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 La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Ven 16 Mar 2012, 09:34


&
« Wrath, Jalousy, Culpabilty »






    Seul l'écho de leurs pas résonnait sous l'astre sélénite alors qu'ils faisaient route vers sa geôle dorée. Comme unique compagnon de conversation, un mutisme glacial, dont résultait une pléthore de sentiments prompts à s'enflammer dès la première opportunité. L'un mortifié dans la colère et l'incompréhension, l'une drapée dans la culpabilité et l'opprobre, un binôme qui avançait le coeur meurtri. Depuis qu'ils avaient quitté la Grande Place qui eut été le plancher de leur intermède, Izhelindë n'avait su trouver la force de lui parler, de démentir ce qu'il pensait être à présent une évidence. Camouflée au revers de sa capuche qu'elle avait réajustée, elle rongeait sa lippe inférieure qui n'aurait bientôt plus de chair si elle poursuivait ainsi, tête basse et orgueil inexistant. Pourquoi donc s'était-il lancé à sa recherche ? Pourquoi la Providence lui avait-elle permis de la retrouver ? Pourquoi diable s'était-elle enfuie cette nuit ? Elle s'était pourtant assurée que son chaperon s'en était allé quérir le sommeil avant de se hisser hors de sa croisée, persuadée qu'il ne viendrait guère certifier de sa présence avant l'essor de l'aurore. Quand bien même il ne l'aurait point trouvée dans les soieries de son lit, elle aurait pu justifier d'une badauderie matinale dans les écuries ou les jardins royaux. Son appétence d'odyssées l'avait trahie, la logique comprenait qu'il en fallait toujours plus, alors qu'elle aurait pu – dû – se contenter de ses récentes escapades nocturnes dont elle était parvenue à garder le secret. Elle se maudissait, se lynchait intérieurement de tant de faiblesse d'esprit et d'inconscience. La princesse n'osait pas même imaginer la réaction de ses parents lorsqu'ils apprendraient, elle serait consignée dans ses appartements jusqu'à la réapparition d'Inasmur : autrement dit à jamais. Elle percevait d'ores et déjà le désenchantement dans le regard fiévreux de son pauvre père qu'elle finirait par occire d'éreintement, puis, ce ne serait là qu'une occasion de plus pour Octavia de la dédaigner comme elle savait si bien le faire dans son apparat de reine mère. Les jours à venir seraient longs et affligeants, elle ferait à nouveau les frais de sa vésanie.

    Pourtant, ce n'était pas là ses préoccupations primaires, la jeune femme était en proie à un désarroi émotionnel qu'elle ne s'expliquait pas. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, elle nourrissait la crainte de le décevoir un jour, comme si son jugement était une source substantielle d'existence. Comme elle ne le faisait que trop, elle venait d'abolir le lien qu'ils étaient parvenus à édifier depuis qu'il avait été nommé comme son égide personnelle. Peut-être ne lui accorderait-il plus jamais sa confiance ou même une traitre importance, elle ne serait plus qu'à ses yeux l'héritière de Lanriel et rien d'autre. Cette éventualité était impossible, exilée de tout ce qu'il serait amené à lui faire subir en guise de sanction punitive, car ce ne serait là qu'affres innommables. Elle avait pourtant pu vivre toutes ces années, un décade entier, sans qu'il ne soit à ses côtés, sans même qu'il ne l'effleure d'un quelconque intérêt autre que déontologique. Son quotidien était ferré de sa présence et elle refuserait qu'il ne s'en défasse. Mais elle se remémora ce dont elle était la cause : cette exaltation extrême de véhémence qui l'avait conduit à châtier deux hommes de ses mains. Si elle suivait le vieil adage, jamais il n'y avait de seconde fois sans troisième, et celle-ci risquait d'être un point de non-retour. La sylphide ne désirait pas qu'une vie soit fauchée par sa faute, que le poids délétère d'une âme spoliée d'enveloppe corporelle tenaille Dreann pour le restant de ses jours. Elle aurait aimé qu'il la comprenne, mais au fond, elle-même ne prenait pas le temps d'en faire autant envers lui. Elle ne s'était pas seulement mise en danger, elle avait également happé son honneur de chevalier en s'insurgeant à l'encontre des responsabilités que le roi lui avait lui-même assignées. La disgrâce aurait pu asservir les Aronwë si malheur lui était arrivé, comme d'ordinaire, elle ne réalisait que bien trop tard l'égoïsme avec lequel elle agissait. Peut-être Eydis se fourvoyait-elle sur le rôle qu'elle lui avait attribué à la naissance, la couronne ne serait qu'ébranlée – voire détruite – de son règne, le patronyme de ses ancêtres serait alors déchu pour les générations futures.

    Cette pensée lui légua un frémissement d'effroi tout au long de son épine dorsale, puis elle se risqua à lorgner son gardien sensiblement en avance sur elle. Ses phalanges caressèrent l'épiderme contusionnée de son cou, empreintes de strangulation que lui avait offertes Galahad dans l'effervescence de leur heurt. Si la naïade sentait encore l'inflammation de ses tissus lorsqu'elle y égarait ses doigts, elle ignorait qu'elle arborait de somptueuses lésions en guise de nouvelle parure, seulement à demi camouflée par l'hasardeuse présence de sa pèlerine. Il lui faudrait indéniablement porter des ornementations gutturales lorsqu'elle s'en rendrait enfin compte, sa dernière blessure en date ayant suffisamment fait ses éloges pour ployer un autre élément de spéculation aux seigneurs de la Cour. Par ailleurs, ils arrivaient à présent dans la dite cour, uniquement parsemée de quelques sentinelles qui les observèrent passer avec curiosité et une once de sidération. Ce silence ne pouvait plus durer, Izhelindë ne serait encline à le supporter d'avantage même s'il n'était pas judicieux de remuer la lame dans une plaie fraîche et suintante.


    « Dreann, il faut que... » Entama t-elle d'un clairon pusillanime. « Ce n'est vraiment pas ce que tu crois. Cet homme, ce n'est qu'un ami... Enfin, un idiot qui ne veut que faire son intéressant et qui cherche tous les moyens plausibles pour me mettre dans l'embarras. C'est dans sa nature de provoquer, puis il ne sait pas que je suis... »

    La jeune femme fut incapable de terminer sa réplique, prise d'une soudaine incertitude sur la véracité de l'information qu'elle était sur le point de prononcer. Elle ignorait toujours si le forgeron était au fait ou non de sa véritable identité, une méconnaissance qu'elle abhorrait tout particulièrement quand bien même cela faisait partie de leur jeu. Une conversation qu'il serait intéressant d'avoir avec le concerné dès lors qu'ils ne s'encombreraient plus de simagrées et autres tromperies illusoires sur ce qu'ils étaient tous deux réellement, ceci bien qu'elle était celle qui avait le plus à avouer. Malgré cela, Galahad disposait à présent de son prénom dans son entièreté, qu'il vienne ou non à feindre l'étonnement, la nymphe jugeait cela comme un désavantage qu'elle se devrait de rattraper. Mais encore fallait-il qu'elle dispose d'une occasion de le retrouver un jour, ce qui n'arriverait guère avant de longues semaines tout en restant optimiste. Elle ne revenait toujours pas du fait qu'il ait osé taquiner les nerfs à vifs d'un chevalier de l'armée royale dont les aptitudes martiales n'étaient pas à déplorer, bien au contraire. Il était plus aliéné à sa folie qu'elle ne l'avait pensé, sa volonté de lui infliger d'invraisemblables situations semblait outrepasser la lucidité dont il faisait habituellement preuve, c'était à se demander si ce n'était pas la mort qu'il avait vraiment désiré embrasser. Qu'importait le fondement de ses intentions, car il avait essuyé un succès incommensurable dans sa tentative de corrompre les idées du blasonné et de laisser la demoiselle réparer les poteries fissurées. Brisées même, car en dépit des allégations mollement apportées, aucune réaction ne vint agrémenter la conjecture d'une intolérable proximité avec un vulgaire indigent. Ce silence marbré d'amertume était corrosif, lui soulevant l'eurythmie au point que ses martèlements cardiaques se répercutaient dans sa boite crânienne de manière insupportable. Peut-être ne faisait-il que la préserver de la rage sourde qui le consumait en réprimant les hypothétiques questions et réponses qui ne demandaient qu'à être vociférées. Sage aurait été de ne point insister, mais opiniâtre était la princesse qui n'ajouterait qu'une bévue de plus à son tableau. Elle patienta donc qu'ils s'engouffrent sous des arcades qui les rapprochaient de l'intérieur même du palais, pour accélérer le pas et se mettre à sa hauteur tout en l'affublant de son regard.

    « Dreann, je suis désolée... » Elle continua sur quelques pas, puis lui saisit le bras. « Je t'en prie, dis quelque chose... »

    Izhelindë continuerait à le poursuivre tant qu'il ne l'aurait pas gratifiée de son phonème, même si celui-ci ne devait être qu'acrimonie revancharde. Il lui fallait savoir ce à quoi il songeait à présent, et surtout, si elle avait encore une chance de trouver grâce à ses yeux.

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Dernière édition par Izhelindë Hardansson le Mer 18 Avr 2012, 00:19, édité 1 fois
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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Ven 16 Mar 2012, 16:36

Leurs pas claquent sur le pavé des rues de Cathairfal et le corps de Dreann tout entier semble battre la mesure; son cœur bien en cadence bat vite, trop vite, tandis que la douleur traverse sa tête par vagues successives. Ainsi, l'adrénaline n'a pas que des bienfaits: si elle permet d'accomplir des exploits lorsque sa présence est au plus haut, la descente s'avère être une véritable torture. Dreann détestait ça, cette impression d'avoir été complètement dépossédé de son propre corps, comme pris de folie, puis d'en récupérer le contrôle alors qu'il est maintenant plongé dans un état lamentable, la main chancelante, incapable de mener une pensée claire et encore moins de prononcer quelque mot que ce soit. Quand bien même, il n'en a pas envie. Il n'a rien à dire. Alors, Dreann se contenta de marcher quelques pas devant celle qui était toujours officiellement sa protégée, mais pour qui il semblait n'avoir aucun égard maintenant. Il ne cherchait même plus à la comprendre, à l'excuser. À quoi bon ? Elle, elle se fichait bien de lui, au fond. C'est donc dans un silence résolu qu'ils marchaient tous deux en direction du Palais Coroin. Là-bas, le chevalier laisserait à Izhelindë le soin de s'emparer du peu de liberté qu'il lui resterait maintenant que sa trahison avait été découverte. Sa trahison, oui, il n'en démordait pas. Quel autre mot pourrait mieux qualifier les évènements de ce soir ? Lui n'en voyait aucun et ne cherchait pas à en trouver d'autres, de toute façon. À cet instant, il ne pensait à rien d'autre qu'à retrouver son calme. Puis, au détour d'une énième ruelle, le Palais apparut enfin. La fin de son calvaire, peut-être, de ce mauvais rêve duquel pourtant il savait que le réveil ne lui permettrait pas d'esquiver cette fois.

L'entrée dans la demeure royale fut l'occasion pour quelques gardes en faction d'assister au honteux spectacle que leur offrait leur Princesse, alors habillée comme une vulgaire indigente, devancée de peu par Dreann dont le regard ne laissa pas douter une seule seconde de la nature illégale de la balade dont ils revenaient tous deux. Maintenant qu'ils étaient rentrés, Dreann songea aux choix qu'il avait à prendre. Bien sûr, il n'était plus question d'aucune complaisance avec Izhelindë. D'ailleurs, c'est d'un pas décidé qu'il prit la direction de la salle des gardes: sa première décision serait de renforcer la surveillance apparemment trop laxiste. Peut-être devait-il songer aussi à faire barricader les fenêtres des appartements de la Dame, de sorte qu'elle ne puisse plus se servir de son intimité comme poudre d'escampette ? La seule chose qui le faisait hésiter à ne pas le décréter immédiatement, c'était qu'il n'était pas certain d'en avoir le droit: autant dire qu'il se fichait bien de ce trouverait à y redire son "amie" s'il était amené à considérer cette option. D'ailleurs, cette dernière était étrangement silencieuse ... Tant mieux, car, si Dreann était parvenu à retrouver plus ou moins son calme, ça n’effaçait en rien tout le ressentiment qu'il avait contre la princesse. Soudain, comme si la réflexion du chevalier l'avait amené à le faire, Izhelindë prit la parole. Le chevalier écouta sans même la regarder. Il ne voulait pas lui répondre, il n'en était pas capable, ou pas de la manière que le rang de son interlocutrice l'exigerait. Alors il continua, l'ignorant du mieux qu'il put. Cela lui coûtait beaucoup, quelque part. Quelques secondes plus tard pourtant, la jeune femme revint à la charge, saisissant son bras, l'implorant de répondre. C'en était trop.

« - Es-tu sotte ? Qu'est-ce que tu crois ? »dit-il en s'arrachant à son emprise avant de l'attirer dans un corridor isolé, où personne ne pourrait les surprendre. « - Tu penses que ça suffit ? Qu'est-ce que j'en ai à faire que cet abruti soit un provocateur ou je ne sais quoi ? Il pourrait être un saint que ça ne changerait rien au problème. » Il essayait de retenir ses mots, pourtant il ne parvint pas: « - Tu m'as trahi Izhelindë. C'est tout. Et le pire, c'est que tu ne dois même pas t'en rendre compte. »

Elle avait voulu qu'il fasse fi de la bienséance qu'imposait son rang de Princesse héritière ? Voilà qui était fait. Revenir à son formalisme originel eut été une solution préférable pour le chevalier, et il en aurait été capable si Izhelindë s'était simplement contenté de ne pas insister davantage. Mais là, il ne pouvait pas la traiter comme une étrangère. C'était bien ça le problème, au final ... Il s'était attaché à elle, un peu trop peut-être, et cela s'était avéré être une erreur. Une grossière erreur qu'il ne commettrait plus, il se le jurait alors que son regard soutenait durement celui d'Izhelindë. Que pouvait-elle y lire ? Qui sait ... Dreann ne s'en souciait pas: lui qui, d'habitude, faisait de son mieux pour rendre ses sentiments hors de portée de quiconque voudrait y accéder, il se laissait maintenant délibérément aller. Pourquoi ? Quelque part peut-être pensait-il que, si elle prenait pleinement conscience du trouble dans lequel elle l'avait précipité, alors souffrirait-elle au moins autant que lui. C'était égoïste et méchant, c'est vrai, mais il fallait reconnaître à Izhelindë le talent de pouvoir influer sur son protecteur de telle sorte à le désorienter complètement.

« - Tout ça, c'était une erreur. Au moment même où j'ai accepté de mettre de côté le protocole, j'ai fait une erreur. » Il semblait sincère. « - Demain, j'irais faire mon rapport au Roi. S'il n'a pas déjà appris pour ta fuite, je le mettrai au courant. Je lui demanderai aussi qu'il m'assigne à une autre mission. » Le ferait-il vraiment ? Il n'en était pas sûr lui-même, pourtant il rajouta: « - Comme ça, tu pourras vagabonder avec des inconnus comme il te chante. Apparemment, cette amitié t'est chère puisque tu fais le choix d'en abandonner une autre. » Il marqua une pause avant de terminer: « - J'espère que l'alcool et ces marques sur ton cou en valaient la peine. C'est lui qui t'a fait ça ? ... Laisse tomber, je ne voudrais pas m'immiscer dans votre couple. »

Ses derniers mots, comme tous ceux qui avaient précédé d'ailleurs, fusèrent comme des flèches dans un champ de bataille, ne laissant aucune chance à Izhelindë de pouvoir répliquer. Peut-être avait-elle espéré qu'il n'avait pas remarqué, lorsqu'il l'avait retrouvé, ce regard embué caractéristique ? Et concernant les marques, il aurait fallu être aveugle pour ne pas les voir. Il n'avait rien dit jusqu'ici, car, au fond, il savait que ce n'était pas ce qui l'importait vraiment ... tout comme il n'avait pas parlé des risques qu'elle lui faisait courir en lui faisant délibérément échouer sa mission. Non, il savait bien que ce n'était pas le problème, au fond. Le regard toujours braqué dans celui de la Princesse, il finit par s'en détourner enfin: il avait dit ce qu'il avait à dire et ne voulait pas l'entendre davantage. Il s'apprêtait à reprendre son chemin.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Dim 18 Mar 2012, 04:40

    Si elle eut cru s'agricher à une once d'espoir en le contraignant à lui faire face, cette espérance éperdue fut aussitôt abolie par une bourrasque de véhémence à laquelle elle ne s'attendait pas. La simple constatation qu'il se dérobe à son contact fut une lame lacérant son coeur, aussi stupéfiant que mortifiant, ainsi relayée au rang de paria indigne de l'effleurer. Cependant, elle n'eut guère le temps de s'en ombrager qu'il se fit violence pour les soustraire à l'intimité d'un corridor isolé, là où les risques de se faire surprendre n'étaient que minimes à une heure si tardive. Ce même couloir ou véritable passage de flux humains le jour, devenant le témoin d'une algarade clandestine. Etrange ironie, et pourtant, les mots et maux ne faisaient que commencer. Comme si elle n'était plus qu'une poupée de chiffon, Izhelindë ne fit qu'écoper de la rage cinglante qu'il déversait sur sa personne comme si l'exercice fut un exutoire longtemps évité. Sottise, trahison, inconscience, des qualificatifs qu'elle retrouvait pour la deuxième fois en cette sorgue, qu'elle subissait une énième fois dans sa vie. Mais cette fois-ci fut bien plus blessante que lorsque ces mots avaient été prononcés des lèvres de Galahad, étrangement, leur valeur semblait à son paroxysme. La princesse elle-même ne put comprendre la raison de cette réalité, celle que cette admonestation tant de fois entendue l'atteigne telle une arme empalant sa poitrine. Le plus offusquant était qu'il avait raison sur tout ce qu'il affirmait et que même si elle eût eu la volonté de lui répondre, elle aurait été incapable d'entamer une seule tirade. Un indicible frémissement longea son épine dorsale, lui léguant un déferlement de mal-être soudain lorsqu'il la molesta du regard. Alors qu'elle aimait d'ordinaire à lire les odes calligraphiées dans ses prunelles, elle aurait préféré ne jamais discerner la cantilène corrompue actuelle, celle dont elle était l'unique responsable. Le pire ne fit pourtant qu'être annoncé, comme si tout ceci n'avait été que le préambule d'une interprétation d'autant plus revancharde.

    Son phonème éclata à nouveau, la faisant presque tressaillir de frayeur alors que les invectives reprirent de plus belle, mêlées à de vils regrets et une jalousie non dissimulée. Des frappes successives que la sylphide eut grand peine à assimiler et qui la couvrirent d'une pléiade de sentiments tous plus contradictoires les uns que les autres. S'étaient-ils réellement tous deux fourvoyés sur la bienfaisance de leurs retrouvailles et la nature de leur relation ? Leurs efforts mutuels étaient-ils vains depuis le commencement, depuis tout ce qui les avait unifié sur les remparts ? Trop d'interrogations – d'incertitudes – se bousculaient dans son esprit embrumé, puis à nouveau, la honte l'étreignit lorsqu'il souleva deux faits qui ne lui avaient vraisemblablement pas échappé : le breuvage éthylique qu'elle avait bu se miroitait dans ses prunelles et – elle l'avouait- lui offrait quelques vapeurs et érythèmes sur ses pommettes. Quant aux dits stigmates, la jeune femme se couvrit instinctivement le cou à l'aide de ses deux mains, espérant bien trop tard pouvoir encore cacher les preuves de sa culpabilité. Elle ignorait que des marques s'étaient plues à apparaître sur son épiderme si furtivement, Galahad n'avait réellement pas lésiné sur la force déployée pour l'effrayer. Mais la suffocation qu'elle avait subie n'était qu'une absurde rigolade en comparaison à ce qui la tourmentait maintenant, si elle avait été en mesure de pouvoir choisir, elle aurait préféré se retrouver entre la poigne d'un indigent que sous le joug de ses remords. L'héritière serait chanceuse si son père ne se drapait pas d'une réaction similaire pour ne faire qu'accroitre son émoi, et il ne manquerait certainement pas d'accéder à la requête du chevalier quant à sa modification de mission. Une éventualité qu'elle n'admettrait jamais à moins que le blasonné ne lui octroie guère la possibilité d'objecter, ce qu'il sembla suggérer en lui présentant son échine dans le dessein d'écluser la conversation. La demoiselle eut un instant de panique, confrontée à un choix qui serait peut-être un élément substantiel à la kyrielle des évènements. Se murer dans le mutisme désiré pour ne plus jamais oser l'approcher ou user de son répondant congénital pour poursuivre sur la voie du conflit ? Fauchée par la nécessité de faire au plus vite, elle fit la première chose qui lui vint en tête sans songer à ce que cela pourrait engendrer ou ce qu'elle en ferait.

    La dryade s'élança comme si son être en dépendait, à l'instar d'un rapace fondant sur sa proie dans un élan intuitif. Elle heurta violemment Dreann qui – même s'il eut été surpris – résista à la collision. S'était-elle réellement risquée à entamer une rixe, comme ce fut le cas avec le forgeron ? Il n'en était rien, bien au contraire, Izhelindë était littéralement conglomérée au dos de l'adonis. Ses bras enlaçaient sa taille dans un étau zélé et qui n'admettrait aucune échappée, sa physionomie quant à elle s'était enfouie dans la cavité de sa colonne vertébrale sans désir de s'en séparer. Ridicule. Elle se sentait nager en pleine dérision car comme d'habitude, elle n'avait qu'écouté sa spontanéité corrosive qui la laissait dans une situation des plus délicate. Pourtant, la belle était intérieurement enjouée de ce simple contact quand bien même elle le lui infligeait, réconfortée par l'obligation de supporter la contrition qu'elle lui imposait. Il pourrait bien s'évertuer à s'en défaire ou à prétendre qu'elle le spoliait de sa respiration – ce qui n'était pas impossible – mais ne lui permettrait pas de s'en aller après avoir craché son fiel. Fussent-ils observés par une tiers personne que la nymphe s'en moquait éperdument, le temps qu'elle demeura ainsi fut indécis, quelques secondes seulement ou une pérennité toute entière. Elle recueillait les martèlements causés par son eurythmie, chacun d'eux faisant écho sur sa joue comme des réminiscences de ce qu'elle avait causé. Puis, tout à coup, la princesse se détacha et l'obligea à faire volteface Sans que l'apollon n'ait eu le loisir de réagir, elle lui empoigna les tempes et le fit s'incliner dans le but d'accoler leurs fronts, se perchant elle-même sur la pointe de ses pieds. Ses prunelles dans les plus basses abysses des siennes, leurs souffles se mêlèrent dans la contiguïté de leurs visages. Une promiscuité qui la terrorisa autant qu'elle l'enfiévra, pourtant, elle ne s'y déroba pas.


    « Pardonne-moi. Je ne suis qu'une égoïste qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, je n'ai d'yeux que pour le danger et tout ce qui pourrait me rappeler que je compte pour certaines personnes. Je n'ai aucune excuse, tout était volontaire et étudié, j'ai manqué à ma promesse et je ne mérite pas ton... Amitié. Mais il n'y a rien que je n'ai fait dans le but de te nuire, je n'aurais pas laissé mes frasques te disgracier. Je ne permettrais pas même à mon père de t'infliger semonces, mais... Tu n'as pas le droit de... »

    La jeune femme eut un hoquet précurseur à d'inexorables larmoiements. Apeurée, elle relâcha son captif pour reculer de longs pas qui établirent une distance entre eux. Ses courbes physionomiques se distordirent quand bien même elle s'escrima à répudier sa désolation, ses yeux s'engorgèrent d'humidité et une perle de cristal lacrymal outrepassa la ligne de ses cils. Celle-ci n'eut néanmoins qu'à peine l'opportunité de se manifester que déjà, un revers vint la chasser avec hargne, outrée de présenter ces larmes au chevalier. Pleurer était une chose qu'elle ne réservait qu'à son intimité seule, sa fierté se gonfla si soudainement qu'elle fut en mesure de retenir les consoeurs de son chagrin avec une résolution puisée d'un autre univers. Ses affres muèrent alors en colère sourde, à son tour, de façon inexpliquée, elle bouillonnait. Contrariée de sa faiblesse et sans doute quelque peu endolorie de ce simple verre d'alcool, elle affubla Dreann d'une oeillade assassine comme s'il était l'auteur d'un crime.

    « La jalousie ne te sied pas du tout ! »

    Professa t-elle en brassant l'air d'un large revers comme si elle désirait frapper un antagoniste invisible, tout en ponctuant sa réplique d'un feulement. Izhelindë s'était emportée, trop exposée à sa déficience et venait de métamorphoser son réconfort en assaut. La meilleure de ses défenses n'était autre que l'offensive, au plus grand dam de ceux qui en faisaient les frais. Versatile et trop authentique, ce n'était là qu'une preuve qu'elle n'était que trop démunie. Aussi se tourna t-elle pour s'éloigner encore, ses phalanges allant essuyer l'aquosité de ses yeux sous l'impulsion de son orgueil. La belle ne savait plus que faire ni que dire, comment réagir.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Lun 19 Mar 2012, 15:59

Si Dreann crut pouvoir apaiser cette tempête qui le secouait en se défoulant sur celle qui était la source de son malheur, il se trompa, car c'est le cœur tout aussi malade et la tête à peine moins encombrée qu'il fit quelques pas, avant d'être stoppé net par l'étrange réaction de la Princesse. Surpris d'abord par cette tentative désespérée de le retenir, le chevalier se débattit, cherchant à rompre l'étreinte de la jeune femme qui l'en empêcha. Qu'essayait-elle de faire ? Elle ne dit rien, lui non plus. C'était inutile, il voulait partir sans attendre, sans un mot de plus. Alors quoi ? Qu'attendait-il pour forcer sa geôlière à lâcher prise ? Il en avait la force, c'était évident. Bien sûr, il essayait de la secouer un peu, mais pas plus que cela. Si son véritable but était de partir, son indécision lui fut alors fatale, car, tandis que cette étrange situation qui semblait déjà avoir duré une éternité se prolongeait encore, Izhelindë le contraignit soudainement à lui faire face. Interdit de toute réaction, Dreann se laissa faire et, bientôt, il sentit les mains délicates de la jeune femme qui se fixèrent sur ses tempes et, l'instant d'après, il avait son front contre le sien. Il ne voyait plus qu'elle. Dreann resta impassible, comme drogué, envoûté par ce qu'il trouva au fond du regard de la belle, qu'il ne chercha pas d'ailleurs à fuir une seule fois. Comme aurait-il pu ? Ce contact, s'il ne parvenait pas à faire taire tout à fait le tumulte de sentiments et de pensées qui s'était déchaîné en lui, il parvenait néanmoins à le rendre moins assourdissant, presque inaudible. À peine dérangeant. Rien ne semblait plus l'atteindre alors qu'il naviguait dans les eaux bleues de ses prunelles, pas même les excuses qu'elle lui faisait et qui, au fond, ne l'intéressaient pas et il se retrouvait comme perdu en pleine mer, à ne pas savoir quoi faire ni quoi penser. Quel était ce courant qui semblait s'obstiner à toujours le ramener à elle ? Distrait toujours, il cherchait la réponse dans ses yeux. Vastes étendues. Qu'y trouva-t-il ? Rien qui puisse entretenir sa rancœur à vrai dire. Il en fut presque déçu. Il en ramena cependant un butin bien plus précieux encore. Les yeux dans les siens, il n'était plus aveugle.

D'un coup pourtant elle se sépara de lui, lui arracha son regard dans un sanglot qu'elle n'était pas parvenue à retenir tout à fait. Dreann, sonné encore, mais par de toutes autres pensées qu'auparavant, ne comprit pas. Que n'avait-il pas le droit de faire ? Lui dire ce qu'il lui avait dit ? Peut-être y avait-il été un peu fort, c'est vrai, mais il avait été franc et ne le regrettait pas. Enfin ... Bientôt pourtant il vit ces yeux comme deux océans qu'il avait contemplés plus tôt se recouvrir d'un voile brumeux, ils étaient sur le point de déborder. Une larme ruissela au gré de ses traits fins déformés par le chagrin qui semblait s'être emparé d'Izhelindë. À cet instant, Dreann sembla enfin réagir, s'apprêtant à s'approcher d'elle avant que l'orgueil aiguisé de la jeune femme ne reprenne le dessus et ne transforme sa peine en colère. Le regard comme une dague acérée, le chevalier n'osa pas s'approcher plus, ce qui n'empêcha pas Izhelindë de lui balancer son arme à la figure, arguant que la jalousie ne lui allait pas. Était-ce ce qu'il était, jaloux ? Il voulut protester, pourtant il ne pouvait prétendre que la rancœur qu'il éprouvait à l'égard de la princesse provenait seulement du fait qu'elle lui a désobéi: ses sous-entendus sur la relation qu'elle entretenait avec cet inconnu le lui interdisaient. Il ne pouvait pas nier et pourtant ne pas le faire serait se résoudre à certaines évidences auxquelles il n'était pas prêt à se livrer. Silencieux, il fixait le dos de celle qui était au cœur de toutes ses interrogations. S'approchant doucement, il la força à faire volte-face comme elle l'avait fait quelques secondes plus tôt et, sans lui demander son avis, la prit dans ses bras. Un instant passa, plutôt long. Dreann ne pouvait se mentir à lui-même: il avait cherché à lui faire du mal et, maintenant, c'était à son tour d'avoir des remords. Pourtant, il dit:

« - Je t'en veux toujours. » Il continuait pourtant de l'étreindre. « - Et je crois toujours que tout ça est une mauvaise idée. » Il fit une pause, avant de reprendre: « - Malgré ça ... je te tiens dans mes bras. »

Couper les ponts, ne plus jamais se revoir en dehors des cérémonies officielles, la détester peut-être aussi; tout ça était surement la meilleure solution pour qu'il n'ait plus à subir la même déception qu'elle venait de lui infliger. Malgré ça, il choisissait manifestement de ne pas opter pour ces solutions radicales. Sinon, pourquoi serait-il encore là ? Sa tête contre la sienne, il était pleinement conscient de l'erreur qu'il venait de commettre. Pourtant, à cet instant, c'était une erreur qui lui parut comme vitale et, s'il avait cru avoir le choix à un moment ou à un autre, il avait vu dans ses yeux que ce n'était qu'une illusion et ce contact renouvelé ne faisait que lui confirmer ce sentiment. Il crut pouvoir déposer les armes face à cette vérité, pourtant sa raison eut comme un soubresaut, le poussant à se détacher d'elle à nouveau.

« - Je sais que tu vas me décevoir encore. Tu n'y peux peut-être rien, mais, pour moi, ça ne change rien. » Il réfléchit à ce qu'il allait dire: « - Je ne suis pas certain de vouloir revivre ça. »

Il ne parlait pas forcément de la voir s'enfuir à nouveau, car, bientôt, il savait que cela ne serait plus de sa responsabilité et si, en tant qu'ami, il craignait évidemment que ces petites escapades ne finissent par mal tourner, cela lui pèserait moins que si cela dépendait de lui. En fait, il avouait en quelque sorte ce dont elle l'avait accusé juste après s'être excusée. Le simple fait de revoir cette image qu'il avait d'elle presque au bras d'un homme suffisait à le rembarquer vers l'état second dont il était maintenant parvenu à s'extirper en partie. C'était évident que, ce spectacle-là, il n'était pas du tout désireux de l'avoir sous les yeux à nouveau.

« - Tu dis que je suis jaloux ... » Il hésitait, craignant de s'aventurer sur un terrain qu'il serait incapable de maîtriser. « - Si c'est le cas, ce n'est que le symptôme de plus grands maux encore. »

Des maux, oui. Qu'est-ce que cela pouvait être d'autres, ces choses qui l'avaient enragé si vite qu'il était prêt à tuer un homme dont il ne connaissait même pas le nom, si ce ne sont des maux ? Il détestait être dans pareils états et, pourtant, Izhelindë l'avait contraint à se livrer tout entier à cette violence presque animale qu'il répugnait tant. Dans le même temps, il ne pouvait s'empêcher de la dévorer du regard.

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Mar 20 Mar 2012, 11:08

    Drapée dans ce qui lui restait de dignité, luttant contre ces indicibles assauts qui la faisaient réagir comme une inepte émérite, ce fut à son tour d'émettre de l'incertitude sur la relation que tous deux entretenaient. C'était à croire qu'elle s'évertuait à s'agricher à ceux qui la faisaient souffrir, tout comme à l'antipode de cette idée, elle n'était bonne qu'à leur infliger les pires affres. Pourtant, la douleur n'était pas la conséquence à laquelle elle escomptait lors de ses frasques, si elle était au fait de l'égotiste de la chose, l'échéance qu'elle craignait voir arriver un jour l'empêcher d'apaiser cette impétuosité qui était la source de la controverse. L'expiration du semblant de liberté qu'elle pouvait encore s'octroyer, car chaque aurore lui rappelait inexorablement que l'étau ne faisait que s'amenuiser autour de sa gorge à l'instar de la strangulation de Galahad. Les années faisaient leur office, elle entamerait bientôt son vingt quatrième printemps, un âge où son annulaire senestre aurait déjà dû se vêtir d'un anneau marital. Si elle ne faisait qu'éluder le sujet, elle savait que son père finirait par lui faire part d'une nouvelle proposition qu'elle répudierait comme toutes les autres. Mais combien de temps encore le roi supporterait-il cette cécité volontaire ? Ce jour où la tiare royale épouserait les courbes de son crâne, elle saurait que rien ne serait plus jamais comme avant. Une réalité à laquelle elle se refusait tant qu'elle en était encore encline, une vérité que Dreann la contraignait à mirer sans réellement savoir ce qu'il engendrerait. Cette dite vérité prit soudainement forme, s'illustrant par une action péremptoire qui l'obligea – comme toujours – à faire face. Mais à peine ses prunelles aperçues, sa structure se congloméra à celle sculpturale du chevalier. Leurs places interverties, Izhelindë puisa dans la conflagration de son offense pour tenter de s'extraire à son étreinte, sans volonté manifeste ni même succès. Résignée – épuisée – elle se laissa aller contre son torse avec comme seule berceuse, la mélodie de ses pulsations cardiaques. Sa propre eurythmie sembla y trouver une cadence lénifiante dont elle s'inspira, jusqu'à ce que leurs coeurs battent à l'unisson dans toute l'effusion de l'allégorie.

    Partiellement pacifiée par cet instant d'harmonie, la jeune femme put recouvrir une certaine circonspection qui chassa l'aquosité outrancière de ses yeux. Elle aurait souhaité que leur mutisme ne soit jamais brisé, sempiternel tels les sentiments qui les tenaillaient. Pourtant, le phonème de l'éphèbe s'éleva, cinglant et inintelligible dans le fond. Puis il s'éloigna de peu de distance, déjà bien trop pour qu'elle en ressente le déficit immédiat. Tout aussi torturé qu'elle ne l'était, il poursuivit dans des tirades probantes et justifiées auxquelles elle était incapable de répondre. La princesse les essuya derechef, d'avantage concentrée sur sa physionomie qu'elle ne supportait voir lithographiée de tant d'émoi. Ce ne fut cependant que futilité en comparaison à l'oeillade qu'il lui adressa sitôt après avoir ponctué sa dernière déclamation, le point culminant du récit qu'ils rédigeaient de leurs quintessences. La sylphide crut périr sous le poids de ce regard auquel elle ne put échapper qu'à la suite d'interminables secondes de contemplation béate, aussi effrayée que passionnée. La jalousie lui eut semblé parfaite offensive pour les diverses fois où il lui avait reproché la présence d'un autre homme à ses côtés, pour autant, elle n'avait guère mesuré le sens exact que cette notion apportait à ce qui les unissait. Le simple fait que la déférence inhérente à son rang d'héritière ait été insolemment bafouée pouvait être une allégation au comportement arboré par le soldat, comme cela avait déjà été le cas avec l'indigent rencontré sur les remparts lors de leurs retrouvailles. Néanmoins, la rancune déployée avait cette fois ciblé la promiscuité habilement mis en avant par le forgeron. Dreann doutait-il encore de la nature de la relation qu'elle entretenait avec son ami d'odyssées ? Etait-ce l'éventualité qu'un quidam quelconque ait daigné faire preuve de volupté à son égard, qui attisait cette amertume qui quémandait vendetta ou oublie ? Pour la première fois depuis longtemps, elle ne parvenait à comprendre l'exactitude de son aigreur, pas sans que d'impudentes hypothèses aussitôt balayées par sa modestie ne fassent surface dans son esprit. Un esprit qui fut une fois de plus la source d'agissements irréfléchis et inspirés de ses éternelles lubies.

    Envieuse de retrouver la chaleur de son étreinte, Izhelindë fit fi de toutes ses confessions pour s'approcher lentement. Peut-être n'était-ce qu'un jeu inconscient : fuir en étant suivi, suivre en étant fui. C'était à son tour de revenir, ce qu'elle fit en se lovant dans le creux de ses bras avec, cette fois, une grande douceur. S'ils n'étaient aptes à faire silence qu'au coeur d'une accolade, alors elle resterait ainsi blottie pour le reste de la nuit s'il le fallait. Ainsi, elle pouvait omettre tout ce qui les contrariait, ce qui les séparait l'un de l'autre pour mieux les réunir, ceci quand bien même elle savait que ce ne serait qu'éphémère. S'il prenait la décision de la délaisser à son sort, elle pourrait au moins se satisfaire des derniers instants passés en sa compagnie, car elle doutait être en mesure de le retenir si son désir n'était que de la fuir de façon immuable. La jeune femme voulut quérir de ses intentions en lisant dans son regard comme elle avait marotte de le faire, son visage se redressa précautionneusement, frôlant de trop près celui de son chaperon. De cette proximité, elle ne ressentit que l'envie d'en abattre les dernières barricades par le biais de ces lippes à l'effleurement des siennes, lui offrir de ce que nul autre avant lui n'avait pu jouir. Une ardeur jusqu'alors méconnue la consuma, lui empalant les tripes face à une tentation unique qu'elle n'avait encore jamais affrontée. La vision de ces lèvres qui l'avaient tant invectivée, transcendées en un brusque fantasme, la dépossédait de sa raison. Ses doigts vinrent cajoler sa joue, sa bouche se mit à mouvoir sensuellement – le souffle presque court – prompte à succomber à sa jumelle. Pourtant, une bourrasque d'émotions lui fit réprimer son audacieux élan, elle baissa la tête en frémissant d'embarras, jusqu'à se détacher de lui. Elle recula de plusieurs pas tout en furetant frénétiquement le sol, cherchant vainement une échappatoire.


    « Des maux... » Reprit-elle avec égarement. « Certainement... » Elle marqua une longue pause durant laquelle elle sembla absente, avant de revenir à elle dans un quasi-soubresaut. « Je n'ai plus envie d'en parler... »

    Rubiconde au possible, la dryade se pinça les lèvres comme preuve somatique de son trouble, puis fit volteface pour entamer la marche, préférant faire un détour pour arriver jusqu'à ses appartements que de passer à côté du blasonné. Murée dans une pusillanimité qu'on ne lui connaissait pas, Izhelindë veilla à ne pas laisser le jeune homme la dépasser dans le simple dessein de se dérober à la suite de leur conversation – voire aux retombées de ses actes. Un baiser, si anodin pour tant de gens, une offrande substantielle pour la chaste qu'elle était. Si nombreuses furent – et sont toujours – ses accointances masculines, dont certaines non désintéressées de ses charmes, jamais encore elle ne s'était ployée la moindre incartade charnelle. Enjôleuse à ses heures, elle n'en demeurait pas moins immaculée de tout stupre, ce qui ne l'avait jamais importunée plus que de raison jusqu'à aujourd'hui. Comme toute demoiselle, elle rêvait que ses lippes soient déflorées par l'homme qu'elle aurait choisi, par amour et non par obligation conjugale, un privilège qu'elle gardait jalousement. Ce que d'autres pouvaient faire sans guère plus de sentiments ne lui était accessible que par symbolisme, fleur bleue et utopiste, elle ignorait tout de ce domaine qu'elle n'avait jamais exploré. Rares furent les fois où l'on put témoigner de la timidité de la princesse, ordinairement au paroxysme de la témérité, alors démunie face à la plus humaine des convoitises. Il lui était impossible de songer alors qu'il demeurait encore à ses côtés, il semblait lui faire occulter le peu de bienséance qui lui restait encore. Aussi, la belle s'immobilisa après plusieurs corridors traversés, et exprima avec une placidité fallacieuse.

    « Va t-en. » Elle prit conscience de sa dureté, puis reprit en le regardant, timorée. « Nous sommes au palais, il ne peut plus rien m'arriver. Mes appartements sont un peu plus loin, tu n'as pas besoin de m'y accompagner, tu as suffisamment rempli ta besogne pour cette nuit. Alors va... Allez, rejoins tes quartiers... Nous parlerons à mon père à l'aube... »

    La jeune femme frotta sa nuque avec gêne, lui adressant malgré elle un maigre sourire sans joie. Elle n'avait aucune envie de s'entretenir avec le roi sur la mutation désirée de Dreann, néanmoins, elle n'avait là plus la force de lutter contre ce dernier.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Mer 21 Mar 2012, 13:59

Dreann fut surpris lorsqu'il sentit Izhelindë qui se blottissait à nouveau contre lui. Était-elle saisie du même mal que lui alors que leurs corps semblaient se séparer pour mieux se réunir quelques secondes plus tard, et ce depuis plusieurs minutes maintenant ? Il doutait, craignait de se voir doucement glisser, déraper vers ces images tout droit sorties de son imagination pour l'illusionner et le tromper sur ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Il essayait de faire la part des choses alors qu'il n'était pas encore certain de ce que lui-même éprouvait, il valait mieux ne pas se laisser aller à des supputations sur ce qui animait Izhelindë à ce moment et, de toute façon, il n'était pas certain de vouloir le savoir. Alors quoi ? Pouvait-il se contenter d'ignorer simplement ces yeux qui cherchaient les siens ? Ne pas voir ces lèvres qui, si proches des siennes, l'appelaient ? Leurs souffles mêlés encore suffisent, il le croit, à faire vibrer leurs corps au même rythme. Bien souvent, trop souvent même, il ne voit pas les signes qui trahissent l'intériorité d'autrui, mais à ce moment pourtant tout lui hurlait qu'elle désirait la même chose que lui, sans qu'il n'ose vraiment l'exprimer en mots tant il craignait leurs importances une fois prononcées. En attendant, proche d'elle comme ils ne l'avaient jamais été, Dreann se gorgeait de toutes ces sensations qui semblaient naître dans le peu d'espace qui les séparait encore, ne pensant plus vraiment à autre chose qu'à la seule idée d'avouer, non par les mots mais par l'acte, ce qui fatalement les ramenait l'un vers l'autre, faisant fi des évènements passés qui auraient suffi, s'il n'avait s'agit que de pure amitié, pour les convaincre de ne plus se voir peut-être. Alors, il s'avouait maintenant volontiers n'avoir d'yeux plus que pour son visage séraphique, et qu'il en était de même pour tous ses sens, toutes ses pensées. Il la désirait.

Pourtant et malgré qu'il reconnaissait dans les yeux de la jeune femme la même passion qui l'animait lui, la Princesse resta figée dans ce moment de flottement qui sembla dura une éternité. Lui non plus, d'ailleurs, ne fit rien. Il n'osait pas. À cet instant et même si tout son être appelait sa raison à abattre ses dernières retenues, il lui paraissait difficile d'écarter totalement cette dernière après avoir passé toute sa vie à lui vouer toutes ses actions sans jamais lui désobéir. Et si on les surprenait ? Et s'ils se trompaient ? Et si c'était trop dangereux ? Toutes ces questions surgirent subitement, mettant à sac son esprit et combattant la fureur inverse que son cœur souhaitait pourtant suivre sans plus de réflexion. Dreann était balancé, comme souvent lorsqu'il était en compagne d'Izhelindë, entre ses sentiments et sa conscience qui s'entre déchiraient alors. Pourtant, la Princesse ne laissa aucun des deux l'emporter, se désistant elle-même à l'ultime aveu dont elle fut pourtant à l'initiative. Ne comprenant pas d'abord, Dreann réalisa à la vue de l'air troublé qu'elle arborait maintenant que la jeune femme ne semblait pas plus assurée que lui sur la voie qu'ils empruntaient. Pour les mêmes raisons que lui ? Il en doutait tant il lui semblait qu'elle était bien plus prompte que lui à s'extirper de l'emprise tyrannique de sa raison. Presque à bout de souffle après ce presque baiser, ce faux mouvement, Dreann cherchait à réunir alors tout son être qui semblait éparpillé en des millions de fragments, explosés comme l'étaient ses pensées, fragmentés qu'il était lui-même. Les yeux rivés sur la belle, il n'eut guère de mal à comprendre qu'elle se défilait maintenant comme lui le faisait régulièrement. Elle semblait comme un animal pris au piège. Pourquoi ? Elle lâcha quelques mots, confus. Ne plus en parler ? Était-ce seulement possible ? Elle ne se rendait pas compte, lui-même n'était pas certain de saisir à quoi ils étaient exposés maintenant. La faille était ouverte, ils avaient failli s'y engouffrer. Pensait-elle seulement pouvoir la laisser béante, ne plus la voir ?

« - Attends ! » Lâcha Dreann alors qu'elle s'éloignait maintenant. Il la suivit: « - Tu ne peux pas ... »

Elle l'interrompit. « Va-t-en ». Ces mots balancés presque sèchement le firent s'arrêter brusquement. Elle était décidée à s'en aller. Interdit d'abord, il songea d'abord à la laisser fuir. Après tout, n'était-il pas le spécialiste ? Il avait lui-même cherché à échapper à ses transports - amicaux certes - plus d'une fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés et même par le passé alors qu'enfants il était prêt à tout pour échapper à ses cruelles attentions. Malgré ça, cela lui semblait maintenant proprement inacceptable. Sa colère se ranima presque: sotte, imbécile ... Était-ce ce qu'elle était vraiment ? Ne voyait-elle pas où elle l'avait emmené, jusqu'où il l'avait suivi ? Ce n'était pas une voie dans laquelle il était possible de faire demi-tour ! À cet instant, il s'imagina comme au bord d'un précipice: ils pouvaient bien reculer, ne pas oser, mais alors chacun d'eux aurait à vivre avec ce poids, cette frustration peut-être de ne pas avoir pris la bonne décision. Était-ce ce qu'elle voulait ? Si tel était le cas, alors soit. Pourtant, il se refusait à la laisser s'en aller sans être certain qu'elle a pris conscience de ce que se séparer sans ne rien se dire impliquerait. Il se rapprocha d'elle et, s'assurant que personne ne pouvait les entendre, il dit:

« - Tu ne peux pas faire ça, Izhi. » Il le dit simplement, pourtant on sentait l'amertume qui s'était emparée de lui. « - Tu ne peux pas m'emmener jusqu'ici, me pousser à te suivre sur une voie à laquelle je me refusais jusqu'alors avec toi, et m'abandonner en plein milieu maintenant que les choses nous dépassent. » Il marqua une pause avant de reprendre: « - Je t'y ai suivi avec plaisir, mais tout aurait pu être différent si ... » Continuer était inutile, le problème n'était pas de savoir s'il y avait un responsable à cette situation. « - Écoute, je ne te force à rien, mais il est impossible de faire chemin inverse. Si tu t'échappes, il nous sera impossible de continuer comme avant. »

Pouvait-elle seulement ignorer cette certitude qu'il avait ? Il ne le pensait pas. Si elle se refusait à ne serait-ce que parler franchement de ce qui s'était passé il y a quelques secondes à peine, alors ils leur seraient impossible de redevenir de simples amis, cela lui paraissait évident malgré qu'il n'ait jamais eu une grande maîtrise de toutes ces questions sentimentales qu'il avait, jusque-là, ignorées malgré les tentatives de sa mère. En attendant, il lui semblait avoir été clair. Ils étaient aujourd'hui face à deux chemins possibles: l'un les conduirait ensemble vers une destination inconnue, l'autre les verrait se séparer inévitablement malgré tous les efforts qu'ils déploieraient pour éviter cela. Ce soir, ils avaient perdu l'amitié qu'ils avaient l'un pour l'autre. Il n'appartenait qu'à elle de faire fructifier ce sacrifice. Ou pas.

« - Moi, je suis fatigué de fuir. »

Ces quelques mots flottèrent dans le silence pesant qui régnait dans les couloirs du Palais. Quelle serait leur portée ? Ils mourraient maintenant.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Jeu 22 Mar 2012, 14:13

    « Je n'ai pas envie d'en parler t'ai-je dit ! »

    Riposta le phonème impérieux de la jeune femme à peine Dreann eut-il ponctué sa réplique. La risette précaire qu'elle s'était efforcée de lui offrir quelques instants auparavant s'était éteinte, telle la flamme d'un cierge à la première bourrasque impromptue. Pourquoi s'obstinait-il à poursuivre la controverse, celle même qu'il s'était tout autant résolu à éluder il y avait un couplet de minutes plus tôt ? Leurs positions n'avaient de cesse de s'interchanger dans la lutte du débat, jamais encore la concorde ne s'était plue à les réunir et ce depuis leur plus tendre enfance. Leur jonction n'avait toujours été que circonstances houleuses, l'harmonie ne semblait pas être une notion qu'ils seraient aptes à parfaire dans leur relation ni dans quel que domaine que ce soit. Tous deux à l'antipode l'un de l'autre, ils se noyaient dans l'incompréhension mutuelle et la divergence d'opinion. Pourraient-ils un jour jouir de l'entièreté d'une journée sans anicroche ou chicane, cela n'était jamais arrivé et elle doutait qu'ils y parviennent. La presque décennie durant laquelle ils avaient cessé tout côtoiement n'avait rien altéré de la situation d'antan, leurs altercations avaient – tout comme eux – pris de l'âge mais reposaient sur un principe analogue. En dépit des apparences, ils n'étaient encore que deux bambins happés par la kyrielle logique de ce qu'ils eurent été dix ans auparavant, le sempiternel récit de leurs brimades mêlées d'indicibles sentiments. L'adjectif était à portée de main – celui qui leur permettrait de trouver un sens à ce qu'ils étaient et voulaient être l'un pour l'autre, cette réalité fuligineuse qui les dilacérait de son ardeur – pourtant, il irradiait une telle opalescence éthérée que cela en devenait aveuglant tout autant qu'effrayant. La crainte de se brûler d'un stigmate inaltérable était suffisante pour ensemencer l'incertitude, qui a son tour engendrait l'inaction puis au plus malheureux état, la résignation. L'était-elle ? Elle aurait tant aimé. Si la sylphide s'était persuadée qu'elle ne faisait que poursuivre l'utopie d'une chimère qui ne lui ploierait jamais satisfaction, elle n'aurait point encore cette pulsation qui lui pilonnait la poitrine alors qu'il furetait dans son regard âcre d'autorité. Elle le maudissait n'était-ce que pour la tribulation qu'il lui demandait de franchir.

    Izhelindë sentait à la chaleur de ses pommettes que ces dernières ne s'étaient pas encore dévêtues de leur congestion, et qu'elles ne seraient en mesure de le faire tant que le chevalier les observerait. Un fait qui l'encouragea à se détourner de lui comme l'irrévocable sentence du juge au condamné, alors imperméable à toute supplication. De quoi diable désirait-il encore converser alors qu'il l'avait d'ores et déjà lynchée de tout ce qu'il pensait ? Ils n'auraient guère plus d'arguments à apporter à ce qu'il s'était produit cette nuitée, sur sa pérégrination prohibée et son intervention musclée. Le souverain aurait vent de l'incident avec la brise matinale et il serait, finalement, le seul à imputer les sanctions qu'il jugerait nécessaires. Dreann avait accompli la besogne à laquelle il avait été affilié, il n'avait à présent plus mot à lui dire si ce n'était pour lui apporter culpabilité supplémentaire. Peut-être était-ce justement ce à quoi il escomptait en lui faisant affronter de nouveaux démons qu'il était – vraisemblablement – incapable de braver de lui-même. La colère se frayait un chemin derechef dans les veinures embrasées de la princesse qui, encore ambitieuse de mettre un terme à leur palabre, s'était esseulée dans un mutisme de granit. D'un pas déterminé, elle reprit la marche pour s'enfoncer dans le corridor sans patienter que le blasonné prenne sa suite, cependant, elle s'immobilisa à peine quelques mètres parcourus. Il n'avait pas le droit. Elle ne pouvait tolérer l'accusation qu'il avait professée, quand bien même sa logorrhée n'était pas ajustée que de faussetés. Il avait raison sur un point substantiel : elle n'était pas de ceux qui abandonnaient sans pugilat, les mots qu'il avait prononcés et qui se répercutaient dans son esprit le lui rappelaient. Elle ne pouvait décemment lui permettre de l'incriminer de toute la faute pour mieux se complaire dans le réconfort de n'y être pour rien ou si peu. Ainsi, l'héritière fit volteface en un mouvement furtif et l'observa de ses prunelles incandescentes de vendetta. Il s'était octroyé le luxe de l'invectiver, c'était maintenant à son tour de régler ses comptes.

    « Tu vois... C'est ça ton problème ! » Pesta t-elle avant de revenir vers lui. « Tu ne fais toujours que suivre et subir comme le bon petit soldat que tu es ! Les règles, les règles, les règles ! Il n'y a que cela qui compte pour toi, et lorsque tu ne peux pas t'y réfugier, tu te fais passer pour un martyr à qui on a pas laissé le choix ! Tu te mets toujours dans la position la plus confortable, c'était ainsi même lorsque nous étions enfants ! »

    Le clairon de la demoiselle augmenta graduellement, chaque phrase allant trouver écho dans l'auguste demeure royale où tout semblait s'être arrêté avec eux. Seules les innombrables flambeaux ornementant les parois virent leurs lueurs frémir d'épouvante et crépiter de toute leur quintessence. L'ouragan émotionnel qui les étreignait alternativement dénudait les coeurs, ce fut déjà presque haletante que la naïade se retrouva après avoir vilipendé son chaperon. Si lui avait encore certainement réprimé des dires qui auraient été fort malséants, elle, n'avait aucune envie de l'épargner de ses offensives qu'importait leur vilénie. Peut-être en viendrait-il à regretter de lui avoir suggéré de ne pas s'esquiver à l'échange, il devenait alors la victime de sa propre sottise, omettant que la jeune femme tirait sa notoriété de son caractère véhément. Cette décade d'éloignement et de silence avait été l'opportunité d'étouffer les ressentis qu'elle lui avait cachés, ce qu'elle lui aurait inexorablement avoué plus tôt si elle n'avait pas trouvé en ses odyssées, un exutoire. C'était désormais plus qu'une question d'insubordination royale, sa rancoeur s'étendait aux prémisses de leurs vies, à une époque qu'aucun d'eux n'avaient oubliée. Ils se connaissaient à dire vrai depuis toujours, et c'était justement cette notion qu'elle attaquait.

    « Tu m'as reproché de m'être éloignée, de t'avoir oublié... Mais par Eydis je suis toujours celle qui doit faire un pas en ta direction, et je ne parle pas là des quelques approches protocolaires auxquelles tu as été contraint durant ces dernières années ! Tu es fatigué de fuir ? Forcément, tu n'as toujours fait que cela, tu l'as toujours fait avec moi ! Combien de fois, dis moi, combien de fois ai-je traversé la Cour, qu'il vente ou qu'il neige, simplement pour te voir ?! Combien de fois me suis-je dérobée à mes leçons pour être avec toi ?! Tout autant de fois où tu n'as jamais supporté ma compagnie, c'est toi qui m'a faite partir ! »

    Son index le désigna frénétiquement, le pointant comme seul et unique responsable de leur longue séparation. Elle se souvenait encore du temps où, enfants, elle ne voulait que passer ses journées à trainer dans ses jambes. Il était vrai qu'elle était la source de nombre de taquineries et autres manifestations d'affection infantile, mais cela n'avait été que sa façon de lui exprimer son estime et l'intérêt qu'elle lui portait. Elle commençait à s'interroger : ces sentiments étaient-ils seulement récents ? N'avaient-ils pas sommeillé secrètement durant tout ce temps passé à lui rendre la vie impossible ? Elle n'aurait pu y répondre elle-même, et peu lui importait à présent. Izhelindë s'apprêta à reprendre la parole, lorsqu'elle crut entendre les foulées et la conversation de sentinelles approchant. Par peur qu'ils ne soient entendus – si ce n'était déjà fait – la demoiselle agricha le bras de Dreann qu'elle entraina avec elle dans la première pièce qui se présenta à eux. Ils s'enfermèrent dans un boudoir, l'un de ceux d'Octavia, presque entièrement englouti par la pénombre. Bien que ce détail se prêtait à l'intimité de leur sujet, il n'était pas du goût de la friponne qui traversa la pièce. D'un ample mouvement, elle tira les lourds rideaux pour laisser pénétrer la nitescence lunaire, puis pivota en direction du jeune homme, laissant un instant de silence les engourdir avant de reprendre la parole.

    « Je suis fatiguée moi aussi, lasse de devoir prendre des initiatives ! Tu n'es vraiment... Qu'un soldat parmi tant d'autres, qui ne peut rien faire sans qu'on ne lui en donne l'ordre ! Je suis à l'origine de notre amitié, oui ! Pour le reste, nous sommes tous deux impliqués, alors ne prétend pas que je suis celle qui t'a amené jusqu'ici ! » Son regard dans le sien, elle l'affubla de son aigreur et de son angoisse. « Je ne suis pas comme toi, je ne m'échappe pas, constate le ! Et maintenant ? » Elle revint auprès de lui et le bouscula. « Que veux-tu ?! » Elle le poussa à nouveau. « Tu voulais me retenir, c'est chose faite ! Parlez, chevalier, c'est un ordre de votre princesse ! »

    Inéluctablement, Izhelindë cherchait à le faire sortir de ses gonds par ses provocations, comme elle savait si bien le faire au quotidien. Même s'il ne bougea qu'à peine sous sa frêle force de jouvencelle, la pression qu'elle lui infligeait par ses sollicitations physiques et intellectuelles suffiraient peut-être à avoir raison de ses dernières barrières – ou ne feraient que lui rendre sa rage sourde. Dans tous les cas, il se devrait d'assumer.

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Sam 24 Mar 2012, 15:48

Qu'espérait-il en l'empêchant de se dérober ainsi ? Rien, du moins il pensait être capable d'encaisser toutes les réponses que son peu d'imagination lui permettait d'appréhender: si, comme lui, elle acceptait de se rendre à l'évidence, alors qui sait ce qu'il adviendrait d'eux ? Dreann n'en avait pas la moindre idée, cependant il était certain que, dans le cas où elle choisirait de continuer sa route, il en serait définitivement fini de leur relation jusque-là amicale. Ainsi, le chevalier ne s'attendait qu'à deux options: la résignation ou la fuite, pourtant ce n'est ni l'une ni l'autre que choisit Izhelindë. D'abord le jeune homme ne comprit pas vraiment, désemparé face à la tournure que prenaient les choses. En effet, Izhelindë choisit manifestement de rester mais ce ne fut pas pour les raisons qu'avait espéré Dreann, loin de là, puisqu’à peine s'était-elle rapprochée de lui qu'elle s'était mise à lui hurler dessus, abandonnant toute forme de retenue comme lui plus tôt. Quel était cet enfer qu'elle lui balançait maintenant à la figure ? C'était une pluie de reproches qui s'abattait maintenant sur lui, tellement brutalement qu'il ne parvenait pas à comprendre vraiment ce dont elle l'accusait. Pourquoi ? Pourquoi se livrait-elle à ces petites confidences maintenant, alors qu'il était persuadé du bienfondé de ses dernières paroles qui, pourtant, semblaient avoir réveillé en elle une rage depuis longtemps enfouie. Interdit de toute réaction, incapable de se défendre et peu enclin à le faire de toute façon, Dreann tenta de rester impassible à toutes ces choses qu'elle lui avoua finalement. Comment pouvait-il espérer que ça ne l'affecte pas ?

Chaque mot qu'elle prononçait lui semblait plus meurtrier encore que le précédent. Avait-il seulement pensé que ce ne fut pas ce genre de sentiments dont elle lui ferait part ce soir ? À ce moment, l'idée qu'il puisse y avoir quelque chose d'autre derrière cette relation perpétuellement conflictuelle lui paraissait absolument totalement absurde. Alors son affection pour elle s'écarta, laissant place à son orgueil de soldat, d'homme aussi. Il exultait maintenant de colère, de rage. Comment pouvait-elle lui reprocher pareilles choses, après toutes ces années à avoir supporter cette nature dont pourtant elle disait tant de mal aujourd'hui ? Il voulut protester, la faire taire, pourtant il la laissa continuer, contenant ses propres transports pour ne pas envenimer la situation. Soutenant le regard de la belle sans faiblir, il faisait appelle à cette raison qu'il avait essayée de tant combattre pourtant ces derniers jours. Il ne fallait pas, il ne pouvait pas céder à la facilité. Il l'écoutait alors sans dire aucun mot, se contentant de l'observer elle, de l'écouter aussi. Il détestait au moins autant qu'elle l'avait détesté se faire accabler de la sorte, et il comprenait dans quel était sa propre attitude l'avais mise. Néanmoins, elle semblait si ... injuste avec lui. Blessé, il ne trouvait cependant rien à répondre. Ainsi, il était le responsable tout désigné de l'état de leur relation, celui qui n'avait jamais rien fait pour que les choses soient faciles, le seul qui n'avait jamais rien sacrifié pour nourrir le lien qui les unissait. Selon elle, il était, au fond, vide d'intérêt, lâche, incapable d'être à l'initiative. Là encore il voulut protester, pourtant, étrangement, il ne put rien dire. Comment lui donner tort ? Il savait tout cela, bien avant qu'elle ne s'en rende compte elle-même sans doute. N'était-ce pas là le cœur de son problème ? Il n'avait jamais vécu que pour des idéaux, ne laissant aucune place au réel, et si peu pour elle. Depuis quelque temps cette vérité lui devenait de moins en moins supportable et, si cela n'entamait pas sa détermination quant au serment qu'il avait fait, il craignait maintenant de ne pas parvenir à tenir le choc. Qu'est-ce qui avait changé ? Qu'est-ce qui avait fait que là où, auparavant, il aurait tout fait pour fuir la présence de Izhelindë, il ne pouvait maintenant plus que la rechercher à tout prix ? Quand elle eut enfin terminé, abandonnant l'idée de lui hurler à quel point elle se trompait, il voulut ... il ne savait pas vraiment, se justifier peut-être. Quand bien même, car déjà elle l'entraînait à l'écart, par peur sans doute d'être entendue.

Ils entrèrent alors dans une petite pièce qui baignait dans l'obscurité la plus totale. À l'abri de tout regard et de tout oreilles, Dreann espérait alors que cela serait propice à un retour au calme. Brusquement pourtant Izhelindë tira les rideaux, permettant à la lumière blanchâtre de la Lune d'éclairer un peu plus ce qui se révéla être un des salons de la Reine Octavia. Le chevalier s'approcha, bien décidé à prendre la parole cette fois, mais Izhelindë ne fit qu'une bouchée de sa prétendue détermination et reprit de plus belle ce qui ressemblait plus à une bastonnade verbale qu'à toute autre chose. À nouveau elle l'accusa d'être incapable de toute initiative, de n'être qu'un soldat parmi tant d'autres et, à nouveau, il sentit son orgueil mis à mal par ce qui, pourtant, lui parut comme les plus atroces des vérités. Bien que perdu dans ce torrent ininterrompu, un mot, plusieurs même, attirèrent son attention plus particulièrement. Pour le reste ? N'était-ce pas la preuve qu'il y avait bien, pour elle aussi, quelque chose d'autre que ce lien purement amical dont Dreann avait deviné qu'il avait, de son côté, évolué en bien plus que cela ? Craignant de trop extrapoler, le jeune homme ne pouvait se convaincre qu'elle éprouvait la même chose que lui. Et si, au fond, toute cette dispute n'était pas que le leurre qui devait leur permettre de mieux ignorer le cœur du problème ? Dreann crut cela délirant et se refusa à toute initiative. La seconde d'après pourtant, les mots d'Izhelindë l'accusèrent à nouveau de ne jamais agir, l’exhorta même de parler sur son ordre. Résolu à ne rien faire, Dreann se contenta de soutenir le regard affligé de la belle; la lumière sélénite la lui rendait plus suave encore, il s'en rendait compte. Fou qu'il était. Alors qu'elle s'était approchée pour le bousculer, le provoquer encore, il s'empara brusquement d'elle en même temps que ses lèvres trouvèrent les siennes, prenant garde à ne pas, cette fois, s'arrêter en chemin. La délicate brusquerie avec laquelle il avait agi la poussa à reculer un peu. Qu'avait-il fait ? Dreann n'y pensa pas. Elle pouvait bien l'arrêter quand elle voulait, lui n'avait fait que lui obéir en écoutant son propre désir et il se délectait maintenant de cette sensation presque nouvelle pour lui: celle que l'on ressent quand le cran nous conduit droit dans les bras de l'être aimé. Il n'était plus question pour lui de nier l'évidence: il l'aimait.

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Dim 25 Mar 2012, 15:19

    Même si de tout son essence exultait la causticité, incapable aurait-elle été de le haïr. Même inapte à se convaincre qu'il n'était qu'un chevalier commissionné par le souverain, seulement un de plus dans la nomenclature de ses chaperons, elle ne parvenait à affilier des termes à ce sentiment qui lui dévorait le coeur. Peut-être aurait-ce était plus simple qu'elle rejoigne ses appartements sans guère plus de discussion, qu'il se mortifie de sa vitupération pour lui en tenir rancune et ne plus jamais revenir. Une solution de facilité dont auraient résulté des regrets, mais qui lui semblait – au final – la moins dévastatrice. L'effervescence du blasonné était manifeste, alors pourquoi. Pourquoi n'exprimait-il pas sa rage comme il avait marotte de le faire, en usant de violence, celle des mots plutôt que les poings la concernant. Elle savait que ce n'était qu'une question de temps avant que la colère se fraye un chemin dans ses veinures, et lui occulte ensuite toute once de raison, comme lors de sa précédente rencontre avec Galahad. Elle le connaissait, peut-être un peu trop – ou pas assez. Elle ne savait plus qui il était, ni qui elle désirait qu'il soit ou devienne. Il lui était impossible de sortir du dédale de son esprit sans que l'issue n'en soit inéluctablement fatale, sans que son galbe enchanteur ne soit présent pour l'accueillir. Il était son fil d'Ariane, mais elle craignait, à cet instant, que sa véhémence innée n'ait occis ce qui s'était progressivement crée entre eux. Elle aurait alors le loisir de larmoyer toute l'éternité durant, sur ce dont elle s'était elle-même privée.

    Son univers bascula cependant, d'une façon à laquelle elle escomptait secrètement mais qui n'avait semblé être qu'une utopie. Sans appréhender, sans comprendre, alors que sa sommation s'était à peine élevée dans la pièce partiellement éclairée, il la fit taire. Son corps entier fut emporté, congloméré à la structure musculeuse du soldat, recueilli à la chaleur de son embrassade qui l'enchaînait maintenant à lui. Ce ne fut pourtant que poussière en comparaison à une toute autre étreinte qui l'avait spoliée de sa parole, de son intellect et de son âme même. Izhelindë sentit ses lippes délicieusement opprimées, la saveur suave et prohibée l'ankyloser tel un venin fielleux auquel ils avaient succombé, le nectar éthéré accompagnant l'Ambroisie. Stupéfaite, ses yeux s'écarquillèrent avant de se clore aussitôt, une convulsion lui empala la poitrine jusqu'à faire naître une chaleur aux creux de ses reins, une rougeur sur l'étendue de sa physionomie. Ses muscles se lénifièrent au point de se laisser aller à son exquise autorité, leurs lèvres dansant dans une symbiose toute somme idyllique. Qui ne laissa guère place à une quelconque pensée. Simplement, l'instant présent, le péché auquel elle se dévouait, et son premier baiser. Elle se souvint de tout ce que l'on avait pu lui conter à propos de cette simple accolade labiale, elle avait toujours espéré – rêvé – qu'elle soit la conséquence d'une ferveur mutuelle et la cause d'un émoi sans pareil. Une chimère venait de la frôler de sa magie, de la sanctifier d'un voeu exaucé, bien plus grisant qu'elle ne l'aurait jamais imaginé. Il venait de lui offrir plus que quiconque avant lui, plus que ce qui ne lui serait jamais permis de goûter de plus divin que l'authenticité d'un amour réciproque. S'abandonner, ne pas songer à la situation à laquelle ils se condamnaient avec un plaisir outrageant, exprimant ainsi ce qui les avait finalement toujours réunis. Combien de temps restèrent-ils à se complaire, s'exalter dans l'effusion de l'autre à la seule nitescence de l'astre sélénite ? Sans doute jamais assez pour que cela suffise à entièrement les contenter. Pourtant, les lèvres charnues de la jeune femme vinrent à se séparer – presque amèrement – de leurs jumelles masculines. Désireuse de faire durer le charme, elle demeura au plus proche de son visage sans oser ouvrir les yeux, se lovant dans sa cécité et l'expression de ses autres sens Elle avait peur. Peur que la réalité ne l'arrache à son éden si elle recouvrait la vue, peur qu'il ne soit que le fruit de son imagination. Pourtant, il fut bien là, devant elle lorsqu'enfin, ses prunelles se décidèrent à se montrer.

    Elle l'observa, timorée, comme si elle le découvrait pour la première fois. C'était le cas, car c'était sous le voile diaphane et parfumé de ses sentiments envers lui qu'elle le voyait. Il n'en devenait que plus attractif, mais alors, elle se souvint que seulement quelques instants auparavant, ce n'était guère la même émotion qui les avait animé, elle en particulier. Les atrocités avec lesquelles elle l'avait lapidé la laissèrent contrite, déjà, les remords d'avoir fait preuve de tant de méchanceté se manifestaient. Embarrassée au possible, la sylphide fureta les broderies du vêtement de son amant, la tête basse. Puis, elle susurra presque religieusement, comme pour ne pas briser l'enchantement.


    « Je suis désolée... » Elle le regarda. « J'ai été odieuse... Je regrette... »

    Comme toujours. Tel était son quotidien, la mélodie de sa vie, celle de se laisser éprendre par la véhémence de son acrimonie. Elle était incapable ou presque de réprimer ses accès de spontanéité, dans ce genre de circonstances, elle n'en devenait que plus détestable. Ce n'était qu'une fois la brume de la colère dissipée, la lucidité retrouvée, que l'héritière prenait conscience de ses méfaits. L'inquiétude de ses proches lorsqu'elle disparaissait au coeur de la nuit, durant des heures ou des journées entières, le désappointement crée de ses frasques, tout ce à quoi elle n'accordait d'importance que bien trop tard. Il l'était toujours, trop tard, elle ne pouvait alors que se repentir dans sa culpabilité. Pire encore, elle ne semblait jamais tirer de leçons de ses mésaventures, et se plaisait à réitérer ses exploits en omettant qu'ils avaient été la source d'ennuis et souffrance. Enchainée à sa juvénilité, à sa légèreté d'esprit, elle regrettait, en effet, de ne pas être plus adulte. Astreinte à ses propres toquades, il lui semblait – présentement – impossible de s'en défaire. Dreann n'était pas sans connaître la complexité de sa personnalité, ce qui faisait d'elle un protagoniste controversé de la Cour, elle espérait que cela suffise à enjôler sa mansuétude. Quand bien même, elle ne quitta pas la magnificence de son regard et sembla même y chercher quelque chose, n'importe quoi, ce à quoi s'agricher. Ses phalanges allèrent caresser sa joue alors que son phonème s'éleva derechef.

    « Comment en sommes-nous arrivés là... »

    Izhelindë doutait pouvoir un jour trouver réponse à cette interrogation, elle ne se la posait pas réellement, car elle n'en avait cure. Il était ici, auprès d'elle, bourreau de sa passion, fautif des frémissements qui lui chatouillaient l'épine dorsale en d'interminables déferlements. L'intimité du lieu, la pénombre dans laquelle ils s'étaient lovés, n'étaient que facteurs de désirs inavouables pour une dame d'une telle dignité. Déjà, elle déplorait l'éloignement de ses lippes, leur simple vision l'affligeait d'une indicible tentation de s'y risquer, encore et encore. Cette fois, il lui fut inconcevable de résister comme elle l'eut fait auparavant, à son tour, elle lui prouva que plus aucune barricade ne demeurait entre eux. Ne lui laissant guère le temps de songer, elle captura ses lèvres en un nouveau baiser, enflammé et passionnel. Sur la pointe de ses pieds pour mieux l'atteindre, elle glissa ses bras autour de son cou et aggloméra son corps au sien, envieuse de plus de délices.

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Lun 26 Mar 2012, 08:05

Comment ? Comment avaient-ils pu s'ignorer jusque-là ? Voilà la seule pensée qui traversait maintenant l'esprit de Dreann alors qu'une douce sensation de plénitude s'emparait à la fois de son corps et de son âme. Comment avaient-ils pu se faire tant de mal alors qu'un simple geste, un simple baiser suffisait à leur donner tout le bien qu'ils souhaitaient ? Qu'est-ce qu'était cette peur qui les avait contraints si longtemps à se mentir, à s’illusionner sur ce qu'ils voulaient être l'un pour l'autre ? Dreann se laissa emporter tout à fait par la seule constatation de voir son être tout entier réagir au contact de ses lèvres avec celles d'Izhelindë, tout comment il sentait cette dernière qui s'abandonnait elle aussi à ce plaisir simple, brut. Tout comme elle, il aurait voulu que cela dure une éternité, plus encore même ! Était-ce possible ? Privé de toute raison, Dreann chercha sincèrement un moyen de faire que cela ne cesse jamais. Puis, devant la vanité de son entreprise, le chevalier se laissa simplement aller à la pure jouissance du moment, sans penser davantage ni à ce qui aurait pu être, pourrait être ou serait plus tard ... Était-ce prudent ? Non, il savait bien au fond que se contenter de savourer ce plaisir sans chercher à en appréhender les conséquences se révélerait bientôt une erreur, pourtant il était bien incapable de faire autrement. Alors, il se laissa aller à prolonger, par pur égoïsme c'est vrai, ce doux larcin qui lui avait dérobé toute parole, lui avait enlevé toute colère. Ces mots assassins dont elle l'avait accablé ne furent d'ailleurs plus qu'un maigre murmure qui s'effaçait peu à peu à mesure du temps qu'ils passaient suspendus l'un à l'autre. Était-il encore à ses yeux ce simple soldat, ce lâche qu'elle semblait tant haïr une minute avant ? Il ne le croyait pas. Comment cela pouvait-ce être possible alors qu'il sentait contre lui le corps de la Princesse qui réagissait, prolongeait leur étreinte encore ? Puis soudain le déchirement.

Il ouvrit les yeux, constatant avec surprise qu'elle avait rompu ce moment qu'il aurait désiré poursuivre longtemps encore. Pourquoi ? Par égoïsme sans doute il songea à réitérer son initiative immédiatement, pourtant il s'en empêcha, gardant un minimum de retenue malgré le sentiment d'invulnérabilité que lui conférait le franchissement de cette dernière barrière qui les tenait séparer l'un de l'autre. Dreann contemplait le visage séraphique de la Princesse, détaillant non sans avidité le contour de ses traits fins. Puis, elle ouvrit les yeux et il s'y noya, jusqu'à ce qu'elle ne finisse par fuir son regard, baissant la tête. Il devinait sa gêne et bientôt les quelques mots qu'elle se risqua à prononcer vinrent lui confirmer cela. Il ne répondit rien à ses excuses. À quoi bon ? Lui aussi y avait été fort, et il ne le regrettait pas. La violence exagérée de ses propos n'enlevait pas moins l'once de vérité qu'ils contenaient, et Dreann ne doutait pas qu'il en était de même pour les propos qu'elle avait tenus à son égard. Après tout, elle était parvenue à le provoquer suffisamment pour qu'il ne finisse par agir, or ne dit-on pas que seule la vérité blesse ?

« - Peu importe. » lâcha-t-il, sincère.

Son regard à nouveau plonger dans celui de son aimée, il fut simplement heureux de voir que plus aucune colère ne semblait animer son âme. Comme lui, il semblerait qu'elle avait trouvé un certain apaisement maintenant qu'ils s'étaient résignés à l'évidence. Alors que la main de la belle venait se perdre sur la joue de chevalier, elle lâcha quelques mots ... Comment en étaient-ils arrivés là ? Pouvaient-ils seulement le savoir ? Pour cela, il aurait fallu qu'ils sachent depuis quand ils éprouvaient de l'amour l'un pour l'autre, et Dreann doutait maintenant que cela fût récent. Ne pouvait-il pas trouver dans ces sentiments la raison pour laquelle il avait toujours rejeté avec véhémence les transports et élans d'affections d'Izhelindë, fussent-ils sadiques et toujours à ses dépens ? Le jeune homme ne parvenait pas vraiment à s'en convaincre, incapable de savoir quoi penser.

« - Tu me demandes de réfléchir à nouveau ? » demanda-t-il faussement, un sourire aux lèvres.

Ces quelques mots furent immédiatement cueillis par les lèvres suaves de la jeune femme qui se joignirent à nouveau à celles du chevalier, cette fois sous l'initiative de la princesse et pour le plus grand bonheur de Dreann qui se laissa happer encore par l'immense plaisir qu'il y trouvait. Elle vint ensuite placer ses bras autour de son cou, éliminant toute notion de distance entre leurs deux corps. Ne cherchant nullement à résister, Dreann enlaça la belle par la taille. Inconsciemment, sa main se mit à fureter dans le dos d'Izhelindë tandis qu'il était toujours captif de ses lèvres. À cet instant, les mots d'Izhelindë lui revinrent en pleine tête, l'assommant presque tout à fait: si savoir d'où leurs sentiments venaient avait relativement peu d'intérêt, savoir où il allait parut autrement plus important au jeune homme. Alors, ce dernier dut se faire violence pour parvenir à se détacher quelques instants d'Izhelindë. Il était difficile de nier qu'il la désirait de tout son être, pourtant sa retenue l'empêchait de se laisser emporter par une affection qu'il savait que ni lui ni Izhelindë ne maîtrisaient tout à fait.

« - Attends ... » Lâcha-t-il subitement. Son étreinte se fit moins fort. « - Il nous faut être prudents. Pas seulement par rapport à l'extérieur, mais entre nous aussi. » Il hésitait: « - Tu as conscience que rien ne pourra jamais vraiment arriver, pas vrai ? Je veux dire ... »

Sa voix mourut. Il savait qu'Izhelindë comprenait où il voulait en venir. C'était simple: jamais ce qui se passerait entre eux ne pourrait être officiel, simplement parce que leurs sentiments n'étaient pas une raison suffisamment forte pour cela. Elle était appelée à gouverner un jour, lui était voué à faire prospérer et perdurer sa lignée. Dans l'éventualité folle où c'eut été ne serait-ce qu'imaginable, une alliance entre elle et lui signifierait inéluctablement la mort de sa propre dynastie puisqu'il était le dernier représentant des Aronwë , si on exceptait son père. Ainsi condamnée à la confidentialité, leur relation ne saurait jamais vraiment être ce que l'on qualifierait de sain. Dreann s'était tu un instant, laissant le temps à Izhelindë d'analyser elle aussi la situation. Finalement il reprit:

« - Ne crois pas que je cherche à fuir. » Il faisait référence aux accusations qu'elle lui avait adressée plus tôt. « - Moi, je suis prêt à voir ce que cela donne ... mais il faut que tu le sois aussi ... »

Il avait l'air contraint. Évidemment, cette perspective ne l'enchantait pas, pourtant il lui paraissait impossible de simplement renoncer à ce qu'ils avaient mis tant de temps à trouver. Dreann regrettait maintenant d'avoir été aveugle si longtemps ... Néanmoins, incapable de remonter le temps, il tâchait de ne pas se réfugier dans ce qui aurait pu être, mais se projeter dans le futur lui parut tout aussi difficile. En attendant, il lui paraissait primordial que tous deux soient explicitement d'accord à suivre l'autre. C'était peut-être une mesure de précaution inutile qui, au fond, ne changerait rien à la réalité. Pourtant, il était persuadé que s'ils s'engageaient dans pareille voie, ils devaient être tous deux clairvoyants. Alors que Dreann attendait une réponse, ses mains toujours placées dans le dos de la belle continuaient, de temps en temps, à manifester leur présence délicate. À ce moment, cette aisance à la modération et à la réflexion qu'avait toujours eu Dreann était devenu plus lourd que n'importe lequel des fardeaux.

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Mar 27 Mar 2012, 14:43

    Réfléchir. Quel était le sens de ce terme, déjà ? Izhelindë en avait omis tout savoir, tout semblant de syllogisme que l'on s'était pourtant évertué à lui enseigner toute sa vie durant. Etant bien incapable de se consacrer à quelle que réflexion que se put être, elle ne lui demandait pas d'en faire l'effort non plus, par ailleurs, sa question fut oubliée sitôt ses lèvres enchâssées aux siennes. Si vite tributaire de cette volupté dérobée sans qu'elle ne s'y attende, elle ne voulait que violer la bienséance de façon itérative, comme elle n'aurait jamais imaginé le faire un jour. L'amour, une utopie parmi tant d'autres, dont elle savait l'authenticité rarissime, la réciprocité recherchée, l'expérience pérenne. Jouissant de deux de ces notions, la perpétuité de leurs sentiments présents était une incertitude nullement encore pensée mais non inexistante pour autant, aux abysses de son âme, elle le savait parfaitement. Tel avait toujours été le cas, elle se savait enchainée à une décision exclusivement parentale concernant son avenir marital, du moins, ainsi allait le protocole. Elle refusait de croire – peut-être de manière ingénue – qu'elle n'aurait aucun libre arbitre sur celui qui serait son époux et consort. Jusqu'alors, le souverain s'était toujours attardé sur le jugement de son héritière - quand bien même ce laxisme notoire était aujourd'hui la cause de son célibat – dans l'espoir fou que l'un de ses prétendants puisse un jour s'attirer ses bonnes grâces. Ce défilé de damoiseaux auguré au fil des années n'avait été que d'une délassante dérision pour la chipie dont il était question, divertie de la fuite de chacun après qu'ils l'eurent approchée. Arsenios ne pourrait-il point se satisfaire que sa fille ait trouvé son alter ego en une personnalité somme toute considérée et reconnue parmi l'élite seigneuriale ? Les choses ne seraient pas aussi aisées, elles ne l'étaient jamais, et elle craignait qu'ils ne deviennent les acteurs de leur propre tragédie. Par maintes occasions, la princesse s'était demandée ce qu'aurait été son existence si elle n'eut pas été issue de la lignée suzeraine, sans le poids de ces obligations et sacrifices inhérents à son rang. Aurait-elle été plus heureuse qu'elle ne l'était ? S'affirmer accablée aurait été mensonge, malgré cela, elle avait la sensation de n'avoir encore jamais connue la pleine plénitude. Si elle aimait à consciencieusement omettre la réalité, une fois de plus et comme toujours, il ne manqua pas de la lui rappeler.

    Il susurra à même ses lippes, la contraignant à se retirer de leur osmose par volonté d'établir le dialogue. La surprise se miroita dans les prunelles azurées de la jeune femme qui se fourvoya en première instance, pensant que son inexpérience exhaustive s'était peut-être retranscrite dans ce baiser de son initiative. Une idée aussi candide qu'absurde dont elle ne fit absolument pas part, alors reconcentrée sur les dires de son amant. Attentive, elle se rendit compte qu'il n'avait que raison, une fois encore. Pourtant la cruauté des circonstances l'affligea, la faisant fuir son regard comme par désaveu. Toutes ses rétorsions pour se persuader du contraire auraient été vaines, tel était le poison du fruit prohibé qu'ils avaient ensemble croqué. Une union officiellement n'aurait pas été improbable dans la mesure où Dreann jouissait d'une origine blasonnée, descendant d'une maison illustrée pour leur loyauté. Evidemment, elle connaissait le Seigneur Aronwë qui aurait perçu en cette concorde une opportunité sertie d'or, si cette même jonction n'avait pas été synonyme d'extinction de son patronyme. Qu'en dirait-il alors ? Il lui brûlait les lèvres de courir l'interroger dans une folie pure, mais même dans l'hypothèse où celui-ci n'aurait été que favorable à leur proximité, elle savait qu'il n'en serait pas de même pour son fils. Et elle ne pouvait qu'estimer la ferveur du chevalier pour son nom, semblable à sa propre piété pour le sien. Une notion substantielle parmi les moeurs de la noblesse, et à laquelle aucun d'eux ne se dérobaient. Préférerait-il les astreindre à une relation purement solennelle à défaut de nourrir l'espoir que leur amour devienne, aux yeux de l'univers, plausible ? Si l'effroi l'emporta soudainement, il vint lénifier cette éventualité en prouvant qui plus est qu'il avait appris des semonces qu'elle lui avait infligées. Il sembla seulement quémander son avis, et surtout, sa certitude sur les enjeux. Leurs coeurs ainsi adjoints voleraient d'une même intégrité, comme ils saigneraient à l'unisson, ce n'était pas décision futile qu'elle se devait ici de prendre. Tous deux en seraient à jamais ferrés quel que soit son choix final, cependant, encore désarçonnée par l'intensité de leur intimité, cela ne fit que l'égarer d'avantage. Ses mains se laissèrent couler sur les trapèzes de l'éphèbe, puis le long de son poitrail jusqu'à s'immobiliser sur sa ceinture abdominale. La tête basse, la princesse finit par se détacher de son étreinte pour faire quelques pas dans la pièce noircie de la nuit.

    Avant-bras croisés sur sa poitrine, la sylphide se tint les épaules comme si la froidure l'avait soudainement empalée, à moitié recroquevillée sur elle-même. Ses mirettes balayèrent le sol, puis les somptueuses dorures à peine reluisantes du lieu endormi. Privée de contact physique, le raisonnement lui fut rendu, cette main qu'il avait sensuellement glissé dans son échine qu'une délicieux bourreau à son intellect. Qu'adviendrait-il d'eux si, par le plus grand des malheurs, un autre homme lui était promis ? Non, cela lui paraissait impossible point dans l'immédiat. Pourquoi diable Eydis s'amuserait-elle à les réunir pour mieux exiger leur preste rupture ? Insensé. Sa voix s'éleva presque religieusement, comme par crainte qu'une déité ne les entende.


    « Je comprends que tu juges cela impossible... Je veux dire... » Elle sembla presque prendre un discours similaire au sien, mais opina négativement du chef en se tournant vers lui. « N'allons pas trop vite en besogne. Ne penses-tu pas que nous nous sommes fait suffisamment de mal pour ce soir ? Nous ne sommes pas aveugles, nous savons tous deux ce à quoi nous nous exposons en orientant notre relation en ce sens. Est-ce réellement nécessaire de saupoudrer notre ivresse par de funestes supputations ? »

    Elle l'affubla d'un regard presque prostré, déjà victime de la ferveur de ses sentiments qui, désormais exprimés, n'auraient de cesse de se faire justice. Peut-être se découvrirait-elle une nouvelle physionomie jusqu'alors ignorée, celle d'une amante envieuse d'exclusivité et d'attentions ? A quoi pouvait bien ressemble une princesse amoureuse ? Ils ne tarderaient certainement pas à trouver la réponse, mais que pouvait-on espérer d'une jouvencelle passionnée de nature si ce n'était une totale dévotion à ses émotions. Elle l'observa, baigné dans un halo de clarté sélénite, et sût que même avec toute la résolution de la contrée, jamais elle ne pourrait renoncer à lui. Seulement, ce fait lui paraissait avéré ainsi cloîtrée dans l'intimité du boudoir, qu'en serait-il face aux lorgnades létales de ses pauvres parents s'ils venaient à faire incursion dans leur idylle ? Cette pléiade d'interrogations, de doutes, c'était la raison pour laquelle elle refusait de s'adonner à toute conjecture, pas tant que tout son être ne désirait que d'époumoner sa convoitise. Tant outrageantes était leur attitude commune, cette promiscuité apostate à leurs titres, pourtant unique source d'inspiration actuelle. Comme si elle était sur le point de le perdre, Izhelindë revint à lui, agrippant son faciès de ses mains et son regard de sa supplication.

    « Je t'en prie, ne parlons pas de cela. Prend moi dans tes bras... »

    La naïade vint conjurer la volupté grondante qui la consumait en le bâillonnant d'un nouveau baiser. Lancée dans sa fougue – accrochée à même le cou du chevalier – elle l'obligea à reculer de quelques pas. Cependant, un tiers élément se trouva sur leur trajectoire : les jambes de Dreann furent accueillies par l'impromptue présence d'un divan sur lequel le couple bascula. La jeune femme ne put retenir une sèche inspiration, surprise par la chute, avant de se réceptionner sur le corps charpenté qui se positionna sous elle. Sujette à l'incompréhension, elle redressa son visage pour plonger dans le regard de l'adonis, se laissant ensuite aller à une hilarité qu'elle s'efforça d'étouffer de sa main au risque d'avertir d'hypothétiques sentinelles qui traverseraient le corridor au même instant. Presque inconsciente de cette suggestion sybarite que leurs anatomies ainsi ajustées évoquaient.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Mer 28 Mar 2012, 15:29

Dreann songeait: et si, poussée par les mots qu'il venait de prononcer, la Princesse choisissait finalement de se dérober à lui ? À ce qui les unissait ? Pourrait-il seulement l'accepter ? Il en doutait, bien qu'il était celui qui l'appelait à faire appel à sa raison avant qu'ils ne s'engagent tous deux dans une voie où faire demi-tour serait difficile sinon impossible. L'amour le rendrait-il égoïste ? En tout cas, il s'en voulait presque maintenant de lui avoir posé la question qui risquait de mettre à mal ses propres espérances. Pendant le court laps de temps qui sépara son interrogation et la réponse que vint lui apporter Izhelindë, le chevalier eut tout le loisir de s'imaginer cent fois peut-être les mots que la belle alignerait pour exprimer sa résignation face à cette décision qui s'annonçait lourde de conséquences. Pourtant, les mots qu'elle prononça furent tout à fait différents de ce qu'il avait craint et, si elle se refusait à s'abandonner tout à fait comme, au fond, Dreann l'eut désiré, elle ne fit pas mine de reculer pour autant. En fait, elle se refusait tout simplement à en parler vraiment, arguant que l'un et l'autre savaient vers quoi ils allaient et qu'il n'était pas utile de gâcher l'instant par des suppositions qui les mèneraient, Dreann n'en doutait pas plus qu'elle, vers des considérations bien plus terre-à-terre que ce à quoi ils aspiraient tous deux maintenant. L'air presque anéanti qu'elle arborait maintenant enleva le peu de réticence que pouvait encore avoir Dreann.

« - Tu as raison ... » dit-il, ne montrant plus aucune volonté.

Izhelindë ne semblait vouloir vivre que pour le moment et Dreann ne semblait pas moins disposé qu'elle à procéder ainsi. Alors qu'il voyait bien cette inclination qu'il avait à s'abandonner tout à fait au seul instant présent, il se refusait à penser qu'ils ignoraient les problèmes à venir. Ne pouvait-on pas se dire qu'ils arriveraient bien assez tôt pour ne pas avoir à s'en soucier, au moins cette fois ? Ou bien peut-être était-ce la facilité qu'ils choisissaient maintenant, peut-être était-ce plus simple de rejeter les problèmes pour mieux ne pas en voir ce qu'impliquait la réalité ? En fait, il se rendait compte que, au contact d'Izhelindë, sa nature changeait ou, plutôt, s'exprimait bien différemment que dans les situations qui composaient ordinairement son quotidien. Au final, il n'avait jamais connu pareil sentiment qu'à ce moment-là et, s'il semblait qu'il était moins prompt à écouter sa raison qu'à l'accoutumée, il se plaisait à penser que cela n'était qu'un autre aspect de lui-même qu'il découvrait. En tout cas, il ne s'en plaignait pas ... pour l'instant du moins. Enfin les mains de la princesse vinrent encadrer le visage du chevalier. Elle prononça quelques mots, le suppliait de la prendre dans ses bras. Comment dire non ? Il n'en eut de toute façon pas l'occasion, la jeune femme l'empêchant de prononcer quelque mot que ce soit, le lui interdisant par un nouveau baiser. Ce nouvel assaut, bien plus suave que tous ceux qu'il avait connus auparavant, contraignit cependant le jeune homme à reculer de quelques pas. Bientôt alors, ils chutèrent en arrière. Dreann ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Il y a un instant à peine il se tenait debout, Izhelindë accrochée à son cou, et les voilà maintenant étendus de tous leurs longs sur un des sofas dont la pièce était occupée. Sous l'impulsion de la Princesse, ils avaient en fait tous deux basculer en arrière, finissant leur course sur un des divans de la Reine Octavia. Si Dreann avait l'air presque confus, Izhelindë, elle, semblait y trouver une source d'amusement. Les yeux dans ceux de son aimée, Dreann esquissa un sourire en constatant l'hilarité cette dernière.

« - Chut, il ne faudrait pas qu'on t'entende et qu'on nous surprenne ainsi ... » lâcha Dreann dans un souffle, les yeux rivés sur la porte du boudoir comme si c'eut été une façon d'empêcher quiconque d'entrer.

Conscient de la vanité de cette tentative désespérée d'empêcher quelqu'un de briser leur isolement par la seule force de son regard inquiet, Dreann ramena son attention vers la jeune femme qui tentait toujours d'étouffer son rire et, comme à chaque fois que ses yeux retrouvaient les siens, il ne pouvait s'empêcher de remarquer encore et encore à quel point elle était apparaissait suave à ses sens. Tout chez elle contribuait à le rendre un peu plus fou, un peu moins aride. Était-elle parfaite ? Il n'en doutait pas et quand bien même ce ne fut pas le cas il était prêt à nier tant elle affolait ses sens. D'ailleurs, la situation dans laquelle ils étaient maintenant ne faisait rien pour la lui rendre moins désirable, au contraire ... Il ne le remarqua pas d'abord, mais avoir fait remarquer à quel point il était risqué qu'ils soient surpris ainsi lui en avait fait prendre conscience. Ainsi, son corps pressant le sien sans plus qu'aucun espace n'ai cours entre eux, il eut été inimaginable qu'aucune image ne lui vînt à l'esprit. Il chercha à s'en débarrasser d'abord, un peu surpris par ce qu'elle éveillait en lui, sans grand succès. Alors, priver de toute solution viable, ses lèvres vinrent à nouveau se joindre à celles de la princesse, l'empêchant par la même occasion de rire plus longtemps. S'il crut faire disparaître quelque envie que ce soit en l'embrassant, il se trompa lourdement. Avait-il goûté meilleure chose avant cela ? Non, certainement pas. Il avait connu des femmes par le passé, mais aucune pour qui à la fois son cœur et son corps s'emballaient autant. Conscient de ce vers quoi il se dirigeait sans pourtant avoir l'intelligence de se réfréner, Dreann fit durer ce nouveau baiser tandis que ses mains vinrent reprendre l'incandescent ballet qu'elles avaient entrepris plus tôt: l'une se plaça dans les cheveux d'Izhelindë tandis que l'autre semblait filer le long du corps de la jeune femme, s'arrêtant tantôt sur ses hanches pour mieux reprendre son périple quelques secondes plus tard. Alors que ses lèvres se détachaient de celle de son aimée dans l'intention de s'aventurer le long de son cou, l'évidence le frappa. Il recula brutalement sa tête et dit:

« - Je ... je suis désolé. » dit-il, murmurant presque.

Ses mains cessèrent tout mouvement tandis qu'il réalisait vers quoi son seul désir les amenait. Était-il stupide ? S'il avait pu accuser Izhelindë de l'avoir emmené avec elle dans une voie qu'il se refusait à suivre, il craignait maintenant que les rôles ne se soient inversés: il était évident que ce à quoi son être tout entier aspirait à ce moment ne pouvait être qu'un doux rêve, une vaste utopie. Il savait pertinemment que cette voie-là, Izhelindë ne la connaissait pas et n'était pas amené à la connaître, pas dans ses bras en tout cas. Il avait voulu fuir les obstacles qu'ils risquaient de rencontrer, pensant qu'aucun d'eux ne se présenterait immédiatement, pourtant il apparaissait maintenant qu'ils avaient été rattrapés plus vite qu'ils ne le pensaient par la réalité. Passant une main dans ses cheveux, Dreann, un peu gêné, s'aventura:

« - Ce n'est pas raisonnable ... »

Raisonnable. Le mot revenait, encore, toujours, qu'importent les efforts du chevalier. Cette fois pourtant, Dreann craignait qu'ils faisaient face à un obstacle infranchissable. Il en était même certain.

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Jeu 29 Mar 2012, 16:06

    La discrétion, voilà bien un domaine pour lequel la jeune femme n'avait pas été érigée. Connue et reconnue pour sa fougue emphatique, se terrer dans le voile de l'obscurité n'était d'ordinaire pas un procédé qu'elle aimait à utiliser. Pourtant, elle savait pertinemment qu'elle se devrait de se faire plus circonspecte qu'elle ne l'eut jamais été, il en allait du bien-être de leur relation, mais avant tout de la vie du chevalier. Que médirait-on à son sujet si, par malheur, leur liaison venait à être découverte sous des accès bien moins solennels que ne l'exigerait l'éthique ? La pendaison haute et courte dans le meilleur des cas, l'incarcération dans les geôles du palais en guise d'alternative à moins que le souverain ne soit d'inspiration miséricordieuse. Le risque n'avait été jusqu'alors qu'une source intarissable d'existence, le divin tracé de la rédaction de son roman, et alors même qu'elle illustrait sa demeure comme monotone, elle y découvrait maintenant une odyssée sans guère d'égal. Elle n'avait qu'une folle envie : époumoner son bonheur sous tous les toits, des plus cossus aux plus miteux, pour que nul citoyen ne soit ignorant des merveilles qu'elle découvrait depuis quelques instants. Astreinte pourtant à retenir un rire innocent, les prunelles également rivées sur l'huis close pour accompagner le regard du blasonné, elle savait sa lubie aussi insensée qu'impossible, mais se permettait de rêver tant qu'elle le pouvait encore. On ne prenait conscience de la préciosité d'une chose que trop tard, trop souvent lorsqu'on ne la possédait plus. Elle ne voulait pas être de ceux-ci, marginale et sauvage, elle voulait préserver cet avantage qui faisait d'elle une princesse à part, sans devancière assimilable. Profiter encore un peu des délicates effluves de son adoré, de la chaleur de son épiderme et de l'incandescence provoquée par ses caresses. Juste un peu. D'avantage dans ses bras. Un voeu dépuré lorsqu'il attrapa ses lèvres dans un viol délectable, faisant immédiatement omettre l'hilarité nouée dans son gosier pour lui inspirer bien d'autres émotivités.

    Serait-elle capable de se disjoindre à cette étreinte labiale, de ne pas se la remémorer toute la nuit durant lorsqu'elle se loverait dans ses draps de soie ? Elle doutait être en mesure de trouver un sommeil serein une fois qu'ils se seraient quittés, son être tout entier envahirait son esprit et seule une ambition l'animerait : celle de le revoir dès l'éveil de l'aube. Soudain, un frémissement l'empêcha de poursuivre toute conjecture lorsqu'elle sentit l'émissaire du désir lui dévorer l'échine jusqu'aux creux de ses reins. Son souffle trembla entre deux baisers, traitre soupir à une concupiscence inopinée et prohibée mais pourtant bien présente. Sa pureté et tout ce qu'elle représentait, délicieusement agressée par une attraction traduite en gestes manifestes quoi que mesurés. Aurait-elle la présence d'esprit de ne pas sombrer dans une luxure jusqu'alors ignorée, outre ce fait, était-elle même prête à franchir une lisière encore jamais imaginée ? Il lui fut impossible de spéculer sur le futur de ses réactions – ou sur une hypothétique crise de lucidité – alors qu'elle était happée en pleins tumultes de nouvelles sensations toutes plus addictives les unes que les autres. Si ses mains ne furent pas les actifs acteurs du stupre, ce que leurs consoeurs masculines occasionnaient n'étaient que témoins exhaustifs d'une situation appréciée. Peut-être n'était-elle que sotte, aveugle des conséquences qui pourraient découler de leur attitude - et plus subjectivement – de la position dans laquelle elle les avait mis. Leur embrassade fut soudainement interrompue par un changement d'orientation, son cou devenant la cible vivante de sulfureux assauts qui lui firent perdre toute réalité. Mais à peine grisée, elle soubresauta lorsque Dreann s'éloigna comme pris d'un réflexe retrouvé. Elle comprit presque simultanément à lui la gravité de leurs actes et vers quelle destination les mènerait leur extase s'ils ne s'y dérobaient pas avec volonté. Izhelindë se redressa alors, chassant les sinuosités capillaires qui lui chatouillaient la physionomie en même temps qu'elle s'embarrassait de son ajustement corporelle. A califourchon sur l'adonis, elle n'était pas convaincue que la suggestion ainsi faite ne les aide à pacifier leurs jeunes ardeurs. Pourtant, de longues secondes d'inertie s'écoulèrent avant qu'elle ne prenne réellement conscience des circonstances et ne réagisse. Pouvait-on dire qu'il était plus tenté qu'elle ne l'était, pour avoir d'ores et déjà connu l'ivresse charnelle contrairement à elle ? Elle n'en était pas certaine, elle n'avait guère le droit de l'affubler de toute la faute. Quand bien même, elle se retira de son contact en balbutiant gauchement.


    « Par... Pardon... Non, c'est moi... Je suis navrée... Enfin... Ce n'est pas... Ce n'est rien... »

    Ridicule était l'adjectif qui lui sied le plus, alors qu'elle était à présent debout à quelques pas du divan qu'ils n'avaient pas épargné de leurs poids additionnés. La sylphide se racla discrètement la gorge en partant en quête de sa contenance égarée, sans guère être en mesure de la retrouver. Le simple fait qu'elle n'ait point réagi autrement que positivement à ses initiatives la laissait pantoise, curieuse quant à la raison qui lui faisait absoudre toute retenue même substantielle à ses côtés. Néanmoins, tous deux savaient que ce à quoi ils avaient harmonieusement songé était plus qu'un innocent détail, symbole de toute une valeur dont ne jouirait – théoriquement – qu'un seul et unique homme. Le plaisir ne devenait qu'une notion subsidiaire, l'appartenance à un époux était autrement plus emblématique qu'elle n'était que l'héritier légitime du royaume. Si on ne pouvait parler d'adultère sans qu'il n'y ait de fiancé reconnu, une défloration non maritale resterait inique, indigne à son rang. Injuste vérité lorsqu'elle observait Lucius au côtoiement de ses innombrables concubines, sans qu'elle ne puisse avoir la vanité de l'imiter. Devait-elle y voir un nouveau défaut à sa condition de femme ? Ou bien, n'était-ce qu'une opportunité de révolutionner un protocole qu'elle n'avait jamais eu de cesse à maltraiter ? Les membres de la famille Hardansson n'étaient pas immaculés de tout péché, l'on taisait les frasques d'ancêtres ayant donné lignage bâtard, sans pour autant les omettre totalement. La question quant à leur propre situation se poserait en temps et en heure, tout ceci était encore trop précipité pour la damoiselle qu'elle était. Par ailleurs, elle percevait là une évidence, celle que leur intimité avait peut-être suffisamment perduré pour ce soir. Non allégée de sa gêne, la dryade prit la direction des portes pour vérifier – après avoir tendu l'oreille – que nulle personne ne se trouvait au revers.

    « Nous devrions y aller... Je suis exténuée par tous ces rebondissements. Profitons que la voie soit libre. »

    Izhelindë patienta que le jeune homme la rejoigne avant que ses phalanges n'enserrent la poignet. Cependant, ses prunelles eurent promptement fait de lui sublimer ce faciès, une fois encore. Elle l'observa un instant, ne résistant pas à lui voler un ultime baiser en veillant, non sans amusement, à le surprendre dans son assaut. Ses mains se nouèrent à sa nuque, le contraignant à s'incliner vers l'avant pour mieux abuser de la suavité de ses lèvres. A la suite d'un long moment baigné de tendresse, elle brisa leur lien pour plonger dans les abysses de son regard. Son pouce dessina le pourtour de ses lippes, puis elle à son intention initiale en ouvrant l'huis pour y glisser sa tête. Après authentification de l'absence d'une tiers personne, la princesse sortit du boudoir pour reprendre le chemin de ses appartements. Comme si la clarté retrouvée des flambeaux lui faisait retrouver la réalité, elle avait l'indicible sensation que tout n'avait été qu'un doux songe dont elle venait de s'extirper. Néanmoins, il était là, présent à ses côtés pour l'accompagner jusqu'au dernier mètre. Elle sût que ce ne fut pas seulement un rêve. Puis, ils parvinrent – bien trop rapidement – jusqu'aux portes de sa chambre, devant laquelle sommeillait toujours le garde en faction appuyée contre sa lance. Réprimant un ricanement, la princesse échangea une oeillade amusée avec Dreann, avant de s'aventurer dans une interrogation qui méritait d'être posée.

    « Nous revoyons nous à l'aurore ? »

    Implicitement, elle se demandait si son chaperon désirait préserver ce titre, et donc, continuer de veiller sur elle en dépit de son indocilité.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: La Disgrâce des Etoiles sous l'Exil de la Lune ~ [ Terminé ]   Ven 30 Mar 2012, 14:23

Revenu à la réalité, Dreann souffrait intérieurement, presque pris de panique: à découvert maintenant, revenu à la réalité, il était comme sous une nuée de flèches, acérées, prêtes à frapper, à le transpercer de part en part. Ainsi, il avait l'impression qu'en brisant ce moment qui pourtant ne pouvait les mener nulle part car stérile, il s'était lui-même arraché ce souffle de vie qui lui avait tant manqué jusqu'alors ... et pourtant ... et pourtant ne valait-il pas mieux, entourés qu'ils étaient par les problèmes à venir, lointains peut-être mais dont pourtant il devinait déjà la teneur comme s'il eut s'agit de centaines de paires d'yeux qui le guettaient à travers obscurité, ne valait-il pas mieux, au final, se l'arracher eux-mêmes, cette chose qui faisait battre leur cœur à la même cadence ? Alors, ils mourraient certes, mais au moins, peut-être, en souffriraient-ils moins ? Abandonner cette harmonie aussi douce que leur folie, aussi trompeuse que les tourments qui, bientôt, les emporteraient ? Dreann n'avait jamais été de nature optimiste, ce qui ne l'avait jamais empêché d'agir pourtant. Cette fois, pouvait-il prendre le risque ? De sa vie il n'avait tiré que de larges cicatrices qui le tiraillaient encore souvent. Certaine, la mort de Léonie, avait failli être mortelle comme l'aurait été une épée en plein cœur. La perte d'Izhelindë, il le savait, le ferait plus souffrir encore que si on le lui arrachait. Quel prix était-il prêt à payer ? Il ne parvenait pas à savoir: rien, ou tout peut-être ... Comme elle, il jouait plus que sa propre affection: derrière eux pesaient des siècles de preux chevaliers, de noms glorifiés, de guerres remportées. Pouvait-il se permettre d'être celui qui, par sa faiblesse et son amour pour une femme qu'il ne pouvait avoir, mettrait un terme à tout ça ? Non. Et si la réalité était douloureuse, le simple fait d'avoir à s'arrêter là lui paraissait pire supplice encore et déjà son être et son âme appelaient d'un même élan à ce qu'il reprenne sa course folle sur ce corps qu'il devinait réceptif. Il s'y refusait, évidemment, d'autant que la Princesse, maintenant à califourchon sur lui, se perdait en excuses maladroites.

« - Non, c'est moi. » dit-il simplement, trop honteux lui aussi pour se perdre en palabres dont il savait de toute façon qu'elles ne trouveraient guère d'écho.

Se redressant un peu, il suivit du regard la jeune femme qui, au moins tout aussi gênée qu'il ne l'était lui-même s'était maintenant vivement éloigné. Il ne l'en blâmait pas, au contraire. Espérait-il secrètement que cela fût pour elle aussi douloureux que pour lui ? Peut-être. En tout cas, il se rassurait: au moins n'était-il pas assez bête pour l'entraîner dans cet élan concupiscent qui, maintenant qu'il n'avait plus son corps si près du sien, ne lui évoquait qu'un profond dégoût, mêlé évidemment à cette honte qui ne faiblissait pas. S'était-il déjà montré si entreprenant par le passé ? Jamais, et il ne se soupçonnait pas d'en être seulement capable. Ce n'était pas digne d'un chevalier, pas digne de lui, qu'importe si Izhelindë eut été la plus infortunée des indigentes. À cet instant les images, il songea à sa pauvre sœur: que n'aurait-il pas fait pour empêcher quelqu'un de se livrer aux mêmes gestes que lui plutôt ? Alors qu'il avait déploré l'injustice de leur situation, il songeait maintenant que lui-même aurait jugé cette histoire grotesque s'il n'en eut pas été l'un des principaux concernés. Combien de fois s'était-il assuré qu'aucun homme indigne de sa cadette ne s'approche trop de cette dernière ? Aujourd'hui, voilà qu'il était cet homme qu'aucun transport ne mènerait nulle part. Perdu dans ses pensées, il ne revint à la réalité sombre du boudoir tout aussi obscur au moment où Izhelindë ne se soit retrouvée près de la porte. Lui était toujours à demi allongé sur le sofa, considérant la jeune femme. La seconde d'après, elle lui suggérait que c'était le bon moment pour se séparer. Dreann fronça les sourcils - cela ne se vit pas. Voulait-il la laisser s'en aller, lui ? Non, pas le moins du monde, et qu'importe qu'ils ne puissent rien se passer, sa seule présence le rassasiait plus qu'il ne le méritait selon lui. Pourtant, il se refusa à quelque discussion que ce soit:

« - Tu as sans doute raison. » dit-il d'abord. Puis: « - Cependant ... il faudra bien que l'on parle. Pas demain, ni même dans une semaine, mais il le faudra. »

Dreann ne précisa pas de quoi, pourtant il savait que celle qu'il aimait n'aurait pas de mal à saisir la portée de son propos. En tout cas, lui se refuserait à la suivre davantage s'il sentait qu'elle niait la gravité de la situation, bien que cela n'empêchait pas qu'il y trouvait des sensations tellement plus agréables, non, sublimes qu'il consentait à ne pas les gâcher d'abord, comme l'avait suggéré Izhelindë. Pourtant, il souhaitait qu'elle sache que, tôt ou tard, il leur faudrait rompre cette entente qui les propulserait tout droit dans des affres auxquelles ni lui ni elle ne désiraient avoir à faire face, il le savait pertinemment. Dreann se redressa totalement, puis se leva du divan. En attendant que le moment fatidique, il fût temps pour eux de quitter cet endroit qui les avait vu se déchirer puis s'aimer aussi. Rejoignant la Princesse qui l'attendait près de la porte, le chevalier songea qu'au-dehors quelqu'un les surprendrait peut-être et une légère inquiétude vint poindre au moment où la jeune femme enserra la poignée de la porte. Il l'oublia tout à fait quand, l'instant d'après, Izhelindë vint rapprocher son visage du sien, l'embrassant, l'embrasant encore. Plusieurs longues secondes qu'il apprécia d'autant plus qu'elles lui semblaient être comme celles qui, sur les remparts, précédaient le combat à venir: les quelques secondes avant la Nuit froide, l'horreur. Puis, ses lèvres se séparèrent une énième fois des siennes et il sentait maintenant la délicatesse d'Izhelindë sur son visage. Il lui sourit, et elle ouvrit la porte: ils quittaient cette bulle qui s'était créée hors du temps, au grand désarroi de Dreann.

Il avançait maintenant derrière elle. La lumière agressive des flambeaux avait remplacé celle plus douce de la Lune. Sans un mot l'un pour l'autre, ils avancèrent vers les quartiers de la Princesse. Il appréhendait le moment de la laisser et il ne fermerait pas l’œil cette nuit, il le savait. Bientôt ils arrivèrent à l'endroit où leur séparation pour la nuit serait définitive. Le garde sensé surveiller la porte de la Princesse ne semblait avoir aucun problème à trouver le sommeil, lui. Dreann leva les yeux au ciel en constatant cela, puis il s'approcha d'Izhelindë dont les quelques mots avaient fait émerger quelque peu le soldat qui, craignant sans doute la réaction de son supérieur, tenta de faire comme si de rien était et se remit à son poste le plus sérieusement du monde. Dreann sembla l'ignorer, pourtant il savait que les oreilles du garde n'étaient maintenant plus si innocentes qu'elles ne pouvaient l'être l'instant d'avant. Résigné, le jeune homme répondit finalement à sa "protégée" d'un ton qu'il aurait souhaité éviter ce soir:


« - Oui, Ma Dame. » lâcha-t-il, assez bas tout de même pour que ses mots ne se perdent pas trop loin, sans oser pourtant paraître trop familier.« - Cependant, j'ai bon espoir que Sa Majesté ne m'envoie bientôt à la poursuite de cette Tanith dont vous avez peut-être entendu parler. Quoi qu'il en soit, votre protection sera sans doute confiée à quelqu'un d'autre. » Il laissa un court silence, laissant le temps à Izhelindë de prendre la mesure de ses propos, puis: « - Enfin, je vous souhaite une bonne nuit, Ma Dame. »

Puis, ces quelques mots prononcés, il tourna les talons non sans un regard menaçant au pauvre soldat. Prononcer ces quelques mots avec tant de formalisme lui avait coûté énormément, pourtant c'était la clé qui leur permettrait de donner l'illusion: il n'était pas question qu'aucune rumeur ne se propage à leurs sujets, cela était bien trop risqué. Ainsi Dreann avait endossé pour la première fois son habit d'amant de l'ombre: il espérait maintenant que celui-ci ne finirait pas par trop lui peser. Enfin, il s'éloignait maintenant.

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