Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 Lend me your Muscles and your Sword ¤

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Izhelindë Hardansson

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▬ Contributions à l'histoire : 705

MessageSujet: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Dim 12 Fév 2012, 11:42

&
« Hold me among those Bastards. »










    « Gueuse ! »

    « Couard ! »

    « Puterelle !! »

    « Fot-en-cul !! »

    De poétiques périphrases virevoltaient des antipodes de la pièce, au plus grand délassement de la plèbe réunie autour d'une chopine qui alternait les oeillades sur les responsables entre deux injures. La subtilité des formules échangées n'aurait été qu'usuelle si l'un des participants ne se trouvait pas être une jouvencelle particulièrement intrépide et vraisemblablement seule. Crocs saillants et prunelles rutilantes, Izhelindë trouvait en cette joute verbale une opportunité d'énumérer les jurons que ses pérégrinations lui avaient enseignés. Non mécontente de son lexique, invectiver contre un parfait inconnu n'était pas une activité répandue parmi la noblesse de Lanriel, un fait d'autant plus avéré lorsque l'on était une souveraine à en devenir. Pourtant, l'exercice de diction et de répartie n'était pas pour lui déplaire, elle songeait même à l'officialiser comme son exutoire. L'auditoire – presque exclusivement composé de membres de la gente masculine – semblait tout aussi friand de cette querelle dont l'intonation montait crescendo, nul quidam n'osa s'interposer parmi les vociférations, pas même le tavernier presque enclin à ouvrir les paris sur le futur vainqueur. Certains le firent d'ailleurs, une mélodie de monnaie s'élevant à quelques tables avec des faciès ornés de risettes gouailleuses pour quelques-uns, et de mimiques désapprouvées pour d'autres. Que l'altercation amuse ou exaspère, elle ankylosait l'attention générale de façon presque importune. Pour autant, aucunes des deux parties n'étaient promptes à se résigner, l'ondée d'insultes se déversait sans guère trouver de limites ni de fin. Comment diable une héritière de sang royal s'était-elle embourbée dans une telle situation ?

    La princesse n'avait pu s'empêcher de trahir la confiance de son père – et plus succinctement celle de Dreann – en se dérobant à ses obligations et sa bienséance passagère. Bien que certaines mondanités eurent récemment trouvé écho en elle, la compagnie du bas-peuple ne lui manquait que trop, et avec elle les dangers qui s'y apparentaient. Cependant, il lui était peu envisageable d'entreprendre une longue errance comme elle en avait pourtant l'habitude, lassée de ne faire que désappointer son entourage. Ainsi s'était-elle trouvée un compromis : celui de ne s'absenter que quelques heures dans le plus grand secret et de regagner ses appartements avant les premières nitescences de l'aurore. Bien que ses possibilités géographiques s'en retrouvaient réduites, les ruelles de Cathairfàl lui conviendraient, elle les savait animées à la nuit tombée et avait déjà pu juger de la gaieté du Chant de la Sirène. Représentants de tous horizons s'y rassemblaient, elle avait toujours trouvé fascinant le nombre de quidams aux origines inconnues qui y siégeaient et qu'elle n'aurait jamais pu apercevoir dans la Cour du royaume. Sa curiosité innée et son intérêt pour tout ce qui s'opposait à elle étaient mis à rude épreuve, il était parfois plus judicieux de se contraindre au silence que de risquer une lame incrustée entre ses calots à cause d'un interrogatoire forcé. Les questionnements étaient mal perçus par la plupart de ces baroudeurs dont la discrétion était quelquefois leur seule issue de survie, ce que la demoiselle concevait parfaitement. Elle espérait néanmoins y rencontrer une quelconque connaissance dans le but premier de se distraire, loin du faste et de l'emphase princière qui l'opprimaient. Vêtue modestement, pèlerine bistre sur les épaules et encapuchonnée, elle s'était jouée de la vigilance des sentinelles – domaine dans lequel elle excellait – pour passer outre les remparts du palais une fois que son protecteur assigné l'eut laissée à son repos. Ses pas feutrés la conduisirent jusqu'au coeur de la ville dans laquelle elle se plût à flâner, observant avec amusement les ivrognes titubants comme sur un navire en haute mer. L'eau-de-vie n'était guère une boisson qu'elle tenait sur la longueur malgré divers essais, en humecter ses lèvres était cependant une chose qu'elle ne refusait jamais.

    Son arrivée fut majoritairement remarquée par les lorgnades intriguées et appuyées de mâles enivrés, ce qu'elle occulta avec le plus grand flegme. Ses prunelles d'un bleu diaphane avaient fureté la salle en vain, nulle personne ne lui était familière. Quelque peu désenchantée sur le coup, elle décida tout de même de s'établir à une table inoccupée d'où elle commanda une chope qu'elle siroterait certainement toute la nuit durant. Il aurait été peu opportun qu'elle soit incapable de grimper jusqu'à sa chambre pour cause de surconsommation, elle ne tenait pas à être découverte en train de cuver sa soirée dans un taillis des jardins. Observer les indigents vaquer à leurs occupations serait un divertissement dont elle se contenterait, elle préférait être seule parmi la foule que dans sa suite royale. La dryade se fit donc discrète, effort qui ne suffit pas à lui épargner l'apostrophe d'un forban à l'autre extrémité de la pièce qui voulut simplement divertir ses compagnons de beuverie. Les gloussements hilares que provoqua le commentaire de cet homme précédèrent une riposte pugnace de la part de la jeune femme qui, à son tour, fut source de rires railleurs. C'est ainsi que tout commença.

    La patience du scélérat sembla s'ébranler lorsque celui-ci se redressa subitement, faisant basculer sa chaise au sol alors qu'il la somma de se taire. La nymphe rétorqua par une nouvelle injure, qui fut celle de trop. L'homme entreprit la traversée de la salle, embrasé d'une volonté menaçante de bien mauvaise augure. Sa charpente faisait certainement le double de la carrure d'Izhelindë qui – envers et contre tout – ne plierait jamais genou devant l'adversité. Un détail lui revint cependant en mémoire alors qu'elle le voyait approcher : elle avait omis de se rendre à sa cache pour y récupérer l'une de ses armes. Omettre n'était pas le verbe exact, elle avait en fait jugé cela superflu dans la mesure où elle n'avait guère le désir de se lancer à l'aventure ce soir – pour une fois ! Le destin aidé par sa force de caractère en avait jugé autrement, lui. Elle doutait que ses poings seraient mesure suffisante à le dissuader de la laisser en paix. Nettement désavantagée, il était cependant trop tard pour les regrets car déjà l'homme était là. Sa main extirpa un coutelas qu'il planta âprement dans le bois rongé de la table, puis il s'inclina au plus proche d'elle en lui feulant dessus. L'instinct de la jeune femme fut aussi véloce que celui d'un dragon fielleux, ses phalanges oppressées sur la poignet de sa boisson eurent si tôt fait de réagir, assénant un violent coup à la tempe de son agresseur. Le bruit causé par le heurt fut aussi risible que soudain et désorienta le quidam qui en tomba même à la renverse de surprise. La demoiselle s'empara du coutelas en question – par sécurité – et se hâta de s'éloigner avec l'intention de quitter la taverne au plus vite. Malheureusement, un cercle s'était déjà formé et les individus lui barricadèrent la route pour l'obliger à faire face aux conséquences de ses actes, conséquence d'ores-et-déjà sur ses pieds !

    Bousculée vers l'arène improvisée, Izhi se réceptionna au comptoir puis se tourna en direction du forban rouge de colère. Celui-ci s'arma de son épée, un sourire malsain aux lippes. Outre la probabilité de se faire trancher la gorge comme un animal, l'éclat dans le regard de son antagoniste suggérait que des idées lubriques lui traversaient en cet instant l'esprit. L'eurythmie dépassée – car oui, la peur était irrémédiablement présente malgré qu'elle lui fit face – elle appréhenda sa venue couteau à la main. Si elle était incroyablement inconsciente d'avoir provoqué une telle effervescence, elle lutterait jusqu'à n'en plus pouvoir pour défendre sa vie et sa dignité. Néanmoins, l'évidence était là : les choses finiraient mal si aucune âme charitable ne lui venait en aide.

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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Dim 12 Fév 2012, 19:46

    Malgré l’animation des rues, il n’y avait jamais grand-chose à faire quand on était un rôdeur à Cathairfál. Mise à part quelques retrouvailles sympathiques avec des amis de longues dates, ou alors des confrères baroudeurs venus pour des affaires jusqu'à la capitale. Généralement, ils restaient ici quelques jours dans une auberge de Perllan, trouvaient un contrat qui leur convenait et puis repartaient sur les routes. Normalement, Wilhelm ne faisait pas exception à ce genre d’habitude inscrite dans sa culture, mais cette fois-ci, il était en ville pour le grand tournoi. Deux épreuves pour être plus précis. Il ne lui restait plus que la mêlée. Ayant fini tout ce qu’il avait à faire dans cette ville, le rôdeur avait profité d’un peu de repos de sa vie habituellement si chargée, pour s’entrainer dans la forêt de l’éveil, en attendant les combats. Craignant de s’ennuyer pour la soirée, il s’était rendu dans cette taverne, qu’il connaissait déjà bien, pour tuer un peu le temps entre deux chopes de bière. Laissant son faucon et sa chouette voleter devant l’entrée, il préférait les voir loin de ce genre d’agitation. Aucun de ses amis étaient là, il n’y avait que des indigents dont certains qu’il avait vaguement croisé, parlé. Et certains étaient assez saouls pour s’imaginer qu’ils étaient amis depuis toujours. Aucun autre rôdeur dans les parages, Wilhelm avait besoin de se vider la tête. Il accepta sans problème la chope qu’on lui offrait en le félicitant de ses performances à l’adresse équestre, pour le reste de la soirée, il avait juste a écouter d’une oreille les discours maladroits des ivrognes, et s’amuser de leur état lamentable.

    Le rôdeur jeta un œil à l’ambiance générale de la taverne. Rien de bien original aujourd’hui, uniquement des hommes ivres morts et chancelant en peinant à tenir encore leur chopes. Wilhelm trouva ça bien pathétique, il était pourtant bien tôt pour se mettre autant minable. Non pas qu’on retrouverait le rôdeur dans un état discutable avant l’aube, son père avait veillé à son éducation des alcools depuis son plus jeune âge, et il pouvait se vanter d’avoir une belle descente. La soirée venait juste de débuter, et d’autres personnes franchirent la porte du chant de la sirène. Certains d’entre eux étaient des singuliers qui s’estimaient assez intéressant pour avoir quelque chose à raconter à l’assemblée. Ils n’étaient d’ailleurs pas mauvais conteurs, et ils avaient la plupart des pochtrons de la taverne pendus à leurs lèvres en écoutant des histoires et autres ragots. Wilhelm n’avait pas retenu grand-chose, trouvant que les histoires étaient dignes de discussions chiffons entre jeunes femmes. On ne pouvait pas demander à des singuliers de parler de monstre et de bataille. Mais il devait avouer qu’ils avaient une certaine habilitée pour conquérir leur auditoires.

    Et puis, elle entra. Une jeune fille, discrètement avant de s’asseoir seule à une table. Le rôdeur n’y fit guère attention à première vue, pas plus que le reste de la taverne, trop occupés à perdre son temps entre discussions sans intérêts à fond de verre. Wilhelm commença juste à trouver toute cette agitation ennuyeuse quand certains, l’alcool triste, se mirent à lui raconter leur vie. Chose dont il n’avait absolument rien à faire, mais qu’il fit mine de trouver un tant soit peu intéressant, par charité. Il n’eut pas à faire cela longtemps, quand un des types pas encore assez saoul pour s’écrouler par terre, interpella la jeune fille. La plupart des prétendantes du beau sexe avaient assez d’esprit pour ne pas répondre à ce genre de provocation et les ignorer avec outrecuidance, ou alors elles devenaient rouges et s’enfuyait bien vite en espérant qu’on ne les poursuivent pas. Mais celle-ci répondit habilement, loin de se laisser intimider. Wilhelm retient un rire quand il vit l’intéressé perdre tous ses moyens devant elle, mais il savait que ce n’était pas le genre de choses qui calmait ce genre de type. Ses craintes se réalisèrent bien vite, quand il perdit patience et se lança à la poursuite de l’impertinente qui avait osé l’humilier et le provoquer devant une bande de soulards qui ne s’en souviendrait pas le lendemain matin.

    Wilhelm leva les yeux au ciel devant l’absurdité de la situation. Cela n’avait ni queue ni tête pour lui. Aussi bien d’un côté comme de l’autre, quel intérêt de provoquer un pauvre type et pourquoi diable aller chasser une fillette qui a besoin d’un peu de discipline ? Cela le dépassait complétement, et le rôdeur n’avait bien aucune intention d’intervenir. Jusqu'à ce qu’il sorte son épée, près à trancher les vêtements de la jeune fille à des fins que personne ici n’ignorait. Il connaissait bien la mentalité du coin, assez pour savoir qu’on le laisserait abuser de la jeune fille sans prendre la peine de lui venir en aide. Il soupira bruyamment avant de se saisir de son épée de deux mains et de s’avancer vers ce dangereux taré.

    La plupart étaient complétements engourdis par l’alcool, et il n’eut aucun mal à se faufiler jusqu’à la scène et d’arrêter l’homme dans son geste en le saisissant par le bras. Il était peut être fort physiquement, mais il était saoul et terriblement empoté. Rien de bien dangereux pour un rôdeur entrainé depuis sa plus tendre enfance. Le type contourna le regard pour vers face au regard sévère de Wilhelm, et surtout face au peu de patience dont il était capable de faire preuve.

    « Elle m’a provoqué. »
    râla l’ivrogne sans que le rôdeur n’eut besoin de dire quoique ce soit.

    « Je m’en moque bien. » dit-il avant dédain « Tu ne ferras rien à cette femme. Lâche ton arme ou bien je serais forcé de te crever un œil. » Et il le ferait.

    Il sembla hésiter, et il eut quelques arguments supplémentaires pour ne pas la laisser filer. Soit disant qu’elle était assez belle pour être vendue, ou kidnappée en attente d’une rançon. Il dut se retenir de ne pas lui faire fermer son clapet avec une gifle, le trouvant immensément ridicule et stupide. Il y aurait toujours quelqu’un pour le dénoncer ici et finir criminel à cause d’une dispute était loin d’être la meilleure idée qu’on pouvait avoir. En plus elle était une indigente, probablement fille de fermier ou de catin, elle n’allait strictement rien rapporté si ce n’était des ennuis. Wilhelm finit par porter la main à son épée pour l’encourager une dernière fois de lâcher la donzelle avant qu’il ne finisse par craquer et de céder à ses pulsions violentes. Voilà une soirée qui s’était bien vite terminée. L’homme finit par lâcher la femme avec un petit mot d’excuse. Pas spécialement de bonne humeur, Wilhelm poussa sans ménagement la fille dehors.

    « La prochaine fois que tu entre dans une auberge, je te conseille de te couper la langue. » déclara-t-il en croisant les bras et en cherchant du regard ses oiseaux qui ne devaient pas être loin. « Ça t’évitera de te retrouver dans ce genre de situation où tu as relativement peu de chance de t'en sortir. »


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Izhelindë Hardansson

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▬ Contributions à l'histoire : 705

MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Mar 14 Fév 2012, 01:25

    Le stupre dans le regard de son antagoniste la déshabillait par la seule force de sa présence, lui léguant quelques frémissements de répulsion prompts à lui donner la nausée. Constituer un objet de concupiscence pour un homme était une chose, l'être pour un forban fardé de fange et de liqueurs éthyliques en était une autre. Sa répugnante fragrance lui occultait son sens olfactif même à l'autre extrémité de la pièce, un instant, elle osa illustrer les hypothétiques conséquences de ses actes, et manqua de culbuter d'effroi. Elle songeait à apprendre à contenir son effervescence si elle respirait encore à l'aurore, décision qui lui épargnerait d'avantages de situations desquelles l'issue était peu féerique. Ses méninges s'agitaient au possible, à tout problème sa solution, elle espérait que la sienne se manifesterait avant qu'une lame ne lui transperce les viscères pour les répandre à même le sol. Il avait entreprit son approche, un filet de salive coulant de ses lèvres tel un canidé affamé. Ses doigts oppressèrent le manche de son malheureux coutelas, les jambes légèrement pliées pour s'offrir plus d'agilité à défaut de force brute. Peut-être n'aurait-elle point eu le temps de réagir, si sa Solution – avec une majuscule dantesque s'il-vous-plait – n'avait pas jugé bon d'intervenir à cet instant. Tout aussi stupéfaite que ne l'était le malandrin, elle se contenta d'observer l'échange verbal sans en entendre l'intégralité, assourdie par les beuglements des ivrognes qui les entouraient. Vraisemblablement – et elle l'espérait d'ailleurs – les deux quidams n'étaient pas des plus amis, et la domination de l'un eut furtivement raison de la couardise du plus misérable et imbibé. Sur le qui-vive en dépit de l'apparente accalmie annoncée, elle n'eut pas même le loisir d'estimer les excuses adressées par l'un, que l'autre l'empoigna.

    Bousculée telle une feuille par une bourrasque, Izhelindë se fit entrainer – voire trainer – jusqu'à l'extérieur de la taverne sans sollicitation de son avis. Les âmes charitables se faisaient rares parmi la plèbe, mais son sauveur était-il réellement aussi désintéressé qu'il ne le laissait croire ? Une bourse boursouflée trônait sur sa ceinture, peut-être était-ce la mélodie de l'or qui l'avait encouragé. Ignorante des raisons de cette assistance impromptue, elle exhala un râle mécontent lorsqu'il la brusqua une fois de plus dans le but de la faire avancer. Une fois dehors, elle fit deux grands pas pour se mettre hors de portée, puis rouspéta d'un phonème agacé.


    « Ca va ! Si tu m'as sortie de là pour souligner ma stupidité tu peux encore me ramener à l'intérieur ! »

    Elle l'admettait, elle avait fait preuve de stupidité en poussant le vice à son paroxysme. Si elle s'était contentée de répondre puis de s'en aller, elle aurait au moins eu la satisfaction de ne pas s'être laissée faire, sans y risquer son existence. Une fois de plus, elle arrivait à la conclusion que si elle s'était conjuguée au masculin, le dénouement aurait été autre. Etre un homme, tel était son souhait si on le lui demandait. Mais affublée d'un poitrail et giron fémininement cambrés, la réalité se dessinait d'elle-même. D'ailleurs, la dryade considéra plus consciencieusement l'aspect de son nouveau chaperon... Apparence qui ne manqua pas de l'interpeller. Physionomie redressée pour distinguer ses yeux, l'éphèbe était colossal et extraordinairement charpenté, édifié par la nature pour le combat. Son arme semblait lui être associée, elle n'était pas même certaine qu'elle soit apte à la soulever sans se briser l'ossature dans le même élan. Cet inconnu n'était pas de ceux que l'on pouvait croiser dans la Cour du souverain, ses prunelles d'onyx rutilaient d'un acquis dont seule la vie d'un baroudeur pouvait témoigner. Elle n'aurait su en dire d'avantage, mais bien malgré elle, se laissa décontenancer par cette impressionnante stature. La bouche entrouverte et une mimique quelque peu ahurie suite à son observation, elle détourna le visage pour ne pas le défigurer plus que de raison. Sa lucidité retrouvée fut aussitôt assaillie par la frustration de s'être faite aider et de siéger telle une inconsciente. De plus, cette algarade avait finalement eu raison de sa soirée, qu'allait-elle bien pouvoir faire à présent ?

    Visiblement ennuyée par ce triste constat, elle soupira en rabattant sa capuche vers l'arrière. A nouveau, elle lorgna son bienfaiteur, l'air inquisiteur. Les yeux plissés en sa direction, elle voulut le pointer du doigt en entamant une tirade... Ce qu'elle fit en arborant le coutelas qu'elle avait d'ores-et-déjà oublié. Elle-même surprise de le menacer de la sorte, elle se hâta de changer de bras pour user de sa main non armée et donc inoffensive – en espérant qu'il ne lui tienne pas rigueur de ce détail.


    « N'espère pas que je te paie, tu as agi de ton propre chef à ce que je sache ! » Elle fit une moue, puis reprit plus calmement. « Huh... Merci quand même. »

    Sa gratitude lui écorcha les lippes, mais il était bien digne de la recevoir, même si elle doutait qu'il en fasse quoi que ce soit. La jeune femme croisa les bras et se mit de profil, les prunelles balayant le sol comme si elle escomptait y trouver une réponse. Elle s'était évadée de sa prison dorée dans le dessein premier de se divertir, pour finalement frôler le meurtre. Malheureusement, elle n'avait rencontré aucune de ses connaissances susceptibles de lui tenir compagnie pour cette sorgue encline à la solitude. La monotonie était une notion qu'elle abhorrait de tout son soûl, depuis la récente manifestation de d'hérétiques qui se faisaient appeler les Héritiers, les occasions à l'amusement se raréfiaient. Désenchantée, était-elle d'être contrainte de regagner le palais, peu convaincue qu'errer dans les ruelles serait un délassement judicieux. C'est alors que l'huis de la taverne s'ouvrit, un essaim d'hommes – dont le forban avec lequel elle s'était querellée – en sortit non sans adresser quelques regards inconvenants en leur direction. Une chose était sûre, si Izhi avait la malchance de les coudoyer lors de son chemin de retour, ils ne perdraient pas l'opportunité de se faire vengeance. Etre découverte la gorge lacérée à l'aube était une hypothèse peu enviable, tout particulièrement lorsque l'on était l'héritière du royaume. Mieux valait qu'elle s'arme de prudence, sans jamais se faire surprendre.

    L'ironie voulut qu'au même moment de cette réflexion, un curieux retentissement s'abatte au-dessus d'elle. Quelque chose lui frôla l'oreille dans un glapissement strident, suffisamment inopiné pour lui causer un soubresaut. Apostrophée, la demoiselle s'accroupit instinctivement en protégeant son crâne de ses avant-bras. Elle crut que les cieux lui tombaient sur la tête et demeura dans cette position défensive durant d'interminables secondes... Ce ne fut qu'en redressant le faciès qu'elle aperçut une forme ailée installée sur son sauveur. Lentement, elle se releva, adressant un regard surpris à la chouette qui venait de lui céder une petite frayeur... Et quelques plumes dans les cheveux.

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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Jeu 16 Fév 2012, 17:48

    Et râleuse avec ça. Elle arrivait encore à fanfaronner devant lui après une telle scène, le regardant avec arrogance teintée du méprit normal qu’avait une gamine qu’on gourmandait après quelques bétises. Il la trouvait déjà bien ridicule à avoir tenté le diable dans la taverne, et ce qu’il voyait là ne remonta pas son jugement. Bien qu’il eut un semblant de respect pour elle à cause de son courage et de sa hargne à se défendre. Mais vraiment qu’un semblant perdu au milieu de divers émotions que le rôdeur pouvait ressentir à ce moment-là. Comme la lassitude ou l’incompréhension la plus totale, en passant par la résignation qu’il ne comprendrait jamais rien aux femmes. Il se demanda un instant si cette pauvre imprudente n’avait pas abusé elle aussi sur la boisson, comme la plupart des ivrognes qu’on pouvait trouver à cette heure-ci. Mais elle avait l’air parfaitement en pleine possession de tous ses moyens. Donc ce dont il avait été témoin il y a quelques minutes était tout simplement le résultat de sa stupidité. Et d’ailleurs elle l’avouait elle-même, Wilhelm nota ce fait, se disant qu’elle était peut-être récupérable. En considérant le fait qu’elle ne finisse pas égorgée dans la nuit. Provoquer un type pareil quand on n’avait pas de quoi se défendre n’était jamais bon, surtout quand on était jeune et plutôt belle.
    Occupé à scruter le ciel à la recherche de ses oiseaux, trouvant assez inhabituel qu’ils mettent autant de temps à se montrer, il ne fit pas attention au fait que la jeune femme le regardait des pieds à la tête. Se rendant compte qu’elle ne parlait pas au premier pécore de base, mais bel et bien à quelqu’un qui avait passé sa vie sur les routes et qui n’était nullement inquiété par les bagarres de taverne. Mais ça ne l’avait jamais intéressé. Triompher de vieillards et autres maigrichons alors que des Balrogs surpuissants se promenaient en Lanriel, c’était tellement ridicule et facile. En bon fauconnier, Wilhelm aimerait beaucoup croiser un de ses grands aigles dont on lui a souvent parlé également. Mais en tuer un, ça, jamais.il aurait l’impression de trahir ses frères et son essence même. Les rapaces ils les voyaient comme des bijoux, des êtres parfaits, et n’aurait jamais le cœur à s’attaquer à l’un d’entre eux. Il siffla pour les appeler, le temps de reposer ses yeux sur la jeune femme il le regardait avec une expression qui la rendait encore plus bêtasse qu’elle ne l’était déjà. Il lui accorda un regard suspicieux en haussant un sourcil. En revanche, il les fronça quand elle agita un piteux coutelas en sa direction.

    « Qu’est-ce que tu fais à agiter ce plumeau devant mon nez ? Range moi ça. »


    Répliqua-t-il alors qu’elle venait déjà de se rendre compte de son geste et qu’elle enchainait. Radine avec ça. Enfin, demander de l’argent pour une chose pareille ne lui avait pas traversé l’esprit, mais maintenant qu’elle en parlait, il n’aurait pas craché dessus en effet. Mais vu que cela semblait compromis, il se contenta de croiser les bras avec un air impatient et vaguement menaçant. Il hocha juste un peu la tête quand elle le remercia, preuve qu’il n’était pas tout à fait ingrat. Il leva à peine les yeux sur la bande de saoulard qui sorti de la taverne, pas inquiet pour deux sous comparé à elle. Mais une chose était certaine, elle allait avoir du mal à rentrer chez elle sans risquer de tomber sur de mauvaises rencontres. Et c’est pas un petit couteau qui allait la sauver.

    Ah, enfin Valia, sa chouette, revenait. Le petit rapace frôla la jeune femme, contrôlant mal sa trajectoire à cause de son aile blessée. Mais déjà elle arrivait à voler sur une courte distance, c’était bien mieux ce que qu’elle pouvait faire il y a peu. Incapable de chasser, de voler ou de s’abriter, Wilhelm s’était tout de suite entiché de cette bestiole plus petite de son poing. Un cri dans le ciel l’indiqua que son faucon était non loin, et tout de suite il était plus rassuré, toujours impressionné par leur capacité de s’allier et de se comprendre entre eux. Il flatta le plumage de Valia quand il reporta son attention sur la jeune fille, recroquevillée sur elle-même en fixant l’oiseau, visiblement surprise, voir même effrayée. Une posture qui le dérida instantanément pour le faire éclater de rire. Lui qui était aussi fermé qu’une huître depuis le depuis, ce détail était assez important pour le souligner. Ce n’était pas spécialement pour le plaisir de se moquer de la jeune femme, il trouvait juste que la situation était suffisamment cocasse pour pouvoir en rire franchement.

    « Complétement inconsciente devant des types pareils, et tu as peur d’une pauvre chouette ?! »

    Il ponctua sa phrase d’un nouveau rire, imaginant mal Valia se transformer en chasseresse hostile envers une jeune femme. L’animal préférait de loin regarder toute agitation d’un perchoir, se faire câliner par toutes les mains possibles, profitant de son apparence on-ne-peut-plus attachante et entretenir des débats silencieux avec Ainor le faucon. Il fallait bien dire que ce dernier faisait office de grand frère pour elle. Le fauconnier tendit un index près de son épaule pour que l’animal sautille maladroitement dessus avec un petit glapissement.

    « Elle a une aile brisée alors elle vole mal. » cru-t-il bon de préciser. Une façon d’excuser sa brave compagne à plume. « Elle ne volera jamais bien droit par ailleurs. »

    Un cri strident résonna non loin. Un cri d’oiseau. Wilhelm tendit l’oreille, reconnaissant son faucon et le signal d’alarme qu’il lui lançait, il eut un bref rictus cynique. Visiblement les pochtrons avaient décidés de leur tendre un coupe gorge dans une ruelle. Ce n’était pas un soucis pour Wilhelm, mais il était pas certain que ça soit la même chose pour la gamine.

    « Je te souhaite bien du courage pour rentrer chez toi en un seul morceau, mademoiselle. » Devant l’incompréhension qu’il pouvait deviner dans les jolis yeux de son interlocutrice, il ajouta : « Ils t’ont préparé un comité d’accueil, mais je doute qu’il ne soit très réjouissant pour toi. »


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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Sam 18 Fév 2012, 15:06

    Cette sorgue serait à marquer du sceau de la surprise, décidément. Peut-être n'était-elle pas sous une bonne influence astrale pour s'aventurer hors des enceintes du palais, bien qu'il eut été trop tard pour s'en rendre compte. Reconnue d'ordinaire si téméraire, l'arrivée casuelle d'un rapace venait de lui faire frôler l'arrêt cardiaque, preuve qu'elle n'avait guère la conscience tranquille. Comment aurait-il pu en être le cas alors qu'elle craignait que son chemin de retour ne soit parsemé d'embûches somme toute mortifères. Mais pour quelques instants, ses prunelles de bleu diaphane furetaient la chouette plutôt que de s'en inquiéter, ébahie par la délicatesse dont faisait preuve le colosse qui l'avait secourue. L'hilarité de ce dernier lui valut un regard sombre, peu apprécieraient que l'on se gausse d'eux en de telles circonstances, elle faisait partie de ces mêmes gens. Le faciès orné d'un rictus renfrogné, elle tenta de débarrasser sa crinière des plumes qui y avaient élu domicile avant que le phonème du trentenaire ne s'élève à nouveau. La précision apportée n'eut d'autre effet que d'attendrir la princesse qui se sentit navrée pour la pauvre créature ailée. Elle n'avait que trop peu approché les fauconniers de la Cour, ceux-ci n'aimaient pas que leurs braves animaux soient ainsi perturbés par une tiers présence. Même lors de ses différentes pérégrinations, elle n'avait pas souvenir d'avoir un jour partagé la compagnie d'un maître oiseau jusqu'à aujourd'hui. Son sauveteur s'avérait devenir de plus en plus intéressant, néanmoins et pour le moment, ce fut bel et bien son volatile qui eut toute son attention. Elle s'en approcha avec une mimique à la lisière de la nigauderie, preuve s'il en était qu'elle était apte à s'émerveiller pour bien peu de choses.

    « Oooh, pauvre petite créature. Tu es toute belle dis-moi ! Mais oui que tu es belle, mais oui mais oui ! »

    Sa crédibilité ne se rehausserait peut-être pas après cet excès de niaiserie non dissimulé, la chouette était vraisemblablement parvenue à charmer Izhelindë qui se mit à lui flatter la bedaine du bout de l'index. Elle était femme à aimer les animaux bien qu'elle ne possédait qu'un étalon, ainsi qu'un jeune chat qui s'amusait d'ailleurs à fuguer lui aussi. Elle désavouait ardemment les traditions de chasse par pur divertissement, un délassement pourtant populaire parmi la noblesse, nobles qui n'hésitaient pas à se vêtir de leur plus bel apparat pour ces occasions. Son index grimpa jusqu'au menton de l'oiseau, puis jusqu'au sommet de son crâne avant qu'il ne se mette à lui picorer le doigt, provoquant un ricanement amusé. C'est alors qu'un hurlement stridulant lui chatouilla sensiblement l'ouïe et sembla tout autant interpeller l'adonis à ses côtés qui tendit l'oreille. Sa tirade fit redresser la physionomie de la dryade qui l'observa avec incompréhension, jusqu'à ce qu'il ne s'explique d'avantage. Elle ne fit pas immédiatement le lien entre cette déclaration et le cri suraigu précédemment entendu, mais ses doutes furent confirmés.

    Ces forbans n'étaient pas hommes à faire preuve de mansuétude, ceci malgré la menace de celui qui s'apparentait à un gladiateur. Si elle avait prit ses jambes à son cou, sa vélocité innée lui aurait octroyé une chance de survivre. En revanche, sa dignité s'en serait retrouvée ébranlée pour la prochaine décennie et elle doutait qu'elle aurait eu le courage d'un jour retourner au Chant de la Sirène. La fierté était valeur à être férocement défendue, mais il n'y avait qu'un pas entre la hardiesse et l'idiotie, limite qu'elle semblait fréquemment franchir bien malgré elle. Son père avait peut-être raison de ne point fermer l'oeil jusqu'à ses retours d'escapades, il connaissait parfaitement son inclinaison à s'acoquiner avec le danger lui-même. Les Seigneur du royaume craignaient que son manque de tempérance ne constitue un mauvais présage pour le futur de la contrée, lorsqu'elle serait à son tour intronisée première dame du pays. Elle, savait qu'il en serait autrement lorsque la vie de ses sujets ne reposerait que sur ses décisions, le temps d'une fallacieuse innocence arriverait alors à son terme. Bien que rien ne semblait le prouver à travers ses frasques intempestives, elle escomptait devenir une aussi délicieuse souveraine que ne l'était actuellement Arsenios. N'en plaise à ces Héritiers qui ne trouveraient guère la victoire tant qu'elle serait apte à guerroyer pour cela. La guerre se menait sur un champ de bataille, mais également sur une interface politique qu'elle apprendrait à dompter en cas de nécessité. Toutefois, lui fallait-il encore demeurer en vie aujourd'hui si elle désirait se battre demain.

    La jeune femme examina sa phalange grignotée durant sa réflexion, puis ploya une dernière caresse à la chouette qui semblait apprécier être cajolée. Elle s'éloigna ensuite de quelques pas, main sur le menton, en songeant à une échappatoire. Sa Solution – avec une nouvelle majuscule – fut toute trouvée. Les baroudeurs tel que ce fauconnier n'hésitaient jamais à offrir leurs services contre rétribution – car elle doutait qu'il accepte de les lui céder contre un simple sourire après les réflexions qui lui avaient été faites. Ses yeux de biche lui seraient néanmoins utiles, une oeillade enjôleuse avait la propriété de ravir la gente masculine. Une théorie qui ne trouvait certes pas toujours écho, mais il était judicieux de faire un essai. Elle pivota donc en direction de l'éphèbe charpenté, puis après l'avoir furtivement observé, lui adressa une risette mutine en papillonnant emphatiquement des yeux. Son attitude explicite serait promptement repérée – elle le savait et en jouait, d'où le cocasse de la situation. La belle empoigna son escarcelle boursouflée, l'ouvrit et en extirpa une pièce pour témoigner de son précieux contenu. Elle la frappa ensuite avec son pouce pour la faire tournoyer dans les airs – provoquant une douce résonance métallique - jusqu'à ce que le rôdeur ne l'attrape, puis déclara d'une phonation mièvre.


    « Le reste est à toi quand je serai sur le pas de ma porte. »

    La jeune femme ballota la bourse une dernière fois pour qu'il constate que la récompense serait généreuse – après tout, l'argent n'était pas une denrée rare dans son foyer, aussi comptait-elle lui offrir la totalité de ce qu'elle transportait. Une fois le tout rangé et un clin d'oeil effectué, elle se débrouilla pour installer le coutelas à sa ceinture, cette arme pourrait peut-être lui servir dans le pire des scénarios. Elle regrettait bien son arc, ou une lance avec laquelle elle était plus adroite. Si Dreann avait été là – réflexion quelque peu saugrenue puisqu'il ne l'aurait certainement pas laissée s'échapper – au moins aurait-il été enchanté de pouvoir remplir son rôle de chaperon. Elle espérait que son remplaçant serait tout aussi doué que ne l'était le chevalier, au moins aurait-il le mérite de ne faire preuve d'aucune formalité que ce soit puisqu'ignorant de la personnalité qui venait de l'engager. Par ailleurs, mieux valait qu'ils ne croisent aucune sentinelle royale lorsqu'ils seraient aux abords du palais, car outre le fait que le guerrier risquait de finir la nuit dans les geôles, peut-être préférerait-il lui trancher la gorge ou la faire captive en apprenant qu'elle était l'héritière de Lanriel. Il lui faudrait indéniablement faire preuve de bagou si elle voulait demeurer anonyme jusqu'au bout, et il était plus que de temps de se mettre en route. Elle lui fit signe de la suivre et entama la marche, qu'elle stoppa subitement à peine l'eut-il rejoint.

    « Au fait, je m'appelle Izhi, ravie de te rencontrer. »

    Izhelindë tendit sa main au vu d'une poignée de salutation. Le sourire qu'elle lui adressa cette fois fut simplement emprunt d'amabilité, ce dont peu de gens devaient faire preuve en de telles circonstances.

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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Lun 27 Fév 2012, 22:47

    Et encore une fois, Valia avait le beau rôle. Mais qui pourrait blamer la petite chouette pour recevoir encore de l’affection de la part d’une dame ? Non seulement toute petite, et par conséquent adorable, elle était également très expressive. Elle ne se priva pas pour étirer ses grands yeux dans un air de profonde satisfaction quand la jeune femme se mit à lui gratouiller le ventre en lui parlant comme à un bébé. Le tout en agitant un peu ses petites ailes. Valia était toujours craintive des étrangers, mais dans les mains de son maitre, elle se laissait sans problème approcher. Généralement, Wilhelm était toujours un peu méfiant des mains qui pouvaient approcher ses oiseaux, et encore plus elle, à cause de son aile brisée qui l’empêcher de s’envoler en cas de danger. Cela devait être son côté papa poule. Wilhelm n’était pas du genre à s’enticher très vite des gens, mais quand il le faisait, c’était avec une attention particulière. Il s’était toujours demandé pourquoi il avait récupérer Valia quelques jours avant l’annonce de la mort de son frère ainé. A la longue, il avait fini par prendre ça comme un message de la déesse Eydis.

    La jeune fille semblait légèrement soucieuse de la nouvelle concernant les vils personnages qui n’attendaient visiblement qu’elle. Ainor ne se manifestait jamais sans raison, et si il avait pris la peine de crier, c’était que ces types s’était mis en formation, armes au point, très certainement dissimulés dans une ruelle sombre. Normalement on appellerait ça une embuscade, mais de la part de quelques amateurs fermiers complétement ivre, Wilhelm était plus tenté d’appeler ça « une grosse blague » . Une grosse blague certes, mais étant supérieurs en nombre et ayant suffisamment bu pour devenir violent, il n’ignorait pas le destin de la gamine si elle tenait à rentrer toute seule. Probablement prise en chasse, plus elle se débattrait, plus elle serait molesté, et le reste de la nuit serait particulièrement long et douloureux. La plupart des femmes rangeaient le rôdeur dans la catégorie des hommes à fuir comme la peste, de crainte qu’il soit incapable de contrôler ses pulsions. Voici quelque chose qui lui faisait lever les yeux au ciel. Jamais de sa vie il n’avait forcé une femme et il n’en voyait pas l’intérêt. C’était une méthode de lâche et de faible. Il n’y avait nulle gloire à faire pleurer et souffrir une donzelle, et il ne voyait pas comment on pouvait y prendre plaisir. Ou alors le souci venait de sa mère, une femme de poigne et très certainement la personne qu’il avait le plus craint dans toute sa jeunesse. Pourtant c’était plus son père qui lui donnait des claques, mais jamais Wilhelm n’avait pris le risque de désobéir à sa génitrice. Cette dernière étant particulièrement autoritaire et sanguine.

    Voilà que la jeunette lui adressa une œillade de suffisance. Et bien voyons, comme si il était assez stupide pour répondre à une tentative de séduction aussi grossière. Il l’aurait très certainement prit comme une injure personnelle si elle ne lui avait pas envoyé une pièce dans les airs. Il l’attrapa adroitement, la chouette hulula gentiment pour qu’on s’occupe d’elle et Wilhelm lui accorda une caresse distraite. Voilà donc ce que la jeune fille voulait, qu’il la raccompagne chez elle. Il se demandait bien pour quelle raison elle était sortie pour se retrouver dans une situation pareille. Mais ce qui attira véritablement c’était cette bourse pleine. Qu’il en soit le possesseur une fois son office accompli lui plaisait certes. Mais qu’une simple fillette accepte sans discuter de lui donner une somme pareille, voilà qui était curieux. Il y avait une petite fortune là-dedans, et même lui broncherait de devoir tout donner, même pour sauver sa peau. Il y avait anguille sous roche. Cette femme était probablement fortunée, en tout cas, elle n’était pas la gamine indigente qu’elle essaye de jouer depuis le début. Sans rien dire de sa théorie, il acquiesça et se mit en route à sa suite.

    « Je suis Wilhelm. » Répondit-il en regardant la main tendue avec un air interrogateur. Les femmes n’aimaient pas le contact physique habituellement, et c’était bien la première fois que l’une d’entre elle voulait faire une poignée de main à un rôdeur. Le fauconnier connaissait bien la réputation de ses pairs auprès des singuliers de Lanriel. Il finit par lui serrer la main, en faisant attention de ne pas la lui broyer au passage.

    Izhi… cela lui disait quelque chose. Avait-il entendu parler d’une quelque chose femme riche répondant au nom d’Izhi ? Pas qu’il s’en souvienne au premier abord. Il se réintéressa à sa mission actuelle, à savoir, escorter l’aimant à ennui chez elle, et sans dommages. L’œil vif, et ne voyant pas l’intérêt de continuer cette discussion, il chercha dans la nuit la présence de son faucon, qui devait probablement monter la garde près des malotrus. Oui, un oiseau qui fait le guet, c’était courant pour lui. Il avait passé suffisamment de temps à dresser Ainor depuis sa plus tendre enfance pour que le rapace sache ce qu’il doit faire en cas d’embuscade. Ce dernier attendait au-dessus d’une enseigne de boutique scrutant les alentours. Wilhelm fit signe à la jeune fille de stopper sa marche et mit la main à sa grande épée. Ils n’étaient pas loin, et sans être dangereux, ces types pouvaient avoir l’avantage de la surprise. Ainor cria encore, d’une tonalité particulière, signalant que l’un d’entre eux arrivait par la droite.

    Wilhelm balança son poing fermé en direction de l’imprudent pour le toucher en pleine mâchoire. Il aurait pu sortir son épée, mais tuer quelqu’un ici n’était pas la meilleure idée qu’il aurait pût avoir. En revanche, il pouvait les frapper et les laisser jusqu’au petit matin stagner dans leur état lamentable. Enfin, il parla trop rapidement quand il senti quelque chose dans son dos. Un coup de poignard. Pas bien profond et pas assez douloureux pour lui arracher un cri, mais une offense à son habilité au combat. En quelques mouvements, il lui avait prit le poignard des mains pour le diriger de façon menaçante vers la gorge du coupable. Il marmonna rapidement une menace avant de le faire dédaller.

    Poussant un soupir colérique, il repoussa gentiment sa chouette toujours sur son épaule pour qu’elle descende sur un baril, le temps qu’il retire sa chemise. Il pouvait se soigner à l’auberge, mais la sensation du tissu imbibé de sang le gênait, d’autant plus qu’elle était foutue. Pas de problème, il pourrait s’en payer 10 avec ce qu’il allait gagné à la fin de cette soirée.

    « C’est bon, t’as rien ? »
    lança-t-il à l’attention d’Izhi. Laquelle il était censé protéger.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Jeu 01 Mar 2012, 21:26

    Le colosse sembla interpellé par tant de savoir-vivre. Craignait-il qu'elle extirpe une lame de sa manche pour observer sa main de la sorte ? Elle doutait représenter un quelconque danger pour lui, pas dans ce genre de circonstances, car il ne possédait rien qu'elle pourrait désirer. Le dernier à l'avoir sous-estimée s'était retrouvé sous le joug de sa propre lame après qu'Izhelindë la lui eut volée, dans un instant d'inattention pure. Prétendre qu'elle était aussi inoffensive que l'oisillon sorti du nid aurait été fallacieux, elle était simplement de l'une de ces menaces tacites que l'on ne découvre toujours que trop tard. Quoi qu'il puisse en être, elle n'avait guère d'intérêt à se confronter à celui qui était son cerbère à moins que celui-ci soit indigne de son nouveau titre. Dans ce cas précis, peut-être pourrait-elle compter sur sa vélocité pour le semer dans la pénombre en gardant pour elle l'aumônière qu'elle lui avait promise. Mais à quoi servait de conjecturer alors qu'il avait d'ores et déjà prouvé que la véhémence alcoolisée d'un ou deux forbans ne l'effrayait pas le moins du monde. La poigne contrôlée mais ferme dont il se servit fut telle la confirmation d'une pondération qui ne faisait que trahir la puissance originelle qui se répercutait dans sa charpente massive. Ce détail physique avait d'ailleurs quelque chose de rassurant, dans la mesure toute logique qu'elle se trouvait dans ses bonnes grâces pour ce soir, car leurs antagonistes n'auraient certainement pas la même vision que la sylphide.

    Le binôme se mit en route, la demoiselle sensiblement en avance car elle seule connaissait la route à emprunter. Par ailleurs, elle se demandait à quel moment elle se séparerait de lui sans risquer de lui révéler sa véritable identité, ni même sans attirer l'attention des sentinelles par la même occasion. Sa réflexion fluerait avec leur progression, car elle ignorait jusqu'où les gredins en question seraient aptes à aller par simple quête de vendetta. Dire que son père prétendait qu'elle était parfois trop vindicative, c'était sans compter les esprits frustes et embrumés dont les tavernes recelaient à une heure aussi avancée. Par ailleurs, la belle ne tarderait pas à authentifier à quel point son rival de joute verbale s'était mortifié de son comportement, car à peine approchaient-ils de la première intersection que déjà, les ennuis parvinrent à eux. Ce fut du moins ce que la jeune femme crut comprendre lorsque Wilhelm lui intima de s'immobiliser d'un geste. Instinctivement, elle fit quelques pas en arrière en furetant les environs, l'ouïe attentive. Ce fut le cri strident du rapace qu'elle n'aperçut que tardivement perché en hauteur qui entendit pourtant, aussitôt suivit d'un superbe crochet du droit qui fit mouche sur le faciès rubicond de l'agresseur. Encline à applaudir l'assaut de son acolyte, elle remarqua cependant une ombre se mouvoir dans l'échine de celui-ci. Elle la pointa du doigt et s'apprêta à prévenir le rôdeur du danger, mais déjà, une lame s'invita dans sa chair pour lui arracher un feulement rauque. Respiration bloquée – visiblement inquiète – elle ne put reprendre son souffle que lorsque le responsable fut chassé, puis se hâta en direction du meurtri. Cependant, les choses ne s'arrêtèrent pas là, et avant même qu'elle n'ait eu le loisir de s'enquérir de sa santé, l'éphèbe entreprit de se déshabiller sans raison apparente. Apostrophée par cette soudaine lubie de nudité partielle, elle n'eut pas même la force de lui poser la question que déjà, un poitrail dévêtu s'exhiba à elle. Transie de surprise, ses prunelles errèrent d'elles-mêmes sur cette anatomie ornementée de balafres mais aux agréments musculaires des plus attractifs. N'importe quelle nymphe aurait admiré ce déploiement de volupté avec contentement, néanmoins, ce ne fut pas le cas d'Izhi. Encore totalement pure dans le domaine du stupre, c'était avec un embarras palpable qu'elle réagissait lorsque la situation la dépassait, comme c'était actuellement le cas. L'interrogation lancée par le trentenaire ne l'effleura qu'à peine, le regard agglutiné à même son corps bien malgré elle.


    « … Euh... Hein... Hein, quoi ? » Répondit-elle évasivement, avant de redescendre sur terre. « Euh... Non, je n'ai rien. C'est toi qui es... Blessé... »

    Dit-elle en désignant timidement la plaie qu'elle savait se situer dans son échine. Puis enfin, elle détourna les mirettes en se frottant nerveusement le menton, cherchant à camoufler son malaise comme elle le pouvait. La gente masculine lui était bien plus mystérieuse qu'elle ne l'aurait avoué de prime abord, contrairement à son jeune frère, elle n'avait jamais ressenti le besoin de plaire de quelle que façon outrageuse. Elle était une dame doublée d'une princesse de sang bleu, et si les occasions purent se dénombrer jamais la demoiselle ne s'y était attardée. Cette vérité était à l'antipode de l'image qu'elle pouvait hypothétiquement diffuser au quotidien, le flirt était devenu une marotte qui la délaissait autant qu'elle lui était utile. Son potentiel lui avait promptement été révélé, aussi ne percevait-elle aucun mal à user de ce dont la déesse l'avait sanctifiée. Mais sa séduction n'en demeurait pas moins superficielle, fait qu'elle espérait ne pas être dévoilé. Avec la Providence de son côté, le rôdeur n'aurait peut-être rien remarqué de son désarroi bien que cette hypothèse lui semblait peu plausible. Avant qu'il ne se laisse aller au moindre commentaire, mieux valait reprendre la route en feignant son aise et en essayant d'ignorer qu'il n'était plus habillé que d'un bas. Mais alors qu'elle voulut reprendre la parole, l'exclamation tonitruante du faucon retentit à nouveau, et il ne fallut que quelques secondes pour que deux protagonistes ne s'élancent contre le guerrier. Prise de cours, la dryade fit un bond en arrière pour finalement se faire accueillir par un troisième individu qui – tout en gloussant – l'intercepta pour la jeter sur son épaule et s'en aller.

    « Wilheeeeeeeeeeeeeeeeelm !! »

    Hurla t-elle pour indiquer à son garde-fou – au cas où il ne l'aurait guère remarqué – qu'elle était victime d'un enlèvement. Un kidnapping des plus burlesques, son agresseur n'était pas même apte à suivre la route sans vaciller par plusieurs fois, manquant des rencontres inopinées avec les murs. L'héritière fut d'avantage effrayée de cette inhabileté que des éventuelles conséquences qui l'attendaient si le fauconnier ne parvenait pas à la retrouver. Le forban qui la transportait s'engagea dans la première venelle étriquée qu'ils croisèrent et disparut dans la pénombre de sorgue, ramenant un silence religieux. La pire des conjectures était à faire, que découvrirait l'adonis en se lançant à la recherche de sa protégée ? Gisait-elle à même le sol, les viscères à l'air libre ou la gorge tranchée d'une oreille à l'autre ? La réalité était tout autre, car patiemment, la naïade adossée à une paroi guettait l'arrivée du mercenaire. L'homme qui s'était risqué à l'enlever était alité dans la fange, à moitié inconscient et les mains posées sur son entre-jambe. Une fois que Wil la rejoignit, elle déclara d'une phonation légère.

    « Tu en as mis du temps. »

    Elle lui accorda un sourire en veillant toutefois à ne pas l'observer trop intensément, elle déplorait qu'il n'ait point trouvé une autre chemise en cours de route et il semblait qu'elle devrait s'y faire tant bien que mal. S'il se raillait en plus d'elle, le retour serait plus long que prévu.

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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Dim 11 Mar 2012, 18:40

    « T’as rien ? » Insista-t-il une seconde fois quand elle ne répondit qu’un bafouillage sans queue ni tête. Il mit tout d’abord cette soudaine perte de verbiage sur le choc de l’attaque. Il avait vu plus qu’une fois des jeunes femmes en manque de latin après avoir eu la peur de leur vie. Wilhelm pensa d’ailleurs un instant que si il était rémunéré à chaque fois qu’il s’improviser sauveur de jeunes femmes en détresse, voilà longtemps que sa fortune égalerait celle du roi de Lanriel lui-même. Et puis peu après, le rôdeur vit les yeux de la jeune femme comme figés sur lui. Ou plus précisément sur son torse maintenant à découvert. Bon sang, encore une que ça offusquait. Il n’avait décidément pas les manières des singuliers et il comprenait ces derniers de moins en moins. Un bout de peau et tout le monde est choqué, mais alors quand les hommes mettent des vêtements hideux de nobliaux, ça, ça passe tout seul. Alors que le fauconnier trouvait ça extrêmement agressant pour ces pauvres yeux. Il pensa au début que cette femme était juste une puritaine comme les autres, mais quelque chose dans son regard indiquait une gêne, un malaise, un inconfort. Etait-ce à cause de sa blessure ? Non. Wilhelm le devina finalement pour avoir déjà connu cette réaction de la part d’autres gamines. L’innocence, voilà le problème. Cette Izhi n’avait probablement jamais eu à faire à d’autres visions de poitrail masculin digne de ce nom. Wilhelm n’était pas vantard, mais il se savait plus impressionnant, physiquement parlant, que le paysan moyen. Même chez les nobles et les soldats par la même occasion. Rien de bien étonnant, mais à force de l’entendre de la bouche de filles de passages, il avait fini par s’y faire.

    Mais cette réaction de la jeune fille lui arracha un sourire amusé. Pas moqueur. Il trouva ça plutôt touchant qu’une fille de son âge soit intacte, c’était plutôt rare dans son milieu. Non pas que les rôdeuses étaient des filles faciles, mais la vertu était beaucoup moins privilégiée que l’honneur. Lui-même on ne lui avait jamais parlé de l’importance du mariage ou de l’abstinence, c’était bien des trucs de singuliers ou de nobliaux ça… Même le sujet était complétement tabou et déclenchait des silences gênés. Alors Wilhelm avait fini par se taire et à éviter tout ce qu’il y avait de grivois dans les conversations, fatigué d’être entourés de dévots. Il trouva néanmoins que c’était l’occasion de taquiner cette brave Izhi qui portait si bien le rose aux joues.

    Il voulut l’interpeller avec une remarque bien amère et un sourire en coin. Sourire qui fondit bien rapidement quand deux autres autochtones sortirent de l’ombre pour s’en prendre à lui. Deux suicidaires visiblement, ou alors ils n’avaient pas vu avec quelle facilité Wilhelm avait sonné les deux autres. Mais il comprit bien vite que le but de la manœuvre était de le distraire pendant qu’un autre embarquait Izhi sans plus de cérémonie. Une situation qui l’aurait surement fait hurler de rire en d’autres circonstances, mais sur le coup, il le prit comme une provocation insultante. Il se fichait bien d’eux, mais sa mission était de mener cette fille saine et sauve chez ses parents. Et ce n’était pas cette bande de bois-sans-soif qui allaient l’empêcher de faire ton travail. Sauf que sans Izhi, sa besogne semblait bien contrariée. Il mit rapidement les deux hommes à terre, sans sortir son épée car il n’avait pas vraiment intérêt de tuer qui que ce soit pour éviter d’avoir les autorités sur le dos. Et puis finalement il s’avança rapidement dans la ruelle étroite. Il était plutôt rassuré sur l’état de santé de la jeune fille. Ce type était pas bien sobre et n’aurait pas eu le temps de la tuer ou d’abuser d’elle. Au pire elle aurait pris un mauvais coup, au mieux elle aurait eu une grosse frayeur. Mais ce qui l’attendait était tout autre. Il fixa l’importun qui semblait bien souffrir au sol, se tenant les parties en marmonnant des insultes misogyne.

    « C’est un coup bien bas, ça. » Répondit-il avec un sourire en coin. « Même moi je n’oserais pas frapper ici. »

    Il lui fit un bref signe pour qu’elle sorte de la ruelle. Levant le nez, il fit qu’Ainor était calme, et que par conséquent, la voie était libre pour le moment. Sa chouette siffla dans son coin, vexée d’avoir été laissée pour compte pendant l’action. Wil claqua des doigts en tendant le bras dans sa direction pour qu’elle volette à son bras. La chouette s’appliqua sur se poser sur son index, manquant de rater sa trajectoire à cause de son aile, et le rôdeur lui caressa le crâne avec affection. Le rapace retrouva très vite une expression béate en se laissant faire.

    « Bon, la pucelle. »
    Fit-il à l’intention de la jeune fille, cachant mal son sourire. « T’habites où exactement ? Dans tous les cas, faut pas rester là. »

    Il jeta un œil aux types mal en points non loin de là. Aucun n’était en danger de mort et ils souffriront plus de leur gueule de bois que de leur blessure au réveil. Mais il voulait néanmoins éviter d’être ici si une patrouille nocturne décidait de rappliquer. Risquer sa vie pour une poignée d’argent, pourquoi pas. Mais la prison, ça, jamais. Il se connaissait, et savait que la pire des tortures pour lui serait l’enfermement. Il en perdrait la raison plus rapidement qu’on pouvait le croire. Déjà que trop rester en ville avait tendance à le fatiguer et à le rendre aigrie, alors la prison en ferait une loque, ou bien une bête ivre de liberté.

    Il remit la chouette sur son épaule et fit un signe de tête impatient vers la jeune fille, pour l’empresser de lui répondre, qu’ils se mettent en route.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Lun 12 Mar 2012, 15:58

    Un coup bas, dans tous les sens plausibles du terme. Les prunelles mutines de la jeune femme mirèrent dans la direction du gredin à moitié amorphe sur un lit de poussière, estimant sa souffrance actuelle comme suraigüe sur l'échelle du tolérable. Les convenances lui avaient certes appris à ne jamais, ô grand jamais, viser un tel endroit stratégique. Néanmoins, la fin justifiait les moyens, et il n'y avait guère plus de morale lorsque le risque primaire était de se faire déflorer dans l'ivresse de la violence. Elle s'était toujours préservée pour son rang, mais également par respect envers elle-même, car une femme n'appartenait qu'à son époux et réciproquement. Sans doute cette vision du monde était-elle utopique, celle d'une dame de haute distinction encore lovée dans la protection familiale. Mais si certains quidams qu'elle avait rencontrés lors de ses pérégrinations étaient néanmoins susceptibles de lui plaire – car elle n'était pas dénuée d'une volupté cachée – celui qui avait pensé l'avoir ce soir ne figurait pas parmi ses éventuels. La simple idée qu'il ait songé l'illustrer dans une situation outrageusement libidineuse lui léguait des hauts le coeur, aussi préféra t-elle encore l'embarras de ce poitrail dénudé qui se tenait non loin d'elle. Alors, lorsqu'il qualifia sa défense de coup bas, elle ne fit que lui adresser un haussement d'épaules, jugeant son acte tout aussi légitime qu'efficace.

    Izhelindë le suivit lorsqu'il lui indique de sortir de cette ruelle étriquée, pour y laisser sa victime sans doute s'endormir dans sa propre salive. Sa main s'en alla masser le muscle crispé de sa nuque tout en effectuant quelques rotations de la tête pour se soulager de sa douleur, celle qui l'avait empoignée lorsque l'ivrogne l'avait transportée comme un vulgaire baluchon. Puis elle entendit la chouette râler son mécontentement d'avoir été involontairement omise durant la bataille, celle-ci vint les rejoindre de façon oscillante pour se poser sur son maître et profiter de son affection. La scène fit sourire la sylphide, attendrie, avant qu'un sentiment inverse ne l'ankylose sur place. Elle en fut tant sidérée qu'elle crut un instant avoir fabulé, les mirettes fixées sur le faciès du rôdeur source de son trouble. Avait-il réellement osé ? Le qualificatif utilisé fit écho dans son esprit, se répercutant douloureusement dans chaque venelles de sa tête jusqu'à enfin l'assimiler. Jamais encore personne ne s'était risqué à évoquer l'intimité de ce sujet avec une telle désinvolture en sa présence, et cela en était d'autant plus déconcertant qu'il venait d'ébranler un point sensible. Si d'ordinaire la princesse avec tout autant de répartie que de provocation, comme elle aimait à le faire, elle se retrouvait cette fois aphone face à son vis-à-vis. Elle ne pouvait guère se contenter d'encaisser en lui octroyant cette irrévérence qui n'avait pas lieu d'être, mais la colère n'aurait-elle pas été une manière de lui laisser la victoire ? La sylphide n'eut pas même le loisir de se poser la question, et ce fut la physionomie décomposée par la mortification qu'elle ravala la distance qui les séparait. Avec une vélocité notoire, sa main rencontra la joue de Wilhelm en une illustre gifle qui résonna dans le carrefour.


    « Voilà ce qu'elle te dit, la pucelle !! »

    Plantée devant le fauconnier qui ne faisait que la surpasser d'approximativement deux têtes, elle le défia cependant du regard avec toute la témérité qui était sienne. Les pommettes enflammées d'un alliage d'opprobre et de contrariété, la dryade semblait en oublier qu'il était apte à lui briser l'ossature sans avoir à fournir de grands efforts. Mais même blasonnée de naissance, elle n'était pas femme à ne pas répliquer quand bien même elle n'avait aucune chance ou très peu d'obtenir la victoire. Néanmoins, la gêne l'emporta sur son indignation à force qu'elle ne sonde ses onyx placides dans lesquelles elle ne trouva pas sa vendetta malgré l'assaut. Qui plus est, elle aperçut Valia balayer les airs de ses ailes en glapissant pour protester contre l'offensive menée à l'encontre de son maître. Izhi l'observa sans guère plus de bonhomie, puis se détourna pour entamer la marche en rabattant sa capuche pour se camoufler au revers. Peut-être lui donnait-elle raison en agissant de la sorte, elle lui confirmait dans tous les cas la légitimité du sobriquet qu'il lui avait attribué, mais elle n'en avait cure.

    La suivrait-il ? Elle l'ignorait, son emportement aurait pu être l'hypothétique cause d'un abandon justifié, mais la cantilène d'une aumônière boursouflée d'argent était une source de motivation sans égal pour un mercenaire digne de ce nom. Aussi perçut-elle ses pas suivre les siens, ce qui contribua secrètement à la rassurer si d'avantage d'antagonistes se risquaient à les attaquer. De longues minutes s'écoulèrent sans que le binôme ne converse à nouveau, se rapprochant un peu plus des hauts quartiers de Dinas Uchel dans lesquels les forbans ne s'aventuraient que rarement. Ainsi, la compagnie protectrice de Wilhelm n'aurait été que superflue si un danger d'une toute autre apparence ne guettait pas la demoiselle. D'une sommation gestuelle, elle fit comprendre au rôdeur de s'arrêter, ce qu'elle fit elle-même peu avant un embranchement. Prudemment, elle se pencha pour fureter les lieux, dans lesquels musardaient une trinité de sentinelles en pleine spéculation amicale. Les gardes, ils veillaient à la quiétude des citadins en contrôlant les allers et venues des individus jugés suspects – ce qu'ils seraient inéluctablement à leurs yeux. Si nombre d'entre eux n'avaient pas connaissance de l'apparence de l'héritière, certains faisaient exception et seraient amplement capable de la reconnaître. Etre ainsi raccompagnée par un essaim de gardiens royaux n'était pas une perspective à laquelle elle aspirait, ils devraient s'appliquer à faire corps avec l'ombre s'ils désiraient éviter l'interpellation forcée. Un fait que le mercenaire ne comprendrait peut-être pas, après tout, les honnêtes gens n'avaient rien à se reprocher.


    « Passons par un autre endroit, il y a trop de monde par ici et je connais un chemin plus court... »

    La nymphe fit quelques pas en arrière sans apporter plus d'explications, entrainant avec elle son acolyte de sorgue et sa chouette qui demeurait toujours sur son trapèze. Cependant, ils n'eurent pas à se pavaner bien longtemps avant d'ouïr l'arrivée d'une patrouille dans leur sens inverse. Izhelindë ne perdit pas de temps, elle bouscula le rôdeur à l'intérieur d'une sombre alcôve dans laquelle elle le rejoignit aussitôt. Si leur cachette d'infortune se révélait parfaite, leur position l'était – au goût de la jeune femme – beaucoup moins. Celle-ci se retrouva en effet opprimée entre le mur et cette anatomie musculeuse qui l'avait tant désarçonnée, installée tout contre son propre corps sans qu'il ne puisse en être autrement. Particulièrement quinaude au contact de sa ceinture abdominale, elle se fit violence au possible, songeant qu'il serait judicieux de désembuer l'esprit de l'éphèbe avant qu'il n'ait un quelconque doute sur sa personne.

    « Ecoute, il faut absolument que nous évitions les sentinelles... » Susurra t-elle, patientant que les gardes passent avant de reprendre. « En réalité, je travaille au palais. Je suis sous la responsabilité de mon maître et je n'ai théoriquement pas le droit de sortir. S'il apprend que j'ai désobéi, je... Il n'en sera pas ravi... »

    L'allégation bien que fallacieuse restait tout à fait plausible, et donnait même explication à certains comportements de la naïade. Intérieurement heureuse d'avoir déniché une bonne excuse, elle espéra néanmoins que cela suffirait.

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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Sam 24 Mar 2012, 18:56

    Sa charmante plaisanterie sans aucun arrière pensé ne trouva guère son public. C'est le cas de le dire, quand la main de la jeune femme s'écrasa sans préavis sur sa joue ornementée d'une barbe de 3 jours. Une réaction qui le désarçonna au demeurant. Non pas qu'elle l'eut fait grand mal, il en avait vu d'autre et ce n'était pas sa fragilité typiquement féminine qui allait le heurter qu'une quelconque façon. Quoiqu'Aeron frappait parfois bien plus fort que n'importe quel homme, mais bien souvent beaucoup plus vicieusement. Non, là c'était bien l'outrecuidance qu'elle eut qui lui fit tout d'abord hausser un sourcil. Sans oublier sa phrase vengeresse témoignant d'une colère noire et d'une humiliation complète. Wilhelm aurait très certainement dût s'excuser pour sa bourde très nettement impolie, mais il n'en fit rien. Pas spécialement en colère contre elle, ce qu'il pouvait penser à ce moment-là... c'était de l'amusement. En effet, cette réaction complétement décalée et d'outre mesure lui arracha un rictus jovial qu'il dut maîtriser si il ne voulait pas se mettre à éclater de rire et ainsi achever d'énerver la gamine. Il la trouvait immensément ridicule et stupide, mais pourtant il devait avouer qu'elle avait plus de membres virils que les trois quarts des hommes qui avaient autrefois croisé sa route. Wilhelm continuait toujours d'être impressionné par la gente féminine et les différents exemples qu'il pouvait croiser dans Lanriel. C'était pour cette raison qu'il trouvait que les hommes avaient tort de les sous-estimer.

    Elle finit par détournée le regard devant l'absence de réponse, de regard méprisant ou d'envie de meurtre de la part du rôdeur. En revanche, sa petite chouette semblait avoir son mot à dire et voleta devant la jeune femme en sifflant avec colère. La fierté paternelle envers son petit rapace lui arracha un sourire charmé, prouvant encore que sa chouette était une créature d’une intelligence rare envers laquelle il avait toute l’affection du monde. Mais il se dépêcha de saisir l’oiseau avec délicatesse entre ses doigts puissants pour lui éviter une fatigue supplémentaire, et surtout pour l’empêcher de continuer de cracher bruyamment, pour ne pas alerter la garde. En temps normal, il l’aurait sermonné du regard, comme il l’aurait fait à un enfant en bas âge. Mais là, il lui caressa sagement la tête avec son pouce avant de la remettre sur son perchoir attitré : sur son épaule droite. Bien évidemment, il suit la jeune femme, non sans une distance respectable. Il lui avait dit qu’il l’escorterait chez elle saine et sauve, et c’était un homme de parole. Et si elle comptait rompre le contrat à cause de sa mauvaise blague, elle se méprenait bien vite. Wilhelm avait déjà sauvé la gamine moult fois, il comptait bien avoir compensation pour s’être frotté à des alcooliques névrosés.

    Où l’amenait-elle d’ailleurs ? Les quartiers aisés ? Guère surprenant vu ses manières et sa bourse bien remplie. Quoiqu’il se demandait bien ce qu’une fille de blasonnée pouvait faire dans une taverne sale, à converser et provoquer des pochetrons. Peut-être le goût de l’aventure ? Bien stupide. Qu’elle survivre un hiver dans une forêt humide et elle pourrait éventuellement parler d’aventures à un rôdeur qui avait dépassé la trentaine. Il Fronça un sourcil à l’explication bancale de cette dernière.

    « Il y a trop de monde… »
    Répéta-t-il religieusement avec un air de suspicion bien sentie dans la voix. Voilà un petit moment qu’ils avaient dépassé les corps inconscients des saoulards, et il ne voyait pas en quoi la garde pouvait être un quelconque danger. Au pire ils auraient une petite tape sur les doigts en leur disant qu’il ne faut pas rester là à cause des monstres. Parlons en des monstres d’ailleurs. Rien que la pensée de se mesurer à un monstre semblait plus passionnante que d’escorter une gamine pareille. Sans son humour douteux pour faire passer la pilule, son expédition ressemblait tout à coup à une corvée. Mais il avait donné sa parole, et ce n’était pas le moment de faire faux bond à son honneur de rôdeur. Et surement pas devant une singulière. Question de principe.

    Il n’eut guère le temps de creuser la question, car voilà qu’Izhi l’entrainait dans un coin étriqué pour échapper à la surveillance d’une patrouille de passage. La situation semblait gênante pour elle, mais le rôdeur n’en avait cure et scruter les soldats, attendant le bon moment pour sortir. Il intima d’un geste sa chouette de se taire devant l’urgence de la situation. Ce ne serait pas la première fois que Valia éprouve une soudaine envie de chanter alors que ce n’est ni le moment ni l’endroit. En revanche, les explications de la jeune femme lui arracha un regard las. Il inspira longuement, toute jovialité ayant déserté son visage. Il avait désormais le regard dur et où pointait une impatience bien présente.

    « Une servante. Bien évidemment. » Commença-t-il, regrettant que l’espace soit trop petit pour croiser les bras et donner un ton plus tragique à la conversation.

    « Une servante qui a le loisir de dépenser une bourse complète sur un coup de tête pour un garde du corps. Une servante qui va toute seule dans une taverne mal fréquentée. Et une servante avec des mains impeccables. Je ne sais pas d’où tu sors, gamine. Mais les rôdeurs ont assez de jugeotes pour deviner quand on leur ment. »

    La patrouille venait de passer. Il sorti la tête pour vérifier que la voix était libre avant de pousser Izhi dehors. Il se souvint du raccourci qu’elle voulait prendre et il lui saisit l’épaule pour l’y mener sans plus d’explications. Peut-être avec un peu de rudesse, mais il voulait juste échapper aux gardes, sans penser à mal envers la belle blonde.

    « Si tu veux rien me dire. Ne me dit rien. Mais j’ai horreur qu’on me prenne pour un imbécile. »

    Marmonna-t-il à l’attention d’Izhi. Lui faisant bien comprendre que ses origines, son rang, et ce qu’elle pouvait bien faire dehors, il n’en avait strictement rien à faire. Tant qu’il avait son argent à la fin, et surtout, aucun ennui digne de ce nom. Mais Izhi, Izhi… le nom lui disait quelque chose, mais il n’en avait plus aucune idée. Cela lui semblait quand même étrange, il ne fréquentait jamais les blasonnées en temps normal.


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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Mar 27 Mar 2012, 00:02

    Plus le temps s'écoulait, plus l'impression d'Izhelindë devenait amère. Elle avait l'étrange sensation d'être considérée comme l'ultime des ineptes, si son comportement n'était certes pas des plus fins, elle n'appréciait que peu d'être jaugée de la sorte. Avait-il le droit de la mésestimer du haut de sa décennie de plus ? Elle en doutait et n'hésiterait pas à le lui faire savoir si tel devait être le cas. L'imaginer en train de la médire lui permettait au moins d'occulter l'anatomie qui se conglomérait à la sienne faute d'espace., et qui avait été – plus d'une fois depuis les prémisses de la soirée – la source d'un trouble certain. Le rôdeur s'était fait sceptique, il semblait l'être depuis qu'ils étaient parvenus jusqu'aux hauts quartiers de la cité, endroit que seule l'élite seigneuriale résidait. Vêtue de ses habits rapiécés, ceci allié à son cruel manque de circonspection, la jeune femme ne miroitait point l'apparence d'une jouvencelle digne de ce nom. Pourtant dans le pire des scénarios, encore pourrait-il l'illustrer telle la fille d'un courtisan, s'épargnant ainsi la folle et improbable hypothèse qu'il se trouvait en présence de nul autre que l'héritière de Lanriel. Le fait qu'il l'imagine comme elle n'était pas avait-il la moindre importance ? Peut-être ne seraient-ils jamais amenés à voir leurs chemins s'enchevêtrer derechef, ils oublieraient tous deux les circonstances de cette rencontre impromptue et des quelques anicroches létales qu'ils avaient affrontées. S'il ne mettait point le terme « princesse » sur sa personne, il aurait alors tout le loisir de lui ployer le titre qu'il désirait, aussi outrageant puisse t-il être. Elle eut bien tenté de lui apporter son aide dans ce choix, cependant, son habileté ne sembla pas suffisant à passer outre la lucidité de Wilhelm. Si sa nature de baroudeur ne lui permettait pas d'être qualifié d'éduqué, sa perspicacité s'était vraisemblablement arrêtée sur des détails venus falsifier les dites confessions de la sylphide, au plus grand dam de cette dernière. Il répéta le rang qu'elle lui avait annoncé, avec peut-être autant de crédulité qu'un soldat auquel l'on aurait donné un fifre en guise d'arme de guerre.

    Il lui professa ses évidences avec certitude, affirmant que tout n'était qu'affabulations. La jeune femme n'eut néanmoins pas le temps de se mortifier que déjà, une impulsion la contraignit à s'extirper de l'alcôve dans laquelle elle les avait entrainés. Elle abhorrait être ainsi soumise à une force à l'antipode de la sienne, une poigne qui se faisait trop péremptoire pour qu'elle en tolère les incursions. Si elle se prêta au silence pour cette bousculade, l'empoignade fut en revanche commentée d'un râle éloquent, preuve de l'exaspération provoquée par ses actes. Pourquoi diable les quidams aimaient-ils à la lyncher de leurs sommations et autorité ? Une évidence qui lui fit – une fois de plus – regretter d'être née sous une influence féminine. En guise de protestation manifeste, l'indocile esquissa un brusque mouvement d'épaule dans le dessein de se défaire de l'emprise du fauconnier. A défaut d'être un exemple de bienséance, encore pouvait-il user de plus de délicatesse envers un membre de la gente féminine – noble ou indigente. Bien que cela n'était sans doute qu'une démonstration de sa lassitude, le trentenaire manquait cruellement de savoir-être, fait peu surprenant lorsque musarder sans couvre torse semblait être une habitude. Quand bien même, elle ne se priva pas d'une réprobation verbale pour accompagner son attitude.

    « Cesse de me balloter veux-tu ! » Elle s'immobilisa et le regarda. « Et j'ai un prénom, espèce de grand dadet ! C'est pour qu'on l'utilise ! »

    L'invectiva t-elle en arborant une moue bougonne. Qu'il la gratifie d'un sobriquet était une chose, que ce même surnom utilisé de façon sardonique en était une autre. A moins qu'il n'ait point retenu son nom, il n'avait là aucune allégation de la prénommer ainsi si ce n'était pour souligner un certain dédain. De plus, sa logorrhée concernant son mensonge était certes bien structurée, elle n'en demeurait pas moins infaillible et elle doutait que le rôdeur ait déjà eu l'occasion de visiter la demeure royale - ou même la cour inhérente – pour affirmer de telles paroles. Tous les domestiques n'étaient pas contraints à patauger dans la fange ou à exercer d'ingrates besognes, contrairement aux pensées notoires de la plèbe. Après tout, elle pouvait tout aussi bien être la suivante d'une noble dame. Aussi jugea t-elle nécessaire de le préciser à son acolyte d'infortune.

    « Ne fais pas comme si tu connaissais la vie des blasonnés sous prétexte que tu es plus âgé que je ne le suis, je doute que tu aies déjà mis les pieds dans une de leurs demeures. Tous les serviteurs ne sont pas à briquer les sols. Et aux dernières nouvelles, je peux encore me rendre où je veux et je préfère sacrifier une bourse que ma vie. » Elle le lorgna. « Ca s'appelle du bon sens, il m'arrive d'en avoir même si c'est rare. »

    Un haussement de sourcils plus tard, la nymphe reprit la route en veillant aux éventuelles sentinelles qu'ils pourraient rencontrer. Secrètement, elle espérait avoir semé l'incertitude dans son esprit, car si de frêles détails la trahissaient, son propre discours n'était pas dénué de cohérence. Mais puisqu'il semblait peu enclin à poursuivre la discussion, elle ferait silence à moins qu'un tiers événement ne l'oblige à faire entendre sa voix cristalline. Dans la pénombre de sorgue, le binôme ondula entre les différentes venelles, s'immobilisant parfois à l'arrivée d'une patrouille, bifurquant tels des rongeurs à la recherche de leur chemin sous – elle devait l'avouer – l'amusement de la princesse. Tout n'avait que l'apparence d'un jeu malgré les désastreuses conséquences que de telles frasques pourraient engendrer, Izhelindë préférait prendre les circonstances actuelles avec frivolité plutôt que de s'en offenser. Elle trouvait toujours plus de délassement à flâner dans les ruelles tout en se dérobant à l'oeil vif des gardes que de brosser sa crinière devant les miroirs de sa chambre. Par ailleurs, ils approchaient graduellement de l'enceinte de la demeure royale, mais il leur était improbable d'emprunter la grande porte pour y pénétrer. Fort heureusement et connaissant plus que parfaitement les moindres recoins de son foyer, la jeune femme n'aurait qu'à utiliser le chemin usuel – à savoir grimper sur les parois et user de discrétion de cachette en cachette – pour retrouver la chaleur de ses appartements. Ainsi, elle les guida jusqu'aux abords d'un mur partiellement décrépi et dont les pierres mal taillées lui servaient d'appui. Après avoir lancé une oeillade à Wilhelm, la donzelle se mit à l'escalade non sans difficulté dû à la noirceur des lieux, seulement aidée de la nitescence lunaire. D'ailleurs, son pied glissa, manquant de la faire culbuter plus bas si elle n'avait pas senti une poigne lui éviter la chute. D'une force brute mais aimable, le rôdeur lui légua une impulsion pour qu'elle soit plus à même de grimper et qu'elle en atteigne le sommet. Une fois installée à califourchon, elle baissa ses mirettes vers son compagnon nocturne.

    « Attrape ! » Dit-elle d'une voix mesurée en lui envoyant l'aumônière promise. « Hey Wilhelm... Merci de m'avoir raccompagnée. » Elle lui adressa un sourire. Si la prudence lui disait de s'en aller, elle poursuivit pourtant la conversation. « Où vas-tu dormir cette nuit ? »

    Une simple curiosité, elle avait ouï-dire que les rôdeurs n'étaient que gens itinérants, ne restant que rarement à la même place plus de quelques jours.

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Wilhelm Nyström

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MessageSujet: Re: Lend me your Muscles and your Sword ¤   Sam 14 Avr 2012, 22:52

    Du bon sens… et bien voyons. Il était bien loti avec ça. Malheureusement pour elle, son instinct de rôdeur ne le trahissait jamais et il savait quand on lui mentait. Et cette gamine continuait encore de le faire. Il ne l’en blâmait pas, elle devait avoir ses raisons, mais il préférait encore travailler à l’aveuglette. Comment dire à cette jouvencelle, d’une manière courtoise qui plus est, qu’il en avait tout simplement rien à cirer et qu’il souhaitait juste qu’elle évite de le prendre pour le dernier des crétins. Il trouvait cela bien plus impoli et odieux que tout les sobriquets qu’il avait put lui donner durant la longue soirée qu’ils avaient passés ensemble. Et pourtant il savait pertinemment que donner le surnom de « pucelle » à une femme était de loin, très loin la chose la plus digne du monde. Toutefois, si une personne, quel qu’elle soit, imaginais Wilhelm comme étant un modèle de vertu et de bienséance, il fallait vraiment qu’elle s’achète un peu de jugeote. Car si le rôdeur n’était pas un mauvais bougre ou un suppôt du mauvais dieu, il était toujours un paria qui n’avait jamais reçu de leçon de comportement mondain. Pour être tout à fait franc, c’était même un analphabètes de premier choix. Wilhelm savait relativement écrire son prénom et déchiffrer avec maladresse et patience des lettres, il n’en restait que très peu éduqué. Il avait de la conversation, savait se tenir au courant de ce qui se passait autour de lui, mais rien que le fait qu’il soit incapable de voir la princesse de Lanriel quand elle était sous son nez était bien le signe qu’il y avait un problème quelque part. Mais jamais Wilhelm n’avait ressenti le besoin de se cultiver plus que de raison. Il avait généralement assez de réflexion et de pertinence pour ne pas passer pour l’idiot du village.

    Voilà donc la raison pour laquelle il n’appréciait pas que cette gamine lui mente honteusement. Cela lui rappelait trop la hargne avec laquelle les singuliers le traitait, à laquelle il aimerait répondre que ce n’est pas parce qu’il n’avait jamais eu d’éducation qu’il était attardé et incapable d’un minimum de réflexion. Mais il garda sa remarque pour lui, sachant bien qu’un confit interclasse n’était pas la chose la plus intelligente à faire alors qu’ils devaient se rendre rapidement et discrètement au château. Il ne put que froncer les sourcils et jurer silencieusement alors qu’il suivait Izhi. Elle avait l’air de savoir où elle allait, ce qui confirmait l’hypothèse qu’elle était une habituée des sorties nocturnes en catimini. Comment se débrouillait-elle en général pour éviter les ennuis ? Voilà quelque chose qu’il le dépassait. En une soirée elle avait dut probablement attirer plus d’ennuis que la plupart des gens en un mois de voyages. Et encore, elle avait l’air de s’amuser. Le rôdeur espérait pour elle de tomber sur un bienfaiteur plus patient la prochaine fois qu’elle a en tête de sortir de cette façon.

    Il la regarda monter à l’aveuglette un mur peu rassurant, et lui-même n’était pas vraiment à l’aise et redoutait la catastrophe alors qu’elle commençait son ascension d’un air vaguement confiant. Il faisait très sombre et si elle était habituée, il restait que c’était un exercice particulièrement dangereux, et il ne comptait pas partir avant qu’elle eut fini son escalade. Et qu’elle lui eut donné sa récompense, au passage.
    Son instinct ne le trompa pas, car elle manqua bien de tomber s’il n’était pas intervenu à temps. Il marmonna entre ses dents avant de lui donner une impulsion pour qu’elle puisse continuer son trajet sans soucis. Elle finit finalement par atteindre sa fenêtre et disparue à l’intérieur.

    Le rôdeur croisa les bras, attendant sagement qu’elle lui envoie son argent. Une chose était certaine, si elle comptait lui rouler le bec dans la farine, il montrait à son tour pour récupérer son dû de gré ou de force. Mais la jeune femme lui jeta bien rapidement la bourse promise, laquelle il réceptionna sans problème.

    « Grand merci, ma dame ! » Fit-il en ponctuant sa phrase d’une courbette ridicule, une vague excuse pour ses dérapages précédents.

    « J’ai un ami qui m’héberge en ville. Je ne vais pas m’attarder longtemps à Cathairfál de toute manière. Entre nous… Les tavernes sont vraiment mal fréquentées ! »

    Un vague bruit l’interpella, celui de soldats qui font une ronde. Si il était presque certain de n’avoir aucun problème en ville, il était ici en propriété privée, au château qui plus est, et il craignait de finir au cachot si on le surprenait ici. Il accorda donc un dernier regard à la princesse.

    « Faites de beaux songes, mademoiselle. Et surtout ne parlez plus aux inconnus ! »


    Souffla-t-il. Et dans un dernier geste, plus par taquinerie que par provocation, attrapa sa chemise fichue qu'il avait noué autour de sa taille pour la jeter à la jeune fille. Un dernier sourire vengeur avant de détaler pour éviter de finir aux fers. L’âme bienveillante qui l’hebérgeait allait d’ailleurs guère apprécier que son invité rentre aussi tard. Mais Wilhelm avait son caractère et depuis longtemps on évitait de lui faire des remarques sur ses soirées agitées. Et puis, passé la trentaine, même ses amis bien plus âgés savaient qu’il n’avait plus vraiment l’âge de se faire disputer.

    Non, la seule ironie dans l’affaire, c’était que Wilhelm venait d’escorter la princesse de Lanriel, et qu’il n’en savait rien.

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