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 L'odeur de la pierre chaude à midi [Una]

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▬ Contributions à l'histoire : 56


Rayner Renfor

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MessageFeuille de route
MessageSujet: L'odeur de la pierre chaude à midi [Una]   Jeu 29 Mar 2012, 10:12

    N’étais-je qu’un songe. N’étais-je qu’une nuit.
    Assis sur les genoux de l’Aube, je suis l’enfant de l’incertain.

    Je danse depuis l’opale, et je danse depuis la rose. Battre de mes pieds gelés les pavés bleus d’une ville encore endormie. Battre la mesure d’un nouveau jour, seule certitude que me laisse le masque froid d’un soleil trop timide. Je danse depuis que je suis sorti de mes angoisses nocturnes, devant personne, pas âme qui vive, juste pour moi, et pour mes doigts roidis.

    J’attire quelques regards endormis, saisis sur le seuil de leur lit, au frisson de leurs rêves. Ma danse est une lutte avec et pour cet air qui me fera tenir une journée de plus. J’ai besoin d’argent pour manger. J’ai besoin de mouvement pour ne pas m’endormir. Pour ne pas faiblir. Disparaître. La matinée avance. Je me repose. Parfois. Mais pas trop. L’ennui est ce venin qui me jettera au sol à jamais. La mort, c’est cet ennui du présent, qui se file et se défile en strates sans épaisseur. La lâcheté, c’est l’ennui de mon pays, de ma gens, de mon âme.

    Je danse comme un pantin dont les fils ont été mangés par les fourmis. En mille vagues sombres et grouillantes, elles viennent et je les vois, s’agiter à la bordure de ce territoire sacré que sont ces quelques pavés dansés que j’anime. J’ai faim.
    J’ai faim, je danse.

    Le soleil de midi. La foule amassée pour le marché. Brûlure d’un astre versatile. Touffeur des corps agglutinés. Toute cette chaleur a rempli ma tête, et mon esprit pulse en un simulacre d’ivresse. J’enchaine deux acrobaties, salue la foule. Leur joie commence à me toucher. Je crois que je souris un peu. Rien qu’un peu. Je ramasse quelques pièces, jette un coup d’œil à mon sac.

    Plus de sac.

    « Hé, vous ! »

    Mon cri rebondit sur le mur des badauds assemblés, qui, visage anonyme, se contente de refléter l’expression de ma propre panique. Je fends la foule. Quelqu’un tombe. Je fais volte-face, les grelots accrochés à mon habit bleu chantent, me rappelle que je n’ai pas le temps, encore moins de m’excuser. La chaleur me tue, mais mes sens sont à fleur de sang. J’ai perdu sa trace. Impuissant, paniqué, je heurte ceux qui me barrent le passage.

    Je dérape légèrement quand mon pied froisse une feuille de papier, au sol. Je me baisse, la saisis du bout des doigts, et constate avec horreur que c’est l’un de mes dessins. De ces choses honteuses que je produis lorsque je suis saoul. Des monstres, des fantômes, qui vont danser dans les godets des pauvres ères buvant en ma compagnie. Plusieurs feuilles se sont échappées de mon sac. Le voleur avait autre chose à penser que de refermer le cordon de ma besace.

    Misérable.
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L'odeur de la pierre chaude à midi [Una]

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