Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La loi du voleur

Aller en bas 
AuteurMessage
Solan Runnarth

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 2528

MessageSujet: La loi du voleur   Mer 08 Fév 2012, 16:10

Les tournois, quelle belle opportunité de s’illustrer, n'est-ce pas ? Bien sûr, c'était le cas des chevaliers et des combattants en tout genre qui venaient divertir le Grand Arsenios pour qui on avait organisé ce Grand Tournoi, mais c'était aussi l'occasion pour les voleurs et malfrats en tout genre de se remplir les poches. Après tout, quel meilleur endroit pour ça que les grandes fêtes telles que celle-ci, où la liesse populaire vient se mélanger à l'alcool et à la chaleur estivale enfin retrouvée ? Rien, c'était l'endroit rêvé, si bien que, pour un voleur, le Grand Tournoi était l'endroit où il fallait absolument être, et c'est donc là que Solan se trouvait. À vrai dire, il n'était pas vraiment venu pour voler, car il gagnait maintenant de quoi vivre - simplement certes - grâce aux missions diverses qu'il enchaînait depuis quelque temps. Néanmoins, il ne pouvait supporter l'idée de laisser Blasonnés et autres Rentiers tout droit venus de leurs belles demeures pour batifoler dans l'ambiance champêtre et bucolique de Perllan repartir d'ici les poches pleines de leurs sous. Pour quelqu'un comme Solan, ne pas faire le déplacement eut été comme craché dans la corne d'abondance ou pire selon lui, ne pas profiter d'une tournée générale dans une taverne ou refuser une nuit gratuite dans un bordel. Bref, un sacrilège qu'il n'aurait jamais osé commettre de peur de vexer sa bonne fortune du moment.

Papillonnant de spectacles en stands divers et variés, Solan prenait son temps, à l'affût d'une victime parfaite. Selon lui, la rentabilité d'un vol s'établissait dans un rapport horriblement simple entre la difficulté du vol et le butin obtenu. Ainsi, la victime parfaite était faible et pleine aux as. Évidemment, ce genre d’opportunité ne se présentait jamais, presque considéré comme légendaire par la plupart des voleurs de Cathairfal. C'était comme recherché un animal légendaire ou un objet tout droit venu des mythes: on sait qu'ils n'existent vraisemblablement pas, pourtant on ne peut s'empêcher d'y croire un tant soit peu. Alors, Solan guettait à la manière d'un chasseur, son regard suivant et détaillant chacun des groupes qui gravitaient autour de lui, cherchant la brebis qui s'égarerait du troupeau ou bien celle qui, trop distraite, ne se rendrait compte du crime qu'après coup. Il chassait, oui, comme il le faisait depuis des années, instinctivement, un peu trop parfois. La situation était un peu différente du fait qu'il n'en avait pas vraiment besoin, mais quoi, après tout ? Il n'a jamais prétendu ne pas prendre de plaisir à dépouiller un ou deux Blasonnés, qu'il soit dans le besoin ou pas.

Ainsi, son regard balayait le plus discrètement possible la foule, allant et venant ici et là. Plusieurs fois il fut tenté d'agir, empressé qu'il était de sentir cette agréable sensation que l'on avait une fois sa cupidité rassasiée, affamée déjà à l'idée des plaisirs variés qu'il tirerait en dépensant son butin dès le soir venu, et il en jouirait encore plus qu'il n'aurait pas eu à faire beaucoup d'efforts à fournir pour obtenir tout cela. Néanmoins, il ne parvenait à trouver personne qui se rapprochait un minimum de cette cible idéale qu'il avait en tête. Bientôt l'excitation du crime à venir cédait sa place à un arrière-goût de profonde exaspération et de déception. Il envisageait de laisser tomber pour la journée puisque, après tout, les festivités dureraient encore plusieurs jours. Puis, conforté dans son manque de chance par le passage d'une patrouille de gardes qu'il préféra évité, il ne se concentra plus guère que sur l'épreuve quelconque à laquelle il choisit d'assister finalement. Se dirigeant vers le terrain où le spectacle aurait lieu, Solan rejoignit la foule qui s'agitait en attendant que l'accès aux gradins soit autorisé. Distrait, il ne revint à la réalité que lorsque la jeune femme qui se trouvait devant lui fut bousculée, mise à terre par le mouvement soudain de l'attroupement constitué à la fois d'Indigents et de Blasonnés, symbole de la prétendue fraternité qui devait unir le peuple de Lanriel durant ces quelques jours de fête. Le paria se porta à l'aide de celle qui n'était pourtant qu'une inconnue, puis, se rendant compte qu'elle n'était pas totalement de la plèbe, il en profita pour lui dérober subtilement la bourse qu'elle avait à sa ceinture. Bien sûr, il n'espérait pas y trouver de quoi réaliser les plaisirs dont il avait fantasmé plus tôt, pourtant sa règle de rentabilité s'appliquait tout à fait: la pauvre étant sans défense et, ainsi bousculée, elle ne pouvait pas se rendre compte qu'elle venait d'être dévalisée.

« - Vous allez bien ? » lâcha Solan, un sourire chaleureux sur le visage.

Amabilité de façade pour faire croire au scénario du bon samaritain, cela brouillerait un peu mieux les pistes. Puis, sans même attendre vraiment de réponse, le voleur se laissa engloutir par la foule qui continuait d'avancer, désireux tous autant qu'ils étaient d'obtenir une place avant qu'il n'y en ait plus. Solan, lui, laissait la sienne bien volontiers: il était évidemment hors de question de rester dans les parages. Il s'éloigna de l'agitation qui régnait. Il s'agissait maintenant de voir combien il avait si facilement ramassé et aussi de ne pas se faire attraper.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Flore Merrivale

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 85

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Jeu 09 Fév 2012, 18:46

Dans l’attente de l’ouverture des portes, Flore patientait au sein de la foule qui prenait son mal en patience. Certains invectivaient les gardes aux entrées, tandis que d’autres, moins pressés, ou mieux accompagnés, discutaient à grand renfort d’éclats de rires et de tapes chaleureuses. La jeune femme faisait partie des gens impatients qui, à défaut d’avoir quelqu’un pour faire la conversation – les servantes de sa mère gardaient un mutisme étudié – se contentait de taper du pied tout en observant les gens. La joute équestre était l’épreuve préférée du peuple, de quelque condition sociale que ce soit, et Flore avait donc une infinité de personnes à étudier. Elle n’était arrivée à la capitale que deux jours plus tôt et elle avait passé plus de temps à s’installer et à étudier le programme soigneusement préparé par Dame Merrivale dans l’optique de son futur mariage qu’à voir ses quelques connaissances de Cathairfál. Mais jusqu’à présent, elle ne voyait aucun visage connu au sein de la foule. Et donc personne pour la sauver de ce terrible ennui. Même pas ce fiancé qu’elle n’avait toujours pas rencontré. Flore se consola en se disant que, une fois entrée, la joute lui changerait les idées et la fascinerait tellement qu’elle ne verrait pas le temps passer. Même si cela devait la rapprocher un peu plus de son destin funeste…

Soudain, la foule se mit à bouger et, dans ses rêves, la jeune femme rata le coche. Non seulement elle se fit bousculer mais un faux pas acheva de précipiter sa chute au sol. Dans un cri de souris complètement inaudible à cause de la cacophonie ambiante, Flore se retrouva à terre, les paumes de main légèrement égratignées sur la terre battue à cause de ses réflexes pour se protéger. Elle jura, ce qui offusqua l’une de ses gardiennes qui s’était retournée pour venir à son secours. Mais la servante de sa mère fut devancée par un homme qui se précipita pour l’aider à se relever. Flore avait l’impression d’être de l’une de ces gourdes qui avaient besoin d’une armée entière pour se redresser mais elle ne dédaigna pas le geste de l’inconnu. Ses voisins directs n’avaient pas réagi et, pour peu qu’ils l’aient vu tomber, l’attrait d’une bonne place dans les gradins les auraient sûrement dissuadés de perdre du temps pour une maladroite. Aussi apprécia-t-elle l’attitude de son sauveur, qui allait vraisemblablement perdre cet avantage d’être bien placé.

« Oui, je vous remer… »

Visiblement, Flore allait devoir réviser son jugement. L’homme s’était déjà engouffré dans la foule sans même attendre sa réponse. Autant pour l’attention dont elle pensait avoir été l’objet. Encore un hypocrite ! Grommelant dans sa barbe, la jeune fille épousseta sa robe, dont les déchirures au bas arrachèrent une grimace à la servante, jusqu’à ce qu’elle remonte au niveau de la ceinture… Sa bourse ! Flore regarda à terre, plus par automatisme que par volonté de recherche car elle n’était pas stupide. Son bon samaritain n’était qu’un vulgaire voleur !

« Le sal… !
- FLORE ! »

La jeune femme se releva sur la pointe des pieds, essayant d’apercevoir quelque chose, mais l’homme avait du s’être laissé porter par la foule et devait avoir déjà rejoint les gradins. Elle allait abandonner cette recherche sommaire jusqu’à ce qu’elle remarque une silhouette qui ne suivait pas le flux de la population, dirigé dans une seule direction. Il fallait être idiot pour commettre un vol dans une foule qui n’avait qu’un seul but et s’en détacher soudainement… Flore ne réfléchit pas plus longtemps et s’élança vers l’homme. La servante de sa mère essaya de la retenir, criant son prénom et l’ordre de revenir ici tout de suite, mais elle n’en avait cure. A grand renfort de pardon, d’excusez-moi, de s’il vous plaît, elle parvint à se frayer un chemin à contre-courant et fut bientôt sortie de la masse. Elle n’avait presque pas quitté l’homme des yeux et, bientôt, elle le retrouva un peu plus loin dans la rue. Ni une ni deux, Flore releva ses jupes et s’élança vers le voleur. Elle n’avait aucun plan et seule sa fougue la guidait. Elle ne pensait pas au danger qui pouvait la guetter ou à la stupidité de son action, elle agissait, tout simplement.

Mais en se rapprochant, elle se rendit compte qu’elle n’avait aucune arme. Alors que le voleur, lui, pouvait bien en cacher une. Le temps que cette donnée atteigne le cerveau de Flore, son élan l’avait propulsée vers l’homme et, sa jeunesse prenant le pas sur la réflexion, elle se jeta sur lui et le plaqua au sol telle une lutteuse.

« C’est à moi ! » fit-elle, le souffle court, en refermant la main sur la bourse qui avait échappé au voleur.

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Solan Runnarth

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 2528

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Sam 11 Fév 2012, 21:30

Solan s'éloignait de la foule, son butin en main. Il n'avait même pas pris le temps de regarder à combien exactement se chiffrait son trésor, se contentant du plaisir quelque peu malsain qu'il tirait à chaque fois qu'il se livrait à un acte pareil, et il en jouissait encore plus qu'il n'avait eu qu'à tendre la main, c'était le cas de le dire, pour se saisir de cette somme qu'il n'avait donc absolument pas mérité, et c'en était tout aussi bien: le mérite impliquait de grands efforts, même lorsqu'il s'agissait de dépouiller quelqu'un, et les grands efforts ne l'intéressaient pas ... Pas pour une bourse qui ne lui semblait que trop légère, en tout cas. S'éloignant alors, il était décidé à retourner dans les quartiers moins ... bucoliques de Cathairfal, craignant d'être reconnu tôt ou tard. Après tout, il ne lui était plus possible de prospérer à Cathairfal en toute impunité maintenant qu'il était plus ou moins recherché suite au vol d'un membre de la famille royale, la princesse Izhelindë Hardansson. Bien sûr, cela fait plusieurs semaines maintenant et les rumeurs qui couraient en ville laissaient penser au paria qu'il n'était très vraisemblablement pas la cible principale de la garde de Cathairfal, pourtant il savait que, s'il se faisait arrêter pour un autre délit, les forces de l'ordre ne tarderaient pas à faire le rapprochement avec cet autre délit, hautement plus grave, puisque voler une femme dont les tiroirs sont pleins de bijoux semblait moins acceptable pour le pouvoir que de voler le plus indigent des indigents, le plus miséreux des misérables.

Bref, Solan repartait peu inquiet vers le centre de la ville, perdu dans ses considérations sur ses activités illégales, si bien qu'il fut surpris de ce qui lui arriva, ne comprenant pas d'abord pourquoi et comment il s'était retrouvé face contre sol, perdant dans sa chute la bourse qui lui échappa des mains. Pourtant, l'évidence ne le laissa pas longtemps dans la confusion: il avait été rattrapé par celle-là même qu'il avait volée quelques minutes plus tôt. Tentant de s'emparer de son butin qui avait glissé plus loin, Flore fut plus rapide, s'emparant de ce qui était à elle, la main du voleur se refermant sur du vide. Quelle bêtise ... Avait-il été si confiant dans son petit théorème bancal qu'il en avait oublié que rien ne marchait jamais comme il le souhaitait et que, quand c'était le cas, il s'en estimait à chaque fois heureux, comme si cela n'était pas naturel ! Tentant de se retourner dans un mouvement rageur, il s'emparait de la main de celle qui était parvenue à le plaquer au sol alors même qu'il l'avait pensé du genre à être incapable de ne serait-ce que s'éloigner de ses servantes. Il essayait de comprendre, pourtant il avait la désagréable sensation que quelque lui échappait. C'était une Blasonné, peut-être pas une reine ou une princesse, mais une Blasonnée tout de même, il en était certain: des années passées à épier, analyser, voler des gens de basse ou haute extraction lui avait permis d'acquérir une bonne connaissance de ce que pouvaient être les différents habitants de Lanriel. Il avait, en quelque sorte et inconsciemment, mis en place des archétypes de victimes potentielles et il ne lui avait jamais semblé qu'une Blasonné puisse réagir avec tant de fougue et ... d'imprudence. En effet, n'était-ce pas de cela qu'il s'agissait, au fond ? Elle était seule et sans arme - c'était évident, sinon elle ne lui aurait pas sauté dessus sans en profiter pour le poignarder. Pourquoi s'attaquait-elle à lui si bêtement ? Il n'attendit pas de réponse pour inverser les rôles, la plaquant au sol tandis qu'il la dominait de tout son poids. Elle ne pourrait pas inverser la tendance maintenant, du moins il le pensait. Puis, voyant qu'elle ne se laissait pas faire, il lui asséna une gifle du revers de la main, profitant qu'elle soit sonnée pour sortir la dague qu'il gardait toujours à sa ceinture. Il ne la mit pas directement sous sa gorge, il ne souhaitait pas que cela dégénère, aussi préféra-t-il se contenter de lui faire comprendre que, d’eux deux, il n'avait pas été le plus imprudent. Il mit sa main pour l'empêcher de crier. Il n'avait pas besoin que la garde débarque.

« - Êtes-vous complètement débile ? » lâcha-t-il. « - Qu'est-ce que quelques sous, pour vous ? »

Après tout, n'était-elle pas une aristocrate ? Elle se fichait bien de l'argent, elle en avait surement de quoi nourrir bon nombre de voleurs de Cathairfal. C'est ce que Solan pensait du moins. Pour lui qui ne connaissait du monde que ce qu'il avait pu en voir de là où il avait toujours été évolué, du bas de l'échelle sociale, les Blasonnés étaient les gens pour le qu'ils volaient sans jamais éprouvé de remords. Pourquoi en aurait-il ? Lui avait toujours vécu dans la misère, eux n'ont jamais connu que l'opulence. S'il avait appris une chose auprès de Freagairt, le garçon qui l'avait sauvé quand il était adolescent, c'était que voler un riche était un acte que la morale devait légitimer sans douter, car ce n'était qu'un juste retour des choses. Solan ne s'était jamais interrogé du bien-fondé de cette règle qu'il avait assimilé sans rechigner, car après tout c'eut été se rajouter du remords alors qu'il était tellement facile de se l'épargner.

« - Écoute, je ne te veux pas de mal mais tu as fait une grosse erreur en voulant me ... » Solan fut interrompu par le bruit d'un groupe d'individus qui arrivaient à l'angle de la rue. « - Merde. T'as intérêt à te faire discrète. »

Il n'avait même pas fini de parler que déjà il avait relevé la Blasonnée et s'était engouffré dans une ruelle parallèle, à la recherche d'un endroit où il pourrait s'assurer que cette jeune femme à la témérité exacerbée ne lui causerait pas de problème. Il ne savait pas comment il procéderait et il n'y pensait pas, trop préoccupé par son désir de s'éloigner ce qu'il pensait être une patrouille de gardes. Au bout d'une course d'une minute ou deux, ils s'étaient engouffrés dans une succession de ruelles et étaient maintenant arrivés dans une impasse. Il tendit l'oreille et ses craintes se vérifièrent. Il ne faudrait pas longtemps avant qu'il ne soit rattrapé. Il soupira, se retournant vers celle qui était maintenant sa captive.

« - Une dernière volonté, Ma Dame ? »

Il avait l'air sérieux. Malgré ça, il n'avait pas l'intention de la tuer ... Pas s'il n'y était pas forcé. À vrai dire, il espérait que la jeune femme se fasse plus conciliante sous la menace. Cela avait déjà marché par le passé mais la jeune femme lui avait déjà prouvé qu'il ne pouvait pas jurer de rien concernant le comportement qu'elle adopterait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Flore Merrivale

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 85

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Dim 12 Fév 2012, 19:50

Stupide. Voilà ce qu’elle était ! Au moment où Flore referma la main sur la bourse, elle se rendit compte de ce qu’elle venait d’accomplir. La suite ne manqua de confirmer la stupidité de son acte. De la poussière vola autour d’elle tandis que, sans comprendre ce qui lui arrivait, elle se retrouva à son tour plaquée au sol. Le voleur lui écrasait la cage thoracique, mettant tout son poids au service de sa force. Comprenant soudain dans quel guêpier elle se trouvait et ce que l’homme pourrait lui faire dans cette position, elle se débattit, ruant comme cet enfant qu’elle avait vu une fois être victime d’une de ces crises violentes dans lesquelles les yeux de révulsent et la bave se forme au coin de la bouche. Mais elle ne pouvait rivaliser avec la différence de taille et de poids qu’elle avait avec son voleur et, bientôt, ce dernier la frappa durement. Clouée par la peur et la douleur sur son visage, Flore se sentit au bord de l’inconscience, jusqu’à ce que sa vision se focalise sur l’objet que l’homme agitait devant ses yeux. Elle écarquilla les yeux, encore plus effrayée par la tournure de la situation et, avant même d’avoir eu l’idée de crier, il lui plaqua une main sur la bouche.

Flore se raidit. Elle transpirait d’effroi, observant le couteau dansant devant ses yeux. Les pires scénarios défilèrent dans son esprit. Elle était peut-être une Blasonnée, élevée dans un cocon protecteur et privilégié, et pouvait certes se montrer stupide, elle avait cependant des yeux et, surtout des oreilles. Elle avait entendu les histoires terrifiantes racontées par les femmes servant chez les Merrivale, toutes ces choses horribles qui arrivaient aux femmes, celles que leur réservaient les hommes. Et, en cet instant, elle craignait ce que le couteau pouvait faire à son visage. Ce visage qu’elle savait peu attrayant et qui pourrait devenir bien pire avec le travail de cette lame. Elle préférait ne pas penser aux autres choses qu’il pourrait lui faire subir…

Flore sentit les larmes lui venir quand il l’invectiva. En s’entendant traitée de débile, elle fut presque soulagée. Quel violeur ou sadique utiliserait ce ton que l’on a avec les enfants qui ont fait une bêtise ? Et il n’avait pas tort. Elle était totalement débile et n’avez assurément pas besoin des quelques pièces qui tintaient dans sa bourse quelques instants plus tôt. Elle savait les questions de l’homme purement rhétoriques et, quand bien même, elle aurait été bien incapable d’y répondre, sa bouche scellée par la poigne du voleur. La suite acheva de la soulager et Flore se détendit imperceptiblement. S’il rangeait son couteau et la libérait de son étreinte étouffante, elle lui laisserait volontiers l’objet de son délit. Et elle crut sentir le goût de la liberté jusqu’à ce que l’homme change d’attitude. Pour la deuxième fois, elle ne comprit pas ce qui lui arrivait et, de la position allongée sur un sol dur et poussiéreux, elle se retrouva emportée comme un vulgaire mannequin de paille. A moitié soulevée du sol, à moitié tirée par un bras, Flore suivit son ravisseur sans rechigner, sous le choc de cette situation complètement fantastique. Une fois qu’ils eurent traversé ce qui lui avait semblé être la moitié de la ville, ils s’arrêtèrent et Flore se rendit compte qu’ils avaient atterris dans une impasse.

La jeune fille reprit son souffle, tentant de faire le tri dans ses pensées. Que faisait-elle là ? Etait-ce des gardes qu’ils fuyaient ? Pourquoi ne l’avait-il pas tout simplement laissée à terre dans la rue ? Qu’avait-il besoin d’elle alors qu’il aurait pu fuir sans demander son reste et la laisser aux bons soins de la garde, s’assurant ainsi un peu d’avance sur une hypothétique poursuite ? Flore n’eut pas l’occasion de poursuivre plus loin ses questions. L’homme se tournait à nouveau vers elle, la formule réservée aux condamnés à mort sur les lèvres. La peur regagna son cœur. Elle savait cependant que s’il s’agissait bien de gardes, il avait plus à perdre en la tuant maintenant qu’en la gardant en vie. Et qu’elle mourrait de toute manière. Désormais otage, elle savait ce que son ravisseur attendait d’elle.

Comment allait-elle pouvoir s’en sortir ? Flore baissa les yeux sur sa robe. Crottée, déchirée à plusieurs endroits, elle ne payait pas de mine. Sa coiffure devait également en avoir pris un coup si elle en jugeait par les mèches folles qui dansaient devant ses yeux. Quant à son visage rougi par la gifle et sûrement noir de crasse après avoir fait connaissance avec la terre de la capitale, il ne ferait pas illusion devant les gardes royaux. Il était évident qu’elle avait été maltraitée. A moins que…

« Eh ! Vous là-bas ! Tout va bien ? »

Les gardes apparurent dans la ruelle et, après une petite seconde d’hésitation, Flore se jeta au cou de l’inconnu qui l’avait volée, frappée, enlevée, et l’embrassa. Elle ferma les yeux, ses lèvres pressées sur celles de son ravisseur. Aucune passion ne l’anima, malgré le fait qu’il s’agissait de la première fois qu’elle embrassait un homme, et elle espéra que ses bras autour du cou de l’homme suffiraient à donner le change. Les pas se rapprochèrent, de même que le cliquetis des épées sur les pièces d’armure.

« Oh ! »

Se rendant compte qu’ils avaient affaire à un couple d’amoureux, ou du moins à un homme qui avait payé pour un moment de plaisir à l’abri des regards, les gardes s’excusèrent et firent demi-tour. Le visage toujours collé à celui de son ravisseur, Flore rouvrit les yeux et, quand les soldats tournèrent au coin de la ruelle, elle se détacha. Et se détourna aussitôt, le rouge aux joues.

« Vous allez me tuer, maintenant ? »

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Solan Runnarth

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 2528

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Dim 19 Fév 2012, 15:32

Il était fichu, c'était clair. Il ne pouvait plus faire demi-tour, et qu'importe que son otage vive ou meurt: dans les deux cas elle serait son coup de trop, son péché d'orgueil qui le condamnera. Il aurait pu la laisser gisante, étourdie ou morte, sur le pavé de la ruelle où elle lui avait sauté dessus, mais il se savait activement traqué par la garde et, même si depuis quelques semaines la priorité de retrouver le voleur avait sans nul doute diminué, Flore aurait facilement pu donner son signalement et relancer pour des semaines encore les forces de l'ordre à ses trousses. Bref, Solan avait pensé qu'il pourrait s'échapper tout en empêchant sa captive de lui causer du tort sur un plus long terme. Manifestement, il s'était trompé. Et maintenant quoi ? Son cerveau avait beau cherché une solution, rien ne semblait lui permettre d'échapper à ce qui l'attendait: la prison, la mort ... ou pire peut-être, l'armée, encore. L'idée d'avoir à combattre à nouveau sur les remparts lui fit entrevoir une perspective qui lui paraissait si horrible qu'il envisageait maintenant de tenter un passage en force pour échapper aux gardes. C'était un acte totalement désespéré, suicidaire, mais il y semblait résigné. Il entend ses bourreaux qui se rapprochent. Un coup d’œil vers Flore lui laisse entrevoir dans quels troubles elle est elle-même embarquée par sa faute, mais le paria est trop concerné lui même pour prétendre avoir quelque remord que ce soit. Bientôt, Solan devine que ceux qui le traque seront là d'une minute à l'autre, il se croit perdu et ... Que fait-elle ? D'un coup, il avait les lèvres de la jeune femme qu'il avait volée, frappée et enlevée collées aux siennes, ses bras autour du cou. Interdit de toute réaction, il ne fit rien pour donner plus de crédibilité à la scène qu'elle jouait, car c'était bien de cela qu'il s'agissait: pour Eydis seule sait quelles raisons, elle n'avait pas appelé à l'aide, mais l'avait embrassé pour convaincre les soldats qu'elle n'était pas en danger. Bientôt, ces derniers disparurent aussi vite qu'ils étaient apparus, et la jeune femme cessa finalement ce qui avait été sans nul doute plus un sacrifice qu'un véritable plaisir. Solan chercha le regard fuyant de celle qui était maintenant à la fois sa victime et sa sauveteuse. Elle s'inquiétait de son sort, maintenant.

« - Je ... je devrais. Vous embrassez tellement mal. » Solan essayait de maintenir cet air détaché qu'il se plaisait à entretenir d'abord, mais son ironie sonnait plus faux que jamais. « - Je ... non. Je ne vais pas vous tuer. Le danger est passé maintenant et puis ... »

Et puis il s'en savait incapable. Il avait déjà tué par le passé, pas souvent, mais c'était déjà arrivé. Cependant, il ne l'avait jamais fait que par pure nécessité, et rarement des gens à qui il s'en était pris. Et quand bien même: cette femme l'avait sauvé alors qu'il l'avait réduite à un simple facteur de sa propre survie, sans même hésité à la brutaliser. Oh, il ne regrettait pas ce qu'il avait fait, il constatait seulement que quelque chose, il ne savait quoi, avait permis à sa victime de dépasser la haine qu'elle lui vouait surement. Était-elle d'une extrême bonté ? Simplement folle, peut-être. En tout cas, il lui devait beaucoup, il en était conscient. En fait, il se fichait pas mal de l'avoir frappé ou volé, après tout il n'était pas responsable de l'imprudence de ses victimes qui, d'habitude, ne se lance pas à sa poursuite, à fortiori quand elles sont plus faibles et non armées . Par contre, il ne pouvait ignorer la dette qu'il avait envers elle. Néanmoins, il ne parvenait à se concentrer totalement là-dessus, il fallait qu'il assouvisse sa part de curiosité:

« - Pourquoi m'avoir sauvé ? Vous auriez pu vous contenter d'appeler à l'aide. Je serais peut-être déjà mort à l'heure qu'il est. Vous me haïssez, il ne peut en être autrement. Alors pourquoi ? Me voir mort ne vous aurait pas réjoui ? » Il semblait encore sous le coup de la surprise. « - Je ne comprends pas. Êtes-vous stupide ? Le simple fait de m'avoir poursuivi était stupide. »

Elle était peut-être bien stupide, oui, mais il lui devait la vie, c'était indéniable, et ce, même pour le peu de morale qui lui restait. Ainsi, il sentait ce que ressentent souvent ceux qui contractent une dette, presque sans le vouloir, auprès de quelqu'un d'autre: le sentiment d'être pris au piège. Solan n'aimait pas avoir de dette, aussi évitait-il le plus souvent d'en amasser; et quand il ne pouvait y couper, il se contentait de les rembourser au plus vite. Cette fois encore, c'était bien ce qu'il comptait faire, dans les limites du raisonnable. Bien sûr, il était évident que cette volonté de se racheter n'était qu'un résidu, une ruine de sa bonne conscience à laquelle son esprit le poussait à se raccrocher. Tout était une question d'équilibre plutôt que de morale pure. Ainsi, il lui était instinctivement nécessaire de se fixer quelques barrières qui lui donnaient l'impression de rester quelqu'un à qui il restait un peu d'honneur. Une illusion peut-être.

« - Toujours est-il que je ne peux pas tuer quelqu'un à qui je dois la vie. » dit-il presque embêter. Pourtant, il était bien heureux d'avoir à lui laisser la vie sauve. « - Je vous suis redevable, je crois. »

Son regard se posa sur Flore. Il l'avait mise dans un état lamentable. Pourtant, il ne s'en voulait toujours pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Flore Merrivale

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 85

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Lun 05 Mar 2012, 16:08

Spoiler:
 

Flore s’empourpra de plus belle. Quand bien même l’avis de cet homme n’aurait pas du lui importer, s’entendre dire une telle chose n’était pas pour lui faire plaisir. Surtout à l’approche d’un mariage où ses devoirs d’épouse impliqueraient des baisers et… d’autres choses auxquelles elle ne préférait pas penser ! Et elle n’aurait probablement plus à le faire si la fin que lui réservait le voleur était aussi fatale qu’elle le redoutait. Mais ses craintes s’évaporèrent quand elle sentit l’hésitation dans la voix de son ravisseur. Elle se retourna, surprise. Il n’allait pas la tuer ? Un immense soulagement la gagna, libérant son souffle comme après avoir passé de trop longues secondes la tête sous l’eau. Trop heureuse de s’en tirer à si bon compte, Flore ne fit pas attention aux mots qui mourraient sans lui donner plus d’explications sur les raisons de l’étonnante magnanimité d’un criminel. Si elle avait écouté, peut-être aurait-elle demandé « et puis quoi ? », désireuse de savoir ce qui avait bien pu le faire changer d’avis, ou bien n’aurait pas insisté, hochant simplement la tête comme si elle comprenait. Mais la joie de pouvoir continuer à mener sa petite vie était bien plus forte que tout cela.

Flore était prête à profiter de la générosité de son kidnappeur et à prendre la poudre d’escampette mais ce dernier ne semblait pas tout à fait disposé à la laisser faire. Sa question la surprit. Elle fronça les sourcils, le laissant continuer. Puis haussa les épaules. Que pouvait-elle dire ? Elle n’avait pas essayé de le sauver, mais de se sauver elle. Plutôt que d’être le dommage collatéral d’un combat inégal, elle avait pensé avoir plus de chance de s’en tirer si elle n’avait qu’un seul adversaire et une seule lame en face d’elle. A moins que la panique l’ait empêchée de penser correctement et l’ait conduite à adopter une manœuvre dont elle ne comprenait elle-même pas le but. Ou oui, elle était tout simplement stupide. Ce qu’il lui faisait remarquer pour la deuxième fois. Inutile de remuer le couteau dans la plaie !

« Vous devez être tout aussi stupide pour m’avoir embarquée dans cette course poursuite. Qu’espériez-vous obtenir en agissant ainsi ? Vous auriez pu me laisser là-bas et vous assurer suffisamment de temps pour vous échapper et disparaître. »

Avec un peu de chance, la moitié de la soldatesque se serait arrêtée pour lui venir en aide plutôt que de poursuivre un voleur qui leur rapporterait bien moins que la remise d’une Blasonnée aux mains de sa famille aimante et suffisamment riche pour leur offrir une jolie récompense. Flore ne niait pas que sa conduite ait été totalement inconsciente mais celle de son ravisseur était bien plus questionnable. S’encombrer d’une fille incapable de courir à cause de ses innombrables jupons, la faire traverser rues et ruelles sans but jusqu’à ne plus savoir que faire d’elle. Alors qui était le plus stupide des deux, maintenant ? Ils pouvaient jouer à ce petit jeu longtemps mais Flore doutait qu’aucune explication ne ressortirait, si ce n’est que la panique fait faire à tout le monde des choses incompréhensibles. Et stupides.

La suite ne manqua pas de la désarçonner. Une nouvelle fois. Voilà que son vulgaire détrousseur se révélait avoir un tout petit peu d’honneur. Quiconque se serait interrogé sur l’incompatibilité entre l’état de délinquant et la possession d’une telle chose que l’honneur mais Flore savait que, parfois, un voleur pouvait être capable de faire preuve de belles qualités. C’était son propre cas, quand elle revêtait sa deuxième peau. Mais elle n’aurait jamais imaginé qu’il en fut de même pour les criminels de la capitale. Imperceptiblement, un sourire se dessina sur son visage. Toute peur l’avait désormais quittée, l’angoisse cédant le pas au soulagement et, désormais, à une certaine lucidité.

« Je crois plutôt que nous sommes quittes. » Il lui avait dérobé son argent. Elle le lui avait repris. Il l’avait enlevée et menacée de mort. Elle l’avait sauvé des griffes de la garde. Il l’avait épargnée. N’étaient-ils pas à égalité ? « Mais ramenez-moi au Tournoi et nos chemins pourront définitivement se séparer. »

Elle vrilla son regard dans les prunelles de son ravisseur. Un léger doute l’assaillit quelques instants. Lui ayant affirmé qu’ils étaient quittes, la planterait-il là ou bien lui servirait-il de guide malgré tout ?

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Solan Runnarth

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 2528

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Dim 18 Mar 2012, 22:26

Il considéra Flore d'un regard interrogateur jusqu'à ce qu'elle consente à lui répondre. Enfin, elle ne lui répondit pas vraiment, arguant plutôt qu'il était lui-même au moins aussi stupide qu'elle puisqu'il aurait très bien pu se contenter de l'assassiner et d'abandonner son cadavre aux gardes qui les avait surpris quelques minutes plus tôt. Effectivement, c'était bien une idée qui lui avait traversé l'esprit. Malgré ça, il avait plutôt choisi de l'emmener avec lui. Rétrospectivement, ça n'était pas si une mauvaise chose, pas vrai ? Il était parvenu à ne tuer personne, à s'en sortir et, comble de sa réussite, à garder l'argent qu'il lui avait pris. Tout ça n'était-il pas merveilleux ? Bien sûr, tout ça n'était pas de son fait, mais, à bien y réfléchir, sa réussite ne l'était jamais tout à fait ou alors en de très rares occasions. En effet, Solan était quelqu'un qui comptait énormément sur sa bonne fortune. Parfois, ça ne lui réussissait, mais il fallait avouer que, depuis qu'il avait quitté l'armée, il avait toujours eu plus moins de facilité survivre, notamment parce qu'il était parvenu à éviter maintes fois de se faire prendre, le plus souvent grâce à ce qu'il pensait être son instinct, ou peut-être la chance - il ne croit pas plus que cela en la grâce d'Eydis. Alors que répondre à la question qu'elle lui avait posée ? Il hésitait d'abord, puis, se disant que maintenir le mythe du grand méchant assassin sanguinaire n'avait plus d'intérêt maintenant, il avoua:

« - Croyez-le ou non, mais avoir du sang sur les mains n'est très réjouissant. » Il songea aux autres raisons qui l'avait poussé à l'amener avec lui et reprit: « - Et puis, je me suis dis que laisser un cadavre derrière moi ne faisait pas très bon genre. Ils m'auraient poursuivi puisque ... vous êtes une Blasonnée, pas vrai ? » Il continua sans même attendre la réponse, il en était presque certain: « - Du coup, je n'en aurais jamais terminé avec cette histoire, et pour une bourse si peu remplie, c'était inutile. Je préférais faire confiance à mon ... instinct. »

Au pire, ils auraient été rattrapés et il aurait été jugé en tant que voleur. S'il l'avait tué et qu'ils l'avaient retrouvé, alors il aurait surement été exécuté pour le meurtre d'une Blasonnée. Enfin, qu'importe maintenant, il était hors de danger et, grâce à ça, elle l'était aussi. Tout semblait donc aller pour le mieux, d'autant que Flore lui assura qu'ils étaient quittes. Il lui lança un regard intrigué. À vrai dire, il aurait pensé qu'elle lui aurait demandé compensation, ou quoi que ce soit d'autre ... Pourtant, elle semblait encline à ce qu'ils en restent là tout les deux. Une bonne chose, pensa-t-il. Solan songea que, une fois encore, il avait échappé à de gros ennuis. Peut-être la jeune femme ne réalisait-elle pas ce qu'elle lui avait épargné en le sauvant ainsi ? Elle n'avait pas l'air futée, il l'avait déjà fait remarquer, mais il pensait que c'était plutôt évident. Enfin, il n'allait pas insister davantage: leurs chemins pouvaient se séparer ici même. Enfin, c'est ce qu'il crut d'abord, car, alors qu'elle venait de lui assurer qu'ils étaient à égalité, elle lui demanda de la ramener jusqu'à Perllan, là où ils s'étaient "rencontrés" il y a de cela un petit moment maintenant. L'air blasé, Solan considéra la question. À dire vrai, il n'était pas spécialement enclin à traîner plus longtemps avec celle qu'il venait de molester. De plus, c'était peut-être une ruse pour le faire arrêter dès qu'elle sera hors de danger. Il réfléchit, puis, soupirant, il dit:

« - Je ne comprends pas pourquoi, mais ... c'est d'accord. Suivez-moi. »

Sans un mot de plus, il tourna les talons et reprit le chemin de Perllan. Après tout, ça ne lui coûterait que quelques minutes de son temps ... Lassé pourtant, il accéléra le pas, de sorte qu'ils arrivent plus rapidement à l'endroit où a lieu le Tournoi. Il ne se soucia pas de Flore qui le suivait manifestement. À vrai dire, il ne savait que lui dire, maintenant qu'ils avaient épuisé les seuls sujets de discussion qui les reliaient, à savoir cette regrettable altercation qui les avait liés malgré eux. Enfin, son calvaire ne dura pas bien longtemps puisqu’enfin ils arrivèrent dans les champs de Perllan. Solan se retourna donc vers Flore et lui dit:

« - Voila, nous sommes arrivés. Il semblerait que nous soyons définitivement quittés alors. » Lâcha-t-il, l'air soulagé. « - C'est donc ici que nos routes se séparent. »

À ce moment, il imaginait qu'elle était au moins aussi soulagée qu'il ne l'était lui.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Flore Merrivale

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 85

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Lun 09 Avr 2012, 17:21

Qu’il n’en comprenne pas la raison importait bien peu à Flore. Le principal était qu’il la ramène du côté du Tournoi. A son plus grand soulagement. La jeune fille n’était déjà pas très familière des rues de la capitale alors après une course poursuite aussi savamment orchestrée, les rues de Perllan lui semblaient dignes d’un labyrinthe. Même si elle avait très envie de ne plus rien avoir à faire avec ce malfrat, il restait malheureusement son seul espoir de retrouver son chemin sans se faire une nouvelle fois attaquée. Car, soyons francs, après toutes les maltraitances qu’elle avait subies – et la même chose pour ses vêtements – elle faisait une cible toute désignée pour un type d’homme auquel elle préférait ne pas accorder plus de pensée que cela. Et si son ravisseur n’était pas le garde du corps idéal, au moins en avait-il une allure suffisante pour décourager les autres. Encore que, au vu du peu de confiance qu’elle lui accordait, elle doutait qu’en cas d’attaque extérieure, il ne la laisse pas se débrouiller toute seule. Flore le suivit malgré tout, tandis que les scénarios les plus hétéroclites se percutaient dans son esprit. Après tout, son comportement avait été tellement incompréhensible que la jeune fille pouvait s’attendre à toutes les réactions possibles et imaginables. Evidemment, elle ne priait pas particulièrement pour découvrir quel nouveau mouvement pourrait faire le voleur en cas de nouvelle embûche. Ce qui ne semblerait pas arriver puisque Flore devait presque courir pour suivre les grandes enjambées de son ravisseur, sûrement plus pressé qu’elle de se débarrasser de son fardeau. Malgré les nombreuses rues et ruelles qu’ils traversèrent, le voleur ne décocha pas un seul mot, ce qui était probablement le mieux. Flore avait bien tenté d’ouvrir la bouche à un moment donné mais, à dire vrai, elle n’aurait pas su quoi dire. Se présenter n’aurait eu aucun intérêt. Ils n’étaient pas devenus amis au point qu’elle lui donnât son patronyme et, quand bien même, cela n’aurait pas été très judicieux au vu de la « profession » de l’homme. Alors elle se contenta de trottiner derrière lui en silence.

« Est-ce que vous pourriez ral… »

Flore n’eut pas le temps de terminer sa phrase que les premiers gradins se découpaient à l’horizon. Les mots moururent tandis qu’ils débouchaient de la ruelle et que son ravisseur ne tournait vers elle, mission accomplie, visiblement soulagé que cette malheureuse aventure prenne fin. Ce qui était également le cas de Flore, même si elle n’avait pas particulièrement hâte de retrouver ses chaperonnes. Elle se demanda d’ailleurs où elles pouvaient bien être. Il ne restait plus beaucoup de monde à l’entrée de l’arène et il était probable que l’épreuve avait déjà commencée. Ses femmes avaient-elles envoyé quelqu’un pour la rechercher ou s’étaient-elles engouffrées dans la foule pour être sûre d’obtenir des places pour la joute ? Flore penchait pour la première option, évidemment. Quand bien même les servantes de sa mère étaient stupides et plus attirées par les promesses d’élévations sociales que par les frasques de la fille Merrivale, elles ne l’étaient pas au point de perdre leur protégée et de la ramener en plusieurs morceaux à ses parents. Pourtant, il ne semblait y avoir aucune agitation autour de l’arène, hormis celle commise par les retardataires et les vendeurs ambulants. Se tromperait-elle sur le compte de ses duègnes ?

L’au-revoir de son ravisseur la tira de ses dangereuses pensées. Elle acquiesça vaguement. Oui, c’était ici que leurs chemins se séparaient. Flore allait se contenter de s’éloigner sans se retourner quand un détail lui fit tourner les talons.

« J’oubliais… ma bourse, s’il vous plaît. »

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Solan Runnarth

avatar

▬ Contributions à l'histoire : 2528

MessageSujet: Re: La loi du voleur   Lun 23 Avr 2012, 15:38

Solan s'apprêtait à s'en aller. Qu'allait-il bien pouvoir faire, maintenant ? Il était imprudent de rester dans les alentours du Tournoi: si Flore avait été plutôt conciliante jusque là, ce qui l'avait préservé des problèmes, il n'en serait peut-être pas pareil plus longtemps maintenant qu'ils étaient revenus à leur point de départ et qu'il lui était facile de le faire arrêter. À vrai dire, sa seule envie était de quitter Perllan le plus vite possible tant il lui semblait que ce quartier lui portait malheur: à chaque fois qu'il y mettait les pieds, il finissait poursuivi par la garde. Non, la meilleure chose à faire était de regagner les quartiers de Cathairfal qui lui étaient plus familiers, d'entrer dans l'une des tavernes où il avait ses habitudes et de se remettre de ses émotions en dilapidant l'argent qu'il avait volé à la blasonnée et qu'il avait toujours en sa possession. Un programme simple et efficace, du genre de ceux dont il avait l'habitude et qu'il aimait particulièrement. Au moins, cette journée n'aurait pas été complètement perdue. Le paria avait déjà fait quelques pas quand la voix de Flore retentit à nouveau, l'interpellant avant qu'il ne soit trop loin. Solan s'arrêta net. Dos à elle, elle ne put voir la surprise dont était frappé son visage. Elle était folle, ce n'était pas possible autrement. Solan resta plusieurs secondes ainsi immobile, songeant à quelle attitude adoptée.

Parfois, il y a longtemps, à ses débuts surtout, il lui arrivait d'avoir beaucoup de remords lorsqu'il dépossédait quelqu'un de ses biens, de s'en vouloir. Il avait volé beaucoup de gens, parfois pour pas grand-chose comme aujourd'hui. Il avait volé des riches, qu'ils soient blasonnés ou rentiers, mais aussi beaucoup de pauvres, parfois plus qu'il ne l'était lui-même. C'est dans ces occasions là qu'il s'était trouvé cruel ou ignoble, voir inhumain, qu'il s'était juré de ne plus recommencer jusqu'à ce que, poussé par la faim ou la facilité, il recommençait à le faire. Quand bien même, cela ne l'avait jamais empêché de garder et de profiter des biens ou de l'argent qu'il avait dérobé. Et elle, qu'il savait être une blasonnée ou au moins une rentière plutôt aisée, osait lui demander son argent ? Il ne put étouffer un léger rire, profondément sarcastique alors qu'il se retournait pour lui faire face. Il la fixa encore un instant, la regardant comme si elle était une parfaite idiote, ou bien une créature bizarre dont il ne comprenait décidément pas les agissements. Il lui sourit encore, avant de dire:

« - Votre bourse ? » Il prit un air surpris. « - Oh, bien sûr ... Après tout, nous sommes si bons amis maintenant, et on ne vole pas ses amis. »

Il la regardait toujours, un léger sourire en coin. Était-il sincère ? Ironique ? Difficile à dire sans doute. Sans plus attendre, Solan se mit à chercher la bourse de la demoiselle, fouillant un peu partout sur lui comme s'il peinait à mettre la main dessus. Au bout d'un court instant pourtant, il la retrouva et la montra à Flore. Il l'ouvrit, jetant un œil au maigre trésor qu'elle recelait. Non, il n'était définitivement pas prêt à la laisser repartir les poches pleines. Sans même regarder la jeune femme, le paria vida le contenu de sa bourse dans la besace qui lui pendait au cou en bandoulière puis, ramenant son attention vers sa victime, il la regarda d'un air indifférent, juste avant de lui lancer sa bourse vide afin qu'elle la rattrape.

« - Voila votre bourse, comme promis. »

Solan arborait toujours cet air indifférent. Avait-elle cru un seul instant qu'il lui rendrait son argent ? Il était voleur, bon sang ! Il n'avait rendu ce qu'il avait volé qu'une seule fois, lors de ses retrouvailles avec Una, et Eydis sait que ça lui avait coûté. Pour une parfaite inconnue qu'il ne reverrait sans doute jamais, il se fichait bien qu'elle pense qu'il soit bon ou mauvais ! Elle était naïve si elle pensait qu'il s'en souciait. Elle était naïve et imprudente, c'était certain: il en avait eu la preuve à plusieurs reprises dans l'heure qui venait de passer. Il en venait à se demander si elle ne faisait pas exprès. Enfin, il s'en fichait pas mal maintenant ! Il était libre de s'en aller et, si elle s'entêtait à le retenir, il se contenterait de l'ignorer, voila tout. En guise d'adieux, il lâcha:

« - Bon, je vais m'en aller. Gardez-vous de me sauter dessus cette fois. » Solan se courba un peu comme l'eut fait un noble, avant de se retourner à nouveau. Il fit quelques pas, avant de dire: « - Et si nous sommes amenés à nous recroiser, remplissez un peu plus votre bourse je vous en prie ! »

Il ne dit plus rien et s'éloigna d'un pas rapide. Il ne tenait pas à rester ici plus longtemps.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La loi du voleur   

Revenir en haut Aller en bas
 
La loi du voleur
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Stats pour un voleur level 10
» Jud [ Voleur ]
» [Scénario] Au Voleur !
» Voleur lvl 10
» Poursuite d'un voleur

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir :: HORS JEU :: Vous serez tous pendus ! :: Miroir aux souvenirs-
Sauter vers: