Echo des Plaines : Chapitre VII ▬ Le Retour d'Inasmir


 
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 Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Lun 30 Jan 2012, 22:09

    L'astre sélénite était le témoin et le complice d'une insubordination royale. Sa nitescence opaline l'avait vue s'enfuir, dans la même douceur nocturne, elle la voyait à présent revenir. Dans la pénombre de sorgue, se faufilait un galbe discret, aux pas feutrés et à la physionomie encapuchonnée. La princesse escalada la vieille pierre d'un parapet, puis une fois en son sommet, prit un instant de contemplation. Les prunelles posées sur la magnificence du palais de ses aïeux, elle l'observa comme si ce fut la première fois, ce qu'elle pouvait faire toute la nuit durant sans lassitude. Comme à chaque fois, elle ressentit cette indicible fierté, l'ichor des siens embraser ses marbrures sanguines pour se manifester et toute une éternité d'histoire ressurgir dans son esprit. La foule pourrait bien diffamer à sa guise la concernant, au fond d'elle-même et bien malgré ses indécentes incartades, elle savait qui elle était. Une descendante de Hardan Le Valeureux, héritière en son nom du royaume de Lanriel. Dans la légende s'inscrirait un jour son prénom, sous la bénédiction de la divine Eydis, elle le souhaitait. Il était encore trop tôt pour avouer qu'elle songeait de plus en plus aux devoirs que son statut lui imputait, que tacitement elle préparait son âme au jour où elle serait coiffée de la couronne. Elle sentait l'étau se resserrer à la kyrielle des mois, son regard était au trône ce qu'aurait été celui d'un condamné à l'échafaud, car son intronisation serait la mort de sa vie d'antan et une renaissance tout à la fois. L'incohérence même de ses sentiments quant à sa destinée l'effrayait, comment pouvait-on à la fois désirer quelque chose et la répudier ? Etait-ce cela, devenir adulte ? La liberté était un idéal dont elle ne jouissait qu'à travers ses épopées, au final, peut-être que par ses fugues, elle ne cherchait qu'à grandir.

    Sa méditation fut interrompue par une conversation qui approchait de sa position, elle ne devait pas omettre que les sentinelles s'étaient accrues depuis les récents incidents et qu'oeuvrait en toute tranquillité était devenu délicat. Bien malgré la vigilance de son père quant aux rondes de ses gardes, elle était parvenue à les tromper grâce à une scrupuleuse analyse de leurs allées et venues durant sa convalescence et une once de providence. Si elle avait bonne mémoire, elle pourrait se souvenir des détails qui lui permettrait de rallier ses appartements sans se faire repérer. Bien qu'elle doutait que son absence ait été remarquée puisqu'elle était partie depuis plusieurs jours déjà, elle avait encore l'espoir de pouvoir user de sa légendaire finauderie pour alléger l'admonestation qui l'attendait. Avec de la chance et de la rhétorique – ainsi que quelques pattes graissées – elle pourrait convaincre son monde qu'elle n'était guère allée courir l'odyssée mais... Mais quoi ? Elle finirait par trouver, après tout, elle avait encore la nuit pour y songer. Pour le moment, Izhelindë se suspendit du côté non visible du mur de manière à laisser les gardes passer sans attirer leur attention. Elle patienta un moment puis, lorsque le temps fut venu, se hissa à nouveau pour sauter aux abords des taillis. Cette infiltration était comme un jeu dans lequel elle excellait depuis son adolescence même si, en y regardant de plus prés, passer par la grande porte comme si de rien n'était n'aurait pas changé grand chose. La dryade se lança donc à l'ascension de sa propre demeure dont elle connaissait les moindres recoins, se permettant même l'hésitation du passage qu'elle emprunterait. Allait-elle s'octroyer le luxe de passer par l'huis de ses quartiers avec tout le toupet qui la caractérisait ou s'amuserait-elle à se glisser par la grande croisée de sa chambre ? Elle opta pour la fenêtre, pour la simple et bonne raison qu'elle aimait ne rien faire comme le commun des mortels.

    En chemin, la demoiselle prit un instant pour observer sa tenue : des haillons particulièrement encrassés sur lesquels se disputaient macules et brèches avec des bottes pleines de fange. Son épiderme ordinairement d'albâtre était grisé de poussière et par endroit parsemé d'éraflures superficielles mais preuves d'hypothétiques aventures. Elle eut par ailleurs une pensée pour Galahad qu'elle avait quitté pour rentrer, cet ogre qu'elle avait trainé jusqu'aux abîmes des Cités des Morts, et également pour l'ouvrage qu'elle avait dérobé dans la bibliothèque royale et qu'elle ne restituerait pas intact. En y repensant, elle souffla sur une mèche qui lui chatouillait l'arrête nasale d'un air exaspéré à l'avance. Basculant sa capuche vers l'arrière, ses phalanges engouffrées dans sa crinière constatèrent le même encrassement que le reste de son apparence et elle pria silencieusement pour ne pas croiser son reflet dans un miroir. Que diraient ses pauvres parents s'ils la voyaient ainsi, comme une vulgaire paysanne sans raffinement ? Le belle étouffa un rire malgré le sérieux de la situation, son père finirait par l'envoyer dans un cloître jusqu'à son couronnement. Contrairement à son petit frère, elle ne risquait pas de subir l'armée et toute la discipline que cela représentait, une éventualité pour Lucius qui l'inquiétait d'ailleurs. Perdre son petit prince et le savoir sous le joug des généraux des troupes royales la faisait frémir d'horreur, aussi se voyait-elle déjà courir le libérer si cela devait vraiment se produire.

    Mais trêve de conjecture, elle avait un palais à traverser ! Après maintes acrobaties et leurres en tout genre, elle entama sa dernière escalade jusqu'à sa croisée durant laquelle son flanc la tirailla. La fatigue et les efforts accumulés ces derniers jours avaient eu raison de son repos suite à sa blessure, bien que supportable la douleur était encombrante. Izhi n'en fut pas moins soulagée lorsqu'elle posa pied sur le sol de sa luxuriante chambre qui lui avait malgré tout manqué. Risette aux lippes, elle se retint de pousser un glapissement en se jetant littéralement sur son lit douillet... Bien que c'est ce qu'elle fit sans le hurlement. Plongeon sur les précieuses soieries quitte à les salir et sur lesquelles elle s'étira longuement en ronronnant à la manière d'un félin. Rien ne valait son chez soi, après tout. Après quelques instants de détente furtive, elle se releva d'un bond, retira son châle et attrapa sa besace dont elle vida le contenu sur le lit. Un frêle nuage de poussière se souleva, elle le chassa de la main, écarta le livre abimé et fureta dans ses diverses trouvailles majoritairement futiles. Ce qu'Izhelindë ignorait était que l'orage était sur le point de frapper, car intimement persuadée que tout le palais dormait à une heure aussi avancée, peut-être en avait-elle trop relâché sa vigilance.

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Dernière édition par Izhelindë Hardansson le Jeu 17 Mai 2012, 17:04, édité 1 fois
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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Mar 31 Jan 2012, 23:35


« - Ne pourrait-on envoyer la garde sur ses traces ?
- Ce serait prévenir le royaume de sa fugue.
- Baste la politique ! Notre enfant déambule sur notre territoire sans protection quand vous nous astreignez à domicile. Dois-je vous rappeler qu'il s'agit de votre héritière et que sa mort secouerait Lanriel plus que l'image d'une obéissance ébréchée !
- Il suffit, Octavia ! »


Le rouge au joue, Arsenios tenait les épaules de son épouse entre ses mains. Elle s'était figée et son regard trahissait toute l'inquiétude qui secouait son cœur de mère face à l'apparente inaction de son mari. Se forçant au calme, il lissa le tissu entourant les bras de sa reine et poussa un soupir fatigué. Izhélindë n'en avait jamais fait qu'à sa tête mais à l'heure où le médecin de la cour lui recommandait repos et calme, ses parents ne pouvaient que craindre le pire. La guérison se faisait lentement. Sa blessure n'était plus aussi inquiétante qu'auparavant mais la cicatrisation n'était pas achevée. Son état méritait des soins et bien que la princesse manqua souvent de discernement, elle ne mettrait jamais en péril sa vie. Du moins, était-ce la pensée que son père tentait de partager à sa femme. Ni l'un, ni l'autre, n'ignoraient qu'au contraire, leur chère tête blonde mettait un point d'honneur à se précipiter tête la première vers le danger.

Tout en baisant le front de sa bien-aimée, Arsenios lui recommanda le repos et lui promit un dénouement heureux. A peine s'était-elle détachée de lui pour rejoindre leur chambre, qu'il avait pris le chemin vers les appartements de son aînée. Son absence n'avait échappé à aucun des blasonnés et cette énième disparition devint rapidement le cœur de leurs ragots. Certains laissaient entendre que la princesse n'accepterait nullement la couronne quand celle-ci lui serait due. L'abdication en faveur de son jeune frère devenait dès lors une éventualité tangible. Le roi craignait que son cadet n'acquiert des partisans dangereux, quand le père s'inquiétait ce que de tels murmures conspirateurs pouvaient souffler d'ambition au fils. Au fil des années, en dépit de l'animosité enfantine qui régnait alors entre ses enfants, il avait tâché de positionner son fils comme un allié indispensable au futur règne de sa sœur. Son sexe et sa frivolité étaient deux remparts naturels pour son couronnement prochain. Dès lors, aucun stratège ne pouvait ignorer l'attrait que représentait le second héritier pour tout blasonné un tant soit peu conservateur. Fort heureusement, Lucius ne semblait prêter aucune attention aux intrigues politiques et une nouvelle complicité le liait à Izhelindë. Arsenios avait toujours pris soin de leur épargner les duretés d'un règne sans toutefois les mettre dans l'ignorance. En ces temps troubles, il regrettait leur candeur et se morigénait de sa faiblesse toute paternelle.

Les privations causées par l'hiver prolongé et l'apparition du groupe auto-proclamé des Héritiers étaient autant d'évènements qui faisaient gronder ses sujets. Le peuple réclamait une royauté forte et ferme. Le peuple faisait fi des caprices de l'enfance. Ce qu'il accordait aux siens, il le refusaient aux héritiers de la couronne. Nul ne pouvait le leur reprocher. De fait, dès que la nouvelle lui était parvenue, sa majesté avait prétendue l'absence de circonstance. Non loin de Port-au-Prince, vivait une cousine éloignée d'Octavia. L'air marin, connu pour ses vertus vivifiantes avait été le prétexte idéal. Officiellement, donc, la princesse bénéficiait de l'hospitalité de cette parente et de l'amitié de son enfant, de trois ans plus âgé. Il n'en fallait pas plus pour qu'un prétendu mariage ne voit le jour dans le courant de l'année. Les spéculations n'en reprirent que plus belle. La cour était friande de telles réjouissances et elle se porta toute entière sur les qualités que devraient réunir le futur concubin royal pour faire face à l'humeur joviale de la jeune Hardansson.

En père attentif, Arsenios ne doutait pas que la fausse annonce de fiançailles ne manquerait pas de contrarier sa fille. C'était là peu de choses en comparaison de la colère qui menaçait de le submerger, lui, au fil des minutes qui prolongeaient son tourment. Avec raideur, il avait poussé la clenche qui maintenait son enfant, selon ses propres termes, « prisonnière de sa condition ». Il était las de ses humeurs. Son penchant pour l'inconnu n'était qu'inconscience. Plus que sa vie, elle risquait la stabilité du royaume. Qu'adviendrait-il si elle venait à tomber entre les mains de leurs détracteurs ? La mine ombrageuse, le roi se laissa couler dans un fauteuil de la chambre. Il n'avait nullement pris la peine de se munir d'une bougie et chassa l'idée de faire un feu. Les yeux perdus dans la contemplation du lit, il priait Eydis de lui ramener sa progéniture saine et sauve. La déesse s'était toujours montrée encline envers la famille royale.

A ce même instant, un courant d'air s'infiltra dans la pièce suivi d'une silhouette discernable entre toutes. Malgré sa piètre apparence et son relent de poussière digne d'une vagabonde, Arsenios reconnut immédiatement celle qu'on considérait comme l'une des plus grandes beautés de Lanriel. Que n'aurait-il donné pour que cette beauté s'accompagne de bon sens. Elle ne laissa transparaitre aucun signe qui laissa présager qu'elle l'avait remarqué. Assis dans un coin fort peu éclairé, le souverain du pays observait d'un œil mi-figue mi-raisin le bonheur qu'affichait son héritière. Il n'était pas sans ignorer le plaisir qu'engendrait une bonne chevauchée saupoudrée du parfum de l'interdit. Sans dissimuler sa présence mais sans faire montre d'un excès de bruit, il s'imposa à la vision de sa précieuse princesse. L'obscurité masquait le sentiment qui avait pris place sur son visage mais c'est d'une voix étrangement basse qu'il s'annonça.

« - J'ose espérer que cette aventure était digne de votre escapade. Je crains que les occasions ne viennent à manquer dans les jours prochains. Expliquez-vous, Izhelindë. »


Il fit un pas et les rayons lunaires révélèrent ses traits crispés par l'effort que lui demandait sa contenance apparente. Le vouvoiement indiquait clairement que ce n'était pas le père qui s'adressait à son enfant mais le roi qui s'entretenait avec la princesse. Sous ses airs polis couvait la franche colère.

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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Mer 01 Fév 2012, 18:58

    Telle une petite fille devant mille et un butins, Izhelindë examinait non sans émerveillement ce qu'elle avait pu ramener de son escapade. De ses odyssées, toutes furent la source de trésors qui auraient bien plus de valeur à ses yeux contemplatifs qu'au regard déontologique d'un quelconque connaisseur. Ainsi, elle était certaine de ne jamais omettre les tribulations qu'elle s'était infligée et les personnes avec lesquelles elle s'était liée. Comme si le temps s'était alors immobilisé pour lui céder un dernier susurre d'utopie romanesque avant que le voile diaphane d'illusions ne se fasse lacérer, un mince mais authentique sourire naquit sur ses lippes, mais hélas, il ne fut qu'éphémère. L'épée de Damoclès lui effleura le cuir chevelu, puis, sa lame glaciale la transperça de part et d'autre. Elle ne connaissait que trop bien ce frémissement qui gravissait son épine dorsale avec une affligeante langueur, cette prise de conscience casuelle, comme une proie qui venait de découvrir qu'elle en était justement une. L'estomac noué d'appréhension, elle clôt les yeux avec l'impossible espoir qu'elle avait tord, qu'aucun regard aussi meurtri que meurtrier ne la poignardait silencieusement. Comme à chaque fois qu'elle le voyait, lui, la réalité l'étreignit et elle ne put que faire face aux conséquences de ses actes avec tout la dignité qui faisait d'elle une Hardansson. Lentement – toute une éternité – son faciès pivota pour ne discerner qu'un galbe embrassé par la pénombre de la pièce, mais qu'elle ne connaissait que trop bien pour être celui de son démiurge et bourreau à la fois. A présent face à lui, son coeur s'atrophia, elle était incapable de réprimer le moindre geste si ce n'était l'observer. Son phonème la fit presque tressaillir bien malgré son intonation douceâtre et elle ne put s'empêcher un mouvement de recul lorsqu'il s'approcha jusqu'à la nitescence sélénite. Après quelques secondes de poésie sycophante, la princesse fut parcourue d'un électrochoc qui la fit redescendre sur terre... Ou simplement agir sans réflexion.

    A l'instar d'un dragon jalousant ses biens, la nymphe récupéra les objets hétéroclites dispersés sur les couvertures et les jeta dans un tiroir de sa coiffeuse pour le refermer aussitôt. Si elle donnait l'impression que son père risquait de les lui dérober, ce n'était pas totalement faux, elle ne serait guère surprise qu'il la prive de tout ce qui pourrait lui donner envie de quitter à nouveau la demeure familiale. Soudain, elle se souvint de l'ouvrage qui avait d'ailleurs connu les joies d'une promenade sous-marine, et qu'elle récupéra tout aussi promptement. Mais elle eut beau chercher, elle ignorait bien quoi en faire, alors qu'elle le garda contre son poitrail en croisant les mains sur la couverture pour que le titre soit le moins lisible possible. Evidemment, la surprise et l'impuissance la faisaient agir naïvement, ce dont elle se rendit bien compte en recroisant le regard paternel qui ne l'avait pas quittée. Ankylosée sur place à la recherche du meilleur discours à déclamer, ses lèvres se murent à plusieurs reprises sans qu'aucun son ne se manifeste, le silence produit commençait à se faire long et pesant. Sa décontenance fut alors rattrapée par sa fierté, et à défaut que sa finauderie usuelle puisse réellement l'aider, elle reprit de sa prestance.


    « Espérez-vous encore des explications après toutes ces années ? » L'idée de se justifier alors qu'elle ne ferait que mentir lui paraissait en effet stérile, aussi, elle ponctua. « Je n'en ai aucune. »

    L'évidence elle-même suffisait à résumer la situation, le souverain ne se laisserait pas duper par la rhétorique de sa fille pour les beaux yeux de celle-ci. La fréquence de ses fugues lui avait fait oublier que sa famille s'inquiétait pour elle, du moins, bien plus qu'à l'accoutumé pour des raisons diverses et évidentes. Sa blessure – qui s'était enlaidie depuis son départ – en faisait partie, à moins qu'elle ne soit que prétexte pour masquer ses préoccupations concernant l'opinion publique. Izhelindë le savait, elle agissait avec égoïsme lorsqu'elle disparaissait sans un mot, lorsqu'elle laissait l'incertitude planer sur le fait qu'elle soit encore en vie ou non. Sa fierté mal placée la rendait ingérable, car si elle s'enfuyait avant tout pour vivre quelques périlleuses épopées, elle le faisait plus tacitement pour défier l'autorité parentale et royale et se gausser du protocole aux yeux des nobles. Cela faisait-il d'elle une apostate indigne de son rang ? Peut-être, mais elle s'en moquait, et là était le plus inquiétant. Cette brève introspection la mit mal à l'aise, elle n'avait aucune envie de spéculer sur le sujet alors que sa carcasse endolorie hurlait au repos. Elle doutait néanmoins qu'elle puisse échapper par quel que subterfuge que ce soit aux sermons qui la guettaient avec suprématie, de quoi voir venir la migraine à mille lieux à la ronde. Il fallait qu'elle agisse, qu'elle fasse quoi que ce soit pour ne pas demeurer inerte dans le sillage de la colère paternelle. Mais quoi ?

    Cherchant à atténuer les éventuelles remontrances – ou à diminuer leur nombre tout du moins – elle songea aux stigmates qu'Arsenios n'aurait nul mal à distinguer en s'approchant d'avantage... En supposant qu'il ne les ait pas déjà remarqués bien que la pénombre jouait en sa faveur. La princesse s'avança jusqu'à légèrement dévier sur la droite de son père pour atteindre une armoire de bois d'ébène dont elle ouvrit l'une des portes. Furtivement, elle saisit une couverture de teinte parme et ornée des symboles héraldiques de son patronyme, qu'elle ajusta sur ses épaules comme si elle cherchait à se réchauffer. Par ce procédé, elle camouflerait au moins ses bras et ses épaules, ainsi que le livre toujours en sa possession et qu'elle espérait faire oublier en ne l'évoquant guère. Une fois l'huis refermée, la belle baissa la tête comme pour feindre un instant de résignation, puis releva ses prunelles azurines vers le regard du roi qu'elle soutint. Heureusement qu'elle avait abandonné ses armes dans une de ses caches qui lui permettait de les récupérer en cas de besoin, d'ailleurs, il n'était pas impossible qu'il lui fasse remarquer ses vols. Un arc, un carquois, ses flèches et une dague, ça ne passait pas inaperçu dans l'armurerie royale... Si ? Sans compter, évidemment, le recueil dont l'archiviste du palais pleurerait l'état. Finalement, elle était vraiment dans de beaux draps. Aussi, elle tenta de toucher l'amour paternel en s'adoucissant.


    « Je vous en prie, Père... » Elle enserra la couverture telle une enfant. « Je n'ai fait que me promener dans le royaume... Il n'y a pas mort d'homme. »

    C'était bel et bien une façon de parler. Rien de ce que la princesse aurait pu faire en cet instant ne suffirait à expier ses fautes, elle le savait, mais ne se privait pas d'essayer. L'espoir faisait vivre, et Eydis savait qu'elle en était pourvu.

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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Mer 08 Fév 2012, 17:47


La précipitation avec laquelle son enfant rassembla ses trouvailles ne manqua pas de profondément l'exaspérer. Izhelindë n'avait jamais manqué une occasion de prouver son attachement à ses découvertes et dans d'autres circonstances, peut-être son père aurait-il prêté une oreille attentive aux anecdotes relatives aux dangers affrontés pour se les approprier. A cet instant, toutefois, ces menaces approchées obnubilaient les pensées paternelles et son sang bouillonnait d'un mélange de fureur et d'impuissance. Quand diable apprendrait-elle la modération ? Cette question ne cessait de hanter son quotidien face aux multiples frasques de son héritière. Il n'était pas sans ignorer qu'elle était source d'indignation et d'inquiétude au sein de la cour et plus récemment, auprès de certains indigents. Ce constat-ci avait alarmé Arsenios plus que les jérémiades des blasonnés gravitant autour de sa personne. Un homme manquant d'autorité au sein de sa famille était bien en peine d'en imposer dans les autres domaines. Or Izhelindë mettait en doute ce trait de caractère par sa frivolité naturelle. Il n'était pas sans ignorer que sa progéniture avait, au fil des ans, glané les méthodes pour atténuer ses colères et attendrir son cœur. Néanmoins cela rejaillissait maintenant sur leur quotidien. Si son peuple ne mettait pas expressément son règne en doute, il laissait entendre que sa flexibilité le rendait plus faible à leurs yeux. Arsenios méconnaissait l'ampleur de ces murmures. S'étendaient-ils à la capacité de sa fille de prendre, un jour, le pouvoir?

Chaque fois, qu'elle s'éclipsait du palais, le roi espérait la voir revenir plus forte et plus reine que jamais mais chaque fois, il prenait conscience que plus que son besoin de connaître son royaume, la princesse s'évertuait à défier les limites de son existence. Jamais ne lui venait en tête de passer une journée incognito à Cathaifàl pour se mêler à la foule et prendre la mesure des tracas quotidiens de son peuple. Non, son enfant, aimait l'aventure, les chasses au trésor, les prises de risque et cette addiction à l'adrénaline lui faisait craindre l'apparition d'une monarque prompte à l'action et sourde aux recommandations de prudence de ses conseillers. Parfois, évidemment, cette impression s'effaçait pour laisser toute sa majesté éclater aux grands jours. De tels sursauts de royauté étaient bien rares mais quand ceux-ci apparaissaient, la princesse laissait entrevoir la reine en bourgeon qu'elle était. Toutefois rien sur son visage actuel ne laissait présager une telle métamorphose. Les mots tombèrent entre eux, bien vides et Arsenios bondit d'une voix crescendo.

« - Vous étiez chez votre tante Abering durant ces derniers jours. L'air marin vous semblait propice au rétablissement de votre blessure. Votre cousin s'est montré très prévenant et vous avez été touché par ses attentions au point de lui permettre de vous faire sa cour. Dès à présent, vous vous montrerez encline à la moindre de ses invitations.  »


La paume dressée face à Izhelindë, son père se prémunissait de toute protestation. La sœur d'Octavia ne manquait pas d'ambition. Ses services avaient tous un coût et bien que son fils ne pouvait prétendre au titre d'aspirant jusque là, il l'obtenait à présent par la grâce de sa cousine. Le garçon n'était pas coutumier de la capitale et ses manières s'en ressortiraient. Arsenios craignait qu'il se perde dans l'effervescence de la cour. Il n'était pas rare de voir un jeune homme s'égarer dans les frasques au contact de l'élite blasonnée. Les uns dilapidaient leur fortune en jeux, vêtements et bijoux quand les autres collectionnaient les femmes et se liaient, sous la pression de leur parents, à des partis mineurs dont ils avaient déjà franchi le lit. Ce cousin à l'humeur joviale risquait davantage que d'être simplement éconduit par sa future souveraine mais le souhait de sa mère ne pouvait être balayé. Ce gâchis à venir, suffit à lancer les mots suivants tandis qu'Arsenios plongeait les yeux dans ceux de son aînée, les joues rouge de frustration.

« - J'aimerais savoir s'il me faut chercher un parti pour une futur reine ou s'il me faut trouver le futur roi de ce royaume, en d'autres termes, celui qui s'apprêtera de ces devoirs que vous récusez avec tant de zèle, jeune fille ! »


Le sens de cette diatribe était sans équivoque. Le roi inspira profondément. La respiration hachée face à son enfant. Il avait fini par lui céder son angoisse actuelle et son aveu le brûlait de l'intérieur. Il n'avait jamais souhaité partager les doutes qu'elle lui inspirait mais la chose était faite dorénavant. Il la regarda resserrer la couverture autour de ses frêles épaules et s'avança d'un pas lent, son humeur retombée. Avec douceur il encadra de ses mains le visage d'Izhelindë et déposa un baiser sur son front. Il se détacha ensuite sans la lâcher, un doigt s'égarant pour écarter une mèche de sa joue et murmura.

« - Ma douce, ma tendre princesse. Il y a mort d'homme chaque fois qu'un de nos sujets se bat pour notre nom, notre honneur et notre sécurité. Chaque soldat qui tombe a une pensée pour sa famille, pour Eydis et pour son devoir accompli. Toi et moi représentons plus qu'un père et sa fille, nous sommes l'idéologie d'un pays. Nous sommes Lanriel et chaque jour connait son lot de pertes. Cette nuit, des êtres sont morts pour protéger leur ville et leur roi. Ce même roi qui, par chaque heure d'angoisse que tu lui infliges, ne peut pleinement se consacrer à son rôle.  Je crains, ma précieuse, qu'il y a mort d'homme. Un règne se pare de sang.»


Ses épaules s'affaissèrent à ce dernier mot. Le contexte difficile jouait sans doute sur ses confidences. Pourtant l'évidence était là. Des hommes risquaient leurs existences pour préserver celles de leur monarque et sa famille. Leurs actions étaient vaines si, faisant fi des conséquences et des risques, l'un d'entre eux se précipitait là où nul soldat ne pourrait assurer sa survie. Esendril avait bien été formé au métier d'assassin par Scarlett de Vinter mais s'il ne pouvait rester constamment auprès de la jeune singulière, la tolérance sur leurs sorties devenaient caduques. Arsenios libéra sa fille de son emprise et remarqua la tension qui tenait son corps vieilli. Ce semblant de paix instauré entre eux lui parut plus menaçant que leurs habituelles disputes. Il soupira. Ses prunelles se posèrent doucement sur le visage qu'il examinait enfin. Les quelques coupures qu'il distingua lui firent froncer les sourcils. Peut-être était-il temps d'inculquer une nouvelle discipline à l'indocile qui lui faisait face.
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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Jeu 09 Fév 2012, 20:30

    Quiconque possédant un minimum de bon sens n'aurait guère tenté de parader devant les calots rutilants d'exaspération du souverain de Lanriel. Quiconque, si ce n'était son aînée que rien ne semblait effrayer, pas même les prédications paternelles. Pourtant, elle estimait en cet instant l'ampleur de la menace, des dégâts infligés et ceux à venir. Son père ne lui conterait pas fleurette, les lisières de sa patience et de sa relativité avaient été outrepassées depuis longtemps, bien trop pour ne pas voir sa foi en sa propre chair ébranlée. Elle, feignait de ne pas authentifier son désappointement, sans doute la pire des conséquences de ses frasques qui la tourmentait plus qu'une rage sourde. Bien que martyr des incartades de son héritière, le roi étreignait chaque situation avec un tel intellect qu'il faisait passer ses absences pour ce qu'elles n'étaient pas : légitimes et justifiées. L'allégation – déclamée telle une vérité qu'il lui ferait avaler de force ou de gré – fut cette fois-ci particulièrement saumâtre puisque liée à une éventualité matrimoniale improbable, comme toutes celles avant elle. L'excuse habilement ficelée outra Izhelindë de par son aspect semi-officiel – voire totalement – mais son élan de révolte fut réprimé avant même qu'une quelconque sonorité ne se manifeste. Il serait futile de vitupérer à ce sujet pour le moment malgré l'envie de le faire, elle aurait de toute façon loisir de désavouer les ouï-dires concernant cette union dans les jours à venir, avec toute la subtilité qu'on lui associait.

    La crainte confessée fut une douloureuse réalité et fit abattre une ineffable opprobre sur les épaules de la princesse. Incapable de soutenir le regard de son père après ce traitre aveu, ses prunelles époussetèrent le sol comme pour y chercher une issue dérobée. Elle s'était toujours sentie apte à endosser ses futures responsabilités, encline à gouverner de son propre chef sans guère plus qu'une aide subsidiaire de la part de celui qui serait son époux. Le roi ne porterait ce titre qu'en devenant son consort et hériterait des devoirs qu'elle lui céderait, le reste – la charge du trône – lui appartenait, à elle. Contrairement à ce que sa conduite miroitait, elle défendrait ses legs jusqu'au sang s'il le fallait, l'idée que son patrimoine lui échappe n'était pas même envisageable. Elle s'en sentit d'autant plus imprégnée lorsque les lippes d'Arsenios lui baptisèrent le front, un geste tendre durant lequel elle clôt les yeux, tant envieuse qu'il ne cesse pas. La chaleur des mains du souverain soulagèrent la froidure de son faciès, comme son amour réchauffait son coeur d'indigne descendante. Pourtant, sa tirade fut bien mal accueillie, la belle se mortifia sans raison apparente. Elle somatisa son offense par une contraction musculaire inconsciente et des traits renfermés, signaux – pour qui la connaissait – n'étant pas de bonne augure. Peut-être n'avait-il fait qu'une constatation, sans réel reproche, mais c'était pourtant ainsi que la jeune femme avait ressenti ses dires, comme une attaque personnelle. Avant même qu'elle ne prenne à son tour la parole, la volonté fielleuse qui naquit dans son regard azur fut prophétique d'une suite moins douceâtre.


    « Ne m'accusez pas de leur trépas... Vous n'en avez pas le droit ! Des hommes meurent que je sois en cavale ou dans mon fauteuil, ce n'est guère leur montrer d'irrespect que de s'intéresser au peuple autre que par les leçons de précepteurs. Un souverain n'apprend pas à connaître son pays en siégeant dans l'oisiveté ou en prêtant l'oreille à des seigneurs dévoyés, ce n'est pas non plus sa façon de monter à cheval qui fera de lui une personne de bien ou de mal ! »

    Les reproches fusèrent, les ardeurs d'un hypothétique quiproquo aussi. Des vies étaient fauchées chaque jour durant, à chaque aurore, à chaque crépuscule, sans qu'elle n'en soit instigatrice, directement ou non. Elle refusait obstinément de croire qu'elle aurait pu en changer quelque chose même en étant restée alitée, une accusation qui n'avait pas lieu d'être à moins de ne vouloir la blesser. Criant à l'injustice – à la calomnie ! - sans doute trop âprement pour ce qu'était vraiment la situation, elle subissait en fait le poids de toutes les médisances à son sujet, ces commérages qu'elle s'évertuait d'occulter jusqu'à ce qu'ils ne lui soient crachés au visage par son père. Octavia n'était pas non plus étrangère à cette effervescence, cette reine suffisamment décente pour entraver son propre mal-être par sa royauté, mais trop égotiste pour ne pas le lui faire sentir. Cette rivalité dont Izhelindë souffrait tant, qu'aucun ne semblait remarquer, dont elle n'aurait pas même pu parler au risque de provoquer un cataclysme familial. Lucius n'était que peu concerné par les sinuosités de la couronne et il était préférable que cela reste ainsi. Ne restait plus qu'Esendril auquel elle pouvait encore se raccrocher, car elle doutait que le roi puisse être impartial ainsi déchiré entre les deux femmes de sa vie. Au fond, cette histoire de soldats sacrifiés au combat n'était peut-être qu'un prétexte pour lui dire, lui confier – à sa façon – qu'elle allait mal. Elle avait besoin de lui, mais était trop fière pour le lui exprimer – ou le faisait très incorrectement. Lui demander d'être avec elle tout en ne l'étant pas, là était le principal vice de l'héritière : vouloir tout et trop sans réellement savoir ce qu'elle voulait en fin de compte.

    « J'ai parfois l'impression que les dires de vos précieux sujets de la Cour trouvent d'avantage écho en vous que ceux de votre propre fille. » Reattaqua t-elle, avant de concéder, meurtrie et résignée. « Même Mère a cessé de m'écouter... »

    Son coeur voulut poursuivre sur sa lancée, ses lèvres aussi, mais elles murent en vain. La princesse préféra faire silence avant de s'aventurer sur un terrain pentu qu'elle ne pourrait escalader en sens inverse. Aussi inconvenant que cela paraissait, elle n'avait toujours attiré l'attention de son père qu'à travers des bêtises, même enfant. Aujourd'hui encore, elle n'avait guère trouvé de substitut à cette marotte de plus en plus embarrassante avec les années. Elle n'avait jamais vraiment cherché à le faire, à dire vrai. Toute la faute n'incombait pas à ses pauvres parents, il ne s'agissait que de tords mutuels qu'ils se renvoyaient les uns aux autres. Des discussions sans écoute et des opinions immuables, elle se demandait à quand remontait la dernière fois où ils s'étaient tous comportés comme les membres d'une même famille, et non pas comme des figures sacrées liées par leurs responsabilités. Izhelindë n'avait ni réponse, ni solution, alors elle fuyait. C''est ce qu'elle fit, encore.

    Ses yeux jusqu'alors agglutinés à ceux du souverain se détournèrent, elle traversa une partie de la pièce pour poser le recueil sur sa coiffeuse, faisant trembler les nombreux flacons et éléments d'apparat. Qu'il prenne connaissance de son contenu n'avait plus d'importance, elle l'avait même installé de façon ostentatoire sciemment. L'héritière prit place sur la chaise, se confrontant à son reflet dans les miroirs. Elle s'observa sans un mot, jugeant de la saleté qui encrassait son rang autant que sa peau, et de ces deux saphirs au bleu diaphane assombris d'aigreur. Dans cette même glace, le galbe à peine distinguable de l'homme à qui elle devait son existence et auquel elle ressemblait plus qu'elle n'y pensait. Ceci l'amena pourtant vers un triste constat.

    « Tout aurait été si différent, si j'avais pu naître homme... »

    Alors peut-être aurait t-elle pu être un exemple de hardiesse plutôt qu'un modèle d'indocilité, un conquérant chevronné au lieu d'une jeune inconsciente, un précurseur à la place d'une effrontée. Elle avait l'impression – peut-être faussée – qu'elle aurait pu être tant de choses, si elle s'était faite conjuguer au masculin.

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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Mer 22 Fév 2012, 16:23


Eydis s'était penchée sur le berceau de l'enfant à sa naissance. La grâce avec laquelle leur déesse avait ciselés les moindres détails de ce visage opalescent était un cadeau à lui seul mais outre cette indéniable beauté qui caractérisait la princesse héritière, Eydis n'avait pas oublié de l'animer du feu de la passion. Si la magnificence d'Izhilindë inspirait le talent des meilleurs sculpteurs, son corps n'était pas fait de marbre. Son humanité transparaissait à chacun de ses gestes et sans desservir son portrait, ses émotions la transcendaient. Qu'il était difficile de rester stoïque face au tumulte qui agitait ses prunelles d'azur ! Son père n'était pas insensible. Face à cette image poignante, les coups étaient rudes et le trouble s'empara de lui. Il n'était pas préparé à affronter la rancœur de son enfant. L'avait-il méjugé ? Sans mot dire, il accusait les attaques de sa fille et ployait un peu plus à chacune de ses assertions. Si ses paroles n'étaient pas dénuées de sens, il ne pouvait toutefois écarter l'emphase dont elle paraît son discours pour justifier ses incartades. Rencontrer son peuple ne forçait pas à des initiatives solitaires. Il lui reprochait sa précipitation à se lancer seule à l'assaut de l'inconnu quand elle vantait son indépendance. Sa bouche s'ouvrit pour riposter et se referma aussitôt.

Elle était une enfant et comme tout enfant ses mots dépassaient souvent ses pensées. Le voyait-elle en souverain oisif, entouré de sa clique de bien-pensants, incapable de prendre ses propres décisions ? Était-ce l'image qu'il offrait à sa cour ? Durant des décennies, Arsenios s'était évertué à écarter l'ombre du règne de son père et voilà que son héritière ressassait les mêmes craintes que, jadis, il avait partagé. Cette vérité l'accablait. Il aimait son père mais sa politique n'avait jamais trouvé écho en ses ambitions personnelles. Le monde s'était ouvert à lui et de son regard neuf, il avait façonné une nouvelle page de la royauté, empreinte de ses expériences d'adolescent. Il n'avait pas oublié la sensation d'un bon galop dans une plaine vierge, ni l'accueil que lui réservait ses sujets en le conviant à leur table. Ces moments d'anonymat étaient chéris mais en parallèle de ces facettes de vie, il se souvenait de la présence des compagnons avec qui il les avait partagé. Izhelindë manquait de compagnie. Elle était affable et se jetait à corps perdu dans des relations, pourvu que cela lui procure satisfaction mais sous cette apparence amène, Arsenios la découvrait perdue. Non de cette perdition saine mais de celle teintée de fierté qui réfute la moindre aide pour mieux affirmer des positions factices. Le souverain craignait que, parce qu'elle devait faire ses preuves, la princesse se lance dans des odyssée où son seul jugement compterait.

« - Izhelindë...»


La voix rendue rauque par l'émotion, Arsenios comprenait enfin ce dont sa précieuse descendante manquait tant. Son devoir l'écrasait et s'il n'avait pensé voir dans les frasques de son enfant qu'une manière de se distinguer du nom familial, il comprenait qu'il n'en était rien. Octavia et lui avaient renforcés ce dialogue de sourds qui peu à peu s'installait entre eux; imperméables aux demandes de leur première-née, trop persuadés qu'ils étaient que ce n'était là qu'une fracture adolescente que le temps aurait tôt fait de combler. Qu'ils étaient sots ! Leur princesse restait une petite fille qui souhaitait toujours se réfugier dans l'étreinte parentale, y sécher ses larmes et chasser ses craintes. Sa force cachait encore des peurs intestines et tandis, qu'elle se rendait à sa coiffeuse, il sut qu'il lui était encore possible de réparer. Doucement, il s'avança vers elle comme un écuyer le ferait vers un cheval craintif. Sa main se posa sur l'épaule et ses yeux cherchèrent son regard dans le reflet du miroir alors qu'elle partageait l'une de ses angoisses. Elle, un homme ?

« - Ah.  Il retint sa respiration et fronça ses sourcils tandis qu'il cherchait à imaginer la grossièreté de ses traits prenant place sur le minois charmant. Un sourire pointa sur son faciès. Dans pareil cas, je crains que les colliers n'auraient fait déplacé ! »


Entre sa paume, il pressa tendrement la courbe de l'épaule. Depuis le début du règne Hardansson, hommes et femmes s'étaient succédés à la tête du royaume. Le premier-né héritait de la couronne et nul ne contestait ce fait. Leur lignée était bénie d'Eydis. Comment auraient-ils seulement pu repousser la légitimité d'une femme quand la base de leur religion se dessinait au féminin ? Bien des fois, lors ses leçons d'histoire, Arsenios avait interrogé son précepteur sur cette question. Le système matriarcal aurait du primer et les hommes céder leurs droits à leurs sœurs. Son professeur lui avait rétorqué non sans malice que les filles d'Eydis, en plus de posséder un sens aigu de la justice, n'étaient pas sans méconnaitre la tâche difficile qu'était celle de donner vie. Si une reine ne pouvait donner qu'un unique enfant, ce dernier se voyait choyé, qu'importe son sexe. Cette tradition s'était perpétuée et jamais ne lui était venu le projet de faire passer Lucius outre son rang, ni même la pensée de l'homme qu'Izhilindë aurait pu être. Il les aimait tout deux, ainsi qu'on les lui avait donné.

« - Ton frère et toi être les plus beaux cadeaux que votre mère pouvait m'offrir. Je vous chéris comme mes plus beaux trésors et je ne doute pas un instant que ton impétuosité, homme ou femme, ne nous conduise à des situations alambiquées. De même, je ne conçois pas un futur sans ton amour de Lanriel et de son peuple. Tu fais ma fierté. Que sont quelques cheveux blancs face à l'orgueil qui gonfle ma poitrine quand mon regard croise le tien ? Tu es mon enfant. Je t'aime comme un père aime sa fille, avec déraison et excès. Crois bien que si je pouvais toujours te garder accrochée à mon bras, je le ferais. »


Il passa ses doigts dans ses boucles blondes et la couva d'un regard tendre. Comprenait-elle que s'il s'évertuait à lui chercher mari, ce n'était pas dans le but unique d'une alliance mais bien de lui assurer la présence d'un homme capable de l'aimer autant que lui et ce, même après sa disparition. Il la désirait entourée. Il n'avait que trop repoussé son entrée dans la politique. Il lui fallait prendre ses marques et tenir sa main lors de ses balbutiements, en tant que père, en tant que roi. Il inspira posément et ajouta avec un sourire complice.

« - Et je le fais. Accepterais-tu de me seconder dans mon rôle dès demain ? Il y a un sujet que j'aimerais évoquer en ta compagnie. Il s'empressa d'ajouter. Après une bonne nuit de sommeil, il va de soi. »


Écarter la foule de courtisans autour de sa fille pour le lendemain ne relèverait pas de la gageure. Repousser les projets d'Octavia et ses inquiétudes seraient plus difficiles mais ses raisons annoncées, il saurait se montrer ferme. L'éducation d'Izhelindë ne souffrirait plus d'aucun retard, pourvu qu'elle se montre encline à l'accepter.
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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Sam 25 Fév 2012, 21:59

    Confrontée à ce reflet qui semblait être une barricade à une existence plus assumée, Izhelindë se fixait, les prunelles dénuées d'éclat. Bien qu'elle l'eut maintes fois énoncé lors de ses émois comme ce fut précédemment le cas, elle se demandait si, au final, être homme aurait apporté un réel contraste si ce n'était la perception de la foule. Si elle n'avait pas eu à porter les désagréments d'une nature féminine, ceux de la gente masculine auraient tôt fait de la tenailler, chaque sexe possédait son lot d'accablements. Ce n'était qu'un procédé de plus pour exprimer sa contrariété, son désespoir de ne jamais pouvoir emprunter la voie qu'elle aurait elle-même choisie. Les choses étaient ainsi, Eydis l'avait destinée à de plus grands desseins et ce depuis sa genèse, un fatum auquel elle ne serait en mesure de se soustraire à moins d'en être disgraciée. Chaque jour le lui rappelait, chaque fois qu'elle apercevait son ménechme dans un miroir et qu'elle constatait à quel point elle lui ressemblait. L'image reflétée du souverain aurait pu se poser sur la sienne, depuis toujours, on avait cessé de lui confier qu'elle n'était pas son héritière que par sa sollicitude ou legs royaux, elle l'était également par des certains traits physiques distincts. Cette vérité l'apostropha silencieusement à présent qu'ils étaient côte-à-côte, deux générations de fierté et de suzeraineté, ainsi liées de tout leur soûl par-delà l'intelligible. L'anodin contact qui agricha son épaule fut prompt à la bouleverser, simplement car elle n'aurait jamais pu lui conter à quel point elle l'aimait et l'admirait, à quel point elle se couvrait d'opprobre lorsqu'elle le désenchantait de ses actes. Pourtant elle les réitérait sans cesse, quand bien même elle finirait par le regretter, peut-être trop prise par l'euphorie de l'instant et sa quête d'adrénaline. Mais comme il savait si bien le faire, il la lénifia d'une façon inopinée, un humour qui fit mouche.

    La princesse ne put réprimer un ricanement, un sourire qu'elle chercha tout d'abord à camoufler à l'aide de ses phalanges en opinant négativement du chef. Elle abdiqua finalement en sa faveur en lui adressant une risette timorée, sa main alla quérir réconfort en saisissant celle de son père encore posée sur son épaule. Elle ne quitta guère son regard rassérénant, ses propos lui semblèrent telle une bruine sur des terres arides et éplorées d'espoir de vivre, un oxygène substantiel dont elle n'avait que trop manqué. Bien qu'elle eut toujours su que ses parents les aimaient Lucius et elle, l'entendre de vive voix ne pouvait que la rassurer, la nécessité affective lui avait toujours été d'une proportion importante. Peut-être n'était-ce qu'un manque de confiance en elle, un besoin de se savoir aimée autrement que pour son essence princière. En plus de la pacifier un tant soit peu sur ce fait, Arsenios l'intrigua par l'exposition de son offre. Quel pouvait être ce sujet pour qu'il souhaite solliciter son opinion – mieux encore - sa présence ? On ne l'a jugé que trop peu impliquée, d'ordinaire, aussi plissa t-elle les yeux en furetant dans ceux de son paternel non sans un air inquisiteur. Mais pour l'heure impénétrable, il lui faudrait patienter jusqu'à l'aube pour assouvir sa curiosité, ce qui la conduisit à acquiescer d'un mouvement de tête pour affirmer sa venue. Les seigneurs seraient certainement les premiers ébahis, par ailleurs, il ne lui faudrait pas omettre d''approuver lorsque le thème de sa convalescence chez sa tante serait évoqué, ce qu'elle ne promettait en revanche pas de faire concernant ces dites aubades cousinales. Les fiançailles étaient certes inéluctables mais encore bien éloignées dans l'esprit de la dryade qui désirait en entendre parler uniquement pour s'en gausser. Pour le moment cependant, elle laisserait son père trouver le repos après tant d'appréhension, ce qu'il s'en allait probablement faire une fois son épouse apaisée. Mais alors qu'il s'apprêtait à la quitter, la voix cristalline de sa pouponne s'éleva à son attention.


    « Père, tu... »

    Orientée en sa direction, ses deux lacs de saphirs le scrutèrent, émotifs. Subitement aphone, Izhelindë ne put entamer une quelconque amorce vocale. Elle avait tant à lui dire, or, il l'avait conviée à une sorgue de paix pour pacifier les esprits effarouchés. Elle n'aurait pas même su par où commencer, ni de quel pantomime le gratifier. Le simple fait qu'elle voulut délaisser le vouvoiement, artifice auquel elle s'était pourtant habituée par signe de déférence, indiquait que ses barricades s'écroulaient. La belle doutait cependant qu'en soit venu le temps, pas ce soir, dans cette atmosphère indicible et les inquiétudes toujours présentes. Leur joute si furtive n'avait pourtant été que suffisante, elle n'en désirait pas plus. A la suite de longues secondes d'inertie, elle finit par concéder d'un rictus résigné.

    « Embrasse Mère pour moi. »

    Puis elle le libéra de son carcan paternel. La couverture qu'elle tenait fébrilement s'extirpa de sa poigne pour joncher le sol, ses courbatures revinrent l'assaillir bien qu'elles eurent semblé s'être envolées un temps. Les prunelles évasives, la princesse parcourut la couverture du recueil qui ornait sa coiffeuse et s'interrogea : devait-elle faire part de sa découverte à son roi ? Ce qu'ils s'étaient évertués à traquer Galahad et elle attendait son heure dans l'une de ses caches, un artefact extirpé des horreurs des cités des morts mais dont elle ignorait la valeur. Une relique qui ne tomberait pas aux mains des Héritiers, au moins, la persuadait qu'elle avait bien fait de s'en emparer au détriment de son alliance avec l'indigent. Elle se demandait d'ailleurs quand est-ce qu'elle aurait l'opportunité d'aller le trouver pour lui octroyer une récompense financière, le plus minime dédommagement qu'elle était en mesure de lui apporter. A songer à ce qu'elle avait vécu et affronté, ses paupières s'encombrèrent de tous ses maux, si bien qu'elle lutta pour ne point sommeiller à même son emplacement actuel. A l'instar d'un automate, ses pas l'amenèrent jusqu'à son alcôve sur lequel elle se jeta tel un dévot dans des flammes lustrales. Elle se para des couvertures pour s'en faire un pelage hivernal, bientôt, ne restait plus que quelques parcelles d'épiderme visibles, puis elle sombra presque immédiatement à l'éreintement. L'âme confuse, le coeur léger.

    La sylphide se crut en pleine chimère lorsqu'un binôme de domestiques vint l'éveiller conjointement à la clarté diurne. Pataude, elle ne rétorqua que grimaces complices aux remarques humbles et légitimes de ses dames quant à sa piteuse apparence et les stigmates qui s'y accompagnaient. Résolue à entamer cette nouvelle journée d'un pied fortuné et enjoué, elle s'empressa de plonger dans un bain aux aromates exquis et parfumés dans lequel elle confessa quelques détails de sa récente épopée. Les rires mutins de la princesse et ses servantes firent écho dans le corridor, ces dernières aimaient à la harasser de questions auxquelles elle se faisait toujours plaisir de répondre. Les bulles de savon eurent le loisir de conquérir la salle avant que l'héritière ne s'extirpe de son eau, pour une visite qu'elle n'appréciait guère à l'avance. Le praticien du palais vint examiner sa blessure qu'elle n'avait pas épargné de tourments et qu'il fut contraint de panser à nouveau. Une fois ses prédications encaissées, l'auscultation fit place au délicat choix de son habit journalier. Elle tenait à façonner la dignité de son souverain, mais également à miroiter la superbe de son rang de manière – pour une fois – suffisamment protocolaire dans un dessein de vraisemblance. Son choix s'immobilisa sur une robe dite paonacée, d'une couleur dominante indigo aux ornementations opalescentes , une taille fine soulignée et une poitrine à peine suggérée, Le maquillage fut d'une aide précieuse, son teint d'albâtre fut unifié pour estomper les vestiges de sa témérité, sa crinière aux chatoiements flavescents fut élaborée en une houppe appliquée, puis elle vêtit son front d'une tiare nacrée. Une once de fragrance et des iris au paroxysme de leur limpidité. Enfin, Izhi parcourut le domaine de ses aïeux pour rejoindre l'étude de son père dans laquelle elle pensait le trouver. Son arrivée sembla impromptue, surprenante pour les quelques personnes présentes auprès du roi qui en furent ankylosées. Après une salutation formelle, les féaux quittèrent les lieux pour ployer l'intimité familiale nécessaire. Immobile face à Arsenios, la demoiselle effectua une courbette d'usage d'une volée presque affectée.

    « Votre excellence. »


    Ses lippes muèrent en un large sourire facétieux qui témoigna d'une attitude plus taquine que naturelle. Elle ne résista guère plus longtemps pour s'élancer vers son père et le faire captif de son étreinte comme s'ils fêtaient là de véritables retrouvailles. Ce fut l'impression qu'elle en eut, puis, elle le salua cette fois d'un élan plus filial, déposant un baiser sur sa joue. Son engouement était palpable, ravie d'entamer ce jour sous l'influence du partage.

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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Mer 29 Fév 2012, 23:36


Quand le roi était retourné dans ses appartements, il avait trouvé son épouse en proie à tous les doutes et sa subite apparition fit céder le barrage qui retenait les émotions de sa reine. Ses cheveux détachés cascadait sur son épaule et ses traits tirés témoignaient de sa fatigue. La courtepointe avait glissé jusqu'à ses hanches et le souffle manqua à son mari. A la voir ainsi, il comprenait soudain de quel poids venait de s'alléger ses épaules. Il savait leur enfant en sécurité dans sa chambre. Octavia l'ignorait encore. Tendrement, il s'approcha de son épousée et son pouce retraça les pourtours de sa joue.

« - Elle va bien, mon adorée. »


Ce n'était que murmure mais la portée dépassa ce simple fait. Un sanglot couplé d'un soupir de soulagement échappa d'entre les lèvres tremblantes et le roi referma une étreinte apaisante sur le corps apaisé de sa moitié si chérie. Au petit matin, quand il se leva, sa femme se lovait toujours dans un sommeil réparateur. Le soleil n'était pas encore levé. Les tribulations matinales furent vite expédiées et c'est le cou douloureux que le souverain des lieux reprit son quotidien. Une paume passée dans sa nuque, il roulait de la tête à chaque fois qu'il bénéficiait d'un instant de solitude. Une courbature tirait sa peau et son épaule restait encore ankylosée du poids d'Octavia. Il n'avait eu le cœur à la chasser de l'alcôve de ses bras et payait maintenant le tribut d'une position trop longtemps maintenue. Il était vrai que ses exercices d'escrime se raréfiaient sous l'impulsion des derniers évènements et que son corps manifestait les premiers signes du relâchement. A son grand regret, la carcasse d'un quarantenaire s'entretenait plus difficilement que celui d'un jouvenceau.

Tout à ses réflexions, il ne remarqua pas tout de suite l'arrivée d'Izhelindë. Le silence subit et l'éloignement progressif de ses conseillers lui fit toutefois lever les yeux. Sa fille était toute en beauté et il aurait été bien en mal de ne pas céder à son impulsion affective. Ses bras se refermèrent sur le frêle corps quand sa main s'égara fugitivement dans sa chevelure, il craignait par son imprudence la chute prématurée de plusieurs mèches. Un sourire conquis sur le visage, il recula d'un pas pour mieux évaluer sa toute petite. Si un doute avait pu le surprendre dans la nuit quant à sa venue, ce dernier se voyait chasser avec force. Tout dans le spectacle qui s'offrait à son regard amusé témoignait de la solennité avec laquelle l'héritière du royaume prenait cette entrevue. Rassuré de ce fait, il pinça doucement la joue de la jeune femme.

«  - Princesse.»


Son amour se déversa dans le titre qui revêtit, dès lors et avec justesse, l'allure du sobriquet. Subjugué, il était bien en mal de savoir par quel bout entamer sa leçon car, bien que rien ne présageait une telle tournure, ce temps à partager n'était pas anodin. Il ne pouvait tout à fait détacher son rôle de roi à celui du père. Ainsi, il offrit son bras à sa progéniture et l'entraina dans les couloirs de leur palais. La journée s'annonçait paisible et les odeurs de fleurs en éclosion emplissait les jardins royaux. Jadis, sa mère aimait se rendre dans les allées végétales et de fait, il persistait toujours une effluve de rose et d'un peu de terre dans son sillage. Avec candeur, il se demandait ce dont retiendrait ses enfants de son parfum. Une forte essence de musc peut-être. Sa main refermée sur celle de sa fille que son bras maintenait à hauteur de buste, il la conduisit jusqu'aux écuries où les piaffements des étalons et l'effervescence des palefreniers offrait un spectacle délectable. Promptement et avec efficacité, leurs montures respectives leur furent amenées. Il enfourcha sa jument et flatta l'encolure de sa jeune amie. Arsenios croisa ensuite le regard de sa fille.

«  - Nous rentrerons avant la tombée de la nuit. Du moins, si tu arrives à soutenir l'allure de ton vieux père. »


A ces mots, il talonna les flancs de Fortunée et s'élança à travers les plaines environnantes. Le souverain avait pris soin d'opter pour un chemin peu fréquenté au sein de sa capitale. Son apparition cavalière ne manqua pourtant pas d'être accompagnée de clameurs enthousiastes par les rares badauds. Le vent léchait son visage et lui donnait des ailes. Sa monture était l'une des plus rapides de Lanriel et nulle sensation ne pouvait l'égayer autant qu'une chevauchée à bride abattue. La cavalcade perdura sur plusieurs kilomètres avant que l'allure ne se ralentit. Les joues rosies par la course, Arsenios laissa Izhelindë parvenir à sa hauteur. La curiosité de sa fille était un avantage dont il usait avec précaution. Avare en explications, il profitait de cet ascendant pour maintenant son héritière sous sa coupe. Néanmoins, il était temps d'en venir au fait et c'est avec un sourire qu'il s'y efforça.

« - A encore une dizaine de lieux d'ici, au nord, se trouve un des plus vieux temples dédiés à notre déesse, la très haute Eydis. Au cœur de cette bâtisse, se situe la plus vieille bibliothèque de notre pays. Les plus précieux recueils sont pour la plupart concentré dans nos archives personnelles, toutefois là-bas demeure encore d'importantes parcelles de notre histoire.  Il inspira et reprit, la mâchoire légèrement contractée par sa soudaine contrariété. Comme tu l'as constaté, des groupes de personnes se font nommer les Héritiers et se proclament adeptes de Mynkor. Nos renseignements à ce propos sont encore minces mais le grand prêtre de Cathairfàl nous a juré avoir lu quelques passages sur cette entité dans le temple où il fut initié. Il s'agit de notre destination. »


Il passa ses doigts dans la crinière ébène et fixa un point à l'horizon. Cette sortie ne comporterait probablement aucun pic d'adrénaline mais peut-être le sort de son peuple préoccupait-il suffisamment Izhelindë pour la détourner un instant de ses aventures habituelles. Par ailleurs, si le roi n'y fit aucune allusion, il espérait que la princesse note la présence discrète de la garde royale sur leurs arrières. En tête, le capitaine, s'évertuait à laisser une distance respectable entre ses suzerains et ses hommes. Sans se soustraire à leurs regards, l'éloignement ainsi créé préservait, malgré tout, père et fille d'oreilles vagabondes. Peut-être la jeune femme y puiserait-elle un peu de compréhension sur leur rôle.

Finalement, ils mirent pied à terre, peu avant que le soleil soit à son zénith. Le temple tout en pierre était d'une simplicité étonnante. Quelques poules picoraient sur son seuil et un moine tirait déjà de l'eau d'un puits à leur intention. Aucun paysage ne semblait plus serein que cet aperçu d'une autarcie toute dédiée à la déesse mère. Nul ravage n'était à déplorer. Pourtant, Arsenios en était certain, de récents rapports détaillait la recrudescence d'attaques de créatures de la nuit dans la région. La déesse protégeait-elle ce siège de son culte ou les monstres de Vorlun éprouvaient-ils une crainte pour sa toute puissance ? Difficile de trancher. Les mains sur les hanches, le roi engloba le paysage d'un air appréciateur. Son pays regorgeait de richesses.

« - Et bien Izhelindë, nous voilà. »

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Mar 06 Mar 2012, 21:31

    Comme si le heurt de la veille n'avait été qu'un mauvais songe balayé par l'étreinte paternelle, elle lui offrit toute la quintessence de son être, celle qu'elle était en mesure d'exprimer pour briller dans ses yeux. Il en avait toujours été ainsi entre eux, inéluctablement liés par leur génétisme, mais avant tout par l'amour qu'ils ne se témoignaient que trop tacitement selon Izhelindë. Elle ignorait quand fut la dernière fois où elle lui avait verbalement exprimé ses sentiments, alors qu'un simple couplet de mots pouvait avoir d'avantage de préciosité que la plus diaphane gemme du pays. Elle regrettait de ne pas lui être d'avantage dévouée et reconnaissante, mais elle percevait en cette journée une opportunité de lui remémorer ce qu'il savait déjà, simplement lui rappeler qu'elle l'aimait plus que de raison. Elle songea que le temps était peut-être également venu de s'entretenir avec sa mère sur ce qui les avait disjointes ces derniers mois, converser de façon non détournée pour qu'aucune ne tente de se soustraire à leur conciliabule. Son père aurait été bien incapable d'interférer dans leur heurt spécifiquement féminin en toute impartialité, comme lacéré entre deux ferveurs différentes dans leur fondement mais égales dans leur importance. Elle avait délaissé l'éventualité de lui en faire part au risque de lui infliger une futile tribulation , et quelle souveraine ferait-elle si elle était inapte à évincer son appréhension pour aller de l'avant.

    Lorsqu'il lui proposa son bras, elle le saisit non sans une certaine fermeté, comme par crainte qu'il ne vienne à rompre prématurément ce contact aussi anodin semblait-il être. Comblée et presque altière d'être ainsi aux côtés du souverain, elle se drapa d'autant de fierté qu'Arsenios en fluant dans les corridors de leur demeure. Rares étaient les fois où ils purent être admirés vêtus d'un tel halo de royauté, soulevant les oeillades admiratives et déférentes à leur passage. La jeune femme s'interrogea sur leur destination lorsqu'elle remarqua qu'ils n'empruntaient guère le chemin d'une quelconque salle d'allure officielle dans laquelle ils auraient conjecturé sur une affaire d'état, c'était là ce qu'elle avait du moins escompté à la demande formulée par le roi. Intriguée, elle se laissa escorter jusqu'aux écuries, dans lesquelles elle se hâta à la rencontre de son étalon pour lui flatter tendrement le museau. La compagnie de son fidèle destrier lui fut néanmoins retirée pour être vraisemblablement préparé à une sortie de laquelle elle n'avait pas été prévenue. C'est donc indécise qu'elle observa le suzerain grimper sur l'échine de sa monture, jusqu'à ce qu'il ne l'invite à faire de même. Elle s'exécuta munie d'une large risette enchantée, ceci bien que sa tenue à laquelle elle avait accordé un soin tout particulier devenait un élément importun puisqu'elle l'empêchait de monter comme elle le faisait usuellement. Elle se résigna donc à adopter une position bien plus protocolaire, celle de l'amazone qu'elle abhorrait tant pour son manque de confort et ses allures phallocrates. Son père n'aurait au moins pas à s'inquiéter d'une hypothétique ruée impromptue ou même à un souci de conscience à voir sa fille unique se comporter comme n'importe quel quidam. Elle prit la suite de ce dernier, adressant des salutations manuelles mais aux promeneurs qu'ils croisaient et dont ils semblaient illuminer l'existence par leur seule apparition. En chemin, la dryade crut percevoir une poids lui tenailler l'épine dorsale sans qu'elle n'en connaisse la cause. Ce ne fut que lorsqu'elle osa une lorgnade derrière elle qu'elle aperçut, plus loin, leurs soldats menés de front par le capitaine de la garde. Elle ne répliqua cependant qu'une mimique ennuyée sans se confondre en commentaires acerbes sur cette protection – et elle le savait pertinemment – nécessaire. Même si elle l'eut voulu, elle parvint à hauteur de son père qui s'adressa à elle et lui fit omettre ce détail qu'ils distançaient à peine. Vint enfin le sujet de cette escapade, explications durant lesquelles elle fut attentive.

    La princesse témoigna d'un air grave, visiblement concernée par ce discours qu'elle ne savait que trop véridique. Cependant, ses prunelles azurées furetèrent la crinière de son destrier alors que ses doigts trituraient les sangles qu'elle tenait. Ses pensées fluèrent vers Galahad, cet adepte du dit Mynkor qu'elle côtoyait fréquemment sans mal aucun. Etait-ce un péché aux yeux du représentant direct de la déesse ? Et pour Eydis elle-même ? Elle n'était pas sous l'emprise de son ami – peut-être était-ce donc pire ? - et ne voyait pas en sa croyance une menace avérée tant qu'il n'y alliait pas l'acte. Mais à y réfléchir, elle ne connaissait guère toutes les facettes du forgeron et sans qu'elle ne s'en soit jamais doutée, il n'était pas impossible qu'il soit un de ces fameux Héritiers. La question mériterait d'être posée lors de leurs retrouvailles, car si tel était le cas, elle pourrait éventuellement lui extorquer quelques informations même superficielles.


    « Je me souviens de ce temple, il me semble. » Avoua t-elle d'un phonème amène. « Vous nous y avez emmené Lucius et moi lorsque nous étions plus jeunes. Je suis restée accrochée à ta jambe la plupart du temps, tant j'étais effrayée par l'indicible atmosphère qui y régnait. »

    Elle émit un ricanement à peine audible en s'illustrant ses paroles. Elle ne faisait pas exception à la règle, lorsque les choses allaient par-delà sa compréhension, elle ne devenait qu'une jouvencelle apeurée. Ce jour-ci, elle eut été heureuse de la présence de ses parents pour s'agricher à leurs habits à la moindre opportunité. Elle veillerait à ne pas en faire de même plus d'une décade plus tard au risque d'être la cible de raillerie pour le reste de son existence. Par ailleurs, l'héritière aperçut les abords du sanctuaire qui la fit frémir d'admiration et de cette ineffable appréhension qu'elle n'avait de cesse de pressentir dans ce genre de foyer d'ascétiques. Ses poumons s'emplirent d'une ample bouffée d'air, qu'elle expira lentement jusqu'à poser son regard éthéré sur un capucin qui vint à leur rencontre. A la suite d'une courbette, il tendit de ses mains rendues tremblotantes par la force de l'âge un sceau d'une eau cristalline. Izhelindë, emprunte de simplicité, usa de ses paumes conglomérées l'une à l'autre comme d'un récipient dans lequel elle puisa le fluide qu'elle porta ensuite à ses lippes. Elle réitéra son geste une seconde fois, puis allia l'utile à l'agréable pour se débarrasser du surplus sur ses phalanges. S'orientant en direction du suzerain, elle déplia compulsivement ses doigts à l'instar d'une sorcière lui jetant un sort, dans le simple dessein de l'arroser d'innocentes gouttelettes encore fraîches. Elle chantonna de son rire clair avant de fureter les environs d'une moue mutine. Devaient-ils patienter jusqu'à l'arrivée d'un prêtre ou d'une quelconque figure claustrale ? C'est ce qu'ils semblaient faire alors qu'elle lorgna leurs sentinelles s'immobiliser non loin d'ici. Si elle était encline à la quiétude, n'était-ce que par pieux respect envers la Bienfaitrice, sa nature baroudeuse l'aborda soudain. Elle ne s'octroierait rien de purement indécent, mais sa malice n'avait d'égal que sa vénusté auprès de tous. Aussi, elle adressa l'une de ces lorgnades prophètes d'une probable facétie au souverain.

    « Il faut parfois savoir sortir des sentiers battus... » Elle lui agrippa l'avant-bras et le tira avec elle, puis susurra presque. « Viens ! »

    La sylphide l'entraina avec elle à travers l'entrée du temple d'une façon plus ou moins impérieuse, comme s'ils n'étaient que deux bambins espiègles. Ce n'était pas réellement le cas, ils avaient tout droit de se pavaner dans ce lieu saint, il n'y avait guère que la perspective d'entreprendre leur visite avec moins de formalités et simagrées qui enthousiasmait la princesse. Si Arsenios désirait voir son enfant mûrir, elle rêvait d'abattre son simulacre royal pour qu'il puisse, une fois de temps à autre, abandonner ses tourments inhérents. Elle espérait que l'éclat à peine retenu de sa propre hilarité aurait raison de ses barrières. Sans jamais le lâcher, ils parcoururent une certaine distance avant de se confronter à une bifurcation devant laquelle la jeune femme s'arrêta. Elle considéra les possibilités, puis après avoir adressé une furtive oeillade à son père, délaissa le choix à son instinct qui la fit s'engouffrer dans la voie de gauche. Finalement, sa main rejoignit sa consoeur pour tenir le tissu de sa robe qui l'incommodait dans sa course, elle se souvint alors de la raison pour laquelle elle préférait les vêtements amples et masculins dont elle se vêtait pour ses pérégrinations. Ils ne croisèrent que de rares dévots quelque peu apostrophés par cette liesse, mais d'avantage amusés ou intrigués qu'outrés. Après de longues minutes, l'héritière s'immobilisa pour récupérer son souffle lapidé par leurs déplacements et rires, puis osa pousser l'huis la plus proche pour s'aventurer dans une pièce que le hasard aurait désignée. Par chance peut-être, ils se retrouvèrent dans une pièce dantesque recelant uniquement d'ouvrages minutieusement disposés. Prise d'une soudaine béatitude, elle fit plusieurs fois le tour d'elle-même en inspirant d'ébahissement.

    « Tu as vu ça ?! » Elle secoua sensiblement l'épaule de son père en pointant une direction du doigt de manière frénétique. « Oh ! Oh ! Regarde ! La section sur les secrets ésotériques de Lanriel ! »

    Sans même patienter, la belle se précipita vers l'une des immenses étagères peuplées de recueils. Si on ne pouvait que lui reconnaître sa curiosité, les livres qu'elle balayait du regard n'étaient que des appels à de nouvelles odyssées, comme ce fut le cas pour les Cités des Morts de Tuamarbh.

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Arsenios Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Dim 01 Avr 2012, 22:38


Qu'il était sot d'avoir songé un seul instant que sa fille resterait bien sagement à ses côtés et qu'il était fou de se laisser ainsi conduire avec un tel ravissement affiché. Il ne s'était que trop tenu éloigné des péripéties de son enfant. Sur ses talons, il suivait sa progression avec curiosité et s'étonnait de cette facilité avec laquelle elle se confrontait au monde. Elle ne craignait pas son royaume et y évoluait comme sa légitime propriétaire, vérité logique mais qui l'épatait tout à fait. Il n'osait songer à la vie qu'elle mènerait une fois son trépas venu et cet aperçu sur l'avenir était une chose qu'il savourait avec circonspection. Sa nature intrépide ne s'accommoderait qu'avec difficulté aux devoirs qui l'incomberaient par la suite, mais au moins s'y livrerait-elle avec légitimité. Peu à peu, leur avancée folle se ralentit et d'un œil mi-amusé, mi-réprobateur, il put admirer le naturel avec lequel Izhelindë choisit l'aventure à l'inconfort. Octavia n'aurait pas manqué de suffoquer face à tel traitement de robe et l'image de son épouse ébahie fit doucement secouer la tête à son mari.

Sortir des sentiers battus... C'était là l'excuse avancée par Izhelindë pour laisser libre court à ses pulsions. Il était évident que ce n'était pas la première fois que tels mots étaient murmurés et Arsenios n'osait s'interroger sur leur ampleur dans la vie de sa princesse. Une telle devise ne pourrait perdurer éternellement. Pourtant, il préféra laisser là ses préoccupations et suivit docilement l'amazone qu'on nommait princesse héritière de Lanriel. Elle lui apparaissait si vivante, débarrassée du carcan protocolaire qu'il aurait été bien en peine de lui empêcher de fuir vers de lointaines contrées si elle en avait, à cet instant, exprimé le besoin. Avec tendresse, il couva du regard la jeune femme qui s'appropriait la pièce qu'elle venait de dénicher. L'odeur du papier et de poussière monta aux narines du roi et réveilla sa curiosité aussi efficacement que l'entrain manifesté par sa descendante.

Sa dernière visite ne remontait que trop loin. Comme l'avait précisé sa fille, une décennie au moins séparait leur dernier passage à l'actuel. Néanmoins, la gamine qui autrefois se cramponnait à son père par crainte des alentours, s'extasiait maintenant sur les possibilités offertes. L'épaule malmenée par cet enthousiaste, Arsenios ne remarqua que trop tard l'avidité avec laquelle la demoiselle se jetait dans les recherches. A pas plus mesurés, il vint se poster à sa hauteur et l'obligea à lui faire face. Il cala le menton fin entre son index et son pouce et laissa poindre un sourire modéré sur son visage.

« - De telles œillades incandescentes ne manqueraient pas d'enflammer les lieux pour peu qu'on n'y prenne garde. Ce sont là les trésors de notre histoire, traite les avec soin et ne laisse pas ta soif de savoir dévorer le pourquoi de notre mission. Un jour, son accès te sera libre. En attendant, n'oublie pas: Mynkor.  »


Sur cette ultime recommandation, le souverain de Lanriel se détourna et porta son attention sur une nouvelle étagère. Les reliures étaient pour la plupart en bon état et il savait que les manuscrits les plus anciens reposaient ailleurs. Pourtant, il prit le temps de s'attarder sur ce secteur plutôt que de se diriger aussitôt vers une armoire close dont lui seul détenait la clef. Ses doigts caressèrent les tranches des livres avec révérence quand un titre l'interpela. Son cœur manqua un battement face à l'écriture manuscrite qu'il reconnut. L'auteur n'utilisait pas son vrai nom mais Arsenios ne pouvait se méprendre, la personne ayant écrite ces notes ne pouvait n'être qu'Isnamir. Il ignorait l'existence d'un tel carnet mais sa découverte lui fit ressasser le début de son règne comme le départ de ce sorcier qu'il pensait son ami. Une boule obstrua sa trachée et il parcourut fébrilement les premières pages. Des recherches... Le manuscrit regroupait des notes de part en part. Le sorcier avait pris soin de recopier des extraits d'autres livres et sous couvert d'un pseudonyme se profilait les réflexions d'un homme sur son bouclier et ses limites. La surprise était de taille mais rien ne préparait le souverain du royaume aux dernières pages.

Encore abasourdi, son esprit divagua en hypothèses diverses. Il n'était question de légendes mais si dans l'une d'elle se trouvait leur salut à tous ? La gorge sèche, il humecta ses lèvres et rangea le précieux bouquin dans son pourpoint, puis il se dirigea vers un coin reculé de la pièce. L'armoire en chêne n'avait pas bougé. Il fit jouer son jeu de clef dans la serrure et resta muet face à ces pans d'histoire auxquels seule la royauté pouvait accéder. Dans l'un des grimoires, il le savait, se trouvait l'histoire oubliée de Mynkor. Arsenios appela Izhelindë à le rejoindre. Le moment était solennel et l'occasion trop idéale pour ne pas confier à sa fille l'une des tâches qu'il finirait pas lui léguer. Patiemment donc, il attendit sa venue et lui fournit une explication sur le spectacle qui l'attendait. Ainsi, la princesse apprit que par le passé, nombreux étaient les souverains qui avaient choisi de consigner des brides de leur règne à l'abri des regards de leurs sujets. Tout ceci englobait aussi bien les récits d'erreurs politiques que des savoirs anciens qu'on jugeait trop dangereux pour être laissés à la portée du premier quidam venu. Arsenios, lui-même, n'avait épluché chacun des tomes présents.

« - Leur sauvegarde te reviendra quand je ne serais plus là.»


Alors, elle serait libre de dévoiler tout ces mystères au monde ou au contraire, les conserver pour elle seule. Il ignorait ce que choisirait sa fille. Lui, avait opté pour la facilité. Si un tel trésor était laissé à la seule protection de prêtres, c'est uniquement car il se savait seul détenteur de sa valeur. Dorénavant, ils seraient deux.
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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Ven 13 Avr 2012, 05:42

    Que dévorerait-elle en premier ? Quel opuscule attirerait son attention suffisamment longtemps pour qu'elle en lise un couplet de pages, avant de céder à l'appel d'un autre ouvrage ? Elle aurait aimé pouvoir les apprendre tous à la fois, n'en épargner aucun de son appétence, de cette curiosité qui malmenait son quotidien. Les titres défilaient en une cataracte insaisissable, à peine l'intérêt de l'un l'avait-il étreint, que l'autre la sollicitait déjà. A peine quelques instants après s'être précipitée vers l'étagère, les bras de la princesse étaient pleins d'excellentes lectures qu'elle n'aurait inexorablement point le temps de découvrir en ce jour. Puis, elle se souvint que jamais elle n'était parvenue à finir l'un de ces recueils en dépit de son envie, simplement car ce qu'elle y apprenait la menait trop souvent à elle-même vérifier la véracité des informations. Elle ne comptait plus les fois où les archivistes avaient retrouvé la bibliothèque royale dans un désordre des plus manifestes, ou ses appartements désertés avec comme preuve de sa culpabilité, un livre ouvert aux abords de son traversin. Ces liasses de feuilles surannées étaient synonymes de tentations, de bien trop de dangers, d'odyssées et de bévues. Hypnotisée par ces monticules d'épopées et autres conjectures ésotériques, Izhelindë en omis totalement la raison première de leur présence, ce qui lui serait rappelé par une suavité paternelle qu'elle sentit approcher. Doucement contrainte d'offrir son intérêt au souverain, elle cessa ses gesticulations pour plonger son regard azuré dans le sien, une pile d'ouvrages grimpant jusqu'à son menton fuselé. Elle lui prêta une oreille attentive avant de l'observer vaquer à ses propres préoccupations, reposant ses mirettes sur le rayon spolié de ses oeuvres. La menace des héritiers s'était décuplée d'importance depuis les dernières semaines, les courtisans n'avaient tous plus qu'un patronyme aux lèvres : Tanith Ruane. La jeune femme n'avait guère le souvenir de l'avoir rencontrée durant ses pérégrinations, et sans doute était-ce mieux ainsi. Sa sombre notoriété la rendait pourtant mystérieuse, digne d'intérêt, à quoi pouvait-elle bien ressembler ? Avait-elle une crinière de couleuvres ? De longues serres affûtées ? Des rivières de lave en guise de liquide lacrymal ? Si elle s'en faisait l'aspect d'une créature mythologique, elle doutait cependant qu'il n'était question que d'une femme usuelle par l'apparence, différente par les moeurs et la puissance. Qu'était-elle, que voulait-elle ? Tant d'interrogations qui mériteraient déplacement si l'héritière ne savait pas que sa vie ne serait point épargnée si, par malheur, l'on découvrait l'agneau sous la peau de bête.

    A peine sa pensée ponctuée d'un discret soupir, la dryade lorgna une trilogie à l'appellation intéressante. Mais en voulant s'en saisir, la pile au creux de ses bras manqua de dégringoler tel un château de cartes, ce qu'elle évita de justesse en jouant d'une impensable dextérité. L'écho d'une avalanche littéraire dans un antre tant quiet aurait été fort malvenu, aussi Izhelindë s'autorisa à respirer à nouveau lorsque la catastrophe fut évitée. Signe inéluctable de son abus, elle préféra - pour une fois - faire preuve de prudence en reposant son butin là où il ne serait point susceptible de chuter. Soudain, elle crut percevoir l'appel de son prénom, et se pencha pour voir le galbe de son père non loin de là. Réajustant son lourd habit dont elle saisit la soie pour mieux avancer, elle rejoignit Arsenios qu'elle devina étrangement égaré sur un pan de littérature privée. Pédagogue comme il ne l'eut jamais été, il lui parla longuement de ce qui se trouvait sous ses mirettes et de l'héritage dont elle prenait simultanémen connaissance. Parfaitement circonspecte pour l'occasion, elle écouta, appris et considéra tout ce qui lui fut conté. Elle mesura la préciosité de ces quelques bribes de papier, tant anodines par l'apparence, recelant de tumultes historiques et théologiques en réalité. Ses phallanges se risquèrent, une fois l'enseignement terminé, à frôler la couverture de l'un des grimoires. Indécise, presque envahie par l'appréhension, elle l'empoigna avec diligence pour en effleurer la surface rugueuse.


    " Pouvons nous réellement priver notre peuple de ce qui lui serait légitime de savoir... Notre famille est humaine, elle aussi, n'a t-on pas le droit à l'erreur ? Ne pouvons-nous point en apprendre les leçons ? " Elle posa une oeillade de détresse sur le roi. " Père... J'ai parfois l'impression d'ignorer qui je suis. De ne jamais pouvoir être... Digne de mon nom... Cela me terrifie... "

    Si elle possédait le droit de spolier la population de ces édits, elle doutait quant à en avoir la force ou la volonté. Mais ne serait-ce point prendre un risque considérable que d'éduquer le peuple des fautes de leurs aïeux, pire encore, de leur permettre de se faire une opinion fondée sur la déité nommée Mynkor ? Comme à chaque fois qu'Izhelindë était confrontée aux choix inhérents à son - futur - rang, elle sombrait dans les abysses de l'incertitude, dans une spéculation dont elle redoutait les dénouements. Un règne se pare de sang, une tirade qu'elle ne parvenait à oublier, une souveraineté ne pouvait être dépurée même par les plus pieux éloges, même les roi et reines demeuraient humains sous leur halo sanctifié. Pourtant, elle savait qu'il lui serait impossible de fuir pour l'éternité, qu'un jour viendrait où le choix ne lui serait plus ployé pour ses yeux de biche. Puis, il y avait toujours ces dits héritiers, dont elle serait le plausible rempart une fois coiffée de la tiare dorée. Si elle priait qu'il ne s'agisse là que d'une menace anodine supplémentaire, une de celles dont ils avaient d'ores et déjà fait face par le passé, elle craignait qu'il en soit tout autrement. Son esprit fit alors le lien avec l'une de ses accointances qu'elle avait quittée il y avait seulement une poignée d'heures. Galahad, et sibyllines croyances, dont il vantait l'existence sans crainte aucune. Elle ignorait cependant s'il n'était qu'un dévot isolé ou un partisan de cette secte montante, elle ne s'était jamais réellement interrogée sur la nature de sa dévotion. Peut-être serait-il apte à lui léguer quelques renseignements probants, dont elle pourrait ensuite user auprès des grands sages du palais. Par plusieurs fois le sujet eut été abordé, le forgeron lui avait conté certains pans de ce que lui-même savait, rien qui ne mérite néanmoins un véritable intérêt. Avouer au suzerain que sa propre fille fréquentait un tel individu était chose risquée, mais lui assurer que la tacite propagande de Mynkor gagnait certains coeurs lui semblait important. A l'idée qu'il puisse être à nouveau désenchanté par l'inconscience de ses actes et connaissances lui fit trainer les calots au sol, rongée par une opprobre qui ne ferait que croître. La bouffée de culpabilité qui s'empara de ses traits physionomiques renseignerait Arsenios sur l'essence des confessions à venir, aussi s'essaya t-elle à tempérer sa réaction en le lui demandant succinctement.

    " Ne te fâche pas, s'il-te-plait... "

    La jeune femme redressa une furtive oeillade avant d'épouser le sol derechef, puis de se mordre la lippe inférieure avec embarras. Comment le lui dire ? Que lui dire ? Elle songea à l'artefact qu'elle s'en était allée quérir la sorgue dernière, de la trahison qui avait condamné Galahad à rentrer sans aucun butin en dépit de sa participation à l'expédition. D'ailleurs, peut-être ne le lui pardonnerait-il jamais et mettrait-il un terme à ce qui s'apparentait à leur amitié. Il était néanmoins trop tard pour les regrets, et il aurait été malséant d'impatienter le roi qui n'attendait que ses aveux.

    " Je connais quelqu'un qui pourrait... Enfin, c'est que... Cette personne m'a déjà parlé de Mynkor et de son culte, plus d'une fois. Et... " Elle fut mal à l'aise, mais poursuivit. " Il y a quelques jours, nous nous sommes rendus à... Tuamarbh, dans les Cités des Morts. J'ai trouvé dans un ouvrage une référence à un ancien sceptre qui serait, selon les écrits, inspiré d'une magie alliée à ce dieu. " Elle plongea son regard dans le sien, sur le point de lui annoncer une grande nouvelle. " J'ai trouvé l'artefact ! Je l'ai ramené à Cathairfàl et l'ai caché, j'ignorais quoi en faire, mais peut-être nos sorciers y décèleraient-ils quelque chose que nous, commun des mortels, ne pouvons voir ! Pour être totalement franche, je ne sais pas si cet objet possède une quelconque valeur, peut-être pas, mais nous pouvons essayer. " Son faciès s'illumina graduellement à ses répliques. " Et Père, les cités, elles recèlent d'informations concernant Mynkor, j'en suis certaine ! Je n'ai pas eu le temps d'étudier les salles, mais les créatures qui y vivent sont des preuves qu'une magie brûle encore. Nous pourrions... Nous pourrions organiser des fouilles, n'importe quoi qui nous permettrait même un bref accès à tous ces secrets ! "

    Izhelindë n'était pas convaincue de l'intelligence de sa déclamation, de tout ce qu'elle venait sciemment de dévoiler à son propre père et roi de Lanriel. Sans doute n'aurait-elle point agi de la sorte s'il ne l'avait pas conduit jusqu'ici et ne lui avait pas parlé de la déité noire. Par cet excès d'authenticité, la princesse espérait avant tout contribuer aux efforts communs contre le danger qui guettait la contrée. Sa sottise serait peut-être la cause de sa perte, cependant, elle délaissait un instant ses cachotteries infantiles pour penser à autrui.

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Dernière édition par Izhelindë Hardansson le Jeu 17 Mai 2012, 17:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Jeu 26 Avr 2012, 23:46


Tendrement le pouce d'Arsenios caressa le galbe de la joue princière pour y chasser quelque poussière imaginaire. Il y avait dans ce regard tant de chagrin qu'il craignait d'avoir abordé ce sujet plus tôt qu'il ne l'aurait du. Contrairement à lui, Izhelindë possédait une noblesse d'âme qui n'était en rien altéré par les arcanes du pouvoir. Et quand bien même pouvait-il arguer les années passées pour justifier son acceptation aveugle à une telle pratique, il savait que ce n'était là qu'une excuse de plus. Jadis, préserver ces confidences lui avait paru salvateur. En l'an deux, la Grande Peste avait ravagé le pays puis, à peine une décennie plus tard, avait obligé à des dispositions plus rudes. Si la mesure d'alors lui avait paru barbare, elle n'en était pas moins nécessaire pour assurer la pérennité de la majorité. Or, ses états d'âmes reposaient justement dans l'un des ouvrages qui indisposaient son enfant.

« - Un nom ne façonne pas un homme. » débuta t-il prudemment. «  Ses actes le font pour lui. La dignité se gagne et s'entretient. » Après un regard circonspect aux alentours, le roi se pencha près du visage de son héritière et amusé, glissa les mots suivants. « Me croirais-tu si je te confiais que la princesse de ce royaume est digne d'être ? »


Certes cette dernière suscitait quelques craintes aux nobliaux et à sa famille mais en contre-partie combien étaient-ils ces gens à soupirer après l'audace de leur future reine ? Nombreux étaient ceux qui voyaient en l'amazone et ses frasques, le parfait récit d'aventure dépeint au coin du feu. La princesse nourrissait les fantasmes. Étaient-ils nombreux dans la lignée Hardansson à pouvoir se vanter d'une telle empreinte dans les cœurs ? Le souverain actuel l'ignorait. Quand bien même s'agissait-il de ses ancêtres, il ne comptait plus la multitude de noms oubliés par son peuple. Les sujets de Lanriel se remémoraient parfois un ou deux illustres souverains mais à cela s'arrêtait les leçons d'histoire. Si la monarchie n'était pas remise en cause, il n'en restait pas moins que la famille royale ne s'immisçait que peu dans le quotidien de ces familles qu'elle veillait, Arsenios l'espérait, avec vertu.

Baigné dans cette atmosphère qu'il jugeait complice, il se redressa toutefois à la tournure suspicieuse que prenait l'entretien. L'interlocuteur aurait pu être tout autre, la simple recommandation adressée à ses humeurs versatiles suffit à Arsenios pour se raidir. Sans un mot, pour ne pas brusquer Izhelindë et risquer par la même un repli stratégique, il prit garde à afficher un visage impassible, si ce n'est avenant. Il connaissait suffisamment son héritière pour imaginer les pires scenarii, surtout si ces derniers incluaient Mynkor dans l'équation. Que n'aurait-il donné pour que la déclaration de la princesse s'achève sur son rapport avec un adepte du dieu déchu ? L'affaire bien que dérangeante n'aurait pas soulevé trop d'effroi. En effet, si le culte d'Eydis était reconnu comme la religion première, de nombreux cultes perduraient au travers du pays. En outre, Mynkor pouvait bien être décrit comme un être abject dans la théologie, la préoccupation actuelle concernait surtout ses adeptes et la motivation qui dictait leurs récents actes. De la même manière, des adorateurs d'Eydis se mettant subitement à chasser les hérétiques seraient une source d'inquiétude équivalente.

Mais Izhelindë ne s'était pas arrêtée à cela et bientôt la neutralité quitta les traits de son père alors que la lividité se propageait. L'angoisse serra son cœur et plus que la colère qui sous-tendait à l'entente des Cités des Morts, la peur se lisait maintenant sur son faciès. La princesse ne mesurait pas le danger et si son père pouvait s'accommoder de son penchant à risquer sa vie, il en était tout autre quand le risque s'étendait aux autres. Elle ignorait tout naturellement. Contrairement à lui, elle n'avait pu bénéficier de la présence d'un sorcier à ses côtés et n'avait qu'une trop vague idée de leurs capacités. Il ne pouvait en être autrement. Comment, sinon, pourrait-elle parler de façon si détachée de cette menace menée au sein de leur quotidien ? La gorge sèche, il s'anima soudain.

« - N'as-tu donc jamais écouté les leçons de tes précepteurs ? Mène moi à lui. Tout de suite.  Qui sait quel maléfice peut sommeiller dans pareil objet !»


Sans davantage de préambule, Arsenios entraina l'inconsciente à l'extérieur du monastère. Il héla un soldat et le somma d'aller quérir un sorcier des environs, âgé au point de le croire constamment plié en deux. Ce dernier n'avait certes pas l'ampleur d'un Isnamir mais son expérience lui conférait des connaissances précieuses quand son ordre, le second, le maintenait en permanence en contact avec le sanctuaire des mages. Depuis des années, le roi entretenait des rapports cordiaux avec ce dernier et s'il avait du renoncer à le prendre à son service pour offrir à cet ancien une retraite amplement méritée, Arsenios regrettait plus que jamais de devoir se passer de la compagnie d'un mage. Bien des fois, face aux castes qui composaient son royaume, il se sentait dépourvu de légitimité. En tant que singulier, leur culture ne lui était que trop étrangère.

Il enfourcha sa jument, Fortunée, et de son nouveau point de vue sembla mesurer la jeune femme qui demeurait à ses côtés. Elle était pleine de bons sentiments. Sa soif de connaissance expliquait en partie son ardeur à vouloir lancer des fouilles à Tuamarbh. Toutefois, il était persuadé que la sécurité de son peuple avait également incité une telle directive. De là, quel chemin pouvait donc emprunter son esprit pour en oublier jusqu'à la sécurité élémentaire ? C'était de frustration que son corps tout entier frissonnait. Le vent s'était levé depuis leur entrée dans le bâtiment et sa cape claquait contre son flanc. Eydis pouvait être bénie pour cette prévoyance coutumière qui lui faisait ceindre systématiquement son fourreau. Sa main se posa sur le pommeau dans un geste rassurant et tandis que la troupe se préparait prestement au départ (ce qui malgré toute la bonne volonté du monde s'avérait délicat pour un cortège royal). Il modula sa voix pour n'être entendu que par la principale intéressée.

« - Les cités des morts sont des tombeaux. Quiconque s'y aventure et dépossède les lieux d'un objet est un pillard et sera jugé comme tel. Cette profanation te coûtera, Izhelindë. » Dans un murmure, il ajouta un souhait maladroit.  « Prions Eydis que ce prix ne soit déjà payé....»


Il espérait que le bon sens de son héritière ou, en désespoir de cause, son attachement à ses trésors l'ait amené à dissimuler l'artefact dans un lieu isolé, exempt de population. Si une quelconque magie s'était attachée au sceptre, il n'était pas exagéré de songer à un sortilège capable de s'éveiller au contact d'une personne réceptive à son pouvoir ou d'un enchantement s'activant dans des lieux précis pour y semer le chaos. Si les biens reposant auprès des morts évoquaient maintes fois la vie passée du défunt, certains recelaient de parfaits pièges. Les chances étaient minces mais l'association de Mynkor à pareil symbole changeait la perception des choses. Les sourcils froncés, Arsenios repéra au loin le groupe qui revenait avec le sorcier quémandé. Dès lors, assuré que leur piste serait suivie, il talonna sa monture.
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Izhelindë Hardansson

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MessageSujet: Re: Algarade Cataclysmale - Un Père et une Fille [ Terminé ]   Jeu 17 Mai 2012, 17:01

    La princesse regrettait déjà de s'être laissée aller aux confidences sur sa récente virée, pourtant, elle ne savait que trop bien la réaction qui serait celle de son père. Passé outre l'angoisse d'imaginer son enfant et héritière dans des sépultures réputées hantées, l'indignation d'une trouvaille qui revêtait officiellement le titre de pillage. Elle avait tant espéré qu'il se penche d'avantage sur l'artefact qu'ils s'étaient donné tant de mal à récupérer, essuyant les revers de pièges et autres offensives de créatures inconnues. La vie de Galahad et la sienne avaient été mises en suspens à chacune de leurs foulées, à chaque corridor dans lequel ils s'engouffraient sans réellement savoir où tout ceci les mènerait. Ils avaient été fous, inconscients du danger qui les guettait et des proportions de chances de sortir indemne de cette péripétie. Fort heureusement, leurs maux n'avaient rien de substantiel, l'une une simple couture réouverte, l'autre un orgueil bafoué. Izhelindë avait eu peur, bien plus d'une fois, ce qu'elle se garderait de confesser à quiconque et certainement pas au souverain qui lui faisait face. L'engouement avec lequel elle avait prononcé ses tirades fut vain, ou ne fit qu'outrager encore plus Arsenios prompt à s'effondrer de désespoir. Accablé dans son rôle de pater, il l'invectiva avec toute la crainte que lui léguait l'existence de pareil objet. Surprise, la jeune femme eut tout juste le temps de redéposer l'ouvrage qu'elle tenait en main avant de se faire entrainer hors de la bibliothèque, puis hors du temple de leur bienfaisante déesse. Elle comprit, dans la foulée, qu'elle regretterait d'avoir fait preuve d'authenticité plutôt que d'avoir conservé ce secret pour elle seule. Pas un seul instant, avait-elle songé que le sceptre serait source d'ennuis pour quiconque passerait à ses abords, car elle en était persuadée, nul ne serait enclin à le dénicher là où elle l'avait muché. Si elle, débordait de confiance en la sûreté de ses caches, ce n'était absolument pas le cas du roi de Lanriel qui lui clarifia les circonstances et les conséquences qui découleraient de son imprudence.

    Les prunelles dressées en direction de son géniteur, la demoiselle s'empressa de se camoufler derrière le museau de son étalon, couverte d'opprobre que ses agissements soient ainsi jugés. Jamais, elle n'avait perçu son intrusion dans les Cités des Morts comme une volonté de spolier les morts de leurs biens dans un dessein purement égotiste. La satisfaction personnelle entrait certes en compte dans son entreprise, mais elle n'avait pensé qu'à rendre service au royaume avec une découverte comme celle-ci. Elle jurait de tout son soûl que son intention n'avait été autre que cela, et que dans le futur, elle aurait confié le dit trésor à l'un des sorciers qui étaient à leur botte. Elle n'avait pas mesuré la preste importance liée à l'étude du sceptre qui, comme elle s'était appliquée à le souligner, n'était peut-être pas même porteur de quelconques pouvoirs. Amourachée du recueil dans lequel elle avait trouvé toutes les informations immanentes à l'objet, elle s'était laissée enjôler par l'odyssée à laquelle cette quête la mènerait ainsi que par l'aspect fantastique du butin. Elle avait été sotte de penser que d'autres, si ce n'était des individus tel que l'indigent qui l'avait accompagnée, seraient susceptibles de partager son opinion. Néanmoins, elle savait qu'une fois le regret de l'instant passé, elle ne ferait qu'ajouter cette frasque à l'interminable liste déjà existante et qu'elle finirait par omettre cet incident. Point rétrospective pour un pécule, la nymphette ne s'attarda par sur le passé et ses détails, mais voyait toujours plus loin dans l'horizon. Trop loin, pour beaucoup, dont le monarque qu'elle imita en rejoignant l'échine de sa monture. Tout comme lui, elle patienta que la cohorte de gardes et le mage quémandé soient fin prêts à prendre la route, puis entama la marche, aphone. Spéculer sur ce qui aurait pu être ou ne serait jamais été inutile, ne lui restait plus qu'à remettre l'artefact et à endurer la punition qui serait sienne pour absoudre son péché et sa négligence. Une mésaventure de plus de laquelle les courtisans pourraient s'offusquer, et médire comme ils savaient si bien le faire sur celle qui les gouvernerait un jour.

    Izhelindë serait contrainte de révéler l'emplacement de l'une de ses meilleures cachettes qui, dès lors, lui deviendrait inexploitable. Elle tentait de faire l'inventaire des babioles qui s'y trouvaient, des souvenirs qui ne trouveraient heureusement que peu d'écho chez le roi. Le cortège regagna donc les abords du palais, l'air grave, tels des va-t-en-guerres. A la suite de la princesse, ils prirent la direction d'une petite sylve réservée à l'unique usage de la famille royale et dans laquelle elle aimait à flâner. Ne faisait guère qu'y musarder, elle y avait amassé nombre de colifichets, dans un coin qui n'était pas des plus simples d'aspect – surtout lorsque l'on portait une robe telle que la sienne. La jouvencelle s'immobilisa sur le bas côté du sentier et prit congés le temps de s'emparer de l'objet de convoitise. Requête aussitôt abolie lorsque les sentinelles reçurent la sommation de l'accompagner dans sa traversée, une injonction à laquelle elle ne put opposer résistance. Talonnée, donc, par une poignée de soldats, elle rejoignit son refuge, duquel elle revint à peine quelques minutes après être partie. L'artefact était drapé dans une bribe de soie salie qu'elle tendit – embarrassée – à son cher père.


    « Je vous en aurais parlé, je vous le jure... »

    Balbutia t-elle sans espoir que cela n'adoucisse la contrariété du suzerain. Suite à une furtive observation, l'objet fut confié aux soins du vieux sorcier qui fit preuve d'une rigoureuse délicatesse à le manipuler, même au creux de la couverture. Condamnée à attendre de savoir si sa légèreté d'esprit aurait pu coûter cher aux habitants du palais, l'héritière ne pourrait que rejoindre ses appartements, dans l'impéritie la plus intégrale. Elle savait qu'à nouveau, elle avait désappointé Arsenios qui avait pourtant déployé de nombreux efforts en ce début de journée, dans le but de signer la réconciliation avec sa fille. Cela semblait n'être décidément qu'une douce utopie à laquelle ils ne pouvaient parvenir sans s'en éloigner aussitôt.

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