceux pour l'intéresser entièrement à l'art médicinal et toxicologique. Elle était de ceux qui aimaient à en savoir un peu, juste suffisamment pour survivre sans s'encombrer de science approfondie. Il la percevait telle une femme d'action, embrasée de vivre, loin de tout tracas trop philosophique. Il leur épargnait à tous deux, en refusant d'accéder à sa volonté. Le sujet était clos quoi qu'elle puisse en dire. Il se leva de sa place pour mettre fin à ce débat qui finirait pas le rendre instable, et s'en alla saluer la dite Prunelle. Le canasson poussa un discret hennissement à son approche, sa main vint flatter son museau pour le lénifier, puis il plongea la main dans sa besace. Il en sortit une nouvelle feuille, d'aspect différent de la précédente, qu'il glissa ensuite entre les mâchoires de l'animal. Une manifestation rauque vint lui rappeler la présence - et jalousie - d'Iriel, peu disposé à partager la rare tendresse de son dresseur quand bien même ce fut envers un cheval. Zoran ne lui accorda qu'une furtive oeillade, n'appréciant pas être invectivé de la sorte, ce que son compagnon comprit aussitôt. Celui-ci reposa mollement le menton dans la poussière, son souffle créant un tourbillon de sable qui s'envola jusqu'au foyer incendié. Le dragonnier en profita pour apporter une précision qui lui semblait importante, digne d'être soulignée.

" Les Dragonniers qui jouissent du statut de Soigneurs sont aussi des soldats. J'obéis aux ordres de mes supérieurs si ordres il y a, même si cela te semble peu plausible, je ne suis pas aussi indiscipliné que tu ne le penses. " Il tapota la crinière du destrier. " Ni même aussi intéressant pour que tu t'évertues à constamment te mettre dans mes jambes. "

Il ne mentait pas totalement. Il se considérait - comme nombre de ses congénères praticiens - avant tout comme un soldat au rôle tout aussi important que les membres d'une escadrille. Ils étaient les seuls parmi leur Ordre à avoir pleine connaissance des dragons, accomplissaient aussi la besogne de leur pitance et honoraient leurs cendres lors de leur trépas. Tous apprenaient à considérer les demandes de leurs supérieurs hiérarchiques, un idéal de vivre qui donnait vie à certaines tractations dont Zoran avait lui-même fait partie. Préférant agir dans la liturgie des ténèbres, ses insubordinations étaient toujours tacites mais létales. Si Athran l'avait enjoint à l'accompagner à Cathairfàl sous son influence de leader, alors l'aurait-il escorté, non sans l'intention de le lui faire payer un jour prochain. Une différence entre le commandement et l'invitation dont il se plaisait à user à outrance. Mais qu'importait ce qu'elle pouvait bien penser de lui, au fond. Il gardait sa quintessence maléfique pour lui seul. Sans d'avantage se prononcer, il se mit à récolter ses affaires éparpillées pour harnacher ces dernières sur les flancs d'Iriel. Il s'avança jusqu'à Priranna, l'affublant de son regard pour lui faire comprendre de mouvoir son charmant séant du draps sur lequel elle s'était assise. L'heure était venue de se remettre en route.

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Dernière édition par Zoran A. Drahiyr le Mer 18 Avr 2012, 23:51, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Mer 18 Avr 2012, 19:31

Priranna se serait abstenu, si elle avait été dotée de clairvoyance ou d'un quelconque pouvoir de télépathie. Elle aurait pu prévoir l'acrimonie qui suinterait de la réplique de son maître, qui n'avait d'un réel maître que les reflets du temps, aussi bien sur la façon qu'il avait de se mouvoir, la façon qu'il avait de s'adresser à elle, la façon qu'il avait sans cesse de lui montrer à quel point elle était dissipée et frivole. D'ailleurs, était-il un maître lui qui lui avait refusé le statue d'apprentie ? Merdaille, cracha-t-elle, essuyant la première riposte avec difficulté. Zoran virtuose s'appliquait à lui rabattre le caquet . Elle se sentit stupide, pour la troisième fois de la journée, stupide et masochiste, agrippée à une image calomnieuse où Drahiyr était dépeint comme le plus grand, le plus sage d'entre tous. Désillusion douloureuse, dans son regard elle comprit. Capturant dans sa voix : la vibration tonitruante d'une violente négation. Non, jamais. Jamais elle ne serait considérée comme une personne intellecte, sa soif de connaissance n'était - visiblement- pas suffisante aux yeux du quadragénaire. Certes, Zoran lui accordait cette considération saissisante qui la rendait parfois veule seulement, il fallait bien qu'un jour elle se rende à l'évidence. Cet homme était un cas deséspéré. N'était pas né celui qui arriverait à le changer, si tant est , qu'il aurait pu en exister un. Ses yeux se dérobèrent au contact oculaire du savant. Peu importait ce qu'il pensait, peu importait ce qu'il disait : elle savait au tréfond ce dont elle était capable. Ses mots vinrent choquer son visage, aussi rudes qu'une gifle en pleine poire. « Chacun sa façon de raisonner, tu as la tienne, j'ai la mienne. Des deux, personne ne saura dire laquelle est la meilleure, pas même toi. » L'amertume hurlant dans sa répartie claqua aussi dure qu'un coup de fouet. Le maître se leva, portant son attention sur Prunelle, elle aussi, en fit de même. Quelle chance cette dernière avait, elle récoltait plus de douceur qu'elle n'en avait jamais eu venant du sombre abrutis que Drahiyr était. Tout ce savoir qu'il prétendait posséder ne semblait guère s'étendre au delà de sujets de botanique. Il lui manquait l'humanité qui distinguait les hommes, des bêtes - tous sens confondus-. Peut être qu'elle n'était pas aussi avide qu'il ne devait l'être. Cette obsession malsaine qu'il manifestait pour les plantes en était la preuve. Ruminant sa rage, elle sortit son poignard, attrapa un fagot qui gisait au sol et se mit à le tailler. En pointe, de quoi transpercer ces iris de pierre qui aimaient à couler sur son corps. Maudit soit-il !

Elle retint pour elle une réplique cinglante par laquelle elle aurait aimé spécifier au dragonnier de rester éloigné de sa monture. Evidemment, elle ne se gênait pas pour approcher Iriel. Iriel, ce reptile sculptural qui soufflait son ennuie, son envie, une once de jalousie. « Tu as vu, beauté ? Même mon ch'val est bien mieux traité » murmura-t-elle, certaine d'être entendue du dragon mais point du maître. Le sang pulsait contre ses tempes conférant à son être une fièvre de colère. Rouge, nerveuse : folle, c'est comment elle allait finir à trop intérioriser les bassesses qu'elle essuyait. Même si, dans les paroles de son compagnon, la vérité vraie prépondérait. Diable, Priranna Nerwende n'était guère indocile, elle était bien plus que cela, elle pouvait effleurer du bout des doigts cette liberté précieuse dont les esclaves des contrées austères se contentaient de rêver. Elle voulait l'atteindre , quelque part, elle s'était convaincu qu'elle réussirait en en apprenant davantage sur le monde mais, pas sur les végétaux !

Un rictus malmena ses lèvres quelques brefs instants avant qu'elle ne porte à nouveau son regard sur Zoran qui - de toute évidence- pliait bagage. Un sourcil inquisiteur s'arqua sur son faciès tandis qu'il lui fit comprendre, dans le silence le plus frustrant, de se lever du drap sur lequelle elle était avachie. Priranna en avait vu du monde, aussi jeune fut-elle. Des contrées étranges, des contrées bienvaillantes et d'autres parfaitement hostiles. Elle avait croisé des voyageurs : honnêtes, vils, interessés. Des bavards, des taciturnes et puis, elle avait fait la connaissance de Drahiyr : le seul, l'unique. Il conférait au mot « mutisme » un tout autre sens. Plus effrayant encore qu'un monstre à trois têtes. Le silence qui rendait fou : fou de rage ou bien fou de désespoir. Son silence c'était une manière chez lui d'ignorer, de corriger, de punir. Un soupire s'échappa de sa bouche tandis qu'elle s'éxécutait docile. Elle était redevenue cette enfant impressionnable qu'elle avait un jour été. « L'opinion que tu as de toi même ne me concerne pas. J'ai toujours eu un faible pour les marginaux .» elle se mordit la lèvre, ces mots lui avait échappé. Chiure. « Je suppose que tu ne tiens pas à souffrir davantage de ma présence. Je sais ce que je dois faire : rebrousser chemin, si tant est que j'arrive à m'orienter dans cette nuit noire où même les étoiles n'ont pas daigné nous faire honneur...» Etait-elle vraiment en train de dramatiser ? Tenter d'attiser la bienveillance de l'homme -sans pitié ni même gentillesse- qu'il était ? Autant prier pour qu'un torrent de pluie s'abatte sur eux, cela relevait moins du miracle. « Suis-je censée te suivre à dos de ch'val ?...» Perdue, elle resta quelques secondes à tenter de sonder la bestiole puis, se contenta de rejoindre Prunelle d'un pas trainant. Elle se hissa sur sa monture et attendit que Zoran réagisse, de toute manière, il lui était impossible de la laisser là, n'est-ce pas ? Ses paupières se plissèrent, une chevauchée nocturne, n'était pas chose aisée.
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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Ven 20 Avr 2012, 04:38

Il aimait à la voir se mortifier sous des raisonnements dont le truisme ne la frappait qu'une fois qu'il les eut exposés. Jeune et téméraire, elle agissait avant d'user de son intellect, un comportement qu'il déplorait autant qu'il s'en amusait parfois. S'il avait été un père - trop - présent pour son fils, jamais il ne s'était imaginé parfaire l'éducation d'une fille, une besogne trop alambiqué pour le quidam qu'il était. Un fait sur lequel il ne discutaillait guère, puisqu'il n'avait jamais eu à s'occuper d'une progéniture féminine quand bien même il savait en avoir une quelque part. Du moins, à supposition que le temps et les dangers coutumiers n'aient pas altéré cette vérité qu'il reniait avec hargne. A quoi aurait-elle bien pu lui servir même s'il s'était intéressé à elle vingt ans auparavant ? A rien, si ce n'était compliquer un quotidien d'ores et déjà laborieux. Et s'il s'était intérieurement gaussé de la première réaction de la nymphe, la seconde fut d'autant plus amusante à constater. Il savait qu'elle n'aimait pas à le voir cajoler ses précieuses bêtes à défaut de lui témoigner une quelconque tendresse, à elle. Qu'ils soient tous deux humains n'était pas une raison suffisante à se faire d'avantage démonstratif, à dire vrai, cela avait même l'effet inverse. Cependant, toujours pourrait-elle trouver réconfort en se disant qu'elle n'était pas un cas isolé, par la seule à subir sa froidure émotionnelle sur cette terre. A moins qu'elle n'ait désiré, justement, être une pièce unique dans la palette de ses accointances, mais alors il lui faudrait plus d'acharnement encore. Iriel eut au moins l'honneur de partager son opinion concernant la complicité chevaline qui se profilait sous leurs yeux rutilants, répondant d'une expiration particulièrement vive qui aurait pu s'apparenter à une sternutation. Mais lui n'était pas inquiet pour ce qui était de son traitement, trois décades qu'il vivait au rythme de son dompteur, qu'il subissait tantôt ses cajoleries, tantôt son indifférence. La finalité était que Zoran ne l'oubliait jamais, que toujours il revenait aux côtés de son alter ego reptilien. Priranna n'était pas des plus à plaindre, elle avait l'opportunité de le côtoyer de façon régulière, ce qu'il n'accordait pas à la première sylphide venue. Sa propension à en vouloir toujours plus l'empêchait de se satisfaire de cette réalité, de ce qu'elle possédait déjà. Sur ce point, il l'avouait à demi-mots, ils se ressemblaient. Si ce n'était qu'avec l'âge, il avait appris à modérer ses envies et buts. Tous deux avaient de nombreuses similitudes, qu'ils exprimaient de façon différente. Tout le paradoxe de la chose.

Enfin, elle se leva. Il récupéra sa bribe de tissu pour la replier négligemment et l'installer dans l'une des besaces collatérales du dragon. S'il la laissa débuter sa tirade sans réaction, ses prunelles d'onyx vinrent la scruter lorsqu'elle échappa ce qui semblait être une confession involontaire. Les marginaux ? Un faible ? Voilà qu'il était curieux qu'elle poursuive sur sa lancée pour préciser sa pensée, ce qu'elle ne fit évidemment point. La décontenance avec laquelle elle se grignota la lippe fit naître un rictus amusé sur la physionomie du dragonnier, toujours à s'atteler à la besace en parallèle. Elle reprit, son phonème voilée d'une teinte de fatalisme résultant sans doute de son désappointement - et des brimades en étaient la cause. Elle sembla perdue, égarée dans le doute sur ce qu'elle devait faire ou non, si bien qu'elle l'interrogea sur ce qu'il lui réservait. Si l'air précaire qu'elle affichait aurait fait fondre nombre de quidams dotés d'un semblant de sensibilité, Zoran, lui, ne lui adresse qu'une furtive lorgnade avant de se concentrer sur sa tâche. Il était sceptique quant à l'impact de ses dires, qu'il la somme de rentrer et qu'elle s'exécute sans protestation aurait été trop beau pour prendre forme sous ses mirettes. Elle n'avait pas fait tout ce chemin pour renoncer alors qu'elle l'avait retrouvé, de ce qu'il en savait, elle n'était pas de ceux qui abandonnaient à la moindre embûche. Peut-être surestimait-il son endurance psychologique, il n'était après tout pas à l'abri d'un coup de théâtre de sa part. Si tel n'était pas le cas, alors il savait qu'elle ne cherchait qu'à stimuler son humanité, comme à l'accoutumée. Or, il n'avait aucune envie de s'affubler de simagrées et autres déclamations sentimentales pour la convaincre de rester, n'était pas né celui qui le ferait agir comme un damoiseau en pleine envolée lyrique. Il n'était pas son chaperon, n'avait signé nul part pour subir le poids de sa surveillance, et ne comptait pas s'encombrer de ce rôle. Assumer était une chose qu'elle devait apprendre, il ne l'avait pas enjointe à le suivre, il n'était de ce fait pas responsable de c qui pouvait hypothétiquement lui arriver. S'en allait-il d'ailleurs l'en entretenir, ralliant la demoiselle jusqu'aux abords de sa monture pour mieux lui parler.

" Chercherais-tu à m'émouvoir de ta détresse ? " Questionna t-il en redressant le menton pour mieux la voir. " Si tant est que tu nourrisses une quelconque toquade pour le marginal que je suis, encore te suffit-il de me le spécifier sans détour. Qui sait, peut-être pourrais-je te rendre cette affection-ci... "

La clarté suggestive qui naquit dans le regard du guérisseur suffirait certainement à aiguiller la jeune femme sur la nature de la dite affection. Il n'avait jamais nié la trouver attractive, une vénusté sauvage comme on en décelait peu en tout Lanriel. Cependant, il avait cette subtile marotte d'alterner ou d'allier à la fois finesse et incongruité. Si bien qu'entre gentilhomme et goujat émérité, l'on avait parfois du mal à le distinguer. De plus, il savait que ce genre de propositions n'était pas du goût de Priranna, l'indocile et indépendante, qui ne se laissait pas aborder sans montrer les crocs. Un charmant spécimen s'il en était, quoi que non dénué de dangers. D'ailleurs, il ne doutait pas du refus catégorique qu'elle lui infligerait si elle en avait l'occasion, ce qu'elle n'eut pas. Il profita de la situation pour faire oeuvrer sa roublardise. Prestement, il saisit la cuisse de la cavalière et la fit basculer de l'autre côté de son destrier, la laissant se réceptionner sur un lit de poussière. L'agitation effraya le pur-sang qui préféra filer sans demander son reste, à quelques pas seulement pour mieux laisser le champs libre au malotru qui approchait. Il prit tout le plaisir du monde à rire de la naïade alitée sur le sable, qui n'aurait eu aucun risque de se blesser de façon trop grave pour le lui reprocher. Ce fut sa façon de lui remettre les pieds sur terre, de lui faire cesser ces pantomimes de jouvencelle qui ne lui seyaient pas du tout. Il ne venait pas s'exiler dans Oir Gaiste pour se faire le spectateur de trop de manières, au moins serait-elle prévenue pour la suite. Puis, il ne se lassait pas de voir son délectable faciès décomposé par la colère lorsqu'il lui jouait un mauvais tour de la sorte, ce qu'il admirait présentement. Il s'approcha encore jusqu'à presque buter sur son corps, le visage orné d'un mince sourire de complaisance.

" Si tu as fini de faire l'éplorée, nous allons pouvoir nous mettre en route. Les étoiles ne sont peut-être pas à notre chevet, mais la lune est pleine et nous éclaire encore. Je préfère la fraîcheur de la nuit au brasier de la journée pour voyager en plein désert. " Il posa un genou à terre, prés d'elle. " Je me fiche que tu partes ou m'accompagnes, tant que tu en assumes les conséquences. Ne compte pas sur mon aide s'il te vient l'idée de t'embourber dans des sables mouvants, alors modère ta curiosité. "

Puis, dans un même élan inexpliqué qui l'avait poussé à la faire chuter de son canasson, il l'aida à se redresser. Mieux encore, s'emparant de ses rotules et de son tour d'échine, il l'extirpa littéralement du sol à l'image d'un chevalier soulevant sa dulcinée. Il s'appliqua à la conglomérer à son poitrail pour lui assurer une stabilité dans le creux de ses bras, lovée là où elle pouvait ouïr son eurythmie bel et bien existante malgré les apparences. Après la brute, l'attentionné, ou un Zoran entièrement imprévisible. Il avala la distance qui les séparait d'Iriel, ce dernier les observa, l'air quiet, jusqu'à ce que le soigneur dépose la délicate prés de l'endroit où elle pourrait grimper sur le dos du dragon. L'escalade de la créature n'était pas toujours des plus aisées pour qui ne s'y était jamais essayé, et la sensation de voler, bien différente de ce que l'on pouvait ressentir sur un cheval. Au moins venait-il de répondre à son doute quant à sa façon de voyager. Pourtant, il jugea bon de préciser une fois qu'il fut redressé face à elle.

" Trois choix s'offrent à toi pour ta Prunelle : il nous attend ici, il peut tenter de nous suivre ou Iriel peut le transporter. " Il eut un haussement d'épaules. " Pour la dernière éventualité, je ne garantis pas qu'il te sera restitué avec tous ses sabots. "

Une ultime taquinerie avant de lui annoncer le lieu de leur destination. Le reptile, quant à lui, guigna silencieusement la jeune femme.

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Ven 20 Avr 2012, 20:59

La dernière fois qu'elle avait essayé de trouver un sens à son existence, ses pas l'avaient mené à Drahiyr. Presque instinctivement, elle avait reconnu en lui : une clé. Un être exceptionnel. Une aura l'enveloppait in-extenso, brillante, chaleureuse, éthérée. Priranna ne possédait aucun Don mais, elle se pensait capable de reconnaitre le prodige qui émanait de cet homme aux apparences peu conventionnelles. Mieux, elle était capable de le ressentir. Ca n'était en aucun cas le fruit d'une imagination débordante, c'était une faculté naturelle, conquise au fil du temps -vraisemblablement, au contact des chevaux qu'elle dressait, auprès des mesquins qu'elle avait réussi à corriger. Une aura sauvage, une aura brute de décoffrage. Zoran Drahiyr, dragonnier et herboriste, en imposait. Il l'écrasait de par son port altier , dès lors qu'il se trouvait à distance appréciable il l'étouffait et la paralysait de ce regard argenté qui le caractérisait. Puis, elle se retrouvait bloquée par une barrière inviolable, une croute aussi épaisse qu'une lave volcanique refroidie. Une carapace aussi dure que celle qui lui avait été donné d'admirer sur le dos des créatures les plus repoussantes. L'échec cuisant résonnait alors dans sa boite cranienne comme le dong d'un temple. Elle secoua la tête, chassant les mauvaises pensées. Les iris du vieux salop étaient insondables. Et elle, exténuée. Son périple dans une chaleur insupportable n'avait pas été de tout repos, elle avait même failli être souillée - elle jugeait cela comme étant une excuse parfaitement acceptable. Son humeur instable n'était que le fruit d'un traumatisme sévère. Voilà, elle devait mettre ces excès de sensibilité sur le compte d'un épuisement moral et physique - Juste Ciel, songea-t-elle alors que son " maître " s'approchait d'elle. Elle esquiva une envolée de papillon dans ses entrailles et fit mine de ne pas comprendre l'insinuation scandaleuse de Zoran. Préférant se concentrer sur la haine qu'il lui inspirait depuis qu'elle était venu le rejoindre. De la haine, si seulement elle pouvait haïr l'intellect du fripon qui venait de s'adresser à elle. Le sang afflua à son visage et il eut été fort difficile de ne point remarquer l'incandescence de ses pommettes, en effet, rare étaient les occasions de voir la jeune femme rougir. Maroufle cracha-t-elle, prise d'une envie soudaine - quoique parfaitement justifiée- de l'emmasculer pour l'audace qu'il venait d'avoir. Ses lèvres remuèrent prête à déverser sur lui un flot de parole destructrices , hélàs le flot fut étouffé avant même d'atteindre son but. Le vilain s'était emparré de sa cuisse et l'avait fait chuter de sa monture. Nerwende se retrouva sur le sable. Elle ressemblait à un scarabé se débattant, inoffensif. Prise au dépourvu, elle fut surprise : froisée. Ses bras étaient éraflés par les cristaux de silices . « Je vais te réduire à l'état de...» Par malheur, elle fut interrompue par les paroles aigres-douces du dragonnier. Encore une facheuse manie qu'il avait de secouer la demoiselle. Dieu, comme elle aurait aimé avoir assez d'impact sur sa personne pour lui infliger souffrance. Un impact ? Celui de ses talons sur le pif aquilin qu'il arborait? Pourquoi pas. Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang, son palais s'imprégna du goût de rouille, elle se consumait, elle s'asphyxiait. Quel était donc ce penchant pour la difficulté? Lorsque Drahiyr posa un genou à terre, quelques folles secondes, Priranna crut qu'il aurait été capable de tenter une approche profondement différente. La mort ou l'amour. Elle retint son souffle. Puis prit une longue inspiration : « Je ne suis pas aussi stupide que tu le figures, Drahiyr.» Vexée ? Infiniment, il avait réussi à enfoncer l'épine.

Et là, de l'irritation son visage prit les traits de la stupéfaction pure et dure. Abasourdie, ses yeux ronds changèrent d'expression : ce geste inattendu la laissa sans voix. Le geste, le contact du buste de l'homme mûr - contre toute attente - la rendit fébrile. Elle pouvait sentir les tambourinement du coeur qui se contractait sous sa cage thoracique, ça n'était pas que le sien, lui aussi en avait un. Elle n'hésita qu'une fraction de seconde pour laisser ses bras s'accrocher autour du cou de Zoran, sa bêtise l'entraina même à humer l'odeur qui se dégageait de son bourreau. « Mais quelle chevalerie ! Un peu et j'applaudirai seulement j'aurai trop peur de me retrouver à nouveau en relation avec le sol...» la pique envoyée sembla attérrir dans l'oreille d'un sourd-muet. Bien, pensa-t-elle, appréciant toutefois sa position. C'était agréable, mine de rien - aussi courte fut l'expérience-. Il la déposa au côté d'Iriel. Ses sourcils se froncèrent puis, une mine joviale annexa son visage. Rien ne pouvait faiblir sa détermination. « En fait, quatre choix s'offrent à nous. » Elle décripta dans le regard de Drahiyr quelque chose ressemblant à de l'interêt. « Figure toi qu'il me reste une solution, pour Prunelle. Même si je ne suis pas assez bien pour être ton apprentie, n'oublie pas que je suis la meilleure dresseuse de chevaux d'Est en Ouest !» Cela ressemblait à une auto-complimentation, en effet.

Nerwende s'approcha de son destrier, chuchota quelques mots aux oreilles de ce dernier. Elle récupera des affaires sur l'animal, accrocha une ficelle pendante sur le morse « Erien xeriawerak'ti niarve vas » Prunelle prit la direction opposée et fut bien vite emporté par la pénombre : « La cordelette actionne un dispositif d'alimentation. De plus, Prunelle a été durement entrainée. Mon pur-sang arrivera à Cathairfal sain et sauf, j'en suis persuadée.»Elle entreprit alors d'escalader la masse reptilienne , ce qui bien évidemment lui coûta de l'energie.

« Nous ne sommes plus que tous les deux . En faisant abstraction d'Iriel. Qu'attends-tu donc, Zoran ? Viens me rejoindre...» Sa voix se fit mielleuse, son regard perçant. Elle tapota devant elle tandis qu'elle tortillait ses hanches pour lui faire plus de place. Une fois qu'ils furent tous deux harnachés et prêts à l'envol : « C'est ma première fois ...» souffla-t-elle, railleuse « et je vais la vivre avec toi.» C'était clair, elle estimait qu'il était temps qu'elle commence à se venger. Ses bras s'enroulèrent autour de son buste : « Je suis prête, emmène-moi au septième ciel !».
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Zoran A. Drahiyr

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Mer 25 Avr 2012, 23:30

Du quatuor de possibilités qui s'offrait à elle, Priranna sembla plus encline à suivre le fil de ses idées. Pourtant, et bien malgré toute la sympathie que pouvait lui témoigner le reptile à la robe sinople, son maître était intimement persuadé que les courbes plantureuses du destrier le mettaient en appétit. Si circonspect il fut, que n'aurait-il point damné pour le jus d'une chatterie chevaline, quand bien même les friandises bovines demeuraient ses favorites. L'oeillade rutilante d'appétence d'Iriel pour son analogue monture amusa presque le dragonnier, néanmoins d'avantage curieux sur les intentions de l'affriolante donzelle qui s'en était allée. Il releva cependant toute la véracité dans sa tirade, le fait avéré qu'elle était inexorablement parmi les meilleurs apprivoiseurs qu'il lui eut été donné de rencontrer. Dresseuse émérite, il s'interrogeait quant à la pirouette dont elle userait là. Elle susurra à son ouïe animale, l'apprêta d'un dernier détail, puis lui délégua sa sommation dans un dialecte qu'il fut bien inapte à démystifier. Lui qui était l'unique à pouvoir comprendre son dragon – et même nombre de mots druidiques – ne s'offusquera pas de ces secrètes paroles, qui eurent un effet imminent sur le canasson. Celui-ci, lancé au galop, s'infiltra dans la noirceur de sorgue jusqu'à ce que son galbe en épouse l'opacité. Seul Iriel le mira plus longuement que ses tiers humains, mais se désintéressa bien furtivement de ce repas manqué pour profiter de ses ultimes instants de repos. Zoran, quant à lui, croisa les bras sur son poitrail en prêtant l'oreille aux explications qui lui furent fournies. Le sot. Il avait toujours estimé les talents de la dryade, les avait simplement omis depuis la dernière fois qu'ils lui eurent été démontrés dans un manège savamment improvisé. Il lui reconnut son ingéniosité d'une volonté aphone, d'un succinct hochement de tête agrémenté de commissures labiales contractées. A défaut de le séduire par sa discipline, encore parvenait-elle à lui démontrer qu'elle savait faire bon usage de cet intellect ombragé par sa virulence. Brave enfant.

Puis, il l'observa faire varappe sur l'échine de sa fidèle monture parfaitement immobile pour l'occasion. L'ascension lui aurait été plus aisée si le quidam avait daigné lui apporter son aide, ce qu'il ne fit point, alors loyal à une muflerie retrouvée. Il savait d'expérience que l'exercice pouvait être épuisant et particulièrement laborieux pour qui ignorait à quelle prise se maintenir. Il se souvenait presque de naguère, époque où il avait connu les premiers essors sur le dos de son comparse depuis maintenant trente ans, ainsi que les quelques frayeurs inhérentes aux premières acrobaties aériennes. Par ailleurs, il espérait pour Priranna que son compagnon l'épargnerait d'hypothétiques voltiges, lui qui ne figurait pas parmi les plus immenses variétés draconiques aimait à jouer de sa dextérité. Puis, le clairon cristallin de la nymphe quémanda sa venue auprès d'elle, se drapant dans un pantomime douceâtre et enjôleur qui l'intrigua. L'animalité tentatrice qui se miroitait dans ces lorgnades appliquées l'avait toujours laissé pantois, une beauté bestiale qu'il finit par rejoindre d'une escalade plus prompte et adroite. Une fois qu'il fut à sa place, un étau vint lui étreindre le torse comme suite physique d'une déclamation toute aussi innocente qu'il était chaste. Son ultime réplique lui arracha un rire traitre, de cet érotisme à peine maquillé et ô combien risqué. S'il n'avait jusqu'alors fait qu'égarer que regards et boutades suggestives, rien ne soutenait que ses lutineries n'outrepasseraient pas d'autres lisières bien moins anodines. Nulle allégation ne serait avancée pour le priver d'éventuels désirs lascifs s'il en décidait ainsi, ce qui n'était point encore chose faite. Néanmoins, la voluptueuse anatomie conglomérée à son épine dorsale lui rappelait que rien n'était impossible.

« Je pourrais te prendre au mot, petite. » Expira t-il en tentant de l'apercevoir d'un regard latéral. « Accroche-toi au lieu de dire des inepties, tu en auras besoin. »

Sans plus de manifestation vocale, le guérisseur enjoignit à leur monture de prendre le départ par procédé télépathique, un don spécifique à sa condition de dragonnier. Iriel – à l'instar de Prunelle antérieurement – s'exécuta sans plus attendre. L'auguste se redressa, affligeant ses cavaliers de secousses annonciatrices de sensations décuplées lors du vol. Ses ailes, majestueuses et bigarrées de veinures, se déployèrent à leurs flancs alors que la créature vociféra un rugissement qui tinta dans l'immensité vacante et silencieuse d'Óir Gaiste. Puis, il entama la kyrielle de cillements croissants de puissance. Une bourrasque vint occire le feu encore allumé pour ne plus laisser qu'un âtre ardent, alors que le binôme quittait l'équilibre du sol pour s'élever en direction d'un astre sélénite intégral. L'imposante masse fendit les cieux à vive allure, laissant les dunes songeuses et impuissantes à son passage. Volant auprès d'un dragonnier sans jouir de ce même statut, Priranna était alors auréolée de bonne fortune pour cette opportunité à laquelle tant rêvaient. Les membres de l'Ordre nourrissaient leur notoriété de rustaud politiquement impartiaux, et même si cela pouvait être ardu à croire, Zoran n'était de loin pas le plus intolérant de tous. Plus abordable que nombre de ses pairs, les upra-conservateurs de leurs moeurs d'autarcie ne supportaient même l'idée de converser avec un représentant d'une communauté autre que la leur. Pour la plupart, ces derniers ne quittaient que rarement la chaleur de Mhian Dhiaga, et fulminaient littéralement depuis la ratification du récent édit. La jeune femme aurait plus de propension à se satisfaire de son actuelle relation avec le botaniste si elle avait eu la moindre illustration de ce qu'était le clan de son « maître ». Mais à une année lumière de ces spéculations éthiques, le soigneur ne lui avait point encore confié la nature de leur destination et s'interrogeait sur la réaction que susciterait sa révélation. Elle aurait loisir de l'injurier d'aliéné qu'il n'abandonnerait pas l'objet de sa quête tant que l'aurore ne poindrait pas au revers des monticules dorés. Leur traversée céleste sur plus d'une demi-heure de saccades et courbes en tout genre. Ce fut alors que la nitescence lunaire leur révéla un fatras en contre-bas d'une colline, qu'ils entreprirent aussitôt de rejoindre. Le dragon se posa dans une nébulosité aréneuse, laissant le soin au quarantenaire de poser pied à terre à son tour. Celui-ci s'éloigna d'une symphonie de pas, avant de faire volte-face en direction de sa compagne de nuitée.

« Eh bien, qu'attends-tu ? »

Questionna t-il pour l'affubler de l'évidence : qu'elle apprenne à descendre par ses propres moyens. Sans guère perdre plus de temps, Zoran rejoignit ce qui s'apparentait à d'immenses dattiers dont les feuilles avaient agonisé. Au pied de l'un d'eux, l'homme fit glisser ses phalanges sur le tronc aride et rugueux qui lui érafla l'épiderme, preuve manifeste que l'eau était ici devenue mythe. Si ces arbres étaient aux portes de la mort, ils constituaient néanmoins un indice de taille dans leurs recherches, car leur référence figurait parmi les informations que le dragonnier avait amassées avant d'entreprendre son périple. Point géographique, ils leur permettraient de se repérer dans cet univers de poussière. Du moins, tel était l'espoir qu'il s'en faisait. Il patienta que la sylphide l'ait rejoint pour déclarer d'une phonation entendue.

« Continuons à pied, ceux étant parvenus jusqu'ici n'ont ordinairement plus la force d'avancer, profitons de notre avantage. » Il redressa la tête pour mirer l'apogée des dits palmiers. « Nous devons trouver cette oasis avant le lever du jour. »

Il ne doutait pas que Priranna parviendrait vite à la bonne conclusion, comprendrait qu'il ne parlait de nul autre que l'Oasis Légendaire, elle qui était originaire de cette contrée. Alors, peut-être ses connaissances leur seraient-elles utiles s'ils ne désiraient point faire de ce désert leur sépulture.

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Ven 27 Avr 2012, 21:18

Priranna se contenta de sourire effrontement à la lorgnade qu'il lui octroya, avec plaisir se surprit-elle à penser. « Bien votre seigneurie » souffla-t-elle, joignant le geste à la parole, elle s'accrocha davantage et s'aventura même à s'agglutiner contre les omoplates du quadragénaire, déposant doucement son visage sur son épine dorsale. Ce ne fut -d'ailleurs- point du tout désagréable, bien au contraire. Lorsque l'animal se mit à agiter les ailes, elle s'extasia devant le spectacle qui prenait forme sous ses yeux, demeurant apathique. Evidemment, elle se savait chanceuse pour ne pas dire privilégiée. Zoran Drahiyr était avant tout un dragonnier et bien qu'il ne lui ait été donné de cotoyer ces individus que l'on dépeignait comme étant de parfaits asociaux, elle avait ouïe dire qu'ils étaient particulièrement réfractaires au partage de leur connaissance. Un sourire prit forme sur ses lèvres, ses paupières se firent lourdes, le sommeil guêtait, prêt à faire d'elle une alliée. Une secousse la fit sursauter, l'animal semblait prendre de l'altitude, avançant avec célérité , fendant la voute celeste sur son passage. Le froid prit le pouvoir, absorbant la chaleur de son corps. Peut être aurait-elle dû prévoir des vêtements pour l'occasion ? Ses yeux se risquèrent alors à mirer le vide qui s'étendait autour. Le sol n'était dès lors plus qu'une masse difforme, une étendue chaotique. Les dunes semblaient saluer leur passage d'un mouvement révérencieux. Un sentiment de puissance l'étreignit alors, elle aurait aimé agiter les bras, hurler aux étoiles leur beauté, chanter les louanges du Dieu qui avait crée cet univers mais, ce genre de comportement n'était guère toléré par son compagnon. Alors, elle demeura muette, contemplant silencieusement, savourant le caractère exceptionnel de cette épopée nocturne , douce glorification du ciel et des ses merveilles.

Iriel, quelle créature prodigieuse. Le battement des ailes faisait parcourir dans tout son être des ondes infinitésimales. Elle prit de profondes inspirations alors que le trajet se poursuivait. Aurait-elle un jour imaginé se retrouver dans une telle position ? Haut dans les cieux, en avant vers l'aventure, aussi étroitement agrégée à Zoran - sans qu'il ne soit question d'un entrainement au corps à corps-. Au corps à corps, un rire résonna au fond de sa gorge. Le froid qu'elle ressentait était parfaitement palié par la chaleur que le dragonnier, que le dragon lui communiquaient. Le trajet ne dura pas longtemps, pas assez à son goût. A l'approche d'un épais amas, ils entreprirent un atterissage à l'image du pilote : ferme. A peine Iriel eut-il mit les pattes à terre, Drahiyr s'éloignait déjà à grands pas d'elle. Elle cligna des paupières incrédule, encore sonnée par son périple.
« Je n'attends rien » maugréa-t-elle, surtout pas venant de toi aurait-elle pu argumenter « Contrairement à toi, je n'ai pas l'habitude. J'essayais de reprendre une contenance.» Pourquoi cela semblait au dragonnier si évident qu'une personne lambda sache se comporter en pareille occasion ? Ses yeux eurent quelque peu de mal à distinguer ce qui se décrivait autour, des dattiers vraisemblablement deshydratés. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour en arriver à la conclusion que l'eau manquait en cet endroit. L'eau, la populace. Il n'y avait rien si ce n'est le bruit du vent qui s'insinuait dans le sable, créant alors des tourbillons de faible amplitude. Elle sentit sa chevelure virevolter, elle sentit la chair de poule apparaitre sur ses avants bras, ses poils se hérisser. La révélétion vint par surprise, les informations données par son " maître " une fois recoupées manquèrent de l'assomer. Impossible était donc vrai, Drahiyr n'était tout de même pas à la recherche de...? Elle ne se souvenait plus du nom porté par la plante qu'ils recherchaient - oui car ils étaient désormais deux dans de beaux draps- mais il lui semblait qu'en des terres aussi hostiles, rien n'avait le malheur d'y pousser.

Son regard embrassa la vue, etrangement, les lieux lui parurent familiers, peut être les avait-elle déjà visité, dans une autre vie ? Probablement dans son enfance. Elle ouvrit sa besace, vérifia le contenu de sa gourde : accablant. Les vivres qu'elle avait pris le soin d'emporter étaient pour la pluparts restés en compagnie de son destrier. Diable. Chiasse. Ils étaient condamnés. De surcroit s'ils se lançaient dans une expédition sans but, sans fin, incensée !

« J'aurai dû m'en douter » marmonna-t-elle, passant une main nerveuse dans ses cheveux « J'ai survécu à une tentative de rapt et même pis, animée par un instinct de survie remarquable pour qu'au final, je me retrouve en quête d'une Oasis LEGENDAIRE, affublée d'un acolyte particulièrement affectueux. Ais-je gagné au change ?». Elle accélera le pas, décimant la distance qui les séparait avant de prendre la parole, furibonde : « Oirsia bulvirdia occixe ! C'est ainsi qu'on la nomme, chez moi. L'Oasis dont on ne revient pas. Es-tu fou ? Cette oasis est légendaire, Zoran. Dois-je te rappeler ce que ce mot signifie ?»

Evidemment, avec cette energumène, il était largement préférable de conserver un minimum de sang froid : « Drahiyr, tu finiras par me rendre chèvre, en supputant que l'on survive à ta nouvelle lubie. Tu finiras par avoir ma mort sur la conscience... » Ô rage ! Elle accélera davantage le pas, frappant le sol sableux de ses membres. Diantre, elle s'était imaginée mourir de diverses manières mais, certainement pas momifiée en plein désert. Elle était née à Oir Gaiste, elle y rendrait son dernier souffle, selon toute vraisemblance. Pourquoi s'entichait-elle toujours du pire abrutis ? « Nous ne trouverons rien car il n'y a rien à trouver. Je te signale qu'elle n'apparait qu'aux macabés, Drahiyr. Maudits sois-tu, sincérement.» Elle pila nette, se mordant la lèvre. Ses mots avaient à nouveau dépassé sa pensée. « Je regrette d'être venu. » tonna-t-elle l'impuissance prenant forme sur son visage.
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Zoran A. Drahiyr

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Lun 30 Avr 2012, 17:29

Les iris de jaspe obscur du dragonnier s'élevèrent en direction de l'astre sélénite, dont la nitescence lactescente leur faisait office de candélabre naturel. Pour effleurer les pétales de l'Adenium Obesum, rien ne fut laissé à la providence, pas même la présence d'une lune intégrale pour percer les ténèbres de sorgue. En agrément à ses recherches géographiques, il avait étudié le cycle des lunaisons en compagnie d'un expert et condisciple scientifique. Rien, pas même un cyclone de sable en plein poumon du désert n'aurait eu l'orgueil de le dissuader dans sa quête, cette fleur était d'une telle rareté que seule une poignée d'élus avaient eu le privilège de cueillir à travers les ères. Chérir un membre de cette espèce parmi sa collection serait d'une indicible jouissance, une raison de plus à adjoindre à sa gloire de botaniste. Nul n'aurait été apte à ombrager son opiniâtreté, nul, si ce n'était une sylphide geignarde dont les jérémiades l'importunaient au plus haut point. Sot, eut-il été de songer que Priranna ferait preuve de bonne résolution alors que lui-même pâtissait de sa véhémence. Pourtant, il n'eut point pensé que son déplaisir se manifesterait si promptement, alors qu'ils n'avaient pas même entamé leur errance. Il l'entendit maugréer, propos indistincts qui attirèrent son attention. Orienté vers la féline en furia, il l'observa feuler sa hargne sans mot dire. Objurgations et fatalisme, deux notions qui la portèrent aux nues alors qu'elle-même s'appliquait à établir une distance entre eux. Même Iriel demeura coi face à cet emportement simplement basé sur le caractère légendaire de leur destination. Maître et dragon s'échangèrent une lorgnade entendue : les femelles ! L'on pouvait se demander que faire sans elle, l'on pouvait tout autant se lamenter d'être en leur compagnie. Là était le genre d'attitude exclusivement féminine qui faisait à Zoran remercier Mynkor de ne pas s'être affublé du spleen d'une compagne plus de quelques années. Il se souvenait, non sans une certaine langueur, le temps qu'il eut passé au côtoiement de cette druidesse de Perllan. Lointaine époque où il s'estimait encore enclin à supporter une femme à son chevet, de quelle que caste qu'elle eut été originaire.

Coutumière, la malédiction de son patronyme qui n'était que trop souvent souligné au négatif. Cette fois ne fit pas exception à la règle, alors que la jeune femme luttait contre le sol aréneux dans lequel chacun de ses pas s'enfonçait. Puis elle s'immobilisa, peut-être consciente qu'elle n'irait nul part ainsi, et confia ses regrets de faire partie de cette pérégrination. Ironie, ne l'avait-il point prévenue de ne pas chercher à le suivre ? Eut-elle réellement pensé qu'il ne ferait qu'une succincte traversé de la contrée, pour s'arrêter dans le confort du prochain hameau ? Petite idiote. Ridicule, par quel saint miracle aurait-elle voulu gagner son estime par de telles prouesse mélodramatiques et autres pantomimes de jouvencelle bégueule. Si plus d'un quidam l'aurait inéluctablement vilipendée pour l'incohérence de son comportement et son alarmante versatilité, lui n'en fit rien. Quinze ans en arrière, sans doute lui aurait-il craché son venin au visage. Cependant, l'âge ayant exercé sa fonction, cela faisait bien longtemps qu'il n'était plus de ces jouvenceaux revêches. Le doyen qu'il était aujourd'hui abordait les rudesses du quotidien avec philosophie et une transparence concurentielle, ce qui avait le don d'exaspérer ceux qui le fréquentaient. Par ailleurs, il savait que la dresseuse n'appréciait guère sa légèreté et le manque d'intérêt qu'il lui témoignait constamment. Si elle osait imaginer qu'il s'incommoderait à la raccompagner jusqu'à son logis malgré la rapidité du voyage à dos de dragon, elle se fourvoyait lourdement. L'aurait-il laissée agoniser à même le sol si cela lui avait permis d'accéder à ce pour quoi il avait traversé tout Lanriel, la sollicitude n'était de loin pas un thème substantiel dans ses moeurs. Avant tout, il lui laissa le loisir de s'étancher de toute son aigreur, préférant alors admirer l'immensité des dattiers moribonds. Ce ne fut qu'alors que le silence revint qu'il daigna considérer l'échine qu'elle lui présentait. Persuadé qu'il ne s'agissait là que d'une accalmie parmi tant d'autres, il en profiterait néanmoins pour s'imposer. Du moins, imposer l'indifférence que les circonstances lui inspiraient.

Sans précipitation, il se mit à la rejoindre tout en plongeant la main dans le contenu hétéroclite de sa besace, grimpant sur le petit monticule sur lequel elle s'était installée. Son imposante présence à ses côtés, il extirpa un pan de végétation duquel il détacha une fane fraîche, laissant la demoiselle dans une intolérable attente. Puis enfin, son regard se posa sur son minois meurtri, et il osa. Ses phalanges étonnamment chaudes en comparaison à la température ambiante musardèrent sur sa joue, glissant jusqu'à s'infiltrer de moitié dans sa crinière d'ébène, son pouce encore présent sur sa pommette. Son autre main s'approcha de ses lippes divinement charnues, ses doigts en violèrent la suavité pour introduire, délicatement, la feuille sous son palais. Une fois cela fait, son index emporta sa lèvre inférieure dans un sensuel mouvement de retrait, avant qu'il n'amène sa propre bouche susurrer au creux de son oreille.

« Cela t'aidera à respirer. »

Venant broyer l'enchantement, Zoran se retira sans plus de tact et reprit la route. L'heure n'était pas aux lutineries, lui avait une mission à accomplir et il n'avait pas l'inattention de se laisser distraire. Il n'y avait aucune réaction à avoir face à l'agacement qu'elle avait époumoné, ses paroles – quelles qu'elles eurent été – auraient été vaines, ou seulement prétextes à ranimer son irascibilité. Qui plus est, il n'avait cure de ce qu'elle pensait, ce à quoi elle devait être habituée à force de le coudoyer. Iriel ronfla d'accablement à l'attention de Priranna dont la bouche serait revigorée par la fane mentholée que le guérisseur lui avait offerte. Une façon de plus de se railler d'elle et de lui faire comprendre qu'il ne prêterait pas l'oreille à ses lamentations si, d'aventure, elle aurait eu l'idée de les réiterer. L'incident déjà oublié, le quidam balayait le paysage du regard, sa vue parfois occultée par les collines de sable colossales sur lesquelles ils auraient à faire varappe. Stoppant sa marche, il fouilla à nouveau son sac pour en extraire un recueil, de modeste taille, à la couverture désuète et à peine lisible. Il parcourut furtivement les feuilles froissées et surannées, jusqu'à contempler ce qui s'apparentait à une ébauche cartographique d'Óir Gaiste, bariolée d'indications en tout genre. Un oeil avisé pourrait repérer l'emplacement de la trinité de palmiers, de laquelle le botaniste étudia les différentes trajectoires plausibles. Il savait, par toute sagacité et sans besoin de boussole, qu'ils venaient du Nord-Ouest, dans la diagonale de Loch Eydis, lac qu'il avait survolé. S'il en croyait les nombreuses informations qu'il avaient jusqu'alors réunies et consignées par écrit, l'Oasis s'édifierait quelque part d'avantage au sud, là où l'infinité désertique se faisait de plus en plus impitoyable. Les calots du soigneur authentifièrent à nouveau le fatras de dattiers, puis il prit un instant pour calculer la direction dans laquelle ils devaient aller. Comme les choses ne se présentaient que rarement sous leur forme la plus conciliante, ils seraient contraints d'escalader l'un de ces massifs monticules qui jonchaient la région. D'interminables minutes pour la grimper, à peine un couplet de secondes pour la redescendre de l'autre côté. Un fait était avéré, ils auraient à rayonner de résolution et de robustesse pour atteindre leur objectif sans se laisser abattre par la fatigue. La nymphette n'avait point intérêt à trainer des pieds, car il ne l'attendra point.

« Eh bien, nous ferions mieux de nous mettre en route. Iriel a besoin de repos, il nous rejoindra plus tard. » Il désigna le coteau à ascensionner. « C'est par là. »

Une dernière oeillade à sa compagne d'odyssée, puis il ouvrit la marche sans attendre, entamant la grimpette à la force de ses jambes. Affronter la nature était une chose qu'il appréciait, qui plus est et même s'il n'avait pas partagé ce détail avec la belle, il partait l'esprit tranquille que son dragon serait apte à le retrouver. Le lien qui les unifiait était plus puissant que n'aurait pu le versifier la plume d'un auteur.

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Mer 23 Mai 2012, 18:36



Diable, songea-t-elle. Elle n'était plus habituée à fouler le sol sableux de ses pas, plus elle tentait d'avancer, plus elle se sentait s'enfoncer. Rien n'arrivait à endiguer la morne sensation qui commençait sérieusement à se frayer un chemin hasardeux dans sa caboche. Sur son visage se peignirent des traits soucieux, son comportement transposait une nervosité jusque là jamais égalée. Un rictus vint fendre ses lippes, un plis d'amertume imposer son joug , rien de bien particuliers, ses pauvres traits se trouvaient toujours malmenés lorsque le bigot Drahiyr se trouvait à proximité immédiate. Ses bras se détendirent, ses poings s'ouvrirent. La tension elle, ne daigna guère s'en aller, campant - malheureusement- sur ses positions, tyranique sur presque toutes ses fibres musculaires , du moins, jusqu'à ce que " son maître " ne vienne amplifier le phénomène. Zoran tout comme ses potions ésotériques d'herboriste dragonnier placide -décidemment, Drahiyr cummulait les titres et les adjectifs parfois très peu flatteurs - dégradait son humeur. Elle qui n'était pas de nature lunatique se suprenait à le devenir au fil du temps passé en sa compagnie.

L'air frais s'engouffra dans ses narines entreprit son périple jusque ses poumons, son diaphragme se contracta, s'éleva appuyant sur ses côtes puis, l'air désaturé ressortis par sa bouche en une expiration lourde de lassitude. Ses yeux se déposèrent avec lenteur sur l'homme mûre qui l'avait rejointe dans une expression d'attente. Le temps se fit salop, suspendant son envol l'espace de quelques vulgaires secondes, des secondes où elle se vit poupée de chair entre les doigts du dragonnier. Spectatrice silencieuse d'un rapprochement foudroyant, effectivement, la feuille qu'il vint glisser sous son palais fit son effet, un effet qui aurait pu être davantage plus efficace s'il n'avait été palié par celui que Drahiyr lui infligeait. Cette sublime chaleur qui rayonna sur sa peau, vivifiant son être. Instinctivement, elle se sentit pencher la tête, offrir son oreille, offrir son cou -elle aurait parfaitement pu offrir ses lèvres- à son modeste compagnon. Quelle ne fut pas sa déception lorsqu'il s'éloigna d'elle, sans lui regler son compte. Regler son compte ? Sapristi !

« M'aider à respirer ? Pourquoi faire ? Après tout, je ne nous donne pas une journée de plus avant que la faucheuse ne vienne nous rendre visite » sans surprise, ces paroles demeurerent dans son esprit, Priranna n'était pas prête de perdre le contrôle encore une fois, pour cela, elle allait se faire violence. Elle le suivit donc, les lèvres scellées, avec docilité elle lui emboita le pas. Lorsqu'il fit une halte, décidant de se munir d'un ouvrage - encore un énième bouquin sur les fougères !- , Nerwende en fit de même. Elle se risqua tout de même à passer la tête par dessus ses épaules pour distinguer ce qu'il fixait avec concentration : une carte d'Óir Gaiste. Priranna se mit à scruter le papier jaunis avec attention, ils venaient tous deux du nord or, d'après ce que la carte présumait, si Oirsia Xixiendra existait vraiment, celle-ci devait être située plus au sud. Elle s'éloigna alors, esquissant quelques pas, le regard coulant sur l'immensité désertique. Ces palmiers, par Eydis, elle avait l'intime conviction de les avoir déjà miré. Quand ? Cela lui échappait et appuyait grandement sur sa frustration. Ses mains s'emparérent d'un lacet, elle releva dans un mouvement négligeant ses cheveux en un chignon peu soigné. « J'ai cru comprendre » souffla-t-elle « Je suppose que cette carte a été dessinée par un illuminé ? Un mythomane avide d'argent qui te l'a vendu à prix exhorbitant. Drahiyr, tu aurais pu conserver ces pécules plutôt qu'investir dans une carte mensongère, les légendes ne sont pas des légendes pour rien » Priranna n'allait pas à nouveau geindre mais, il allait lui être difficile de conserver le silence durant leur périple, difficile ? Inconcevable. La fatigue pointa bien trop tôt, son estomac bien assez tôt contracté par la faim venant lui rappeler son manque par de parfaites remontées cétoniques. Les buttes s'incrémentaient, certaines pierres lui écorchèrent les talons, quelle idée de ne point se chausser. « Cette Adenium Obesum doit certainement valoir le détour, hein ? Dans ce cas, j'exige que l'on partage la trouvaille, enfin, si nous arrivons à nos fins, si nous sommes là pour...» haletante, elle sentit une vive douleur sous son talon, elle s'arrêta relevant le pied où une hémoglobine rougeâtre coulait doucement : « J'ai la guigne ! » cracha-t-elle, fouillant dans sa besace à la recherche desespérée d'un moyen de se soigner : ses herbes ? Parties avec Prunelle. « Peut être devrions-nous nous mettre à prier Eydis, Zoran. Parce que, j'ai l'impression que l'acharnement sur nous est déraisonnable.» Sur nous ? Sur moi.
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Zoran A. Drahiyr

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Ven 25 Mai 2012, 13:40

Le quidam avait parfaitement conscience que la frustration dont il l'affublait par ses agissements n'étaient pas pour étancher l'âcreté qui rongeait la sylphide. Il ne faisait guère rien pour lui faciliter les choses et ne prendrait aucune résolution en ce sens. Elle-même se plaisait à naviguer en contre-courant pour mieux le rosser de ses lubies dans l'espoir qu'il n'abdique, dans l'expectative qu'il ne lui offre une unicité de son âme. Pauvre enfant, le désappointement devait être son lot quotidien, un poids qu'elle trainait à sa suite tel que lui avait la sensation de le faire avec elle. Fort heureusement que ses trapèzes étaient suffisamment robustes pour endurer la pesanteur de la belle – à dire vrai, claquemuré dans sa bulle, il ne lui prêtait qu'à moitié l'oreille, convaincu que son discours ne changerait de toute façon point. Il n'eut pas tort, elle se mit en quête de nouveaux sarcasmes et autres affirmations pour lui certifier ce qu'elle jugeait être de l'ineptie, de la crédulité sous sa forme la plus primitive concernant son intention de trouver l'Oasis. Elle sembla tout autant s'inquiéter de son pécule – désirait-elle surveiller ses comptes, à présent ? Avec cela, elle ignorait de quoi elle pouvait bien parler, l'acquisition du dit recueil ne s'étant pas monnayée comme elle le subodorait. Une information qu'il garda sous silence, estimant inutile de la lui céder, pour la simple et bonne raison que ses transactions ne relevaient pas de sa juridiction. Alors, il la laissa prêcher ses opinions tant qu'elle le voulait- ce qui ne changerait pas d'ordinaire -, uniquement intéressé par les prémisses de ce voyage jusqu'au lieu mythique.

Cependant, la demoiselle parvint à l'extirper de sa concentration lorsqu'elle exigea une part du butin, une demande – qui s'apparentait d'avantage à une injonction – qui le fit tiquer. Voir une perle de botanique entre les mains néophytes de Priranna, un véritable blasphème pour cette fleur qui méritait une attention bien plus substantielle. Une gemme abandonnée à la volonté juvénile d'une donzelle qui ne saurait même pas quoi en faire. De la pure incongruité envers le domaine dans lequel il excellait, aussi eut-il préféré que l'espèce ne s'éteigne que de la voir maltraitée ou non estimée à sa juste préciosité. Malgré cet avis tranché, il ne ferait rien de cette épreuve vexatoire, car ils en trouveraient plusieurs spécimens et que la rose du désert ne lui appartenait pas. Sa seule préoccupation était de posséder une perle de cette espèce raréfiée par le temps pour l'ajouter à l'opuscule qu'il préparait depuis presque trois décades. Par ailleurs, il n'était pas à exclure l'hypothèse qu'ils rencontrent d'autres aventuriers qui, tout comme eux, s'étaient mis en quête de la précieuse. Le botaniste s'attendait à voir certains de ses homologues scientifiques fouler l'immensité désertique, c'était à qui dénicher l'Oasis le premier, preuve que le butin de l'expédition n'était pas des plus futiles. Il aurait souhaité que la jeune femme en prenne conscience et, même incertain que ses explications seraient d'un quelconque impact, il voulut tout de même s'essayer à l'exercice avant même qu'elle ne ponctue sa tirade. Néanmoins, la contingence le devança et il ne fallut pas plus que de l'inhabileté pour qu'un ichor écarlate ne goutte sur le sable refroidit par la sorgue. S'immobilisant sur place, le guérisseur l'observa dans sa frustration et la fouille de sa besace sans guère faire preuve de commisération. Plus fortunée qu'elle ne le pensait, la meurtrie pouvait s'estimer heureuse qu'il ne soit pas un quidam en proie à ses émotions car dans le cas inverse, il lui aurait certainement plongé la tête pour qu'elle se noie dans un monticule arèneux. Prétendre qu'il n'était point agacé par ses plaintes aurait été mentir, mais agir avec autant d'aigreur qu'elle serait chose vaine et il le savait. Alors, il demeura aussi placide qu'à l'accoutumée.

« Eydis, allons donc... » Fort impie pour l'heure, il trouva cette idée de patenôtre des plus prudhommesques et la chassa aussitôt. « Ce n'est pas de déveine dont il s'agit, simplement de gaucherie. Tu apprendras que même si les bédouins portent des chaussures, ce n'est pas pour rien. »

Si elle marchait aussi ardemment qu'elle ne caquetait, nul doute qu'ils seraient d'ores et déjà parvenus à destination, mais si elle plus elle ne regardait point où ses pieds se posaient, ils galopaient droit à la catastrophe. Il n'avait nullement le temps ni l'envie d'endosser sa cape de chaperon quand bien même il pouvait – par d'aléatoires moments – apprécier la jeune femme. A dire vrai, il était curieux de savoir de quelle façon s'y prendrait-elle pour musarder à ses côtés alors que la plante de son peton était écorchée, diamétralement impossible sans qu'il ne finisse par la porter sur don échine – ce que, au passage, il ne ferait sûrement pas. Une fois encore, la chance lui faisait risette de se trouver en présence d'un soigneur émérite qui avait diversifié son art tant chez les compagnons reptiliens de son Ordre que chez le genre humain. Il lui tendit donc la main pour l'aider à faire varappe jusqu'au sommet de la dune qu'ils ascensionnaient et où ils trouveraient plus de stabilité. Une fois au sommet, il lui fit signe de poser son charmant séant sur le sol alors qu'il retirait sa propre besace de son épaule pour mieux en sortir ses outils. Face à elle, il posa un genoux au sol, saisit la cheville de la belle et plaça son pied sur sa cuisse, positionné selon la nitescence sélénite pour tenter de mieux voir. Puis, usant du liquide cristallin de sa gourde, il nettoya la plaie d'une manière certes superficielle mais nécessaire.

« L'entaille a l'air profonde, mais pas assez pour que je t'ampute... Quel dommage. »

Juste assez pour qu'une vive douleur ne l'étreigne à chaque pas, en réalité et bien que sans grande gravité, mais cela, elle le comprendrait d'elle-même. Priranna venait de lui faire une nouvelle démonstration de son absurdité, car se laisser avoir par les guêpiers naturels d'Óir Gaiste alors qu'elle était originaire de cette même contrée, il y avait de quoi amuser un bouffon. Mais celle qui s'en délassait le moins était encore la principale concernée, inéluctablement handicapée pour le coup. Subitement, l'une des mains du dragonnier se fraya un chemin jusqu'à son mollet, puis la base de sa cuisse en une caresse chaude et sensuelle. L'obligeant à plier l'articulation patellaire pour mieux l'approcher, ses phalanges s'amusèrent un instant à effleurer son épiderme, ses prunelles dans les siennes avec une condescendance marquée. Il mira ses lippes charnues avant de revenir sur ses yeux, un fin rictus se dessina à la commissure de ses propres lèvres puis... Il déchira un pan du vêtement de la donzelle. Une simple bribe sur un habit déjà bien peu fourni en tissu, tirée au plus bas de celui-ci. Zoran reprit ensuite sa position initiale pour appliquer un onguent sur le pansement de fortune, avec lequel il banda la blessure qui prit une légère teinte vermeille. Son faciès s'orienta vers son côté senestre, en direction de son dragon encore visible et qui s'était rapproché de quelques pas pour observer la scène.

« Tu vas rester avec Iriel, je partirai seul. Tu trouveras de quoi t'hydrater et te sustenter dans ses sacoches collatérales. » Il reprit presque aussitôt, coupant la prise de parole de la naïade. « Que les choses soient claires si elles ne l'étaient pas déjà. L'Adenium Obesum est ma priorité, s'il fallait choisir entre elle et toi, tu devines que le choix serait aisé à prendre. Libre à toi de me suivre, mais le chemin sera long et avec cette plaie, tu finiras par marcher à cloche-pied. » Il articula parfaitement, comme si cela lui permettrait de se faire comprendre. « Je n'hésiterai pas à t'abandonner en plein désert si j'estime que tu me ralentis. »

Et il était plus que sérieux. Priranna pouvait encore en douter, elle ne subirait que les conséquences de sa négligence si tel était le cas. Au moins, avait-il la décence de la prévenir de ce qui l'attendait si elle décidait de poursuivre avec lui.

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Sam 26 Mai 2012, 17:35

Retombée en enfance, elle se surprit à craindre la réaction de Drahiyr. La plaie qui fendait son talon lui otroyait un mal sans borne mais, la tête haute elle prétendit le contraire. Quand bien même Zoran demeurait impassible, elle crut reconnaître sur ses traits l'ectoplasme d'une lassitude prononcée. Une main vint se perdre dans sa chevelure, une moue navrée prendre forme sur ses lippes. « Merci de me rappeler à quel point je suis gourde » siffla-t-elle, la machoire serrée, la fierté plus bas que terre. Par Eydis que lui était-il arrivé ces dix dernières années ? Comment avait-elle pu oublier les conditions qui régissaient la vie en plein désert ? Comment avait-elle pu renier ses origines au point de ne plus savoir comment se comporter afin de survivre sur les terres même où elle avait vu le jour ? L'introspection lui fit l'effet d'une réprimande, les choses étaient telles que Priranna ne se sentait plus du tout fille du désert si tant est qu'elle l'ait été un jour. Elle fut tirée de ses reflexions par la main ferme de Zoran qui s'emparra de la sienne, l'aidant sans ménagement à escalader la butte. Comment Diable allait-elle poursuivre cette épopée maintenant qu'elle représentait un véritable boulet au pied de Drahiyr ? Dépourvue de stupidité, elle comprit bien assez vite qu'elle allait retarder le dragonnier et qu'il n'allait certainement pas tarder à lui en faire la remarque, aussi, elle vit les muscles de son corps se contracter à nouveau, le mal aise s'infiltrer et l'angoisse revenir, retombée en enfance jusqu'au bout. Lorsqu'il lui fit signe de s'asseoir, elle ne se fit pas prier, profitant de ce léger répis pour reprendre son souffle. Sur ses propres terres, elle était vaincu. Se laissant faire, elle attrapa toutefois son genou, serrant les dents , réprimant donc une envie de crier : la douleur, la douleur -espèce de femmelette- « Comique, en plus, que de qualités, Zoran » elle n'avait point envie de plaisanter, lui non plus, d'ailleurs. « Je suis consciente de ne pas être la...» elle faillit s'étouffer avec sa propre salive, la main de Drahiyr s'aventurait un peu loin , serpentant jusque la base de sa cuisse, instinctivement, sa main droite vint emettre une légère pression sur le poignet du dragonnier alors qu'une expression indescriptible prenait forme sur son visage. Son coeur manquant un battement, elle poussa un léger cri. Surprise ? Des tremblements la secouèrent, elle était chatouilleuse d'autant plus à cet endroit. Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang, coutume absurde qu'elle avait acquise à trop lambiner avec lui.

Evidemment, ce n'était qu'un roublard, usant d'un charme particuliers uniquement pour se gausser de sa personne. Cela devait être une manière comme une autre de tirer du plaisir des choses primaires de la vie. Haineuse, elle fut outrée lorsqu'il osa déchirer la pan de son habit, lui soustrayant une bonne dizaine de centimètres de tissus.Cette tunique, par Eydis, sa préférée !

« Heureusement pour toi, je ne m'emcombre pas de pudeur » lança-t-elle, observant avec irritation l'étoffe effilochée et ses cuisses complétement dénudées : « Rester avec Iriel, tu plais...» _________________________________________________soufflée, elle demeura muette. Certes, Zoran n'avait jamais été la compassion incarnée, encore moins la sympathie mais, saloperie, il pouvait tout de même faire quelques efforts. Je n'hésiterai pas à t'abandonner en plein désert si j'estime que tu me ralentis. Le discours était clair, le discours était LIMPIDE. Transparent, comme de l'eau de roche. Dur à encaisser mais, compris. « J'AI COMPRIS » hurla-t-elle se libérant de l'étreinte d'une talonnade bien méritée. Elle se mit debout non sans peine, dominant le dragonnier de sa hauteur : « Je n'ai pas pour habitude d'abandonner ce que j'entreprends, n'en déplaise à certains » intonna-t-elle, accentuant sur le dernier mot. Les yeux plissés, pleins de défit, elle poursuivit : « Ne t'inquiète pas, Zoran. Mon pied et moi, on va s'y faire. Et s'il faut que je m'empute, je le ferai. En revanche si, je ne sais par quel concours de circonstance la roue finit par tourner en ta défaveur, je me ferai un plaisir de mettre fin à tes souffrances. » Rancunière, elle reprit la route, ruminant les paroles du dragonnier. L'absence d'humanité était effrayante, comment pouvait-il préférer une plante à un être humain ? A elle, hein ?
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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Dim 27 Mai 2012, 16:49

L'authenticité avait cela de bon qu'elle ne laissait guère de place à l'inintelligibilité, les faits étaient diaphanes, parfaitement compréhensibles même pour le dernier des ineptes. Zoran savait user de simagrées lorsque cela était nécessaire, tout comme faire preuve d'une cinglante franchise avec une dose somme toute variable de subtilité. Il se doutait que la sylphide de cette contrée aride – dont elle semblait pourtant ignorer nombre de dangers – n'apprécierait pas cet accès de franc-parler destiné à la remettre à sa place. Elle était d'une telle véhémence que sa réaction fut prompte, embrasée d'une mortification condescendante qui heurta le poitrail du dragonnier. Bousculé, le quidam eut néanmoins assez d'instinct pour se rattrapa à l'aide de l'une de ses mains envoyée en arrière, s'épargnant ainsi une réception directe sur son séant. D'une succincte impulsion, il revint à sa position initiale, redressant ses prunelles d'onyx en direction de la jeune femme désormais relevée. Sa prépondérance n'était que mystifiée par le fait qu'elle le surplombait – pour une fois – de sa taille, ce dont le guérisseur ne s'offusqua pas en dépit de l'incongruité de la chose. Contrairement à ce qu'il aurait souhaité, elle sembla résolue à poursuivre leur quête sans se soucier de sa meurtrissure plantaire. Tournant les talons, elle illustra son opiniâtreté en reprenant la route, délaissant son compagnon à son exaspération silencieuse. Celui-ci se releva à son tour, les yeux plissés et posés sur l'épine dorsale de la harpie, il jugea le temps d'agir plus que venu. Sans la déveine de sa blessure qui ne ferait qu'empirer graduellement à leur marche, peut-être aurait-il été enclin à endurer son acrimonie plus qu'il ne l'avait déjà fait. Mais à l'amoncellement des facteurs négatifs, dont le simple fait qu'elle entraverait inéluctablement son odyssée botanique, il ne pouvait se permettre de la traînailler avec lui. Avec ceci, il se refusait d'être la cible de ses gaucheries, la rose du désert lui était trop substantielle pour qu'il n'abdique dans ses recherches. Il le lui avait dit : son choix si choix il devait y avoir serait aisé à prendre. Par ses incartades, elle se discréditait et venait d'abolir ses dernières chances de participer à l'aventure. Déjà, la solution avait point dans l'esprit du plus âgé, et ses mains lestes se frayaient un chemin dans le contenu hétéroclite de sa besace tout en prenant la suite de la nymphe. Il parvint furtivement à sa hauteur, puis, subitement, la prit en étau avec l'un de ses bras. De sa main libre, il lui appliqua une étoffe détrempée d'une substance odorante sur la partie basse de son physionomie, submergeant son sens olfactif d'une concoction spéciale.

« Je crains qu'il n'en soit autrement... »

Susurra t-il au creux de son tympan alors que les saccades défensives de Priranna s'amoindrissaient, jusqu'à devenir inexistantes. Ce qu'elle respirait était un fin alliage de divers éléments dont des opiacés, de la mandragore et de la jusquiame. Une élaboration narcotique que les praticiens utilisaient en guise d'anesthésie lors de soins douloureux et qui, à haute dose, pouvait provoquer une véritable léthargie plus qu'une simple langueur. Présentement, la belle sombrerait dans l'inconscience au grès de sa robustesse, pour quelques heures tout au plus. Il sentit sa délicieuse anatomie fléchir, chanceler pour ne plus dépendre que de sa poigne pour tenir en équilibre. Le crâne de la dryade bascula lourdement en avant, puis, comme il l'eut fait antérieurement, le dragonnier la porta tel un sieur envers sa dulcinée. Elle lui tiendrait plus qu'inexorablement rancune de cette action de pure fourberie, ce dont il n'avait cure dans la mesure où il allait pouvoir poursuivre sa quête sans autre préoccupation que la découverte de l'Oasis. A la suite de quoi, il fit volteface pour redescendre – prudemment – le coteau qu'ils avaient laborieusement ascensionné, pour rejoindre le dragon vert qui s'approcha également. Il en revenait à la même conclusion : pourquoi, par Mynkor, s'était-elle donnée la peine de traverser un pan d'Óir Gaiste pour le rejoindre ? Insatisfaite de tout, l'accablant de son spleen telle une enfant puérile qui n'aurait guère jamais eu à se confronter à la survie. Pourtant, il savait cela faux, et ne parvenait à comprendre la source de son piètre comportement. Il déposa l'enveloppe corporelle redondante aux pattes d'Iriel, tous deux conversant furtivement sans qu'un son ne s'échappe de leurs lèvres. Le reptile s'allongea aux abords de la jeune femme, la prémunissant de la froidure ambiante en faisant barricade de sa corpulence. Les phalanges du botaniste musardèrent un instant sur le doux faciès assoupi de la sylphide, cajolant ses plantureuses lippes avant de s'en retourner à sa besogne. L'astre sélénite serait donc son unique concubine de sorgue, car lorsque la dresseuse de pur-sangs s'éveillerait, il serait à des lieux d'ici.

D'innombrables heures avaient flué depuis leur séparation. L'aurore clairsemait les cieux de teintes chaudes et criardes, étouffant l'air d'une onde caniculaire qui ne ferait qu'accroître. Priranna sur l'échine d'Iriel, le binôme survolait l'étendue d'aridité à la recherche d'un certain quidam. Le dragon avait pressentiment l'appel de son maître, sa volonté qu'il le rejoigne par l'indicible lien qui les unifiait. Ils approchèrent d'un immense agglomérat de rocailles, là où – autrefois – s'écoulait un cours d'eau. Dans le peu de pénombre qu'octroyaient les roches brûlantes, Zoran, assis contre l'une d'entre elles, patientait. Les yeux clos, le visage bas, il se ployait un semblant de repos après tant de tumultes. En témoignaient les macules de crasse qui bigarraient son épiderme visible et la poussière qui chamarrait ses habits. Cerné d'éreintement, affublé de courbatures en tout genre, il tourna faiblement le regard lorsque le mastodonte tétrapode se posa à quelques mètres. Il aperçut la demoiselle, certainement tirée de sa narcose depuis bien longtemps maintenant, et qui aurait tout le loisir de constater que le voyage avait été criblé de péripéties. Etait-il néanmoins parvenu à dénicher son précieux végétal ? Le quidam était à bout de forces, sans que ses traits physionomiques ne soient les reflets d'une quelconque émotion pour autant, laissant ainsi l'issue de son intrigue en suspens.

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Mer 30 Mai 2012, 12:08

Peut être n'aurait-elle pas dû lui tourner le dos ? Ne jamais tourner le dos à un ennemi, c'était un adage qu'elle mettait un point d'honneur à respecter. Et en pareille situation, Drahiyr était davantage un ennemi qu'un ami ou encore un maître. Les paroles du dragonnier ne cessaient de marteler sa boîte crânienne, écho d'un nouveau genre, venant lui rappeler sans once de doute qu'il ne devait point avoir d'égard envers elle. Peut être n'aurait-elle pas dû lui parler de la sorte, éveiller en lui un quelconque courroux bien dissimulé par une mine placide où les émotions n'étaient point représentées. Peut être , in fine, n'aurait-elle pas dû venir à sa suite, se jeter dans la gueule du loup et prier la bête de macher avec ardeur. Peut être, beaucoup de " peut être " s'ammoncelaient. Un trop plein de supposition qui ne trouvèrent guère réponse au royaume onirique dans lequel elle se retrouva bien trop vite projettée. Elle ne le vit pas venir, le coup qu'il lui porta. Un coup bien plus cruel qu'un poing perdu au sommet de son crâne, elle fut assomée, certes, par une decoction qu'il lui avait contraint d'humer. Priranna n'eut aucune chance de protester comme il se devait, aucune, un néant l'engloutit. D'abord dans un état second, elle sentit les bras de Zoran au contact de ses reins puis, rien. Plus rien, ses pensées divaguèrent, se laissérent emporter dans un lointain souvenir. Elle rêva, elle les revit. La quiètude l'imprégna, le chant des femmes qui tressaient leurs longs cheveux ébènes, elle vit sa mère, ses petits frères, son père. Elle les toucha, les embrassa, les pleura.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, le soleil s'imposait à la nuit, déclarant sa légétimité, réclamant son trône à nouveau, à ses côtés, Iriel lui faisait office de protection. Priranna se laissa bercer par la respiration où s'élevait une légère odeur de souffre. Puis, doucement, se redressa , d'abord en position assise, elle se massa les membres, dormir à même le sol aussi sableux fut-il, n'était jamais une partie de plaisir. Une main vint jouer aux peignes dans sa chevelure, par le feu, comme elle haissait que les particules de silices viennent occuper sa masse de cheveux, elle avait en horreur quiconque pouvait bien y toucher ou encore que quoique ce soit ne vienne les salir : crasse ou poussière. Elle en prenait soin, c'est ce qui - après tout- réhaussait sa beauté. Elle se frotta les yeux, la gorge sèche, l'impression d'avoir combattu un monstre - Zoran, maraud ! -. Cette mixture qu'il avait du lui faire respirer l'avait plongé dans une inconscience, dire qu'elle lui faisait confiance. A cela, on ne l'y reprendra plus. Puis, elle se releva, décidant qu'il était mieux pour elle de travailler ses jambes où fourmillaient une sensation d'engourdissement, combien de temps avait-elle bien pu dormir ? Où donc se trouvait le traitre sans nom ? Avait-il atteint son but, elle se surprit à espérer qu'il n'en fut rien juste, par esprit revenchard. « Ton accolyte, Iriel, verra que la vengeance, de par chez moi, se mange glacée !». Elle soupira. Peut être avait-il agit pour son bien ? Une vive douleur revint, telle une piqure de rappel, amener à son bon souvenir qu'elle était blessée, qu'elle prenait les traits d'un désagrement. Je n'hésiterai pas à t'abandonner en plein désert si j'estime que tu me ralentis. Ses poings se serrerent, n'était-ce point ce qu'il avait fait ? La laisser en plein désert, certes, accompagnée d'un dragon mais, s'il était venu à Iriel une fringale ? Elle se tourna vers la bête, la gratifiant d'un regard mauvais, elle n'avait pas oublié sa traitrise de la veille. « Attends-toi à être orphelin ». Soudain, l'imposante masse se releva, la dominant, elle crut un instant fugace qu'il allait la dévorer pour avoir osé proférer une telle menace en sa présence mais, allez donc savoir pourquoi, ni même comment, elle vit dans ses iris qu'il fallait qu'elle le monte. Il devait certainement avoir reçu un message télépathique provenant de Drahiyr, quelque part, elle leur enviait cette synergie. « Bien, bien mais, sache que je suis vraiment très en colère contre lui ». Elle s'executa, toujours avec difficulté.

Les minutes se soustrayèrent, plus accommodée au voyage dans les cieux, elle ne ressentit aucun vertige. Un sourire vint même agréménter son faciès où le sommeil conservait quelque peu de suprématie. Un amas de roche prit forme plus en avant, elle comprit, c'est donc là que Zoran les attendait. Cet endroit, c'était Kipiriuei Dracon Nar'hande autrement dit, la Larme du dragon, autrefois cet espace était entouré d'une végétation luxuriante ( du moins, d'après certains récits). Ils attérirent lentement, son regard fut vite attiré par la silhouette du quadragénaire. Lorsqu'elle mit pied à terre, elle clopina jusqu'à sa hauteur, puis, la fierté elle aussi tirée de latence se montra à la vue du dragonnier : « Tu sembles avoir été malmené , Drahiyr » cela aurait pu être suivi d'un " bien fait pour toi " « Pas de " bonjour " pour toi, il me semble avoir oublier ma politesse à l'endroit même où tu m'as anesthésié ! » comportement puérile, en effet. Elle croisa les bras sur sa poitrine, légérement gênée par la position debout : « ALORS ? Tu as trouvé ta précieuse fougère ?».

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Zoran A. Drahiyr

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MessageSujet: Re: On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.    Mar 05 Juin 2012, 12:56

La sagacité de la dryade le laisserait toujours pantois – son ineptie à souligner le truisme pour la simple plaisir de le faire. Quand bien même il n'eut pas été malmené dans le véritable sens du terme, sa pérégrination n'avait pas été une sinécure et il était pansé d'odyssée pour quelques temps. Retrouver le confort cossu de sa forteresse à l'orée des cimes était un luxe qu'il avait grand hâte de rallier, surtout en sachant que certains de ses homonymes s'en étaient allés à Cathairfàl et ne seraient donc point au bastion. Il affronterait le désappointement du sieur Ildahel une autre fois, car il doutait le revoir avant bien longtemps – ce qui n'était pas pour lui déplaire. Avant cela, il savait devoir faire face aux incartades de Priranna de laquelle émanait déjà une aura de rancune. Regrettait-il ses agissements et cette fameuse narcose impromptue ? Certainement pas, dans la mesure où cette pointe de trahison – qu'il jugeait être plus de la pure finauderie – lui avait permis de mener sa quête à bien. La belle n'avait pas été un boulet congloméré à sa jambe et dont il aurait – peut-être - regretté le minois par la suite. A peine arrivée, elle le spolia d'une salutation dans les règles en ne s'intéressant qu'au succès ou à l'échec de ses plans. Avait-elle toujours des vues sur sa précieuse fleur du désert ? Il ne serait guère étonné que ce fut-ce le cas, ne serait-ce que pour l'importuner comme elle savait si bien le faire. Avait-il l'Adenium Obesum ? La vénus de botanique reposait paisiblement dans une pochette de sa besace, affirmant qu'en effet, il était malgré tout parvenu à trouver l'emplacement de l'oasis. Non sans d'amples efforts et quelques secrètes incertitudes sur sa survie, le chemin avait été long et semé d'embûches en tout genre qu'il se garderait bien de conter à la première oreille. Contrairement aux apparences, il respectait le caractère légendaire de cet endroit, si bien qu'il n'était pas enclin à en dévoiler l'emplacement – et qu'en réalité, il n'était pas même convaincu de pouvoir un jour la retrouver ! D'une réussite n'en découlait pas inéluctablement une autre, la providence s'était mêlée à sa péripétie et il en était parfaitement conscient. Il n'irait pas provoquer la contingence au risque d'être la cible de bien mauvais revers, et il n'en offrirait pas l'opportunité à son interlocutrice non plus. Interlocutrice qu'il s'en alla rejoindre en se levant, soumettant ses muscles turlupinés d'éreintement à un douloureux déplacement jusqu'aux devants de la nymphette.

« Les légendes sont à la hauteur de leur notoriété... »

Comme à son habitude, la physionomie dépourvue de tout reflet d'émotions, il observa la jeune femme de ses prunelles de jaspe sombre. Elle en conclurait ce qu'elle voudrait, il n'avait guère l'intention de clarifier ses propos et ne répugnait pas à ce qu'elle croit à sa défaite. Si tel était le cas, elle se raillerait éventuellement de lui lors d'un temps, lui remémorant qu'elle l'avait prévenu et qu'il n'avait que ce qu'il méritait – sans être au fait de la vérité. Pour l'heure, il préférait qu'elle le considère comme le dernier des imbéciles pourvu d'un égotisme qui l'avait induit en erreur, plutôt qu'il n'ait à s'inquiéter pour son inestimable plante que nul autre que lui n'approcherait. Il n'avait cure de ce qu'elle pourrait bien penser de lui, qu'il ne chute dans sa considération plus que ce qu'il n'avait déjà fait. L'apprécier même un tant soit peu ne signifiait pas qu'il accordait une quelconque importance à son jugement, particulièrement alors qu'elle avait manqué de mettre toute son organisation à sac par ses lubies de jouvencelle bégueule. Non, il ne pouvait se permettre de préférer son amour-propre à la bonne préservation de son bien floral, ne pas être considéré à sa juste valeur était après tout devenu une marotte, bien malheureuse mais réelle. Si la peuplade de Mhian Dhiaga l'avait reconnu pour ce qu'il était véritablement, nul doute qu'il serait à son avènement, siégeant à l'apogée du Haut Conseil comme leader suprême. Doux songes, utopie qu'il n'avait pas entièrement reniée de ses fantasmes. Mais ne fallait-il pas aller trop vite en besognes. Les phalanges du guérisseur se posèrent sur les frêles épaules de la donzelle, se contractant sensiblement, délicatement au niveau de ses trapèzes alors qu'il ne la quittait pas de son oeillade. Lentement, il la fit dévier sur son côté senestre pour lui libérer le passage, puis s'en désintéressa sans apporter guère plus de réponses à ses interrogations – ou même offenser contre son éloquente rancoeur.

Son attention s'éleva à un être dont l'essence lui était plus substantielle, infrangible à la sienne. Il s'approcha de son fidèle compagnon reptilien, échangeant quelques silencieuses délicatesses par le biais de leurs esprits. Il vint jusqu'à son auguste museau, lequel il gâta de tendres caresses tout en arborant un air au plus haut de l'épuisement. Le ronronnement caverneux d'Iriel se répercuta en écho dans l'endroit désertique, ce dernier vraisemblablement comblé du retour de son maître et des délicatesses qu'il lui octroyait. L'ineffable relation qu'ils entretenaient semblait prendre tout son sens dans le simple regard qu'ils échangèrent, sans adjectif plausible, sans explication concrète sur ce qui les unifiait depuis trois décades. Nul ne serait jamais capable de remplacer l'autre, pas même une âme sœur féminine, pas un enfant retrouvé, absolument rien qui puisse ou non exister. Ils se complétaient, se comprenaient, et en cet instant, nourrissaient tous deux la même et unique envie.

« Nous rentrons. » Le dragon sembla acquiescer, guilleret, grognant un râle rauque en guise de tirade. « Nous prenons la route pour les montagnes de Bairr Bàn, bien que l'éventualité de t'abandonner au désert qui t'a vue naître ne serait pas pour me déplaire, je n'en ferai rien pour cette fois. Qu'as-tu l'intention de faire désormais ? Doit-on t'amener quelque part ? »

Plus de courtoisie qu'on ne lui aurait initialement attribuée, il acceptait de reconduire Priranna à l'endroit de son choix, dans la mesure où celui-ci se situait sur leur chemin, évidemment. Elle avait de la chance qu'Iriel l'accepte sur son échine, dans le cas contraire, le binôme l'aurait certainement laissée ici même.

_________________

Il a jadis existé,
Dans mon pays de bohème originel,
Une fête des vents, où l'adulte redescendait
Les marches des âges, pour célébrer son enfance, éternelle.
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On dit que certaines vies sont liées à travers le temps... Unies par un ancien appel qui résonne à travers les siècles.
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