Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 You must know life to see decay [Lundre]

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: You must know life to see decay [Lundre]   Jeu 08 Mar 2012, 20:07



    La paume effleure l’écorce, chaude et rugueuse contre la peau et le regard du sorcier se profère au loin. A ses pieds s’étend une rivière, au remous changeant selon son humeur. Pour l’heure il est calme et l’on voit les poissons ondoyer entre les pierres grosses comme des poings. Le givre marque le bord de la berge, signe que les matins sont encore froids ici et que les rayons du soleil ont grand mal à traverser l’épais feuillage des arbres. D’ailleurs l’herbe craque encore sous le pas, mais cela ne rend pas le voyageur méfiant. Il ne cherche pas à se dissimuler, pour une fois. Reprenant son souffle, il se penche pour prendre un peu d’eau au creux de sa paume et se rafraîchir. Il y a bien une gourde qui pèse sur son épaule depuis le début, mais tant que les ressources sont à portée de main il est hors de question d’aller puiser dans les réserves. Prudence toujours.

    « On ne devrait plus être très loin. Quelques minutes au plus. » Il redresse le nez, plisse les yeux et se tourne en direction de son compagnon de voyage. Ils marchent depuis quelques heures maintenant, mais rien n’a su faire quitter sa tranquille assurance à Lundre. Lunaire à son habitude, le nez au ciel plutôt que là où il pose les pieds, il se croit immunisé de tout danger. Pour cela, Madwyn préfère ouvrir la marche. Ca et le fait qu’il soit le seul à connaître l’endroit où ils doivent se rendre. L’idée de la ballade est la sienne et à dire vrai, il ne sait pas encore pourquoi il en a monté le projet. Mais lorsqu’il est venu ici pas plus tard que la veille, et qu’il a vu de ses yeux le nid abandonné, il s’est persuadé que l’information devait être partagée.

    « Comme je t’ai dis, je suis resté caché pendant un bout de temps mais je n’ai pas vu signe de la mère… » Il ne finit pas sa phrase, tous deux savaient qu’une femelle en train de couver n’abandonnerait pas son nid plus de quelques minutes, mis à part pour se nourrir. La nature était impitoyable, comme il se devait pour maintenir l’équilibre. Mais on pouvait noter parfois quelques exceptions. Madwyn aurait cuit les œufs sur une pierre avant de connaître Lundre. « Je n’y ait pas touché. »Ahana-t-ils alors qu’ils avançaient toujours dans la végétation. Il aurait pu, et les ramener directement à la fauconnerie mais il n’était pas coutumier avec les précautions à prendre pour de telles choses. Et s’il ne se trompait, ces volatiles là vaudraient leur pesant d’or.

    « Là tu vois ? » Il pointa du doigt un arbre parmi une centaine, certain que le sorcier qui l’accompagnerait repérerait du premier coup d’œil ce qu’il lui indiquait. Il avança le buste, penché au dessus du courant d’eau. Puis d’un seul coup une motte de terre céda sous son pied et il plongea tête la première dans la rivière. Le froid le saisit immédiatement et il avala une gorgée qui lui resta en travers de la gorge. Surgissant à nouveau des flots, il revint sur la terre ferme avec plus de précautions, tâtant d’abord du pied l’endroit où il se posait. Avec le poids de l’eau, il avait l’impression d’être dix fois plus lourd, mais ce qui l'enrageait le plus c’était que l’ensemble de ses provisions avaient prit l’eau. Prudence tu parles !

    « Tu as vu au moins ? » Lança-t-il avec un peu d’humeur, repoussant toute tentative d'aide, plus parce qu’il était fâché contre lui-même que parce qu’il avait quelque chose à reprocher au fauconnier. « Mordiable ! La carte est fichue ! »

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Lundre Soleren

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MessageSujet: Re: You must know life to see decay [Lundre]   Dim 11 Mar 2012, 23:45

Le fauconnier gardait les mains dans les poches. Tant qu'ils étaient immobiles, qu'il attendait que Madwyn aie fini de boire, il pouvait se permettre de promener autour de lui un regard tranquille. Bientôt, le printemps. Il serait plus agréable de se promener dans la forêt de l'Eveil, et il pourrait y faire quelques rapides excursions afin de repérer d'éventuels nids, ou simplement d'observer le vol des oiseaux. Il n'aimait pas l'idée de briser des familles d'oisillons, d'interrompre le cours naturel des choses quand il n'avait pas à s'en mêler. Bien sûr, les choses étaient un peu différentes avec les oiseaux qu'il élevait. Jamais il n'aurait laissé un premier né se débarrasser des autres oeufs d'un nid comme c'était parfois le cas à l'état sauvage. L'idée que des frères puissent se battre lui donnait la nausée, la chose était compréhensible. Aider ses oeufs à éclore, prendre soin de tous les volatiles qu'on lui apportait et s'arranger pour qu'ils grandissent harmonieusement étaient les seules transformations qu'il s'accordait à faire. Il prenait soin des oiseaux et à leur manière ils prenaient soin de lui en lui rapportant de quoi vivre et en lui témoignant des marques d'affection. A supposer que les oeufs soient encore viables, il pourrait s'occuper de ces oisillons à venir. D'après Madwyn, ce ne seraient pas des coursiers. Ce qui n'empêcherait nullement Lundre d'en prendre soin avant de les vendre à quelque notable des environs. Avec un peu de chance ...

Il suivit docilement Madwyn qui se remettait en marche, en se contentant de hocher régulièrement la tête. La perspective que les oiseaux soient en mauvaise santé le rendait nerveux. Si les sous-bois n'avaient pas été si épais, il y serait allé à cheval. Mais le terrain était difficile, il aurait peut-être mis plus de temps. Bon marcheur lorsqu'il le fallait, Lundre savait que suivre Madwyn ne serait pas un problème. Sa besace ballottait sur son flanc au rythme de ses pas, tout comme l'épée qu'il n'avait pris que pour rassurer son frère. Il hocha la tête avec un sourire en entendant le sorcier dire qu'il n'y avait pas touché. Non seulement il pouvait être heureux que le mage ait eu une bonne réaction instinctive -s'il avait touché les petits, la mère aurait senti son odeur et ne se serait plus occupée d'eux- mais Lundre appréciait ce babillage soudain de Madwyn. C'était sans doute la première fois qu'il l'entendait autant parler, et il se gardait bien de l'interrompre.

Le nid fut bientôt visible et le sorcier du cinquième ordre plissa les yeux pour mieux apercevoir l'amas de brindilles. Des oiseaux rares, assurément. Les oeufs étaient peut-être viables, la structure du nid et son emplacement pouvaient les avoir maintenus à une assez bonne température. Il sursauta en voyant Madwyn tomber dans l'eau et s'approcha presque instinctivement, en ne sachant pas vraiment ce qu'il allait faire. Le fauconnier eut un soupir de soulagement en voyant son ami sortir des eaux et lui tendit presque aussitôt la main pour l'aider à se redresser. Ce dont Madwyn n'avait visiblement pas envie. Un peu déçu, il le laissa pester et haussa les épaules en l'entendant se plaindre d'avoir gâché leur carte : ils retrouveraient bien leur chemin tôt ou tard. Après avoir grandi dans la campagne de Perllan et fais bon nombre d'excursions à cheval avec son frère, Lundre se faisait confiance pour retrouver approximativement leur chemin. Peut-être était-il bien présomptueux. En tout cas, il ne s'effrayait pas de l'arrivée d'un prédateur quelconque dans les bois.

«  Ce n'est pas grave. »
annonça-t-il d'une voix douce.

Se mêler à l'agacement du sorcier lui déplaisait un peu. Quelque chose chez Madwyn lui laissait penser que le mage n'avait pas un très bon caractère et il préférait comme toujours éviter toute possibilité de dispute. Ni la carte ni les provisions ne lui semblaient réellement dignes d'intérêt. Madwyn allait bien, c'était le plus important. Ils s'accommoderaient bien. Après avoir traversé les souterrains, se laisser égarer dans une forêt semblait absurde. Prêtant une attention nouvelle aux courants d'air glacés de la forêt, Lundre sortit de son sac la couverture qu'il avait prise au cas où ils mettraient plus de temps que prévu et devraient camper. Il la tendit à Madwyn.

« Enlève ta chemise trempée et mets-ça autour de tes épaules : tu pourrais prendre froid sottement. Allez, ne joue pas les fier-à-bras. » plaisanta-t-il.

Un peu inquiet par le ton qu'il venait de prendre, son ami risquait de ne pas apprécier qu'on lui parle comme s'il était jeune et sans idée, Lundre s'empressa d'adoucir sa voix.

«  On n'est plus très loin, et je crois que les oeufs sont viables. On va essayer de traverser à gué pour aller les récupérer, si tu le veux bien. J'ai encore des provisions, on pourrait faire une pause ensuite avant de repartir. »

Et un bon feu pour qu'il puisse se sécher : l'eau avait l'air un peu trop froide pour ne pas prendre de précautions.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: You must know life to see decay [Lundre]   Mar 20 Mar 2012, 16:30



    Pressant sa cape entre ses poings, Madwyn essayait d’en retirer le plus d’eau possible mais il savait qu’il se fatiguait en pure perte et qu’il aurait à faire le reste du voyage trempé. Ses orteils baignaient eux aussi dans l’eau, ses bottes n’ayant pas résisté à l’immersion malgré la graisse animale dont elles étaient imbibées pour éviter toute infiltration. En résumé il n’y avait pas un seul de ses poils qui soit encore sec. Mais le plus grave pour lui était sans doute de s’être fait avoir comme un baroudeur débutant, alors qu’il se targuait de connaître la nature comme sa poche. Le regard de Lundre lui chauffait la nuque, comme s’il l’eut jugé, alors que le fauconnier était loin de nourrir de telles pensées. Pour preuve, sa voix fluette qui s’éleva quelques instants plus tard et qui marquait sa nonchalance habituelle. L’avait-il jamais entendu s’inquiéter ? Il y avait quelque chose de vraiment singulier chez le fauconnier, mélange de courage –ou d’inconscience- et d’une fragilité latente, qui en faisait un être difficile à cerner. Pinçant ses lèvres, Madwyn haussa les épaules comme pour balayer ses paroles rassurantes. Il ne serait tranquille qu’une fois qu’ils seraient rentrés dans leurs appartements.

    Scrutant d’un œil méfiant la couverture qui lui était tendue, le sorcier voulu d’abord refuser l’aide apportée mais le froid le mordait à travers ses nippes mouillées et l’idée d’avoir quelque chose de sec sur le dos le tentait follement. Le rire de Lundre acheva de le convaincre qu’un quelconque refus aurait été idiot. Retirant maladroitement sa chemise et sa cape, il les roula en boule et les fourra comme il put dans son paquetage avant de s’envelopper de la couverture. La chaleur du tissu calma un instant les frissons qui courraient sur son épiderme mais la sensation de chaleur ne perdura pas. Pour autant, il s’enveloppa plus encore dans le tissu un peu rêche, qui sentait la paille mais qui ramenait également avec elle des effluves propres aux animaux.

    « Pas besoin de pause. » S’entendit-il tout de même rétorquer, alors qu’il longeait déjà la berge à la recherche d’un endroit pour passer à sec. Ce qu’ils trouvèrent après quelques minutes à peine de marche. Retrouver le nid fut encore plus simple, et aux pépiements qui s’échappaient de Lundre, devenue une vraie boule d’énergie, il y avait fort à parier que les oisillons encore enfermés dans leur coquille venaient de se trouver une nouvelle maison, et qu’ils avaient également échappé à la mort. Madwyn se laissa tomber sur une roche, toujours en proie à de désagréables frissons, alors que les œufs étaient soigneusement emballés pour ne pas craindre d’être brisés lors du voyage, mais aussi être tenus au chaud. N’y entendant pas grand-chose en volatiles, le sorcier de deuxième ordre fut bien incapable de s’extasier sur leur origine, mais le sourire et la satisfaction du fauconnier donnaient à sa peine un tour plus charmant. Pour Madwyn, la notion de faire plaisir, comme de service rendu, étaient nouvelle et il s’étonnait encore de ce que l’on eut pu retirer un agrément à contenter un autre.

    « Parfait. Maintenant qu’ils sont en sécurité on va pouvoir rebrousser chemin. Au vu de la hauteur du soleil, nous devrions être rentrés bien avant que la nuit ne tombe. En… En… » Claquant des dents, la vision brouillée, il se sentait soudain peu capable de tenir sur ses propres jambes malgré son poids chétif. Il avait même l’impression d’être toujours sous l’eau, les sons lui parvenant comme s’ils étaient distordus. Ses muscles étaient douloureux, ses pieds ankylosés et il ne parvenait plus à masquer les frissons qui le secouait. Jamais il ne s’était sentit aussi faible. Jamais aussi ne s’était-il comporté de manière aussi stupide. Il aurait fallu qu’il se sèche convenablement avant de penser à retourner arpenter la forêt. Secouant la tête, il se morigéna intérieurement et se força à se mettre debout. Une fois fait il vit des étoiles et s’écroula aussitôt au sol. Inconscient.


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Lundre Soleren

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MessageSujet: Re: You must know life to see decay [Lundre]   Mer 21 Mar 2012, 23:12

Pas de pause ? Bon, d'accord. Apercevant le nid, Lundre eut vaguement l'impression de retomber en enfance ou de recevoir un cadeau. Quoique non, il était plus heureux lorsqu'il voyait son frère obtenir quelque chose et se contentait d'un grand sourire aux lèvres, heureux pour lui. Son état actuel était bien différent. Souriant, pépiant, jacassant, le fauconnier aurait tapé sur les nerfs de bien du monde. Le nid fut bien vite retrouvé et il accepta avec soulagement l'aide de Madwyn pour y accéder. Le sorcier lui faisant la courte échelle, il put grimper retirer les oeufs qu'il plaça dans un mouchoir, puis un autre, et encore quelques autres une fois descendu. Ils allaient être au chaud, ces petits. Il aurait juré avoir senti encore de la vie dans les coquilles tranquilles. Ils vivaient. Ils vivaient ! Ils avaient sauvé trois petit oisillons d'une mort certaine. Une fois rentré à la fauconnerie, il pourrait en prendre soin, s'occuper d'eux jour après jour avec fierté, les voir s'envoler pour la première fois. .. Tous ces instants qui rendaient son métier extraordinaire. Pour peu, il se serait presque jeté dans les bras de Madwyn, tiens.

Le fauconnier se tourna vers son compagnon de voyage et le regarda s'asseoir avec un peu d'inquiétude. Etait-ce une impression ou le sorcier venait réellement de pâlir un peu plus ? Lundre fronça les sourcils. Madwyn lui avait peut-être un peu menti quand il assurait que tout allait bien. En le voyant tomber dans les pommes, il constata que oui, le sorcier l'avait embobiné. Et merde merde merde. Que pouvait-il faire, hein ? Pas question de le ramener à travers la forêt jusqu'à Perllan. D'ailleurs, il n'en était sûrement pas capable. Bon. Il allait commencer par faire un feu, Madwyn avait l'air transi de froid. Respirait-il, au moins ? Inquiet, le sorcier se pencha vers son ami et constata qu'il ne semblait pas y avoir de problème à ce niveau-là. Tout allait bien se passer. Madwyn était un peu surmené. Un peu de sommeil et il n'y paraîtrait plus. D'ici là, Lundre s'occuperait de lui. C'était à cause de lui s'ils étaient dans cette galère, non ?

Le fauconnier réussit à établir un campement sommaire. Habitué aux expéditions en pleine nature, il fut particulièrement fier de voir le feu s'allumer après seulement quelques tentatives. Il avait déjà mis bien plus de temps que cela. Quittant les oeufs mais surtout son ami avec appréhension, il alla rapidement chercher du bois. Nouvelles vérifications. Madwyn respirait, semblait avoir un peu fièvre mais peut-être rien de trop grave. Il enveloppa soigneusement le sorcier dans la couverture, tout en mettant ses vêtements non loin du feu pour qu'ils sèchent. Et maintenant ? Que fait-on dans un cas pareil ? Zut, ça ne lui était jamais arrivé auparavant, une tuile pareille ! Il était toujours parti avec des individus plus débrouillards que lui, ou tout seul avec son cheval et un oiseau sur les épaules. Personne qui ait pu tomber dans l'eau et lui montrer comment il fallait s'y prendre. Tu parles d'un aventurier.

Laisser Madwyn près du feu. Non, pas allongé sur le sol. C'était froid et il risquait de mal respirer. Lundre déposa les oeufs non loin de lui et reporta son attention sur le sorcier. Il ne lui en voudrait pas s'il lui évitait d'attraper la crève, non ? Le fauconnier s'adossa à un arbre et prit Madwyn dans ses bras. Non, il n'avait pas de meilleure idée, là-tout-de-suite. Madwyn allait retomber bêtement sur le côté si on l'appuyait tout seul contre un arbre, et puis, pour sa part, Lundre avait trop faim pour réfléchir. Leur expédition en forêt devenait nulle, là. Il pouvait au moins bouder. S'ils étaient partis à cheval, il aurait pu ramener tranquillement Madwyn. Ils allaient peut-être devoir dormir ici, et il faudrait espérer que l'état du sorcier s'améliore vite. Tiens, peut-être qu'il pourrait tenter d'utiliser la magie pour l'aider ? Lundre plaqua une main sur la joue de Madwyn, Eydis qu'il était froid, et essaya de le soigner plus ou moins.

« Ca a pas l'air de marcher du tout, ces bêtises. » bougonna-t-il.

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Madwyn Dinaflet

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MessageSujet: Re: You must know life to see decay [Lundre]   Mer 28 Mar 2012, 20:56




    Madwyn essayait de se battre contre la torpeur qui l’avalait mais c’était en pure perte. Pour une fois son corps refusait de répondre à ses ordres et il avait l’impression d’être tenu en cage. Ses paupières papillonnèrent, juste le temps pour lui d’apercevoir Lundre penché au dessus de lui. Lundre. Les œufs. Il fallait à tout prix qu’il se relève. Non il ne faisait pas confiance au fauconnier pour gérer la situation seul. Il ne le prenait pas pour le dernier des abrutis mais son côté lunaire lui faisait craindre un manque de prudence qui finirait par lui attirer des ennuis. Il l’avait comprit, certes à ses dépends, qu’il était impossible de s’en remettre seulement à ses dons. Or Lundre, avec son accointance pour les bêtes à poils, était persuadé d’être invincible. Lève-toi. Lève-toi. Se répétait-il. Mais rien à faire, aucun muscle ne voulait se plier à sa volonté. Il sentit qu’on l’agrippait, et sombra dans l’obscurité une nouvelle fois. Lorsqu’il ouvrit à nouveau les yeux, un feu aux flammes timides venait lécher son visage et le réchauffer un peu. Il était toujours dans le même brouillard, bien incapable ne serait-ce que de se relever ou d’avoir la moindre action utile. Transi de froid, il se recroquevilla sur lui-même pour garder un maximum de chaleur. On s’agitait bien à côté de lui mais il ne parvenait pas à fixer son attention. Si une bestiole était passée par là, elle n’aurait fait qu’une bouchée de lui.

    Paupières lourdes, il se laissa balloter à nouveau. Il eut un instant la tête qui tournait, de se retrouver si brusquement en position assise, mais il respirait également mieux, ce qui le soulagea. Il fut surpris de sentir des bras se refermer autour de lui, encore plus quand une main se posa sur sa joue, mais curieusement il ne ressentit pas cette répulsion que faisaient naître les contacts physiques habituellement. Il était à la fois effrayé et dégoûté par toute intrusion dans son espace vital. Mal à l’aise dans la foule, il préférait les lieux calmes et peu fréquentés et souffrait difficilement ‘avoir à serrer des mains ou toute autre démonstration affective du genre. Mais le contact de cette peau contre la sienne le soulagea et calma ses tremblements. Au point que l’agacement de Lundre aurait presque pu le faire sourire.

    « Lundre il faut… Il faut… »
    marmonna-t-il alors que s’imposait à son esprit tout un tas de précautions à prendre pour dormir dans un endroit « exposé ». La petite mécanique dans son cerveau se remettait à calculer et à tout décortiquer. Il fallait un feu plus grand. Il fallait de l’eau. De quoi manger. Rester sur ses gardes. Subitement la main du fauconnier disparut et toutes ses préoccupations s’envolèrent avec. Il agrippa alors le poignet du jeune homme et ramena sa main contre sa joue. Est-ce que c’était le pouvoir de guérison du sorcier qui agissait ? Il voulait croire que oui. Une supplique monta à ses lèvres qu’il n’osa prononcer. Ne pars pas. Ne bouge pas. Reste-moi. Une pensée qu’il voulu imputer à la fièvre. Mais était-ce bien nécessaire ? Pourquoi ne pas s’avouer que ces œufs avaient été un prétexte ? Soupirant il envoya valser des pensées qu’il ne savait construire. Il était sujet à ce qu’il appelait des « crises ». Il se sentait concerné. Inquiet. Curieux. Jullanar. Una. Lundre. Ce drôle de bonhomme qu’était Javeed. Ils avaient tous réussit à percer sa carapace d’une manière ou d’une autre si bien qu’il devait concevoir qu’il serait fâché que quoi que ce soit leur arrive. Et c’était bien la première fois qu’il concevait un quelconque attachement.

    « Lundre. » marmotta-t-il encore alors qu’il peinait à tenir ses yeux ouverts. Il bougea, se lova, se pelotonna contre le torse du fauconnier, les doigts toujours agrippés à son poignet, le visage enfouit dans sa nuque.


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Lundre Soleren

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MessageSujet: Re: You must know life to see decay [Lundre]   Mer 02 Mai 2012, 16:09

Lundre se laissa prendre la main sans mot dire, éberlué. Eh bah ? Qu'est-ce que c'était que ce Madwyn qui prenait des initiatives de ce genre et acceptait un geste qui soit un rien affectueux ? Il ne l'en aurait pas cru capable. Le sorcier avait toujours semblé jusque là être d'une trempe telle qu'il valait mieux éviter de l'ennuyer et suffisamment sûr de lui pour envoyer paître toute manifestation d'un peu d'inquiétude à son égard. Non. Il n'était visiblement pas taillé dans le roc. Son compagnon de voyage resta silencieux et n'osa plus bouger sa main ou se plaindre. Il se contenta d'un soupir étouffé. C'était troublant de s'apercevoir que la personne qu'on prenait pour un modèle de dignité pouvait en fait faillir si facilement. Madwyn avait des défauts et ils le rendaient plus humain encore. Peut-être avait-il senti le fauconnier se crisper sous la surprise. Ah non. Il n'allait pas avoir l'air ridicule devant quelqu'un de moribond, zut ! Lundre préféra écarter de sa tête ce que Madwyn pouvait bien penser en ce moment-même. Il y reviendrait s'il se sentait pousser un peu d'assurance et de courage. Comme avec tous les problèmes qu'il éludait de cette manière, il était parfaitement conscient qu'il jouerait l'autruche une fois de plus.

L'état de Madwyn était stable, n'est-ce pas ? Le fauconnier jeta un regard à son protégé et ne fut absolument pas convaincu par la façon dont le sorcier ballottait. Stable, mon oeil : quoique pété de magie, le sorcier du deuxième ordre ne risquait pas de vaincre la maladie en un claquement de doigts. Et voilà. Ca se permet de bougonner après tout et n'importe quoi, de jouer les héros et ça tombe comme un oisillon incapable de voler chuterait du nid. Lundre se garda de formuler une critique à voix haute. Il n'en voulait pas réellement à Madwyn, même s'il regrettait qu'il n'ait pas fait attention à sa propre santé. L'idée de se retrouver avec la responsabilité d'une autre personne, alors qu'il n'était pas fichu de s'occuper de lui-même et ne réussissait à s'occuper de ses oiseaux que parce qu'ils étaient un rien autonomes, inquiétait le fauconnier. Quelqu'un de fiable, un voyageur aguerri et pas l'explorateur naïf qu'il était aurait su ce qu'il convenait de faire. Faire griller des provisions, chercher du gibier et de l'eau, ou tout simplement rester là à s'occuper du malade selon des gestes que le sens commun et de solides connaissances médicales auraient procuré ? Ca ne devait pas être bien compliqué, pourtant. N'importe qui d'un peu responsable aurait pu s'en charger. Sauf que n'importe qui d'un peu responsable pouvait englober un grand nombre de personnes mais difficilement un fauconnier partant en voyage le nez en l'air et sans grandes précautions.

Si au moins il avait eu un cheval ! Pas de grandes problèmes pour régler tout ça : il aurait hissé Madwyn sur le même cheval que lui, embarqué les oeufs dans son sac et tiré le mors du cheval de Madwyn. Ils seraient arrivés à la capitale avant la nuit. Belle idée qu'une balade à pieds, tiens. Le fauconnier laissa échapper un soupir parfaitement audible : on n'allait pas faire des simagrées, son protégé semblait en trop mauvais état pour s'en formaliser. Et puis tout était de sa faute, zut ! On n'a pas idée de jouer les héros! D'ailleurs ... oh, non. Arrêter de soupirer et se lamenter sur leur situation serait déjà un grand pas. Le sorcier n'était pas mourant, il délirait juste sous l'effet de la fièvre. Rien qui puisse les empêcher de rentrer à la capitale demain, déposer Madwyn entre de bonnes mains et s'occuper des oiseaux. Sans trop s'écarter du malade, Lundre tendit la main jusqu'aux oeufs qui avaient l'air de bien se porter. Il aurait juré qu'il y avait du mouvement dans ces coquilles, suffisamment de vie pour le rassurer sur leur éclosion prochaine. Inutile pour autant de se faire des illusions, il avait tendance à voir partout ce genre de bonnes nouvelles et se retrouver ensuite cruellement déçu. Pour le moment, il y croyait. L'idée qu'ils n'avaient pas fait ce chemin pour rien et que Madwyn n'était pas tombé dans l'eau sans raisons l'apaisait un peu.

Le fauconnier bougonna. Voilà que son petit coeur de grand dadais s'emballait puisque Madwyn venait se lover contre lui. Même Rhewen aurait su agir avec plus de matûrité. Son adolescente de nièce aurait sans aucun doute trouvé ce qu'il fallait faire et aurait pu mettre de côté son trouble. Mais voilà qu'il se retrouvait gêné par l'attitude de Madwyn, pressentant la désillusion à venir lorsque le sorcier redeviendrait un coeur de pierre, dès qu'il aurait retrouvé ses esprits. Dire qu'il aurait bientôt trente ans et qu'il était toujours aussi romanesque. Un cas désespéré.

« Madwyn ? Est-ce que tu te sens un peu mieux ? »
demanda-t-il d'une voix douce mais nerveuse. Et puis non, ça suffisait, il allait agir avec tout le courage dont il disposait. C'est-à-dire pas grand-chose. En de pareilles circonstances, prendre la fuite avait toujours bien marché. « Tu peux rester seul ? Je veux aller chercher de l'eau. » Avec la même douceur que s'il avait du désamorcer un piège pour libérer une bestiole folle furieuse, Lundre recula délicatement sa main. Pas de gestes brusques et tout se passerait bien. Il irait chercher de l'eau et aurait le temps de cesser de rougir d'une manière aussi ridicule. Tout irait bien s'il ne faisait pas de gestes brusques.

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