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 Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mar 28 Fév 2012, 10:04


&
« I'll Pick on You to Death »








    Les exceptions à la règle était d'un indicible délice. La désobéissance, le défi et l'envoûtement de l'interdit. Des vices auxquels l'héritière n'avait pu faire résistance, pas à la suite de cette période d'accalmie qu'elle jugeait trop longue. Depuis sa pérégrination jusqu'aux cités des morts, mausolée dans lequel le trépas l'avait guettée plus que de raison, elle ne s'était octroyée qu'une innocente vadrouille nocturne. Certes anodine et dans les lisière de la cité royale, mais témoin d'une querelle embrasée qui avait manqué de lui coûter sa pureté matrimoniale, et bien plus encore sans l'incursion musclée d'un certain rôdeur. Outre cet incident qu'elle avait pu préserver de s'escamper jusqu'aux tympans des seigneurs avilis, elle avait fait preuve d'une circonspection dont on ne lui soupçonnait point d'être incarnée. Elle ne le confessait qu'en le susurrant, mais les intérêts politiques inhérents à son rang commençaient à trouver sensiblement écho en son être. Ceci étant, la déontologie qui lui incombait ne parvenait pas encore à la spolier de ses songeries et autres toquades, il lui était ardu de faire preuve d'implication éthique de façon quotidienne. La simplicité de la plèbe lui faisait défaut, l'indigente sans prétention aucune pour laquelle elle aimait à se faire passer également. Ce fut en admirant évasivement le butin extirpé des abysses de Tuamarbh qu'elle put ouïr le grand air clamer son nom. Ses phalanges avaient longuement cajolé les spinelles écarlates qui chamarraient le sceptre, qu'elle prenait garde à préserver dans la sécurité de ses appartements princiers. L'artefact était inéluctablement lié à Galahad, dont elle percevait l'acerbité à travers la puissance qui émanait de l'objet, comme une allégorie à la rancoeur qu'il lui tenait certainement. Encore aujourd'hui, elle s'interrogeait sur le bien-fondé de son exaction, avait-elle eu raison de l'abuser de la sorte ? Elle ne parvenait pas à savoir ce qu'il voulait d'elle, ni même jusqu'où il serait apte à aller pour obtenir ce qu'il désirait. Tout disciple de Mynkor n'aurait trouvé l'opportunité que trop jouissive d'extorquer l'héritière de Lanriel de sa vie, avec elle périrait une partie d'Eydis elle-même, et sans doute une part d'âme du souverain. Attendait-il un moment plus propice pour frapper ? Par moment, le lui demander sans détour lui effleurait l'esprit, persuadée qu'elle était qu'il n'en savait que trop la concernant. Décliner son identité lui paraissait pourtant incongru, cela n'aurait été que lui céder la victoire d'une manière bien trop aisée, mais un jour viendrait où ils ne pourraient guère plus s'encombrer de faux-semblants.

    Il était un digne compagnon d'odyssée, puis, elle ne le détestait pas quand bien même tout ou presque les opposait. Elle doutait qu'il devienne un jour son plus illustre confident, cependant, il ne déméritait pas une récompense à la hauteur de son impudence. C'était donc décidé, Izhelindë braverait l'opinion pour partir en quête du forgeron, à qui elle avait par ailleurs promis de revenir. Si nul ne glorifierait son comportement – l'avoir abandonné dans des ruines hantées – elle était néanmoins toujours fidèle à ses serments. L'hypothèse qu'il intente à sa vie en guise de vengeance avait une propension aguichante, estimer son dépit serait d'une jouissance sans précédente. Il risquait de lui sauter au cou : mais pas dans la plus bienveillante des perspectives. La sylphide jugea bon de se prémunir d'éventuels assauts qui ne lui ploieraient pas même le temps de le saluer, aussi elle délaissa son arc habituel pour une autre arme qu'elle affectionnait particulièrement : l'épieu. Mais contrairement aux apparences, elle se méfiait plus des forbans qu'elle pourrait rencontrer que de l'Héritier, dont la mélodie de l'or serait susceptible de lénifier. Ce fut d'ailleurs d'une aumônière boursouflée de richesses qu'elle encombra sa besace, son poids ne tromperait personne sur la valeur qu'elle renfermait. Elle fut néanmoins sceptique... Serait-ce suffisant ? Plus que la découverte d'un artefact ancien, ce fut l'orgueil de Galahad qui avait été ébranlé, la déesse seule savait à quel point il pouvait se faire capricieux par simple dessein d'être exécrable. Peut-être pourrait-elle lui faire présent de l'objet de son choix ? Bien que l'idée en fut intéressante, elle ne serait jugée excellente que lorsqu'il l'aurait lui-même approuvée, et encore devait-elle parvenir à le trouver. Dans quelques réminiscences, elle se souvenait de l'évocation d'un endroit laissé à l'abandon que le jeune homme semblait avoir fait son domicile de fortune, à la périphérie de la ville. Ne restait plus qu'à espérer que sa mémoire ne lui fasse pas défaut, ou que son acolyte d'épopée ne se soit pas expatrié vers d'autres cieux entre temps.

    Non mécontente de délaisser la caresse de ses robes de grande facture pour ses habits usagés et rapiécés qu'elle appréciait tant, la princesse patienta jusqu'à ce que le ciel se peigne d'un voile sombre et lacté d'astres scintillants. Puis, elle se hissa hors de sa chambre en recouvrant ses réflexes de varappeuse, camouflée sous pèlerine brune. Escalader les parapets et tromper la vigilance des sentinelles fut un exercice des plus divertissants et dont elle ne se lasserait jamais. Une joie ineffable la happa lorsqu'elle fut en dehors de l'enceinte du palais, libre de ses agissements, ceci bien qu'elle se devait d'être dans son alcôve avant les premières nitescences de l'aurore, avant que Dreann ne songe à remplir ses obligations de chaperon. Elle eut une pensée pour ce dernier, était-il en ce moment même sur ces maudits remparts, à surveiller leurs défenses ? Elle pria un instant pour que rien ne lui arrive durant son absence, puis s'en alla en direction de la ville qu'elle traversa. Fort heureusement, ses années d'itinérance lui avait permis de connaître Cathairfàl, aussi avait-elle une théorie sur l'emplacement du forgeron. Elle parcourut, guillerette, la distance qui la séparait de sa destination et de ce qui était en soi, une sorte d'aventure. Quand bien même, la demoiselle ne désavouerait pas avoir quémandé son chemin à quelques âmes charitables, dont une lui indiqua un débarras désuet et dans lequel un quidam se manifestait fréquemment. Elle s'y rendit dans l'espoir certain d'y dénicher son ami tout en songeant à la réaction de celui-ci. Qu'elle ait suffisamment de hardiesse pour se représenter à lui après sa traitrise était une chose, qu'elle vienne à l'importuner jusqu'à son foyer en était une autre. Qu'il en soit enchanté sonnait comme une utopie, mais une fois de plus, tout était prétexte à l'agacer.

    Précautionneuse lors de son avancée, presque à en ramper à même le sol tel un assassin en mission, elle fureta en direction de la dite remise près de laquelle elle aperçut un galbe familier. Galahad était devant sa « propriété », visiblement plongé dans une besogne qui le privait de son attention. Une effervescence taquine entraina Izhi à s'approcher d'avantage jusqu'à longer un muret partiellement décrépi sur lequel elle se hissa. Les lippes pincées pour réprimer son hilarité, elle s'immobilisa quelques secondes, invisible puisque dans l'échine du jeune homme. Se sentait-il soudainement observé ? Sans doute aucun. Mais avant que son instinct ne lui dise de se retourner, elle s'empara du premier objet à portée de main : une petite pierre, qu'elle lança en sa direction avec une force évidemment modérée. Le projectile heurta l'épaule de l'éphèbe, elle patienta jusqu'à ce qu'il la remarque.


    « Touché ! »

    La dryade le gratifia d'une large risette qui ne fit que précéder un rire qu'elle ne sut contrôler. Bien entendu, elle fut la seule amusée de la situation qui ne tarderait pas à tourner en sa défaveur si elle poursuivait dans ses railleries. Il n'était pas avéré que le temps ait fait son office, Galahad n'était pas homme à oublier ou pardonner si facilement, fait qui devait être particulièrement vraisemblable lorsque son antagoniste se trouvait être une femme. Mieux valait prendre les devants, ce qu'Izhelindë fit en descendant de son piédestal sans pour autant s'approcher plus encore. Ses mains esquissèrent un mouvement en direction du forgeron, comme pour le dissuader d'entreprendre quoi que ce soit.

    « Avant que tu ne décides de joyeusement m'écorcher vive, regarde. » Elle sortit la bourse de sa besace, qu'elle lui désigna ensuite. « Je ne suis pas venue les mains vides ! »

    Sourire d'ornementation sur sa physionomie, elle fit chanter les pièces dans des entrechoques métalliques... Mais feraient-elles leur office ?

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« Some stars for You. »


Dernière édition par Izhelindë Hardansson le Mer 18 Avr 2012, 00:18, édité 2 fois
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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mar 28 Fév 2012, 12:48

     Le lâche « abandon » d'Izhi était resté gravé dans l'esprit du Singulier qui n'avait toujours pas digéré de s'être ainsi fait flouer par celle qu'il imaginait manipuler. En réalité, ce qui avait été le plus dur dans ce que la jeune femme avait fait, avait été de constater qu'il était bien loin de tenir la situation bien en main et qu'au final, c'était même tout le contraire. Lui qui se targuait d'être un excellent manipulateur et un émérite menteur, avait été contraint de s'avouer que c'était celle qu'il pensait être la faible princesse qui tenait les cartes en main depuis le début. Galahad avait eu tout le temps de pester contre les femmes et plus particulièrement cette femme le long du chemin de retour, il s'était formellement juré que ce serait la dernière fois qu'il accorderait sa confiance à la demoiselle et qu'elle pourrait désormais espérer et supplier, il ne ferait jamais plus rien pour elle. Après tout, même si le forgeron avait été intéressé par cette chasse au trésor - et quel trésor mes aïeuls ! - il avait surtout daigné faire tout ce chemin pour entrer dans les bonnes grâces de la princesse. On ne dit pas non à Izhi, voilà ce qu'il s'était dit lorsque la belle lui avait parlé de son expédition. Et bien désormais il se rendait compte de la bêtise qu'il avait faite en estimant qu'elle ne pourrait pas se jouer de lui parce qu'elle était riche, princesse et surtout une femme. Au final, elle ne valait pas mieux que lui. Peut-être que l'énervement jouait beaucoup dans sa mauvaise humeur, en réalité il était absolument persuadé que sa haine à l'égard de la belle n'était que provisoire, son égo blessé avait été trop humilié pour qu'il puisse laisser cela impuni. Si Izhi lui avait ouvert le bras et versé du sel dessus, les choses n'auraient pas été plus douloureuses. Au moins avaient-ils été seuls, personne n'avait assisté à son humiliation. Mais cela ne le calmait pas. Il devait se venger, lui faire savoir qu'il n'était pas un de ses bouffons qui disait amen à tout ce qu'elle demandait.

     La soif de pouvoir et de reconnaissance de Galahad avait une fois de plus repris le dessus, le sentiment que s'il avait été quelqu'un de plus noble lignage ou plus respecté, la belle ne se serait pas ainsi moqué de lui. Sentiment dur à accepter avec un tel égo, qui lui laissait un goût amer au fond de la bouche. Izhi l'avait traité comme un simple serviteur et il ne valait certainement pas plus à ses yeux que tous les imbéciles qui servaient sa famille si royale ! Galahad se montait la tête tout seul, il n'avait besoin de l'aide de personne pour ruminer ses pensées sombres et plus les heures passaient, plus sa colère grandissait. Elle ne s'apaiserait pas tant qu'il ne se serait pas expliqué avec Izhi, mais pour être sincère, il doutait tout simplement du fait qu'elle revienne un jour le voir. Si tel était le cas, le Singulier s'imaginerait simplement qu'elle le prenait pour un tel larbin qu'elle penserait qu'un simple sourire de ses jolies lèvres suffirait à le calmer.

     La nuit tombait, Galahad avait regagné l'espèce de grange qui lui servait de dortoir et qu'il avait trouvée grâce aux indiscrétions d'un aubergiste du coin. Le jeune homme avait simplement eu à lui faire savoir qu'il se chargerait de balancer ces révélations sur la grande place s'il ne lui trouvait pas un logement à l'œil. Il avait hérité de cela et vu son ancienne maison, c'était tout à fait potable. Occupé à aiguiser la lame du poignard qu'il traînait toujours avec lui, le forgeron n'entendit pas approcher celle qui hantait ses pensées, pas de la bonne manière vous en conviendrez. Lorsqu'il sentit quelque chose lui heurter l'épaule, il fit volte-face en s'attendant à poser les yeux sur les quelques mioches qui s'aventuraient de temps en temps ici. La plupart avaient compris qu'il ne valait mieux pas traîner dans le coin, mais certains étaient dur de la feuille. Pourtant une voix familière résonna à ses oreilles, le leva ses yeux mordorés vers le muret où Izhi était perchée. Une expression de colère passa sur son visage sans qu'il ne cherche à la dissimuler, sa première idée fut de lui régler son compte et sa poigne se referma plus durement autour du manche de son arme, mais elle prit les devants. Visiblement la belle le connaissait bien mieux qu'il ne le pensait, chose qui ne fit qu'accentuer son agacement, mais il resta silencieux alors qu'elle parla de ne pas être venue les mains vides. En effet, elle avait visiblement une bonne dose de pièces qui pourraient certainement lui permettre d'acquérir quelques petites choses intéressantes, mais sa fierté lui interdisait de les accepter. Il la dévisagea avec une hostilité non dissimulée avant de lui tourner le dos, aboyant quelques mots d'un ton peu amène.

     ▬ Fiche le camp ! »

     Pendant qu'il soliloquait avant qu'elle n'arrive, le jeune homme en était parvenu à un verdict : la tuer ne lui apporterait rien, elle était de la famille royale et en plus elle devait lui servir. Il s'attirerait plus d'ennuis à la tuer qu'à la laisser en vie. Mais une autre chose était aussi sûre, s'il devait subir ses humiliations perpétuelles pour pouvoir devenir plus important, il préférait laisser tomber. L'égo de Galahad était la chose la plus développée de sa personnalité, Izhi l'avait fortement ébranlée. Ne parvenant toutefois pas à rester silencieux pour masquer sa colère, voyant qu'elle ne partait pas – ou plutôt le sentant vu qu'il lui tournait le dos – le singulier reprit la parole du même ton contrarié.

     ▬ Tu me prends pour un de tes mercenaires ? Il planta la lame de son arme dans le bois puis la ressortit. Ou une catin ? Il réitéra son geste comme si cela apaisait sa colère. Et bien tu te trompes ! Je me fiche pas mal de ton argent, tu peux bien te le garder et dégager le plancher ! »

     D'un côté, cela lui faisait mal de repousser de l'argent, il en avait besoin et il en était parfaitement conscient, mais Izhi avait joué avec sa vanité et avait touché un point sensible. La certitude qu'elle le considérait comme un simple serviteur était ancrée dans son esprit et refusait de s'en-aller. D'un geste sec, se doutant qu'il risquait de faire une bêtise s'il le gardait à la main, Galahad planta l'arme dans le bois avant de retirer sa main de la poignée, puis il se tourna vers la jolie donzelle. Ses yeux pétillaient d'une colère mêlée à la honte de l'humiliation qu'elle lui avait fait subir, mais dans la pénombre il était peu probable qu'elle le remarque. Il la dévisageait une fois de plus, alors que les pensées et les protestations se bousculaient dans son esprit. Le Singulier avait tellement d'envies à la fois qu'il ne savait comment réagir. L'argent n'avait aucune importance dans cette affaire, l'Héritier était un adorateur de Mynkor et l'idée qu'il aurait pu offrir le sceptre à Tanith pour se faire bien voir d'elle, hantait ses pensées. Elle avait profité de ses connaissances pour se jouer de lui, il n'était rien de plus que le bras armé dont elle avait besoin et qu'elle repoussait lorsqu'elle en avait terminé. Un peu comme l'amant que l'on chassait au retour du mari, sauf que là il n'y avait même pas le plaisir puisque l'excursion avait été plutôt rude jusqu'au sceptre. Constatant qu'il ne décolérait pas, Galahad décida de jouer le jeu de la sincérité pour une fois.

     ▬ Je me fiche de ton argent, c'était le sceptre que je voulais. Tu t'es bien moquée de moi, dire que je te prenais pour une gamine un peu trop survoltée, en réalité, t'es encore pire que moi. Ce n'était pas forcément un compliment, bien au contraire même. Il se détourna, présentant à nouveau son dos à la demoiselle en espérant que cela la ferait partir. Je te conseille de rentrer chez toi, je risquerai de te faire quelque chose que tu n'apprécierais pas si tu persistes à rester ici. »

     Était-il sérieux ? Certainement, visiblement elle le connaissait mieux qu'il ne se connaissait, la jeune femme devait donc connaître le meilleur comportement à adopter.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mer 29 Fév 2012, 16:00

    Si ses prunelles avaient pu être maitresses de la foudre, nul doute qu'Izhelindë ne serait plus de ce monde pour en témoigner. Ses innombrables facéties l'avaient déjà glorifiée de quelques oeillades noires, mais jamais encore il ne l'avait châtiée d'un tel regard. A la seule vue de son compagnon d'odyssées, elle pouvait ouïr tous les blasphèmes qu'il se retenait certainement d'énumérer au risque de devoir y passer la nuit entière. Le sourire avec lequel elle s'était présentée s'était immédiatement estompé, sa lèvre subalterne subissait les morsures provoquées par son embarras alors qu'il l'accueillit d'un phonème caverneux. Elle ne s'était guère attendue à une étreinte amicale, mais rien n'était plus inconfortable que de se voir jeter ses fautes en plein faciès, particulièrement lorsqu'elles s'avéraient être toutes vraies. Si d'ordinaire elle aurait rugi au premier assaut, elle n'en fit rien et demeura aphone. Même si elle l'avait voulu, Galahad ne lui aurait poins laissé le temps de l'invectiver à son tour, il laissa déferler sa rancoeur sur l'écorce qui fut transpercée à plusieurs reprises. Chaque coup porté fut illustré par un feulement qui créa un soubresaut chez la demoiselle, remerciant silencieusement Eydis de ne pas être à la place du tronc qui époumonait sa douleur. Avait-il passé sa vendetta sur un élément inerte du décors pour ne pas céder à ses pulsions primaires et lui briser la nuque comme il le ferait avec un vulgaire morceau d'ébène ? Elle ignorait si elle devait allier son acte à une sorte de bienveillance, ou simplement à l'intelligence d'un stratège ne désirant guère ébranler la reine de son jeu d'échecs. La dryade s'interrogeait... Avait-elle eu raison d'outrepasser les lisières de son orgueil, en le trahissant puis en s'octroyant une incursion à même son domicile ? Quelque peu happée par l'opprobre sur l'instant, elle tenta de se rasséréner, elle n'avait pas abattu toutes ses cartes et son charme congénitale aurait peut-être l'opportunité de l'enjôler suffisamment. Prompte à le sanctifier de sa plus belle oeillade en dépit de la pénombre de sorgue, sa déclamation suivante l'ankylosa de sidération.

    Une gamine survoltée ? Etait-ce donc tout ce qu'elle représentait à ses yeux ? Une pouponne dans une anatomie de femme, inapte à rester en place plus de quelques minutes. Une indocile incapable de mirer plus loin que le bout de son nez, emportée par la moindre toquade, et qui par-dessus tout, serait outrecuidante au point de distribuer les rôles à qui se situait sous son emprise. La marotte des médisances des seigneurs de la Cour de son père était une chose, lorsque celles-ci se matérialisaient en une lame qui lui lacérait directement l'épiderme, cela en était une autre. L'héritière n'avait pas souvenir que quiconque l'eut auparavant vilipendé de la sorte, avec tant d'acerbité qu'elle en était transie d'étonnement. Quelque part, elle comprenait le principe des flagorneries, elle qui n'avait toujours qu'était d'une spontanéité viscérale. Les ongles plantés dans l'aumônière qu'elle tenait encore, elle fureta le sol en quête de la répartie qu'elle avait égarée. Presque résignée à tourner à son tour l'échine pour finalement rebrousser chemin et se mortifier dans les draps de soie qui l'attendaient, le galbe de l'adonis lui ploya une décharge de persévérance qu'elle s'empressa de saisir. Elle fit quelques pas de plus en sa direction – provoquant cette sempiternelle mélopée de pièces – mais estima prudent de préserver une distance d'ataraxie.


    « Si tu ne peux pas te regarder dans un miroir c'est ton problème, moi je t'assure que j'y parviens encore. Allez, je sais que tu en veux de cet argent, je te connais ! »

    A l'instar d'un bambin triturant son hochet, elle fit à nouveau chanter la richesse dans l'espoir qu'elle agriche l'avarice de l'éphèbe. Il n'y avait rien de glorieux à user de son abondance de faste pour entrer dans les bonnes grâces de plus miséreux qu'elle, mais elle doutait qu'une simple risette séductrice ait raison de son aigreur. Même si elle avouait qu'elle aimait à jouer de sa volupté, ce n'était guère là un domaine dans lequel elle excellait contrairement aux apparences. Galahad ne répondait jamais à ses élans de sensualité, raison pour laquelle elle les lui infligés. Peut-être la considérait-il telle une nymphe parfois entreprenante, que rien ou tellement peu effrayait. Ce n'était point le cas et elle se garderait bien de le lui faire savoir tant qu'il ne le découvrirait pas par lui-même. Elle n'osait songer aux gouailleries qui la tenailleraient s'il prenait conscience qu'une mitoyenneté installée autre que par sa propre personne l'effraierait. Pour cela, encore faudrait-il qu'il daigne considérer sa présence ! Epine dorsale en guise d'interlocutrice, le mépris qu'il lui témoignait commençait à l'exaspérer, et Eydis savait que l'indifférence poussée à son paroxysme était ce qu'elle abhorrait le plus. Posant l'une de ses mains sur sa hanche – une posture miroitant son ressentit – sa voix cristalline s'éleva d'une façon plus péremptoire que précédemment.

    « Regarde-moi quand je te parle, Galahad. »

    Venait-il d'effleurer un point sensible ? Son irritation palpable la trahissait, peu habituée à être reléguer à un simple ornement du décors. Sa condition princière lui concédait les égards de tout sujet du royaume, du moins, tel était le cas lorsque sa tiare royale ornait son front. Izhelindë prônait l'anonymat à travers l'identité fallacieuse qu'elle présentait lors de ses pérégrinations, mais comme sans doute tout être vivant, elle était avide d'un minimum d'estime. Etait-ce de cette meurtrissure que le forgeron souffrait ? Elle ignorait qu'elle avait tant lapider sa superbe. Cependant, rongée par son impétuosité naturelle, la sylphide ne l'entendrait pas de cette oreille quand bien même le tord l'imputait. Des érythèmes lui embrasèrent les pommettes de frustration, toute personne dotée de bon sens aurait plus qu'inéluctablement quitté les lieux pour ne plus jamais y revenir. Mais pas Izhi. Cette dernière – toujours en proie à la totale abstraction du jeune homme – déposa la bourse mafflue à même le sol et en fit de même avec sa besace. Elle délaissa même son épieu et retira sa pèlerine, tout ceci avec une quiétude emphatique qui n'était qu'un voile diaphane d'illusion. Son inertie donna naissance à un silence impromptu qui n'eut qu'à peine le temps de durer. Une foulée se répercuta, puis avant même que l'éphèbe n'eut l'hypothèse de se retourner, elle le heurta de plein fouet. La diablesse le fit culbuter, tous deux chutèrent et s'entama un duel de roulades qui les entraina sur plusieurs mètres. Elément de surprise de son côté, la jeune femme parvint à arrêter leur course en se positionnant au-dessus de son acolyte – à califourchon – qu'elle plaqua par terre sans ménagement aucun. L'eurythmie stimulée, son souffle se précipita quelque peu alors qu'elle s'inclina sur son antagoniste du moment, ses prunelles azurées sondant les siennes ambrées.

    « Ecoute moi maintenant ! Je suis désolée pour ce que j'ai fait, mais ne prétend pas que tu n'en aurais pas fait autant pour justement l'avoir ce sceptre ! Si je n'avais aucune estime pour toi je t'aurais abandonné dans une pièce sans issue, je n'aurais pas pris le risque de recroiser un jour ton chemin. Je suis venue jusqu'ici sans savoir si tu me tuerais simplement en m'apercevant, parce que tu ne démérites pas et que j'en suis consciente. Arrête d'avoir peur qu'on t'apprécie et de te conduire comme une mijaurée effarouchée simplement pour une erreur de stratégie ! » D'avantage essoufflée après son discours, elle desserra la poigne qu'elle exerçait sur son vêtement et s'adoucit. « Je ne partirai pas tant que tu rechigneras, menace moi à ta guise, tu ne m'effraies pas. »

    Peut-être était-ce une bévue que d'affirmer qu'en effet, elle n'avait aucune peur, car ce n'était pas le cas. Elle n'était pas immuable et dans un baroud à mains nues, elle n'avait que d'infimes chances de sortir vainqueur. Taquiner un loup blessé était synonyme de suicide, la belle espérait qu'elle ne serait pas victime de sa véhémence.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Jeu 01 Mar 2012, 09:42

     Il ne réagit pas lorsqu'elle s'approcha et qu'il entendit les pièces s'entrechoquer dans sa bourse, elle ne l'aurait pas par sa vénalité. Galahad aimait l'argent, il aimait le pouvoir que cela donnait, mais sa fierté et sa vanité étaient bien plus développées et prendraient donc obligatoirement le dessus. Même si cela lui crevait le cœur de ne pas attraper l'aumônière qu'elle avait en maison, il repensait à l'humiliation cuisante qu'elle lui avait fait subir. Étrangement, son envie de richesse retombait aussitôt. Izhi ne s'en-allait pas, ce n'était pas très surprenant en y repensant, le jeune homme était pratiquement certain qu'elle ne partirait pas sans avoir réussi à reprendre le dessus, après tout la jolie princesse qu'elle était ne devait pas avoir l'habitude d'être ignorée. Au fond, le forgeron n'en savait strictement rien, il ne la connaissait que sous sa couverture, peut-être qu'elle n'était pas cette gamine gâtée, née avec une cuillère en or dans la bouche comme il le pensait ? Pourtant l'image qu'il se faisait d'elle refusait de se briser, le Singulier la visionnait toujours dans des robes qui devaient certainement valoir plus que sa maison natale, admirée pour sa beauté et sa verve par tous les nobliaux du royaume. Peut-être qu'il se fourvoyait. Peut-être pas. Au fond, cela n'avait pas de réel importance, le forgeron était juste persuadé qu'elle ne le lâcherait pas avait d'avoir réussi à lui prouver qu'elle le dominait lorsqu'elle le voulait.

     C'est pour cette raison qu'il ne se retourna pas lorsqu'elle lui ordonna de la regarder, elle pouvait toujours compter là-dessus tiens ! Buté et têtu comme une mule, le jeune homme ne cilla pas lorsqu'elle sortit de son champ de vision, il perçut simplement quelques bruits, tintement de pièces et bruissement d'étoffe, sans vraiment y prêter attention. Si elle comptait avoir le dessus, la demoiselle était arrivée le mauvais jour ! Bien décidé à l'ignorer totalement jusqu'à ce qu'elle s'en aille, Galahad fut pris par surprise lorsqu'elle décida de jouer les béliers en chargeant, il n'eut pas le temps de se dégager et chuta sur le sol inégal et jonché de poussière, paille et autres saletés. Hors de question de la laisser s'en tirer comme cela ! Avec un certain agacement il constata que son arme était restée plantée dans le morceau de bois qu'il malmenait juste avant, avait-il l'intention de s'en servir pour éprouver un tel dépit ? Pas dans la logique des choses, elle ne lui apporterait rien une fois morte, si ce n'était les pièces qu'elle portait avec elle bien entendu. Mais rien qui ne valait le risque du gibet. Lorsqu'ils finirent de rouler, ce fut une fois de plus Izhi qui eut le dessus, ce qui ne fit que renforcer le sentiment de colère et d'agacement déjà trop présent dans l'esprit du Singulier qui pesta intérieurement. Mynkor lui reprochait-il donc tant d'avoir perdu ce sceptre qu'il avait décidé de l'humilier jusqu'au bout ? A moins que ce ne soit simplement la preuve qu'il avait été délaissé par l'œil divin depuis bien longtemps ? Des questions, encore et toujours, il la dévisagea d'un regard assassin alors qu'elle s'inclinait vers lui qui manquait de s'étouffer d'indignation. Elle devrait lui porter préjudice jusqu'à la fin ?

     Il fut bien forcé de l'écouter, même en détournant le visage pour ne pas la regarder, comme si cette réaction enfantine allait lui permettre d'échapper à ses déclarations. Ce ne fut pas le cas, elle osait prétendre qu'elle avait agi de la sorte simplement parce qu'il l'aurait aussi fait ? Oui, c'était un fait, mais la différence était que lui n'avait jamais dissimulé ses intentions, contrairement à elle qui jouait les ingénues depuis le début de leur aventure. La différence était légère et certainement loin d'être valable, mais aux yeux mordorés du jeune homme, c'était normal et totalement justifié. Loin de l'apaiser, les paroles de la belle ne faisaient que renforcer son envie de la voir partir, elle osait le traiter de mijaurée et railler son comportement ! Le pire étant qu'elle avait totalement raison de souligner cela, il agissait comme une amante délaissée ou comme un gamin qui avait été oublié, pas très digne d'un Héritier, mais c'était plus fort que lui, Izhi lui faisait toujours perdre ses moyens et cela ne l'agaçait que davantage. Alors qu'elle concluait en déclarant qu'elle ne partirait pas et qu'il ne lui faisait pas peur, Galahad constata qu'elle relâchait sa pression, le moment idéal pour pouvoir reprendre le dessus. Il voulait le faire, mais à sa manière, lui montrer qu'il n'était pas qu'un simple compagnon de voyage que l'on venait gratifier de quelques pièces lorsqu'elle était de bonne humeur ! Il soupira comme s'il baissait les bras et tourna les yeux vers elle, laissant son expression hostile disparaître.

     ▬ Désolée dis-tu.... »

     Il voulait simplement qu'elle s'imagine qu'il avait accepté ses excuses, le temps de pouvoir placer ses mains au bon endroit et c'était pour cette raison que le forgeron avait parlé d'une voix presque calme. Il glissa l'une d'elle à côté de lui, puis au moment où il estima que c'était l'occasion, le Singulier la releva pour attraper la Princesse à la gorge avant qu'elle ne puisse réagir, puis d'un coup de bassin la fit tomber sur le côté. Galahad ne prit pas la peine d'atténuer le choc avec lequel elle heurta le sol et se contenta de ne pas desserrer sa poigne sur le cou de cygne de la belle. Il roula légèrement sur le côté de manière à bloquer le corps de Izhi avec le sien afin qu'elle ne lui envoie pas d'éventuel coup de pied bien placé, puis le jeune homme approcha son visage de cela de la demoiselle pour planter ses yeux dans les siens. Il espérait qu'elle était en train de se dire qu'elle n'avait peut-être pas pris la meilleure décision en débarquant ici sans arme digne de ce nom. Il voulait qu'elle puisse avoir peur de lui.

     ▬ Es-tu sûre que je ne t'effraie pas ? Soit tu es idiote, soit tu ne me connais pas Izhi, tu t'imagines que je vais te laisser t'excuser et te faire pardonner aussi simplement ? Je ne suis pas un de ces crétins qui accorde deux fois sa confiance. »

     Il serrait toujours son cou, pas au point de la priver d'air, mais suffisamment pour qu'elle comprenne qu'il ne plaisantait pas. Le jeune homme tourna légèrement la tête en direction du poignard planté dans le bois, s'il l'avait eu sur lui, nul doute qu'il en aurait profité pour l'effrayer davantage. Galahad espérait simplement que la belle avait remarqué son attention pour l'arme et qu'elle se demanderait s'il était réellement sérieux. Il ne pouvait pas la tuer, il le savait bien, mais est-ce qu'elle le savait aussi ? Ce n'était pas certain. Le forgeron reporta son attention sur Izhi, approchant encore son visage du sien comme s'il voulait lui dire un secret. La proximité n'avait rien de tendancieux dans son esprit, il voulait simplement la maîtriser et pouvoir lui faire peur en l'empêchant de se mouvoir librement. Si en plus le fait qu'il soit trop proche d'elle pouvait la mettre mal à l'aise, ce serait un supplément qu'il n'avait pas prévu. Son bouche de glisse vers l'oreille de la Princesse alors que sa joue frôlait la sienne, puis il reprit d'un ton qu'il n'employait généralement pas avec elle. C'était celui avec lequel il parlait à sa famille.

     ▬ Tu as raison, peut-être que je t'aurais fait le même coup, mais moi je ne t'ai jamais caché ma manière de faire, toi Izhi, tu m'as arnaqué sans même m'avoir donné la possibilité de déjouer ton plan. J'aurais dû te laisser enfermer derrière ta porte avec ton feu-follet pour seule compagnie ! Il inspira légèrement. Mais je ne l'ai pas fait. Contrairement à toi. »

     Il était vrai qu'il avait eu l'occasion de l'abandonner, mais ne l'avait pas fait. Non pas envie de l'aider ou de la garder auprès de lui, mais simplement parce qu'elle était plus douée que lui pour les énigmes et qu'il avait aussi besoin de la Princesse derrière Izhi. Le jeune homme recula finalement son visage, légèrement, de manière à pouvoir la regarder dans les yeux sans pour autant la libérer de sa prise, histoire de distiller une dernière goutte de venin, une dernière goutte de doute. Un léger sourire amusé orna ses lèvres pleines alors qu'il concluait.

     ▬ Puisque tu me vois comme un mercenaire qui n'hésite pas à abandonner les autres, tu comprendras que j'ai plus à gagner en te tuant là et en récupérant ton argent. »

     Il haussa les sourcils d'un air interrogateur avant de relâcher légèrement sa pression autour du cou de cygne de la jeune femme. Elle pourrait ainsi parler, mais elle garderait certainement les traces de ses mains pendant quelques jours. Il s'amusait à l'idée d'imaginer comment elle comptait justifier cela.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mer 07 Mar 2012, 03:47

    Il risquait de se draper d'avantage dans sa dignité lacérée avec cet assaut fortuit et somme toute violent. La dryade n'avait trouvé d'autre subterfuge pour qu'il daigne lui prêter l'oreille, car elle ne se résignerait point, il finirait par l'entendre. Même si elle ne parvint pas à prendre ses prunelles d'ocre en étau, elle ne l'épargna pas de son regard résolu et surtout de ses tirades spontanées. Si elle pouvait se satisfaire qu'elle le connaissait suffisamment pour le leurrer sans guère trop de difficultés, elle ignorait en revanche la meilleure des solutions à adopter pour pacifier sa rancoeur. Etait-ce seulement envisageable, elle s'interrogeait. Galahad allait même jusqu'à répudier son avarice pourtant notoire par simple orgueil, avait-elle seulement une chance de se faire gracier à ses yeux. Elle eut l'outrecuidance de le croire lorsque – d'un pantomime à la lisière de l'artistique – il sembla abandonner l'idée de poursuivre la lutte. Son phonème se prêta également à la tromperie, comme soudainement rasséréné par les excuses de la fautive qui n'en demeuraient pas moins sincères. Elle espérait tant sa mansuétude qu'elle ne distingua pas même une once de cette mystification à laquelle il s'appliqua avec plus de talent qu'elle ne lui aurait allégué. Ses mains délaissèrent leur poigne pour n'être plus qu'un anodin contact sur son torse, méfiance toute omise, dont elle témoigna par ses traits distendus de soulagement. Son estime pour lui était réelle bien qu'encore précaire dû aux actuelles circonstances. Peut-être devait-elle trouver le moyen adéquat pour le lui faire savoir, même s'il viendrait à dire qu'elle n'est qu'une inconsciente qui s'entiche du premier compagnon venu.

    Mais son monde s'écroula lorsque, subitement, une pression vint la spolier de son oxygène avec âpreté. Décontenancée et aussitôt désarçonnée, Izhelindë vit la domination s'inverser de façon aussi bien physique que psychologique. Sans même comprendre, elle fut opprimée contre le sol sans plausibilité de riposte – ou même de réflexion ! Elle agrippa son avant-bras en essayant vainement de le faire lâcher prise, l'instinct de survie l'encourageant à planter ses ongles à même sa peau pour y graver des stries à la lisière du saignement sur plusieurs centimètres. Mais cette offensive typiquement féminine ne sembla pas l'affecter outre mesure alors qu'il lui professait l'éventualité de lui ôter la vie sans remord aucun. Si sa volonté avait été de l'effrayer, il était amplement parvenu à ses fins. Mâchoires serrées, la jeune femme l'observait avec épouvante qu'il n'illustre ses paroles. Il était peut-être moins inoffensif qu'elle ne l'avait suggéré, si tel était le cas, son fourvoiement risquait de lui coûter cher. Pire encore, la contiguïté qu'il installa l'oppressa d'avantage, cette suavité noire avec laquelle il lui susurra à l'oreille, alliée à la friction de leurs pommettes, fut cauchemardesque pour sa tolérance. Par chance dans son malheur, son corps s'estima bien trop agressé pour témoigner de son embarras et ne fit guère qu'accélérer son eurythmie déjà explosée. La belle tenta de mouvoir les épaules en guise d'indocilité, mais aucune de ses tentatives ne put avoir raison de sa force et plus que tout, de sa détermination. Quelle idiote ferait-elle si elle trouvait la mort en son étreinte, alors que tous les éléments la sommaient de fuir à toutes jambes. Une lourde conséquence de sa candeur amicale et surtout de sa témérité qu'elle regrettait amèrement, mais qu'elle finirait par retrouver si par un miracle quelconque, elle en réchappait indemne ou presque. Elle n'avait jamais songé à ce qu'il lui en veuille avec tant d'ardeur, néanmoins, une question demeurait : pourquoi ne l'avait-il point déjà tuée si c'était là ce qu'il désirait ? La faisait-il languir dans l'incertitude pour jouir de son effroi ? Voulait-il tout d'abord affirmer sa supériorité la gamine un peu trop survoltée qu'elle représentait à ses yeux ? Il ne lui tardait que peu d'avoir la réponse.

    Une lueur d'espoir l'effleura finalement lorsque la demoiselle sentit sa poigne s'adoucir, lui laissant le loisir de recouvrir une respiration plus confortable. Ses lèvres charnues aux couleurs d'églantine bougèrent sans qu'un son ne s'y faufile, simplement en quête d'oxygène. Puis enfin, sa voix rendue chevrotante par la tension qui demeurait à sa gorge éclata.


    « Je suis... Désolée ! Que veux-tu que je te dise d'autre ? J'ignorais que ce sceptre avait tant d'importance pour toi... Je pensais que notre quête n'était que de le retrouver et d'en tirer un bon prix, qu'aurions-nous pu faire d'autre d'un objet seulement utilisable par un sorcier ! » Elle essaya de retirer sa main de son cou. « Galahad... Tu me fais mal ! »

    Elle mentait. Non pas sur la douleur qui la tiraillait réellement, mais bien sur les intentions qu'elle avaient toujours eues avant même de l'entrainer dans cette aventure. Sa faute aurait pu être réparable dans la mesure où l'artefact était toujours en sa possession, il lui était cependant impossible de le céder au forgeron à moins de le regretter plus qu'actuellement et de mettre son identité en danger. Izhi ignorait encore ce qu'il adviendrait de ce butin qui sommeillait paisiblement dans l'une de ses caches, elle n'avait pas osé en faire part à son père, ni même à quiconque de son entourage royal. Bien sûr, elle avait toujours soupçonné un grand intérêt de la part de son acolyte, simplement pour son adoration envers Mynkor. Ce qu'il aurait eu l'intention de faire de leur trouvaille, elle n'en avait pas la moindre idée et cela commençait sérieusement à l'intriguer. Avait-il dans ses connaissances, un sorcier apte à en décrypter les sombres secrets ? Elle songeait qu'il avait plus de cartes dans sa manche qu'il ne l'avait laissé croire, quand bien même, il ne donna pas suite à ses bravades au plus grand soulagement de sa captive. Il la relâcha avec autorité, la laissant basculer sur le côté, puis se redresser à quatre pattes en toussaillant. Physionomie crispée, elle s'évertua à reprendre sa respiration en massant son épiderme meurtri et d'ores et déjà vêtu de rougeurs. Nul doute qu'elle se devrait de rivaliser d'imagination pour justifier les stigmates qui trôneraient à son cou pour plusieurs jours, à contrario, elle avait creusé de belles rainures dans son avant-bras bien qu'il n'ait à s'en légitimer auprès de personne. Après quelques secondes, la nymphe redressa les calots en sa direction, indignée de se retrouver dans une telle position de sujétion : elle à ramper sur le sol, et lui sur ses jambes à la mirer de haut. Elle était persuadée qu'il jubilait pleinement, un véritable fantasme qui prenait vie sous ses yeux enchantés. Sa tête se baissa, puis elle fureta la poussière, les joues empourprées par divers facteurs.

    « … Ca va, tu es satisfait ?! Ta bégueulerie et toi ne valez pas même le statut de mercenaire. »

    Feula la belle avec aigreur, feignant de se mettre assise. Elle profita de la pleine confiance de l'éphèbe pour lui jouer un mauvais tour qui ne serait qu'un de plus parmi ceux déjà existants. Rester sur une défaite – ou une humiliation – n'était pas de son goût, ceci même si Galahad aurait eu toute la légitimité de se venger. Sa jambe de gazelle entreprit un violent tacle, elle balaya ainsi les chevilles du jeune homme pour le faire retomber lourdement au sol. Néanmoins, elle ne fut pas folle au point de lui sauter sur le poil en usant de ses frêles poings comme seules armes, et préféra la fuite à un affrontement perdu d'avance. Avec hâte, la princesse rampa à moitié – prise dans la précipitation -, puis se redressa entièrement pour entamer sa course avant qu'une nouvelle poigne ne la rappelle à l'ordre. Mais si quiconque aurait pu affirmer qu'elle partirait sans demander son reste et sans intention de revenir, c'était bien mal la connaître. Elle se dirigea maladroitement jusqu'à ses affaires abandonnées non loin de là, puis esquiva l'aumônière pour saisir son épieu dont elle orienta la lame vers son antagoniste. Dorénavant, elle possédait une arme longue qui lui conférait l'avantage d'attaquer à une distance raisonnable et qu'elle maitrisait un tant soit peu pour être sa favorite. Rien ne lui assurait que cela serait suffisant, mais malgré les apparences, ce n'était là qu'un procédé défensif. Izhelindë n'avait aucune intention de se lancer à l'assaut, il s'agissait seulement de le tenir à l'écart.

    « Ca suffit. » Confessa t-elle d'une voix encore endolorie mais plus posée. « Nous pouvons continuer à nous battre si tu veux, mais rien de ce que tu feras ne te ramènera le sceptre. Que puis-je faire pour te prouver que je ne suis pas ton ennemie ? Essaies de te calmer et d'y réfléchir, au moins. »

    La crinière en bataille, l'air sauvageonne et à moitié englobée par la pénombre, elle lança la première trêve en espérant qu'elle trouve écho en Galahad. Il ne pourrait lui reprocher ni son hardiesse ni ses efforts pour lui convenir. Elle ne désirait pas repartir avec la culpabilité de l'avoir trahi, sa repentance s'avérait néanmoins plus délicate qu'initialement prévu.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mer 07 Mar 2012, 12:13

     Le fait de savoir qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'il réagisse aussi brutalement le consolait un peu. Si Izhi avait prévu et anticipé sa réaction, le jeune homme se serait certainement sentit très agacé et aurait bien pu décider de mettre de côté sa bonne résolution, à savoir celle de ne pas la tuer. Heureusement, pour une fois le destin semblait d'accord pour lui laisser un peu le dessus et même si elle parvenait à garder une certaine maîtrise d'elle en répondant d'une voix tout de même chevrotante, Galahad était certain de lui avoir fait peur. Sa vanité l'empêchait de percevoir les choses sous un autre angle, elle aurait été bien sotte de ne pas le croire capable de pousser encore plus loin, parce que c'était bel et bien le cas. Sans être un individu violent, le Singulier ne voyait des fois pas d'autre moyen de remettre les pendules à l'heure. La belle était plus intelligente que lui, cela ne faisait pas le moindre doute, elle avait eu une éducation que lui ne possèderait jamais, sa seule chance pour faire pencher la balance de son côté était donc par la force. Il ne répondit pas tout de suite lorsque la voix hésitante de la Princesse souligna le fait qu'il fallait être sorcier pour user d'un tel objet, c'était justement son but, il l'aurait donné à Tanith qui aurait parfaitement su quoi en tirer. Mais il était hors de question d'avancer la possibilité qu'il puisse connaître quelqu'un capable d'en user. Galahad n'oubliait pas que la demoiselle face à lui était la Princesse de Lanriel et que par conséquent, même s'ils étaient « amis » elle ferait passer son devoir avant les sentiments. Mieux valait rester le simple petit forgeron sans importance. Elle ne devait pas savoir qu'il avait d'autres contacts « comme lui », bien qu'étrangement cette pensée le rendait amer. Peut-être le prendrait-elle plus au sérieux si elle savait, mais ce serait encourir le risque de tout perdre de l'autre côté, hors de question de faire cela alors qu'il y travaillait depuis trop longtemps.

     Ce fut pour cette raison qu'il la relâcha lorsqu'elle se plaignit du fait qu'il lui faisait mal, le forgeron ne pouvait pas la garder bien longtemps dans cette position. Izhi s'éloignait à quatre pattes tandis que lui se redressait en époussetant rapidement ses vêtements déjà pleins de poussière, puis il baissa les yeux vers la jeune femme qui qui décrocha un regard visiblement contrarié avant de baisser aussitôt les yeux vers le sol. Un sourire satisfait se peignit sur les lèvres bien dessinées du Singulier alors qu'elle réagissait à la manière des personnes qui ne pouvaient pas user de violence, en lui lançant des mots qui se voulaient blessants. Mais il avait déjà entendu bien pire et baissa sa garde. Grossière erreur, il se retrouva rapidement sur le sol après que la biche effrayée se soit transformée en une rebelle pour le balayer d'un geste de la jambe. Serrant les dents de colère, le jeune homme tourna la tête en direction d'Izhi qui s'était déjà éloignée rapidement, tenta même de lui attraper la cheville, mais elle était hors d'atteinte. De dépit, de colère et de frustration il frappa le sol, provoquant un petit nuage de poussière, même lorsqu'il pensait avoir le dessus, elle retournait la situation ! Lorsque le Singulier fut sur ses pieds, le Princesse avait déjà attrapé son arme pour le menacer comme si elle comptait le planter avec. Il lui décrocha un regard irrité alors qu'elle avançait des arguments tout à fait logiques qui méritaient réflexion. Le jeune homme souffla pour manifester son agacement avant de tourner les yeux vers son poignard resté planté dans le bois. Il lâcha quelques mots d'un air agacé.

     ▬ Tu te trompes, je pourrais te faire avouer à qui tu as vendu ce sceptre et aller le chercher chez son nouveau propriétaire. Je ne suis pas aussi mauvais que tu sembles le penser, surtout en solitaire. »

     Rien ne prouvait qu'elle disait vrai, Izhi pouvait aussi bien lui raconter avoir vendu le sceptre alors qu'elle avait tiré la bourse pleine d'argent des coffres de son père. Les riches pouvaient se procurer tout ce qu'ils voulaient, que gagnerait-elle à avoir encore plus d'argent ? Galahad était en droit de douter vu qu'elle lui mentait sur son identité alors que jusqu'à ce jour, lui avait toujours fait preuve d'une sincérité à toute épreuve, il ne lui avait même pas caché être un adorateur de Mynkor, pas plus que le fait qu'il n'hésitait pas à trahir pour obtenir ce dont il avait besoin. Une étrange manière de présenter les choses en effet, mais au fond, des deux, c'était lui le plus franc. Le jeune homme s'éloigna de quelques pas pour s'approcher de son arme et la sortir du bois où elle était plantée avant de raffermir sa prise sur la poignée du poignard, pivotant pour poser ses yeux mordorés sur la demoiselle.

     ▬ Et tu comptes m'attaquer avec ton... Arme, si je m'approche ? Tu as déjà tué quelqu'un Izhi ? Tu crois que tu parviendras à me neutraliser avant que je te ne touche ? Il ne comptait pas l'attaquer, mais simplement lui laisser une dernière fois le temps de douter. Son sourire ne désertait pas ses lèvres alors qu'il glissa le poignard jusqu'au fourreau qu'il avait à la ceinture, pour l'y ranger d'un geste sec. Mais tu as raison, remettons cela à un autre jour. »

     La belle avait soulevé un point intéressant, que pouvait-elle lui offrir pour montrer qu'elle n'était pas son ennemie ? Il n'en savait rien, habituellement le jeune homme attendait que les personnes présentent leurs offres pour choisir celle qui lui semblait le plus intéressant, bien évidemment après avoir demandé plus que ce qui lui était donné. Mais là.... Les idées se bousculaient dans son esprit, de nombreux possibilités qui pouvaient se révéler plus intéressantes les unes que les autres. Puis une se dégagea du lot. Il voulait encore avoir le dessus sur elle, la sensation de domination qui s'était présentée dans son esprit alors qu'il constatait clairement que la jeune femme était apeurée, avait été plus plaisante que tout ce qu'il avait connu jusqu'à ce jour. Ou presque. Il lui fallait sonder, trouver ce qu'elle pourrait bien craindre, essayer de la mettre dans une position délicate. Les moyens étaient tout aussi nombreux qu'opposés, il devait tirer la bonne paille sous peine d'être éliminé du jeu. Le cheminement se fit dans ses pensées alors qu'il se disait qu'une Princesse ne devait pas craindre grand-chose, si ce n'était d'être tuée ou d'être vue dans une position délicate avec un simple forgeron. Comme lui. Son sourire s'élargit légèrement alors que sa main quittait son arme, puis il fit quelques pas en direction d'Izhi avant de lever sa main vers celle de la jeune femme pour lui faire signe de baisser son arme.

     ▬ Tu peux baisser ton arme, j'ai rangé la mienne, je ne vais rien te faire, tu m'as convaincu. J'ai bien une idée de ce qui pourrait me prouver que tu n'es pas mon ennemie. »

     En réalité, il n'attendait rien d'elle sur ce plan pour être sincère. Galahad n'avait jamais envisagé demander quoi que ce soit à Izhi dans ce domaine, mais c'était la chose la plus évidente qui s'était présenté à lui lorsqu'il s'était demandé ce qu'une Princesse pourrait craindre. La réponse était facile : qu'une simple roturier comme lui puisse lui faire des avances et sous-entendre vouloir plus que de l'amitié avec elle. Il ne comptait pas aller bien loin, juste assez pour qu'elle le repousse et qu'il puisse exiger quelque chose de plus qu'une simple poignée de pièces, un moyen comme un autre de faire augmenter son salaire. Attrapant la main de la demoiselle, il la força à baisser son arme, avant de lever sa main libre vers le visage d'Izhi pour effleurer légèrement son visage. Elle pouvait penser qu'il allait à nouveau tenter de l'étrangler, mais son geste avait été trop « délicat » pour laisser présager quoi que ce soit de mauvais ou d'hostile. Histoire de lui faire bien comprendre ce qu'il voulait – ou plutôt voulait lui faire croire qu'il attendait d'elle – le forgeron s'approcha encore de la Princesse pour ne laisser que quelques centimètres entre eux, avant de pencher son visage vers le sien. Il guettait ses réactions, se demandant à quel moment elle allait bien réagir. Sa main glissa de la joue de Izhi, vers son cheveux qu'il effleura brièvement avant de descendre jusqu'à son épaule, tandis qu'il prenait la parole.

     ▬ Est-ce que j'ai besoin de te faire un dessin, ou ton intelligence te permet-elle de comprendre toute seule ? »

     Il était certain que l'intelligence ne faisait pas tout, des fois les êtres les plus cultivés ne comprenaient pas les choses les plus simples. Même si là, il y avait un piège et non une tentative sincère.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Jeu 08 Mar 2012, 13:47

    Prétendre qu'elle avait repris le dessus aurait été inexacte, ou partiellement fallacieux tout du moins. Si sa vélocité et sa matoiserie étaient des notions substantielles à un hypothétique duel, tout le reste était en possession du forgeron qui avait certainement essuyé de plus âpres échauffourées. Il n'aurait ainsi qu'à guetter le premier faux mouvement pour lui confisquer son arme et lui briser la nuque tel un vulgaire rameau. L'avoir bousculé jusque dans ses retranchements les plus reculés n'avait certes pas été la meilleure idée qu'elle ait eue, lui reconnaître sa supériorité aurait en revanche été la solution adéquate pour l'apaiser. Néanmoins, flagorner n'était pas dans les marottes même princières de la jeune femme, aussi faisait-elle toujours front même dans la pire des perspectives. Loin d'elle le désir de meurtrir son acolyte d'odyssée, verser son hémoglobine était une éventualité qu'elle répudiait rien qu'en y songeant, mais la vie était d'une telle préciosité qu'elle méritait d'être préservée même par-delà les pires ignominies. Son eurythmie s'enfiévra à nouveau lorsqu'elle l'aperçut récupérer son coutelas avec bien trop de diligence, et toujours cette même nitescence embrasée dans le puits de ses prunelles mordorées. Leur accointance prendra t-elle fin ici, par le fer et la haine ? Ses doigts opprimèrent le manche d'ébène de son épieu, comme pour confirmer une position et une volonté de guerroyer jusqu'au trépas s'il le fallait. Sans doute s'emportait-elle trop furtivement, happée par une peur réelle et justifiée mais qu'elle refusait d'admettre. Ses proches l'auraient encore morigénée s'ils avaient eu le loisir de l'admirer, elle ne dépassait que trop les lisières de la raison et le paierait de son existence le jour où Eydis s'offusquerait de tant d'inconscience. Elle espérait que ce jour ne serait pas celui-ci, car comme la majorité des gens, elle s'affublait de remords lorsqu'il était trop tard, mais n'hésitait guère à réitérer ses bévues si elle s'en trouvait épargnée. Elle était irresponsable, le savait, mais ne parvenait à lutter contre sa nature.

    C'était une autre lutte à laquelle elle échappa, ce qu'elle crut comprendre lorsque Galahad rangea volontairement son arme et déclara une armistice temporaire. Encore trop méfiante suite à son accès de violence dont les stigmates ornaient à présent sa gorge, Izhelindë resta armée, prompte à riposter à la moindre manifestation suspecte. Il ravala lentement la distance qui les séparait, sa venue crispa la sylphide qui ne baissa pas sa garde malgré qu'il lui en fit la demande gestuelle puis phonique. Au revers des houppettes qui lui striaient le faciès, la belle grinçait presque des dents tant elle se faisait suspicieuse d'une tromperie à venir. Il ne l'aurait pas par deux fois en feignant la paix pour mieux mener l'assaut, pourtant, elle ne put s'empêcher de penser qu'il prenait un risque en approchant de si prés la lame qui le menaçait. Lentement encline à se calmer lorsqu'il approuva sa proposition de lui rendre un quelconque service en guise de preuve d'amitié – ou de non antagonisme au plus exact – elle le laissa baisser sa lance. La vision d'une main s'aventurer jusqu'à son visage lui inspira une réaction somme toute intuitive et probante : un soudain spasme la fit sensiblement reculer alors qu'elle fureta d'un air indécis le regard de son vis-à-vis. Peu fière de s'être effrayée pour si peu et surtout interrogative quant à cette mue comportementale impromptue, elle le laissa musarder à sa guise sur ses courbures physionomiques sans réellement parvenir à saisir ses intentions, ou du moins sans vouloir croire à ses théories. La promiscuité se souligna lorsqu'elle le sentit proche, bien trop proche et mielleux pour que cela en soit anodin. La mimique hébétée qu'elle lui offrit devait être un pur délice pour le jeune homme, qui aurait de quoi se gausser pour les prochaines heures sans fournir d'avantage d'efforts pour la déstabiliser. Mais ce ne fut rien contrairement à l'expression qu'elle miroita lorsqu'enfin, elle sembla comprendre les attentes libidineuses évoquées par cette suavité qu'elle ne lui connaissait pas. Comme par enchantement, ses pommettes se maquillèrent de beaux érythèmes visibles même à la seule clarté de l'astre lunaire. Ses yeux écarquillés de stupéfaction et d'embarras le fixèrent dans un silence pesant, avant qu'elle ne daigne réagir sans détour aucun. Elle asséna une tape sur cette main flâneuse qui s'était logée sur son épaule à l'instar d'un enfant que l'on désirerait punir, puis le poussa – bien que ce fut elle qui fut projetée en arrière dû à leur différence de carrure.


    « Qu'est ce qui te prend ?! Abruti, idiot, crétin fini ! »
    Elle ramassa la pèlerine qui trainait à ses pieds et la lui envoya à la figure. « Cette plaisanterie est tout sauf drôle ! »

    Car elle voulait s'en convaincre, ce n'était là qu'une facétie habilement orchestrée pour lui faire perdre tous ses moyens. Jamais depuis leur première rencontre il n'avait eu un geste ou même une oeillade déplacée ou suggestive, il s'était même évertué à l'indifférence quand bien même elle eut hasardé son charme sur sa personne. S'il avait été animé par une quelconque volupté, n'en aurait-il pas profité bien avant aujourd'hui ? Si la logique parlait d'elle-même, la dryade se permit cependant de douter, comme si avoir frôlé la mort part étranglement avait entièrement remis sa vision de Galahad en question. Elle ne pouvait désavouer qu'il était un adonis dans son genre, dont les risettes devaient avoir séduit plus d'une donzelle en dépit de son caractère peu avenant. Il n'était pas homme à passer inaperçu aux yeux de la gente féminine, elle en était persuadée bien qu'ils n'eurent jamais abordé ce sujet, elle savait reconnaître un potentiel masculin pour avoir été approchée par d'innombrables prétendants aux moeurs et apparences disparates. Dans son rôle d'héritière, subir les flatteries de l'autre sexe n'était qu'une coutume à la limite du ludique, qu'elle finissait éternellement par rebuter avec fermeté. Cependant, elle ne pouvait là point se draper dans sa noblesse pour se protéger, car elle arborait le rôle d'une simple indigente parmi tant d'autres. Son inexpérience en matière de contiguïté serait étrangement perçu, après tout, qu'aurait-elle eu à perdre si elle n'avait été qu'une roturière ? Ce n'était pourtant par le cas, et elle ne perdait pas de vu son véritable rang malgré tout. Quoi qu'il puisse en être, la nymphe était – presque – convaincue qu'il ne s'agissait là que d'une lubie isolée, que le forgeron raillerait de sa réaction puis finirait par oublier, comme ils en avaient l'habitude. Elle n'osait imaginer les conséquences s'il s'amusait néanmoins à poursuivre son nouveau jeu... Non, elle fabulait certainement. C'est ce qu'elle conclut en lui tournant l'échine non sans une moue bougonne. Elle fit quelques pas puis se baissa pour ramasser l'aumônière qui gisait au sol... C'est alors qu'elle sentit un effleurement inopiné sur la peau dénudée de son épaule, et sans attendre, elle fit un bond sur elle-même en menaçant de son épieu.

    « Bat les pat... !! »

    L'incompréhension générale. Alors qu'Izhelindë pensait trouver son ami derrière elle, celui-ci se trouvait encore à sa place initiale, bien trop loin pour avoir pu l'atteindre. Elle comprit aussitôt que ce qu'elle eut pensé être un geste grivois n'avait été qu'un contact avec l'une de ses mèches qui avait glissé sur son trapèze, et qui lui avait entre autre permis de se ridiculiser au possible. Morte de honte – le rouge monté aux joues – la jeune femme le rejoignit pour écraser l'aumônière boursouflée sur son torse et récupérer la pèlerine qu'elle lui avait expédiée au visage. A présent, il pouvait être certain qu'elle n'avait pas l'esprit quiet et qu'il l'avait véritablement troublée, au point d'en avoir des élans psychotiques. La demoiselle se revêtit, capuche relevée pour mieux se camoufler, puis rassembla ses affaires avant de déclarer d'un phonème irrité.

    « Allons en ville, nous y trouverons bien quelque chose à faire. Je te payerai un verre ou une nouvelle arme, ou ce que tu veux. » Elle fronça les sourcils et siffla entre ses dents serrées. « Dans la mesure du raisonnable... »

    Elle revint auprès de lui et le bouscula – gentiment cette fois-ci – pour lui faire comprendre d'ouvrir la marche. Elle espérait qu'il ne se laisserait aller à aucun commentaire scabreux durant leur trajet, au risque qu'elle ne finisse par préférer la compagnie de ses appartements plutôt que celle de l'éphèbe. Elle nourrissait l'espoir qu'ils puissent finalement passer une nuit délassante, pendant laquelle ils seraient éventuellement amenés à faire plus ample connaissance sous l'ascendance d'une amitié simple. Le bon côté des choses était qu'il semblait avoir renoncé à l'occire de quelle que façon que ce soit, jusqu'à la prochaine algarade tout du moins. Le voyage jusqu'à Dinas Uchel se déroula sans anicroches, sans réelle conversation non plus puisque la sylphide préférait se soustraire au silence plutôt qu'à un échange vain. De plus, il lui fallut le temps de la réflexion pour se persuader que sa réaction était démesurée, et pouvoir agir en toute normalité et provocation usuelle. Ils s'engouffrèrent déjà dans les ruelles partiellement éclairées de la cité royale, animées par les quelques passants pour la plupart déshinibés par les débordements éthyliques. Le chant inintelligible d'un couplet d'ivrognes qui manquèrent de leur rentrer dedans fit rire Izhi, qui s'immobilisa à la lisière d'un carrefour en se tournant vers son compagnon de soirée.

    « Alors, qu'as-tu envie de faire ? C'est toi qui décide, je te suis. Et quoi qu'il arrive, c'est moi qui offre. »

    Elle osa lui adresser un sourire sincère et croisa les bras en patientant jusqu'à sa décision. La princesse avait la propension de s'apaiser aussi vite qu'elle ne s'indignait.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Ven 09 Mar 2012, 06:51

     Elle avait l'air très surprise, la satisfaction de Galahad fit aussitôt surface alors que son sourire amusé s'étendait toujours davantage. Pour être sincère, le forgeron avait douté que sa petite tentative puisse marcher, Izhi avait un côté tellement... Séduisant, qu'il ne pouvait pas concevoir qu'un simple sous-entendu puisse la troubler. Depuis le début de leur relation, le Singulier percevait la princesse comme une séductrice, une femme sûre de ses charmes qui obtenait ce qu'elle voulait d'un battement de paupières. Elle était très belle et il devinait aisément qu'elle attirait l'attention de tous les hommes de son rang – et même des autres – les prétendants devaient être nombreux à se bousculer à sa porte. C'était surtout pour cette raison que le jeune homme était toujours resté désintéressé, à quoi bon devenir un numéro de plus ? Sans compter qu'il était bien trop vaniteux pour jouer le rôle du prétendant intéressé alors qu'il n'avait rien de plus à gagner que du mépris, au moins dans l'ordre actuel des choses, pouvait-il considérer qu'il avait une relation d'égal à égal avec elle. Ou presque. En bref, le forgeron aimait décider, avoir le dessus et choisir lui-même le moment où il accorderait un sourire charmeur ou contrarié, Izhi prenait déjà les rênes avec le reste, ce n'était pas pour se faire mener par le bout du nez dans ce domaine ! Malgré tout, c'était une véritable révélation de la voir le dévisager de la sorte, l'on aurait presque dit qu'il venait de lui avouer qu'il était en réalité un riche héritier d'une famille noble. Pour peu, il en aurait rigolé, mais se réservait cela pour plus tard. La Princesse essaya de reprendre le dessus en chassant sa main trop entreprenante pour elle, avant d'imposer une distance entre eux tout en l'invectivant. Non content de la troubler ainsi, le Singulier glissa quelques mots d'un ton amusé, mais presque sérieux.

     ▬ Qu'est-ce qui te fait croire que c'est une plaisanterie ? »

     Ce n'en était pas réellement une, plus une tentative pour la troubler et cela avait parfaitement réussi. Se dépêtrant de l'habit envoyé par Izhi, le jeune homme lui décrocha un regard étonné lorsqu'elle se mit à protester à nouveau en agitant son épieu. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'elle avait pensé qu'il recommençait avec ses mains baladeuses, cette fois-ci ce fut plus fort que lui, il laissa son amusement se manifester plus clairement en rigolant légèrement. Finalement, la princesse avait l'air moins à l'aise qu'il ne le pensait avec les contacts physiques, à moins que ce ne soit simplement parce qu'il n'était pas assez bien pour elle ? La vanité du forgeron l'empêchait de penser de la sorte, il voyait donc simplement la possibilité qu'elle puisse être moins douée qu'il ne le pensait en ce qui concernait la maîtrise de ses charmes. Peut-être promettait-elle beaucoup, mais n'en donnait pas la moitié ? C'était bien possible. Il n'ajouta rien alors qu'elle récupérait ses affaires après lui avoir donné son argent qu'il fit rapidement disparaître dans ses affaires, avant de poser ses yeux sur la demoiselle alors qu'elle proposait une petite sortie en ville. Galahad n'en dit rien lorsqu'elle ajouta sa dernière phrase, même si cela aurait été tentant ne serait-ce que pour la gêner encore davantage, seulement le Singulier préférait y aller à petite dose et ne pas avoir l'air de trop en faire d'un coup.

     Le chemin se fit relativement rapidement, la nuit était bien tombée et les ruelles étaient presque désertes. Les bons travailleurs étaient déjà au lit depuis longtemps, c'était ce que le père de l'Héritier répétait sans cesse lorsqu'il avait encore son fils auprès de lui. Les gens honnêtes ne traînent pas dans les rues à des heures impossibles. Ils n'étaient pas honnêtes, c'était un fait. Le forgeron glissa plusieurs fois son regard vers la silhouette partiellement camouflée de sa compagne, espérant que son geste avait fait travailler le cerveau dans sa jolie petite tête, peut-être y réfléchirait-elle à deux fois avant de se moquer de lui désormais ? Finalement, lorsqu'ils s'arrêtèrent à un carrefour, le jeune homme posa ses yeux sur sa compagne du moment qui proposait une fois de plus d'offrir leur activité suivante. Cela l'aurait étonné s'il n'avait pas su qu'elle possédait plus d'argent qu'il ne pouvait bien l'imaginer, mais il n'en dit rien et se contenta de croiser brièvement ses bras sur son torse alors que son éternel sourire en coin s'affichait sur ses lèvres pleines. Sa bonne humeur semblait elle aussi revenue, certainement devant le plaisir d'avoir troublé aussi facilement une jolie princesse.

     ▬ On aime vivre dangereusement à ce que je vous ? Tu me laisses choisir ce que l'on pourrait bien faire ? Mon esprit bouillonne d'idées, mais je ne suis pas certain qu'elles te plairont toutes. Il décroisa ses bras en promenant rapidement son attention autour de lui. Normalement les gens honnêtes dorment à cette heure-ci, en plus je suis sûr que tout ici vaut le triple des petits auberges des bas-fonds. Tu as peur d'y aller peut-être ? »

     Il était vrai que le forgeron était bien plus habitué aux auberges mal fréquentées où l'on risquait de se faire planter un poignard dans le dos parce que l'on aurait fait la bêtise de regarder quelque de travers. Mais avec Izhi, mieux valait l'éviter en effet, Galahad ne tenait pas particulièrement à jouer les sauveteurs et prendre le risque de se faire tuer pour ses beaux yeux. Un homme mort, même héroïquement, n'était qu'un homme mort. Il lui fit signe de le suivre. Le Singulier n'avait pas énormément d'idées en tête, il ne tenait pas particulièrement à se promener dans le coin où à regarder les étoiles en s'émerveillant sur le ciel, ce n'était pas son type, au contraire même. Non, le jeune homme espérait pouvoir arracher quelques informations supplémentaires à la demoiselle en parlant un peu autour d'un verre, même s'il se doutait qu'elle serait certainement trop méfiante pour boire plus que de raison. Ils débouchèrent dans une petite ruelle où se situait une taverne dont l'enseigne n'était pas assez éclairée pour que Galahad la distingue. De toute manière il s'en fichait, il ne savait pas lire. Après avoir poussé la porte en faisant signe à Izhi d'entrer, le forgeron lui emboîta le pas et put constater que cet endroit n'avait rien à faire avec les tavernes qu'il avait l'habitude de fréquenter. Il soupira légèrement en se disant qu'il serait bien plus à l'aise une fois qu'il serait de retour dans son monde à lui, puis désigna une table libre vers laquelle ils se dirigèrent. Après s'être installés, ils purent patienter tranquillement.

     ▬ Est-ce que tu as déjà mis les pieds dans une taverne ? T'es plutôt du genre à boire les boissons délicates de filles je paris non ? »

     Galahad rigola légèrement provocation gratuite simplement destinée à la pousser à lui prouver le contraire. Il n'était pas certain que sa manipulation allait fonctionner vu qu'il l'avait tout de même passablement troublée jusqu'à présent, mais qui ne tente rien n'a rien comme dit si bien l'adage ! Rapidement, une serveuse arrive vers eux en leur demandant ce qu'ils voulaient boire et sans laisser le temps à Izhi de répondre, l'Héritier commanda une boisson forte pour tous les deux. La jeune femme s'éloigna d'un déhanché plus vulgaire que féminin, puis le forgeron reporta son attention sur sa compagne du soir.

     ▬ Je constate que tu sais bien dépenser ta part du butin... »

     Une petite pique pour montrer qu'il n'avait pas oublié le sujet de leur discorde, mais rapidement la serveuse arriva à nouveau vers eux pour poser les deux verres sur la table avant de s'éloigner. Le jeune homme poussa l'un des deux vers Izhi avec un sourire toujours aussi amusé, puis attrapa le sien avant de lui lâcher une petite proposition plutôt étrange.

     ▬ Cul-sec Izhi, en même temps. Puis prévenant les éventuelles protestations de la jeune femme, il ajouta quelques mots. Tu me dois bien ça... »

     Elle ne le lui devait pas vraiment en réalité, mais disons que c'était simplement pour la pousser à ne pas refuser. La dispute qui les avait opposés n'était pas encore passée, ils risquaient certainement de s'accrocher à nouveau un jour prochain, mais quelque chose lui disait que la belle princesse serait prête à tout pour que ce ne soit pas ce soir. Est-ce qu'il se trompait ? Galahad attendit sa réaction avec une certaine impatience.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Ven 09 Mar 2012, 13:40

    Les deux acolyte vêtus de leur plus belle humeur s'apprêtaient à profiter de la quiétude de sorgue, Izhelindë nourrissait l'ardent désir de ne plus songer à rien qui pourrait lui remémorer le rang qu'elle s'en irait retrouver à la fin de cette soirée. Il lui faudrait justifier son départ avant même les premières nitescences de l'aurore auprès de son ami, mais cela, elle n'avait guère l'envie d'y penser dès maintenant. Si elle aimait la cité de ses aïeux durant les activités diurnes, elle appréciait tout autant cette indicible atmosphère que l'on retrouvait une fois le voile sélénite installé. Cet amour pour la plus simple des libertés se traduisait sur son visage pour qui la connaissait, évidemment, Galahad n'aurait pas été à même de comprendre ce qu'une flânerie dans les ruelles – à une heure si tardive – pouvait représenter pour elle. Peut-être un jour finirait-il par la comprendre, ce jour où ils pourraient échanger sans mensonges, mais peut-être aussi ne faisait-elle que se fourvoyer sur leur relation, et qu'il briserait ses illusions à grand coup de traitrise. Elle se demandait souvent quelles étaient les pensées qui s'exaltaient au revers de ses iris d'ambre, même si depuis peu, ses réflexions se faisaient étonnamment suggestives. En effet, la jeune femme n'était pas convaincue que les idées qui se bousculaient dans l'esprit du forgeron seraient susceptibles de lui plaire. Feignant de se passionner pour le premier pan de façade qu'elle aperçut, elle s'évertua à ne pas relever cette tirade pour ne pas se draper dans l'embarras qui la guettait, puis elle considéra la réplique suivante qu'elle jugea aussi perspicace qu'intéressante. Les honnêtes gens sommeillaient, elle n'avait jamais vu la chose de cette façon, mais il n'avait pas tord. La pénombre était propice aux actes sibyllins, à une promiscuité indignante ou à toute autre déshinibation , tout ce qui ne pouvait s'exhiber à la lueur du jour. Devait-on associer le soleil à la probité, et la lune à l'immoralité ? Une théorie qui méritait d'être discutée, et qu'elle ne manquerait pas d'exposer aux précepteurs et autres personnes d'esprit qui peuplaient le palais.

    Elle se contenta de répliquer un haussement d'épaules lorsqu'il évoqua les auberges plus insalubres dans lesquelles la plupart des individus tel que lui se rendaient. Il était vrai qu'ils se trouvaient dans un périmètre relativement quiet, où même les ivrognes faisaient encore preuve de politesse après plusieurs chopes. Il s'élança pourtant dans une direction, aussitôt suivie par la demoiselle qui musardait presque comme si elle se trouvait dans les jardins de sa demeure. Frêle risette agglutinée aux lippes, elle s'amusa de quelques balancements corporels discrets sur les notes d'une mélodie qu'elle avait en tête, jusqu'à pénétrer à l'intérieur d'une taverne peu peuplée où ils s'installèrent à la première table. D'un mouvement dextre, elle chassa sa capuche pour laisser paraître l'entièreté de sa physionomie, mais également les stigmates incrustés et visibles à sa gorge, à peine camouflés par le tissu de sa pèlerine. Le phonème de l'éphèbe lui fit redresser les prunelles en sa direction, puis la fit sourire d'amusement. La percevait-il réellement ainsi, encore trop sage et prudente pour n'avoir jamais intenté à sa vie en se rendant dans une taverne ? Si tel était le cas, il la connaissait bien mal, ou feignait parfaitement de ne pas la connaître. Elle ne se souvenait que trop de son dernier détour par Le Chant de la Sirène, où le viol et l'éventration l'avaient frôlée de peu sans l'intervention d'un mercenaire curieusement désintéressé. Cette nuit en la compagnie de Wilhelm n'avait pas été une sinécure, aussi escomptait-elle le revoir en de meilleures circonstances si leurs chemins s'entrecroisaient à nouveau un jour.


    « Je traverse un mausolée, plonge dans un lac parsemé de chair décomposée, mets à mal une entité maléfique, échappe à une momie claudiquante, me pavane sur un chemin invisible au-dessus du vide, tout ça en compagnie d'un homme désagréable, et tu penses que je n'ai jamais mis les pieds dans une taverne ? » Elle eut une large risette taquine. « Tu me déçois. » Son rire cristallin éclata. « Puis à quoi sert l'argent si ce n'est être dépensé pour boire et manger ? »

    Avec ce qu'elle lui avait apporté dans l'aumônière, elle pourrait justifier de dépenser pour cette soirée si elle avait eu droit à une somme similaire. C'était – selon elle – ce qu'il viendrait naturellement à penser, plus qu'à suggérer un « emprunt » dans l'opulence familiale qui se trouvait être la première du pays. Par ailleurs, la sylphide plongea la main dans le contenu hétéroclite de sa besace pour déposer quelques pièces sur le bois corrodé de la table, à l'attention de la serveuse qui revenait avec leur commande. Intriguée, elle observa le contenu de son verre comme si elle soupçonnait que du curare s'était habilement glissé entre les saveurs. Elle n'avait guère rouspété lorsque son compagnon avait choisi pour deux, à présent, elle s'interrogeait sur l'éventualité d'une nouvelle facétie de sa part. Ce qu'il déclara aussitôt la stupéfia, mais alors qu'elle s'apprêta à décliner cette offre, il trouva délassant de la prendre par les sentiments. La jeune femme fut happée par l'incertitude, si elle n'était pas étrangère aux breuvages locaux dans des doses minimales, elle doutait en revanche de sa robustesse à consommer avec rapidité et en quantité. Comptant sur son sens olfactif, elle osa humer le spiritueux, dont les effluves ne furent finalement pas aussi rebutantes qu'elle ne l'eut imaginé. Après un mouvement d'épaules signifiant son obtempération, elle releva son verre pour trinquer avec son acolyte, qu'elle porta ensuite à ses lèvres pour en boire l'entier contenu. Une grimace vint soudain orner le doux visage de la princesse qui dut se faire violence pour ne pas recracher la boisson, dont un fluet filet s'échappa à sa commissure. Penchée vers l'avant, sa main barricadait sa bouche tandis qu'elle avalait ce qu'il lui restait d'eau-de-vie non sans difficulté.

    « Je te... » Elle toussa au point de s'en décrocher les bronches. « Hais ! »

    Parvint-elle à articuler avec peine tout en sentant la lave éthylique lui embraser le système digestif. Elle plaisantait, son sourire bien que crispé en témoignait et elle était plus encline à rire de la situation qu'à s'en offenser. Il lui fallut néanmoins lutter contre cette agression qui lui fit prendre de rouges couleurs et des yeux aqueux tant l'alcool était puissant. Izhelindë ne s'était pas attendue à une saveur aussi accrue, elle ne buvait que rarement et se contentait généralement d'un doux hydromel ou d'une seule cervoise pour la soirée. Elle savait à présent ce qu'il en coûtait de vouloir faire plaisir à son ami, qui aurait là l'opportunité de se gausser à souhait. Pourtant, elle ne put s'empêcher de penser que si elle n'avait pas été contrainte de regagner sa chambre en toute discrétion avant l'aube, leur conciliabule aurait pu en devenir particulièrement amusant. Peut-être se serait-elle laissée aller à boire d'avantage, car jamais encore elle n'avait mesuré ses limites dans ce domaine. S'enivrer était synonyme de grands risques, car ne serait-elle hypothétiquement pas en mesure de retenir ses logorrhées et ploierait-elle des détails cruciaux sur sa véritable identité. Le danger était cependant une notion indicible d'engouement, d'une adrénaline à laquelle elle était devenue dépendante. Galahad en était lui-même une source, l'une des raisons pour lesquelles elle ne pouvait se passer de sa présence bien longtemps, si ce n'était dans le dessein de le faire abusivement languir. Par ailleurs, après d'interminables secondes de lutte contre elle-même, la jeune femme le regarda.

    « Tu sais quoi... » Elle se racla la gorge pour chasser sa voix déformée. « Je connais une taverne non loin d'ici où ils servent une boisson étrange que je n'ai jamais osé boire, Je parie 5 sous que tu seras incapable de l'avaler ! »

    Le défi lancé sur une note d'humour, elle fit signe au forgeron de se lever pour la suivre. S'ils s'aventuraient sur une tournée des tavernes locales, l'héritière serait bien incapable de rentrer sur ses deux jambes à moins de sommeiller dans un des taillis de la cour. Etre découverte dans une telle situation serait certainement l'incident de trop pour une dame de son rang, elle n'osait songer à ce qu'en diraient ses pauvres parents. Mais prise dans le feu de l'action, la dryade entraina son compagnon à l'extérieur avant d'entreprendre la route jusqu'à la dite taverne. La jeune femme décida de passer par la Grande Place dans le but d'arriver plus rapidement à leur destination, l'air guilleret en marchant auprès de Galahad en observant évasivement le ciel lacté d'étoiles.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mar 13 Mar 2012, 15:29

Un château se dessine dans la brume. Il n'y a jamais mis les pieds, mais c'est Mogaror, il le sait. Les images s'enchaînent, indescriptibles, incompréhensibles: oppressantes. Un cri strident se fait entendre et, l'instant d'après, le voilà dans une des salles en ruines de la forteresse. Il ne comprend pas et ne contrôle rien, évidemment. Il s'inquiète: qu'est-ce qu'il se passe ici ? Sans pouvoir faire autrement, il s'avance. Un nouveau hurlement et le voila face à la scène d'horreur: à ses pieds gisent deux cadavres. Il n'a pas de mal à reconnaître Margan et Léonie. Saisi d'effroi, il essaie de bouger, mais il est comme entravé. Son regard se relève lentement et, en face de lui, se tiennent deux silhouettes; l'obscurité les cache d'abord, mais très vite il en devine les traits. Tanith et, à ses côtés, un homme aux allures de bête immonde qui lui rappelle les créatures qui assiègent Cathairfal chaque nuit. Un sourire ignoble déforme leurs visages. Il comprend.

Réveil en sueur. Assis au bord de son lit, Dreann ne met guère de temps avant comprendre qu'il vient à nouveau de faire le même cauchemar que les nuits précédentes. Le cœur battant, le poing serré, il tente de reprendre ses esprits comme il peut. C'était toujours la même scène, le même déroulement et, bien sûr, c'est toujours le même spectacle d'horreur qui s'offre à lui. Pourtant, ça ne l'empêche pas de perdre tous ses moyens à chaque fois. En effet, depuis plusieurs nuits maintenant c'était toujours les mêmes images qui venaient le hanter, encore et encore, l'empêchant de dormir. Et plus ça allait, plus il sentait que cela l'épuisait, aussi bien physiquement que psychologiquement. Cette nuit-là, comme toutes les autres, il ne parviendrait à retrouver le sommeil que tard dans la nuit ou tôt dans la journée, lorsque la fatigue serait trop pesante. Avant cela, le dégoût que lui inspiraient les atrocités qu'il voyait en songe l'empêchait tout simplement de dormir. Ainsi, il était inutile d'espérer quoi que ce soit avant plusieurs heures et, conscient de cela, Dreann se leva rapidement de sa couche. Bien décidé à s'occuper l'esprit, il s'habilla rapidement et quitta les quartiers qui lui étaient réservés lors de ses passages au Palais. Il n'était pas très tard, mais, en l'absence de festivités, tout était très calme une fois les repas terminés. C'est donc dans le silence que le chevalier se mit en quête d'une activité.

Que faire maintenant ? Errant dans les couloirs du Palais où il ne croisa que quelques gardes et serviteurs encore de service, Dreann ne parvenait pas à prendre aucune décision. Se rendre sur les remparts était une idée qui lui traversa bien l'esprit, mais il y était si souvent allé contre l'avis du Roi ces derniers temps qu'on en lui avait interdit l'accès jusqu'à nouvel ordre. Il avait passé les nuits précédentes dans les bibliothèques royales jusqu'à s'en lasser. Alors qu'il était prêt à se résigner et à regagner sa chambre, Dreann se rendit compte que ses errances l'avaient amené jusqu'aux appartements de la Princesse dont il était toujours le protecteur jusqu'à ce qu'il en soit décidé autrement. Était-ce vraiment par hasard s'il avait fini par aboutir là ? Il prit soin de ne pas se poser la question pour mieux en ignorer la réponse, sans doute. Il s'arrêta devant la porte, constatant avec exaspération que le garde en faction devant celle-ci somnolait. Se contentant de l'ignorer, il s'approcha de la porte, hésitant à frapper: Izhelindë était dans l'obligation d'être dans ses appartements une fois la nuit tombée, aussi il ne doutait pas qu'elle était présente. Non, à vrai dire, il craignait ... il n'en savait rien, en fait. Prenant une large inspiration comme s'il était sur le point de sauter du haut du plus élevé des précipices, Dreann frappa à trois reprises sur la porte, constatant avec surprise que cela ne suffit pas à réveiller le soldat qui continuait de dormir paisiblement. Ça l'inquiéta, à plus forte raison quand personne ne vint ouvrir. À nouveau trois coups et toujours rien. De longues secondes s'écoulent. Que faire ? Au bout d'un moment, le chevalier se décide enfin à entrer. Les appartements sont vides. Le vent s'y engouffre par les grandes fenêtres restées ouvertes.

Où était-elle passée ? D'abord, Dreann remua tout le palais, questionnant les servantes de la Princesse, fouillant les moindres endroits où il savait que son amie passait parfois son temps. Rien. Il hésite: il sait que son devoir voudrait qu'il fasse alerter la garde qui s'empresserait alors de boucler chacun des quartiers de Cathairfal. Pourtant, il ne parvenait pas à se décider: c'était nuisible à la fois à son image ainsi qu'à celle de la famille royale, et il portait beaucoup d'attention à l'une et à l'autre. Aussi, il choisit de se lancer seul à la recherche d'Izhelindë. Quelles étaient les chances qu'il la trouve ? Il n'en savait rien, aussi ne se laissait-il que quelques heures pour la retrouver, sans quoi il ferait appel à des renforts. En attendant, il se retrouvait dans les rues de la Cité royale sans vraiment savoir où aller, ni même quoi penser. Confus, une part de lui-même se refusait à croire qu'elle s'était enfuie du Palais une fois encore. Ne s'était-elle pas pliée aux règles qui lui étaient imposées depuis qu'il avait été chargé de veiller sur elle ? Non, bien sûr que non, mais lui ne savait rien des escapades auxquelles elle s'était livrée alors qu'il la pensait sous bonne garde, sagement endormi dans son lit. Ils étaient amis et elle n'était pas bête, elle connaissait les enjeux que sa bonne conduite comportait. S'il lui arrivait quelque chose alors que Dreann devait la protéger, c'en était fini de lui. Elle le savait. Alors restait l'autre hypothèse, qui voulait qu'elle ait été contrainte de s'enfuir. Au fond de lui, il savait que c'était au mieux improbable, au pire impossible. Malgré ça, il ne pouvait s'empêcher d'y croire quand même un peu.

Une heure passa, puis deux, sans qu'il ne la trouve. Il avait été aux portes de la ville et à d'autres endroits importants sans qu'il ne trouve la moindre trace de la jeune femme. Évidemment, il ne s'inquiétait pas seulement pour sa réputation, mais aussi, et avant tout pour la santé d'Izhelindë. Il tenait à elle, il s'en rendait compte alors que ses pas affolés battaient le pavé de Cathairfal. Il n'avait rien pu faire pour sauver ni Léonie, ni Margan, il lui était inconcevable d'être impuissant encore. Alors, tandis que son regard balayait chaque coin de rue frénétiquement, Dreann imaginait la belle dans un tas de situations fâcheuses, blessée, molestée ou encore ... dans les bras d'un homme. Il crut d'abord que son esprit lui jouait des tours, mais il se rendit vite à l'évidence: c'était bien Izhelindë qui marchait aux côtés d'un inconnu, juste là, sur la Grande Place. Ce fut comme un coup de massue qu'on lui aurait asséné violemment sur le haut du crâne. Il ne comprenait pas. Les sentiments et pensées qui l'assaillirent à ce moment faisaient comme un mélange écœurant qui lui donna l'impression d'être à nouveau en plein cauchemar. Bien sûr, il n'y avait plus aucune place pour la théorie qui voulait qu'elle eût été contrainte de quitter le Palais: le sourire aux lèvres, presque au bras de cet homme, Izhelindë n'avait pas l'air malheureuse. Il fallait qu'il sache.

« - Izhelindë ! » interpela Dreann, arrivant d'un pas rapide vers le couple qui, jusque-là, n'avait sans doute pas remarqué sa présence. « - Qu'est-ce que tu fais ici ? » Les mots, les questions semblaient se bousculer dans sa bouche. « - Tu n'avais pas le droit de sortir. Tu le sais ! » Son attention se porta sur celui qui l’accompagnait, avant de revenir sur la jeune femme: « - Avec un homme en plus ... Qui c'est ?! »

Il dévisageait celui qui se tenait là, en face de lui. Les idées qui lui venaient à l'esprit lui donnaient la nausée. Il n'essayait même pas de masquer son tourment.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Mer 14 Mar 2012, 13:31

     Elle n'avait pas tort, l'on ne pouvait pas dire que leurs précédentes rencontres et sorties soient particulièrement paisibles ou dignes de figurer dans le guide touristique de Lanriel, mais après tout il y avait une grande différence entre visiter un mausolée ou une taverne mal famée. A ses dépends, le jeune homme avait appris que bien souvent les humains étaient bien plus vicieux et dangereux que les créatures étranges qui pouvaient se cacher dans les endroits peu fréquentées de leur monde. Galahad en faisait d'ailleurs partie. Au final, Izhi n'était pas tellement plus inspirée de traîner avec lui que d'aller se saouler dans les tavernes des environs. Peu importait, l'esprit du forgeron avait suffisamment été malmené pour la soirée et il ne tenait pas à soliloquer sur ce genre de sujets. L'attention du jeune homme se porta donc sur la Princesse alors qu'il arborait un air totalement neutre, attendant qu'elle daigne cesser de jouer les chiens à renifler son verre comme si la serveuse lui avait donné du vitriol. Puis elle avala le tout après qu'ils aient trinqué, Galahad garda son verre devant ses lèvres sans le vider, ses yeux mordorés posés sur le minois de la belle. Il voulait voir sa réaction avant ! Lorsqu'elle arbora une grimace avant de tousser, il ne put s'empêcher de rire, sincèrement pour une fois. Ce n'était pas le genre d'hilarité forcée pour faire passer un message, simplement un franc amusement de la voir ainsi mise à mal par un alcool trop fort. La malheureuse n'avait certainement pas l'habitude de boire à la cour, c'était d'autant plus amusant. Le jeune homme vida à son tour son verre avec moins de difficultés vu qu'il avait davantage l'habitude de ce genre de breuvage, sa mauvaise humeur s'était envolée pour une fois, Izhi lui avait fait plaisir en jouant le jeu. C'était ce qu'il aimait chez elle, qu'elle ne dise jamais non.

     ▬ Bravo ! Tu viens de regagner des points dans mon estime ! »

     Il était vrai que ce n'était pas très aimable de faire ainsi passer le message qu'elle était retombée dans son estime avant ce moment, mais Galahad ne prenait pas de gants et elle devait bien se douter qu'un caractère égocentrique comme le sien ne pouvait pas avoir d'intérêt particulier pour quelque chose ou quelqu'un qui ne pouvait rien lui apporter. Le forgeron soutint le regard de la belle lorsqu'elle le dévisagea un bref instant pour finalement lui proposer quelque chose de très intéressant. Il arbora un sourire tout aussi amusé qu'auparavant avant qu'ils ne se lèvent pour gagner la sortie de la taverne, provoquant simplement quelques regards des clients, rapidement désintéressés par ce couple assez commun. Lorsqu'ils arrivèrent dans la ruelle, Galahad leva machinalement les yeux vers le ciel sombre, la nuit était assez avancée, mais peu lui chalait, après tout, le forgeron n'avait personne qui l'attendait « chez lui » et il n'avait pas d'obligations qui devaient le faire se lever à l'aube le lendemain ! Suivant docilement son amie, le forgeron jeta quelques regards autour d'eux, mais fut prit de court lorsqu'il entendit un nom soudain crié dans la nuit. Par réflexe, il tourna la tête dans la direction d'où provenait la voix pour repérer une silhouette qui s'approchait vers eux. Il lui fallut quelques secondes pour se souvenir que ce prénom était le vrai de Izhi qui ne s'était jamais présentée sous sa véritable identité. Secret de polichinelle certes, mais il n'était pas censé le savoir.

     Les deux amis s'étaient immobilisés et le forgeron observait la scène en silence alors que l'homme admonestait la Princesse pour lui demander ce qu'elle faisait là avant d'enchaîner d'un air qui montrait visiblement qu'il n'était pas particulièrement ravi de la trouver ici. Était-ce un garde du château ? Une infinité de possibilités défilaient dans l'esprit du jeune homme lorsqu'il remarqua le regard que l'homme lui décrochait. Celui-là, il n'était pas content de trouver la belle en compagnie d'un autre homme, peut-être était-il son prétendant officiel ? Voyant là l'occasion de rendre la monnaie de sa pièce à sa belle amie, le forgeron décida de jouer la carte de la naïveté, associée à celle qu'il avait révélée juste avant avec Izhi. Il observa l'inconnu d'un air surprit avant de prendre la parole d'un ton teinté d'une fausse incompréhension.

     ▬ Vous devez vous tromper de personne, elle ne s'appelle pas comme ça, sans compter que ce n'est pas la première fois qu'elle sort en ma compagnie. »

     Izhi pourrait peut-être deviner qu'il avait quelque peu « triché » avec ce qu'il savait d'elle, mais après tout, à aucun moment le jeune homme n'était censé savoir que son amie était une noble dame qui devait rester au château et ne pas traîner en galante compagnie ! A trop vouloir jouer avec le feu, elle devait forcément finir par se brûler, il n'en resterait que quelques marques comme celles qui étaient visibles sur son cou de cygne. Galahad se trouvait légèrement en retrait de l'inconnu, Izhi était entre eux et il vit là l'occasion idéale pour mettre la jeune femme dans une situation encore plus gênante. Vu le regard que l'autre lui lançait, il devait être très proche de la Princesse et comme Galahad était incapable de savoir si c'était un simple garde ou un quelconque amant, il décida de tabler sur tous les plans. Le forgeron avança d'un pas, juste assez pour se retrouver derrière la jeune femme, puis d'un geste assez rapide pour qu'elle ne puisse pas réagir et le repousser, l'Héritier leva sa main pour la glisser sur l'épaule d'Izhi et dégager les cheveux qui se trouvaient dans son cou. Elle n'allait certainement pas apprécier ce qu'il allait faire, mais peu lui chalait, c'était une partie de sa petite vengeance personnelle. Le forgeron se pencha, puis s'autorisa le luxe d'embrasser la belle dans le cou, un geste qui n'était pas permis au premier roturier venu et qui laisserait planer un doute sur leur relation. C'était bien ce qu'il espérait. Faire naître des doutes dans l'esprit de son garde, prétendant ou tout ce qu'il pouvait être. A peine son baiser déposé, le forgeron inspira légèrement avant de reculer pour éviter une éventuelle gifle de la belle, puis il lâcha quelques mots d'un ton toujours aussi calme.

     ▬ Ne vous inquiétez pas, avec moi elle ne risque rien, je ne la lâche pas des yeux ! »

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Jeu 15 Mar 2012, 15:12

Il n'en revenait toujours pas. Que faisait-elle là ? Un torrent d'interrogations de ce type déferlait dans sa tête, tournant sans cesse, revenant toujours à la charge pour mieux le laisser encore un peu plus déstabiliser à chaque fois, jusqu'à en devenir presque abasourdi. Il se sentait perdu. Très en colère aussi. Après tout, il y avait des raisons, pas vrai ? Ainsi planté devant Izhelindë et son compagnon, Dreann cherchait à comprendre, à lui trouver une excuse, mais c'était peine perdue. Elle l'avait trahi, voila tout. Qu'est-ce qui se passerait si on apprenait que, une fois encore, la Princesse était parvenue à déjouer une fois encore la bienveillance de ses gardes, tout ça pour mieux se promener dans la ville une fois la nuit tombée, et dans les bras d'un homme qui n'avait pas le moins du monde l'air d'un courtisan ! Sans parler des rumeurs qui courraient alors au sujet d'Izhelindë, Dreann aurait tôt fait d'être puni pour son nouvel échec, et la simple idée d'échouer encore à protéger ceux qui sont sous sa responsabilité le rendaient malade. À côté de ça, elle prenait des risques inconsidérés à déambuler comme ça et elle mettait sa vie en danger. Si, lorsqu'ils s'étaient retrouvés, Dreann avait été plutôt rassuré par la maturité de celle qui devrait un jour régner, il était maintenant complètement dépité par son attitude. Manifestement, il s'était trompé sur sa personne. Au fond, il savait que le naturel d'Izhelindë reviendrait tôt ou tard. Il avait été bête de penser qu'elle avait changé. Et il n'était pas au bout de ses peines.

Dreann s'attendait à ce que ce soit Izhelindë qui répondit à ses interrogations, pourtant elle resta muette et c'est l'inconnu qui prit la parole. D'abord, le chevalier se contenta de le dévisager, espérant encore que ce visage lui revienne. Peut-être était-ce un membre de la cour qu'il ne reconnaissait pas ! À défaut de rendre l'escapade d'Izhelindë totalement acceptable, ça rendrait sa faute un peu moins grave. Pourtant, le spectacle auquel assista le jeune homme termina de balayer tous ses maigres espoirs. En effet, Dreann suivit du regard Galahad qui, arguant qu'ils n'en étaient pas à leur première sortie, s'approcha d'Izhelindë. D'abord, il plaça sa main sur l'épaule de cette dernière, dégageant délicatement les cheveux de la belle. À ce moment déjà, on pouvait lire la stupéfaction de Dreann qui, interdit de toute réaction, tentait de comprendre à quoi il assistait. Quelques doutes subsistaient alors: c'était impossible, pas vrai ? L'idée lui avait bien traversé l'esprit, mais il ne lui avait accordé aucun crédit. Pourtant, le baiser que vint déposer l'homme acheva les dernières réticences du chevalier à penser que le couple était intimement lié. Un peu trop intimement lié. À ce moment, le feu de sa colère redoubla en intensité, d'autres sentiments venant alimenter ce brasier qu'il parvenait, jusque-là, à maîtriser comme il essayait toujours de le faire lorsqu'il sentait que son sang froid lui échappait. Les images qui lui venaient en tête n'arrangeaient rien. L'inconnu lui inspirait le dégoût le plus total et, à ce moment, il ne pensait guère plus de bien d'Izhelindë. Pourtant, il resta interdit de toute action. Jusqu'à ce que Galahad ne finisse par dire les quelques mots de trop.

Ce fut la provocation de trop, celle qui fit déborder le mélange écœurant de colère, de mépris et de haine qui noyait littéralement la raison du chevalier, qui ne put alors plus retenir cette envie de meurtre qui depuis plusieurs secondes déjà montait, jusqu'à l'obnubiler tout à fait: il sentait maintenant son bon discernement qui se délitait, se décomposait, lui glissant entre les doigts comme s'il eut essayé de retenir de l'eau. Puis, il s'élança d'un coup, frôlant alors Izhelindë avant que son poing ne vienne brutalement s'abattre sur le visage de l'inconnu qui ne s'y attendait manifestement pas. La violence de l'impact fut telle que l'homme recula un peu et, sans lui laisser le temps de réagir, Dreann frappa à nouveau. Complètement mis hors de lui même sous l'effet de l'adrénaline, il n'avait pas l'intention de laisser une seule chance à celui qu'il se fichait bien de mettre à mal. Cette sensation, il l'avait souvent eu lors de ses combats. Après coup, il regrettait toujours amèrement. Il détestait être dépossédé de ses actions comme c'était le cas maintenant. À ce moment pourtant, il n'y avait aucune place dans son esprit pour sa conscience. Il laissa néanmoins un instant de répit à Galahad. La seconde qui suivit, la main posée sur le fourreau de son épée qu'il avait toujours avec lui, il hésita clairement à dégainer pour en finir plus vite. Pourtant, il se contenta d'avancer à nouveau vers son adversaire. Peut-être avait-il encore un peu de bon sens alors que son corps tout entier n'obéissait plus qu'à cette rage aveugle que Galahad s'était amusé à faire amplifier. Néanmoins, il n'avait pas l'intention de s'arrêter là pour autant.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Ven 16 Mar 2012, 04:31

    Cette sorgue aux cieux scintillants d'astres semblait paisible, presque trop, envoûtante au point que la princesse en avait omis sa circonspection. Captive de l'instant présent, ses toquades étaient tout ce qui rythmait son existence, ainsi l'avenir lui paraissait bien trop lointain pour qu'elle puisse en être affectée. Elle aurait pu songer à l'éventualité d'une malheureuse rencontre dans un endroit où trop de ses connaissances ou membres de la garde du palais musardaient à toutes heures, comme elle aurait pu envisager l'acerbité de Galahad lorsqu'elle s'en était allée le retrouver. Inconsciente, trop peu encline à considérer les hypothétiques conséquences de ses agissements, il n'y avait guère que l'émoi de ses proches qui la ramenait à la réalité. Mais il n'est toujours que trop tard, les maux sont présents, les coeurs sanguinolent. Elle ne peut alors que se morfondre dans la culpabilité, jusqu'à ce qu'une nouvelle lubie assassine ne l'étreigne et que le récit se répète, encore et toujours, inexorablement. Elle lui avait pourtant fait la sincère promesse qu'elle fournirait tous les efforts de l'univers, qu'elle apprendrait à se draper de ses apparats princiers avec une dignité inhérente à son patronyme. Tout n'avait été que respect de ce serment avant que ses mirettes ne croisent la tentation de ce maudit sceptre et des réminiscences qui y étaient apparentées. Elle s'était pourtant longuement interrogée : devait-elle ? Pouvait-elle ? Puis elle avait cessé les questions puisque incapable d'en dénicher les réponses, elle s'était vouée à son intuition et s'était enfuie. Fuir était un fait, une notion qu'elle avait acquise et qui n'était que trop souvent un procédé qu'elle utilisait. Mais elle sût, lorsque ce phonème rauque vociféra son prénom telle une flèche en plein organe vital, que cette fois elle ne pourrait pas se dérober à la sanction.

    L'instant fut tant improbable que la jeune femme crut rêver – cauchemarder – lorsqu'elle l'entendit. Un spasme de stupeur manqua de lui faire passer l'arme à gauche, puis elle l'aperçut arriver, crocs prompts à les lacérer d'une rage embrasée. Ankylosée d'effroi, d'une peur amplement visite sur les traits de sa physionomie et ses grands yeux écarquillés, elle ne put pas même concevoir un début de réplique alors qu'il la lapidait de ses mots. Elle ne s'était jamais imaginée dans de telles circonstances, pas avec Dreann qu'elle avait vraisemblablement sous-estimer. Il n'était pas Azazel ou les autres hommes qui se lançaient fréquemment à sa suite, mais il n'était pas non plus un simple chaperon, c'était bien moins intelligible. Tout se bousculait dans son esprit, devenue aphone, timorée et incertaine, totalement égarée et désemparée. Elle ne pouvait que le fixer avec impuissance, sans qu'une phonation ne daigne sortir de sa gorge encrée de stigmates. Elle n'avait aucune justification, aucune excuse qui la déchargerait du poids des remords – et pire encore – du désappointement de son chevalier. Elle doutait qu'il lui ait déjà lancé pareil regard avant aujourd'hui, et aurait préféré ne jamais en être la victime. Mais si ses méninges s'affairaient de tout leur soûl, une âme charitable – ou luciférienne – vint à sa rescousse. A présent que le forgeron soulignait ce détail, il était vrai qu'il ne connaissait que l'un de ses diminutifs et qu'il venait de se faire offrir un indice de taille sur un plateau d'argent. Si la belle lui concédait encore le bénéfice du doute sur son ignorance concernant cette information, elle comprit aussitôt que tout n'était que simagrées fallacieuses lorsqu'il lança les hostilités. Quand bien même elle eut discerné la provocation à venir, elle fut incapable de réagir avant qu'il ne soit trop tard. La scène n'aurait été que contrariante si la sylphide n'avait pas été témoin du malaise qui s'emparait simultanément du blasonné auquel elle faisait toujours face. Cette caresse, la tendresse de lippes à l'épiderme de son cou, ce même cou qui avait été l'objet d'assauts passés, et qui cueillait à présent un baiser empoisonné. L'action la sidéra plus encore, si bien qu'elle ne fut que trop lente pour réagir et infliger au malotru le châtiment qu'il méritait. Un autre s'empressa de le foudroyer de sa rancoeur.

    La réponse fut presque immédiate, illustrée sous la forme d'un revers qu'Izhelindë vit passer de prés. Terrorisée par l'acte, l'héritière bascula presque à terre en voulant s'écarter de l'affrontement. Le souffle retenu, les deux mains jointes sur la partie basse de son faciès, elle observa avec horreur les coups s'abattre sur Galahad qui n'eut pas l'opportunité de réagir à temps. Ce déferlement de violence, elle y avait d'ores et déjà assisté lorsqu'un gredin avait blasphémé sur son nom, lors de leur visite aux remparts. N'était-elle donc destinée qu'à être une source de fureur pour son pauvre gardien alors dépendant de ses frénésies ? Elle ignorait quelles étaient les lisières du soldat lorsqu'il n'était plus réellement lui-même, s'il irait jusqu'à l'occire par simple manque de savoir-être. Certains étaient morts pour moins que ce que l'indigent s'était octroyé, la légitimité de son trépas ne serait ainsi discutée par personne une fois l'histoire contée. Cette main prête à s'armer, à se faire justicière, fut un indice bien trop probant sur ce qu'il adviendrait de son ami si elle ne le défendait pas. Peut-être ne le méritait-il pas, la dryade ne prit point le temps de se le demander lorsqu'elle s'élança à corps perdu dans le heurt. Elle vint faire barricade de sa personne entre les deux hommes, se lovant à même le torse du chevalier pour le dissuader de poursuivre dans son élan. L'une de ses mains se posa sur la sienne, celle encore sur le fourreau de son épée, dans l'espoir que sa lame ne soit pas la meurtrière de ce soir.


    « Arrête ! Je t'en supplie, arrête !! » Elle chercha son regard tout en le retenant d'avancer. « Je t'en prie Dreann ! »

    La voix disloquée de la jeune femme se répercuta dans les allées désertes de la Grande Place, apeurée, suppliante pour qu'il daigne l'entendre – l'écouter. Elle sentit dans les secousses qu'il lui infligeait toute la résolution qui l'encourageait à en découdre, qu'elle réprimait avec peine pour la survie d'un pauvre fou. Puis enfin, elle agricha son regard, ses prunelles aqueuses et scintillantes d'imploration le sondèrent avec frayeur, même les mots auraient été vains et de trop dans ce dialogue silencieux. Lequel des deux serait le plus en proie aux tourments... Elle se couvrait d'opprobre, une fois de plus, et ne causait que souffrance à qui osait encore la côtoyer. Mais à cet instant seul comptait ce qu'il ferait de son désir de vendetta, car elle était persuadée que jamais elle ne se relèverait de la disparition de Galahad si elle en était la responsable. Elle n'osait pas même imaginer le cadavre ensanglanté de son compagnon d'infortune sur lequel elle ne pourrait que larmoyer, une vision trop douloureuse et improbable pour qu'elle puisse la tolérer. Le temps qu'elle passa à quémander sa mansuétude lui parut être une éternité, mais les premiers signes de résignation semblaient lui apparaître. Comme une conscience retrouvée, ses yeux luisaient désormais d'une autre clarté et plus aucune force ne la bousculait, puis il quitta le contact de son arme. Soulagée sans être entièrement pacifiée, Izhelindë s'écarta en laissant sa main sur son pectoral, seul lien précaire qui la maintenait à son chevalier. Si ce dernier venait d'accepter de faire preuve de clémence après avoir puisé au plus profond de ses viscères, rien n'était certain qu'il ne s'emporte pas à nouveau et de façon irréversible s'ils demeuraient plus longuement ici. La jeune femme se tourna en direction du forgeron positionné dans son échine et l'affubla d'une oeillade réprobatrice, noire au point de l'en massacrer, puis professa avec une aversion étonnamment flegme.

    « Tu n'es qu'un imbécile. »


    Elle eut un frêle hochement négatif de la tête, soulignant la stupidité de ses agissements qui avait manqué de lui coûter son essence. Elle se demandait s'il avait conscience de la situation dans laquelle il s'était aventuré, quand bien même il ne connaissait rien de Dreann, seul un fou se délassait à défier un quidam en rage. La jeune femme entraina le blasonné avec elle avant que celui-ci ne se ravise dans sa miséricorde, prenant naturellement la direction du Palais Coróin où plus qu'un ordre rétabli, des explications s'imposeraient inéluctablement.

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Galahad Caherval

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MessageSujet: Re: Qui aime bien, Châtie bien ~ [ Terminé ]   Lun 19 Mar 2012, 12:11

     Galahad regardait attentivement « l'ami » de Izhi, se demandant s'il allait bien réagit, mais il eut à peine l'occasion de le scruter que celui-ci le prit de court. Le forgeron s'était bien évidemment attendu à une réaction assez forte de sa part, mais certainement à ce que l'inconnu lui saute dessus pour le remettre à sa place, mais au moins cela éclaira un peu les interrogations du Singulier : il n'était pas de la cour. A moins que les personnes de bonne naissance soient douées pour le corps-à-corps, mais le peu de personnes de ce rang que le forgeron avait vu, ne correspondaient pas à ce stéréotype. Galahad n'eut pas vraiment l'occasion de réfléchir plus en avant à ce genre de détails, les coups envoyés par l'inconnu étaient bien trop forts pour laisser place à une quelconque réflexion. Le jeune homme n'avait jamais été quelqu'un de doué pour la lutte et les choses de ce genre, il était beaucoup plus gringalet que la moyenne des hommes de Lanriel et ne pouvait bien évidemment pas lutter face à quelqu'un avec une carrure comme son assaillant. Surtout que celui-ci avait visiblement l'avantage de la colère vu le visage assassin qu'il arborait alors que les coups pleuvaient. Le Singulier avait reculé de quelques pas après s'être pris un coup en plein visage, il avait d'ailleurs sentit une très vive douleur qui promettait un bel hématome pour les jours à venir, peut-être même pire si l'autre s'acharnait de la sorte. Izhi était sortie de son champ de vision et le forgeron se demanda rapidement si elle s'était enfuie, il était trop concentré sur son assaillant pour prendre le temps de jeter un coup d'œil aux environs.

     Ce fut ensuite une nouvelle succession de coups tandis que le jeune homme essayait de placer son bras devant son visage pour s'épargner des blessures trop visibles au cas où il survivrait à cette bagarre. Enfin, en considérant que l'on puisse appeler cela de la sorte sachant que pour le moment c'était surtout l'ami de Izhi qui menait la danse et l'autre qui subissait. Galahad était tout bonnement incapable de pouvoir riposter, déjà parce que l'autre ne lui en laissait pas le temps, mais aussi parce qu'il n'avait que quelques bagarres de bistrot à son actif et certainement pas l'entraînement d'un homme qui semblait être un garde ou quelque chose d'approchant. Mais enfin, un moment de répit arriva qui n'annonçait rien de bien engageant, le forgeron posa ses yeux sur le fourreau de son adversaire qui semblait désormais désireux d'en découdre avec les armes. Encore une fois le jeune homme n'était pas en bonne position, même s'il maîtrisait mieux ce style de combat, seulement jamais le Singulier ne lui ferait le plaisir de lui donner une bonne raison pour le tuer. Si l'inconnu décidait de lui régler son compte, ce serait face à un homme désarmé, Galahad ne voulait pas prendre le risque de tirer son épée contre quelqu'un de plus important que lui. Ce serait suicidaire. Autant espérer que s'il se faisait tuer sa mort porterait préjudice à son assassin.

     Heureusement Izhi décida enfin d'intervenir, elle se glissa entre eux en se collant contre celui en position de force pour lui demander de cesser ce manège et inconsciemment Galahad nota le prénom qu'elle prononça en se disant que cela pourrait bien lui servir plus tard. Enfin plus tard, à condition que la belle parvienne à contrôler son molosse. La panique qui était plus que palpable dans la voix de la Princesse ne présageait rien de bon et le forgeron commença à se demander s'il n'allait pas y passer pour de bon, bien qu'étrangement il ne regrettait pas ce qu'il avait fait, visiblement Izhi serait dans les ennuis après ce petit passage. Mais heureusement, après quelques secondes qui semblèrent durer des heures, le prénommé Dreann lâcha son arme et la Princesse s'écarta légèrement pour finalement accorder un regard à Galahad qui les contemplait en silence, juste histoire de lui lâcher quelques mots peu aimables accompagnés d'un regard tout aussi parlant. Malgré la douleur qui lui traversait le corps, le jeune homme esquissa un bref sourire comme pour la provoquer une dernière fois, ignorait les élancements de sa lèvre qui devait certainement avoir éclatée sous les coups de butoir de l'homme. Après qui, les deux amis s'éloignèrent en abandonnant le Singulier au milieu de la rue, celui-ci les regarda disparaître avant de passer sa main sur ses lèvres pour constater qu'elles saignaient. Quelle poisse, avec sa chance il allait en souffrir encore pas mal de temps, mais au moins avait-il réussi à semer le doute dans l'esprit de Dreann et si celui-ci repoussait désormais Izhi, Galahad aurait une petite partie de sa vengeance personnelle et elle regretterait amèrement de l'avoir laissé seul après leur petite expédition. Izhi avait inconsciemment confié plusieurs secrets la concernant au forgeron et il avait clairement montré qu'il n'hésiterait pas à en user. Sur ces entre-faits, le jeune homme déserta rapidement la ruelle pour rentrer rapidement « chez lui » avant que quelqu'un n'ai la sotte idée d'appeler la garde. Il se demandait combien de temps elle mettrait à revenir le voir cette fois-ci.

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