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 in the dark, dark woods ...

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Jezabel Lochlainn

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MessageSujet: in the dark, dark woods ...   Mar 20 Mar 2012, 11:58

    La légende parlait d’une forêt où les arbres prenaient vie, où ils défendaient avec ardeur leur territoire, empêchant quiconque d’y pénétrer sous peine de représailles sévères. On mentionnait de nombreuses disparitions, des blessures étranges et depuis quelques temps, le lieu n’était plus fréquenté que par les seuls animaux ou les quelques aventuriers du royaume, en quête de sensations fortes. Les habitants de Perllan ne s’enfonçaient pas dans le bois, alors même qu’il semblait crier au monde entier qu’il rêvait d’être exploré. Ces parfums, ces magnifiques arbres millénaires, ces bruits étranges ... N’importe qui de sensé aurait eu envie de l’explorer. Évidemment, l’histoire de la forêt de l’Éveil parvint aux oreilles d’une tête blonde de Crìfderau Maes, qui ne put s’empêcher de s’imaginer des monstres aux multiples visages peuplant les sentiers, des morts mystérieuses jamais élucidées, etc, etc. Tout ce que le cerveau d’un enfant peut décemment concevoir. Si cela combla ses nuits quelques temps, bien vite, le lieu fut oublié au profit de choses bien plus extraordinaires. Cependant, les souvenirs ont la vie dure et, alors qu’elle ouvrait brusquement les yeux, Jezabel eut une sorte de flash, une réminiscence de son passé et une envie folle et inexplicable de risquer sa vie pour la millième fois. Elle ne croyait absolument pas à toutes ces sottises — des arbres vivants ? Et puis quoi encore ! —, mais respectaient les croyances de chacun et ne pouvait s’empêcher de penser que braver telle menace serait certainement l’une des choses les plus excitantes qu’elle ait jamais faite. Assise dans son lit, elle jeta un œil par la fenêtre et constata avec délice que le soleil brillait haut dans un ciel dénué de tout nuage. Se levant péniblement, encore courbaturée de ses frasques de la veille, elle se passa un peu d’eau sur le visage avant de s’observer avec curiosité dans le miroir de fortune qu’un aimable villageois avait bien voulu lui donner. Ses cheveux se dressaient sur sa tête et son corps réclamait quelques heures de repos en plus. Toutefois, la jeune femme tenait à garder le contrôle de son esprit comme de sa chair et la torturait parfois jusqu’à l’excès. Quelques bleus s’étendaient sur ses bras et la cicatrice vieille de 4 ans était encore bien visible, du côté gauche de son cou. Chaque matin, elle répétait ce manège pour ne pas oublier sa vengeance, une vengeance qui serait probablement horrible. Elle se plaisait à imaginer toutes les façons possibles de faire souffrir ces hommes et descendait en général de très bonne humeur pour prendre le repas du matin. Après avoir mis un peu d’ordre dans sa tignasse blonde, enfilé un pantalon épais idéal pour les escapades en forêt et une chemise d’homme, plutôt large, qui la laissait libre de ses mouvements, elle dévala les marches 4 à 4 et colla ses lèvres sur la joue de Nicholas. L’homme n’était plus tout jeune, mais ses yeux gardaient encore toute leur vivacité. Bien qu’il n’ait lui-même put apprendre à lire et à écrire, il n’en demeurait pas moins intelligent et possédait un esprit très logique, dont sa fille avait — heureusement — hérité. Ils déjeunèrent en silence, trop occupés par leurs estomacs, et Jezabel se décida à partir à peine son morceau de pain englouti. Cela faisait longtemps qu’il ne lui demandait plus où elle se rendait ; il se contentait de lui souhaiter une bonne journée, toujours ce même sourire triste sur les lèvres, toujours ce même pincement dans le cœur de sa fille.

    Sous une cape rapiécée de couleur marron, capuchon relevé, la jeune femme se faufila dans les rues de son quartier sans même relever la tête et atterit en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire en plein cœur de Perllan. Le tournoi, encore et toujours le tournoi. Elle se demandait souvent comment on pouvait se soumettre à ces absurdités juste pour faire plaisir à un roi que l’on ne voyait jamais. Haussant les épaules devant les étals, son projet bien ancré dans sa tête, la Singulière se dirigea vers le lieu de tous les dangers : la forêt de l’Éveil. Elle savait pertinemment que personne n’allait la reconnaître, vêtue ainsi, que personne ne connaissait son nom, que personne ne savait même à quoi ressemblait réellement Jezabel. Avant de partir, elle avait pris soin d’attacher un bout de tissu autour de son cou, pour cacher son signe distinctif. Après quelques pas rapides, ses bottes — d’homme toujours — claquant sur le pavé, elle sentit quelque chose de plus mou sous ses pieds. De la terre, de la mousse, de l’herbe ; on était enfin aux abords de la forêt. Souvent, lorsqu’elle se voyait investie d’une mission, elle passait devant sans y jeter un œil. Maintenant que la lumière éclairait chaque feuille et chaque branche, sa bouche demeurait grande ouverte, tant elle était charmée par tant de beauté. Ses oreilles percevant quelques piaillements non loin, elle baissa rapidement la tête, laissant le capuchon lui recouvrir la moitié du visage. Son père lui disait souvent que les yeux étaient la partie la plus reconnaissable d’une personne. Un regard exprime tant de choses ; un regard révèle qui l’on est. Le regard est la plus dangereuse des armes et la plus effrayante des faiblesses.

    Jezabel s’avança un peu plus et toucha du bout de la main l’écorce du premier arbre qui se présentait devant elle. Sans comprendre comment ni pourquoi, un frisson traversa tout son corps et elle retira rapidement ses doigts. « Il va falloir se méfier ... ». Ces paroles résonnèrent dans sa tête, comme si sa conscience lui intimait l’ordre de faire demi-tour. Le cœur restait plus fort que la raison. Elle s’enfonça dans le bois, observant attentivement tout ce qui se dressait autour d’elle et se risquant, quand elle se sut suffisamment loin pour que personne d’autre ne la voie, à découvrir son visage. C’était la première fois qu’elle découvrait tant de splendeur. Même si elle était née vers les forts, elle appréciait la nature, s’en sentait proche de façon inexplicable ; la nature, c’était la liberté, c’était des prairies qui s’étendaient à perte de vue, c’était la puissance. À quelques mètres de l’endroit où elle se tenait, une rivière coulait paisiblement. Comment les gens pouvaient-ils croire cette légende ? S’ils savaient ce qu’ils rataient. Tant de splendeur, tant de merveilles réunies en un seul lieu. Des fleurs qu’elle n’avait jamais vue, des arbres imposants et rassurants, quelques rayons de soleil qui filtraient à travers les branchages ... Un véritable paradis. Plus pour longtemps. Le bruit de l’eau n’était pas parvenu à masquer un craquement. Puis un deuxième, un troisième et tout ceci s’intensifiait. Des branches qui se cassaient sous le poids d’un humain, sans nul doute possible. Accroupie au-dessus de la rivière pour observer le bal des poissons, Jezabel se releva d’un coup et remit son capuchon. La main au côté, elle attrapait discrètement son poignard. Qu’il vienne, qu’il vienne, elle l’attendait

    Une silhouette se détacha peu à peu de l’obscurité créée par les feuillages. Un homme, d’après les déductions de l’indigente. Plutôt grand, en bonne condition physique, des cheveux longs. Elle aurait du se cacher derrière un arbre, mais il était désormais bien trop tard pour envisager une quelconque solution de repli. De plus, il semblait avoir en sa possession une épée et Jezabel ne voulait se risquer à un combat de la sorte. Alors qu’il s’approchait de plus en plus, elle referma sa main autour du manche du poignard. Dès qu’il fut proche d’un tronc, elle le lança, instinctivement, réflexivement. La lame se ficha dans le bois, à quelques centimètres à peine de l’homme. « N’approchez pas ! ». La jeune femme avait pris une voix masculine — du moins elle avait tenté de prendre une voix masculine et espérait que le subterfuge marche. Elle replaca sa main à sa ceinture, faisant mine d’attraper un autre couteau, alors qu’elle était désormais dépourvue de toute arme et qu’elle n’avait plus qu’à espérer qu’il s’enfuit en courant, sans demander son reste. Toujours se méfier des journées qui débutent bien, elle s’en souviendrait ...

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Mer 21 Mar 2012, 08:18

     L'argent ne manquait pas particulièrement, surtout depuis qu'Izhi était venue lui rendre visite pour lui donner sa récompense suite à la vente du sceptre qu'ils avaient trouvé dans des ruines lors d'une escapade. C'était du moins ce qu'elle disait, mais le forgeron n'était pas sot et se doutait que cet argent devait provenir du coffre familial plutôt que d'une quelconque vente, elle aurait été bien idiote de vendre quelque chose d'aussi puissant, surtout si elle lui avait apporté la moitié de la somme ! Enfin tout cela était sans importance et la seule chose qui intéressait le jeune homme pour le moment était qu'il avait de quoi survivre convenablement pendant un bon moment. Cela dit, ce n'était pas pour autant que Galahad était décidé à s'engager sur la voie de l'homme « comme il faut » celui qui achetait ce qu'il voulait au lieu de le voler. La perspective de pouvoir avoir ce qu'il voulait ne faisait pas passer le sentiment trop agréable de pouvoir prendre ce qu'il désirait. A quoi bon se montrer bien élevé s'il pouvait rendre les choses plus intéressantes et dérobant ? Il y avait là un goût de plus agréable, manger un morceau de pain volé était bien plus délectable que de déguster un plat acheté dans une auberge. Du moins de l'avis du jeune homme. Il ne comptait donc pas se servir de son petit pécule pour obtenir ce qui lui faisait envie.

     C'était pour cette raison qu'il se trouvait dans cette ruelle à regarder passer les marcheurs qui erraient entre les différents étals des marchands. Il n'avait pas envie de voler quelque chose d'utilitaire, mais plutôt un beau bijou ou quelque chose d'approchant qu'il pourrait revendre à prix coûtant. L'Héritier avait de bons contacts et savoir chez qui il devait se rendre pour pouvoir faire disparaître un collier bien trop riche pour appartenir à un simple artisan. Il fallut qu'il attende un bon moment avant de voir se dessiner la silhouette charmante d'une jeune femme qui semblait riche vu les habits qu'elle portait. Des gardes se promenaient non loin derrière elle, preuve qu'elle devait appartenir à une maison de blasonnés, autant en profiter non ? Déjouer la surveillance des gardes ne serait pas une mince affaire, mais il avait sa petite technique, le forgeron s'approcha du groupe et tendit l'oreille jusqu'à ce qu'il entende l'un des gardes prononcer le nom de sa dame. C'était juste ce qu'il lui fallait ! Galahad fendit alors la foule pour se porter aux côtés de la demoiselle et attirer son attention d'un geste de la main, La demoiselle l'observa d'un air interrogateur avant qu'il ne déclare la chercher en usant de son prénom pour lui demander si c'était bien elle. L'artisan déclara alors qu'un jeune blasonné qu'il servait lui avait demandé de lui dire qu'il l'attendrait dans une ruelle non loin de là et qu'elle devrait s'y rendre seule. Les gardes ne semblèrent pas très partants pour cela, mais la belle donzelle était si motivée qu'elle accepta et il la mena donc jusqu'à cette fameuse ruelle. Les marques de coups qu'il portait sur le visage depuis sa dernière sortie avec Izhi qui s'était soldée par une bagarre avec un homme bien plus musclé que lui, ne semblaient pas effrayer la jeune femme. Quelques hématomes étaient encore visibles tout comme sa lèvre éclatée, mais c'était quelque chose d'assez fréquent à Cathairfál.

     L'originalité du plan était justement de ne rien lui dérober dans l'immédiat, ils patientèrent donc quelques instants sans que quiconque ne vienne, puis Galahad s'excusa en disant qu'il ne comprenait pas l'absence de son maître. Ce fut à ce moment où il se lança, posant sa main sur l'épaule de la blasonnée pour l'inviter à quitter la ruelle, il en profita pour détacher son collier - tâche facilitée par la nuque dégagée de la jeune femme qui portait un chignon haut - puis fit disparaître le beau bijou dans sa poche avant de fausser compagnie à la belle. Afin d'éviter de se faire reconnaître par quelqu'un qu'il aurait déjà délesté de quelques bijoux, le jeune homme décida d'emprunter la route du bois pour arriver de l'autre côté du quartier et alors qu'il s'aventurait sous les arbres en sentant les branches craquer sous son poids, le forgeron tira sa nouvelle prise de sa poche pour l'admirer. C'était un bien beau bijou qu'il pourrait revendre cher à n'en pas douter. Perdu dans ses pensées, il s'interrompit soudain en entendant le bruit familier d'une lame qui se plantait dans du bois. Instinctivement sa main se porta vers son épée alors qu'il glissait à nouveau le bijou dans sa poche pour poser ses yeux sur une personne encapuchonnée qui l'admonestait. Il grimaça légèrement, détestant se faire imposer des ordres et reprit sa marche jusqu'à s'approcher du poignard qu'il décrocha du tronc pour le regarder de plus près en bon forgeron qu'il était. Hors de question de s'en-aller d'ici, il n'allait pas se faire dicter sa route par un individu en capuche ! Le jeune homme pivota pour se tourner vers l'homme qui semblait avoir encore une réserve d'armes sous sa tunique, avant de l'invectiver d'un ton peu amène.

     ▬ Tu n'as qu'à reculer et t'en-aller si tu ne veux pas que le m'approche de toi, parce que je ne vais certainement pas changer de route pour te faire plaisir ! La forêt ne t'appartient pas que je sache. Il esquissa un léger sourire. A moins que tu ne sois le troll de la forêt ce qui pourrait expliquer que tu caches ton visage. »

     Habituellement il était moins hostile lorsqu'il entamait une discussion, mais ce jeune homme l'avait mis en colère en lui dictant sa conduite, même avec de simples mots. Galahad avait immédiatement opté pour le tutoiement et se fichait pas mal que cela ne convienne pas à son interlocuteur, il n'avait aucune raison de chercher à lui plaire de toute manière. Le forgeron raffermit sa prise sur la poignée de l'arme avant d'approcher d'un pas, il avait bien son épée et sa sacoche qui contenait aussi un poignard, mais ce n'était pas pour autant qu'il allait s'en servir. Le jeune homme était un manipulateur et pas un combattant, il connaissait bien quelques passes, mais pas au point de savoir se battre convenablement. Ses yeux mordorés étaient dirigés droit sur la capuche qui lui masquait le visage de son interlocuteur et ne se gêna pas pour faire savoir ce qu'il pensait de tout cela.

     ▬ Et à quoi tu joues exactement ? Avec ta capuche tu te prends pour un espion où quoi ? Je ne voudrais pas te faire peur, mais attaquer les gens que tu ne connais pas risque de t'attirer des ennuis à un moment. »

     Il y avait fort à parier que le jeune homme serait passé à côté de cette personne sans même la voir si elle n'avait pas attaqué la première. Mais des fois l'excès de prudence attirait les ennuis, la preuve avec le jeune homme qui ne veillait jamais à sa sécurité et n'avait encore jamais eu de problèmes depuis. Après un petit moment de silence, l'Héritier conclut d'une manière qui lui était propre.

     ▬ D'ailleurs, tu feras quoi si je t'annonçais que tu viens de t'attaquer à quelqu'un qui connait de près les autorités de cette ville ? »

     Il ne mentait pas. Il connaissait les gardes, mais pas forcément dans le bon sens du terme dira-t-on. Seulement ça, l'autre n'était pas censé le savoir.

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Jezabel Lochlainn

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Jeu 22 Mar 2012, 16:03

    L’air de la forêt qui, un instant plus tôt, rendait Jezabel euphorique, commençait désormais à l’oppresser. Depuis que son poignard s’était plantée dans la chair d’un arbre, la jeune femme se sentait totalement démunie, telle une proie que l’on allait traquer jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pourtant, l’homme qui lui faisait face, malgré son épée coincée dans la main et sa sacoche qui semblait bien pleine, n’avait pas l’air de vouloir l’attaquer. Plus aucun bruit dans le bois, seulement les craquements sous les pas de son futur adversaire. Son visage lui paraissait familier, mais elle n’aurait pu y associer un prénom, une fonction ou quoi que ce soit. Il se dégageait de cet inconnu quelque chose d’électrique qui lui donnait envie de lui lancer une salve de couteaux ou autres armes pointues qui feraient tout aussi bien leur office. Sa tête toujours bien encapuchonnée, la Singulière tentait tant bien que mal de cacher son identité, même si elle était consciente d’être peu connue à Lanriel, de toute façon. Comme elle se le répétait souvent, son nom circulait entre les avisés — ceux désireux de faire appel à un chasseur de primes —, mais rares étaient ceux qui avaient pu voir à quoi elle ressemblait. Un nombre encore plus infimes savait qu’elle était une femme. Pourtant, malgré son déguisement, les indices ne manquaient pas : des mains aux longs doigts fins et à la peau claire, des vêtements bien trop amples qui révélaient parfois quelques formes malvenues chez un homme, une voix qui, si elle imitait le grain de celle d’une personne de sexe masculin, gardait ses intonations féminines. La plupart de ses clients se concentrait plus sur leurs futurs bijoux ou acquisitions que sur la personne qui allait leur rapporter. Après tout, ce n’était qu’un moyen parmi tant d’autres, qui ne méritait pas qu’on lui porte de l’intérêt. Cela convenait parfaitement à la jeune indigente, quoiqu’elle aurait parfois aimé qu’on la reconnaisse pour ce qu’elle était. C’était agréable de se sentir considérée comme un homme : on vous parlait d’égal à égal, on vous serrait la main, on vous faisait confiance et on vous sous-estimait rarement. Dans cette forêt, elle ne se sentait plus tout à fait aussi sûre d’elle. Elle essayait de reprendre ses esprits, de chercher une solution à son actuel problème. Tout se bousculait dans sa tête et aucune idée intelligente à l’horizon. Le vide. Bien vite, elle fut rappelée à la réalité par les paroles peu aimables du jeune homme. Au fond, elle savait qu’il avait raison, qu’il avait tout à fait le droit de se trouver là et qu’elle ne pouvait l’empêcher d’avancer. Mais pourquoi tant de suffisance et de mépris ? Ressemblait-elle vraiment à un troll dans cet accoutrement ? Ses joues s’empourprèrent, mais ça, il ne pouvait le voir. Elle fulminait intérieurement. La main toujours bloquée sur son épée, il venait de faire un pas en avant. Au lieu de reculer, elle se força à rester à sa place, comme pour lui montrer que le combat était loin d’être fini. Surtout qu’il tenait son poignard en otage. Le jeune homme continua sur sa lancée. S’attirer des ennuis ? Quels ennuis ? Aucun, elle ne pourrait s’en attirer aucun. Elle n’aurait qu’à revêtir des habits plus récents, se faire passer pour une parfaite couturière et cuisinière, et on ne croirait pas un mot de ce que dirait cet étranger, rude et fier de lui. Était-il si bête ou se croyait-il drôle ? Un espion en pleine forêt, qui lui lancerait un couteau au visage ? On fait plus discret ... Toutefois, elle ne voulut pas répondre, ne souhaitant pas prononcer des paroles qui la trahirait. Elle l’observa attentivement avant qu’il ne lui assène le coup final. Les autorités de cette ville ne l’effrayaient nullement, bien au contraire. Si elle pouvait les côtoyer de plus près afin de leur faire prendre connaissance de leur vanité et de leur stupidité, elle en serait parfaitement heureuse. Elle préférait mourir en insultant la garde royale que s’éteindre tranquillement chez elle. Un léger rire s’échappa de ses lèvres et elle releva légèrement la tête, dévoilant son menton et le bout de son nez. « Crois-tu sincèrement que tu me fais peur ? Les autorités ? Qu’elles viennent, qu’elles viennent, je les attends avec impatience ». Un peu téméraire. Sa voix, toujours masculine, montrait quelques signes de faiblesse et ses intonations devenaient plus aigues sous la colère. « Des comme toi, j’en vois tous les jours. Des types sûrs d’eux, méprisants et pas forcément plus intelligents que les autres pour autant. Des types qui se croient forts jusqu’à ce qu’on leur prouve le contraire ». Jezabel ne comprenait pas pourquoi ces mots sortaient de sa bouche, mais c’était plus fort qu’elle. Il ne lui avait pas fait grand chose ; c’était purement physique. Et elle n’était pas sûr qu’en apprenant à le connaître, elle l’aimerait plus.

    La Singulière fit un pas en avant. Chose stupide s’il en est, mais son corps la portait, comme aimanté vers son arme. Il devait lui rendre, elle devait le distraire. Elle eut bien une idée ... Elle la détestait déjà, mais elle ne voyait que ça en cet instant et elle ne pouvait attendre 107 ans qu’il daigne se montrer généreux. Elle avait comme l’intuition que si elle ne lui reprenait pas maintenant, elle ne le reprendrait jamais. Encore un pas, puis un autre, puis un autre jusqu’à ce qu’elle se retrouve à quelques centimètres de lui. Elle s’y était prise de telle sorte qu’il n’avait pas reculé entre temps, tant elle avait été rapide et en même temps tellement lente. Comment expliquer ? Impossible. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle regardait vers le bas et qu’elle distinguait sa lame coincée dans le poing de l’homme. Se faisant violence, elle s’approcha encore d’un pas et glissa sa main sur celle de l’inconnu, le forçant, doucement, à lâcher prise. Elle ne faisait rien de spécial, elle laissait juste courir ses doigts sur le dos de sa main. Et, lentement, elle leva la tête, encore et encore jusqu’à ce qu’il puisse voir, l’espace d’une seconde, que le jeune homme auquel il croyait faire face n’en était pas un. La surprise, sûrement, détendit sa prise et, vivement, elle s’empara de son bien, un sourire sur les lèvres. « Merci ». Voix d’homme. Il devait certainement se poser des questions, à l’heure actuelle. Et elle s’amusait. Oh, oui, elle s’amusait. Elle se recula à vitesse grand V et grimpa sur l’arbre dans lequel s’était fiché l’arme quelques minutes plus tôt, s’asseyant sur la branche la plus basse, à trois mètres du sol. « Je serais ravi de voir de quoi tu es capable. Il me semble qu’avec tout cet attirail sur ton dos, ne faire ne serait-ce qu’un saut en l’air doit te demander une somme d’efforts considérable. Je parie que tu n’as jamais affronté un troll de la forêt de l’Éveil ! ». Jezabel avait parfois ce défaut : elle était bien trom présomptueuse. Même s’il ne s’agissait ici que d’une querelle sans conséquences, elle savait pertinemment qu’un soldat, qu’un véritable guerrier ne se comporterait pas de la sorte. Une certaine culpabilité l’envahit, bientôt chassée par une joie profonde de voir l’étonnement sur le visage de son adversaire, qui lui avait aperçu le sien, mais peut-être pas suffisamment pour être tout à fait sûr du sexe de ce qu’il pensait être un « jeune homme ». La Singulière ne pouvait détester quelqu’un à qui elle n’avait jamais sérieusement parlé. Mais lui ... La tutoyer, la rudoyer dès les premières paroles ... Même si elle avait conscience que son approche n’avait pas été non plus très polie, elle avait au moins eu le mérite de le vouvoyer. Qui était-il pour se comporter de la sorte ?

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Ven 23 Mar 2012, 06:55

     Il semblait être particulièrement doué pour se fourrer dans des situations impossibles, du moins c'était ce que Galahad se disait lorsqu'il voyait que ses dernières rencontres étaient rarement avec des personnes « normales ». Un gars encapuchonné qui se promenait tout seul dans la forêt, certainement un rôdeur ou quelqu'un d'aussi étrange à prôner l'amour de la nature, à se demander ce qu'ils faisaient avec leurs arbres pour être aussi bizarres. Expression de lassitude qui passa brièvement sur le visage dédaigneux et arrogant du Singulier. Il était hors de question qu'il perde sa journée à bavarder avec un gars louche qui allait certainement essayer de lui voler quelque chose ou d'en venir à parler de trucs encore plus étranges que lui. Le forgeron avait appris que les gens qui avaient l'air louches l'étaient souvent et il n'avait aucune envie de découvrir les vices de cet individu. En plus, il avait gagné un poignard, la journée n'était pas si mauvaise finalement, si l'on occultait bien évidemment la rencontre avec ce gus plutôt spécial. Celui-ci se mit d'ailleurs à rire légèrement, mais d'une intonation plutôt étrange, est-ce que c'était un adolescent en train de muer ? C'était une possibilité, en tous les cas tout cela devenait de plus en plus étrange et Galahad manifestait sa surprise en fronçant les sourcils d'un air à la fois contrarié et blasé. Blasé de toujours voir les discussions qu'il avait avec des individus étranges tourner de la sorte. Un rebelle qui voulait se mettre toutes les autorités à dos peut-être ? Si ce n'était que ça, le Singulier pouvait bien aller lui chercher quelques gardes pour lui faire plaisir ! Malgré tout, la voix étrange de cette personne semblait teintée d'une colère, preuve que le côté agaçant du forgeron n'était pas encore rouillé. Ses yeux mordorés restèrent posés sur la silhouette encapuchonnée alors que l'homme déclarait qu'il se prenait pour quelqu'un de plus fort que les autres, sous-entendant qu'il allait lui prouver le contraire. Il était vrai que l'Héritier se voyait comme plus important et plus doué que la moyenne, mais il ne cherchait à faire croire cela à personne, c'était tellement visiblement qu'il était impossible de ne pas le voir ! Sa vanité n'avait d'égal que son ambition.

     L'homme ne lui laissa pas le temps de répondre puisqu'il s'approcha rapidement de lui et le Singulier resta immobile à le regarder bouger en se demandant ce qu'il pouvait bien lui vouloir. Ce ne fut que lorsqu'il sentit la main de l'inconnu se glisser sur la sienne qu'il se tendit imperceptiblement. Galahad n'aimait pas que quelqu'un se permette de le toucher sans qu'il ne l'ai décidé lui-même, ou encore qu'il l'ait autorisé. Sachant que cela était déjà valable lorsque l'individu face à lui était une femme, inutile de préciser que lorsque c'était un homme, le Singulier appréciait encore moins. Même si l'encapuchonné était en réalité une femme, le jeune forgeron l'ignorait et sentir les doigts du gars louche se promener sur sa main ne lui plaisait pas du tout, il dû se faire force pour ne pas lui rendre son arme en la lui plantant dans le ventre. A deux doigts de lâcher le poignard pour que l'étranger s'éloigne, l'artisan fut surpris de poser ses yeux sur le visage de l'individu qui se révéla être bien plus... Féminin qu'il ne l'envisageait. Elle n'avait rien d'un Troll par ailleurs. Le jeune homme lâcha l'arme que l'encapuchonnée qui semblait être une femme récupéra rapidement avant de s'éclipser en grimpant sur un arbre pour reprendre la parole d'un ton masculin. Tout cela était définitivement bien étrange ! Fronçant les sourcils, Galahad leva la tête pour regarder la personne qui semblait se moquer de lui, puis il répliqua sur le même ton qu'il avait emprunté précédemment.

     ▬ Ah parce que tu crois peut-être que je vais m'amuser à grimper dans cet arbre pour te rejoindre ? Je n'ai aucune raison de le faire, puis je préfère largement plus attendre que le fruit pourri tombe de son arbre. »

     Il croisa ses bras sur son torse, provoquer ses interlocuteurs était son arme la plus utile, il savait bien qu'il devrait se décharger de tout ce qu'il avait sur le dos pour aller faire grimpette là-haut, mais il n'était pas question qu'il le fasse. Déjà parce que Galahad considérait que s'il ne voyait que cette personne, cela ne signifiait pas pour autant qu'elle était seule et il pouvait bien y avoir des alliés dissimulés dans les buissons qui viendraient lui voler ses affaires restées à terre. Ensuite parce qu'il n'abandonnait jamais ce qu'il avait sur le dos, puis pour finir parce qu'il n'avait rien à gagner à aller dans ces branches, mis à part glisser et se casser un os s'il tombait mal. Non, définitivement, il préférait laisser l'amour des arbres aux encapuchonnés. Peut-être que de le provoquer – ou la provoquer – allait le faire descendre qui sait ? Sans quitter son air vaniteux le jeune homme reprit la parole.

     ▬ J'espère sincèrement que tu es une femme et pas juste un homme très efféminé, sinon je vais quand même devoir monter te rejoindre pour te faire savoir qu'on ne me touche pas la main de la sorte. »

     Le forgeron restait légèrement en retrait de l'arbre, il ne tenait pas à se faire sauter dessus si jamais le fruit dans l'arbre décidait de jouer aux écureuils volants. Le jeune homme baissa brièvement les yeux pour regarder autour de lui, cherchant quelque chose qui pourrait donner une bonne raison à cette personne de descendre. Pourquoi d'ailleurs ? Il pouvait tourner les talons et s'en-aller en la laissant plantée ici pour lui faire savoir qu'il n'avait pas besoin de son admiration, mais une question s'était dessinée dans son esprit. Est-ce que c'était un homme ou une femme ? Bonne question, l'Héritier avait quelques doutes et il voulait les chasser. Reportant son attention sur la silhouette, l'artisan conclut son intervention.

     ▬ Si tu ne crains pas les autorités, je pourrais peut-être essayer des les rameuter ici pour qu'ils viennent te rejoindre dans ton arbre ? Il ne quittait pas la silhouette des yeux. Des comme toi, j'en ai vu des dizaines, qui s'imaginent pouvoir braver les autorités et pleuraient dès qu'ils voyaient un garde. Vous êtes tous les mêmes les encapuchonnés. »

     Il faisait écho à ses paroles précédentes, retournant simplement ce que l'inconnu lui avait dit. Ce n'était pas très original en effet, mais en général les gens usaient de provocations qui fonctionnaient sur eux, le meilleur moyen pour faire descendre un homme de son arbre était donc de lui renvoyer ses piques. Enfin en considérant que c'était bel et bien un homme. Pour les femmes, Galahad ne savait absolument si cela fonctionnait aussi bien. Elles étaient toutes tellement compliquées. Il en avait la migraine rien qu'à y songer.

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Dernière édition par Galahad Caherval le Mar 17 Avr 2012, 09:37, édité 1 fois
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Jezabel Lochlainn

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Ven 23 Mar 2012, 12:50

    Jezabel savait pertinemment qu’elle l’agaçait. Et ça ne la réjouissait que plus. D’ordinaire, elle faisait tout son possible pour ne pas se faire remarquer et aujourd’hui, elle appliquait l’exact inverse. Elle manquait cruellement de compagnons de jeu, alors dès qu’elle pouvait rencontrer une personne comme celle-ci dans un lieu dépourvu de toute autre présence humaine, elle en profitait ... Enfin disons que c’était la première fois qu’elle en profitait, comme si tout ce qui s’était accumulé jusqu’alors se déversait sur l’inconnu. Son agilité et sa capacité à grimper aux arbres l’avaient sauvée maintes et maintes fois. À l’heure actuelle, le jeune homme ne l’effrayait pas, mais elle savait que ses bras puissants pourraient lui briser la nuque en un rien de temps, si elle-même n’était pas attentive. Recouverte de sa cape, la singulière se sentait en sécurité ; personne ne la jugeait. Sauf lui. Un troll, une espionne ... Elle se demandait ce qu’il pourrait encore bien inventer. Il l’amusait terriblement et lui donnait en même temps envie de lui mettre des claques. Curieux mélange. Elle en était encore à analyser la situation quand il se décida à lui répondre. Quelle vivacité ! Ah, fruit pourri. Il commence à faire des progrès dans les insultes, c’est plutôt bien. La réponse négative de l’étranger lui fit froncer les sourcils. Était-il si peu adroit pour ne pas vouloir la défier à quelques mètres du sol ? Avait-il le vertige ? Ou était-il trop lourd ? Les bras qu’il venait de croiser sur son torse montraient sa satisfaction ; cela fit sourire Jezabel, qui avait l’impression d’avoir affaire à un enfant. Il attaquait par les mots. Cela pouvait évidemment atteindre, mais la jeune femme, du haut de ses 31 ans, était bien loin de tout ceci. Avec l’âge, on acquiert une certaine sagesse, on commence à comprendre qu’on ne peut pas plaire à tout le monde et on analyse plus finement les réactions de ceux qui nous entourent. En l’occurrence, il semblait énervé, très énervé, mais pas encore assez pour venir la chercher. Il fallait encore faire mûrir le fruit. Préférant ignorer cette provocation — pour le moment —, elle tentait de savoir s’il avait compris qu’elle était une femme. Elle eut rapidement la réponse. Apparemment, le mystère n’était toujours pas percé de son côté et rien que de savoir que le traitement serait différent si elle était une femme la mit hors d’elle. Ses joues s’empourprèrent sous le tissu et elle résista à la tentation de l’enlever, pour lui montrer son vrai visage. Perchée sur sa branche, elle observait les moindres faits et gestes de l’homme, essayant de déchiffrer ses pensées, en vain. Dieu que ce devait être pratique, dans ce genre de situation, de posséder un quelconque pouvoir magique. Jezabel ne faisait pas partie de ceux qui regrettent leur situation, elle ne souhaitait pour rien au monde être inquisitrice ou quoi que ce soit d’autre. Bien trop d’obligations. Mais il fallait avouer que, de temps à autre, cela alimentait ses rêveries.

    La jeune femme repensa au moment où elle lui avait repris son propre poignard et à sa réaction, à cet air gêné et furieux sur son visage. Il ne supportait pas qu’on le touche, d’après ce qu’il venait de dire. Elle comprenait parfaitement son sentiment, mais de là à montrer autant de révulsion ... Il l’intriguait. Pas forcément dans un sens positif. Elle le considérait en quelque sorte comme un cas d’étude et se demandait ce que pouvait receler tant de crispation. Son regard fixé sur lui, elle remarqua rapidement que lui aussi la fixait. Un face à face où l’un avait l’avantage de voir les expressions de l’autre. La question des autorités semblait particulièrement lui tenir à cœur. S’il voulait ameuter la garde, grand bien lui fasse. Elle voulait les affronter, leur montrer sa cicatrice, leur faire subir tout ce que deux idiots lui avaient fait subir, l’humiliation qu’elle avait connue, juste parce qu’elle ne souhaitait pas se soumettre à une autorité factice. Comme si elle allait pleurer devant un garde ! Elle notait l’ironie de ses paroles, notamment dans la structure de la phrase. Il ne connaissait rien à rien, il fallait tout expliquer. Cependant, elle ne pouvait raconter son histoire à un étranger, qui pourrait la répandre sur la place publique. Jezabel se mit debout sur la branche et grimpa agilement sur une branche placée encore plus haut, à deux mètres de plus. Pourquoi ne partait-il pas ? Parce qu’il aimait avoir le dernier mot. Parce qu’il n’avait pas encore résolu le mystère. Et elle ne lui rendrait pas la tâche plus simple, certainement pas.

    « La garde royale ne contient en ses rangs qu’un ramassis d’idiots incapables de se comporter correctement. Des idiots sans aucun honneur, sans aucune conscience. Ce sont eux qui devraient avoir peur de moi, et non l’inverse ». Son ton était glacial, sa voix dure et rauque ; elle semblait véritablement dans la peau d’un homme à cet instant. Elle ne riait plus. Tant de haine en elle et cet inconnu faisait revivre les pires instants de sa vie, de par son attitude et ses paroles. Ses côtes la faisaient souffrir, sa cicatrice saignait encore et ses os brisés ... Il y a seulement 4 ans de cela, et ça peuple encore ses pires cauchemars. Dans ses rêves, elle les abat. « Mais peut-être que tu menaces d’appeler la garde parce que tu es toi-même trop lâche pour grimper ». Provocation, encore et toujours. Les deux se renvoyaient la balle, l’un étant plus blessant que l’autre à chaque pique. « Ne veux-tu pas connaître l’identité de la personne qui est en train de te ridiculiser ? ». Elle insistait, pour le faire sortir de ses gonds, pour qu’il révèle sa nature profonde. Lorsque l’on est dans une situation comme celle-ci, où notre adversaire nous met à l’épreuve, notre véritable moi ressort. Toute la rage et toute la rancœur qui sont enfermées en nous s’expriment.

    Elle marchait sur la branche, d’un bout à l’autre, les yeux fermés, attendant que l’autre monte à son tour, ne souhaitant plus discuter avec une personne qui n’avait aucun courage. Jezabel était exigeante avec elle-même et donc avec les autres. Pour qu’elle continue à s’intéresser à quelqu’un, cette personne devait la surprendre, que ce soit dans un sens positif ou négatif. Si c’était positif, alors elle deviendrait peut-être amie avec — c’était rarement arrivé —, si c’était négatif, elle se plairait à avoir un ennemi qui puisse être là où on ne l’attend pas. Cela rendait les choses bien plus drôles, de son point de vue. Elle souhaitait qu’il agisse, qu’il bouge. Au moins, elle pourrait avoir quelqu’un à détester et n’aurait pas perdu sa journée.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Sam 24 Mar 2012, 08:07

     Il restait silencieux, fixant la capuche sombre qui camouflait partiellement le visage de son interlocuteur. Au final, Galahad devait normalement se moquer de savoir si cette personne était un homme ou une femme, après tout, ce n'était pas comme s'il avait le moindre intérêt pour autrui. L'avantage lorsque l'on était une personne aussi égocentrique que lui, c'était de ne pas se soucier des autres, il n'avait donc aucune raison particulière qui le retenait ici. Si ce n'était la curiosité. Sans compter qu'il n'avait rien de prévu pour le reste de la journée, à par éventuellement essayer de savoir combien il pourrait tirer de cette breloque qu'il avait « empruntée » à la blasonnée. Soudain, cette idée devint plus séduisante, parce que la personne suspendue dans son arbre commençait à mettre sa patience à rude épreuve. Il détestait les arbres, il détestait la nature et il avait passé bien assez d'années à envoyer bouler ses frères et sœurs lorsqu'il vivait encore dans son village et refusait de grimper dans les arbres avec eux pour voir le coucher de soleil sur la forêt. Décidément, la seule solution pour persuader Galahad de ne pas faire quelque chose était bel et bien d'essayer de le convaincre de le faire. Esprit contradictoire oblige, plus cet individu l'invitait à venir lui rejoindre, plus l'Héritier se refusait l'idée de le faire. Déjà pourquoi est-ce qu'il – ou elle – insistait autant pour qu'il vienne le rejoindre ? Il y avait définitivement quelque chose de louche dans ce comportement qui incitait le forgeron à rester sur sa position de départ et à garder les pieds sur la terre ferme. Que l'autre le provoque était totalement égal aux yeux de l'artisan, il se contrefichait de savoir que cet inconnu qu'il ne reverrait plus pouvait le prendre pour un poltron ou s'amuser à le ridiculiser. S'il y avait bien un trait important dans le caractère du jeune homme, c'était qu'il n'était pas facile à provoquer. Galahad se moquait de tout cela et n'allait pas escalader ces branches pour prouver qu'il en était capable. Il savait que c'était le cas et cela lui suffisait. Il n'y avait rien à prouver. Un léger rire sortit de sa bouche alors que l'autre essayait de le défier, puis il répondit d'un ton à la fois amusé et moqueur.

     ▬ Me ridiculiser ? Déjà pour que je puisse être ridicule il faudrait qu'il y ait quelqu'un d'autre que nous deux pour assister à ce spectacle, ce qui est bien loin d'être le cas. En effet, il ne pouvait pas vraiment être ridicule aux yeux de qui que ce soit puisque personne ne regardait leur échange. Sans compter que j'ai un peu de mal à voir ce qui pourrait me rendre ridicule. Il esquissa un nouveau sourire provocateur. Cela fait belle lurette que j'ai dépassé l'âge de devoir prouver aux autres garçons que j'étais capable de grimper dans les arbres. Visiblement tu as un gros problème d'égo à régler si tu dois défier les personnes qui passent sous ton arbre. Ce n'est pas mon cas. »

     Il n'était pas particulièrement aimable dans ses paroles, mais cela lui était égal. Si cet homme, cette femme ou ce que ça pouvait être d'autre, avait besoin de se vanter d'être capable de monter aux arbres, tant mieux pour lui. Seulement le Singulier était plus du genre à abattre un arbre pour cueillir ce qu'il voulait sans devoir quitter le sol des pieds plutôt que d'aller le chercher en haut. Un manque flagrant de respect pour la nature, mais le jeune homme n'y portait pas attention. Déjà qu'il se moquait des autres humains, seul lui comptait à ses yeux. C'était ce qu'il disait d'ailleurs en parlant de ne pas avoir de problème d'égo, il était très clairement persuadé de sa supériorité et n'était donc pas du genre à accepter les défis pour le prouver. Bien évidemment, il n'y avait absolument aucune raison pour que Galahad puisse s'estimer meilleur que les autres habitants de Lanriel, il était même bien moins agile ou futé que la plupart des notables de cette ville, mais s'il ne possédait pas grand-chose, le Singulier avait sa fierté. Un mode de vie difficile à comprendre pour qui n'était pas dans sa tête, sa famille ne l'avait jamais compris, il n'allait pas attendre d'un inconnu que ce soit le cas. C'était bien parce qu'il était le seul à se comprendre que l'Héritier ne demandait rien à personne et visiblement ce n'était pas aujourd'hui que cet état d'esprit allait changer.

     Cela dit, il devait avouer avoir été en accord avec ce que l'individu dans l'arbre avait dit au sujet des gardes. Ils étaient la plupart du temps des incapables qui passaient le plus clair de leur journée à boire ou à jouer aux cartes plutôt qu'à faire leur boulot. Galahad leur en était d'ailleurs redevable puisque cela lui permettait de faire son « travail » correctement et sans être dérangé. Rien que pour cela, il décida d'accorder un peu plus de temps à cette personne. Il avait tout d'abord songé à la laisser plantée dans son arbre pour aller voir ailleurs, mais quelque chose lui disait qu'il pouvait encore s'amuser un peu. Le forgeron délaissa sa contemplation, il n'avait aucune envie de devoir se tordre la nuque pour entrapercevoir une silhouette dans le feuillage fournit de l'arbre et préférait donc regarder devant lui en se contentant d'écouter ce qui se passait au-dessus de lui. Histoire de ne pas prendre plus de risques, il recula de quelques pas pour montrer qu'il ne comptait certainement pas monter le rejoindre, puis ajouta quelques mots pour le confirmer.

     ▬ Cela dit, tu dois être particulièrement vaniteux pour t'imaginer que je ais m'amuser à grimper dans cet arbre juste pour pouvoir avoir le plaisir de ta compagnie. Tu m'excuseras, mais j'aurais plus à gagner à le faire pour une donzelle que pour toi, mis à part pour avoir le plaisir de te faire tomber éventuellement. »

     Il ignorait que la femme qui se trouvait dans cet arbre était particulièrement irritable sur le sujet de la féminité, sans qui il aurait encore poussé plus loin, mais Galahad n'était pas devin, ni capable de lire dans l'esprit de son interlocuteur. Il devait donc se borner à ce qu'il savait de cette personne, c'est-à-dire pratiquement rien. L'artisan avait reculé jusqu'à un arbre à quelques mètres de celui où se trouvait l'inconnu, il s'y appuya dos contre le tronc en levant les yeux vers les branches hautes pour distinguer la silhouette de son interlocuteur. A cette distance il fallait forcer la voix et Galahad ne voulait pas finir la journée avec un mal de gorge, il y avait donc fort à parier que si l'autre s'obstinait à rester perché là-haut, leur discussion prendrait rapidement fin. Après un bref instant de silence, il conclut sa petite intervention certainement profondément agaçante, par quelques mots prononcés sur le même ton arrogant qu'auparavant.

     ▬ Cela dit tu as raison cernant les gardes. Tu as l'air de bien les connaître, peut-être que tu es étais un ? Cela expliquerait ton amour pour les arbres vu leur popularité auprès de la gent féminine. »

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Jezabel Lochlainn

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Sam 31 Mar 2012, 11:51

    De nature plutôt discrète, Jezabel ne savait pas comment elle en était arrivée là. Perchée en haut d’un arbre, en train de discuter avec un étranger plutôt présomptueux et assez curieux, à en juger par le fait qu’il restait en sa compagnie. Sa cape la protégeait pour le moment d’assauts machistes malvenus, mais pour combien de temps encore ? Les paroles venimeuses du jeune homme ne la faisaient plus rire et elle aurait voulu lancer quelque expression cinglante à son encontre ; les mots ne venaient pas. Tout se mélangeait dans son esprit et de vagues flashs du jour de son agression lui revenaient. D’un geste de la tête, elle les chassa et choisit de se consacrer à ce qui la préoccupait — ou plutôt à ce qui devrait la préoccuper à l’instant. L’inconnu était là et pas près de partir et elle, elle souhaitait rentrer chez elle. Si elle descendait et s’en allait comme si de rien n’était, il y avait de grandes chances qu’il lui coure après pour découvrir s’il avait eu affaire à un homme ou à une femme. L’important pour la singulière était de garder le contrôle de la situation, qui lui échappait à mesure que les minutes passaient. La provocation ne fonctionnait pas et il ne semblait pas disposer à montrer ses capacités de grimpeur — apparemment inexistantes. Problème d’ego ? Qui exactement avait un problème d’ego ici ? L’art de retourner les choses. À l’heure actuelle, il la ridiculisait et elle ne le supportait pas. Elle se sentait tellement stupide, là-haut. Elle s’était fourrée dans un guêpier dont elle n’avait qu’un seul moyen de sortir, et ça ne la ravissait pas plus que ça à dire vrai. Elle choisit de ne fournir aucune réponse à l’impertinent. De toute façon, il ne lui en laissa pas le temps. Quand il recula de quelques pas, une lueur d’espoir la traversa. Bien vite, cette lueur s’évanouit. Il ne faisait ça que pour mieux l’observer. Les hommes étaient doués, particulièrement doués, lorsqu’il s’agissait de rendre les choses encore plus affreuses qu’elles ne l’étaient déjà. À son tour de la provoquer. Bien sûr, il ne pouvait le savoir. Mais la suffisance de ses mots n’empêcha pas la jeune femme d’avoir envie de lui foutre son poing dans la figure. Une « donzelle » ... Comme si toutes les femmes étaient des choses fragiles, des demoiselles en détresse dont la seule fonction était de coudre, de faire la cuisine, le ménage et de satisfaire leurs hommes de temps à autre. Profondément indépendante et profondément sûre de ses aptitudes dans la vie, tant dans le domaine du combat que du vol, Jezabel savait depuis longtemps que ces clichés avaient la vie dure et que ce ne serait pas demain la veille qu’elle pourrait les renverser tous, un par un. Pourtant, elle souhaitait prouver au monde entier qu’elle en avait dans le pantalon, suivant l’expression consacrée — expression un brin machiste elle-même d’ailleurs. « Donzelle » ... Ce mot restait gravé dans son esprit et toute la bonne volonté du monde ne suffit pas à l’en effacer. Les poings serrés, la main à son couteau, elle attendit le coup final. Car il était clair qu’il n’était pas encore repu. Qu’il fallait qu’il continue sur sa lancée, pour la réduire à néant. Arrogance, encore et toujours. À peine eut-il suggéré qu’elle fut un garde qu’elle descendit agilement de son perchoir — elle ressemblait plus à un singe qu’à un être humain, vu la dextérité et la rapidité avec laquelle elle se trouva bientôt les pieds sur le sol. D’un pas vif, elle s’approcha de celui dont elle ne connaissait pas encore le nom, pointa son poignard dans son cou avant qu’il n’ait eu le temps de faire un seul mouvement et dit d’une voix qui trahissait son énervement : « Le jour où je serai garde, ce sera uniquement pour tous les tuer, un par un. Je me ferai une joie de leur écorcher la gorge et de les ruer de coups. Quelle satisfaction ce serait, n’est-ce pas ? Ces abrutis ne méritent pas mieux. Et toi non plus, apparemment. Trop arrogant, trop sûr de toi. Un homme comme tant d’autres. Capables de se vanter sans vergogne et incapables de faire cuire une simple pomme de terre ». Le flot de haine qui animait ses paroles lui donnait un air fou. Elle ne prenait plus la peine de masquer sa voix et, maintenant le poignard en place, elle ôta son capuchon, révélant à l’étranger des yeux gris qui lançaient des éclairs, des cheveux blonds attachés à la va-vite, quelques mèches tombant autour de son visage à la peau claire et aux traits fins. Un troll, hein ? Pas vraiment. « Donzelle ... Comme si une donzelle aurait eu besoin de toi, comme si nous n’étions que des cruches en robes longues parées de bijoux. Je laisse ça à la famille royale ».

    Un instant, Jezabel arrêta de parler, repris vaguement son souffle, son calme et recula de quelques pas, rangeant son couteau à sa ceinture, enlevant entièrement la cape, qui lui donnait chaud. Ses vêtements trop grands ne dévoilaient rien de sa physionomie, mais l’on devinait les muscles de ses bras et de ses jambes. Ce petit moment d’énervement lui avait fait étrangement énormément de bien. C’était le genre de personnes qui fonctionnait à l’accumulation. Elle s’énervait rarement, mais quand elle s’énervait, elle changeait totalement, n’ayant plus l’air d’être humaine, mais plutôt sorcière. Maintenant qu’il connaissait son visage, elle espérait qu’il ne connaîtrait pas son prénom. Il serait peu aisé pour lui de le trouver, certes. Rares étaient ceux qui l’avaient vue, à part évidemment les gens de son quartier, avec qui elle vivait depuis sa naissance. Si les gens en venaient à savoir qu’elle était une femme, tout ce qu’elle avait bâti tomberait à l’eau. Être chasseuse de primes à Lanriel n’était pas chose aisée. Il fallait évoluer dans ce milieu presque totalement masculin. Si elle ne pouvait plus exercer ce métier — aussi vil soit-il parfois —, il ne lui resterait plus qu’à être blanchisseuse ou à faire le tapin, ce qu’elle ne souhaitait absolument pas. Plutôt mourir. Plutôt s’enfuir, vivre comme l’ombre d’elle-même, cachée dans la forêt, peut-être trouver refuge auprès des rôdeurs, quoiqu’elle doutât de leur bienveillance naturelle. Bref, une simple matinée comme celle-ci pouvait gâcher toute une vie. Que dirait son père ? Que dirait sa mère ? Comme elle, c’était une aventurière, qui avait commis de nombreuses erreurs mais était toujours retombée sur ses pattes ... Prions pour qu’il ne cherche pas à savoir qui elle était réellement. Mais s’il lui donnait le moyen de s’approcher des gardes, peut-être cela valait-il le coup d’être découverte ...

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Dim 01 Avr 2012, 10:05

     Appuyé contre son tronc, Galahad regardait toujours en direction de la silhouette encapuchonnée, il attendait de voir comment est-ce qu'elle allait réagir, espérait quelque peu que ce serait d'une manière vive et animée. Au moins cela mettrait un peu d'action dans leur discussion, car il fallait avouer qu'il commençait à se sentir légèrement las de parler sans rien obtenir en retour. Son intérêt pour les informations que la jeune femme ou le jeune homme pouvait lui donner, s'émoussait rapidement et il y avait fort à parier que d'ici quelques minutes il s'en irait en pestant d'avoir perdu son temps. Mais les choses s'arrangèrent lorsque l'individu descendit de son arbre à toute vitesse pour sortir son poignard et venir le coller sous la gorge du Singulier. Et bien ? Qu'attendait-il donc ? Il n'y avait rien de plus agaçant que les gens qui faisaient croire qu'ils allaient faire quelque chose sans pour autant oser aller jusqu'au bout. Oh, bien évidemment le jeune homme n'avait absolument aucune envie de se retrouver avec la gorge ouverte, mais quelque chose lui disait qu'il pourrait le – ou la – provoquer sans trop de risques. Mais il valait mieux ne pas se tromper dans un tel cas, il y avait fort à parier que ce serait la dernière fois où il aurait l'occasion de se tromper. Galahad se contenta de froncer les sourcils, non pour marquer sa contrariété liée au fait qu'il avait une lame tranchante contre sa carotide, mais simplement qu'il n'appréciait pas de perdre son temps. La voix de l'individu était devenue tout à coup plus féminine et plus naturelle, l'Héritier ne portait pas assez d'importance aux autres pour remarquer jusqu'à présent que l'intonation du jeune homme était un peu forcée, mais là, la différence était assez claire. Seulement cela ne l'intéressait plus vraiment, il se contenta de regarder la personne avec une expression pleine d'assurance et de rester silencieux.

     Quoi qu'il en soit, cette personne lui déversait un flot de reproches comme s'il était responsable de l'incompétence des gardes. Une chose était certaine, visiblement cette femme – ou ce que ça pouvait être – en voulait aux gardes. Chose qui n'était pas très rare par les temps qui couraient et auprès de la caste des voleurs. Il la laissait débiter tous ses reproches avant d'ôter son capuchon pour révéler un visage féminin. Finalement ce n'était pas un troll des bois, est-ce qu'il existait l'équivalent au féminin ? Le jeune homme se contenta de la fixer dans les yeux, seulement à moitié étonné de voir un visage féminin se présenter à ses yeux, il fallait avouer que si cela avait été un homme, Galahad aurait été en droit de se questionner sur sa virilité. Nouvelle réplique hostile qui dessina un sourire amusé sur les lèvres de l'Héritier au moment où la femme s'écarta pour ranger son arme et quitter sa cape, laissant le forgeron libre de ses mouvements. Il ne quitta pas son arbre, posant ses yeux sur la silhouette de l'inconnue avant de répliquer avec arrogance.

     ▬ Si même les féministes traitent les autres femmes comme des moins que rien, je ne m'étonne pas que les hommes fassent bien pire. Si tu essayais de me convaincre que ton sexe mérite le respect du mien, je suis désolé, mais tu viens de rater l'occasion idéale. »

     Il était vrai que de l'entendre critiquer ouvertement les femmes de la famille royale n'était pas la meilleure chose pour convaincre que les femmes méritaient autant de respect que les hommes. En fin de compte, cela n'avait pas d'importance pour le jeune homme qui se moquait pas mal de savoir s'il avait un homme ou une femme face à lui. A ses yeux, les capacités et les talents n'étaient pas déterminés par le sexe, la preuve il faisait très souvent des petites escapes avec Izhi qui était le stéréotype même de la femme. Aurait-il agi de la sorte si elle était née homme ? Certainement. Mais la question semblait être très délicate avec la femme qui lui faisait face, elle n'aimait pas les gardes, elle n'aimait pas les hommes en général et s'imaginait visiblement qu'ils considéraient tous les femmes comme des moins que rien. Il n'y avait pas énormément de raisons qui pourraient expliquer ce comportement, mais en fin de compte Galahad s'en moquait pas mal. Il n'avait pas envie de connaître la vie passée de chacun et de faire mine de s'intéresser aux petits problèmes de tous les péquenots du coin. Mais elle lui avait fait perdre son temps, il avait envie de le rentabiliser en s'amusant un peu et quoi de mieux que de la provoquer pour voir jusqu'à où elle était capable d'aller ? Le jeune homme n'était pas sexiste, mais il était assez réfléchi pour savoir que la blonde ne le croirait pas tant elle avait l'air persuadée qu'il était un machiste en puissance. Autant abonder dans ce sens et la provoquer non ? Quelques secondes étaient passées, il changea de position pour en adopter une très détendue, volontairement choisie pour faire croire qu'il ne la voyait pas représenter le moindre danger. Puis il commença.

     ▬ Cela dit, tu as bien raison. Incapable de faire cuire une pomme de terre, mais à quoi bon le faire vu que les femmes sont là pour ça ? Puis tu viens d'avouer toi-même que seules les femmes en sont capables. Si cela ne prouve pas que la nature elle-même veut que ton sexe serve le mien... »

     Il ne pensait pas la moitié de ce qu'il disait, mais c'était là l'avantage de savoir mentir comme un arracheur de dent. Le jeune homme esquissa un sourire moqueur, comme s'il était persuadé de dire l'absolue vérité. Pour une fois, ce n'était pas le cas, mais le plus important était que son interlocuteur imagine qu'il le pensait réellement. Après un bref instant de silence, le Singulier enchaîna pour rajouter une couche en espérant que cela soit suffisant pour la faire complètement sortir de ses gongs. Il s'imposait d'y parvenir en moins de trois répliques. Est-ce que cela allait porter ses fruits ?

     ▬ Puis tu parles d'écorcher les gardes, ce n'est pas comme éplucher des pommes de terre ! Sans compter que tu m'as menacé, mais que tu n'as même pas osé aller jusqu'au bout, au final tu partirais en courant dès que les gardes croiseraient ton chemin. Il rigola légèrement. Tu parles beaucoup, mais le reste ne suit pas. Je suis peut-être arrogant, mais toi tu manques clairement de courage. »

     Elle l'avait cherché, lui faire perdre son temps et maintenant le menacer sans même oser lui entailler la peau. Quelle bonne blague. Restait juste à espérer que cela n'allait pas trop bien marcher, la dernière fois qu'il avait provoqué quelqu'un comme ça, l'homme en question lui avait sauté dessus au sens littéral du terme et il se retrouvait avec les belles marques qu'il avait aujourd'hui sur le visage. Cette fois-ci il n'y aurait pas de Izhi pour lui sauver la mise, mais il comptait sur lui-même. Une dernière provocation pour la route et pas des moindres. Il savait que les femmes détestaient les généralités. Pourtant elle l'avait fait elle-même avec les gardes.

     ▬ Comme toutes les femmes en fait. »

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Jezabel Lochlainn

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Mar 03 Avr 2012, 09:46

    Tous deux se faisaient face, comme s’ils allaient se sauter dessus. Cependant, au lieu d’agir, ils se contentèrent de mots. Jezabel recula, n’ayant pas réellement l’intention de lui trancher la gorge avec son petit poignard — beaucoup trop de sang, elle aurait été obligée de laver 3 fois ses vêtements pour que ça parte. Elle espérait que l’inconnu baisserait ne serait-ce qu’un peu le regard, se sentirait honteux de son attitude et comprendrait que la jeune femme ne supportait pas qu’on la considère comme une idiote qui se pavane toute la journée, incapable de s’habiller seule et exigeant des autres une perfection qu’elle-même ne pouvait atteindre. Bien au contraire, il renchérit rapidement, cherchant de manière évidente à la faire sortir de ses gonds. La singulière tenait bon, ne voulant pas se laisser avoir de la sorte par le premier imbécile venu. Et ce sourire sur son visage ... Elle lui aurait bien arraché d’un coup de couteau, finalement. Les « autres femmes », quelle généralité ! Comme s’il ne savait pas faire la différence entre une jeune fille née chez les riches, ne sachant se débrouiller par elle-même et une jeune fille née chez les pauvres, devant travailler pour subvenir à ses besoins et aux besoins de sa famille. Les mots voulaient sortir, mais elle se retint, préférant le laisser aller jusqu’au bout de ses propos. Voir jusqu’où il serait capable d’aller. Voir s’il était aussi odieux qu’il en avait l’air. Elle faillit craquer lorsqu’il osa affirmer que les femmes n’étaient là que pour servir les hommes, ces bêtes sauvages. Ils n’étaient pas tous comme ça, elle en était parfaitement conscience, mais lui ne se donnait même pas la peine de cacher son mépris. Si c’était réellement du mépris. À ce stade de la conversation, Jezabel ne savait pas s’il trichait ou s’il était sincère. Il semblait trop fourbe pour être en plus machiste. Elle avait cru déceler une réaction chez lui lorsqu’elle avait parlé de la famille royale. À noter. Et les gardes. On en revenait toujours aux gardes, comme s’il tenait tout particulièrement à appuyer là où ça faisait mal. Sa cicatrice la lança un instant et elle ajusta de nouveau son foulard, pour prendre soin de la bien cacher. Désormais, il riait d’elle. Il la traitait de lâche, il disait qu’elle manquait de courage ... « comme toutes les femmes ». Son sang bouillait en elle, bien qu’elle sache pertinemment que s’énerver ne servirait absolument à rien. Garder le contrôle de soi était primordial, son père lui disait toujours. Lorsqu’elle était plus jeune, elle s’excitait pour un rien, piquant des crises de nerfs quand elle se rendait compte de la misère dans laquelle elle vivait, dans laquelle son père vivait, de la stupidité des hommes qui ne la laisserait jamais entrer à l’école militaire. Elle n’avait aucune envie spécifique de se battre pour sa patrie, elle s’en fichait complètement. Mais elle rêvait d’accomplir quelque chose de grand, quelque chose de beau et d’unique, qui resterait dans les mémoires.

    Fermant les yeux un instant, la chasseuse de primes reprit ses esprits et respira un grand coup. Un sourire s’étira sur son visage. Ce petit jeu était stupide. Elle se battait avec un homme qui devait avoir 5 ans de moins qu’elle et elle se sentait tout à fait ridicule. À quoi bon s’énerver ? Il en rirait, il ne cherchait que ça. Mieux valait s’exprimer calmement, lui montrer qu’elle était civilisée. Ses traits se détendirent un à un et son visage changea du tout au tout, affichant un air serein. Désormais, elle ne ressemblait certainement plus à un troll ... Du moins l’espérait-elle. Il ne fallait pas porter trop d’importance aux paroles d’un inconnu aussi arrogant et sûr de lui. « Tu as raison, nous sommes nées pour ça. Pour vous servir. D’ailleurs, serions-nous encore vivantes si on ne vous servait pas ? Après tout, c’est notre raison de vivre. La seule raison pour laquelle nos pères ne nous tranchent pas la gorge ». Ton posé. Ce qu’elle disait était vrai. Les jeunes filles n’étaient pas toujours les bienvenues dans les familles les plus démunies et si elles restaient en vie, c’était uniquement parce qu’elles pouvaient être embauchées à la cour ou bien devenir fille de joie. Ça rapportait bien, parfois. Au pire, on les jetait dehors et elles mourraient seules. Au mieux, elles étaient utiles. D’un homme, on exige rien d’autre qu’un peu de prestige, d’honneur. D’une femme, on exige de l’utile. Si elle peut être belle, c’est parfait. Sinon, elle pourra toujours servir d’esclave.

    Ses yeux croisèrent ceux du jeune homme. Gris clair, une couleur peu commune ici. Elle savait que c’était un don de sa mère. Elle aurait aimé voir à quoi elle ressemblait. Cela ne lui suffisait pas qu’on lui dise que c’était son portrait craché. « Est-ce que tu es utile, toi ? ». Question rhétorique. Vu son accoutrement, elle doutait fortement qu’il serve le roi et encore moins qu’il soit embauché dans quelque endroit que ce soit. Les mots flottaient toujours dans sa tête. Elle manquait de courage ... Oser dire ça à une femme qui a risqué sa vie des milliers de fois juste pour le plaisir de l’adrénaline. Juste pour se prouver à elle-même qu’elle en était capable et qu’avec un peu de volonté, tout était possible. Inconsciemment, pendant qu’elle parlait, elle avait fait quelques pas en avant — rester en place plus d’une minute ? Fort difficile. Elle s’approcha de l’arbre le plus proche de celui de l’inconnu et passa la main délicatement sur l’écorce, sentant en un instant toute la force de cet endroit. Devait-elle lui montrer qu’elle était sérieuse ? Qu’elle avait du courage ? Cela était-il nécessaire ? Lui trancher la gorge, peut-être pas. Elle voyait quelques blessures sur son visage ; apparemment, il s’était méchamment battu avec une personne quelconque. Les hommes ne savaient vraiment pas faire les choses proprement. Le poignard désormais dans la main, elle réfléchissait. « Tu ne mérites pas que je te tue. Tu n’en vaux pas la peine. Par contre ... ». D’un geste vif, elle attrapa sa main et lui fit une entaille à l’intérieur de la paume, de haut en bas, assez profondément. Le sang perlait sur la lame et une petite lueur s’était allumée dans son regard. Elle ne voulait tuer, mais le sang la fascinait, de manière tout à fait inexplicable. « Tu garderas un petit souvenir de moi. Femme sans courage à ton service ». Le liquide rouge coulait abondamment. Elle attrapa un flacon contenant un peu d’alcool et le versa entièrement sur la blessure — il devait souffrir ... Dommage pour lui. Au point où elle en était — il avait vu son visage, il la prenait pour une idiote, savait qu’elle se grimait en homme, alors un peu plus un peu moins —, elle retira le foulard qui cachait sa cicatrice et, la tête baissée, fit un garrot et serra le nœud de telle sorte que le sang afflue moins.

    D’un pas décidé, Jezabel trempa la lame de son poignard dans l’eau et observa le filet rouge couler dans le ruisseau. Elle se redressa, le rangea à sa ceinture, la tête toujours baissée. Qu’il parte, qu’il parte ... Si elle restait comme ça trop longtemps, il penserait qu’elle avait honte de ce qu’elle venait de faire, voir qu’elle pleurait alors que c’était tout le contraire ... Si elle gardait les yeux baissés, il se moquerait encore. Alors, doucement, très doucement, elle releva la tête et le regarda droit dans les yeux, depuis la rive, à quelques mètres. Un trait encore rouge sur la peau fine de son cou, de gauche à droite. Elle l’aimait et la détestait ; elle faisait partie d’elle.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Mer 04 Avr 2012, 08:00

     Il s'était attendu à ce qu'elle réagisse plus promptement qu'elle ne le fit. Habituellement les femmes qui manifestaient autant d'hostilité à l'égard des hommes ne se laissaient pas traiter de la sorte sans riposter avec vigueur. Et pour, elle ne le faisait pas. Au contraire, la jeune femme prit Galahad de court en esquissant un sourire avant que les traits de son visage ne se détendent, il s'était attendu à tout sauf à cela ! Difficile de deviner ce qui s'opérait dans l'esprit de la mystérieuse sans nom, la haine qu'elle arborait avant semblait s'être complètement envolée. Les femmes étaient toutes si versatiles, c'était surtout pour cette raison que le Singulier évitait de trop les côtoyer. Hors de question de subir les humeurs d'une femme motivée à lui rendre la vie impossible. Le regard mordoré du jeune homme se teinta un bref instant d'une lueur de surprise alors qu'il attendait la suite, se préparant à la possibilité qu'elle change à nouveau d'attitude. Il ne serait nullement étonné de la voir sortir son arme pour lui sauter dessus juste après avoir eu l'air adorable. Mais elle ne fit point, restant calme et adoptant même un ton posé pour répondre et approuver les propos qu'il avait tenus juste avant. Une frustration passa dans l'esprit de l'Héritier qui était on ne peut plus contrarié de voir qu'elle ne s'opposait pas à lui. Il avait besoin que l'on réplique, que ses interlocuteurs réagissent à ses provocations et aillent jusqu'à risquer leur vie dans le meilleur des cas. Mais Galahad décida de rester silencieux, se contentant de l'observer en silence pour le cas où elle ferait usage d'ironie pour mieux le berner, avant de recommencer ses hostilités. Avec les femmes – et les gens en général – mieux valait rester méfiant. Tout le monde avait un fond d'arrogance et lorsqu'ils avait de quoi il était capable, le Singulier avait le droit d'imaginer le pire de la part des autres. L'avantage avec son comportement, c'était qu'il pouvait visualiser les réactions que lui aurait dans certains cas, puis riposter en conséquences. Enfin, lorsqu'il ne tombait pas sur pire que lui.

     Puis elle lui posa une question qui ne demandait aucune réponse. Quand bien même aurait-elle attendu qu'il lui dise quelque chose, Galahad ne se serait pas donné cette peine. Il se moquait pas mal de ce que les gens pensaient de lui, si cette fille le prenait pour quelqu'un d'inutile, il n'allait pas en pleurer. De plus, même s'il ne cachait pas son adoration pour Mynkor, il ne criait pas sur tous les toits qu'il était un Héritier. Il pouvait avoir son importance et son utilité pour ces personnes, mais cela restait entre lui et les autres membres de leur groupe. Le Singulier la suivait du regard alors qu'elle approchait d'un arbre situé non loin de celui où il était appuyé, puis remarqua qu'elle avait sorti son arme, comptait-elle réagir à sa provocation pour lui faire savoir qu'elle n'était pas sans courage ? Au fond, le forgeron ne la connaissait pas, il ne savait pas si elle était courageuse et pleine d'honneur ou incapable de faire décamper une souris de sa cuisine. Cela lui était égal, il voulait juste la voir réagir. Lorsque la jeune femme lui déclara qu'il ne valait pas la peine d'être tué, l'intéressé la dévisagea quelques secondes, jusqu'à ce qu'elle attrape sa main pour la lui entailler. Galahad retira aussitôt sa paume entaillée avant qu'elle n'ait l'idée d'aggraver encore la blessure, il baissa ses yeux vers le sang qui perlait déjà, pestant intérieurement. La blessure l'élançait doucement et visiblement son épiderme n'appréciait pas le traitement offert par la demoiselle. Il grimaça de contrarié, puis l'inconnue dont il ne connaissait toujours pas le nom, sortit un flacon de sa poche avant de le lui renverser sur la main. Surprit par la vive douleur qui se fit sentir, il secoua un peu sa main pour faire tomber les gouttes d'alcool qui le brûlaient, mais au moins serait-il sûr de ne pas attraper de saletés avec les microbes qui se trouvaient certainement sur la lame de la jeune femme. Il leva les yeux vers elle lorsqu'elle noua un morceau de tissu autour de la blessure, posant son regard sur l'étrange trait coloré qui ornait sa gorge. Visiblement une cicatrice.

     Elle se retourna alors pour tremper son arme dans l'eau afin de la nettoyer, puis se retourna finalement pour le regarder dans les yeux. Galahad daigna enfin se décoller de son arbre, évitant de plier sa main pour ne pas réveiller la douleur et faire à nouveau couler le sang, bien que l'envie de vérifier que tout allait bien le démangeait. Il avait besoin de ses mains valides, comme si elle n'avait pas pu viser ailleurs. Après avoir soutenu son regard quelques instants, l'Héritier baissa finalement les yeux vers le tissu qui bloquait l'afflux du sang, puis il esquissa un sourire amusé avant de répondre.

     ▬ Je ne vaux pas la peine que tu me tues, mais pourtant je vaux la peine que tu te sépares de ton foulard. Dois-je en déduire que tu es couturière ? A moins que tu ne sois payée pour tuer puisque tu sembles monnayer la mort. »

     Il n'y pensait pas une seule seconde pour être sincère, non parce qu'elle était une femme, mais tout simplement parce qu'il la trouvait beaucoup trop... Timide pour tuer. C'était étrange, mais elle ne dégageait pas la même aura qu'il avait déjà vue chez des assassins professionnels. Quoi qu'il en soit, il avait compris que la jeune femme ne sortirait pas de ses gongs aujourd'hui. Visiblement elle avait réussi à reprendre le contrôler d'elle-même et il était donc peu probable qu'elle se laisse emporter par une colère trop présente, sans compter qu'il ne fallait pas trop exagérer les choses. Si Galahad continuait sur le chemin du macho, elle risquait de ne plus y croire. Il haussa donc les épaules avant d'enchaîner.

     ▬ J'ai entendu dire que les cicatrices plaisaient toujours aux femmes, j'imagine que tu dois savoir de quoi je parle. Au moins si les hommes te dégoûtent trop, tu pourras toujours te rabattre sur ton sexe vu que tu sembles tellement les adorer. »

     Elle cachait sa cicatrice, c'était donc qu'elle ne devait pas en être fière et encore moins l'assumer. Il allait en profiter pour la titiller à ce sujet, même s'il ne tenait pas trop à tirer sur la corde pour la journée. Inutile de finir cette discussion dans un bain de sang après tout. D'un calme olympien, le jeune homme approcha de quelques pas de la blonde avant de conclure son intervention, puis très certainement leur rencontre. Bien sûr, il avait retrouvé son ton arrogant et plein d'assurance.

     ▬ Cela dit, je vais essayer de ne pas t'oublier puisque je sais que je serai dans tes pensées pour les semaines à venir. Il esquissa un léger sourire. Mais tu n'es pas la seule femme à souhaiter me parler, il va falloir que je te fausse compagnie. Je peux toujours appeler la garde pour toi avant de m'en-aller si tu le souhaites. Sauf si tu en as assez d'entailler les mains ? »

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Dernière édition par Galahad Caherval le Mar 17 Avr 2012, 09:39, édité 1 fois
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Jezabel Lochlainn

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Lun 09 Avr 2012, 09:03

    Cette conversation n’avait pas été une partie de plaisir. Les piques qu’ils se lançaient l’un l’autre devenaient de plus en plus violentes, car de plus en plus personnelles. Jezabel agissait désormais. La lame qui se plante dans la chair, le sang qui coule le long de la paume, la douleur dans les yeux de l’inconnu. Tout ceci lui apparaissait délicieux, alors même qu’elle haïssait la violence pour la violence. Pourtant, pourtant. Une sorte d’envie de tuer se réveillait en elle et elle mit bien vite fin au supplice. Elle se força même à panser sa blessure, sans trop savoir pourquoi. Apparemment, elle préférait faire de son attaque un avertissement. S’il continuait dans cette voie-là, elle pourrait devenir bien plus méchante. Elle s’en fichait, personne ne pouvait les voir au milieu de cette forêt. Un lieu idyllique pour un crime ignoble. À l’heure actuelle, elle n’avait plus rien à lui cacher, si ce n’était son prénom. Il voyait sa cicatrice mise à nu et elle s’attendait à une avalanche de mauvais mots, qui finit par tomber. Elle porta instinctivement sa main à son cou et baissa les yeux, chassant les souvenirs. Pourquoi parvenait-il à la faire sortir de ses gonds alors même qu’elle gardait d’ordinaire un calme olympien ? C’était un mystère. Il avait quelque chose d’horripilant, un petit air satisfait sur le visage, comme si rien ne pouvait le toucher. Rien à part une lame de couteau. Rien à part une petite blessure. Il ne valait pas la peine qu’elle le tue, même si elle en mourrait d’envie, quelle ironie. Payer pour tuer. Pourquoi persistait-il à sortir de pareilles inepties ? Elle leva les yeux au ciel, ne préférant pas relever. Lui-même devait se rendre compte des bêtises qu’il proférait à son encontre. Elle rangea consciencieusement ses affaires et ajusta parfaitement sa besace sur son épaule. Il fallait qu’elle s’occupe. Et surtout qu’elle s’en aille. Il continuait encore dans sa voix. Il se focalisait sur quelque chose qui la blessait. Les femmes appréciaient les cicatrices, bla bla bla, elle devrait se rabattre sur son propre sexe, etc, etc. Il laissait apparemment parler ses fantasmes, quel pathétique. Après, on s’étonnait que certaines femmes soient dégoûtées des hommes. Et l’autre qui continuait à se vanter de ses pseudos-conquêtes, qui persistait à la taquiner sur quelque chose de tout sauf drôle.

    « Dans mes pensées ? Ben voyons, faut pas se gêner surtout. Quel prétention. Dans mes cauchemars peut-être. Ou non, dans mes rêves. Avec mes mains autour de ton cou », son ton était acide. Elle voulait lui foutre son poing dans la figure, mais se contint, se contentant de s’accrocher à l’anse de sa besace.

    Désormais, il savait qu’elle ne s’énerverait plus, qu’elle ne craquerait plus et il s’amusait. Cela se voyait dans son regard. Elle s’approcha de quelques pas, histoire de mieux observer son visage, pour retenir cette image dans sa tête. Elle distingua quelques blessures, quelques coupures, des bleus par-ci par-là. Sûrement le fruit d’une bagarre qui datait de peu. Elle fit encore un pas en avant, encore un et posa sa main doucement sur les diverses coupures, un petit sourire sur les lèvres.

    « J’aurais tant aimé en être l’auteure ... Je ne désespère pas d’avoir l’occasion, très prochainement, de te faire subir un châtiment similaire ». Elle disait cela rêveusement, presque tendrement. Elle savait qu’il n’aimait pas le contact, alors elle le faisait exprès. Tout doucement, elle passa ses doigts aux différents endroits puis laissa sa main retomber.

    Jezabel resta à la même distance, l’espace vital n’était certainement pas respecté. Peu lui importait, elle souhaitait le gêner plus que tout au monde. Lui donner une véritable raison de la détester. Elle remit sa capuche sur sa tête et cacha son visage. Il était temps pour elle de s’en aller et de le laisser ruminer dans son coin. Appeler la garde ? Il aurait l’air ridicule. La garde ne se déplacerait pas pour une pauvre femme sans défense. Elle détestait jouer ce rôle, mais parfois, ça devenait nécessaire quand on était désespéré. Elle jeta un dernier regard autour d’elle, profitant du paysage si paisible qui se dressait alentour. Quel gâchis. Ce coin n’était que peu visité, et c’était fort dommage qu’il ait été le témoin d’une dispute telle que celle-ci. Elle posa ses yeux sur la coupure qu’elle venait de lui infliger et qui saignait encore quelque peu. La singulière attrapa la main et appuya à l’endroit qui lui faisait mal.

    « Appeler les gardes serait tout à fait inutile. J’espère que tu souffres. Néanmoins, ce n’est pas que tu m’ennuies, mais je vais prendre congé. Nous nous reverrons, je l’espère ». Jezabel gardait un petit sourire sur les lèvres et lâcha la main de celui qui venait de devenir en quelques minutes un véritable ennemi. Cependant, elle avait aimé cette altercation. Elle aimait sentir son sang bouillir, son cœur palpiter et cette envie de se battre qui se réveillait en de tels instants.

    La chasseuse de primes s’écarta et se retourna, ne regardant pas une seule fois derrière elle. Elle retrouva sans difficulté le chemin par lequel elle était venue et rentra tranquillement chez elle, flânant dans les allées, respirant les parfums de la ville, profitant du bruit, après le silence trop oppressant de la forêt. Lorsqu’elle ferma la porte de sa maison, elle trouva son père assis à une table, en train d’éplucher des pommes de terre. Un petit sourire apparut sur ses lèvres et elle déposa un baiser sur son front avant de monter à son étage. Elle jeta négligemment sa cape, ôta ses vêtements pour enfiler quelque chose de plus confortable, passa un coup de brosse dans ses cheveux et s’assit devant son minuscule miroir. La cicatrice était encore plus rouge que d’ordinaire. Un baume fait à base de plante appliqué sur la blessure la soulagea. Dieu que cette journée avait été ... Épuisant et excitante. Elle espérait qu’ils se reverraient. Masochiste ? Non, toujours en quête d’adrénaline. Quoi de plus humain ?

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: in the dark, dark woods ...   Mer 11 Avr 2012, 06:59

     Elle répliquait d'un ton pas franchement engageant, mais Galahad préférait largement cela à cette attitude maîtrisée et neutre qu'elle avait adoptée jusqu'à présent. Au moins démontrait-elle qu'elle était capable de réagir à ses provocations. Même s'il en donnait l'impression de par ses paroles, le Singulier n'envisageait pas pouvoir habiter les pensées de la demoiselle, ou alors pas forcément en positif. Lui ne s'encombrait jamais l'esprit avec des personnes qui ne provoquaient que de l'agacement chez lui, la preuve il n'avait plus pensé à sa famille depuis belle lurette. Mais ce n'était pas forcément le cas chez les autres, il avait déjà remarqué plusieurs fois que les personnes qu'il connaissait étaient du genre à se parasiter l'esprit avec des personnes qu'ils n'appréciaient pas. Il garda le silence lorsque la jeune femme s'approcha de lui, après tout, elle l'avait déjà fait et il était encore en vie pour témoigner du fait qu'elle n'était pas une meurtrière, non ? Les yeux du Singulier se posèrent dans ceux de l'inconnue dont il ignorait toujours le prénom, puis elle avança sa main vers lui. Il n'aimait pas se faire tripoter de partout comme s'il n'était qu'un vulgaire animal, c'était bien pour cette raison qu'il s'était débrouillé tout seul pour soigner ses quelques hématomes d'ailleurs. D'un geste de la main, il repousse celle de la demoiselle pour lui faire comprendre qu'il préférait encore la voir dégainer son arme qu'approcher une nouvelle fois sa main de lui.

     Il était vrai que cela pouvait avoir l'air étrange, mais Galahad n'aimait pas ne pas maîtriser la situation. Rien n'était plus irritant à ses yeux que de se voir imposer quelque chose, comme de supporter de se faire analyser par cette femme dont il ne connaissait rien. Si ce n'était cette cicatrice étrange qu'elle avait sur le cou. Peut-être était-ce la signification du fait qu'elle n'était pas si douée que cela pour se battre ? Après tout, pour se récolter une pareille balafre, il fallait offrir sa gorge à ses assaillants, ce qui n'était pas très malin. Elle le provoqua oralement, comme si le fait qu'elle sache se servir d'un poignard signifiait qu'elle pouvait être de taille face à lui. Le Singulier esquissa un sourire amusé avant de lâcher quelques mots alors qu'elle rabattait sa capuche sur son visage.

     ▬ Qu'est-ce qui te fait croire que j'ai envie de te revoir ? »

     Leur « discussion » n'avait pas été désagréable en soit, il ne serait pas contre l'idée de la revoir un jour, mais n'allait pas s'escrimer à essayer de retrouver sa trace pour autant. Sans compter qu'il ne passait pas régulièrement par cette zone de la ville et qu'il préférait rester dans les quartiers moins fréquentés par les gardes. Le jeune homme ne détacha pas ses yeux de la silhouette encapuchonnée alors qu'elle regardait visiblement autour d'elle, avant de lui attraper la main. Une fois de plus. Et une fois de plus il éprouva une irritation grandissante devant la familiarité dont elle faisait preuve. Mais pour qui se prenait-elle à agir de la sorte avec lui. Avant qu'il ne puisse réagir, elle lui avait déjà appuyé sur la coupure qu'elle venait elle-même de lui infliger. Il lui décrocha un regard inquisiteur en se demandant si elle jouait simplement à un jeu de gamin à essayer de le faire souffrir physiquement. Il n'aimait pas la douleur comme toute personne normalement constituée, mais il avait déjà eu bien pire et n'allait pas se mettre à pleurer toutes les larmes de son corps juste parce qu'elle faisait cela.

     Il l'écouta le saluer, sans prendre la peine de répondre, puis elle lâcha sa main pour faire volte-face et s'en-aller sans ajouter le moindre mot. Galahad la regarda disparaître dans les arbres, sans chercher à la suivre pour savoir où elle se rendait, après tout, peut-être ne souhaiterait-il plus recroiser son chemin d'ici quelques temps ? Il était très versatile et extrêmement lunatique, il n'était donc pas rare qu'il soit lassé de la présence d'une personne qu'il avait très envie de revoir deux minutes auparavant. L'avenir le leur dirait bien, en attendant il mémorisa simplement le visage de la jeune femme dans un coin de son esprit avant de se détourner à son tour. Il glissa machinalement la main vers sa sacoche pour vérifier qu'il avait encore le collier dérobé à la jeune riche quelques dizaines de minutes plus tôt, puis il rebroussa chemin. Hors de question de prendre la même route que cette fille et encourir le risque qu'elle change d'avis et décide de jouer les guerrières mystérieuses. Courageux, mais pas téméraire. De toute manière, ce n'était pas en voulant jouer les héros que l'on restait en vie, il savait de quoi il parlait, il était l'opposé de ces personnes vertueuses et ne s'en plaignait pas. L'on attendait toujours moins d'un homme égoïste que d'un héros altruiste.

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