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 » Maybe we can live like the wild ones

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Solan Runnarth

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MessageSujet: » Maybe we can live like the wild ones    Mer 29 Fév 2012, 16:02

Il fait froid. Solan s'impatiente. Viendra-t-elle ? Il l'espère en tout cas. Pour s'occuper, il contemple la buée qu'il laisse s'échapper de sa bouche, s'élevant vers les cieux avant de disparaître, se mêlant à l'air jusqu'à qu'on ne l'en différencie plus. Tout en s'interrogeant sur le sort tout à fait inexplicable de ces volutes qu'il envoyait mourir les unes après les autres dans le plus grand des silences, Solan essayait de réchauffer ses mains en les frottant l'une contre l'autre. Malgré ça, le froid mordant du matin finit finalement par attirer son attention sur la raison de sa présence ici, à la porte sud de Cathairfal, le poussant inévitablement à pester contre celle qu'il attendait alors: Una. Que faisait-elle ? Il l'attendait là depuis un certain moment, maintenant, et il ne la voyait toujours pas arriver. À cet instant, il se demandait si, finalement, la jeune femme n'avait pas changé d'avis, pourtant il ne put se résoudre à partir. Après tout, si elle avait tant insisté pour qu'il l'accompagne, ce n'était pas pour qu'elle change d'avis le matin du départ venu, pas vrai ? Il soupirait, s'appuyant, dos contre le mur, sur la façade d'une échoppe encore fermée à cette heure, reprenant son petit jeu. Il songeait alors que, peut-être, il lui était arrivé quelque chose depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, il y a quelques jours de cela. Il en avait fréquenté assez pour savoir que la vie dans un bordel n'était pas toujours la meilleure que l'on puisse désirer. Très vite, il chassa cette idée de son esprit. À cet instant, il ne remarqua pas que, pour la première fois depuis une éternité, il s'inquiétait pour quelqu'un.

Lassé à nouveau par son petit manège, Solan porta son attention sur les deux chevaux qui, comme lui, commençaient à s'impatienter par toutes ces minutes d'immobilisme. Il n'avait jamais vraiment monté et ne gardait pas de bons souvenirs des rares fois où cela avait été le cas, pourtant la distance qui séparait Cathairfal de Loch Eydis les avait convaincus, Una et lui, d'opter pour cette la location de deux bêtes relativement coûteuses, mais qui leur permettrait de ne pas se fatiguer, ainsi que d'avancer au rythme de leur choix. Ils avaient estimé à sept jours le voyage jusqu'au Sérail des Dessinateurs, lieu auquel souhaitait se rendre son amie et jusqu’où il avait promis de l’accompagner, aussi bien par souci d'assurer sa protection que pour assouvir sa propre curiosité. Quelque part, il espérait aussi que ce voyage lui donnerait une meilleure idée ce qu'il avait à attendre de leurs retrouvailles. Depuis que le hasard - ou le destin - les avait réunis, ils s'étaient revus quelques fois, pourtant Solan ne parvenait toujours pas à être parfaitement à l'aise avec son amie: il y était très attaché, c'était évident, cela n'empêchait que tout ça n'était pas naturel pour lui. À vrai dire, il avait hésité à se rendre au point de rendez-vous tant il craignait que passer ainsi plusieurs jours avec Una finisse par mettre au jour ce fossé de plusieurs années qui s'était installé entre eux et que, peut-être, ni lui ni elle ne pourraient combler.

Solan bailla, fatigué encore de son dernier contrat qui l'avait amené jusqu'à loin sur la route principale qui reliait la côte à Cathairfail, le long de laquelle il avait été chargé d'organiser et de diriger l'attaque d'un convoi qui rapportait des denrées rares venues d'outre-mer. La mission avait été un succès et l'argent qu'il en avait tiré avait servi à finir les préparatifs du voyage: vêtements, provisions et montures. À vrai dire, il ne tenait pas à être un poids pour Una, ni même être à ses côtés en tant que mercenaire, aussi avait-il fait en sorte de ne pas dépendre d'elle en quoi que ce soit. Solan s'appuya à nouveau contre le mur. Il songea à Loch Eydis. Il n'y avait jamais mis les pieds et, pourtant, il le voyait comme l'endroit le plus magnifique de Lanriel. Il ne savait pas combien de temps il serait amené à y rester; cela dépendrait de Una. Il ne l'avait pas interrogé sur les raisons de voyage et n'avait pas ressenti le besoin de le faire. Il se fichait bien de la réponse, de toute façon, ou du moins elle ne changerait pas grand-chose dans sa détermination toute relative à l'accompagner. Enfin, si elle se décidait à apparaître un jour ... Solan n'était pas du genre ponctuel, cela ne faisait pas de lui quelqu'un de patient, au contraire. Il pesta à nouveau. Devant lui commençait à défiler le ballet des charrettes et autres caravanes de marchandises qui profitaient du fait que la lumière du jour avait chassé le danger extérieur pour commencer leurs voyages vers les différentes contrées du pays. Au milieu de toute cette agitation matinale, il faillit ne pas voir la jeune femme, source de toutes ses attentes et de tous ses désirs les plus immédiats, qui passait devant lui:

« - Te voilà finalement. » dit-il dans le dialecte de leur île. « - Nous nous impatientions. » ajouta-t-il en désignant les chevaux à côté de lui.

Il se détacha du mur qui lui avait servi de support jusque-là, un sourire maladroit sur le visage, l'air encore mal réveillé. Malgré ses inquiétudes, malgré ses hésitations, malgré tout, ils se retrouvaient à nouveau. Leur voyage pouvait débuter.
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Una Syrion

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Sam 03 Mar 2012, 10:03

Una courait à en perdre haleine, ses pieds survolaient le sol et ses foulées s'allongeaient au fil de l'effort qui dénouait ses muscles. Sur ses épaules, elle avait passé un paquetage rudimentaire. La majeure partie de ses affaires reposaient déjà dans les sacoches de sa monture. Ses cheveux défaits, elle riait de la liberté à venir. Il n'avait pas été simple de partir à l'heure convenue. La veille n'avait été qu'une suite de coupes vidées, de badinages tout féminins et d'un peu d'opium pour alléger son départ proche. Dans son regard trainait toujours cet éclat d'hilarité qui ne l'avait pas quitté durant la nuit. Les maisons closes regorgeaient de cette vie que les bons pensants n'approcheraient jamais. A toute allure, elle fendit la foule, le tumulte matinal et savoura la fraicheur ambiante qui colorait ses joues d'un rose pimpant. Les breloques à ses poignets tintaient à chacun de ses sauts. Le froid piquait sa gorge lors de ses respirations. Ils n'avaient pas parcouru une lieue que la soif la gagnait déjà. Ce constat ne l'inquiétait pas toutefois. Au bout de sa course l'attendait sa liberté.

Survoltée, son arrivée ne manqua pas de faire sursauter un ou deux badauds. Les carrioles étaient nombreuses et dans cette masse, elle ne le distingua pas. Il ne lui fallut pas moins de trois coups d'œils pour repérer enfin celui qu'elle cherchait. Un sourire conquis sur les lèvres, elle inspira, chassa quelque poussière sur son habit et le rejoignit d'un pas leste mais plus modéré que précédemment. Son regard passa de son ami aux chevaux et tandis qu'elle s'approchait de la jument qui lui revenait, elle sortit de ses poches, quelques morceaux de légumes glanés avant sa course. Ses doigts se perdirent dans la crinière de l'animal, qu'elle câlinait avec outrance. Dans sa paume, sa monture refermait déjà ses mâchoires sur les gourmandises que la dessinatrice lui présentait. Ravie, elle chassa de sa main libre une mouche qui tournait autour du flanc de la bête et adressa une mimique penaude à son compagnon de voyage.

« - Je m'excuse. Les au revoir ne sont jamais simples entre femmes. J'avais l'impression d'être couvée d'attentions par dix mères et quinze sœurs. Elles m'ont d'ailleurs chargé de t'informer que si le moindre mal m'était fait, tu pourrais dire adieu à leurs largesses et ferait mieux de trouver femme ou d'employer ta main. »

Una se mordit la lèvre avant de pouffer au rappel de cette menace. Ses doigts se refermèrent sur la longe en cuir et elle prit la tête de l'aventure. Elle regrettait souvent de ne pouvoir atteindre certaines régions de Lanriel par le biais d'un bateau. Sa maitrise de l'équitation était bien piètre comparé à son don pour la navigation. Elle profita néanmoins de la cohue autour de la porte sud pour faire quelques pas, les sabots claquant sur sa droite. Le couvre-feu imposé par le roi Hardansson gênait les voyageurs et si la fin du tournoi de son couronnement impliquait le départ de nombreux curieux, cela signifiait également que leur nombre aux portes de la ville augmentait aux premières heures du jour. A voir une telle concentration de gens, Una se demanda s'il était finalement utile de partir à plusieurs. Une fois les remparts passés, elle comprit que oui. Peu à peu, le groupe se dispersa et à l'entrée d'une forêt, Solan et Una n'étaient plus deux à emprunter leur sentier.

La dessinatrice était montée sur Bouton, sa jument, et regardait estomaquée les dégâts subies par la nature environnante. Plusieurs arbres étaient marqués de griffure et quelques branches avaient cédés sous le poids des combats. Elle ignorait que la défense de la cité pouvait être si avancée dans les terres. Pourtant, elle le savait les créatures de la nuit ne connaissait nulle limite. Un frisson la parcourut. Le vent soufflait-il entre les feuilles d'un air plus lugubre ou était-ce là son imagination ?

« - Je n'aime pas ça. Nous devrions nous presser. Dormir dans cette région me paraît périlleux. »

Elle tournait maintenant ses prunelles angoissées vers son protecteur, car c'était bien là l'une des raisons principales à sa présence. Il devait la rassurer et établir leur camps pour chaque nuit à venir. Quant à elle, elle tâcherait de rester en vie et de regarder où poser ses pieds avant de s'élancer bêtement. Le marché était simple. Le dos droit sur sa selle, elle reprit finalement, autant pour chasser ses appréhensions que pour égayer leur voyage.

« - Es-tu déjà allé au lac Eydis ? Cela te plaira. Évidemment, ce n'est pas l'océan. L'eau y est douce et l'on voit ses frontières mais la navigation y est possible. S'il m'est permis, peut-être pourrons-nous emprunter une barque à l'un des pêcheurs de la Fierté de la Dame. Aimerais-tu ? »

Aussitôt, elle chercha sa réponse sur le visage du singulier. Un sourire pointa sur son visage. Elle était heureuse qu'il soit là. Bien des fois, elle s'était invectivée de s'accrocher autant à cet être surgi du passé et d'y puiser du réconfort. Pourtant, elle ne pouvait chasser ce plaisir manifeste de partager cet aventure avec lui, cela devait forcément les rapprocher comme autrefois, non ? Le temps serait leur allié.

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Flotte au hasard : sur quelque plage
Que tu me fasses dériver,
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Chaque rocher de ton rivage
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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Lun 05 Mar 2012, 14:31

Solan afficha un large sourire alors que Una lui faisait part des menaces que ses "mères" et ses "sœurs" avaient proférées à son encontre. Il ne répondit rien cependant, se contentant d'emboîter le pas à la jeune femme qui d'elle-même avait choisi de prendre la tête de leur petite expédition. Au début, ils peinaient à avancer, alors pris dans le flux de charrettes en tout genre qui quittaient la ville. Puis, ils quittèrent l'axe principal et bientôt, ils ne furent plus que tous les deux. Comme Una, Solan n'avait pas manqué de remarquer les traces des affrontements qui avaient eu lieu ici. Le regard posé sur son amie, il comprit qu'elle n'était pas rassurée à l'idée de traverser ces bois, et encore moins d'avoir à y passer la nuit. Lui non plus ne l'était pas. À vrai dire, il connaissait bien ces forêts une fois le soleil couché et il savait qu'il ne faisait pas bon d'y traîner, même accompagné d'une dizaine d'autres soldats suffisamment armés: autant dire qu'avec une jeune et frêle femme, il était encore moins désireux de faire une mauvaise rencontre. Néanmoins, l'inquiétude qu'il lut dans les yeux de son amie l'empêcha de faire part de ses propres tourments:

« - Ne t'en fais pas, il n'y a aucun risque à cette heure du jour et, si nous avançons vite, nous serons hors des zones de combats d'ici la fin de la journée. » dit-il, l'air le plus assuré possible. « - C'est pour ça qu'il nous fallait partir de si bonne heure. Et ne pas arriver en retard. »

Il sourit à Una afin de ne laisser aucun doute sur la légèreté de ses derniers mots. Puis, ramenant son regard droit devant lui, il cessa de penser un instant. Il ne parvenait pas à se détacher tout à fait du danger qu'avait évoqué Una. Quelques heures de voyage suffiraient-elles à écarter tout risque de croiser la route d'un de ces monstres ? C'est ce qu'avait affirmé Solan, mais il savait que ce n'était pas tout à fait la vérité: il n'était pas rare en effet que certaines des créatures se détachent du reste du groupe et, au lieu de converger vers Cathairfal, erraient seules à travers la campagne, parvenant à couvrir parfois plusieurs kilomètres avant que le jour ne vienne les faire disparaître. D'ailleurs, Lanriel n'était pas un endroit sûr: s'ils parvenaient à éviter les monstres, il leur restait à faire pareil avec les animaux sauvages ou les bandits de grand chemin. Bien sûr, il ne préféra rien dire de tout ça à Una, mais le paria savait bien que tout pouvait très vite mal finir et cette vérité tournait et tournait encore dans son esprit, jusqu'à ce que la jeune femme ne lui rappelle sa présence.

« - Est-ce que je peux seulement espérer y échapper ? » demanda Solan en réponse à la proposition d'Una de naviguer sur le lac. « - Tu sembles déterminé à me ramener à l'eau. Peut-être veux-tu m'y noyer ? » Il sourit. « - En tout cas, cela me ferait très plaisir. Si Loch Eydis est si beau que ce qu'on le prétend, il serait bête de se priver d'un tel spectacle, j'imagine. »

Le sourire qu'elle lui adressa ne lui laissait de toute façon aucune autre alternative. De plus, il était assez curieux de la navigation. C'était un des effets secondaires de ses retrouvailles avec Una, sans doute. Inconsciemment, son visage se fendit à nouveau d'un sourire lorsqu'il imaginait son amie lui dire que c'était son sang de pirate qui s'exprimait à travers cet intérêt retrouver. En effet, il avait bien compris qu'elle ne concevait pas qu'un enfant des îles ne puisse pas aller naturellement vers la mer. Elle croyait en la destinée. Lui s'en fichait pas mal, au fond. Ce qui l'intéressait lui, c'était elle qu'il avait retrouvée après tant d'années.

« - Qu'est-ce qui te conduit à Loch Eydis, d'ailleurs ? » demanda Solan, curieux. « - En cherchant à me renseigner un peu, j'ai appris que c'était là-bas que se trouvait le ... » Le mot lui échappait. « - Le repaire des Dessinateurs, quoi. C'est là que tu vas, j'imagine ? Tout ça est très confus pour moi, je n'y connais pas grand-chose. »

Le paria n'avait jamais reçu d'éducation, aussi ne savait il que peu de choses sur les autres peuples de Lanriel et c'est avec stupéfaction qu'il avait assisté à la démonstration d'Una lors de leur "première" rencontre. Aussi il n'avait qu'une vague idée de ce qu'impliquait être Dessinateur: ils donnent vie à des choses inanimées, et c'est à peu près tout ce qui constituait son savoir. Quels étaient leurs pouvoirs ? Leur vie ? Leur place ? Tout ça restait pour lui plus que nébuleux, et il n'osait pas vraiment questionner la seule Dessinatrice qu'il connaissait. D'abord parce qu'il n'était pas foncièrement de nature curieuse, puis parce qu'il craignait qu'elle ne se sente comme une bête curieuse et Solan ne connaissaient que trop ce sentiment pour qu'il puisse ne pas s'en soucier. Il ne put s'empêcher cependant d'affirmer:

« - J'ai encore les images de Darya dans la tête. »

Sans vraiment savoir pourquoi, il tenait à ce qu'elle le sache. C'était peut-être tout. En tout cas, Solan ne dit rien de plus.
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Una Syrion

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Dim 01 Avr 2012, 13:24

Le sourire qu'Una retenait s'afficha clairement dans ses mirettes et dans le hochement de tête significatif qu'elle adressa au singulier. Il ne se trompait pas, lui offrir une balade sur le courant n'était que peu de chose en comparaison de son escorte. Déjà, son esprit vagabondait vers cet instant qu'elle appelait de tout ses vœux. L'océan n'avait de cesse de la captiver. Si le lac d'Eydis n'était en comparaison qu'une distraction, ses eaux seraient une parfaite approche pour raviver les souvenirs de son ami. Son cœur se gonflait de l'émoi prochain. La jeune femme menait Solan non plus vers un passé commun mais vers l'une des voies que le destin lui avait fait emprunter et qui forgeait dorénavant son caractère. Le sérail était un univers en soi et son originalité coupait ses hôtes de la réalité. Peut-être était-ce là l'une des forces des dessinateurs. Malgré un chaos de plus en plus envahissant, toujours en Lanriel subsisterait un lieu où la magie et l'enchantement seraient omniprésents. Compter parmi cette famille de rêveurs était un privilège et elle était bien en mal de mesurer avec justesse sa chance.

« - Pálás dearthóirí. »

Elle énonça le nom avec une certaine révérence et éclata de rire tout aussi subitement. Ce nom était un vrai défi de prononciation et si aujourd'hui, elle parvenait à l'énoncer sans s'y reprendre à plusieurs fois, elle éprouvait toujours de la tendresse pour les heures passées à simplement se l'approprier. En dehors des dessinateurs, peu étaient ceux qui tentaient de retenir un tel titre et ce constat n'avait rien d'anormal à ses yeux. Elle joua de ses doigts dans la crinière de Bouton et lui fit ralentir sa cadence pour mieux descendre de sa croupe. Devant eux, un dénivelé de terrain rendait la progression plus difficile et elle craignait que les sabots ne glissent sur cet ensemble de gravas et de terre. Elle incita sa monture à la suivre et haussa la voix pour se faire entendre par-dessus ce tumulte.

« - C'est plus une école qu'un repère. On nous y enseigne la maitrise de notre don et si nous pouvons y vivre, la plupart d'entre nous finissons par prendre la route plutôt qu'y demeurer. Je ne pourrais pas t'expliquer pourquoi, je ne le sais pas. Parfois, je pense que nous avons besoin de nous confronter au monde plutôt que perdurer dans cette bulle dorée... »

La difficulté majeure résidait dans leurs caractères respectifs. Les créatifs dans son type ne manquait pas de se disperser ou couper court aux liens les rattachant à un monde qu'ils jugeaient insatisfaisant. Rêver est une chose merveilleuse pourvu qu'on ne s'y adonne pas constamment, or le sérail maintenait cette impression constante. L'imagination y était développée et leur don laissait libre court à leurs pensées saugrenues par la réalisation d'illusions parfaites. Elle en avait conscience et pourtant rien ne pouvait la détourner de son obsession, car il n'y avait bien que son obsession qui pouvait la pousser à franchir les portes d'un univers qui la paniquait. Autrefois, interroger ses ainés avait été une source de plaisir mais aujourd'hui, elle craignait de n'y trouver qu'insatisfaction. Renoncer à Galàan... c'était une éventualité à laquelle elle ne souhaitait songer.

« - J'ai encore des choses à apprendre auprès d'eux. Je m'interroge et les réponses ne peuvent venir que de nos anciens. Je dois savoir si je peux progresser... »

Les lèvres pincées à cette dernière pensée, elle tira un peu plus sur la longe en cuir et se concentra sur la montée difficile. La touffeur était omniprésente. L'effort passé, elle passa son bras autour du cou de sa jument et s'appuya contre son flanc avant d'offrir un large sourire à son accompagnateur. Darya. Leur île lui manquait. L'image fugitive de son fils s'imposa à elle et la jeune mère se surprit à se questionner sur sa santé et sa ressemblance avec son père. Elle chassa toutefois ces préoccupations inconfortables et croqua avec curiosité le visage de Solan.

« - Et quelles sont-elles ces images ? »

Lors de leurs derniers échanges, le voleur n'avait eu de cesse de la tourmenter, entre espoir et désillusion. Oublier toute son enfance avait été une tâche ardue à laquelle il s'était consacré avec application. Petit à petit ses réserves s'effaçaient et Una goûtait ses moments avec bonheur. Leur passé comptait. Pourquoi l'avenir les aurait-il réunis sinon ? Elle tâcha de dissimuler tant bien que mal l'avidité avec laquelle elle attendait ses confidences et reprit place sur sa selle. Malgré son insouciance apparente, Una n'oubliait pas les mots adressés plus tôt. Leur progression ne devait pas être ralentie s'il souhaitait camper à l'abri des attaques. D'un claquement de langue contre son palais, elle incita son cheval à avancer et inspira profondément. Son imagination lui jouait-elle un tour ? L'air marin s'imposa à son être tout entier avant de disparaître tout aussi subitement.

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Dernière édition par Una Syrion le Dim 22 Avr 2012, 15:01, édité 1 fois
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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Dim 22 Avr 2012, 14:57

Solan écouta avec attention Una qui lui parlait des Dessinateurs. Quand elle parlait d'eux, elle disait "nous", elle s'incluait dans un genre de communauté ou bien un peuple peut-être. Ça l'intriguait: à quel point était-elle différente de lui ? Mis à part ses dons dont il n'avait eu qu'un maigre aperçu il est vrai, il ne lui semblait pas qu'ils soient si éloignés l'un de l'autre. Après tout, ce n'était pas marqué sur son front et, si elle ne lui avait pas fait de petite démonstration lors de leurs retrouvailles, il ne l'aurait sans doute jamais deviné. Ils continuaient leur route alors et, tandis qu'elle lui expliquait qu'est-ce qu'était que ce lieu au nom imprononçable, il tentait de se le représenter. Il avait peu d'imagination, à vrai dire. C'était peut-être parce qu'il ne l'avait jamais nourri de lectures ou de voyages, ou bien qu'il avait toujours été trop terre-à-terre, en bon homme de Lanriel pour qui la mer n'existait plus que dans de vagues souvenirs empreints de vieux sel. Conscient de son incapacité à imaginer à quoi pouvait ressembler un Palais où vivent des gens capables de matérialiser cette imagination qui lui faisait cruellement défaut, il se contentait d'écouter Una qui continuait de lui raconter ce qu'étaient les Dessinateurs, ce qu'elle était. Soudain, quelque chose l'interpella lorsqu'elle évoqua des progrès éventuels. Quel but poursuivait-elle ?

« - Si tu peux progresser ? » Il parut être étonné, puis il reprit: « - À quoi il te sert ton don, d'ailleurs ? »

À vrai dire, il s'étonnait de voir que quelqu'un qui possédait un talent pareil en soit réduite à se vendre pour survivre. Son don ne lui permettait-il pas de vivre autrement ? Bien sûr, il n'oserait pas lui poser la question, et ce bien qu'il n'avait aucun problème avec le fait qu'elle couche pour de l'argent. Non, c'était simplement trop ... indiscret. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher d'y penser. Après tout, aurait-il eu besoin de voler s’il avait été doté de quelque pouvoir que ce soit ? Encore une fois, son imagination l'empêchait d'en être certain mais il songea que, peut-être, un don ou deux l'auraient été à être un criminel plus efficace. L'idée le fit sourire, jusqu'à ce que la butte qui rendait leur avancée plus difficile ne le ramena à la réalité. Il eut du mal à pousser son cheval à avancer, mais il y parvint finalement. Elle lui adressa un large sourire auquel il répondit favorablement. Il savait qu'il avait piqué à vif la curiosité de son amie quand il avait parlé des images qu'il avait gardé de Darya, surement à un point tel qu'elle serait sans doute plus intriguée que lui. Il la savait intéressée par tout ce qui pouvait concerner le rapport qu'il entretenait avec leur île lointaine.

« - J'ai du mal à savoir si ce sont des souvenirs qui me reviennent ou bien mon imagination qui se sent contrainte de tisser autour de ce que tu m'as montré. » dit-il d'abord, l'air presque inquiet. Il y songea un instant, en vain. Il reprit alors: « - Du sable, la mer ... la chaleur aussi. » Il hésitait à poursuivre. « - Des bribes de souvenirs où tu apparais mais ... je ne crois pas qu'elles soient réelles. » Il avait l'air plus résigné que déçu. « - Je ne crois pas que j'arriverais à me souvenir de beaucoup d'autres choses, le temps à fait son œuvre. »

Il le dit sans amertume. Il s'était fait à cette idée, avait accepté cette vérité depuis longtemps: il avait eu ce qu'il avait voulu et son esprit s'était débarrassé de tout ses souvenirs qu'il avait jugé superflus. Pouvait-il le blâmer maintenant qu'il cherchait à les récupérer ? Non, et ça ne servait à rien de lutter car il avait bien essayé après avoir retrouvé Una, il avait bien tenté de les repêcher ces souvenirs qui lui glissaient entre les doigts comme l'eut fait de l'eau, il avait cherché à les restaurer, parfois en prenant le temps, calmement, parfois si frustré de ne pas se rappeler qu'il s'en usait la tête, puis les poings. Quelques semaines avaient maintenant passé et il l'avait accepté. Il ne se souviendrait pas de qui était tout à fait Una lorsqu'ils étaient enfants, ce qu'il avait ressenti pour elle. Il ne se souviendrait pas non plus de sa mère, ni de son père, ni même de sa maison où ne serait-ce que de sa chambre. Il ne se souviendrait ni de ce qu'il aimait manger, ni de rien d'autre dont il avait l'habitude. Tout ça appartenait à ce passé qu'il avait sacrifié pour ne pas s'aigrir de trop. C'était trop tard pour sauver ces choses-là. Est-ce que cela signifiait qu'il n'était plus possible pour lui de renouer avec Darya ? Peut-être pas; il se rappelait du sable et de la mer. Tout n'était peut-être pas perdu.

« - Enfin ! » dit-il comme pour mieux changer de sujet. « - Qu'as-tu prévu pour la route ? Tu as de quoi payer les auberges ? Ou bien tu vas nous en faire apparaître une avec tes super pouvoirs ? » dit-il en souriant. Il reprit: « - Je te préviens, cela fait bien longtemps que je n'ai pas chassé, et je n'ai jamais été très bon. »

Il n'avait pas passer de nuit dans la nature depuis qu'il avait trouvé Freagairt et sa bande. Depuis, il n'avait quitté Cathairfal que dans le cadre de son service militaire, et les bêtes qu'il chassait à ce moment-là il ne tenait pas à leur courir après à nouveau. Enfin, la nuit était encore loin et il imaginait bien qu'Una aurait amené avec elle de quoi tenir jusque-là. Il emboîta d'ailleurs le pas à cette dernière qui choisit d'accélérer la cadence. Ils n'allaient pas très vite mais il avait bon espoir d'être assez loin de la Cité royale avant que la pénombre ne vienne. Il n'y avait pas un bruit autour d'eux, si ce n'est le tumulte perpétuel mais presque silencieux de la vie qui s'animait dans la forêt. Solan restait sur ses gardes néanmoins, les choses tournent vite très mal.

« - Accélérons encore, tu veux ? Profitons tant que nos chevaux n'en ont pas encore marre de nous supporter. » dit-il en souriant.

Il leur faudrait plusieurs jours avant d'atteindre le Sérail et, si Una ne semblait pas particulièrement pressée, l'urgence était tout de même de quitter la région avant que les affrontements ne commencent.
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Una Syrion

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Sam 28 Avr 2012, 18:31


Solan avait cette façon innocente qu'ont les enfants de pointer du doigts les mystères qui les entourent. Una comprenait cette curiosité et s'il lui paraissait délicat d'évoquer le but qu'elle pourchassait, elle pouvait toutefois tenter d'aborder son don dans sa globalité. Les possibilités étaient nombreuses, après tout. Par son premier séjour au sérail, elle s'était confrontée à plusieurs corps de métier et pouvait sans mal en citer une dizaine. Sans compter, qu'outre son statut de fille de joie, elle-même s'était essayée à la profession de cartographe. Galàan n'avait cessé de la pousser dans ce sens, sûr de son talent. Par cette foi aveugle en ses compétences, il avait conforté sa vocation. Aujourd'hui pourtant même cette passion pour le vélin ne parvenait à sortir de son esprit la possibilité de le retrouver. Ce souhait était, hélas, hors de portée, contrairement au large panel de métiers s'offrant à un dessinateur accompli.

« - Nous réalisons toute sorte de chose. Nous donnons forme à l'imagination. Je pourrais par exemple, améliorer la coupe de ton vêtement ou t'offrir une épée de grande facture mais les réalisations d'un dessinateur ne sont pas éternelles comme peuvent l'être celles des sorciers. Peut-être pourrais-tu rester vêtu ou armé un mois ou deux mais ensuite, ces œuvres se volatiliseraient. C'est pour cela que nous cherchons à nous améliorer. Le temps est notre rival et nous cherchons constamment à le repousser. »

Ce qui n'était pas aisé. Une vie entière passée à l'apprentissage ne suffisait pas à assurer un don puissant. Comme tout domaine, le talent jouait une grande partie. Una ignorait s'il existait en ce monde, un dessinateur capable de faire perdurer éternellement des dessins. Des rumeurs couraient à ce propos, tout comme celle qui promettait un bouclier similaire à celui d'Isnamir si les dessinateurs daignaient combiner leur pouvoir, mais elle n'y croyait pas. Une telle puissance serait admise et partagée depuis longtemps si elle existait. Et puis la conversation revint sur Darya et ses rivages. Elle cacha avec brio le désappointement qui la submergeait face à une vérité qu'elle pressentait malgré tout. Ils ne retrouveraient peut-être jamais les souvenirs de leur enfance mais des sensations parvenaient toutefois à franchir ce blocage qui condamnait Solan à l'incertitude.

« - A cette époque de l'année, la plupart des nôtres doivent se battre pour les coins les plus aérés. Le vent est tombé et naviguer implique de posséder un banc de rameurs performant. Les esprits doivent s'échauffer à rester confinés sur terre quand les plus puissants équipages multiplient les profits. Enfants, il nous arrivait d'aviver cette colère pour assister à quelques bagarres. Les autres et toi alliez jusqu'à vous jeter dans la mêlée dans l'espoir de récolter une cicatrice ou deux.  Une fois, tu es revenu avec une entaille sur l'avant-bras. On la trouvait immense et certains ont affirmé que tu te l'étais faite tout seul, simplement pour nous impressionner. » Elle marqua une pause dans son récit. «  Je l'étais tellement que j'ai mis deux jours avant d'oser te poser la question sur son origine et toi... Toi, tu m'as souris. » Elle se souvenait l'avoir trouvé fort idiot à afficher ainsi une expression si crâneuse puis elle lui avait frappé l'épaule et éclaté de rire. La vie avait ensuite continué. « Finalement je n'ai jamais su ce qui s'était réellement passé. »

Et il était fort probable qu'elle ne l'apprenne jamais. Au fond, cela importait peu. Una n'avait pas oublié le garçon railleur qui courait au-devant des ennuis. Quoique son passé ait pu compter, ce trait de caractère n'était pas mort et elle le savourait avec un certain soulagement. Sans se départir d'une expression faussement offusquée, elle refit mentalement le tour de leur provisions. Elle n'avait pas chercher à se procurer des denrées délicates mais de la nourriture capable de se conserver et de leur tenir l'estomac. Quelques fruits, du pain, de la viande séchée et de nombreux biscuits plus durs que la pierre.

« - Malheureusement, je comptais sur tes talents pour rendre nos repas plus copieux... Avant que quelques réminiscences ne me rappellent tes piètres performances de jadis. »

Un léger éclat de rire ponctua cette déclaration. Il était un pirate. Il volait ce qu'il souhaitait obtenir. Ce n'était pas plus compliqué. Sur la directive de son compagnon, elle talonna sa monture qui s'élança au petit galop sur plusieurs kilomètres. Après quelques heures de chevauchée, ils débouchèrent sur un terrain dégagé. La nuit tombait et un point d'eau à proximité, les décida à établir leur campement pour la nuit. Tandis que Solan alimentait le feu après s'être occupé de diverses tâches, Una s'était éclipsée une fronde en mains et était revenue un quart d'heure plus tard un lapin suspendu à sa hanche et une brassée de petit bois dans les bras. Débarrassée de son fardeau, elle tendit la carcasse encore chaude au singulier.

«  Il a déboulé devant moi. Un vrai coup de chance. Moi qui voulais surtout te faire marcher sur un prétendu talent de chasseuse. »

Un grand sourire sur le visage, elle se laissa choir sur l'herbe moelleuse au côté de Solan et fixa le ciel étoilé, bercée par le crépitement des flammes. La dernière fois qu'elle était passée dans la région, son voyage s'était fait en solitaire. Elle rentrait chez elle et ses bonds étaient plus lestes que ceux d'une biche à mesure qu'elle se rapprochait de l'océan. Le ciel n'avait pas changé et si leur progression du jour avait démarré tout en douceur, Una estimait que leur accélération avait grandement rattrapé ce retard. Une sérénité nouvelle l'englobait. Appuyée sur ses coudes, elle profitait de cette halte bienvenue pour souffler un peu et laisser l'homme de la situation gérer la préparation de leur dîner.

« - Je suis tombée sur une sculpture tout à l'heure. Creusée à même un tronc. Elle ne représentait ni Eydis, ni Arsenios Hardansson. »

Elle ne nomma pas Mynkor mais ses pensées s'orientèrent vers cette possibilité. Se pouvait-il que des héritiers soient passés par ici ? Devaient-ils maintenir le camps ? Solan était un singulier. Elle ignorait ce qu'il pensait de cette déité et de son culte mais de récents bruits lui étaient parvenus. La magie semblait être au cœur de leurs revendications et elle n'aimait pas cela. Comme pour confirmer son malaise, un frisson la saisit. Elle se redressa et tendit les bras pour mieux chercher la chaleur du feu, avant de se pencher pour saisir des brins d'herbe qu'elle fit rouler dans sa paume, songeuse.


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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Sam 28 Juil 2012, 15:14

Solan se contenta d'écouter attentivement Una qui, dans un premier temps, consentit à satisfaire la curiosité du paria sur sa nature de dessinatrice, avant de reprendre sur Darya et la vie qui se déroulait là-bas, à des centaines de lieues d'ici; à des centaines de lieues de lui. Il ne put que sourire lorsqu'elle aborda ces souvenirs que lui avaient perdus. Ainsi, il devinait deux enfants turbulents et espiègles qui, poussés par l'ennui, s'amusaient à semer la discorde parmi les marins contraints de rester à quais, ou bien à se bagarrer pour prouver sa valeur au reste de leur bande de mioches. L'espace d'un instant, il crut se rappeler de tout ça, se souvenir précisément de ces moments qu'elle lui contait, pourtant il ne se rendit compte que trop vite que tout ça, que toutes les images que son esprit lui montrait n'étaient que le fruit de son imagination qui tentait encore et toujours de combler les trous, de réparer sa mémoire depuis trop longtemps défectueuse. En vain. Il parvenait ainsi à s'agacer tout seul de cette incapacité à se souvenir, et il s'emportait d'autant plus qu'il trouvait absurde de s'énerver pour quelque chose qui, en plus d'être à jamais - il le pensait - disparu, avait été une nécessité presque vitale il y a presque vingt ans. Il arrêta d'y songer quand Una vint l'attaquer sur ses piètres talents de chasseur qui, apparemment, n'étaient pas plus développés il y a vingt ans. Il lui sourit, bon joueur, et il avait de toute façon lui-même avoué son absence de talent lorsqu'il s'agissait de piéger ou traquer une bête.

« - Nous verrons bien cela le moment venu, maintenant, pressons nous ! »

A peine eut il prononcé ces mots que déjà il demanda à son cheval de partir au galop, et bientôt il entendit son amie qui l'imita. Les bruits des chevaux ainsi lancé à vive allures faisaient beaucoup de bruit, jusqu'à couvrir presque entièrement le doux vacarme de la forêt. S'inquiétant que le bruit n'avertissent d'éventuels bandits de leur présence, ce qui laisserait le temps à ces derniers de leur tendre une embuscade, Solan convint rapidement qu'il valait mieux tomber sur des bandits que sur les créatures qui les surprendraient s'ils n'avaient pas encore quittés la région lorsque la nuit serait tombée. Ainsi, ils avancèrent rapidement à travers bois, les arbres défilant autour d'eux jusqu'à disparaître, les deux voyageurs évoluant maintenant dans une vaste prairie. Parfois, le paria songeait aux propos de la dessinatrice. Quelque part, il espérait que voyage serait l'occasion d'en apprendre plus sur elle, bien sûr, mais sur lui aussi. Après plusieurs heures de courses à travers les paysages de Lanriel, Solan et Una furent poussés à interrompre leur cavalcade par les premières lueurs orangées qui annonçaient le couché du soleil. Ils choisirent de s'établir dans une prairie, près d'un ruisseau qui coulait par là.

« - Ici nous devrions être assez éloignés aussi bien de Cathairfal que des routes. On va pouvoir dormir tranquillement. » dit Solan, l'air satisfait.

Tandis qu'Una partait, fronde en main, à la chasse d'un animal ou deux qui rajouteraient de la consistance à leurs repas, Solan dessella les chevaux qui les avaient portés toute la journée et à bon train qui plus est, jugeant qu'ils méritaient bien un peu de repos. Ensuite, il entreprit d'allumer un feu. Il fut surprit de voir Una qui revenait si vite, avec un lapin de belle taille en plus de cela ! Solan afficha un air impressionné avant de s'emparer du pauvre gibier qui, sans doute, ne s'attendait pas lui non plus à croiser quelque danger que ce soit dans ce coin qui semblait si paisible. Il s'empara alors de cette fameuse dague au manche autrefois finement décoré et égorgea la pauvre créature afin de la vider de son sang. Ceci fait, il sembla hésiter un peu sur la manière de s'y prendre, preuve qu'il n'avait pas fait cela depuis longtemps, puis entreprit finalement de le dépecer. Il avait déjà bien progressé quand Una évoqua cette sculpture qu'elle avait vue. A son grand désarroi, il ne savait que trop bien de quoi il en retournait. Après être rentré de Mogaror suite à sa petite escapade en compagnie de Tanith et de ses sbires, il avait un peu remué les bas-fonds de Cathairfal dans le but d'en apprendre plus sur le culte de Mynkor et ses adeptes, et ce qu'il avait découvert n'était pas très réjouissant ... Bien sûr, il n'était pas certain que ce qu'Una avait vu avait un quelconque rapport avec Mynkor, néanmoins il avait appris que les cultistes de ce Dieu maudit avaient souvent recours à ce genre de moyen de communication pour signaler leur présence à leurs semblables qui passaient par là. Solan semblait maintenant complètement absent, et ce n'est que quand son inattention faillit lui faire transpercer la bile de l'animal, risquant de rendre la viande non comestible, qu'il revint finalement à lui.

« - Tu ... c'est probablement rien. » rassura-t-il d'abord, avant de prendre conscience que rien dans son attitude ne pouvait décemment rendre crédible de tels propos.« - Enfin ... c'est peut-être un symbole laissé par ceux qui adorent Mynkor. Tu savais qu'Eydis avait un frère, toi ? » Sans attendre de réponses, il continua de parler. « - On en entend de plus en plus parler dans les bas-fonds de Cathairfal. Ils rejettent l'autorité du Roi et s'en prennent à ceux qui le représentent, ça suffit à convaincre certains voyous de leur bonne foi. Des conneries, si tu veux mon avis ... » Il marqua une pause, avant d'ajouter:« - Ils sont bien plus dangereux que le Roi. »

Solan avait bien évidemment en tête le groupe individus qu'il avait croisé dans les catacombes de Mogaror. Depuis qu'il était sorti de cet enfer, il avait le sentiment qu'il avait contribué à quelque chose de très mauvais, bien que cela avait été une opération très lucrative qui avait d'ailleurs en partie financer les frais de cette petite escapade qu'il s'était refusé de faire payer à Una. Néanmoins, cette impression d'avoir dépassé la limite à ne pas franchir en tant qu'hors-la-loi l'inquiétait au plus haut point, d'autant plus que cela faisait bien longtemps que sa morale ne s'était pas ainsi manifestée. Alors qu'il essayait de ne pas trop songer à ce qu'il avait vu, il termina son travail, remettant les morceaux qu'il savait comestibles à Una afin qu'elle s'occupe de les cuisiner comme elle pouvait. Il se leva ensuite, rajoutant un peu de bois sur le feu afin que celui-ci chauffe mieux, avant de fouiller dans son paquetage. Il revint avec une large cape de tissu légèrement doublée de fourrure qu'il abandonna à Una. Tandis qu'il se réinstallait en face d'elle, il lâcha:

« - Tu vois, il n'y a pas que des avantages à avoir passé sa vie sur des îles si chaudes. » dit-il, amusé. De nouveau assit, son sourire disparut pourtant: « - Écoute, en ce qui concerne Mynkor et tous ces trucs là ... » Il marqua une pause, le temps de se demander s'il était bien sage de parler de tout ça:« - J'ai vu dans quoi ils trempent, et je t'assure que ça n'augure rien de bon ... » Il poursuivit, conscient qu'il en avait trop dit pour s'arrêter maintenant: « - J'ai bossé pour eux. Que ce soit bien clair: je m'en contrefous de leur petite guéguerre de religion. Par contre, ils payent bien ... » Sur le coup, apparaître aux yeux d'Una comme l'incarnation même de la cupidité lui parut plus honorable que d'être pris pour un fanatique. « - Sache que si c'était à refaire, j'aurais poliment refusé et continué ma route ... Si tu en croises, reste loin d'eux, d'accord ? »

A cet instant, il songea que peut-être Una savait déjà tout cela ... Peut-être même avait-elle quelques affinités avec les adeptes de Mynkor ? Après tout, il savait que c'était avant tout un mouvement clandestin et cela impliquait la discrétion ... Après tout, on ne pouvait jurer de rien et tout aurait été trop simple si on devinait qu'ils adoraient un dieu occulte au premier coup d’œil, n'est-ce pas ? L'envie de questionner Una lui prit tout à coup, mais il fit plutôt le choix de réprimer ce qui lui sembla de la paranoïa plus qu'autre chose ... De toute façon, la réaction de la dessinatrice devrait déjà lui donner une piste ...

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Jeu 09 Aoû 2012, 15:30

Una avec accueillit avec un plaisir non dissimulé le contact de la fourrure entre ses doigts. Face à l'hiver prolongé d'Eydis, elle avait multiplié les épaisseurs pour se préserver du froid. Elle ignorait la chaleur réconfortante d'une telle masse et ne cessait d'en caresser la forme. Elle cessa quand éviter au repas d'accrocher leur casserole s'avéra plus utile. Tandis qu'elle se ménageait un espace pour bouger aisément, la fourrure ne sembla plus tenir qu'à un fil sur ses épaules. Elle ne le remarque pas toutefois. Ses sourcils se froncèrent de plus en plus au fil des paroles que prononçait Solan. A la dernière remarque du singulier, elle trahit son amertume par une interjection et frotta ses mains pour en faire disparaître les dernières traces de verdures.

« - Et sais-tu que ta recommandation pour la majorité de ces adeptes serait considérée comme inappropriée ? Que nul ne peut dicter sa conduite à un être supérieur comme moi, qui suis dessinatrice ? T'ont-ils fait sentir que, dénué de dons, tu n'étais pour eux rien de plus qu'un larbin ? »

Son visage exprima soudainement la répulsion face à telles pensées. Ses lèvres se pincèrent et elle se leva, fustigeant Solan du regard. La chape tomba au sol mais du froid, elle en avait cure. L'appât du gain poussait aux actes inconsidérés. La cupidité était l'un des travers des pirates. Outil indispensable à toute ambition, elle comprenait parfaitement les motivations qui avaient pu trouver écho auprès du voleur. Combien de fois s'était-elle lovée contre un homme pour l'acquisition de quelques pièces ? Comme elle, il se vendait au plus offrant mais ce patron-là... Par Eydis, il valait mieux pour lui qu'il ne soit pas mis à dos ces êtres... Mais que cette pensée l'effleura t-elle qu'elle sut qu'il ne pouvait en être autrement. Son acolyte ne pouvait contenir son naturel. Il ne comprenait pas le danger. Quel singulier le pouvait ? Au cours de l'hiver, elle avait eu un aperçu de la propagande des adeptes de Mynkor. Rien n'évoquait les desseins de ses adeptes. On assurait aux badauds que la croyance en un dieu injustement persécuté ferait de lui un être de compassion et que jamais, il ne pourrait mettre à l'épreuve ses fidèles comme le faisait Eydis. Nul part, il n'était question des raisons de son emprisonnement.

Aveugles ! Il étaient tous aveugles. Incapable de supporter plus longtemps son immobilité, la jeune femme fit quelques pas autour du feu pour chasser le trop plein de nervosité qui n'avait pas manqué de secouer son corps. Una ne connaissait pas tous les tenants et aboutissants de l'affaire mais éclairer un ami était une tâche qu'elle pouvait accomplir. Quelque peu soulagée, elle revint à la charge d'une voix aussi douce qu'elle put. « - Ce n'est pas qu'une question de religion. Les gens comme moi... » Elle porta sa main à son front et prit une profonde inspiration. «  Les dessinateurs ont l'avantage de posséder une réputation de pacifiques et nombre d'entre nous sommes des artistes dont les mécènes sont de riches singuliers. Mais nous ne bénéficions pas tous de leur admiration. Ceux possédant un pouvoir, je veux dire. Il n'est pas rare de voir un sorcier persécuté. Nos... les dons effraient. » Elle fit une pause dans son récit. Et dire qu'elle était en train d'avoir une telle conversation. Pourquoi avait-elle parlé de cette statue. Que cherchait-elle ? A connaître l'opinion de son ami d'enfance sur un mouvement émergent ? Elle l'avait eu. Était-elle satisfaite ? Bien sûr que non !

« - Écoute. Ils sont partout. Ils parcourent Lanriel à la recherche de personnes susceptibles de les rejoindre. Selon eux, les singuliers ne devraient pas régner sur le monde. Mon métier fait de moi la candidate idéale. En apparence, je suis la parfaite opprimée. » Une expression caustique accompagna sa phrase. Encore fébrile, Una alla s'installer à côté de son compagnon et posa sa main sur la sienne. «  Crois moi. Si TU en croises, reste loin d'eux. De leur part, je n'ai rien à craindre tant que je ne manifeste aucun amour excessif pour un singulier. Il ignore la nature de Galaàn. J'imagine que de l'opprimée je passerais immédiatement au titre de souillée, si cela venait à s'apprendre. » Elle pressa davantage la paume qu'elle serrait et posa sa tête contre l'épaule de Solan, les yeux rivés sur le feu. «  - Les choses changent. Il ne reste plus qu'à espérer que les héritiers craignent l'eau salée. »

Un petit rire ponctua sa déclaration pour alléger l'atmosphère. C'était égoïste mais le sort de fermiers ne lui importait pas en comparaison de celui qu'on réserverait à sa patrie. Les pirates ne possédaient pas le titre de charmants voisins et le commerce de devins était une pratique courante dans l'océan. Pourtant même cette connaissance ne pouvait entacher l'amour qu'Una portait à ses pairs. Sur les mers, on ne survivait pas sans combattre. La vie n'était qu'une succession de batailles qu'on s'évertuait à dépasser. La catin ferma les yeux un court instant puis donna une amicale bourrade au voleur. Son corps se détacha du sien et elle raviva le feu qui crépita furieusement.

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Sam 11 Aoû 2012, 16:31

Si c'était non sans curiosité que Solan avait attendu la réaction d'Una, il eut du mal à cacher sa surprise d'abord, puis son amusement ensuite, quand celle-ci sembla s'emporter un peu, s'envolant en quelques questions rhétoriques seulement vers ce qui apparaissait plus aux yeux du paria comme la tirade d'une comédienne tragique qu'autre chose. A dire vrai, il eut du mal à contenir un sourire amusé, ce qui expliqua peut-être le regard noir que lui lança Una. Ce n'est que quand cette dernière lui expliqua ce qui la poussait à s'emporter ainsi qu'il comprit où elle voulait en venir. Il ne dit pas un mot, la laissant terminer ses explications d'une seule traite, sans l'interrompre, et il n'avait pas réagi quand, d'elle-même, elle était venue se blottir contre lui. S'en moquait-il ? L'air grave qu'il arborait maintenant ne pouvait laisser penser ça. Cependant, il n'avait ni l'air choqué ni l'air défait par ce qu'il venait d'apprendre. Non, il semblait seulement ailleurs et ce n'est que quand Una se releva, lui assénant une dernière bourrade, qu'il sembla sortir de sa léthargie. Son regard se posa sur la dessinatrice, puis bifurqua ailleurs. Son attention se fixa sur le feu qui s'embrasa de plus bel.

« - Je ne suis pas plus bête qu'un autre, tu sais. » dit-il simplement. « - Je sais tout ça. Je sais que je ne les intéresse pas, je sais qu'ils ne me considèrent pas mieux qu'une faible créature à exploiter. Et alors ? » sembla t-il demander à Una tandis que son regard revenait vers elle. « - La vérité, Una, c'est que je suis une catin. Comme toi. Ne t'es-tu jamais vendu à un homme dont tu savais qu'il te ferait du mal, et ce pour quelques sous ? Quelle différence ? Moi, mon corps s'achète différemment, et qu'importe qu'on me considère comme une pute, tant qu'on m'en donne le salaire. » lâcha Solan, crûment. « - L'argent, c'est ce qui motive le monde. Le bien, le mal, Mynkor ou Eydis, tout ça ce n'est bon que pour les chevaliers ou les fous dans le genre de cette psychopathe de Tanith. Moi, je suis au milieu, à essayer de tirer profit des uns et des autres. »

Le nom de Tanith lui avait échappé, mais il n'y prêta guère d'attention. L'important, c'était qu'Una comprenne qui il était vraiment, si tant est qu'elle ne l'avait pas déjà deviné. Il était avide d'argent, et il était prêt à tout pour ça, si bien qu'il savait qu'il avait menti lorsqu'il avait assuré à Una que, si c'était à refaire, il se contenterait de décliner la proposition de Tanith, refusant par la même occasion toutes les récompenses qu'elle lui avait promise, et qu'il avait obtenu. En vérité, il aurait accepté même s'il avait su tout ça. Du moins, il le pensait.

« - J'ai vu ce qu'ils cachent sous nos pieds. J'ai vu qui ils recrutaient, et j'ai vu qui ils ne recrutaient pas. Je sais que les Singuliers répugnent la plupart d'entre eux, même si ceux-là croient en leur Dieu. Mais, le Bien ne paye pas, Una ... » avoua-t-il, bien qu'il n'était pas facile de savoir s'il le déplorait vraiment. « - En fait, je ne suis pas certain qu'il existe: le Roi et sa cour sont des privilégiés qui pompent jusqu'au sang de ceux qu'ils jurent de servir, et avec quel résultat ! Des dizaines de morts chaque nuit, au pied des remparts ! Et les serviteurs d'Eydis ... Des voyageurs revenant de Tearmainn m'ont dit que cette région pouvait abriter et nourrir des centaines de gens, mais que les prêtres se l'étaient approprié, en vertu d'une soi-disant légende empêchant trop de gens de s'installer là. » Il marqua une pause: « - Si les Héritiers étaient le seul danger pour les Singuliers, et je ne parle pas des Blasonnés ou des Rentiers, alors on pourrait s'estimer heureux ! »

Il se tut un instant, et ses mots moururent dans la nuit naissante. Il n'avait jamais vraiment formuler pareille opinion auparavant, et le fait est qu'il ne savait même pas qu'il en avait une aussi tranché. Pourtant, il avait passé des soirées entières à écouter les histoires d'hommes et de femmes rongés par le malheur et qui, comme lui, cherchait à le noyer dans l'alcool. Tout ça, bien sûr, n'était pas à imputer ni aux Héritiers ou Mynkor, ni au Roi, ni même à Eydis, pourtant il n'avait jamais vu ni les uns ni les autres faire quoique ce soit d'utile ...

« - Crois-moi, ni le Roi, ni Eydis, ni Mynkor n'aident les gens comme moi, les plus Singuliers des Singuliers, ceux qui n'ont ni argent ni pouvoir. » Il sourit et reprit: « - Moi, je ne fais ni apparaître d'îles imaginaires, ni quoique ce soit d'autre. Si je veux survivre, je dois aller là où on m'offre de l'argent pour les rares talents que j'ai. Je n'ai jamais entendu parler de causes que j'aurais eu envie de servir sans rien y gagner en retour. » Visiblement plus calme qu'il y a quelques instants encore, il continua en souriant:« - Et puis j'ai survécu à l'esclavage, à la guerre et à des années d'errance. Je n'ai pas peur des Héritiers et puis, crois le ou non mais ... » Il hésita avant de continuer: « - Ils n'ont pas d'intérêt à me fâcher. Je sais et j'ai vu des choses qu'ils n'aimeraient pas voir parvenir aux oreilles du Roi. »

Et il disait vrai: peu importe ce qu'ils avaient trouvé ce jour-là, Tanith n'avait pas l'air tout à fait satisfaite en ressortant des catacombes. Bien sûr, Solan avait sa petite idée: c'était là que gisait l'esprit du dieu Mynkor. Pourtant, il était persuadé que rien n'avait été fait pour le libérer. Pas cette fois-là du moins. De plus, il avait vu plusieurs d'entre eux, dont Tanith qui était, au moment où ils parlaient, encore occupée à errer ici ou là dans Mogaror. Solan avait plusieurs cartes en mains. Il ne lui restait plus qu'à les jouer avec habileté, et cela le mènerait loin, il en était certain. Qu’importe, en attendant ! Alors que son regard était revenu se poser sur le feu qui crépitait déjà un peu moins fort, le paria remarqua leur dîner qui déjà commençait à noircir un peu trop. Pris dans leur discussion, ni le singulier ni la dessinatrice n'avait plus fait attention à leur repas du soir. Solan se précipita sur la casserole et la retira, puis il la remit au soin d'Una:

« - Allons, montre-moi donc comment on cuisine le lapin sur notre île ! On dit que sentir ou entendre un son autrefois familier aide à faire revenir la mémoire ! Peut-être que ça marche aussi avec le lapin. » dit-il, se fendant d'un large sourire qui montrait qu'il plaisantait. « - D'ailleurs ... tu as dis que tu comptais sur le fait que les Héritiers craignent l'eau salée ... » Il hésita un peu. « - Tu retournes là-bas ? Pour leur échapper? »

Il avait demandé avec une pointe d'appréhension dans la voix. Il se demandait combien de temps s'écoulerait avant que leurs chemins ne se séparent à nouveau, avec la mer pour barrière. A ce moment, ça lui paraissait encore un obstacle infranchissable.
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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Sam 18 Aoû 2012, 16:21

Elle s'affaira auprès du feu aussitôt qu'il en fit la remarque. Un vestige de sourire flottait sur son visage. Le lapin n'était pas vraiment un gibier courant sur les îles pirates. La pêche était la principale ressource de leurs terres et la chasse peu exploitée. Par le passé, plusieurs espèces s'étaient éteintes par la faute de leur négligence et l'activité était devenue contraignante. L'élevage étant une activité totalement proscrite pour des pirates, le gibier (si des morceaux fumés pouvait être nommés ainsi) venait principalement des pillages. Sur place, les gosses prenaient un malin plaisir à courir après de gigantesques lézards mais les fourrures n'étaient décemment pas adaptées au climat humide. Naturellement, ce détail échappait aux souvenirs de son ami et Una n'eut pas le cœur de le détromper. Si elle ne pouvait raviver sa mémoire, au moins pouvait-elle lui offrir un repas décent.

La tâche n'était pas facile. Ses talents de cuisinière n'avaient jamais été flagrant et ses clients n'attendant pas d'elle un plat mijoté, elle n'avait jamais cherché à approfondir ses piètres connaissances. A de multiples reprises, la dessinatrice avait regretté ce fait et ronchonnait allègrement contre son don qui n'était même pas bon à lui remplir le ventre. Fort heureusement pour elle, son paquetage contenait quelques épices qu'elle affectionnait depuis son plus jeune âge. Elle se leva, chassa quelques poussières du revers de main et se rapprocha de sa monture. Son dernier grand périple remontait aux feux de Beltane et le voyage n'avait rien eu de précaire. Sans cette fête religieuse, il lui aurait été plus délicat de revenir au sérail. Toutefois ce n'était pas la source de ses préoccupations. Tanith Ruane s'était manifestée ce jour-là. Solan avait évoqué ce prénom. La coïncidence pouvait être fortuite mais la jeune femme n'y croyait guère.

Mettre en garde Solan était idiot. Il était un survivant. Il lui avait conté son histoire. Una savait les obstacles qui s'étaient dressés sur le chemin du singulier. Comment pouvait-elle oublier tout ceci ? Il n'était pas sans défense. Il l'était ? Prétendre obtenir des informations ne lui paraissait pas être le meilleur sauf-conduit pour mener une vie insouciante et heureuse. Mais le mercenaire ne semblait nullement voir l'avenir sous un tel œil. Peut-être au fond, était-ce là l'information la plus importante de tout cet échange. Sa vision du monde était si terne... Elle revint finalement avec la bourse et ajouta quelques pincées de son contenu dans leur repas. Déjà, Solan posait une question. Ses sourcils s'arquèrent sous la surprise et elle émit un bref rire de gorge qui renversa sa tête et découvrit ses dents.

«  Non ! Je retourne là-bas car c'est là qu'est ma place. Tout simplement. » Un éclat malicieux brillait à nouveau dans ses yeux. «  J'ai besoin de sentir le sable sous mes pieds et d'avoir constamment sur les lèvres le goût du sel laissé par les embruns. » Plus elle s'enfonçait dans les terres du royaume et plus la difficulté d'y résider s'amplifiait. A son premier passage en Lanriel, elle avait cru que Galàan était la raison principale de son mal du pays. Aujourd'hui, il n'était plus et malgré tout, son île restait le lieu qu'elle chérissait plus que tout. Elle glissa une mèche derrière son oreille et se perdit dans la contemplation de son passé. «  J'aimais ma vie. On avait des rêves. L'océan regorge de trésors, tu sais. On voulait découvrir l'île légendaire Ataahua et je la trouverai un jour mais... » Elle s'interrompit. « ...je me suis égarée. » L'émotion étranglait sa voix. Elle essuya la larme au coin de ses yeux en prétextant une poussière dans l’œil et offrit à son compagnon, un mince sourire. « - La vérité, c'est que j'ai un enfant. Un petit garçon. Un vrai mousse. Il ressemble tant à son père... Le voir grandir... C'était devenu une torture. »

Elle inspira profondément et s'activa autour de la casserole pour ne pas se laisser submerger par le chagrin. Elle n'avait rien de la mère modèle. Elle servit Solan et se prépara ensuite sa propre bolée. Elle avait froid maintenant. Son regard dériva vers la fourrure qu'elle avait délaissé plus tôt avant qu'elle n'enfonce sa cuillère dans le ragoût.

« - L'océan.. la distance... ça ne résout pas les problèmes mais de l'autre côté, ils y sont moins nombreux, je crois. »

Songeuse, Una entama son repas. Évoquer son fils n'était pas sans conséquence. Sa frimousse s'imposait à ses pensées et elle ne savait quoi en faire. Ses sentiments à son égard était divisés. Elle espérait le savoir sauf et heureux de son quotidien auprès de son grand-père, pourtant elle se savait encore incapable de supporter sa présence. Il n'était pour rien dans ce rejet mais cela semblait si facile de le tenir éloigné de sa vie, de ses sombres pensées. Oui, pour l'heure, elle préférait ne plus y songer. Elle avala son énième bouchée et se força à retrouver sa bonne humeur d'antan. Solan n'avait pas à subir ses états d'âme, après tout. Elle posa son écuelle et se laissa tomber dos contre l'herbe.

« - Je suis épuisée et j'ai mal aux fesses. Ce canasson m'a mis la peau à vif. Si ma jument n'avait pas une aussi jolie tête, crois bien que je me serais fait un plaisir de la dépecer à notre arrivée. »

Elle tenta de rire mais sa position rendait l'action inconfortable. A son ouïe, cela sonna comme une succession de hoquets joyeux. Ses yeux se posèrent sur le ciel étoilé qu'elle admira un long moment avant de se reprendre. Elle tendit un bras dans le vide et grommela presque :

« Aide-moi à me lever. Rangeons tout cela et allons dormir. »

_________________
Partout, sur ta rive chérie,
Où l’amour éveilla mon cœur,
Mon âme, à sa vue attendrie,
Trouve un asile, une patrie,
Et des débris de son bonheur,
Flotte au hasard : sur quelque plage
Que tu me fasses dériver,
Chaque flot m’apporte une image;
Chaque rocher de ton rivage
Me fait souvenir ou rêver...
Extraits des Nouvelles méditations poétiques, A. de Lamartine
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Solan Runnarth

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MessageSujet: Re: » Maybe we can live like the wild ones    Jeu 23 Aoû 2012, 09:02

Solan ne répondit rien, se contentant d’écouter Una avec attention. Elle lui parla encore de Darya, des trésors qui l’y attendaient, et de ce fils aussi, dont il entendait parler pour la première fois. Il ne fut même pas surpris par cette annonce. Après tout, vingt ans s’étaient écoulés, et il se rendait compte en même temps qu’Una lui avouait combien la perte de Galaan avait été dur pour elle qu’il avait été bête de penser, même sans en avoir vraiment conscience, qu’il avait été le seul à avoir vécu, et à avoir souffert aussi, pendant cette éternité durant laquelle ils avaient été séparés. Il ne lui demanda pas son nom, ni quel âge il avait, pas plus qu’il ne se risqua à dire quoique ce soit. Il s’en fichait sans doute un peu, mais c’est surtout parce qu’il sentait, non, il savait que ce n’était pas ce qu’elle attendait de lui. Il se contenta donc d’avaler le frugal repas qu’Una leur avait préparé dans le silence le plus complet, le regard rivé sur la Dessinatrice dont l’attention semblait maintenant se porter sur un endroit plus lointain encore que les îles pirates. Il regretta de ne pas avoir les mots qui auraient su la ramener auprès de lui, mais il ne se risqua pas à ouvrir la bouche pour autant et il fut presque soulagé de la voir revenir à elle, décrétant qu’il était l’heure de dormir. Il acquiesça d’un simple hochement de tête et l’aide à se relever. Il s’affaira ensuite à quelques bricoles, avant de se coucher près du feu. Il finit par quitter son mutisme au bout de quelques secondes, et pendant guère plus de temps :

« - Désolé pour ton fils, Una. »

Quelques mots puis le silence à nouveau. Les yeux de Solan se fixèrent sur les étoiles et son esprit se mit à s’éloigner peu à peu, se lançant sur les traces de celui d’Una, cherchant à le retrouver là où elle s’était égarée plus tôt. Il savait d’ailleurs qu’elle y était retourné dès qu’elle s’était couchée, car ce n’était pas le genre d’endroit auquel nos pensées parvenaient à s’arracher aisément, au contraire : on y restait embourbé jusqu’à en être dégoûté, ou jusqu’à ce que l’on tombe ivre mort, car c’était souvent quand il s’y perdait que Solan ressentait le besoin de boire. Ce soir-là pourtant, il ne parvint pas à trouver le chemin que son amie avait emprunté pour s’y égarer, et il ne put que se résigner à aller vers d’autres contrées. Se rappelant une fois encore les propos d’Una, son attention s’arrêta sur un mot, un nom : Ataahua. Il ne savait de ce lieu que son nom, et c’est sans doute ce qui permit à son imagination de s’en repaître immédiatement. Bientôt, il se mit à imaginer un bout de terre, même pas une île, comme un morceau de Lanriel posé au milieu d’une vaste étendue d’eau. A sa surface évoluaient des dizaines de créatures imaginaires, issus pour la plupart des légendes qui par le passé étaient parvenus à ses oreilles, et chacun d’entre elles gardaient jalousement un trésor, tantôt une montagne de pierres et de perles, tantôt une rivière d’or, et d’autres choses encore … Etait-il si cupide qu’il en venait à rêver de richesses ? Qui sait. L’espace d’un instant, il songea que ce qu’il prenait pour de l’avarice n’était rien d’autre que l’expression de sa soif d’aventure. Il n’avait jamais envié la situation des Rentiers ou des Blasonnés, qui gagnaient de l’argent à rien faire. Pourtant, il n’eut guère le loisir d’y réfléchir plus longtemps, car déjà le sommeil vint l’emporter, et ses rêves d’île perdue et de trésors cachés continuèrent, de façon plus grandiose encore, dans ses songes.

***

Cela faisait maintenant quatre jours qu’ils voyageaient. Ils avançaient à bonne allure, si bien qu’ils pensaient arriver dans six jours plutôt que sept. Ils avançaient lentement le long d’un sentier de terre battue. L’après-midi touchait à sa fin, et le soleil aurait fini sa course dans moins d’une heure. Si jusque-là Eydis elle-même semblait les avoir protégés du mauvais temps, le ciel commençait maintenant à revêtir un manteau gris et menaçant. Solan se retourna vers Una qui avançait un peu en retrait, rompant le silence qui s’était installé :

« - Nous devrions partir au galop, la nuit va bientôt tomber. Profitons de la dernière heure qu’il nous reste pour couvrir un peu plus de chemin. » dit-il, sans vraiment se soucier de ce que pensait la Dessinatrice. « - Allons-y ! »

Il n’attendit pas plus longtemps avant de tirer avec force sur la bride de son cheval, et l’animal se mit à galoper. Ils auraient pu s’arrêter là pour la nuit, mais Solan craignait que la pluie ne les surprenne, et ils n’avaient rien pour s’abriter ici. Par contre, il y avait une forêt, plus en aval de la route. A défaut d’un toit de chaume ou de tuiles, il espérait que la canopée les protège un tant soit peu. Ils pénétrèrent bientôt à la lisière du bois, et c’est à ce moment que les craintes de Solan se justifièrent. Alors que les premières gouttes de pluie commençaient à tomber, un bruit sourd retentit au loin. Un orage s’approchait. Solan avança encore un peu, s’enfonçant un peu plus dans le bois. Puis, il tira un coup sec sur les rênes de sa monture, ce qui eut pour effet de la faire s’arrêter. Solan se retourna à nouveau vers Una, et dit :

« - Il pleut, on doit s’arrêter là. » lâcha-t-il précipitamment, mettant pied à terre. « - Enfonçons nous un peu plus dans le sous-bois, nous serons protégé par les arbres et je pourrais nous faire un abri. »

Aussitôt eut-il prononcé ces mots que le paria attira son cheval à travers le bois, à l’écart du chemin. Quand il jugea qu’ils s’étaient assez éloignés de la route, il attacha sa monture à un arbre et jugea l’emplacement : il y avait du bois et des feuillages, tout ce qu’il lui fallait pour construire quelque chose qui leur permettrait de passer la nuit au sec. Il essayait de se souvenir de la façon dont il procédait, lorsqu’il était plus jeune et qu’il passait la plus grosse partie de ses nuits dans des forêts telle que celle-ci.

« - Ca fait longtemps que je n’ai pas eu à faire ça ! » dit-il amusé, en même temps qu’il remarquait que la pluie battait de plus en plus fort. « - Le gros de l’averse sera bientôt là, je n’aurais pas le temps d’en faire deux. » dit-il, l’air désolé, avant qu’un sourire ne vienne illuminer son visage : « - Tu vas devoir supporter ma compagnie cette nuit ! » Il reprit rapidement : « - Tu devrais aller chercher tout ce que tu trouves de comestible, remplir nos gourdes et ramener du bois tant qu’il est encore sec. Qui sait combien de temps ce foutu orage va durer ? »

Aussitôt eut-il ordonné cela qu’il détourna l’attention, se concentrant maintenant sur sa tâche. Il connaissait de nombreux moyens de s’abriter pour la nuit, tous appris au gré de l’expérience mais, comme pour tout savoir que l’on n’exerce pas régulièrement, les années passées en sédentaire l’avait privé d’une grande partie des techniques si durement acquises pourtant. Ce qu’il aurait autrefois construit en dix minutes lui en prit trente : une grande branche fixé entre deux arbres servait de base à un abri en appentis dont la toiture était, quant à elle, faite du feuillage d’un arbre dont il avait arraché plusieurs branches. Il déposa sur le sol la cape de fourrure qu’il avait achetée avant leur départ. Le tout n’était pas très spacieux, mais cela suffirait à les abriter le temps que l’averse ne cesse. D’ailleurs, la pluie tombait maintenant bien plus fort qu’avant, et si Solan fut heureux de voir que son petit chef d’œuvre ne laissait pas passer l’eau, il s’étonna cependant lorsqu’il remarqua que son amie n’était toujours pas de retour. Il regarda autour de lui et lança :

« - Una ? » dit-il d’une voix forte. « - Reviens avant d’être trempée, on ne pourra pas allumer de feu ! »

Il n’obtint pas de réponse.

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