Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 » You're just a storm and I'm the wind ...

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mar 31 Jan 2012, 15:26

Le bruit sourd, typique, de quelqu'un qui frappe à la porte. Un soupir et encore ce bruit, trois fois.

« - Ma Dame, je sais qu'il est tôt, mais ... »

Dreann s'impatientait. Il frappa à nouveau quand quelqu'un apparut dans son dos. C'était une des dames qui était au service de la Princesse et qui, alertée par le bruit, était venue voir ce qu'il se passait. D'après elle, sa maîtresse était partie plus tôt, il y a une heure, alors même que le jour n'était pas levé. Dreann soupira encore: lui qui pensait n'avoir aucun problème à trouver Izhelindë en se rendant à ses appartements dès l'aurore, il se rendait compte maintenant que la jeune femme n'était pas du genre à se laisser avoir de la sorte. Oui, on l'avait prévenu qu'elle ne supportait que mal être encombré d'un garde du corps et qu'elle était parvenue à se débarrasser de la plupart de ceux qui avaient été affectés à cette mission plus que « périlleuse ». Ainsi, le chevalier ne s'attendait pas à moins de la part de la princesse qui s'était semble-t-il levé tôt, décrétant qu'elle irait aux écuries sans emmener personne à sa suite. Se mettant en route pour les écuries du Palais, Dreann fit demi-tour, remerciant la servante de son aide. En chemin, il repensait à sa mission.

Satisfait le Roi. Ces mots raisonnèrent dans son esprit. Ces mots, c'était ceux de son père à qui il avait été rendre visite après l'entretien qu'il avait eu avec Scarlett De Vinter, la conseillère du Roi. Il avait exposé à ses parents la situation: l'altercation avec Tanith, son envie de la poursuivre et le refus du souverain, ainsi que de l'idée de Scarlett qui lui avait suggéré de forcer la main du Roi en lui demandant publiquement de le mettre à la tête d'hommes pour partir à la recherche de Tanith. Hésitant à s'abaisser à une telle manœuvre, Dreann avait préféré demander conseil à son père qui, évidemment, n'était pas prêt à risquer d’entacher la réputation familiale pour une histoire de prétendue vengeance, rappelant par la même occasion à son fils qu'il avait déjà une autre meurtrière à trouver, faisant référence à Elvire qui courait toujours dans la nature. Ainsi Dreann se plia à la volonté de ses parents qui était plus enthousiasmée à l'idée de voir leur fils servir de protecteur à l'un des membres de la famille royale. Après tout, n'était-ce pas un immense honneur qu'on lui faisait ? Choisis la princesse. Dreann sourit légèrement en repensant aux mots de sa mère qui n'avait de cesse de vouloir le lier, d'une manière ou d'une autre, aux grands partis du Royaume. Bien évidemment, quand Dreann rendit visite au Roi le lendemain et qu'il lui affirma être prêt à être affecter à une nouvelle mission selon les désirs du Souverain, ce dernier ne lui laissa pas le choix, pourtant le hasard voulut que ce fût bien Izhelindë que Dreann aurait l'honneur de servir jusqu'à nouvel ordre. Arrivé aux écuries, Dreann croisa un des écuyers qui lui confirma que la Princesse était venue ici plus tôt, prenant son cheval avant de partir en direction de l'enclos des écuries royales, tout proche d'ici. Dreann décida de l'imiter, grimpant sur le cheval qu'il lui avait été prêté suite au vol du sien par Tanith lors de son intrusion au Palais, puis se dirigea vers l'endroit où il espérait bien retrouver celle qu'il était censé accompagner en toutes circonstances.

Elle était bien là et, en même temps qu'un immense sentiment de soulagement envahissait Dreann, la vue de la jeune femme fit remonter en lui des souvenirs qui, jusque-là, s'étaient tenus au silence, comme endormis. Il se rappelait de ces fois où, alors qu'il résidait au palais pour y suivre l'enseignement des meilleurs précepteurs, il lui était arrivé de croiser la route d'Izhelindë dont il fut longtemps la victime préférée de ses provocations et de ses jeux qui, déjà à l'époque, n'était pas du goût de Dreann. À vrai dire, il ne l'avait jamais vraiment comprise, ils étaient trop différents, peut-être. Lui avait toujours été élevé dans la perspective d'avoir un jour la responsabilité de son nom et de tout ce qu'il comporte de gloire et d'honneur à préserver. Elle était dans le même cas que lui, mais semblait y avoir toujours été très indifférente, se fichant bien des conventions ou des protocoles. Malgré cette différence qui les séparait, Dreann avait toujours apprécié la fillette puis la jeune femme, bien qu'ils avaient pris des chemins si différents qu'il n'avait plus été vraiment ensemble depuis plusieurs années, lorsque Izhelindë avait commencé à s'enfuir du Palais, semblant se désintéresser de ce qui ne fut peut-être guère plus qu'un jouet comme un autre. Aujourd'hui, voilà que le hasard les faisait se retrouver. Ils n'étaient plus des enfants, encore qu'il n'était pas rare d'entendre parler de l'héritière du trône à l'occasion de ses escapades souvent jugées indignes d'une dame d'un tel rang. Dreann appréhendait cette mission: Izhelindë avait-elle vraiment si peu changer ? Physiquement, elle avait tout les charmes d'une jeune femme, mais pour le reste de sa personnalité, le chevalier craignait qu'elle ne lui donne trop de fil à retordre. Même si passer ses journées à suivre une jeune femme turbulente ne l'enchantait guère, échouer était simplement inconcevable après tout ce qu'il s'était passé dernièrement. Ainsi, il entra dans l'enclos, un pré de bonne taille encore humide par la rosée du matin, situé légèrement à l'écart du Palais et qui servait de terrain d'entraînement. S'approchant, il semblait que la Princesse n'avait toujours pas remarqué sa présence.

« - Vous vous entraînez de bonne heure, Ma Dame. » lâcha Dreann à l'adresse d'Izhelindë, dont il ne doutait pas qu'elle s'était levée si tôt pour donner le ton de leur future "collaboration.

Cela ne dérangeait pas Dreann. Il avait de toute façon du mal à trouver le sommeil en ce moment, les rares cauchemars où n'apparaît pas Léonie laissant toute la place à ceux où il revoyait Margan agonisant. Néanmoins, il savait qu'il n'était pas encore en état de retourner sur les remparts pour y combattre les monstres qui assiègent Cathairfal chaque nuit, seule solution pourtant pour occuper ses nuits. Et puis d'ailleurs, entre les horreurs qui peuplaient ses songes et celles qui peuplent la région une fois la nuit tombée, était-il seulement possible de préférer l'une ou l'autre ?

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mer 01 Fév 2012, 15:02

    Un de plus, seulement.

    C'était la pensée avec laquelle la nymphe princière s'était assoupie, les prunelles posées sur une lune hypnotique. Elle avait retrouvé la douceur des plus précieuses soieries du royaume depuis quelques jours seulement, à la suite de sa dernière escapade qui n'avait pas manqué d'être un sujet de controverse parmi les nobles les plus altiers. Comme ce fut souvent le cas, le roi sut trouver un subterfuge pour justifier l'absence de son héritière, prétendant que cette dernière avait jugé bon de s'isoler chez de la famille éloignée pendant son temps de convalescence. Cette meurtrissure qui ne se résignait pas à guérir, elle laisserait sans doute un stigmate indélébile sur sa peau d'albâtre, comme une sempiternelle réminiscence de ce jour de malchance. Mais qu'était une cicatrice à côté de la liberté ? Son aventure dans les plus profonds et périlleux abîmes des Cités des Morts avait été d'une saveur exquise, même si elle dut en payer le prix, mutilant d'avantage sa blessure dont la douleur s'était réveillée. Cependant trop fière pour admettre ses maux, Izhelindë ne témoignait que d'un mutisme glacial à ce sujet, comme si le contraire aurait pu donner raison à son père, ce qui aurait certainement été le cas. Leur dernière chicane, de date très récente, avait comme toujours ébranlé la quiétude du palais et nul n'osait y faire référence sans en craindre les conséquences. Sans doute était-ce mieux ainsi, elle, n'avait guère le coeur de se justifier, elle patientait jusqu'à la rencontre de son nouvel égide dont elle ne connaissait pas l'identité. S'était-on gardé de le lui dire pour la surprendre, la déstabiliser ? Peu lui importait en réalité, nul n'était jamais parvenu à la museler, cela n'arriverait pas aujourd'hui.

    Encline à donner le ton à qui s'était embesogné d'être son cerbère – sans doute sous quelques encouragements paternels – la princesse était apprêtée alors même que l'aube ne s'était pas encore levée. Ce ne fut néanmoins pas de l'élégante robe sertie de parures installée sur un buste d'ébène en guise de mannequin dont elle se vêtit, mais de vulgaires braies rapiécées et d'une chemise qui aurait pu la faire passer pour une simple écuyère. Aucun bijou et une chevelure bouclée livrée au gré de la première bourrasque, une apparence qui ferait crier au loup à n'importe quel membre de la Cour la voyant ainsi. L'opinion publique , elle s'en contrefichait, elle ne s'y était jamais attardé et ne ferait aucun effort pour son garde-fou qui aurait tout intérêt à réprimer ses hypothétiques commentaires. Elle comptait tacitement sur son ami le plus précieux pour la réconforter, mais à son arrivée aux écuries, elle constata qu'Esendril n'était malheureusement pas présent. Une mimique désenchantée plus tard, elle était déjà sur le dos de son étalon au pelage opalescent en direction de l'enclos, dans lequel elle partie immédiatement au triple galop. Là encore, le fait qu'elle montait à la manière d'un homme – une jambe de chaque côté – était du goût de bien peu de personnes et ne manquait jamais d'interpeller les passants. Mais au fond, il n'y avait plus que son cheval et elle, le reste lui semblait futile à présent que la vélocité de sa monture animait son désir d'aventures.

    Elle dut néanmoins se heurter à la réalité lorsqu'elle sauta son premier obstacle, les mâchoires serrées, elle fit ralentir son destrier pour apaiser son tourment. La main posée sur son flanc blessé, un ballottement trop intense lui rappelait que son corps ne parvenait pas toujours à la suivre sans difficulté. Parfois, elle-même se demandait pourquoi elle était incapable de demeurer assise plus d'une heure sans l'irrémédiable envie de gambiller. Etait-ce seulement sa mauvaise volonté ? Son père l'aurait volontiers confirmé, plus les années passaient, moins il semblait enclin à la compréhension. Ne lui avait-il d'ailleurs pas trouvé un protecteur de choix ? Son interrogation eut aussitôt réponse lorsqu'elle aperçut tardivement un cavalier la rejoindre. Tout d'abord surprise par cette intrusion inopinée, le pauvre fut accueilli par une lorgnade assassine prompt à l'occire sur place. Izhi n'appréciait guère être importunée alors même que son esprit n'était pas paisible et elle ne se priverait pas pour le faire savoir. C'est alors que – plus attentive – l'évidence l'étreignit.


    « Dreann ?! Par la Divine... Toi ? C'est toi que mon père a désigné pour me surveiller ? » Son étonnement fit place à une hilarité qui dura quelques instants. « Pardonne-moi, je ne me moque pas. Je suis juste... Réellement stupéfaite qu'il ait fait cela... Et que tu aies accepté. »

    Elle se pinça les lèvres pour retenir son rire. L'ébahissement était aussi bien total que de taille, même dans la plus folle des conjectures elle n'aurait jamais pensé cela possible. Une véritable cataracte de souvenirs naquit en elle, son enfance, une partie de son adolescence à l'avoir tant brimé qu'elle n'aurait su dénombrer ses bêtises. Il avait toujours été – pour elle – un être à part qu'elle s'était jurée de faire agonir par ses badineries, un objectif qu'elle crut plusieurs fois atteint lorsqu'elle le voyait aux lisières de l'implosion. Elle l'appréciait et ne s'en était jamais caché, poussant le vice jusqu'à outrance par instant. Il l'avait certainement maudite des centaines voire des milliers de fois, mais au fond, elle espérait qu'il lui portait un tant soit peu d'estime pour la femme qu'elle était, et non pas la princesse. Une théorie qui lui paraissait bien saugrenue lorsque l'on connaissait le rigorisme du blasonné, qui s'était sans doute décuplé avec le temps et son engagement chevaleresque. De ce qu'elle avait pu ouïr, il était un élément à la fois valeureux et fervent, qualificatifs qu'elle lui reconnaissait bien là. Mais était-il toujours le même petit garçon avec lequel elle avait plus ou moins grandi et qu'elle n'avait, malgré les apparences, jamais oublié ? Mutine, la dryade fit pivoter sa monture de façon à d'avantage s'approcher de son interlocuteur, elle ne s'arrêta que lorsqu'elle fut à sa hauteur, de là où elle put plonger ses prunelles d'un azur céleste dans celles de Dreann. Le temps s'immobilisa un court moment alors qu'elle semblait sonder son âme, partant à la recherche de la quintessence de son ami d'antan avec un aplomb désoeuvrant. Ce ne fut qu'après l'avoir opprimé du poids de son regard perçant pour le troubler – bien qu'elle ignorait si elle y était parvenue – qu'elle daigna détourner le visage en riant.

    « Regarde-toi. » Reprit-elle en contournant le chevalier pour l'examiner. « Robuste et pimpant, la fierté de la famille Aronwë si je ne m'abuse. » Elle se retrouva à nouveau à sa hauteur. « Un véritable Homme. »

    Izhelindë afficha une moue provocatrice, lui annonçant les circonstances de son calvaire à venir. S'il pensait que guerroyer contre les créatures qui menaçaient les remparts de la cité était une tâche ardue, elle lui démontrerait qu'il avait peut-être tord. La belle claqua par trois fois sa langue contre son palais pour sommer à son étalon d'entamer la marche, lentement, pour que son nouveau compagnon puisse en faire de même sans imaginer qu'elle tentait de le semer. Ce n'était guère le cas, pas encore. Elle se questionna soudainement : le souverain l'avait-il contraint de se mettre à son service ? Etait-ce une forme d'ordre punitif ou le jeune homme s'était-il résolu à une simple proposition de bon gré ? Dans tous les cas, un fait la chiffonna, cette bienséance puritaine dont il avait fait preuve en s'adressant à elle. S'il n'avait été qu'un chevalier lambda, encore l'aurait-elle toléré, mais pourquoi diable s'encombrer de frivolités alors qu'ils se connaissaient depuis presque toujours ? Qu'elle se fasse familière à son égard en le tutoyant, peut-être le percevrait-il comme une preuve avancée d'impudicité, alors qu'il ne s'agissait que d'une forme de complicité ou du moins de considération autre qu'une princesse envers un serviteur. Dans ses chimères les plus excentriques, elle avait réussi à abattre les barricades protectrices de Dreann pour permettre à ce dernier de se lâcher, d'être moins austère envers lui-même. Réciproquement, peut-être rêvait-il de la responsabiliser un jour ou l'autre, à moins que ce ne soit là l'utopie de son père. L'hypothèse valait le coup d'être attaquée.

    « Je suppose qu'il serait trop malséant que tu m'appelles par mon prénom. » Déclara t-elle sans ôter son regard de l'horizon. « T'ai-je au moins manquée ? Ne serait-ce que modiquement ? »

    Une curiosité mal placée uniquement destinée à l'embarrasser quant à l'élaboration de sa réponse. La princesse posa ses yeux sur lui, impatiente de tester son sens de l'improvisation.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mer 01 Fév 2012, 21:14

Sa poigne se resserra autour de la bride de son cheval, inconsciemment. Elle l'avait vu. Il tâchait de dissimuler du mieux qu'il le pouvait le trouble auquel il était en proie, qui sait comment elle l'interpréterait. Lui-même ne savait pas vraiment pourquoi il avait le sentiment que cette rencontre n'était pas tout à fait, pas entièrement comme les autres. Bien sûr, les souvenirs qu'ils avaient en commun ne l'avaient jamais vraiment quitté, il ne les avait pas oubliés. Occultés peut-être. Quand bien même, le regard qu'il portait sur la jeune femme avait depuis longtemps cessé d'être celui d'un jeune garçon sur une jeune fille pour laisser sa place à celui d'un chevalier conscient qu'il avait en face de lui la fille du Roi Arsenios, l'héritière de celui-ci et donc celle qu'il serait amené à servir tôt ou tard, comme il s'était engagé a le faire. Après tout, n'était-ce pas l'ordre naturel des choses ? Elle avait été son amie, peut-être, mais elle avait cessé de l'être il y a longtemps. Ils avaient été séparés, Eydis seule sait pour quelles raisons ... Longtemps, Dreann avait pensé que cela fut par désintérêt, et il ne s'en offusqua pas d'ailleurs: contrairement à Izhelindë, lui prenait la mesure du fossé qui les séparait socialement, malgré qu'il ne soit pas le plus miséreux des Indigents, ni même le moins aisé des Blasonnés, au contraire. C'était comme ça. Naturel. Il s'était destiné à la servir, c'est ce qu'il ferait aujourd'hui et aussi longtemps qu'il le pourrait.

Dreann sentit le regard noir de la princesse qui se posait sur lui, tentant de le tuer à l'instant, avant de voir l'hilarité qui s'emparait de la jeune femme. Il crut tout d'abord qu'elle le faisait exprès, prête déjà à ouvrir le bal en tentant de l'agacer, pourtant elle s'excusa, tentant de se contenir. Apparemment, le voir l'étonnait beaucoup. Il la suivait du regard, intrigué, tandis qu'elle faisait s'approcher sa monture, plongeant son regard bleu dans le sien, tentant de le noyer peut-être. Elle n'y parvint pas. Soutenant son regard, il n'en était pas moins déconcerté, pourtant il lui semblait qu'il n'était pas opportun de le lui montrer. Puis, elle se détourna de lui en rigolant. Le voyait-elle encore comme un enfant ? Il repoussa la question: il connaissait son rôle, peu importe si elle préférait l'ignorer. Pourtant, elle sembla lire dans ses pensées, évoquant son statut de chevalier d'un air provocateur, tout en lui tournant autour comme s'il eut été un petit oiseau à la merci d'un félin. Et quel félin. Le jeune homme afficha un sourire amusé. Comme elle le faisait remarquer, il n'était plus un enfant. Sa mission était de protéger la jeune femme et de la servir, pourtant il n'en oubliait pas moins son propre rang, il n'avait pas à se laisser faire comme il avait pu le faire quand ils étaient plus jeunes.

« - Et vous, Ma Dame ! » dit-il sur le même ton qu'elle. « - La digne fille de votre père. Une véritable reine, toute en beauté . » termina-t-il en référence aux vêtements que portait Izhelindë, peu habituels pour une femme de son rang.

La jeune femme mit son cheval au pas; il l'imita, se mettant à sa hauteur. Il songeait à ce qui l'attendait: il n'y avait personne ici - il ne faisait pas chaud et il était encore tôt - , aussi cela ne le gênait pas plus que ça de se prêter à son petit jeu en lui renvoyant la balle. Néanmoins, il savait qu'elle n'hésiterait pas à continuer lorsqu'ils seraient en public et, là, il ne pourrait, ne voudrait rien faire. Ainsi, il se demandait s'il ne valait pas mieux pour lui qu'il se contente strictement de son rôle. À cet instant, il pensait que ça ne lui coûterait pas, qu'il en serait capable sans qu'il en souffre ne serait-ce qu'un peu. C'était peut-être le cas, ou pas. Il n'avait plus la prétention ni même le sentiment de la connaître si bien qu'il put juger à l'avance de sa réaction. Cependant, il craignait que plus il tente de s'extirper de ses manœuvres, plus elle essaierait de l'y ramener de façon plus forte encore. Soudain, la voix de la jeune femme vint le sortir de sa réflexion. Un nouvel assaut ?

« - Si c'est que vous désirez, Ma Dame. » répondit-il à la première question, non sans ironie. « - Votre rire m'a peut-être manqué, je dois l'admettre. Si on omet le fait qu'il fut souvent à mes dépens. » reprit-il sur un ton plus morne cette fois. « - Néanmoins, il semble clair qu'il m'a manqué plus que je ne vous ai manqué. »

Ses derniers mots ne transportaient pas quelque aigreur que ce soit, pourtant, dans le silence qui les entourait, Dreann savait qu'ils ne pouvaient passer inaperçus. Ainsi, c'est consciemment qu'il avait voulu lui faire remarquer le fond de sa pensée, sans oser l'expliciter tout à fait, comme si le sous-entendre, maigre rempart il le savait, suffisait à atténuer un peu la force de son accusation ; car, bien qu'il ne lui en voulait pas le moins du monde de s'être écarté de lui, la question d'Izhelindë le dérangeait un peu. Alors quoi, elle le pensait complètement étranger au monde ? Il savait qu'on le voyait parfois comme seulement préoccupé par le protocole et son devoir de chevalier. D'un côté, ils ne pouvaient nier que c'était une part importante de sa vie actuelle, pourtant il craignait de ne plus se résumer qu'à cela. À ce moment, Léonie lui manqua terriblement: elle était la seule qui, depuis qu'il était devenu chevalier, avait continué à le voir comme un frère, un ami, la seule qui ne tenait nullement compte de ce qu'il se devait d'être publiquement. Quand il lui arrivait d'oublier qui il était après trop de nuits passées à combattre ou trop de journées perdues à servir les intérêts de sa famille, il n'avait qu'à lui rendre visite et alors il s'en souvenait à travers elle. Aujourd'hui, elle n'était plus là et il lui semblait qu'elle l'avait emmené lui aussi. Il savait pour les avoir déjà visité plusieurs fois dans le passé qu'il s'aventurait en terrains dangereux, ainsi il voulut revenir à la réalité:

« - Quand bien même, cela n'a pas d'importance, au final. » affirma-t-il pour mieux s'en convaincre. « - Comme vous l'avez compris, votre père m'a désigné comme votre protecteur pour autant de temps qu'il le désirera, mais, si ma présence vous dérange, j'irais lui demander qu'il m'affecte à la protection de votre mère, ou de votre frère. » dis Dreann, tentant d'attirer la conversation sur la raison de sa présence plutôt que sur leur passé commun.

Il se demandait maintenant si être "renvoyé" par Izhelindë ne lui serait pas plus profitable au final ... Pas qu'il craignait de ne pas apprécier sa compagnie, au contraire peut-être: il détestait ce sentiment de gêne auquel il ne pourrait échapper, il le savait. C'était ... déplaisant.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Jeu 02 Fév 2012, 21:09

    Le temps avait fait son oeuvre, ils avaient tout deux pris de l'âge, mais encore bercée par ses rêveries enfantines, elle ne pouvait s'empêcher de le voir comme le petit garçon qu'elle avait connu il y a fort longtemps. Elle devait cependant se rendre à l'évidence, s'ils ne s'étaient pas de temps à autre croisés durant ces derniers années pour qu'elle puisse témoigner de son évolution par étape, elle ne l'aurait aujourd'hui que difficilement reconnu. Elle l'imagina un instant, sur le champ de bataille, l'épée à la main et sa ferveur comme seul écu, à pourfendre créatures lucifériennes et gredins avilis. L'illustration d'un héros dont elle aurait volontiers partagé les épopées, l'un des meilleurs chevaliers du royaume prompt à la servir de tout son soûl, finalement, son titre ne comportait pas que des inconvénients. Elle se demandait ce qu'aurait été leur vie s'ils s'étaient épanouis ensemble, si à travers leur disparité, ils auraient continué à s'équilibrer. Elle avait tant à lui demander, tant de curiosité à assouvir et de temps à rattraper qu'elle se sentait intérieurement bouillir. C'était un peu comme un bambin venant de remettre la main sur son jouet favori trop longtemps égaré, même si elle le respectait trop pour lui attribuer ce qualificatif. Malgré tout, leur relation s'était établi sur un jeu, et quel ravissement n'eut-elle pas lorsque par un trait d'humour il relança la partie. S'il s'était en plus forgé une répartie à sa hauteur, la monotonie serait promptement bannie de leur lexique, pour son plus grand bonheur. Mais si elle ne doutait pas de lui sur sa bonne compagnie, elle préservait son jugement quant à son rôle de protecteur dans lequel l'altercation n'était pas inévitable. Ne restait plus qu'à tester son seuil de tolérance pour mieux l'appréhender.

    Malgré son apparente résignation à user de son prénom plutôt que d'un titre pompeux, Izhelindë doutait qu'il daigne effectivement le faire. Peut-être était-il encore un peu tôt pour lui demander de faire preuve de plus de familiarité – même si de son avis, il s'agissait de complicité – alors qu'ils venaient à peine de se retrouver. Mieux valait le ménager si elle tenait à le garder en pleine santé jusqu'au soir venu, car déjà les idées gambadaient dans son esprit retorse. Chaque chose en son temps, pour le moment, Dreann l'attaquait sournoisement à coup d'insinuations, ce qui ne manqua pas de la déconcerter. Prenant l'ellipse avec un sourire fade, elle se pinça les lèvres telle une abdication silencieuse en égarant son regard au loin. Elle ne pouvait guère le contredire sur ce point, sa soif d'aventures et ses nombreuses fugues l'avait tant passionnée qu'elle l'avait délaissé, alors même qu'il faisait autrefois partie de son quotidien. Alors qu'elle venait fréquemment le visiter, ses venues s'étaient raréfiées, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus aucune. Mais l'inverse était également avéré, aussi, jamais il ne s'était représenté à elle... Par crainte ? Par répulsion ? Elle s'était déjà posée la question, sans qu'il n'y ait jamais eu de réponse. Etait-ce réellement utile qu'il y en ait une aujourd'hui ? Elle n'en était pas certaine. Et lui, se souciait-il vraiment de savoir s'il lui avait manqué ? C'était le cas au fond d'elle, mais sans preuve aucune, elle n'avait guère la possibilité de l'affirmer sans qu'il n'en mesure l'authenticité. Finalement, être adulte s'avérait bien plus délicat qu'il n'y paraissait, c'était peut-être pour cela qu'elle ne voulait pas pénétrer dans ce monde où tout lui semblait si compliqué.

    Avant qu'elle ne le fasse elle-même, le blasonné changea de sujet pour la raison de sa présence, et encore une fois Izhi fut piquée au vif. Cette fois, elle ne se priva pas de pousser un incommensurable soupir qui en disait long sur ses pensées. C'était exactement le genre de choses qu'elle n'appréciait pas entendre, elle avait le choix et l'avait toujours eu, c'était à se demander si le roi avait vraiment une chance de lui faire un jour plier genou. Il ne faisait que répéter ce qu'elle savait déjà, elle en était lasse, aussi elle jugea bon d'éclaircir la situation à son tour.


    « Si ma présence t'est intempestive, alors cours donc adjurer que l'on t'octroie une autre besogne, si tant est que mon père ne soit pas trop désappointé de ton échec pour cela. »

    Le sujet était clos, s'il ne désirait pas être à ses côtés, il était libre de s'en aller. Si cela avait été le cas la concernant, elle l'aurait congédié sans même prendre le temps de le saluer, ce qu'elle n'avait pas fait. Sans doute prenait-elle les paroles de Dreann trop à coeur puisque heureuse de le revoir et soucieuse de son estime la concernant. Elle frappa doucement les flancs de son étalon pour le mettre au trot et donc dépasser le chevalier, ce qu'elle fit sans même lui adresser une oeillade. Il était dans son intérêt qu'il ne lui adresse pas la parole tant qu'elle ne serait pas disposée à lui répondre sans se montrer acrimonieuse, au risque que la journée se finisse avant même d'avoir commencé sur une contrariété partagée. Après tout, la princesse était entre nombre de choses connue pour son franc caractère dont elle n'épargnerait personne, surtout pas lorsqu'il était question de sa dignité. Elle se demanda alors ce qu'avait espéré son père en enrôlant le fils Aronwë si ce dernier n'était pas même convaincu de son utilité, cela avait tout l'air d'une mauvaise plaisanterie. Au moins, si son désir était de quitter le palais en dépit de l'interdiction parentale, elle n'aurait peut-être pas autant de mal qu'elle ne l'avait pensé, il fallait voir le bon côté des choses. Encore fallait-il que le jeune homme soit apte à s'en retourner auprès du roi pour lui exprimer son changement d'avis – ou plus grave encore, le congédiement d'Izhelindë elle-même qui aurait une nouvelle fois gagné contre l'autorité paternelle. Mais au fait, pourquoi diable songeait-elle à tout ceci ?

    Balayant sa conjecture suite à un hennissement de sa monture, elle laisse son cheval ralentir pour s'intéresser de plus près à une brindille apparemment alléchante. En voyant la satisfaction de son destrier, la jeune femme lui caressa longuement l'encolure en lui susurrant quelques paroles tendres qu'elle réservait à son plus fidèle compagnon. Elle finit par reconsidérer la compagnie de Dreann qui n'avait – tout logiquement – pas cessé de la suivre et dont elle croisa providentiellement le regard. Heureusement, Izhi s'apaisait aussi furtivement qu'elle pouvait se renfrogner, il suffisait de lui laisser le temps et l'opportunité de redémarrer la discussion. Quelque peu timorée pour le coup, son phonème cristallin se répercuta finalement.


    « Je t'ai plusieurs fois proposé de m'accompagner dans mes pérégrinations... Il ne tenait qu'à toi d'accepter. » Elle marqua une pause, puis se mit à sourire avec émerveillement. « Si tu savais tout ce que j'ai vu... Jamais dans mes rêves les plus fous je n'aurais pu imaginer de quelle beauté notre royaume est fait, quelles créatures le peuplent et les dangers que nous pouvons y affronter. Et pourtant, il y a encore tant de choses que je n'ai pas vues ni faites. »

    Une risette jusqu'aux oreilles, toutes ses odyssées lui revenaient en mémoire et défilaient devant son regard enchanté. Toute la journée n'aurait suffit à ce qu'elle puisse tout lui conter, et d'ailleurs, elle doutait à ce qu'il puisse supporter le quart de ce qu'elle s'était déjà permise de faire malgré son rang. Toutes ces réminiscences l'attristèrent, état dans lequel elle ne supportait être. Aussi trouva t-elle un moyen de pallier à ce sentiment en interrompant le repas de son étalon pour contourner Dreann et se placer derrière lui.

    « Tu sais quoi ? Je n'ai pas envie de rester ici, même si je n'ai théoriquement pas le droit d'outrepasser les lisières de l'enclos, je suis sûre que tu n'y verras aucun inconvénient. »

    La provocation était lancée, le chevalier avait le choix d'assumer sa fonction de protecteur ou de se plier à la volonté de la demoiselle. Ou presque... Mutine à outrance et sans crier gare, elle asséna une puissante claque sur la croupe de la monture du blasonné. Le destrier se cambra et partit au triple galop, aussitôt suivi par une princesse hilare qui entreprit d'ouvrir la marche. Ils sautèrent la palissade – et donc les limites autorisées – puis s'enfoncèrent dans l'immensité du territoire. Qui de la protégée ou du protecteur tiendrait les rênes ?

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Ven 03 Fév 2012, 19:59

La réponse d'Izhelindë fut sèche, sans détour. Dreann, lui, restait interdit de toute réaction. Comment avait-il pu la blesser, en suggérant seulement qu'elle puisse ne pas vouloir de lui comme protecteur ? Peu à peu, il comprenait à quel point il avait sous-estimé le lien qui les unissait encore l'un à l'autre. Et s'il s'était trompé ? Et si les années sans se voir n'avaient pas suffi à faire d'eux de parfaits inconnus, n'étaient pas parvenues à les réduire à leurs rôles respectifs, à faire simplement de lui un chevalier qui sert et respecte non pas son amie, mais la future reine de Lanriel ? Il ne savait quoi penser et, en attendant, Izhelindë ne lui adressait plus ni un mot, ni un regard. Et lui ne savait pas quoi dire. Après, tout était-ce bien la peine d'essayer, de se risquer à s'enfoncer encore ? Gardant ainsi le silence, Dreann préférait ne pas en rajouter, signe de son remord, sans doute. Il n'y avait donc plus un bruit. Il se contentait de la suivre à quelques pas de distance, la contemplant seulement. Qui sait combien de temps lui tiendrait-elle rigueur de sa maladresse ? Il n'en savait rien. À ce moment, il ressentait ce moment de flottement, pesant, entre elle et lui. Il n'aimait pas ça. D'habitude, Dreann ne craint pas le silence, parfois il le préfère à la discussion. Pourtant, la simple idée qu'elle puisse refuser de lui adresser la parole pour Eydis seule sait combien de temps lui était hautement désagréable. Soudain, elle s'arrêta et leurs regards se croisèrent: vint enfin la réponse à son accusation sous-entendue de tout à l'heure. Il ne chercha pas à répondre et, d'ailleurs, la jeune femme ne lui en laissa pas le temps, un large sourire s'affichant sur son visage alors qu'elle évoquait les merveilles qu'elle avait pu découvrir durant ses escapades. Dreann afficha un air contrarié quand elle évoqua les dangers qu'elle avait rencontré - il ne connaissait que trop bien les risques que l'on courait à voyager seule en Lanriel. Il aurait été facile pour lui de lui reprocher une telle conduite, d'ailleurs c'était peut-être la réaction à laquelle elle s'attendait. Pourtant, il ne le ferait pas. Il se contenta de dire, le sourire aux lèvres:

« - Ce que je sais, c'est que cela semble vous combler, Ma Dame. »

Ces quelques mots suffirent: elle avait l'air si heureux à la simple évocation de ses souvenirs qu'il ne pouvait se résoudre à faire comme si cela ne comptait pas. Et puis, elle avait surement assez de gens au palais qui le lui reprochait déjà, quelle différence sa parole pourrait-elle bien faire ? Bien sûr, il restait persuadé de l'influence que devait avoir son rang sur ce qu'elle faisait, comme c'était le cas pour lui, pourtant il devait se rendre à l'évidence: évoquer ce que lui faisait en suivant ce principe ne lui donnerait jamais l'air si épanoui qu'elle semblait l'être en écoutant que sa propre volonté. Néanmoins, il savait que certains devaient faire des sacrifices pour que d'autres puissent jouir de leur liberté. Elle aussi aurait tôt ou tard à faire ces sacrifices, car son rôle de Reine auquel elle était inévitablement vouée ne lui laisserait plus le loisir de faire passer ses propres intérêts avant ceux de ses sujets. Lui faisait partie de ceux qui se sacrifiaient, en partie pour elle. Il l'acceptait, à tort ou à raison.

En attendant, Izhelindë ne semblait pas vouloir en rester là, arguant qu'elle ne souhaitait pas rester dans cet enclos. À peine Dreann eut-il le temps de comprendre ce qu'elle allait faire qu'elle était déjà passée derrière lui, faisant partir la monture du chevalier au galop sans qu'il ne puisse rien faire pour l'en empêcher et, quand bien même il serait parvenu à stopper la bête, la princesse l'avait déjà doublé, le forçant à la suivre tant bien que mal. Ensemble, ils sautèrent la barrière du terrain d'entraînement, frontière à laquelle le monde de la princesse était censé se limiter. À quoi jouait-elle ? Alors qu'il continuait de la suivre, leurs chevaux lancés à une vitesse folle, Dreann réfléchissait à ce qu'il se passerait s'ils faisaient une mauvaise rencontre, alors qu'il avait pour ordre de ne pas la laisser s'exposer au danger d'une quelconque manière. Passant la main à sa ceinture, il se rassura de la présence de son épée qu'il avait eu la bonne idée d'emporter. Au bout de quelques minutes à galoper à travers les environs de Cathairfal, Dreann se rendit compte que le cheval qu'on lui avait mis à disposition était beaucoup moins endurant que celui de la Princesse, si bien que le chevalier se trouvait distancer, lentement mais surement.

« - Izhe ... Ma Dame ! » cria-t-il, espérant que la princesse n'a pas décidé de le semer totalement.

Heureusement pour lui, il la vit s'arrêter un peu plus loin. Dreann jeta un œil aux alentours. Leur course n'avait pas duré très longtemps, mais cela avait suffit à les entraîner à une distance raisonnable de la ville. Le chevalier soupira. Dans quoi cherchait-elle à l'engager ? À ce moment, il crut que sa tolérance venait de trouver ses limites: avait-elle conscience que, non contente de se mettre en danger, elle l'exposait lui aussi ? Il s'approcha d'elle.

« - Voulez-vous que votre père me fasse retirer mon titre ou ne me relègue à quelques reponsabilités secondaires pour vous avoir laissé quitter la ville ? » lâcha Dreann, sarcastique. « - Écoutez, je n'ai pas l'intention de chercher à vous contraindre à rester au Palais. Par contre, je ne peux pas non plus désobéir au Roi. Mettons nous d'accord, voulez-vous ? » Il réfléchit un instant, puis reprit: « - Promettez-moi de ne pas chercher à me semer et de me laisser veiller sur vous comme il se doit, et en échange je ne serais pas trop regardant sur vos allées et venues. Tant que l'on reste proche de Cathairfal et que vous passiez vos nuits au Palais. »

Cela semblait un bon compromis à Dreann. Lui n'aurait pas à se soucier de voir disparaître sa protégée dès qu'il aurait le dos tourné, elle pourrait continuer à vagabonder en dehors du Palais, bien qu'il n'était pas possible pour lui de la laisser s'enfuir plusieurs jours de suite comme elle pouvait le faire parfois, ni même la laisser s'éloigner des grands axes et de Cathairfal. De toute façon, il était clair que ni lui ni le Roi ne parviendraient à faire passer à Izhelindë ses envies d'aventure, aussi pensait-il que lui permettre de les assouvir tout en étant en sécurité et sans qu'elle n'en abuse n'était pas une mauvaise idée. Et puis, dans l'éventualité où elle ne saurait s'en contenter, Dreann n'hésiterait pas à coller plus fidèlement aux ordres qu'il avait reçus du Roi. Ainsi, son regard se porta sur la jeune femme. Elle éveillait en lui beaucoup d'intérêt. Il ne la comprenait pas vraiment, malgré qu'il ne puisse se résoudre à la juger sans même chercher à mieux la cerner.

« - Pourquoi faites-vous ça ? » dit-il sans vraiment s'en rendre compte. « - Je veux dire ... Ne trouvez-vous vraiment aucun intérêt aux choses inhérentes à votre rôle de future Reine de Lanriel ? » demanda-t-il le plus naïvement du monde, curieux de comprendre le pourquoi d'une telle différence entre eux. Néanmoins, il se rendit soudainement compte qu'il s'aventurait sur un terrain sur lequel il n'était pas sûr de pouvoir allert: « - Je suis désolé, ma curiosité est surement mal placée. »

Dreann ne savait manifestement plus sur quel pied danser et oscillait inconsciemment entre son cœur qui le poussait à ne pas faire comme si le lien entre eux s'était totalement brisé, et sa raison qui ne laissait aucune place à la familiarité dans les rapports qu'il se devait d'avoir avec une femme d'un tel rang. D'ailleurs, son rôle de chevalier et de protecteur sembla lui revenir à l'esprit, puisqu'il jeta à nouveau un œil aux alentours. Il savait que la cité royale n'était pas loin, pourtant ils ne la voyaient plus d'ici car elle était cachée par un bois qu'ils avaient traversé durant leur folle cavalcade. D'ailleurs, il n'y avait rien ici qui trahissait le fait qu'ils soient si proches de Cathairfal: à l'horizon on ne voyait que les prairies verdoyantes et les plaines vallonnées qui constituaient la province environnant la capitale. Soudainement, Dreann prit conscience qu'il n'avait pas vu la nature ainsi sublimée par la chaleur de l'été depuis une éternité maintenant. Forcé de revenir à la réalité par le hennissement de sa monture, le chevalier descendit de cheval, tirant sa monture vers un petit ruisseau qui serpentait tout près d'eux.

« - Laissons les bêtes se rafraîchir un peu après une telle course. Et puis, la journée s'annonce chaude. »

Il était encore tôt - les habitants de la cité se réveillaient sans doute à peine - et l'endroit est désert. Le risque qu'ils ne rencontrent quelqu'un était peu nombreux. En fait, ils auraient pu se croire à des lieues de Cathairfal.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Sam 04 Fév 2012, 22:57

    Tel l'oiseau libéré de sa cage dorée, la princesse volait vers la liberté – ou vers les problèmes selon les points de vue. Une risette indélébile aux lippes, elle prenait tant plaisir à être lancée à une telle vitesse de course qu'à forcer son protecteur à la suivre de manière plus ou moins laborieuse. Comble de la chose, elle n'avait guère eu l'intention de s'aventurer par-delà le palais pour aujourd'hui, du moins pas avant que Dreann ne se présente à elle et ne la tente de façon excessivement inconsciente. Plus que le désir de flâner à sa guise, la provocation et la désobéissante étaient des péchés qui lui collaient aux viscères et dont elle tirait une grande satisfaction. Plus le blanc lui serait suggéré, plus encline sera t-elle à prôner le noir avec parfois – providentiellement – quelques nuances de gris. Dans les circonstances actuelles, le fait qu'elle ne s'engouffre pas trop loin dans le territoire et qu'elle ne s'amuse pas à semer son poursuivant pouvaient être perçus comme de véritables efforts de sa part. Elle fut d'ailleurs confortée dans son élan lorsqu'elle crut ouïr le début de son prénom, sitôt substitué par un sobriquet académique. Une frêle victoire qui la fit rire aux éclats, puis pousser un hurlement d'engouement à l'instar d'une guerrière conquérante. C'était ainsi qu'elle l'aimait la vie : imprévisible et sauvage, guidée par sa spontanéité mutine et son imagination fertile.

    Mais pour ne pas se faire trop fourbe après cet assaut fortuit, elle daigna faire ralentir son destrier une fois parvenue en contre-bas d'une colline verdoyante, dont la végétation était encore fraîche de la rosée matinale. Elle tapota l'encolure de son étalon qui avait certainement pris autant de plaisir qu'elle, habitué aux frasques véloces de sa maitresse et toujours prompt à filer comme l'éclair. Alors qu'elle posait pied à terre, le chevalier arriva à son tour, vraisemblablement mécontent et ce à juste titre. Ne l'avait-on pas prévenu des risques encourus lorsque l'on demeurait auprès de la capricieuse héritière et qu'en plus, l'on était un centre d'intérêts pour elle ? Si cette anodine facétie l'avait pris de cours, il ne serait pas désappointé du reste de la journée qui s'annonçait mouvementé. Avait-elle tout prévu ? Absolument pas. Elle agricherait la première opportunité venue pour dénaturer ce jeune homme trop inflexible à son goût. Qui plus est, elle avait entendu dire que ces derniers mois n'avaient pas été de tout repos, surtout depuis la tragique disparition de sa soeur – Qu'Eydis puisse à jamais veiller sur elle – qu'elle-même avait connue. Elle ne connaissait que trop bien le lien fraternel qui les avait unis, elle et lui, et qui s'était brisé du jour au lendemain, dans un soupir d'amertume. Izhelindë n'osait imaginer les tribulations que son ami avait dû traverser lors de cette effroyable période, touchée par cette perte, elle n'avait pas même trouvé la force d'aller lui présenter ses condoléances. Alors peut-être auraient-ils renoué à cet instant, à moins qu'il n'eut été trop endeuillé pour cela et qu'elle admettait préférer une atmosphère plus guillerette. Ajoutant sa besogne de soldat et la récente intrusion d'une sorcière au palais, elle se demandait comme il n'avait pas encore implosé. Peut-être ne prenait-elle pas le temps de justement prendre le temps, de réapprendre à se connaître doucement... Elle était trop fougueuse pour cela.

    C'est alors que le blasonné sembla lui poser un ultimatum, un échange loyal qui leur permettrait de trouver satisfaction sans risquer inutilement leur vie ou leurs rangs. Cela aurait pu contenter n'importe qui, si ce n'était une dryade habituée à faire comme bon lui semblait sans tenir compte de l'opinion d'autrui. Il y avait une part d'égoïsme dans son comportement, elle ne le cachait pas, et ne prétendrait pas être d'accord pour les beaux yeux de son chaperon. Il était néanmoins superflu d'entrer en franc conflit pour si peu, les discours implicites étaient parfois les plus judicieux, pour la simple et bonne raison que l'on en comprenait ce que l'on voulait.


    « Ne jamais dire fontaine je ne boirais pas de ton eau. »

    Souffla t-elle sur un ton folâtre en caressant le museau de son cheval. Sa réplique fonctionnait dans un sens réciproque, jamais elle ne lui promettrait d'agir comme il le lui avait demandé, mais ce n'était pas pour autant qu'elle en ferait l'inverse. Tout était relatif, elle ne prévoyait pas ses réactions à l'avance, elle était trop instinctive pour cela. Elle dut cependant se résoudre à subir les conséquences de sa lubie, une mimique furtivement ombrageuse couvrit sa physionomie lorsqu'elle sentit sa blessure se manifester sous son bandage. C'était à croire qu'elle appréciait la douleur pour la côtoyer de la sorte, cette meurtrissure se serait résorbée depuis quelques temps déjà si elle ne s'était guère amusée à défier sa convalescence. Mais ce qui était fait n'était plus à faire, aussi la curiosité de son compagnon la fit à nouveau sourire : en voilà une question inusuelle ! D'ordinaire les gens se ployaient le droit de la juger sans préavis, la condamnant au rang de harpie fantasque sans même chercher à la comprendre. Ses justifications n'auraient de toute façon été d'aucune aide, même avec Dreann elle n'était pas certaine que celui-ci puisse vraiment embrasser sa cause, mais elle s'avouait ravie qu'il s'y soit essayé tout de même. La nymphe lui adressa un somptueux sourire, puis entraina sa monture jusqu'aux abords du ruisseau où elle pourrait se désaltérer.

    « J'aurai le reste de ma vie pour m'intéresser aux choses inhérentes à la couronne, tant que je n'y suis pas contrainte, je veux voir tout le reste. Puis... Comment pourrais-je gouverner un pays que je ne connaitrais qu'à travers ce qu'on m'en a dit ? » Elle marqua une pause. « Un chevalier n'apprend pas à combattre en observant ses homologues, mais en se joignant à ses frères dans la bataille. » Elle eut un frêle sourire, puis observa la surface de l'eau. « La Connaissance sans le Savoir n'est que perdition. Je veux pouvoir penser par moi-même. »

    Sincérité à son paroxysme, l'héritière n'était pas si ingénue qu'on voulait bien le croire. En cet instant, elle voulut prouver qu'elle n'était pas indifférente à son avenir et aux devoirs qui y étaient liés, elle prenait simplement le temps de les aborder. La corruption était un fléau plus abjecte qu'un assassin dans la nuit, plus dévastatrice que la peste en temps de guerre. Si elle avait bien souvent observé son père, elle l'avait également fait avec sa mère qui se trouvait être une dirigeante immuable et lucide. Elle ne pourrait sans doute pas échapper à tous les complots qui s'ourdissaient dans l'ombre, mais elle pouvait faire en sorte de limiter les dégâts en était simplement perspicace. Etre apte à avoir sa propre opinion sans être influencé par d'éventuels conseillers était une force, une force qu'elle souhaitait acquérir pour mieux être en mesure de se protéger, et de protéger ses sujets. Sensible et dévouée, la princesse ne faisait que se préparer à l'inévitable bien qu'elle redoutait sa venue. Elle ne pourrait pas contenter ni sauver tout le monde, une utopie qu'elle aimait à partager avec la bonhomie innée de son paternel, mais qu'elle savait hélas impossible. Ce poids avéré sur ses épaules la plongea dans la tourmente de sa condition, sa conscience s'égara dans les tumultes du flux cristallin qui naviguait sous son regard évasif. Même avec toute la volonté de l'univers, nul n'aurait été en mesure de comprendre son émoi. On pouvait prétendre compatir, la réalité était plus écrasante que les bons sentiments. Mais même après cette confession, son naturel revint au galop, aussi une nouvelle risette apparut alors qu'elle se tourna vers Dreann.

    « Puis, tu ne trouves pas cela amusant de pouvoir faire ce que l'on veut, comme on le veut, sans personne pour nous dire de ne pas faire ceci ou cela, comme-ci ou ainsi ? » Elle se redressa et avança vers lui. « Moi ça me rendrait morose, de ne pas pouvoir faire... Ca par exemple. »

    Jouant une fois de plus sur l'effet de surprise, elle posa ses mains sur le poitrail du chevalier et le déséquilibra de manière à ce qu'il chute dans le ruisseau. Fesses à l'eau, la scène sembla autant amuser la jeune femme que les chevaux qui ne retinrent pas quelques hennissements. Cela lui rappela quelques souvenirs d'enfance, lorsqu'elle s'amusait également à le pousser dans la fange pour lui tâcher ses beaux habits, sans gêne pour ensuite le rejoindre et maculer ses robes de soie. Une fois n'est pas coutume, il ne fallut que peu de temps à Izhelindë pour rester fidèle à elle-même et sauter à pieds joints dans la rigole, suffisamment prés pour pouvoir en plus éclabousser le pauvre soldat qui, décidément, en prenait pour son grade. Prise d'une hilarité sans fin, les jeux les plus enfantins restaient les meilleurs, ceux durant lesquels le naturel ressortait à moins d'une mauvaise volonté. Telle une fillette en proie à l'espièglerie, elle ne se priva pas de l'arroser en lui tournant autour pour ne rien gâcher à l'amusement, car elle comptait bien pouvoir le faire rire aux éclats et abandonner sa retenue habituelle.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Dim 05 Fév 2012, 12:51

Dreann afficha un air contraint. Apparemment, il ne parviendrait pas à obtenir d'elle qu'elle soit raisonnable. Tant pis, l'un d'eux finirait sans doute par en payer les conséquences. Qui, sait, d'ailleurs, s'ils ne seraient pas tout les deux perdants. En attendant, le chevalier préféra imiter sa protégée, se contentant de ne rien dire par pure diplomatie. Il ne tenait pas à la fâcher alors qu'il n'avait aucun moyen de la retenir, perdus qu'ils étaient à la fois si près et si loin de Cathairfal. À vrai dire, il ne tenait pas franchement à la voir s'enfoncer plus loin encore dans la campagne qui entourait la cité royale, aussi valait-il mieux ne pas la brusquer pour l'instant. Fort heureusement pour lui, elle accepta de le suivre jusqu'au ruisseau près duquel il avait bon espoir qu'elle consente à rester un peu, plutôt que de reprendre sa cavalcade. Dreann fut surpris par la réponse qu'il reçut d'Izhelindë, qui sembla ne pas être gênée par la question que lui-même avait jugé inappropriée. Agréablement surpris, d'ailleurs. En effet, il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui donne une telle justification et il s'en trouva bête ... Après tout, les quelques fois où on l'avait entretenu de la Princesse Izhelindë n'avait pas beaucoup contribué à ce qu'il se fasse une très bonne image de l'adulte qu'elle était devenue, ou plutôt de l'enfant qu'elle était prétendument restée. Bien sûr, Dreann n'avait pas pour habitude de prêter attention à la parole souvent malveillante des gens de la cour. Pourtant, il ne pouvait prétendre être capable de s'en dissocier complètement. Pouvait-on l'en blâmer ? Difficile à dire. Dreann ne répondit rien à la tirade de la belle: il eut été superflu d'acquiescer et il n'avait rien à objecter. Il se contentait d'un large sourire, sincèrement heureux d'entrevoir la Reine qui se cachait sous les traits de la princesse parfois irresponsable qu'Izhelindë arborait alors. Arsenios n'avait peut-être pas tellement d'inquiétude à se faire, finalement.

Si elle ne fut pas perturbée par la question du chevalier, ce dernier eut du mal à ne pas cacher sa gêne quand elle lui demanda s'il ne trouvait pas plus agréable d'être tout à fait libre, comme elle se revendiquait de l'être. Comment aurait-il pu lui répondre ? Il n'avait aucune idée de ce qu'était être libre de toute contrainte, il le savait pertinemment. Pourtant, il en revenait toujours au même: il avait fait ce choix et il ne le regrettait pas. Il s'était résigné depuis longtemps à se priver de ce que Izhelindë, elle, n'avait pu consentir à abandonner. Il ne l'en blâmait pas, au final, car il avait compris qu'en faisant cela aujourd'hui, elle n'en ressentirait pas le besoin plus tard, à l'inverse de ces rois qui, lassés par une vie tout entièrement tournée vers leur règne, s'étaient finalement lassés et n'étaient plus connus aujourd'hui que pour leurs frasques fantaisistes dont le Royaume n'était pas toujours sorti grandi. Au grand soulagement du chevalier, Izhelindë n'attendit pas de réponse de sa part, son sourire mutin trahissant son nouvel accès d'espièglerie. Dreann n'eut cependant pas le temps de comprendre ce qu'il se passait que, déjà, il se retrouvait les fesses dans l'eau du petit courant qui serpentait à leurs pieds. Un peu décontenancé par la situation, le blasonné ne sut comment réagir d'abord. À vrai dire, tout cela n'était pas sans lui rappeler leur enfance durant laquelle Izhelindë s'était bien souvent amusé à lui faire subir de tels enfantillages. À l'époque, il n'avait jamais jugé bon de riposter, mettant tout son zèle à s'élever au-dessus de ce comportement puéril. Aujourd'hui, c'était différent. Agrippant la main d'Izhelindë qui tournait en rond autour de lui, il l'attira vers lui juste avec assez de force pour qu'elle atterrisse de tout son long dans le ruisseau, à moitié allongé sur les jambes du chevalier qui n'avait trouvé de meilleur moyen pour se venger sans attendre. Il pencha la tête sur elle, un large sourire se dessinant sur son visage:

« - Ma Dame, tout ça est très inconvenant. » dit-il, étouffant son envie de rire du mieux qu'il le put.

Qu'est-ce qui l'avait poussé à agir comme ça, lui qui s'était pourtant décidé à ne pas rentrer dans les jeux d'Izhelindë, de peur de s'y enfermer et de risquer qu'elle ne prenne pas son rôle de protecteur au sérieux ? Lui-même n'en était pas certain, pourtant il n'ignorait pas que, sans le savoir peut-être, elle lui offrait quelque chose qui à cet instant lui parut plus important que toute autre chose: elle lui offrait de la légèreté. C'était aussi simple que cela. Depuis longtemps maintenant, Dreann était comme asphyxié par ce manque, si bien qu'Izhelindë lui apparaissait comme une bulle d'air qu'il n'avait qu'à suivre aussi naturellement qu'il eut respiré de l'oxygène afin de reprendre un peu de couleurs. Bien sûr, cette vision des choses ne s'accordait pas le moins du monde avec la conduite stricte qu'il se devait d'avoir par ailleurs, pourtant, de la même manière qu'il est un impossible retenir sa respiration jusqu'à s'en laisser mourir, il n'avait pas été capable de résister plus longtemps. Qu'importe ? Son regard plongé dans celui d'Izhelindë suffisait à le rendre confiant. À ce moment, il espérait seulement que sa protégée ne trahisse pas l'effort immense qu'il avait fait pour lâcher prise.

« - Ça m'a manqué. Tu m'as manqué. » dit-il presque à voix basse, en réponse à la question qu'elle lui avait posée lorsqu'ils s'étaient retrouvés, un peu plus tôt.

Peu à l'aise suite à cette dernière confidence qu'il avait néanmoins jugé nécessaire, Dreann arracha son regard au bleu des yeux d'Izhelindë, s'empressant de se relever. Il était préférable de ne pas trop en dire, de ne pas trop en faire, malgré tout. Scrutant le soleil, il conclut que le palais commençait à se réveiller. Si quelqu'un venait à apprendre au Roi que la Princesse avait encore disparu et en plus en compagnie de son gardien, qui sait ce qu'ils risquaient tous les deux ? Après tout, malgré qu'elle ne soit pas encore appelée à gouverner, Izhelindë n'était pas libre de toutes contraintes. Se retournant vers la belle, le chevalier tendit sa main afin de l'aider à se relever, avant de lui dire:

« - Où est-ce que vous êtes attendu, aujourd'hui ? Il faut que nous rentrions. Et que vous vous séchiez. Il vaut mieux que personne n'en vienne à se demander comment une Princesse qui n'a pas quitté les écuries est parvenue à finir trempée ainsi. » dit-il, revenant à son sérieux aussi brutalement qu'il l'avait abandonné quelques minutes auparavant.

Il s'était même remis à la vouvoyer. Quelque part, même s'il ne niait pas que cela lui avait été plus qu'agréable, le blasonné s'en voulait de s'être laissé emporté par la folie d'Izhelindë. Il ne parvenait pas à se l'excuser, si bien que faire comme s'il ne s'était rien passé ou presque lui paraissait être une solution plus efficace.

« - Nous devrions rentrer, maintenant. »

Il se dirigea vers sa monture, prêt à grimper dessus. Il se retourna vers sa protégée, espérant de tout cœur qu'elle lui facilite les choses.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Lun 06 Fév 2012, 19:17

    Le voir tant désabusé valait tout l'or du monde, Izhelindë doutait que cette illustration ne quitte un jour son esprit alors qu'elle poursuivait sa brimade. Il pourrait bien la maudire, elle se gausserait aussi longtemps qu'ils se fréquenteraient et sans aucun regret. Mais si elle n'était pas peu fière d'avoir ébranlé la contenance de l'égide en question, elle se fourvoya quant à sa réaction qu'elle avait soupçonné grondante. A son tour, elle ne vit pas la menace arriver et empoigner sa main pour y exercer une pression à laquelle elle ne put résister. Ahurie, la belle était à plat ventre à moitié submergée et à demi retenue par les jambes du chevalier. Son regard se posa sur le faciès de celui-ci qui, à son tour, semblait se gouailler de son offensive qui avait eu raison de son antagoniste. Agréablement surprise, le rire cristallin de la princesse s'éleva à nouveau alors qu'elle se mettait à genoux pour le libérer de son poids, vraisemblablement conquise par cette réplique inespérée. Le voir sourire avec tant d'authenticité fut une victoire de plus et les prémisses d'un espoir, celui de l'aider à passer outre ses responsabilités pour ne pas s'oublier. Le dévouement était un idéal des plus nobles, mais également des plus fourbes puisqu'il pouvait amener à une agonie latente dont le dénouement n'était que trop souvent fatal. Donner et recevoir, un équilibre de vie que beaucoup omettaient et dont il était ardu de trouver le juste milieu. Même les meilleurs sentiments, poussés à leur paroxysme, pouvaient être néfastes et sources de désastres. La dévotion et la rétorsion pour Dreann, deux notions qui le consumaient en un petit feu goulafre. Le roi avait su être sagace de lui refuser la chasse aux sorcières, peut-être l'avait-il même sauvé, ne serait-ce que pour quelques temps.

    L'hilarité partagée tiraille quelque peu la meurtrissure de la dryade qui, malgré cela, expira un soupir de contentement en soutenant amicalement le regard du jeune homme. Frasque casuelle, il confessa son sentiment avec une familiarité et une sincérité qui la foudroyèrent sur place. Ebaubie par cette tendre confidence, elle ne sut que faire ni même retenir de légers érythèmes sur ses pommettes d'albâtre, preuves concrètes qu'il venait de la toucher à même le coeur. Ce n'était pas chose aisée que de la désarçonner, mais il semblait que le Blasonné excellait en la matière sans même en avoir conscience. Après quelques instants d'inertie, elle lui adressa une simple risette qui suffit à lui témoigner sa gratitude pour cette réplique, ce qui l'embarrassa d'avantage et le fit fuir comme il le put. Amusée de le voir ainsi, Izhi le suivit dans son élan lorsqu'il lui tendit la main, examinant par la même occasion l'état de ses habits qu'elle décolla de son épiderme avant de rejoindre la terre ferme d'un grand pas. Mais comme toute belle chimère qui prend irrémédiablement fin, il fut rattrapé par ses marottes bienséantes et la considéra comme une princesse sur laquelle veiller plutôt qu'à une complice avec laquelle il venait de patauger dans l'eau. Les plus illustres utopies étaient les plus courtes, et même si elle ne démontra guère son soudain désenchantement, la nitescence aux abysses de ses prunelles s'estompa. Elle le regarda s'approcher de sa monture avec l'intention de mettre un terme à leur conciliabule, ceci avec toute la déontologie de l'univers. Ses propres calots furetèrent un bref instant le sol verdoyant, puis elle réprima un souffle résigné, qui à défaut d'être agréable fit preuve de sa docilité.


    « Bien, bien... » Elle se détourna de lui. « Si cela peut te lénifier... »

    A son tour elle rejoignit son étalon qui patientait paisiblement et auquel elle accorda une furtive caresse. Il pourrait bien se stupéfier de sa douceur bien que quelque peu âcre et qui suggérait qu'elle ne lui apporterait pas autant d'affres qu'il ne l'aurait pensé. Lasse, il fallait le dire, de se quereller pour sa liberté d'agir, elle jugea pour cette fois judicieux de ne pas faire d'opposition musclée ou non. De plus, elle ne désirait pas qu'il subisse le désagrément paternel pour un caprice aussi futile que celui-ci, car elle savait à quel point son père prenait les choses au sérieux lorsqu'il s'agissait de son héritière. La nymphe grimpa sur son destrier et reprit lentement le chemin du retour en compagnie du soldat, marche durant laquelle elle fut plus occupée à admirer le paysage qu'à entamer la conversation. Elle n'avait donné aucune suite concernant l'interrogation de Dreann sur son programme journalier, et pour cause, sa mère l'avait sommée d'être présente à l'arrivée du médecin qui suivait assidument l'évolution de sa meurtrissure. Le pansement qui ornait ses hanches s'était actuellement imbibé d'eau, ce qui lui vaudrait certainement une innocente remontrance médicale lorsqu'il faudrait le changer. Mais en réalité, elle craignait que le praticien donne d'astreignantes indications à son chaperon, celles de la contraindre au repos pour mieux entamer sa convalescence, ce qu'il ferait certainement. Elle n'avait guère l'envie d'être alitée et de se faire faire la lecture comme seul délassement, il fallait donc empêcher cette rencontre d'avoir lieu avant la fin de la journée... Et espérer que le médecin n'essaie point de lui courir après en hurlant à la médication.

    Elle osa lorgner le jeune homme en se pensant discrète. Dès lors qu'il voulut en faire de même, elle se détourna promptement et feignit l'observation environnementale bien qu'elle savait pertinemment qu'il l'avait vue. Sage jusqu'à présent, la tentation eut le malheur de se présenter à elle alors qu'ils parvenaient au plus proches des écuries. Sur leur chemin, une trinité de nobles laissaient paitre leurs chevaux et semblaient spéculer sur de grands sujets politiques. Ces trois seigneurs fort bien connus dans la Cour, Izhelindë les connaissait pour avoir ouïe nombre de commentaires houleux sur ses incartades de leur part, ils eurent même tenté de l'assommer à coup de monologues aussi bien didactiques que moralistes. S'ils voulaient médire, elle s'en allait leur donner matière à le faire dans la plus brute inconvenance. Ce qu'elle s'apprêtait à faire déplairait au plus haut point à Dreann, le sourire sournois qu'elle lui adressa trahissait d'ailleurs ses intentions, mais il était déjà trop tard pour espérer pallier à l'inévitable.


    « On fait la course jusqu'aux écuries ? »

    Le prétexte lancé, elle mit sa monture au triple galop sans même attendre de réponse et son plan en route par la même occasion. Les hommes qui l'aperçurent ainsi vêtue et dans une position réservée à la gente masculine allèrent de leurs discrets commentaires face à ces provocations. Si occupés à diffamer qu'ils n'eurent pas la présence d'esprit d'anticiper l'évidence, la princesse fit passer sa monture à seulement quelques pas d'eux, à l'endroit même où gisait une abondance de fange avec laquelle elle macula ces pauvres nobles. L'étonnement fit place à l'indignation alors qu'ils suivirent du regard la responsable qui avait d'ailleurs devancé le chevalier. Ce dernier eut le droit à quelques oeillades révoltées, l'incident risquait de trouver écho jusqu'au souverain qui finirait par se faire des cheveux blancs avant l'âge. Izhelindë s'engouffra vélocement à l'intérieur même des écuries dans lesquelles elle disparut, particulièrement ravie de sa prestation dont elle riait encore. Lorsque Dreann arriva à son tour, elle retirait déjà les brides de son étalon avec une risette éloquente, mais fit comme si rien ne s'était jamais passé.

    « Que faisons-nous à présent ? Si tu es contraint de passer cette journée en ma compagnie, il va nous falloir une occupation qui nous siéra à tout deux. »

    Détourner la conversation ne la sauverait certainement pas, bien qu'elle viendrait à démentir la nature volontaire de cet incident quasi diplomatique. Après mûre réflexion, ce jour s'annonçait peut-être long et sinueux pour ce pauvre chevalier.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mar 07 Fév 2012, 15:23

Izhelindë fut étonnamment conciliante. Pourquoi ? Dreann ne se risqua pas en conjectures hasardeuses. Peut-être n'était-elle pas si terrible que ce que les murmures qui peuplaient le palais voulaient bien le faire croire. Ou peut-être cherchait-elle à le ménager, qui sait ? Le jeune homme ne se tortura pas et déjà la princesse avait fait de sa résignation un nouveau jeu, entreprenant de rejoindre les écuries le plus vite possible. Dreann la suivit comme il put, assistant dépité à « l'incident » dont quelques courtisans furent victimes, les couleurs chatoyantes de leurs livrées maintenant recouvertes de fange. Quand le chevalier passa à son tour devant, ils lui adressèrent des regards presque accusateurs, l'un d'eux s'apprêtant même à prendre la parole jusqu'à ce qu'il ne croise les yeux du chevalier dans lesquels il était aisé de comprendre qu'il valait mieux faire preuve de prudence aussi bien que de tolérance. En effet, Dreann ne tolérerait pas que de mauvaises choses viennent aux oreilles du Roi et, s'il ne pouvait contrôler comme il le voulait Izhelindë, il devrait être en mesure de limiter les dégâts, et cela passait par éviter que des courtisans n'aillent ramper jusqu'aux oreilles du Roi ou de ses proches afin d'y siffler leurs ragots pestiférés. Continuant sa route jusqu'aux écuries, le jeune homme y retrouva sa protégée qui sembla faire comme s'il ne s'était rien passé. Bien sûr, Dreann ne pouvait croire que cela fut accidentel. Il afficha un sourire alors qu'il écoutait Izhelindë qui s'évertuait à détourner la conversation avant même qu'il ne pût dire quoi que ce soit, comme si elle s'attendait à ce qu'il la gronde comme un adulte l'aurait fait pour un enfant qui aurait dépassé les limites. Il tint à mettre les choses au clair:

« - Écoutez, je ne vous dirais pas à quel point c'était malavisé ou que sais-je ... D'abord, je suis certain que vous le savez et puis, pour être honnête, je suis d'avis qu'ils passent assez de temps à vous couvrir de boue pour en être recouverts à leur tour. » dit-il, ayant une vague idée de quelle catégorie de courtisans ceux-là faisaient partie, et ce n'était pas la plus respectable. « - Néanmoins, vous devriez être prudente. Vous êtes appelé à régner sur l'ensemble du peuple, et donc de la fange qui le compose. » dit-il, désabusé par son propre constat.

À vrai dire, il lui avait été difficile d'accepter cela, que des gens de bonnes naissances comme lui ne puissent pas être à la hauteur de leurs titres, pas à la manière d'Izhelindë qui, bien qu'elle n'avait que peu de respect pour le protocole, n'allait pas pour autant à l'encontre des valeurs que se doit de représenter, selon Dreann et son idéalisme, la noblesse. Non, eux étaient encore différents. Ils se contentaient de vivre au Palais, à s'instruire, certes, mais pour ne jamais faire usage de leur savoir autrement qu'en tant que signe ostentatoire, au même titre qu'un bijou ou qu'un beau vêtement. Enfermé dans leur ennuie, leur vie dénuée de buts assez nobles pour être guidé par quelques ambition ou désir que ce soit, ils se contentaient de s'abaisser aux commérages, à la politique de bas étage et aux coups bas. Pourtant, malgré l'aversion que le chevalier a longtemps eu pour ces gens, on lui avait très vite fait comprendre qu'il n'était pas forcément de bon ton de le faire savoir, car, privés d'autres intérêts, ils n'avaient que faire de passer leur temps à vous nuire, de quelque manière que ce soit. Cela était encore plus vrai dans le cas d'Izhelindë qui serait, tôt ou tard, appelée à régner seule, certes, mais avec le concours de tous les Blasonnés, y compris ceux-là.

« - Je ne sais pas. À vrai dire, je suis censé vous accompagner là où vos obligations vous mènent. » dit-il, prêt à insister pour connaître l'emploi du temps de la jeune femme. « - Cela dit, j'imagine que ... que vous avez toute la journée devant vous, pas vrai ? » demanda-t-il, déconcentré.

L'attention de Dreann s'était détournée vers un homme qui arrivait vers les écuries. En fait, c'était un visage familier pour le chevalier, un soldat qu'il avait sous ses ordres en temps normal. Lui faisant signe d'approcher, ce dernier vint à leur rencontre, adressant un coup d’œil furtif Izhelindë qu'il ne reconnut sans doute pas, elle qui était ainsi habillée à la manière d'une fille d'écurie. Puis se tournant vers Dreann, il lui adressa un salut typiquement militaire. Les deux hommes discutèrent, le chevalier se renseignant sur la nuit qui venait de s'écouler. Apparemment, cela avait été particulièrement éprouvant, avec de nombreuses pertes ainsi qu'un grand nombre de blessés, dont le second de Dreann qui le remplaçait au commandement depuis qu'il avait été plus ou moins écarté du champ de bataille. C'était une très mauvaise nouvelle, car cela nuisait grandement à la réorganisation des hommes et le chevalier doutait qu'une solution soit trouvée avant la nuit suivante. Autorisant le soldat qui était venu quérir de l'aide pour un cheval blessé à disposer, Dreann se retourna vers Izhelindë, l'air grave. Manifestement, on avait besoin de lui, pourtant il n'avait pas la permission d'emmener la princesse sur les remparts, la zone étant strictement interdite à quiconque n'était pas affiliée d'une manière ou d'une autre à l'armée royale. Gardant le silence, le jeune homme sembla en proie à une grande hésitation. Au bout d'un moment, il reprit:

« - Je dois me rendre sur les remparts. Ce ne sera pas long. » dit-il, encore peu sûr qu'il faisait la bonne décision. « - Normalement, vous n'êtes pas autorisé à y entrer. D'un autre côté, je ne peux pas vous laisser seule ... » Il sourit en reprenant: « - C'est pour ça que vous allez m'accompagner. »

Oui, il outrepassait clairement ses nouvelles assignations. Pourtant, il avait le sentiment de n'avoir aucun autre choix, ainsi coincé entre son rôle de protecteur et celui de chef. Et puis, après tout, qui reconnaîtrait Izhelindë ? Pas le soldat qu'ils venaient de croiser, en tout cas, et il en serait de même pour la grande majorité de ceux qui étaient sur les remparts: du fait du nombre important de pertes depuis le début des attaques il y a plusieurs années, les troupes étaient maintenant presque exclusivement constitué d'Indigents attirés quelques fois par patriotismes, plus souvent par la promesse d'un salaire assuré. Ainsi, la présence de Blasonnés sur le champ de bataille se limitait à quelques grades honorifiques et aux postes de commandants, comme celui qu'occupait Dreann. Sans attendre de réponse de la belle dont il était certain d'obtenir l'accord tant il était clair qu'une telle opportunité ne se représenterait pas elle de si tôt, le chevalier se mit en route. Quinze minutes plus tard, ils accédèrent sans problème aux remparts, le grade du jeune homme suffisant à éviter toutes questions au sujet de la présence d'Izhelindë qui passait donc pour tout sauf la princesse héritière du Royaume.

« - Faites-vous discrète. À cette heure, il n'y a plus aucun danger, néanmoins personne n'est autorisé à monter ici s'il ne fait pas partie de l'armée. Personne ne vous reconnaîtra, mais ne pousser pas trop votre chance. » dit Dreann à Izhelindë en guise d'avertissement.

Ils avancèrent le long des remparts et devant s'étalaient un spectacle de désolation. Les combats avaient cessé depuis quelques heures déjà, aussi Dreann savait qu'en emmenant la jeune femme ici elle ne risquait pas de croiser de soldats trop gravement blessés, ni même de cadavres dont la vue pourrait la choquer. Pourtant, cela n'empêchait pas aux survivants et aux blessés légers d'avoir l'air plus misérable les uns que les autres. Certains, comme tous les matins, avaient craqué et pleuraient presque silencieusement, brisés qu'ils étaient par un énième affrontement qu'ils n'avaient gagné qu'au prix de pertes particulièrement lourdes. D'autres continuaient de sombrer peu à peu, leur tour viendrait à coup sûr, mais pas aujourd'hui. Puis, il y avait ceux qui priaient Eydis, la remerciant de leur avoir accordé sa bénédiction pour une journée supplémentaire. Ils étaient ceux qui avaient encore le plus d'espoir.

« - Vous vouliez voir de quels dangers est peuplé Lanriel ? » lâcha Dreann à voix basse. « - Je pense que cela vous en donnera une bonne idée. »

Il n'y avait aucun reproche dans ses propos, évidemment. Cela sonnait comme une triste constatation: ces remparts qui encerclent Cathairfal sont l'endroit le plus dangereux de Lanriel une fois la nuit tombée. Bientôt, ils arrivèrent dans une nouvelle partie des remparts, celle qui était sous le commandement de Dreann: au cas où la bataille en bas tournait mal, c'était cet endroit qu'il devait tenir à tout prix. Au petit matin, c'était aussi l'endroit où devaient se retrouver ses hommes. Ces derniers d'ailleurs s'empressèrent de saluer le chevalier, qui lui s'empressa de distribuer les ordres sans même sembler y réfléchir, comme si c'eut été la plus naturelle des choses pour lui. Il écouta plusieurs rapports et nomma un remplaçant à son second qui ne serait plus en état de combattre avant plusieurs semaines. Une fois ses besognes accomplies, il s'écarta du groupe de soldats, entraînant Izhelindë avec lui et se rapprochant du bord des murs de pierres dont la hauteur suffisait à donner le vertige. Le vent soufflait fort et transportait une odeur désagréable, mélange d'effluves venant du champ de bataille. Au bas des remparts, on voyait encore nombre de cadavres qui l'on avait pas eu le temps de rentrer, petits points sombres tachetant la prairie verdoyante qui semblait avoir retrouvé son calme.

« - Je suis désolé de vous avoir entraîné ici. Ce n'était surement pas une bonne idée, mais ... » Il soupira. « - Ces hommes que vous voyez ici sur ces murailles, et ceux qui sont morts en bas. Ils font ça pour vous, quelque part, vous savez ? Pour vous et tous ceux qui vivent à l'intérieur de ces remparts. Malgré ça, j'ai parfois l'impression que ces combats sont considérés comme lointains, secondaires. On organise des tournois pour Sa Majesté, ce qui est très bien, mais on y valorise les talents guerriers comme si c'était un jeu. Vu du haut, cela n'a pas l'air si amusant, n'est-ce pas ? » dit-il en plongeant ses yeux dans ceux d'Izhelindë.« - Profitez de la vue, vous n'aurez pas l'occasion de revoir ça souvent. »

Il avait toujours les yeux dans les siens. Qui sait quelles étaient les intentions de Dreann ? Peut-être cherchait-il à lui faire voir un aspect du Royaume qui n'était que trop ignoré par nombre de gens, qu'ils soient de la cour ou du peuple, et dont on cherchait à la tenir écarté peut-être. En tout cas, il était sincère: dans son discours on entendait à quel point il détestait la guerre et, dans ses yeux, on lisait combien celle-ci l'avait épuisé au fil des ans. Il se reprit, souriant timidement à la princesse, avant de continuer:

« - Bien, j'ai fait ce que j'avais à faire. »

Il était décidé à suivre Izhelindë, espérant qu'elle cesse de fuir ses obligations, car il n'avait aucun moyen de la ramener à elles si elle ne coopérait pas.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mer 08 Fév 2012, 12:17

    Badine et légère, Izhelindë profitait encore de ce genre de galéjades tant qu'elle n'était pas contrainte de faire de ces patriciens emphatiques les racines de ses accointances politiques. Elle les laissait volontiers songer qu'elle était inapte à assumer ses legs, qu'elle ne pourrait jamais endosser ce pour quoi elle naquit vingt-trois années auparavant. Même Dreann aussi attractif eut-il été n'aurait pu prétendre ébranler cette certitude, c'était bel et bien cette assurance autodidacte qui lui permettait d'agir avec lui comme elle l'aurait fait avec n'importe quel sujet du royaume. Le sermon – toute somme légitimement infligé – n'eut néanmoins pas lieu, ce fut même un chevalier placide qui la rejoignit, enclin aux tirades aussi perspicaces qu'incongrues qui ne manquèrent pas d'égayer son interlocutrice. Un ricanement spontané outrepassa la barricade de ses lèvres qu'elle pinça comme pour se retenir, si on la houspillait avec autant de répartie, peut-être serait-elle plus à même de retenir la leçon. Il avait entièrement raison bien qu'elle se répugnait à l'admettre – et qu'elle ne le faisait d'ailleurs pas – mais aussi prépondérants pouvaient être ces nobles, les indigents avaient également leur préciosité. Cependant, ils n'eurent guère l'opportunité de spéculer sur le sujet puisqu'une tiers personne arriva pour s'entretenir avec son protecteur. Compréhensive, elle les laissa converser à leur guise, cajolant sa monture en vérifiant qu'elle ait de quoi combler sa faim. Ce ne fut qu'au faciès nébuleux de son ami qu'elle comprit que l'échange n'avait pas été des plus réjouissant, elle le questionna silencieusement du regard dans l'espoir qu'il partage son fardeau, ce qu'il finit par faire de manière plus ou moins explicite.

    Tel un bambin à qui l'on offrait une friandise, la dryade ne put réprimer son contentement alors qu'elle avait la possibilité de se rendre sur les remparts. Elle n'y était jamais allée, trop jeune à l'époque où elle sollicita l'autorisation de son père et demande qu'elle ne reformula pas par la suite, puisqu'elle trouvait son bonheur lors de ses pérégrinations. Ce fut donc avec une joie – et une discipline pour la peine – non dissimulée qu'elle demeura sur ses talons, discrète et fureteuse, aussi curieuse qu'impatiente d'admirer son acolyte au coeur même de sa condition de soldat. La fragrance de terre battue et d'hémoglobine coagulée s'abattit sur son sens olfactif dès lors qu'ils approchèrent des lieux, comme les prémisses funèbres d'une cantate sans conteur pour la réciter. Le voile ordinairement folâtre sur la physionomie de la jeune femme se substitua à une obscure angoisse, plus rien en elle ne témoignait d'une hypothétique ingénuité. Le coeur martelant à sa poitrine, elle s'embourba dans l'abomination de la guerre sous son sens le plus pernicieux. Les larmoiements aphones et les patenôtres affligées furent telle une ondée de flèches empalant son être, des plaies que l'on salait d'amertume. Ce ne fut pas tant la présence de morts et de désolation qui la harponna, ses nombreux voyages avaient été sources de bien d'autres malheurs dont elle tairait l'existence, c'était bien pire que cela. Elle sembla absente, éloignée – même égarée – tout au long de cette flânerie macabre, contemplative de la réalité, celle-même qui s'était toujours déroulée à quelques mètres d'elle. La confession de Dreann fut une meurtrissure de plus en sa chair - c'était donc cela qui l'émouvait tant... La dévotion destructrice des plus acharnés, l'indicible et ultime offrande d'un homme à sa piété la plus immaculée. La vie.

    La nymphe le guettait, peut-être que trop pris par l'authenticité de son discours et la perte de ses frères, il n'avait guère remarqué l'émoi qui s'était emparé d'elle. Ses prunelles aqueuses se posèrent sur le paysage, ce fut comme si une perle lacrymale menaçait de s'égarer sur ses pommettes à tout instant. Incapable de camoufler son émotion, elle se contraignit néanmoins à préserver le peu de contenance qui lui restait encore, poussée par une pudicité royale. Affable et chauvine – tout comme l'était son père – il lui était inconcevable de demeurer de marbre face à tant de sacrifices. Elle se permettait paradoxalement la plus abrupte familiarité, mais jamais, ô grand jamais, ne céderait aux pleurs au risque que cela soit interprété comme une faiblesse. Ineffable sensation, elle fut comme étreinte par sa condition d'héritière.

    Elle prit une grande inspiration, puis s'en alla sans mot dire, le regard figé au loin. Elle ne prit pas même la peine d'informer son chaperon de leur destination, mais elle s'y rendait d'un pas assuré. Ils traversèrent une partie du somptueux domaine sans qu'elle ne s'extirpe de son mutisme, jusqu'à ce qu'ils parviennent aux appartements de la royauté farouchement gardés. La belle pénétra dans sa chambre en veillant à promptement clôturer l'huis après son passage, empêchant ainsi le blasonné de l'y suivre. Devait-il se préparer à son courroux ? Avait-il outrepassé les lisières de l'acceptable ? Tout semblait l'indiquer, même les sentinelles à proximité s'interrogeaient mutuellement du regard et redoutaient l'une de ces colères tonitruantes dont était capable la demoiselle. L'épaisseur de la porte ne laissait rien deviner des activités de la résidente, qui ne répondait pas non plus aux éventuelles sollicitations. Elle ne réapparut que de longues minutes plus tard, vêtue d'une robe aux alliances parmes et lactescentes qui épousait ses cambrures féminines. Sa chevelure habilement torsadée était coiffée de l'une de ses tiares princières, car c'est ce qu'elle désirait présentement être : la princesse de Lanriel. Elle s'immobilisa un instant aux abords de Dreann, ses yeux dans les siens, avec autant de résolution que de complicité.


    « Allons-y. »

    Déclara t-elle avec une irréfutable conviction, bien qu'à nouveau, elle ne lui ploya guère plus de détails sur ses intentions. Izhelindë se rendit auprès de ses nombreuses servantes attitrées et dont elle exigeait rarement la présence, leur demandant de se munir de nourriture, de médication et de leur foi. Puis, tel un cortège impromptu, tous rejoignirent les remparts que le binôme avait quitté quelques temps auparavant. Elle ignorait si le chevalier approuverait son comportement, elle n'était pas même sûre d'agir de façon fructueuse et intelligente, mais elle en ressentait le besoin. Son arrivée souleva ébahissement et incompréhension de la part des soldats endeuillés, qui ne se firent pas moins rigoureusement respectueux du protocole face à une figure royale. Instaurant un climat d'apaisement et de commisération, la jeune femme s'essaya à quelques répliques réconfortantes qui, bien que futiles dans la forme, s'avéraient sincères. Telle une stratège, elle distribua des commandements à ses domestiques qui se dispersèrent parmi les membres de l'armée, apportant leur aide à ceux qui en avait besoin, offrant denrées alimentaires et soins, mais surtout une chaleur humaine. Les hommes épargnés purent confier leurs homologues sans crainte et s'enivrer d'un repos mérité, alors que l'héritière entama sa prospection. Elle prit le temps d'échanger ne serait-ce qu'un doublet de tirades avec les guerriers qu'elle croisait, qu'un sourire ou une salutation. Elle insista pour se rendre auprès des blessés graves – ou les condamnés à ne pas s'en rétablir – n'hésitant pas à tenir la main des miséreux dans l'espoir de les lénifier un tant soit peu. Les lamentations éprouvées d'un soldat estropié attirèrent son attention, la princesse osa se substituer à la servante qui nettoyait ses plaies, intérieurement tiraillée par tant d'affliction. Alors qu'elle décrassait la chair lacérée du pauvre homme, celui-ci sembla tout aussi honoré qu'ému à travers la douleur.

    « N'ayez crainte Sir Dreann, je prends la responsabilité de ma venue sur ces remparts. Je veillerai à ce que la faute ne vous incombe pas si le roi en a vent. »

    Cette fois, le chevalier pouvait admirer sa protégée sous son apparence la plus mâture et avisée, comportement dont elle n'avait pas fait preuve depuis bien longtemps maintenant. Pour autant, elle n'en omettait pas sa véritable nature, ni même les véritables liens qu'elle pouvait entretenir. Aussi, envers et contre tout, la demoiselle redressa ses prunelles vers le jeune homme, à qui elle adressa une mince risette, emprunte de fierté et de gentillesse. Lorsqu'ils seraient à nouveau tout les deux, il redeviendrait son ami, son martyr d'antan, mais elle voulut lui prouver qu'elle pouvait également agir telle une dame de son rang, et assumer. Elle ignorait si son père considérerait cela comme un acte irréfléchi ou un voeu enfin exaucé, après tout, la royauté semblait être d'une complexité éthique qu'elle ne parvenait pas toujours à comprendre. La sympathie était parfois traduite en irrationalité, elle commençait seulement à effleurer son sujet, mais croyait en ses moeurs. Elle n'était pas convaincue que soigner elle-même les entailles d'un indigent soit une conduite appréciée de tous les seigneurs de la Cour, mais même lorsqu'elle endossait volontairement son titre, le protocole ne faisait que seconder l'humanité. Elle se redressa d'ailleurs et prit le temps d'observer la vaste pièce, dans laquelle des êtres périraient bientôt. Etrangement, les regards se posèrent alors sur elle comme dans l'attente d'un phénomène.

    « … Adressons une prière à Eydis, notre bienfaitrice. »


    Alliant le geste à la parole, Izhelindë posa un genou au sol, aussitôt imitée par les domestiques et soldats encore aptes à le faire. S'entama une supplique collective, durant laquelle les âmes des condamnés seraient recommandées à la déesse mère.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mer 08 Fév 2012, 20:43

Izhelindë quitta les remparts en silence, Dreann la suivit sans rien dire lui non plus. L'atmosphère était lourde, il s'inquiétait de ne plus voir son sourire pourtant si souvent présent d'habitude. Avait-il bien fait ? Si son but était de la sensibiliser à ce qu'il se passait sur ces murailles, cela n'impliquait pas de la traumatiser. Peut-être n'était-elle pas prête. Il s'en voulut. Était-il si bête qu'il avait pu croire que la vue de corps inanimés et de blessés gémissants ait pu ne pas affecter la jeune femme ? Il craignait qu'elle lui en veuille, le prenne pour quelqu'un d'insensible. Il continuait de la suivre en silence, n'osant pas interrompre le pas déterminé d'Izhelindë. Bientôt, ils pénétrèrent dans le palais et, sous le regard médusé des courtisans et serviteurs qu'ils croisèrent sur leurs passages, ils rallièrent la chambre de la princesse. Enfin, elle oui. Le chevalier, lui, resta à la porte, n'essayant d'ailleurs pas de la suivre puisque c'était l'un des rares endroits où elle avait l'autorisation de rester sans surveillance. Patientant un peu, il crut qu'il ne la reverrait pas pendant longtemps, aussi partageait-il le calvaire silencieux des deux gardes en faction devant les appartements de la princesse. Les minutes passèrent et, d'un coup, le bruit de la porte qui s'ouvrait à nouveau vint perturbé le silence inquiet qui régnait dans le corridor. Dreann écarquilla les yeux à la vue de la belle qui avait revêtu un habit qui lui seyait à merveille, à elle et à son rang, quittant son apparence de fille d'écurie pour épouser celle d'une jeune femme dont la beauté qu'il était difficile de ne pas remarquer. Ne comprenant pas ce qu'impliquait un tel revirement, Dreann obéit à Izhelindë qui le somma de la suivre à nouveau. Bientôt, ils furent rejoints par tout un incroyable cortège de servantes qui transportaient nourritures et de soins en tout genre. Dès lors, il comprit.

À nouveau ils se trouvèrent sur les remparts, mais, cette fois, ce n'était pas lui que les hommes furent heureux de voir, et ce n'est pas lui qui donnait les consignes. Izhelindë agissait avec efficacité, distribuant ses paroles réconfortantes tandis que ses servantes nourrissaient des hommes qui n'auraient peut-être jamais plus la chance de manger autre chose que les rations infâmes que leur donnait l'armée. Partout, sur tous les visages, on pouvait lire la joie des hommes qui se trouvaient là, leur surprise aussi. Quand est-ce qu'un membre de la famille royale était venu ici pour la dernière fois ? Le Roi, bien sûr, venait régulièrement, mais en tant que chef des armées, pas en tant que bienfaiteur. Dreann, lui, participa d'abord du mieux qu'il put à l'effervescence qui avait submergé les murs de pierre. Puis, comprenant que ce n'était pas lui que les hommes voulaient voir, il se retira, admirant ce spectacle. Admirant Izhelindë. Sans le vouloir, son visage était entièrement déformé par un large sourire. Il sentait son cœur gonflé par la fierté, à un tel point que c'en était grisant. Comment n'avait-il pas pu s'en rendre compte plus tôt ?

« - Veille à ce que rien n'arrive à la princesse et aux dames qui l'accompagnent. » dit-il discrètement à son second fraîchement nommer qui passait par là.

Malgré le profond respect que méritait le dévouement de chacun de ces hommes, Dreann n'ignorait pas qu'une partie d'entre eux venaient des plus basses couches de la population et n'avaient pas reçu d'éducations décentes, et beaucoup d'entre eux n'avaient pas eu la permission de quitter leur poste depuis un long moment maintenant... Dreann préférait éviter quelque geste déplacé que ce soit. Puis, l'attention du chevalier se porta à nouveau sur sa protégée qu'il ne pouvait s'empêcher de dévorer du regard, se nourrissant lui aussi de cet acte merveilleux dont elle avait été à l'initiative. Quand ils étaient arrivés, la princesse l'assura qu'elle prendrait les pleines responsabilités de son geste si le Roi venait à l'apprendre. Le Roi l'apprendrait, c'était certain, et il fallait qu'il l'apprenne, c'était primordial. En attendant, le jeune homme assistait comme émerveillé au soin que prodiguait la princesse a un homme dont les blessures étaient irrémédiables, mais qui, pourtant, trouvait dans ce geste que tout à chacun savait extraordinaire un grand réconfort. Puis, Izhelindë s'agenouilla. Elle entreprit de prier Eydis et chacun l'imita. Dreann, les yeux clos, répéta machinalement les mots destinés à louer la déesse. Intérieurement, il brûlait d'une autre ferveur qui depuis longtemps n'avait pas été si flamboyante qu'à ce moment. Un léger silence s'abattit dans la pièce, chacun semblant plongé dans sa propre torpeur. Le moment sembla durer une éternité, pourtant...

« - Bienfaitrice ? Menteuse, menteuse ! Bordel ! Combien sont morts cette nuit ? Il est mort et vous, vous... Foutue bienfaitrice, allez mourir pour elle si ça vous fait tant plaisir ! Mais arrêtez de dire des conneries ! » hurla un des soldats, venant troubler la prière.

Puis, s'approchant d'un pas rapide vers la princesse, les traits tirés par la fatigue autant que par la rage, le troupier fut brutalement stoppé dans sa course par Dreann qui l'empêcha de faire un pas de plus vers sa protégée. Aussitôt, d'autres soldats vinrent ramasser leur camarade ainsi par terre, le traînant dans une autre pièce, le chevalier ayant réclamé qu'on le mette « au repos ». Autrement dit, il passerait plusieurs nuits dans les geôles humides de l'armée. Qui sait si ce n'était d'ailleurs pas un bien meilleur sort que ce qui l'attendait cette nuit ? En tout les cas, le silence étaient revenus, mais le silence pieux qui avait précédé s'était trouvé remplacé par un silence gêné. Dreann considéra chacune des personnes présentes autour d'eux. Un profond désarroi se lisait sur chacun des visages. Puis, au bout de quelques secondes qui parurent une éternité, l'effervescence reprit, les servantes de la princesse continuant de distribuer leur réconfort. Dreann soupira et, se retournant vers Izhelindë, il l'entraîna à l'extérieur de la pièce.

« - Je suis désolé pour ça. Il y a un moment où même la bonne nourriture et les bons soins ne suffisent plus. Soyez certaine que tout le monde ici apprécie ce que vous avez fait comme il se doit. » Il était sincère. « - Vous... Tu as été merveilleuse. »

Disparaissant à nouveau dans la salle où continuait la cérémonie improvisée, Dreann lâcha quelques consignes à son second, l'intimant entre autres choses de veiller à ce que ce petit incident disparaisse au plus vite de la mémoire des troupes. Pour celui qui apparemment avait perdu l'un de ses plus proches compagnons d'armes la nuit passée, Dreann décréta qu'il ne passerait aucune nuit au cachot, mais qu'il verrait ses rations diminuées pendant une semaine. Il ne le faisait pas de bon cœur, loin de là, pourtant il n'était décemment pas possible pour lui de permettre un tel écart, fut-ce sous le coup d'une extrême pression. Après ça, le chevalier réapparut aux côtés d'Izhelindë qu'il avait laissée un peu seule, le temps qu'elle se remette de ses émotions.

« - Tu vas bien ? » dit-il, conscient qu'il avait abandonné le vous de politesse. C'était sans doute nécessaire. « - Les Dames qui t'accompagnent ont presque terminé de distribuer ce qu'elles avaient apporté. Il vaut mieux ne pas trop traîner ici, qu'en penses-tu ? Allons ailleurs. Tu as déjà fait tellement plus que ce quiconque attendait de toi... plus encore que ce que l'on attend d'une princesse. »

C'était un compliment. Bien sûr sa conduite n'était conforme à aucun protocole et bien sûr elle avait bravé les interdits, pourtant, son attitude réjouissait plus que tout Dreann qui n'attendait pas tant que ça, venant d'elle ou de n'importe quelle autre princesse, même la plus exemplaire qui soit. Ainsi, elle pouvait bien se jouer des us et coutumes propres aux Blasonnés si, à côté de cela, elle usait de son statut de princesse héritière du Royaume pour donner à son peuple, à ses soldats, un tel cadeau. Humainement, c'était primordial et, cela répugna presque Dreann d'y songer sous cet angle, c'était tout aussi bénéfique stratégiquement: tout les hommes ici présents qui auraient à se battre ce soir le feraient le ventre plein de bonnes nourritures, le cœur empli de dévouement et de fierté, la tête chargée des mots réconfortants de leur princesse. Et puis, il y avait autre chose, aux yeux de Dreann, Izhelindë était devenue à ses yeux une reine qu'il était déterminé à servir, non pas par devoir comme il l'avait fait jusque-là, mais poussé par le profond sentiment qu'elle serait la digne successeure de son père. « Une merveilleuse reine. » lâcha-t-il dans un souffle incontrôlé, à peine audible.

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Ven 10 Fév 2012, 17:04

    Sa foi n'avait d'égal que son altruisme, elle était vouée à n'être que l'humble servante d'Eydis la toute glorieuse, à devenir l'égide et l'épée du peuple. Dans cette pieuse patenôtre, elle prouvait qu'être une reine était une chose, qu'être humaine en était une autre. S'improviser émissaire spirituel ne figurait pas parmi ses marottes, elle avait rencontré trop d'âmes en peine qui avait simplement cessé de croire, qui s'étaient abandonnées à une agonie apostate. Elle ne percevait pas l'athéisme comme un péché, la déesse offrait autant qu'elle spoliait, certains se laissaient désenchanter par cette vérité, tout aussi arbitraire que nécessaire. Le rôle d'un souverain n'en était pas bien différent, la bonté était une notion qui avait elle aussi ses lisières et qui possédait son lot de sacrifices pour prospérer. A l'instar de ces soldats qui permettaient aux leurs de subsister, le roi se devait parfois de causer la perdition d'un pour le salut de mille. Un règne se paraît de sang, comme le lui avait susurré son père, et si leurs terres transformées en sépultures casuelles le corroboraient, un élément perturbateur vint rappeler que les morts n'en étaient pas les seules preuves. Vociférant son émoi au visage de l'héritière interloquée, il sembla penser que son hémoglobine versée suffirait à apaiser son effervescence et à honorer ses frères tombés au combat. Effectuant un mouvement de recul lorsqu'il se darda de mauvaises intentions, le chevalier à ses côtés l'interpella de façon musclée, animé par son voeu de protection tout comme par son grade de supérieur. Promptement aidé par ses homologues qui prirent soin du blasphémateur, il jugea bon d'accompagner la menacée jusqu'à l'extérieur.

    Plus interrogative qu'apeurée, Izhelindë se laissa néanmoins entrainer, puis se fit bercer par les éloges de son ami qui ponctua sa déclamation par le plus beau des procédés. Interdite face à cette proximité verbale, elle n'eut cependant pas le temps de fureter son regard à la recherche de réponses qu'il s'en était déjà allé. Ses prunelles le suivirent jusqu'à ne plus le distinguer, faisait place à un instant d'incertitude, puis à une exaltation presque abêtie qui se traduisit par une risette nigaude. Il était délicat pour Dreann de se faire si familier, il le lui avait confirmé lorsqu'ils pataugeaient dans le ruisseau, mais cette frasque-ci fut si naturelle que les bras lui en tombaient. Au-delà de cette complicité graduelle qui réapparaissait, elle était enchantée que son initiative l'ait tant comblé et lui ait permis de sourire avec tant de zèle. Elle avait le sentiment qu'ils avaient beaucoup à apprendre l'un de l'autre, sur un plan officiel comme personnel. Il revint d'ailleurs s'enquérir de son bien-être, intérêt auquel elle répondit d'un hochement positif de la tête. Puis, il sembla que le temps était venu de reprendre leur éventuel conciliabule, l'accalmie des troupes avait agi tel l'astre diurne apparut dans des cieux ternis. La princesse était heureuse de constater que cette matinée n'aurait pas été infructueuse, son attention s'égara même sur une trinité de quidams – encore maculés de boue et autres résidus – emprunts de gaieté autour d'une simple corbeille de fruits frais. Leurs physionomies enjouées était une victoire en son être, elle leur dédiait toute sa quintessence.

    Ce fut un souffle presque inaudible qui lui chatouilla le tympan et la fit pivoter en direction de son protecteur – titre qui lui seyait plus que jamais. Avait-il dit quelque chose ? Son doute se mût en amusement et elle lui adressa une oeillade faussement inquisitrice.


    « Cesse de marmonner dans ta barbe ! » Elle croisa les bras en le regardant. « Suis-je vêtue telle une écuyère que tu t'obstines à te faire distant, et à présent que je suis parée comme une dame de bonne famille tu me tutoies. » Elle lui tapota la ceinture abdominale avec le dos de ses phalanges pour le taquiner. « Et après on ose prétendre que c'est moi qui suis étrange. »

    Elle ponctua sa réplique d'un rire cristallin et mutin. Au revers de cet humour, elle ne se questionnait pas moins sur ce retournement de comportement pour le moins inopiné mais dont elle ne se plaignait nullement. Pour le lui faire savoir, elle lui saisit le poignet et l'entraina avec elle pour entreprendre une petite marche qui les conduirait là où le destin les mènerait. En chemin, elle dispensa quelques indications à l'une de ses domestiques, la chargeant de raccompagner ses congénères une fois qu'elles auraient terminé leurs distributions. Ainsi au bras du blasonné, ils s'éloignèrent lentement des remparts pour retrouver une réalité maquillée d'apparat et de noblesse. Les dames et seigneurs étaient à présents tous levés et entamaient leurs besognes matinales. Ils croisèrent nombre d'entre eux qu'Izhelindë salua non sans une once d'emphase, attitude destinée à accentuer leur surprise de la voir plus princière qu'à l'accoutumé – et en compagnie d'un homme d'armée ! Bien que le rôle de chaperon avait été officialisé parmi la plèbe du palais sans doute avant même que la jeune femme en soit elle-même informée, la contiguïté qu'elle se plaisait à afficher avec lui pourrait être source de bien des médisances. Les interprétations fallacieuses étaient un délassement notoire de la noblesse, aussi elle ne serait guère ébahie qu'il se susurre l'hypothèse d'une alliance martiale à travers des fiançailles. La demoiselle ne connaissait pas de plus grandes goguenardises que d'alimenter les spéculations de la Cour, qui prenaient parfois d'incroyables proportions et ne manquaient pas de surprendre le roi lui-même. Dans l'optique où Dreann s'avérait être un honorable membre du royaume, reconnu pour son intellect militaire et fils d'un seigneur de cette même Cour, l'éventualité d'une union n'en était que plus plausible. Qui plus est, cela viendrait démentir les récents dires qui laissaient entendre que la princesse serait encline aux aubades de l'un de ses cousins, fait avancé par ses parents pour justifier de sa dernière cavale.

    Le binôme poursuivit sa flânerie en direction des jardins et s'engouffra sous une splendide charmille verdoyante. Cette bourrasque d'oxygène et de subtilité était à l'antipode du paysage qu'ils avaient précédemment quitté, mais cela n'en fut pas moins agréable et roboratif.


    « Je devrais te remercier tu sais. » Une certaine résignation apparut sur son faciès. « Je sais que je fais souvent preuve de mauvaise volonté... Beaucoup ont cessé de croire en mes capacités de régente, ou n'y ont même jamais cru. De ce fait, on a tendance à m'épargner certaines réalités, comme pour ces soldats. J'ignore si le but est de me préserver ou si c'est simplement par peur que je ne m'y intéresse guère. Je pense que même Père ne sait plus comment s'y prendre... » Elle eut honte en y songeant, puis reprit. « Rares sont ceux qui osent me mettre devant le fait accompli, c'est pourtant dans ces moments que je me sens apte à tenir mon rôle. » Elle se tourna vers lui et lui sourit finalement. « Merci. »

    Ses prunelles azurées scintillantes de gratitude plongées dans les siennes, il lui avait donné une leçon, à sa manière et de façon – peut-être – inconsciente. Elle n'attendait pas de lui qu'il vante ses mérites pour la flatter, elle lui témoignait sa sincérité sans avidité de retour. Si elle pouvait à son tour l'aider, ne serait-ce qu'à pacifier l'absence de Léonie pour qu'il n'en agonise pas. Tout le monde avait le droit à une main charitablement tendue dans les pires tribulations, elle n'hésiterait pas à l'empoigner elle même s'il se refusait à saisir sa poigne pour se redresser. Néanmoins, elle n'osait pas aborder ce douloureux sujet au risque de l'assombrir, pire encore, de l'attrister plus que de raison. Son regard virevolta sur les sinuosités que causait la brise à sa robe alors qu'ils parvinrent à l'aboutissement de la charmille, là où commençait une roseraie aux effluves parfumées. Soudain, elle aperçut une large macule de fange qui leur obstruait le chemin, dans laquelle elle aurait volontiers mis les pieds en d'autres circonstances. Une idée lui vint, une innocente lubie qu'elle prendrait pourtant plaisir à infliger. L'héritière s'immobilisa aux devants de la nappe boueuse, puis alterna les regards entre celle-ci et le chevalier à ses côtés. Le menton relevé, la bouche en coeur, elle mima une simagrée exagérée pour mettre sa noblesse en avant et lui faire comprendre qu'une dame de son rang ne se salissait pas ainsi. Ce qu'elle désirait ? Que Dreann la porte, bien entendu.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Dim 12 Fév 2012, 16:12

Dreann fut gêné par la remarque de la princesse qui, après réflexion, n'avait pas tout à fait tord. Après tout, il est vrai qu'il avait subitement changé de comportement une fois qu'elle avait troqué son habit de simple cavalière contre celui de princesse exemplaire, si bien qu'il comprenait maintenant à quel point cela devait paraître étrange aux yeux d'Izhelindë. Néanmoins, pouvait-il seulement s'en justifier sans passer pour un fou ? Il en doutait. Lui-même avait du mal à se l'expliquer. Rien n'avait changé et pourtant tout lui semblait différent: elle était la même, il le savait et son sourire mutin le lui rappelait de la plus agréable des manières, pourtant il ne pouvait s'empêcher d'avoir une perception tout à fait différente d'elle. Pas seulement dans sa façon d'accomplir son rôle de princesse, non, il avait l'impression d'avoir découvert en elle la présence de qualités dont il soupçonnait la présence, mais dont il n'avait jamais pu se rendre compte qu'elles étaient bien là, ou peut-être les avait-il simplement oubliés après tant d'années passées loin de l'autre. L'espace de cet instant où il s'était contenté de l'admirer tandis qu'elle donnait ses consignes, Dreann s'était rendu compte de quelle grandeur d'âme était animée Izhelindë, ayant même l'impression qu'il avait eut le droit de voir une partie d'elle à laquelle peu de gens avaient jamais eu accès. Pourtant, il ne pouvait résumer cet attachement ainsi retrouvé à ce simple épisode. C'était là toute la complexité de ce qui l'animait, et il savait qu'il ne saurait pas mieux lui expliquer à elle qu'il ne se l'expliquait à lui-même. Aussi préféra-t-il une nouvelle fois le silence. C'était mieux ainsi et, d'ailleurs, Izhelindë ne lui en tint pas rigueur puisqu'elle l'entraîna à sa suite, le tirant par le poignet. Elle ne lui dit pas où elle comptait se rendre maintenant, et d'ailleurs il doutait même qu'elle en sache quelque chose. Il ne chercha pas à la ramener aux obligations qui l'attendaient. Pas tout de suite.

Dreann se laissa ainsi emporter par sa protégée jusqu'au palais, où ils croisèrent d'autres courtisans qui ne pouvaient s'empêcher de les regarder, lui et la princesse qui avançait à son bras. Cette dernière, d'ailleurs, ne s'en offusquait pas, prenant même l'initiative de saluer ceux qui passaient à leur portée, comme si elle voulait qu'ils les remarquent à coup sûr. Le chevalier en fut gêné. Il savait que ce n'était pas du tout ce qu'on attendait de lui en tant que garde du corps. Il savait aussi que certaines rumeurs finiraient par arriver aux oreilles du Roi et, dès lors, qui sait comment il réagirait ? Dreann savait que, parfois, il en fallait peu aux Blasonnés pour tirer certaines conclusions hâtives. Combien avant lui s'étaient brûlé les ailes en se conduisant ainsi ? Malgré ça, le jeune homme n'avait pas le cœur à repousser la jeune femme et se laissa guider jusqu'aux jardins où ils retrouvèrent un certain calme - il était encore trop tôt pour que les courtisans viennent s'y promener. Au dessus d'eux s'élevaient les haies rigoureusement taillées et entretenues par les jardiniers royaux au plus haut degré du raffinement et de la perfection; cela donnait le sentiment d'une certaine quiétude. Peut-être est-ce cette atmosphère particulière qui poussa Izhelindë à se livrer à quelques confidences.

« - Je ne sais pas quoi te dire ... » Il réfléchit: « - Ce que tu as fait là-haut, je n'y suis pour rien. Tu as agi comme tu as naturellement pensé qu'il était bon que tu le fasses. Je ne m'attendais pas à ça. » Avoua-t-il, souriant. « - Néanmoins, je mentirais si je disais que cela ne m'a pas plu de te voir ainsi. Je ne sais pas ce qu'il en est du Roi ou des autres, mais ... »Il forçait sa nature, tâchant de résister à la tentation de se replier à nouveau dans le formalisme qu'il avait entretenu jusqu'alors: « - Mais moi, je sais. »

Dreann, bridé dans ses confidences par sa propre pudeur, laissa planer le doute sur ce qu'il pensait maintenant avoir compris. Maintenant, ses yeux fixés dans ceux de la belle, qui sait ce qu'elle put y lire ? Il doutait que cela puisse se résumer aux conclusions qu'il avait tirées quant aux aptitudes de la Princesse à régner un jour sur le Royaume, si bien qu'il détourna son attention vers le bout de de la charmille où une jolie flaque de fange les attendait. Déjà, il craignait que cela ne donne de nouvelles idées à sa protégée qui, si elle n'avait jamais hésité à traverser les flaques d'eau ou de boue sans jamais craindre pour ses belles robes, semblait cette fois enclines à un de ces caprices princiers qui ne la caractérisait pourtant pas d'habitude, au contraire. Dreann ne put s'empêcher d'afficher un large sourire en la voyant singer, en silence, l'attitude de ces Blasonnées qui n'hésitaient pas à user de leurs privilèges pour éviter la moindre petite contrainte désagréable qui leur faisait face. Le chevalier comprit qu'elle lui demandait qu'il la porte et, s'il crut d'abord qu'elle plaisantait et qu'elle finirait par traverser d'elle-même ce léger obstacle, ce n'était manifestement pas le cas.

« - J'oubliai que tu étais une vraie princesse, maintenant. » dit-il, amusé.

Dreann s'approcha d'elle et, la saisissant un bras sous les jambes, l'autre sous son dos pour la soulever sans risque, il traversa le parterre boueux comme s'il eut s'agit de lui épargner la traversée d'un gigantesque désert. Puis il la déposa de l'autre côté, le plus délicatement qu'il put, gêné aussi qu'il fût d'effleurer ainsi le corps de celle qui restait malgré tout la Princesse héritière de Lanriel. D'ailleurs, il joua de malchance, car, au même moment, deux courtisans croisèrent leurs chemins, l'air complètement interloqué, si bien qu'ils s'en arrêtèrent presque. Quand ils furent assez éloignés, Dreann se retourna vers Izhelindë, l'air plus grave qu'auparavant. À son initiative, ils arrivèrent dans un coin plus à l'écart des jardins.

« - Crois-tu que ce soit prudent de nous afficher ainsi ? » dit-il, sérieux. « - Tu n'es pas sans savoir que les rumeurs vont vite. Nous ne sommes plus des enfants, l'innocence n'est plus de mise aux yeux des autres. » Dreann poursuivit: « - La moindre familiarité dont nous avons fait et dont nous ferons preuve remontera jusqu'au Roi. Qui sait comment elles auront été interprétées d'ici qu'elles arrivent à ses oreilles ? Toi et moi pourrions en payer les conséquences. Qu'est-ce qui arrivera s'il vient à penser que je profite de la mission qu'il m’a confiée auprès de sa fille pour ... »

Il n'osa pas terminer sa phrase, par pudeur sans doute. Cependant, cela n'enlevait pas toute la vérité de son propos: si, lorsqu'ils étaient enfants, leur proximité était tout à fait acceptable, ce n'était plus le cas aujourd'hui. S'il avait réussi à combattre la rigueur protocolaire qu'il avait d'abord établie entre eux deux pour se rapprocher d'elle sur un plan personnel , il doutait d'être dans la capacité d'assumer cette relation en public: cela ne faisait que quelques heures qu'il avait pris ses fonctions de protecteur et déjà on les avait vus plus proche que l'on ne l'avait jamais vu avec aucune autre femme de la cour, et il n'avait jamais entendu que la princesse se soit déjà affichée de la sorte avec un homme, même s’il avait pu échapper, comme par miracle, à quelques ragots. Au final, Dreann se sentait interdit de toute solution, comme pris au piège: il ne souhaitait pas renoncer à ce lien avec lequel ils avaient renoué, mais il ne pouvait pas non plus risquer de subir le courroux du Roi.

« - Qu'en penses-tu ? C'est peut-être trop risqué ... »l Il semblait résigné.

Après tout, n'était-ce pas la position qu'il avait souhaité adopter dès le départ et en toutes circonstances ? Il avait sacrifié cela, incapable qu'il était de rejeter l'affection qu'il avait pour la jeune femme et celle qu'elle avait sans doute pour lui. Néanmoins, cela valait-il la peine de s'accrocher à ça, si cela venait à leur nuire à tous les deux ? La dernière chose qu'il avait envie, c'était de causer des problèmes à Izhelindë.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Lun 13 Fév 2012, 22:18

    Ce genre de frasques outrecuidantes n'étaient pas dans les marottes de la jeune femme, ce qui aurait pourtant pu être considéré comme licite et proportionnel à son titre. Néanmoins, son amour inconditionnel pour la saleté et plus particulièrement la fange n'avait guère épargné ses habits de soie depuis sa plus tendre jeunesse. Bien que l'interrogation lui fut mainte fois posée, elle même était incapable de fournir une explication sur cette passion pour le moins excentrique et dont elle badigeonnait les corridors à chaque passage. Certains auraient vanté les vertus cosmétiques de la boue comme allégation, elle, se plaisait à s'amuser de sa matière et de son arôme plus que de ses propriétés. Elle doutait qu'une embardée en plein coeur de la nappe aurait réellement surpris le chevalier, qui avait par ailleurs déjà servi de toile humaine aux mains d'une princesse en plein aveu artistique, par le passé. Elle ignorait si en faire un chef d'oeuvre mobile lui siérait plus aujourd'hui qu'auparavant, mais une lubie seigneuriale lui semblait en cet instant plus opportune. A l'instar d'une eau cristalline, le blasonné sut lire en sa protégée de façon concise, se ployant même la légitimité de se faire son complice. Ambiance bon enfant, elle répondit à sa constatation par une mimique mièvre puis se laissa porter et transporter avec grâce. Si son quotidien princier s'apparentait à ce genre de privilèges, elle songeait à revêtir son rôle plus fréquemment, notamment lorsque son chaperon se trouvait à proximité. Si elle avait été l'une de ces nymphettes pompeuses de la Cour, il aurait certainement vu son rôle révisé en un domestique privé plus qu'en un protecteur armé, et Eydis savait que ces courtisanes pouvaient être le cauchemar de ces hommes. Dreann n'était pas sous le joug de la pire des créatures du royaume.

    Emerveillée par sa fantaisie réalisée, Izhelindë ne constata la compagnie de deux bougres pantois de la scène qu'aux traits critiques de son ami, qui l'entraina pour un conciliabule à quelques pas de là. Son discours la laissa coite bien qu'elle considéra son anxiété, elle omettait parfois que tout ce qui la délaissait elle, ne le faisait pas pour tout le monde. Néanmoins, elle était intimement persuadée que l'éphèbe se laissait influencer par son usuel rigorisme contre lequel la lutte serait ardue. S'il n'amplifiait pas les hypothétiques conséquences d'une telle contiguïté, alors peut-être était-ce elle qui les mésestimait à ses dépends, et aux siens. Cependant, il ignorait bien à qui il faisait face pour escompter une retenue sentimentale, justifiée dans la forme, grotesque dans le fond. Elle ne refluerait pas ses accès affectifs en faveur d'une condescendance d'apparence pour l'opinion d'autrui, ou alors, faudrait-il qu'il la mortifie pour qu'elle ne lui témoigne plus qu'un intérêt déontologique. A moins que cela ne lui soit spontané comme lorsqu'elle s'était adressé à lui en soignant le soldat meurtri, il serait le martyr de ses lubies guillerettes. Le roi était au fait que son héritière appréciait être la source de médisances somme toute innocentes, d'ailleurs, les nobles eux-mêmes y songeaient à plusieurs fois avant de considérer ce qu'ils avaient ouï comme véridique. Ce n'était au final qu'un jeu établi entre la princesse et les seigneurs, happant ceux qui avaient le malheur de les côtoyer. Si une personne devait se faire blâmer, elle serait celle-ci, lui n'avait guère matière à se tourmenter de la sorte. Sa crainte fit néanmoins naitre une large risette conquise sur les lippes charnues de la dryade qui l'observa comme on le ferait pour un adorable poupon. Comment était-ce même envisageable de se faire formelle en compagnie d'un homme aussi exquis ? L'inconscient.

    Réprimant l'envie de lui tirer les joues avec niaiserie – ce qui aurait pu lui coûter ce qui lui restait encore de crédibilité – elle s'approcha, emprunte de cette malice qui la caractérisait tant. Ses doigts s'engouffrèrent dans les cheveux du blasonné pour le recoiffer, puis époussetèrent assidument le haut de son vêtement comme l'aurait fait une épouse attentionnée. Ses mains se logèrent finalement sur ses trapèzes, puis elle haussa le visage de manière à pouvoir le voir, ses yeux agrichés aux siens. Son phonème se fit calme et confiant, presque pédagogique.


    « Tu me rappelles mon père, sous bien des coutures. » Elle releva légèrement les sourcils. « S'ils veulent médire, laisse-les donc. Tu les priverais d'un passe-temps essentiel, qui n'a d'ailleurs pas besoin de notre participation pour être agrémenté. Une Cour sans son lot de commérages n'en serait pas une, les soldats guerroient, les nobles calomnient, n'est-ce pas là un fondement de société ? »

    La jeune femme en savait plus long sur la politique qu'elle ne le laissait entendre, feignant même un désintérêt certain lorsque son opinion était sollicitée. Nul ne pourrait changer cette règle de vie dont elle était la première victime, puisque cible favorite des médisances. Fut un temps, elle souffrait de ces diffamations imméritées, jusqu'à concevoir qu'aucune de ses simagrées n'auraient raison des clabauderies populaires. On ne pouvait plaire à tout le monde, rien ne l'embarrassait moins que de ne plaire à personne, une moralité qui lui permettait de relativiser en toutes circonstances. Tout deux auraient eu matière à longuement spéculer sur le sujet – puisque de moeurs disparates – mais un galbe s'agita à leur attention. Elle reconnut l'une de ses subordonnées, le souffle court après une course effrénée, qui vint à elle en bramant à pleins poumons.

    « Ma Dame ! C'est Ismaelle... Elle s'est faite agresser... Elle saigne ! »

    L'effroi apparut instantanément sur la physionomie de la demoiselle qui n'eut d'autre réflexe que se tourner en direction de Dreann d'un air hagard, vérifiant sur le faciès de celui-ci qu'il ait entendu la même chose qu'elle. Suite à quelques secondes d'effarement, elle se lança vélocement sur le chemin de retour vers les remparts qu'elle visiterait pour la troisième fois consécutive. La nappe de fange ne fut pas une barricade suffisante à la dissuader, la propreté de sa robe n'était que futile à côté de la santé de l'une de ses domestiques, elle la traversa avec la plus grande précipitation. Ses mains soutinrent le tissu de son habit, bien encombrant pour un galop inopiné ! Intérieurement, c'était une patenôtre qu'elle adressait à la déesse pour que les éventuelles blessures ne soient que bénignes, le contraire l'affligerait d'un indicible remord. Bien plus promptement qu'auparavant, le binôme rallia les lieux de l'incident sous les oeillades intriguées et stupéfaites des courtisans qu'ils croisèrent à nouveau. Vociférations et larmoiements animaient les abords de l'endroit en proie à une certaine confusion : d'un côté, un agglomérat de soldats et de servantes autour de l'agressée, à l'intérieur du baraquement le plus proche, une foule de quidams qui retenaient le responsable. Elle rejoignit ses dames et s'enquit des dégâts occasionnés, une entaille ornait le visage ensanglanté de la pauvre bougresse lancée en pleins sanglots et que la princesse étreignit en proférant de rassurantes répliques. Tout se précipita sans qu'une once de clarté ne soit perceptible, déjà, la jeune fille fut immédiatement conviée à recevoir les premiers soins d'un praticien qui l'isola de la pagaille ambiante. Le buste maculé d'hémoglobine, Izhelindë s'égara un bref instant, avant d'ouïr les clameurs tonitruantes de l'assaillant. Inspirée par une causticité sans nom, elle sentit ses pommettes s'empourprer, puis partit à la rencontre du malandrin.

    L'indigent – qui n'était autre que celui qui avait blasphémé durant leur précédente prière collective – s'agitait sous la poigne de ses confrères d'armes en hurlant. Lorsqu'il aperçut l'héritière, il profana son nom comme le plus impie des démons, animé par une folie que nul n'aurait pu décrire. Même après une décade de pérégrinations en tout genre, jamais elle n'avait été outragée de la sorte. L'écume salivaire qui fluait de la bouche de l'aliéné était tel le venin d'un serpent, éjecté en direction de la nymphe transie d'indignation. Elle aurait eu toute l'admiration de l'univers si son unique réaction avait été l'indifférence, mais il ne le put pas. Pas lorsque le prénom de son roi et père de surcroît fut à son tour diffamé. D'un grand pas, son poing si frêle heurta l'arrête nasale du disgracié - lequel des deux en souffrirait le plus ? -, geste immédiatement succédé par diverses paires de bras qui l'interceptèrent dans un tumulte général.


    « Lâchez-moi !! »

    Hurla t-elle, incapable de résister à la force qui l'entrainait et sans même chercher à identifier celui qui l'étreignait encore. « Un règne se pare de sang. » disait Arsenios. Un apprentissage se farde d'erreurs, dirait-elle.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Mar 21 Fév 2012, 22:18

Dreann arqua un sourcil quand elle le compara au Roi. C'était un compliment ... sans doute ? Il la laissa parler comme il la laissa passer ses mains dans ses cheveux, avant qu'elles ne viennent se loger sur son torse. Son regard comme accroché au sien, il lui apparut qu'elle ne comprenait pas l'enjeu de tout ça. Ou peut-être ne le comprenait-elle que trop bien: après tout, il ne pouvait lui donner tort sur le fait qu'ils ne pouvaient pas empêcher les gens de médire sur eux si cela leur chantait. D'ailleurs, c'était peut-être le prix à payer pour fréquenter Izhelindë comme il souhaitait le faire. Au fond, il savait qu'il était prêt à le payer, mais il savait aussi qu'il ne lui était pas possible de juste totalement lâcher prise. C'était comme ça. En attendant, il lui suffirait de tout faire pour limiter les dégâts et peut-être, s'ils étaient chanceux, cela ne leur nuirait pas trop. Les yeux toujours plongés dans ceux d'Izhelindë, le chevalier esquissa un sourire et, prêt à s'avouer vaincu, il ouvrit la bouche dans le but d'accepter ce qui lui semblait comme une sorte de fatalité. Pourtant, il fut interrompu avant même de pouvoir dire quoi que ce soit par l'arrivée d'une jeune femme qu'il reconnut comme étant une des servantes de la Princesse, une de celle qui l'avait accompagnée sur les remparts. Il était clair qu'elle avait couru à toutes jambes, elle était essoufflée et eut du mal à délivrer son message. À peine eut elle terminé que déjà Izhelindë s'était lancé dans une course folle, laissant à peine à Dreann le temps de réagir. Il lui emboîta le pas. Bientôt, ils se retrouvèrent sur les remparts.

Il y avait une grande agitation, des cris ... C'était rare, une fois le jour levé. La foule entourait la blessée, s'écartant pourtant sur le passage de la princesse et de son gardien. Ce dernier constata avec effroi que la pauvre femme avait le visage tailladé presque de haut en bas, et son expérience ne lui laissait aucun doute sur la nature d'une telle blessure: elle avait été agressée. D'ailleurs, Dreann n'eut guère le temps de mieux analyser la situation, car, l'instant d'après, on entendait à nouveau les aboiements d'un homme qui hurlait le nom de la princesse. Il savait de qui il s'agissait. Quelle erreur il avait faite, en le laissant en liberté ! Il avait sous-estimé la rancœur de cet homme, aussi était-il le seul responsable de ce qui était arrivé à la pauvre servante. Cette fois-ci, il n'aurait aucune pitié. S'apprêtant à régler le problème, Dreann fut soudainement doublé par sa protégée qui chargea, poing en avant, le soldat qu'elle frappa du mieux qu'elle put, sans pour autant que cela semble faire grand mal à l'homme qui n'avait pratiquement pas bronché. Abasourdi par ce qu'il venait de voir, Dreann eut juste assez de présence d'esprit pour saisir Izhelindë et la tirer en arrière, malgré qu'elle lui hurla de la lâcher. Était-elle devenue folle ? Il s'apprêta à la sermonner, pourtant il n'en fit rien. Une ultime insulte fusa et Dreann s'avança, déterminé, vers celui qui venait de profaner une fois encore le nom d'Izhelindë. À peine fut-il à sa portée qu'il lui asséna un violent coup de poing. Les soldats qui le retenaient jusqu'alors s'écartèrent. Dreann frappa encore plusieurs fois l'homme qui fut presque interdit de riposter par la violence des coups qui s'abattaient sur lui. Sonné, il ne résista pas lorsque le chevalier le balança aux pieds de la Princesse. Passant ses mains dans ses cheveux comme à chaque fois qu'il utilisait la violence de manière totalement incontrôlée, il afficha comme un air de dégoût. Il se dégoûtait autant que le soldat qu'il avait à sa merci le dégoûtait. Il avait utilisé la violence alors que sa victime était déjà maîtrisée et incapable de lui nuire. Il n'aimait pas ça, il n'aimait pas être comme ça. Pourtant, il dégaina son épée, venant en loger la pointe sous le cou de celui qui gisait là, par terre. Son regard d'abord fuyant vint finalement croiser celui d'Izhelindë:

« - Cet homme s'en est pris à vous et à l'une de vos servantes. Il vous a aussi insulté ainsi que Sa Majesté le Roi. Il a agi comme un criminel et ses crimes seraient punis de mort par n'importe quel tribunal. » Il marqua une pause, lourde de sens. « - Le choix vous appartient. »

Dreann hésitait. Il aurait pu le tuer sur le champ, mais en l'absence de jugement il aurait lui-même commis un crime. D'ailleurs, il ne désirait pas le tuer pourtant ... il ne désirait pas non plus le laisser en vie. Contradictoire, encore, le chevalier ne pouvait tolérer que quelqu'un qui s'en était ainsi pris à une femme sans défense et qui avait perdu foi toute chose, jusqu'à injurier son propre souverain ainsi qu'Izhelindë, puisse seulement finir en prison. Malgré ça, il répugnait à tuer. Cela se voyait à ce moment même, sur son visage, dans son attitude ... Si Izhelindë dont la parole faisait office de jugement décidait qu'il faille l’exécuter, il ne tirerait clairement aucun plaisir à le faire. Néanmoins, il ne doutait pas non plus que cela, quelque part, soit nécessaire. Izhelindë pouvait tout aussi bien choisir de lui laisser la vie sauve. Le soldat passerait le restant de ses jours enfermé avec sa folie dans les cachots humides de Cathairfal. A cet instant, cela ne lui parut pas être un destin plus enviable. Alors qu'il tenait toujours au bout de sa lame celui qui, dans quelques secondes peut-être, serait mort, Dreann pensa à la situation dans laquelle il avait mis Izhelindë. Elle n'avait probablement jamais été dans pareille situation. Il hésita encore plus, sa main trembla. Pouvait-il vraiment lui faire prendre une telle décision ? Elle était la seule ici à pouvoir lui ordonner d'agir, mais il savait qu'elle n'était pas préparée. S'il la laissait rendre son jugement, il l'exposait volontairement à des remords qu'elle ne supporterait peut-être pas, et lui non plus. Son épée regagna aussitôt son fourreau. Il valait mieux que ce soldat vive dans la tourmente plutôt qu'elle.

« - Il sera jugé plus tard. Enfermez-le ici et transférez-le jusqu'aux prisons royales lorsqu'il se sera calmé. » lâcha-t-il, peu sûr. « - Que les servantes regagnent le Palais immédiatement. »

À peine eut-il fini sa phrase que Dreann s'engouffra dans une pièce plus loin, regagnant l'air libre, s'accoudant au bord des murailles. Le calme à nouveau.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Jeu 23 Fév 2012, 18:59

    Elle aurait payé de son âme pour qu'on le prive de son phonème, tout donné pour qu'à cet instant de pure tribulation, il cesse enfin ses sermons. Ce n'était pas tant sa propre personne qui lui causait cette effervescence, mais bien que son père – cet homme auquel elle vouait un amour filial incommensurable – soit ainsi rabaissé comme le dernier des misérables. La famille était une notion primaire dans ses moeurs, bien malgré que la sienne lui apportait son lot de différents, elle aurait été fin prête à se sacrifier pour chacun de ses membres. C'était là le fondement même des Hardansson, piété et coalition, même si – au fond – ils demeuraient des humains comme les autres. Elle ne doutait pas que de tels préjudices eurent également porté atteinte à la déesse elle-même, légitimement représentée par la royauté de Lanriel. Sans doute était-ce d'ailleurs la cause première de cette rage folle qui consumait le soldat, sa rancoeur envers une entité trop peu charitable à son goût. Pourtant, cela n'alléguait en rien la frasque de la princesse, qui l'aurait certainement privé de sa vie si elle eut été armée. Son poing serré n'avait été qu'une faible offensive dont aucune meurtrissure ne découlerait, mais au moins y avait-elle sanctifié la colère sourde qu'elle ressentait. Sourde et résolue au point de lutter contre cette poigne qui ne l'éloignait que trop aisément et dont elle n'aurait écouté les sermons. Il eut fallut un déferlement de violence pour qu'enfin elle se lénifie, constat aussi aberrant que regrettable et dont elle fut un témoin silencieux et impuissant.

    Elle n'avait qu'à peine aperçu le galbe de son chaperon la devancer soudainement pour plagier son geste précédent. Les répercussions furent cependant bien autres, cette fois, la douleur fit écho dans la pièce et se traduisit sur le faciès de la victime. A l'effarement général – et l'effroi de l'héritière – Dreann poursuivit dans sa croisade et se jeta à même le corps du soldat. Ses prunelles agrandies et clairsemées d'aquosité ne manquèrent rien de la scène, chaque résonance qui résultait des coups assénés était une souffrance partagée. Ce ne fut qu'alors qu'elle prit conscience de ce qu'elle avait engendré, depuis le début de cette maudite journée, depuis les prémisses de son existence. Elle crut apercevoir en cette querelle une allégorie à un avenir noir dont elle serait hypothétiquement fautive, celle d'une patrie en proie à la guerre, plongée dans la discorde et la démence. Et si son règne ne se résumait qu'à cela ? Un poème d'obscurs vers rédigés d'hémoglobine, une manifestation de ce qui se faisait de pire dans le genre humain et le désenchantement de leur Bienfaitrice, Eydis. Il fallait être doué entrainer le fils Aronwë dans de tels retranchements. Etre doué, ou n'être qu'un monstre. Etait-ce son cas ? Elle l'eut cru lorsque le blasphémateur fut jeté à ses pieds. Elle esquissa un mouvement de recul, laissant même son épine dorsale s'agglutiner au mur le plus proche. La légitimité des circonstances voulaient qu'Izhelindë ait décision du sort de ce soldat, ce fut d'ailleurs ce que le chevalier l'incita à faire. Elle aurait aimé le châtier pour son impudence, pourtant, aucune sonorité ne s'extirpa de son cloitre guttural, elle demeura immobile et aphone. Ses yeux jusqu'à présent accrochés à ceux de son protecteur se détournèrent avec honte, peut-être était-ce ce qui lui fit réviser son jugement puis rejoindre aussitôt l'extérieur. La jeune femme quant à elle, se mortifia avec opprobre, les paroles réconfortantes de quelques gardes et servantes n'y changeant rien.

    « Dites à Ser Dreann que j'ai rejoint mes appartements. »

    Expira- t-elle à moitié étranglée par sa propre voix. Rejoignant l'escorte de domestiques sur le point de regagner le palais, elle avait le pressant besoin de s'isoler de tous pour mieux songer à tout ce qui s'était déroulé. En proie à une certaine langueur, elle se laissa docilement raccompagner jusqu'à l'huis de sa chambre derrière laquelle elle disparut. Elle avait peur. Peur que Dreann ne lui tienne rigueur de son comportement, ne l'invective de n'être qu'une enfant irresponsable et inepte, ce qu'elle était peut-être. Elle avait envie de se jeter à corps perdu dans l'étreinte de sa mère ou de son père, pourtant, elle les savait trop embesognés par les devoirs qui leur incombaient pour qu'elle n'aille les déranger. Elle savait également que ses parents ne seraient pas toujours auprès d'elle pour la conseiller tout au long de sa vie, un jour viendrait où elle ne pourrait se fier qu'à ses propres jugements. Elle vivait un parfait exemple de ce que serait son futur, bien qu'elle escomptait à une circonspection plus développée avec le temps et l'expérience. Ankylosée devant un miroir de plein pied, elle s'observa minutieusement comme si c'eut été la première fois qu'elle se découvrait. Sa robe était maculée de fange et de poussière, son buste était strié de sang sec et son âme égarée dans l'incertitude. Elle retira sa tiare qu'elle lança presque sur sa coiffeuse et dépeigna frénétiquement sa crinière qui ne ressembla guère plus à rien. Après une ultime lorgnade noire sur son reflet, elle s'en alla faire sa toilette bien que cela ne lui permette pas de laver ses péchés à l'inverse de son anatomie. Longues furent les heures sans que la princesse ne se manifeste à nouveau, happée par des questions sans réponses, et des réponses sans fondements. Le pire aurait pu être à conjecturer si une ou deux servantes n'étaient pas venues vérifier le bien-être de leur maîtresse pour faire taire les mauvaises langues.

    Ce ne fut qu'au seuil de l'après-midi qu'Izhelindë réapparut dans les corridors de la demeure royale. Vêtue d'une nouvelle robe azurée et d'une chevelure lâchée sans guère plus d'accessoire ostentatoire de sa condition, elle flâna sans but dans quelques pièces, puis prit son courage à deux mains. Seule, elle rejoignit une fois encore les remparts qui seraient à présent un élément méditatif plus qu'une enceinte protectrice la concernant. Son arrivée fut une nouvelle surprise pour les soldats, dont certains eurent l'amabilité de s'enquérir de son état avec toute l'humilité qu'ils possédaient. Elle les interrogea alors sur où se trouvait son ami et protecteur, soulagée de constater que celui-ci semblait encore être dans les environs. Elle parcourut donc les lieux à sa recherche, sans même connaître la nature du discours qu'elle lui adresserait, sans savoir s'il supporterait de la revoir si promptement. C'est alors qu'elle crut l'apercevoir, elle patienta donc jusqu'à ce qu'il ne soit plus entouré de ses confrères pour discrètement s'approcher dans son échine. Doucement, elle se hissa sur la pointe de ses pieds pour poser ses mains sur les yeux du chevalier, comme elle avait marotte de le faire il y a fort longtemps. Elle se tût pourtant, persuadée qu'il la reconnaitrait sans mal, n'était-ce qu'à l'arôme de sa fragrance. Avant que le jeune homme n'ait eu le temps de prononcer la moindre parole, la dryade s'agricha à son bras et logea sa tempe contre son épaule. Elle demeura ainsi plusieurs secondes, avant que sa phonation cristalline ne s'élève.


    « Je comprendrai que tu m'en veuilles. » Susurra t-elle, dédiant tacitement cette tirade à l'ensemble de ce qu'elle avait pu lui faire dans leur vie. « Je suis désolée. »

    Ses prunelles balayèrent les éléments du décors sans qu'elle ne cherche à le regarder, appréhendant l'éventuelle amertume qu'il lui confesserait. Il lui était trop précieux pour qu'elle ne lui permette de s'éloigner sans chercher à le retenir. D'ailleurs, elle ne le lui permettrait pas.

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Dreann Aronwë

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Dim 26 Fév 2012, 19:50

Les heures défilèrent, emportant avec elles nombre de pensées et considérations que Dreann ne pouvait pas se contenter d'écarter. Pendant un long moment, il resta seul au bord des remparts, à contempler le paysage qui s'offrait à lui. Balloté entre le profond dégoût que lui inspirait le flot d'adrénaline qui le secouait encore un peu et son incapacité à placer Izhelindë devant les responsabilités qui auraient dû lui incomber, le chevalier tentait tant bien que mal de ne pas céder à des conclusions hâtives. Il ne pouvait pas. Néanmoins, il peinait à s'expliquer l'impossibilité qu'il avait eu à laisser le choix le plus définitif qui soit à Izhelindë. Il avait vu la honte dans les yeux de la jeune femme, juste avant que son regard n'en vienne à le fuir: le simple fait de l'avoir exposé à une telle situation le faisait se détester lui-même, et il ne doutait pas qu'à cet instant la Princesse était animée par le même genre de sentiments. Tout était sa faute, il le savait. Et puis, le simple fait que ce soit elle qu'il avait ainsi malmenée le rendait encore plus malade. C'était triste à dire, mais, si ce n'avait pas Izhelindë en face de lui, il ne se sentirait pas autant coupable, ou peut-être pas de la même façon. Cette vérité lui coûtait beaucoup, quelque part: en l'espace de quelques heures, il lui était devenu impossible de nier qu'il était aussi lié à Izhelindë qu'ils l'avaient été jadis et, surtout, il craignait que cela n'aille qu'en s'améliorant, ou en empirant, selon le point de vue. À ce stade déjà, il savait qu'il n'était plus à même d’exécuter sa mission de protection, car, s'il avait pu penser mettre son passé avec la jeune femme de côté afin de mieux la surveiller, il lui était impossible de faire de même avec le présent. D'ailleurs, il avait presque oublié qu'une mission lui avait été confiée et, s'il ne parvenait pas à prendre de décision sur l'avenir de celle-ci, cela ne le dégageait pas de toutes responsabilités. Il n'était jamais dégagé de toutes responsabilités.

Regagnant le corps de garde au sein duquel les soldats finissaient de panser eux même leurs plaies ou de se nourrir après une nuit passée à se battre, Dreann chargea l'un d'eux d'aller s'informer sur ce que faisait la Princesse et il fut soulagé d'apprendre, une vingtaine de minutes plus tard, qu'elle avait effectivement regagné sa chambre sans plus donner signe de vie depuis. Dreann n'avait pas osé lui rendre visite lui-même et, tant qu'elle était à l'abri, il pouvait se permettre de lui donner de l'espace. Il savait qu'elle ne souhaitait surement pas le revoir de si tôt, et il ne se sentait pas la force de l'affronter pour le moment. Inconsciemment, il se laissa emporter par la vie militaire qu'il avait l'habitude de mener, s'affairant ci et là à la gestion de ses hommes comme il le faisait depuis des années, jusqu'à ce que Tanith vienne tout bouleverser. En attendant, cela lui occupait l'esprit. Parfois, une de ses pensées s'égarait, se portait sur Izhelindë dont il s'infligeait les pensées potentielles, les sentiments imaginaires. La vie de soldat et de chevalier l'avait toujours tenu loin, à des kilomètres de considérations pareilles, et il se demandait maintenant si cela lui avait rendu service ou pas. Il était incapable de répondre.

Bientôt, la pièce se vida et les soldats qui étaient autour de lui se volatilisèrent tous chacun leur tour. Était-ce simplement le hasard ou bien la présence de Izhelindë qui les avait poussés à s'en aller ? Bientôt, Dreann sentit les mains délicates de la jeune femme qui vinrent lui cacher la vue tandis que son parfum tout aussi délicat vint flatter son odorat. Il ne dit rien; il ne savait jamais quoi dire. Très vite, Izhelindë vint loger sa tête contre son épaule, s'emparant de son bras. Il n'y avait pas un bruit. Puis, elle susurra quelques mots qui rompirent à peine le silence. Elle s'excusait. Pourquoi ? Il ne savait pas, il pensait être le fautif de l'histoire, le responsable de tout ça. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir. Dreann ne résista pas à l'envie de la ramener avec lui à l'extérieur, sur la partie découverte des remparts. C'était un endroit qui lui plaisait beaucoup.

« - Pourquoi devrais-je t'en vouloir ? » dit-il, curieux de savoir ce qu'il avait manqué. « - De toutes façons, je ne peux t'en vouloir. C'est bien le problème. » ajouta-t-il.

Il n'y avait plus aucun cadavre au pied de l'immense mur de pierre, si bien que le champ de bataille était redevenu, pour quelques heures du moins, une simple plaine verdoyante où il aurait fait bon de se promener. Le temps se couvrait: Dreann s'était apparemment trompé sur ce que serait la journée. Il se tourna vers Izhelindë, la contemplant comme s'il découvrait sa beauté pour la première fois. Il s'en voulait de la regarder ainsi après ce qu'il lui avait fait subir aujourd'hui.

« - Je n'aurais pas dû te mettre dans cette position. C'était inconscient. » dit-il comme pour renforcer ses propos précédents. « - Tu aurais dû rester au Palais. Nous n'avons que trop vu ces remparts aujourd'hui, et elles ne nous auront rien apporté de bon, au final. » Il poursuivit: « - En t’amenant ici, je t'ai mise en danger et pas que physiquement ... C'est moi qui te dois des excuses. »

Il ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable, car, après tout, n'était-ce pas ce qu'il était, de par la mission qui lui avait été confiée ? Sur ce plan, personne ne pourrait lui enlever l'idée qu'il n'avait pas été digne de confiance. Pourtant, à cet instant, ce n'était pas ce qui lui préoccupait le plus:

« - Et le fait que ce soit toi rend la chose encore plus difficile. » lâcha-t-il comme un aveu, sans néanmoins préciser quoi que ce soit. Dreann resta silencieux un instant, puis il demanda: « - Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ? »

Il fallait bien se rendre à l'évidence, déposer les armes. À quoi bon s'obstiner à nier ? Il aspirait à autre chose que cette rigueur permanente au service de responsabilités dont il ne voyait jamais plus. Il ne les reniait pas, loin de là, mais Izhelindë avait suscité en lui le désir de quelque chose de plus, de différend. Il ne pouvait définir quoi exactement, où il se le refusait encore. Ça n'empêchait pas que c'était bien là, il le savait. En attendant, sa dernière question flotta entre eux. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés plus tôt ce matin, ils n'avaient fait qu'aller de péripétie en péripétie: il était légitime de se demander ce qui les attendait maintenant.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: » You're just a storm and I'm the wind ...   Lun 27 Fév 2012, 20:22

    S'était-elle fourvoyée sur la plausible rancune du chevalier ? Bien qu'elle ne lui octroya aucun regard, elle ne sentit pas le poids opprimant d'une lorgnade accusatrice la tenailler, ni même un quelconque spasme de répulsion lorsqu'elle s'agricha à son bras. Elle craignait de ne plus le connaître aussi bien qu'autrefois, de plus, ses frasques s'étaient aggravées proportionnellement à son âge et ce qui n'était qu'anodin à une époque se répercutait sur d'autres vies que la leur aujourd'hui. Quelles atrocités pourraient émaner de ce tumulte lorsqu'il parviendrait jusqu'aux tympans des seigneurs ? Qu'elle était lasse d'avoir à s'en soucier, ce qu'elle faisait d'avantage pour la dignité de son pauvre paternel plus que pour sa propre essence. L'acte de violence de Dreann la hanterait certainement pour le reste de son existence – non pas par traumatisme lié à la brutalité de son assaut, mais par la souffrance qu'il s'était lui-même infligé en fondant sur un frère d'arme à l'instar d'un rapace sur sa collation. Jusqu'alors, elle ne l'avait que trop peu illustré comme l'homme qu'il était devenu, rattachée à des réminiscences juvéniles à présent décédées. Elle comprenait un peu plus pourquoi le suzerain l'avait désigné pour la chaperonner, qui plus est, il n'était pas uniquement l'un des plus émérites soldats du royaume, il était un fervent partisan à leur patronyme. Sa famille avait toujours été l'une des plus dévouées de la Cour, appréciée des uns, jalousée des autres, mais connue de tous. L'écu des Aronwë était un élément substantiel à la puissance Hardansson, mais leur concorde à tous deux outrepassait cette réalité politique. Il était son martyr de toujours, elle sa despote de chaque jour, et bien plus encore.

    Docile en sa compagnie, elle se laissa guider jusqu'à l'extérieur, cet endroit même qu'ils avaient admiré dans toute sa déchéance lorsqu'ils étaient arrivés la première fois. A présent, même la mort semblait avoir un sens éphémère, car plus aucun de ses stigmates ne maculait la pleine verdoyante qui s'étendait face à eux, jusqu'à la sorgue prochaine. Elle ne put s'empêcher d'y faire flâner ses prunelles d'un air évasif, songeuse sur nombre de propos. Chaque nouvel aurore subissait son lot de tourments, à son aboutissement, l'on effaçait ses dégâts en feignant qu'ils n'eurent jamais exister, pour mieux entamer la prochaine vague d'affres. L'amertume l'oppressa lorsqu'elle pensa à ces hommes dont il ne restait plus qu'un souvenir fantomatique, qu'un précaire vestige de vie dans les esprits. Elle ne voulait pas qu'il en soit un jour de même pour lui. A partir de ce jour, les nuits seraient les actrices d'un drame redouté, celui du trépas impossible de Dreann Aronwë. Mais au-delà de cette conjecture morbide, le phonème de son chevalier lui rappela qu'il était bien là et que d'ailleurs, il n'aurait pu aller nul part tant elle s'y accrochait. A son interrogation, Izhelindë haussa timidement les épaules, puis adoucit la constriction qu'elle exerçait pour lui permettre de s'orienter vers elle et la voir. Presque timorée, elle l'observa non sans se repaître de ses moindres paroles. Elle le laissa exhaler ses regrets sans pour autant les concevoir, car elle en était intimement persuadée : rien ne le mettait en faute. Au final, elle doutait que désigner un responsable de leurs maux était chose utile, leur fallait-il seulement du temps pour comprendre qu'ils n'étaient pas si différents. La perspective qu'il se soit adonné à la même réflexion flagellatrice qu'elle la fit sourire, qu'elle avait été sotte de ne pas être allée directement le trouver plutôt que de fuir. Bien que son avant-dernier propos l'apostropha par son manque de clarté, elle fut conquise par l'appréhension exprimée dans son ultime tirade. Attendrie, elle ne patienta guère plus pour lui saisir les mains en y exerçant une pression réconfortante, et chercha son regard pour s'y noyer.


    « Ne sois pas si pessimiste, tu vas finir par m'effrayer. » Elle exprima un rire. « Rassure-toi, il ne se passera plus rien. Je te le promets. »

    D'ordinaire peu encline à déclamer de telles promesses, elle le fit cependant avec une sincérité couvée d'une volonté à toute épreuve. Si elle était virtuose dans le domaine des facéties qui muaient inévitablement en complications, elle pouvait également demeurer coite sans se faire remarquer du reste de la journée, ce qu'elle avait l'intention de faire. Elle qui traquait tant les péripéties venait d'avoir la preuve que les plus belles rencontres comme les pires débâcles pouvaient avoir lieu à même son foyer, et qu'à y réfléchir, elle n'avait guère besoin de pérégriner pour s'offrir des aventures. Ce matin encore, la jeune femme n'aurait jamais escompté vivre une telle journée, qui ne lui était apparue comme monotone à l'instar de toutes les précédentes. Il était à la fois étrange et amusant de constater qu'elle s'évertuait à tout connaître de sa patrie, sans même en savoir assez sur son propre domaine. Riche d'émotions et de certaines prises de conscience, elle lui fit présent de son plus chaleureux sourire. Bien fluette consolation, mais c'était tout ce qu'elle était apte à lui apporter, pour le moment, si ce n'était un tant soit peu de quiétude. Il semblait épuisé et désorienté, la charge en plus qu'elle constituait sur ses épaules n'était pas pour le soulager. Aussi estima t-elle que le blasonné avait suffisamment peiné comme cela.

    « Je m'en vais à la bibliothèque de mon père, j'y resterai jusqu'au souper. Toi, tu vas t'occuper de ta personne, d'accord ? Pense à dormir un peu. » Elle lui tapota le bout du nez avec son index. « Nous nous reverrons ce soir, lorsque tu seras amené à faire ton rapport journalier au roi. »

    Ses phalanges effleurèrent affectueusement la joue du jeune homme qu'elle gratifia d'une nouvelle risette. Puis, après un dernier regard, elle se détacha de lui pour reprendre la route du palais qu'elle ne quitterait plus aujourd'hui. C'était un jour à graver dans les annales, nul doute possible, mais ce n'était là que les prémisses d'une odyssée à écrire.

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